Effets cutanés indésirables des chimiothérapies antitumorales et des cytokines Cours de dermatologie
Effets secondaires cutanés et muqueux
de la chimiothérapie antitumorale :
A -
PRINCIPALES MANIFESTATIONS CLINIQUES :
1- Toxicité sur les phanères et les annexes cutanés
:
Elle peut concerner le follicule pileux, les ongles ou les glandes sudorales.
* Alopécie :
Elle est très probablement le plus fréquent des effets secondaires
cutanéomuqueux des traitements cytotoxiques.
Il s’agit le
plus souvent d’un mécanisme de type effluvium anagène avec
interruption brutale de la phase de croissance du cheveu et
production d’une tige pilaire amincie et fragile, qui peut se casser
pour des traumatismes minimes.
Cet effluvium anagène est une
conséquence directe et non spécifique de l’action cytotoxique des
produits utilisés en chimiothérapie et est donc difficile à prévenir.
Il
peut s’y associer un effluvium télogène, c’est-à-dire un passage
prématuré du follicule pileux dans une phase de repos, avec perte, là aussi prématurée, d’un cheveu structurellement normal.
Cet effluvium télogène n’est pas directement lié à l’effet cytotoxique des
produits utilisés, mais est plutôt en relation avec certains états
pathologiques pouvant accompagner la néoplasie, tels que la
malnutrition, les interventions chirurgicales lourdes, l’hyperthermie,
notamment infectieuse, le stress psychologique ou la toxicité
d’autres médicaments.
L’effluvium anagène apparaît typiquement dans les 2 semaines qui
suivent l’introduction du traitement cytotoxique, et aboutit à une
alopécie diffuse dans les 2 mois.
Celle-ci concerne le cuir chevelu,
mais également d’autres régions pileuses, tels les sourcils, les cils, la
barbe, la pilosité corporelle, notamment axillaire et pubienne, en
fonction du nombre de follicules en phase anagène lors du
traitement.
Toutefois, ces autres zones corporelles sont en général
moins sensibles que le cuir chevelu, probablement parce que le
pourcentage de follicules en phase anagène y est inférieur.
L’alopécie induite par les agents cytotoxiques n’est pas uniforme, et
un certain nombre d’agents sont connus pour être particulièrement alopéciants : agents alkylants (cyclophosphamide, ifosfamide),
anthracycline (doxorubicine, idarubicine), alcaloïdes de la pervenche
ou apparentés (vincristine, étoposide), taxanes (paclitaxel),
paraplatine et inhibiteurs des topo-isomérases (irinotécan,
topotécan). D’autres agents, tels que la bléomycine, la dacarbazine,
l’hydroxyurée, le 5-fluorouracil (5-FU), le méthotrexate, le
melphalan, la vinblastine, le cisplatine et les nitroso-urées peuvent
également entraîner une alopécie, mais celle-ci est généralement
moins intense.
Pour un produit donné, la sévérité de l’alopécie dépend de la dose, du nombre de cures et de la durée
d’administration.
Elle est plus sévère au cours des polychimiothérapies.
L’évolution de cette alopécie est très généralement favorable avec
repousse après la fin du traitement cytotoxique.
Toutefois, une
alopécie définitive a été signalée avec certains agents, tels que le cyclophosphamide et le busulfan, notamment quand ils sont utilisés
avant transplantation médullaire.
Dans certains cas, la couleur des
cheveux en repousse est différente de la couleur initiale, avec
notamment l’apparition de cheveux plus clairs, voire d’une
alternance de zones claires et de zones foncées comme avec le méthotrexate (signe du « drapeau »).
L’alopécie chimio-induite est difficile à prévenir puisqu’il faudrait
en principe éviter le contact des agents cytotoxiques avec les
follicules du cuir chevelu, ce qui peut se réaliser par des casques
réfrigérants ou de compression.
Toutefois, la mise hors d’atteinte par
les agents cytotoxiques du cuir chevelu peut être dangereuse
puisque le traitement ne peut agir sur d’éventuelles cellules
néoplasiques présentes dans cette région, ce qui peut favoriser
l’apparition de métastases du cuir chevelu, particulièrement
fréquentes dans certaines formes de néoplasie (cancer du sein, du
rein, du foie, hémopathies malignes).
Ces mesures sont donc en
principe contre-indiquées dans les tumeurs à haut risque de
métastases au cuir chevelu.
L’utilisation préventive de traitements
locaux, notamment par minoxidil est très généralement inefficace
en dehors de quelques études qui ont montré plus une diminution
de la durée de cette alopécie que de son intensité.
Enfin, des
lésions cutanées du scalp de type folliculite aseptique ont été
rapportées avec la doxorubicine liposomale, le 5-FU et le
méthotrexate.
* Atteintes unguéales :
Les ongles peuvent être modifiés de diverses façons par les
traitements cytotoxiques.
L’effet secondaire le plus fréquent est
probablement une diminution de la vitesse de croissance unguéale,
accompagnée d’une fragilité vis-à-vis des traumatismes.
Il peut
apparaître des dépressions unguéales transversales par atteinte
aiguë de la matrice lors de chaque cure (ligne de Beau), voire
des lignes de Mee.
À l’extrême, on peut voir apparaître une onycholyse, voire une perte unguéale, notamment avec la
bléomycine, le cyclophosphamide, les anthracyclines, le 5-FU et les
taxanes.
Quelques aspects plus spécifiques ont été décrits avec certains
agents : paronychie (méthotrexate, cyclophosphamide, 5-FU),
hyperpigmentation (détaillée dans le paragraphe consacré aux
troubles pigmentaires), ou, au contraire, leuconychie (vincristine,
5-FU, cyclophosphamide associé à l’étoposide (VP 16), doxorubicine
et vincristine), onycholyse avec hémorragie sous-unguéale,
probablement par photosensibilisation, la plaque unguéale jouant le
rôle de loupe (taxanes) ce qui peut aboutir à un décollement unguéal
très douloureux, et enfin des abcès aseptiques sous-unguéaux
(taxanes).
* Atteintes des glandes sudorales :
Deux aspects cliniques principaux sont décrits : la syringométaplasie
mucineuse et l’hidradénite neutrophilique eccrine.
Leur mécanisme
est probablement assez proche, puisqu’on incrimine dans les deux
cas un mécanisme toxique local lié à la concentration et à l’excrétion
de la molécule cytotoxique dans la sueur, avec atteinte toxique
directe des cellules canaliculaires bordantes et/ou libération de
cytokines à effet chimiotactique local entraînant l’apparition de
l’infiltrat neutrophilique.
En fait, il est possible qu’il s’agisse
des deux extrémités d’un même spectre
physiopathologique.
+ Syringométaplasie mucineuse :
Il s’agit d’une complication rare des traitements cytostatiques.
Elle n’est pas spécifique puisque des aspects histologiques similaires
peuvent être observés dans d’autres circonstances, notamment au
cours de certaines tumeurs cutanées, des ulcères de jambe, des
processus inflammatoires divers et des expositions à des
médicaments ou à des agents toxiques exogènes.
Sur le plan
clinique, l’aspect est également peu spécifique, avec des macules
isolées ou groupées en plaques érythémateuses, des vésicules
qui peuvent être localisées ou généralisées.
Il peut s’y associer une
atteinte inflammatoire érosive et secondairement pigmentée des
grands plis, plus évocatrice.
Les lésions apparaissent dans les
semaines qui suivent le traitement cytostatique, et évoluent
spontanément vers la disparition ou vers une pigmentation séquellaire quand le traitement est interrompu.
L’analyse
histologique révèle une métaplasie épidermoïde du canal excréteur
des glandes eccrines dans le derme papillaire.
Il peut s’y associer
une nécrose focale de l’épithélium du canal excréteur sudoral, une
prolifération fibroblastique, et un oedème péricanalaire.
Contrairement à l’hidradénite neutrophilique eccrine, il n’existe en
principe pas d’infiltrat neutrophilique.
L’apparition de la syringométaplasie eccrine ne semble pas liée à un
agent cytostatique particulier, puisque des molécules très diverses
ont été impliquées tels la cytarabine, la mitoxantrone, le 5-FU, le
cyclophosphamide, le cisplatine, le méthotrexate, le melphalan, le
thiotépa et la doxorubicine.
+ Hidradénite neutrophilique eccrine :
Initialement décrite en 1982 chez des patients traités par cytarabine
pour une leucémie aiguë myéloblastique, cette dermatose neutrophilique rare a ensuite été rapportée avec de nombreux autres
agents cytostatiques (notamment associés sous forme de
polychimiothérapie) et dans une large variété de néoplasies.
Les lésions surviennent dans un contexte fébrile, prédominent le
plus souvent aux extrémités, notamment les membres supérieurs, la
tête et le cou.
Les aspects cliniques sont très variables, parfois
polymorphes à type de macules ou de papules rouge violacé, de
nodules ou de pustules pouvant confluer en larges plaques évoluant
parfois vers des aspects de cellulite locale.
Ces lésions peuvent être
uniques ou multiples, et peuvent en imposer pour une cellulite
infectieuse, notamment en cas d’atteinte de l’extrémité céphalique,
d’autant qu’elles sont parfois sensibles, voire douloureuses.
L’éruption apparaît en général dans les 3 semaines qui suivent le
traitement inducteur, et disparaît spontanément dans les semaines
qui suivent son arrêt.
La récidive en cas de réintroduction de la
molécule responsable n’est pas systématique, mais apparaît dans
plus de la moitié des cas.
Sur le plan histologique, l’image typique est celle d’un infiltrat neutrophilique dense dans et autour des glandes eccrines du derme,
avec des foyers de nécrose des cellules épithéliales eccrines.
Une
atteinte des glandes apocrines est également signalée mais semble
nettement plus rare.
Il peut s’y associer une syringométaplasie
épidermoïde.
Dans certains cas, chez des patients profondément neutropéniques, l’infiltrat neutrophilique n’est pas présent, mais
d’autres éléments évocateurs tels que les nécroses parcellaires des
glandes eccrines permettent toutefois d’évoquer le diagnostic devant
des lésions cliniques compatibles.
Le diagnostic différentiel est délicat chez des patients
immunodéprimés, et inclut notamment des processus infectieux tels
que des métastases septiques, des septicémies bactériennes ou
fongiques, les cellulites, notamment de l’oreille et de l’orbite, les
infections fongiques locales, les localisations spécifiques de
l’hémopathie sous-jacente, des lésions de vascularites ou encore
d’hypersensibilité médicamenteuse, notamment de type urticaire ou
érythème polymorphe.
D’autres dermatoses neutrophiliques telles
que le syndrome de Sweet ou le pyoderma gangrenosum peuvent
également se discuter.
L’évolution se faisant souvent vers la disparition spontanée des
lésions après interruption du traitement cytostatique, il n’est pas
forcément indispensable d’engager un traitement particulier quand
le diagnostic a été affirmé par la biopsie cutanée, qui est par ailleurs
obligatoire devant toute éruption fébrile chez un patient
immunodéprimé.
La possibilité d’une récurrence après reprise du
traitement a conduit certains auteurs à proposer un traitement
préventif lors de la cure suivante par corticoïdes systémiques, dapsone ou même anti-inflammatoires non stéroïdiens.
L’efficacité
de ces mesures reste malheureusement incomplète.
La liste des médicaments cytostatiques associés à l’apparition des
lésions d’hidradénite neutrophilique eccrine s’allonge régulièrement,
mais les principales molécules en cause sont la cytarabine, la
bléomycine, la doxorubicine, la métoxanthrone, le chlorambucil, le
cyclophosphamide.
Le plus souvent, il s’agit d’une polychimiothérapie
incluant une ou plusieurs de ces molécules.
2- Troubles pigmentaires
:
L’hyperpigmentation est un effet indésirable très répandu des agents
cytotoxiques utilisés en cancérologie.
Elle peut toucher l’ensemble
du revêtement cutanéomuqueux, y compris les cheveux, les ongles
et les muqueuses.
Elle peut être diffuse ou localisée avec parfois un
profil un peu particulier, variable selon la molécule utilisée.
L’étiopathogénie de ces hyperpigmentations est probablement
variable en fonction de la molécule en cause, et peut impliquer des
mécanismes aussi différents qu’un effet toxique direct sur le
mélanocyte avec stimulation secondaire de la synthèse de mélanine,
une hypersécrétion de certaines hormones telles l’adrenocorticotrophic
hormone (ACTH) et surtout la alpha-melanocyte stimulating hormone
(MSH), en réponse à une toxicité sur les surrénales, un déficit
inhibiteur de la tyrosinase, la formation de complexes stables entre
la mélanine et la molécule cytotoxique ou encore une pigmentation
postinflammatoire « banale ».
Celle-ci peut succéder à une toxicité
sur les kératinocytes, avec ou sans photosensibilité, les kératinocytes
représentant effectivement une cible non négligeable des agents
cytotoxiques en raison de leur activité mitotique importante au
niveau de la couche basale.
Dans beaucoup de cas, la pigmentation
semble apparaître, en tout cas prédominer, sur les régions de
traumatisme aigu ou chronique, peut-être par une augmentation de
débit sanguin local et donc de la concentration locale en cytotoxique.
En fait, les mécanismes en cause restent mal connus dans beaucoup
de cas.
Sur le plan chronologique, les lésions hyperpigmentées peuvent
apparaître à intervalles très variables après la mise en place du
traitement, avec un intervalle libre qui peut aller de 1 semaine à
plusieurs mois.
Cette hyperpigmentation peut se présenter sous
différentes formes topographiques qui ne sont d’ailleurs pas
mutuellement exclusives :
– forme diffuse : busulfan, cyclophosphamide, méthotrexate,
hydroxyurée, procarbazine ;
– atteinte des faces dorsales des extrémités : cisplatine,
doxorubicine, 5-FU, daunorubicine, mitoxantrone ;
– atteinte des zones de flexion des régions palmoplantaires :
ifosfamide, 5-FU, tegafur, bléomycine, doxorubicine ;
– atteinte en plaques pigmentées éparses : cisplatine ;
– localisation sur les zones de traumatisme ou de friction (site
d’application d’électrodes d’électrocardiogramme [ECG],
pansements occlusifs…) : cyclophosphamides, 5-FU, ifosfamide,
carmustine (Bicnut) topique, cisplatine, thiotépa, hydroxyurée,
bléomycine, docétaxel ;
– atteintes serpigineuses surmontant les trajets veineux des zones
de perfusion : fotémustine, 5-FU, vinorelbine, cisplatine, docétaxel,
polychimiothérapie associant aracytine, asparaginase,
6-mercaptopurine et cyclophosphamide ;
– atteintes réticulées : 5-FU ;
– atteintes flagellées : 5-FU, bléomycine, peut-être liées au
prurit survenant lors de l’utilisation de cette dernière avec
apparition de lésions pigmentées postinflammatoires ;
– avec photosensibilité : doxorubicine, 5-FU ;
– atteintes des plis : polychimiothérapie par ifosfamide, cisplatine
et étoposide.
De même, les phanères, et notamment les ongles, voire les
muqueuses, peuvent être touchés par ces lésions hyperpigmentées, avec parfois des aspects un peu particuliers telles les dyschromies
du gland (tegafur), de la langue et de la muqueuse orale (5-FU,
doxorubicine, cisplatine, hydroxyurée), ou des cheveux (cisplatine,
méthotrexate).
Une hyperpigmentation des ongles a été observée
avec une grande variété d’agents cytotoxiques, tels le cisplatine, la
doxorubicine, l’idarubicine, le 5-FU, la bléomycine, le docétaxel, la
dacarbazine, l’hydroxyurée, avec des profils variables en fonction
des molécules en cause (pigmentation en bandes longitudinales ou
transverses, diffuses, coexistant parfois avec des zones de
leuconychies, voire avec une onycholyse, notamment avec les
taxanes).
Sur le plan évolutif, l’hyperpigmentation s’atténue habituellement,
au moins partiellement, après interruption du traitement
cytotoxique, mais des lésions peuvent en fait persister pendant
longtemps, notamment les lésions flagellées induites par la bléomycine.
Dans certains cas, les lésions sont définitives.
3- Syndrome sclérodermiforme induit
:
Un certain nombre de publications isolées ont rapporté l’apparition
de lésions cutanées de type syndrome sclérodermiforme (au sens
large du terme) avec ou sans inflammation profonde préalable.
Cet
effet indésirable semble en fait rare et inclut diverses entités
cliniques :
– fasciite-panniculite des membres avec une phase inflammatoire
initiale ressemblant cliniquement à une fasciite à éosinophiles de
Schulmann et évoluant secondairement vers des lésions fibreuses
plus ou moins importantes, parfois engainantes.
L’aspect
histologique est peu spécifique avec infiltrat inflammatoire de
l’hypoderme, voire du fascia, puis évolution vers une fibrose
profonde avec notamment épaississement des fascias.
Cet effet
indésirable a été observé avec les taxanes (paclitaxel) et la
gemcitabine.
On peut en rapprocher un tableau de pseudocellulite des membres inférieurs liée au raltitrexed qui
représente peut-être une forme abortive de ce type de
complication ;
– sclérodermie systémique type syndrome CREST (calcinose souscutanée,
syndrome de Raynaud, dysfonction de l’oesophage,
sclérodactylie, télangiectasie), morphées multiples ou acrosclérose
associées à la bléomycine (seule ou en association à la
radiothérapie) et au tegafur, prodrogue du 5-FU ;
– fibrose réticulée des membres soumis à une thermochimiothérapie
par perfusion d’un alkylan, notamment le melphalan.
4- Érythème acral :
L’érythème acral des chimiothérapies, ou érythrodysesthésie
palmoplantaire, ou érythème de Burgdorf, a été décrit pour la
première fois en 1974.
Son incidence est difficile à déterminer
puisque la plupart des observations publiées apparaissent comme
des cas isolés ou de petites séries, mais il est possible que son
incidence réelle soit en fait sous-évaluée, la plupart des cas n’étant
pas publiés.
L’aspect clinique est assez stéréotypé quel que soit
l’agent inducteur avec les prodromes de type dysesthésie ou
sensation de chatouillements des paumes et des plantes, suivis de
l’apparition en quelques jours d’un érythème rouge vif (ou orangé
avec les taxanes) accompagné d’un oedème bien délimité,
prédominant aux paumes et aux plantes.
Il s’y associe des sensations
de brûlure.
Les mains sont en général plus touchées que les pieds et
peuvent être atteintes de façon isolée. Les lésions peuvent être
limitées aux régions en regard des articulations, voire se résumer à
un érythème périunguéal.
Plus rarement, les éléments érythématooedémateux
débordent les extrémités et peuvent atteindre d’autres
régions de téguments.
Dans certains cas, les lésions peuvent devenir
bulleuses, notamment avec certains agents inducteurs tels que
la cytarabine, le méthotrexate, le 5-FU ou la doxorubicine.
En cas de
prolongation de l’exposition à la molécule responsable, l’érythème
s’aggrave, devient violacé, s’étend et les douleurs s’accentuent.
En
revanche, l’arrêt du traitement responsable est suivi d’une
atténuation graduelle des symptômes sur une période de 2 semaines
environ, avec souvent une desquamation superficielle terminale.
Parfois, les lésions évoluent vers des séquelles de type kératodermie
palmoplantaire ou dysesthésies prolongées.
L’érythème acral semble être dose-dépendant, apparaissant en
fonction du pic de concentration sérique, mais aussi de la dose
cumulative totale.
Il apparaît plus rapidement en cas de perfusion
brève, mais peut également survenir lors de traitement au long
cours.
La réexposition à l’agent inducteur utilisé selon les mêmes
modalités aboutit en général à une récidive des lésions, qui n’est
toutefois pas systématique.
Sur le plan histologique, il s’agit à l’évidence d’une réaction
cytotoxique directe affectant les kératinocytes, avec des lésions de
nécroses épidermiques accompagnées le plus souvent d’un infiltrat
inflammatoire du derme prenant parfois l’aspect d’une dermite
inflammatoire d’interface.
En dehors de cet infiltrat, le derme est le
siège d’une dilatation vasculaire souvent intense d’un oedème
papillaire, parfois d’une atteinte des glandes eccrines qui peut être
de type syringométaplasie eccrine épidermoïde.
La physiopathologie exacte de l’érythème acral n’est pas connue de
façon précise, mais un effet toxique direct de la ou des molécules en
cause, dirigé avant tout contre les cellules épidermiques, est l’hypothèse actuellement retenue par la plupart des auteurs,
notamment en raison du caractère dose-dépendant de cette
complication.
En revanche, sa limitation ou au moins sa
prédominance sur les régions palmoplantaires n’a pas reçu
d’explication bien convaincante, mais peut être liée à des facteurs
locaux (épaisseur importante de la couche cornée, gradient de
température, anatomie vasculaire, renouvellement épidermique
particulièrement rapide, absence de follicules pilosébacés,
concentration importante en glandes eccrines).
Le diagnostic différentiel ne pose en général que peu de problèmes
en raison du caractère assez évocateur des lésions cliniques.
Toutefois, quelques difficultés peuvent être rencontrées avec la
réaction aiguë du greffon contre l’hôte (GVH : Graft versus Host)
chez les patients transplantés médullaires, d’autant que les deux
complications peuvent apparaître simultanément.
Toutefois, l’aspect
clinique est un petit peu différent avec un érythème maculopapuleux, en général sans la sensation de brûlures intenses
rencontrée au cours de l’érythème acral, tandis que des lésions
cutanées et/ou muqueuses sont généralement présentes sur d’autres
régions.
Toutefois, la GVH peut être localisée uniquement aux
paumes et aux plantes ; il s’agit alors d’une situation assez difficile
d’autant que l’aspect histologique est assez similaire.
Il est toutefois
important de distinguer les deux entités qui nécessitent un
traitement bien différent et ce d’autant que la ciclosporine, qui est
un des traitements de la GVH, a aggravé certains cas d’érythème
acral des chimiothérapies.
Les molécules en cause sont très diverses, avant tout représentées
par le 5-FU et ses analogues (capecitabine, tegafur), la cytarabine, la
doxorubicine, liposomale ou non, et le docétaxel.
Il n’existe en
général pas de lien précis entre une molécule et un tableau clinique
particulier, même si l’érythème acral lié à la cytarabine semble
particulièrement intense avec notamment un tableau général fébrile,
la possibilité d’un oedème facial, voire d’un exanthème
maculopapuleux plus étendu associé à des lésions palmoplantaires
particulièrement sévères.
Sur le plan thérapeutique, les lésions peuvent être prévenues lors
des cures suivantes par une prémédication par la prednisolone orale
(1 mg/kg/j) ou par la dexaméthasone (8 mg toutes les 12 heures)
24 heures avant l’administration de la molécule impliquée,
traitement à poursuivre dans les 3 à 5 jours qui suivent la
chimiothérapie.
La vitamine B6 (pyridoxine) a également été
proposée pour prévenir cet accident à la dose de 100 à 300 mg/j.
Le
traitement curatif des lésions constituées est nettement plus
décevant, et fait appel aux mesures symptomatiques locales
(corticoïdes locaux, émollients, compresses imbibées de sérum
physiologique refroidi) et générales (antalgiques, pyridoxine,
corticoïdes).
Finalement, c’est la réduction posologique de la
molécule en cause et/ou l’allongement des intervalles séparant les
cures, voire le retrait pur et simple de la drogue qui sont
probablement les traitements les plus efficaces.
5- Interactions avec les rayonnements
électromagnétiques :
Un certain nombre de molécules cytotoxiques sont responsables
d’une photosensibilisation, en général par une réaction phototoxique.
Les molécules en cause sont très diverses, incluant
notamment la dacarbazine, la doxorubicine, le 5-FU, l’hydroxyurée,
la procarbazine, le tegafur, la thioguanine, la vinblastine, la
fotémustine et les taxanes.
Ces réactions phototoxiques peuvent
être particulièrement sévères avec apparition de bulles sur les
régions photoexposées, suivies parfois d’une hyperpigmentation
postinflammatoire résiduelle.
Le diagnostic est en général aisé
cliniquement, mais peut faire appel dans les cas douteux à une
exploration photobiologique avec détermination de la dose
érythémale minimale.
Une réaction de type photoallergique a été décrite avec le tegafur,
molécule utilisée dans le traitement du cancer de la prostate.
Il s’agit
alors d’un érythème papulovésiculeux ou desquamatif survenant de
façon retardée, plusieurs mois après l’initiation du traitement.
La photo-onycholyse est un cas particulier de phototoxicité, la
tablette unguéale jouant le rôle de loupe et concentrant
apparemment les rayons ultraviolets sur le lit de l’ongle.
Les lésions
peuvent se présenter sous la forme de flammèches hémorragiques sous-unguéales pouvant confluer et aboutir au décollement de
l’ongle par la collection hématique. Une hyperpigmentation
résiduelle est souvent observée.
Cet effet indésirable est notamment
rapporté avec les taxanes et la mercaptopurine.
Le phénomène de rappel définit la réactivation d’un érythème
solaire antérieur ou l’apparition de lésions inflammatoires sur une
zone précédemment irradiée, lors de l’utilisation d’une molécule
cytotoxique.
Ce type de phénomène a été particulièrement rapporté pour le méthotrexate en ce qui concerne la réactivation
d’un érythème solaire, à condition que l’exposition solaire
déclenchante ait lieu dans les 3 jours qui précèdent l’administration
du cytostatique.
Le phénomène de rappel après irradiation par
des rayonnements ionisants est très différent puisque celle-ci a pu
avoir lieu plusieurs mois ou plusieurs années avant l’administration
de l’agent inducteur.
En général, cette irradiation préalable a été ellemême
à l’origine d’une réaction inflammatoire locale, plus ou moins
intense, mais ceci n’est pas absolument obligatoire.
Les lésions
inflammatoires récidivent parfois à chaque réintroduction de la
molécule inductrice, mais, là encore, cette évolution n’est pas
systématique, et le phénomène de rappel n’est donc pas une contreindication
définitive à la poursuite du traitement.
Le mécanisme
physiopathologique de cette curieuse réaction est inconnu, et
pourrait notamment impliquer une altération des cellules souches
cutanées par les irradiations antérieures avec apparition de mutation radio-induite rendant les cellules souches « intolérantes » à
l’agression supplémentaire que constitue la chimiothérapie.
Les
agents inducteurs de ce phénomène de rappel sont très divers : bléomycine, anthracycline, taxane, cytarabine, 5-FU,
mercaptopurine, méthotrexate, agents alkylants, alcaloïdes de la
pervenche, hydroxyurée.
Dans la plupart des cas, les lésions
inflammatoires disparaissent spontanément après un traitement
local souvent limité à une corticothérapie topique.
En revanche, il
est difficile de prévenir l’apparition de cette réaction.
En dehors de ces phénomènes de rappel de chronologie très
particulière, un certain nombre d’agents cytostatiques accroissent les
complications cutanées de la radiothérapie, et apparaissent donc
comme des radiosensibilisants.
Ces agents responsables sont
essentiellement la bléomycine, les anthracyclines, le 5-FU,
l’hydroxyurée, la 6-mercaptopurine, le cisplatine et le méthotrexate.
Cette radiosensibilisation dépend de la chronologie relative des deux
traitements, et est maximale si la chimiothérapie et la radiothérapie
sont réalisées conjointement ou dans un intervalle n’excédant pas
1 semaine environ.
Cliniquement, il s’agit en général d’une
exacerbation de la radiodermite habituelle avec érythème intense,
sensations de brûlures, oedème, apparition de bulles, voire nécroses
et ulcérations.
Ces lésions sont en principe localisées au champ
d’irradiation, mais peuvent s’étendre au-delà des limites de ce
dernier.
Elles disparaissent souvent en laissant des séquelles
pigmentaires, hypo- ou hyperpigmentées.
Il peut s’agir d’un effet
simplement additif, ou d’une authentique synergie entre la toxicité chimio-induite et radio-induite qui peut s’expliquer par des cibles
cellulaires communes, le deuxième agent cytotoxique empêchant la
réparation des lésions induites par le premier traitement.
Le
traitement est en général limité à des mesures symptomatiques et à
une photoprotection à long terme.
6- Troubles vasomoteurs
:
Il s’agit d’une complication assez fréquente des traitements
cytostatiques, de deux types principaux :
– vasospasme responsable d’un livedo, d’un phénomène de
Raynaud, voire de nécroses distales.
Cette complication est
notamment liée à l’utilisation de la bléomycine ou du cisplatine.
La
fréquence de cette complication est mal connue.
Dans certains cas,
le recours à une sympathectomie thoracique a été rendu nécessaire ;
– vasodilatation se traduisant par des phénomènes d’érythrose
et/ou de bouffées vasomotrices, notamment de l’extrémité
céphalique.
Cet effet indésirable peut également être rencontré
avec la bléomycine, le cisplatine, mais aussi l’asparaginase, la
dacarbazine, les taxanes, le 5-FU, la doxorubicine, le cyclophosphamide,
la carmustine et le flutamide.
Il peut s’agir d’une
interaction directe avec des fibres musculaires lisses des parois
artériolaires, ou d’un impact sur le système nerveux autonome.
Dans
le cas d’une action végétative, les bouffées vasomotrices
s’accompagnent souvent d’une hypersudation paroxystique.
7- Effets secondaires locaux des agents cytotoxiques
:
L’utilisation des veines périphériques pour l’administration des
agents cytotoxiques expose à un certain nombre d’accidents qui
peuvent être liés à la toxicité directe du produit sur les parois
veineuses, mais également à l’extravasation de la molécule dans les
tissus environnants, entraînant des phénomènes de nécroses parfois
difficiles à contrôler.
La toxicité veineuse peut se manifester par des phénomènes
douloureux locaux avec inflammation des parois veineuses et
apparition d’un cordon dur, inflammatoire, douloureux, s’étendant
sur plusieurs centimètres en amont et en aval à partir du point de
perfusion.
Cette inflammation peut se compliquer d’une thrombose
veineuse locale.
Dans certains cas se développent de curieux
phénomènes d’inflammation, puis de pigmentation des zones
cutanées situées en regard du réseau veineux drainant le point de
perfusion, notamment avec les taxanes et le 5-FU.
Cette
pigmentation peut ensuite persister pendant plusieurs mois.
L’extravasation des agents cytotoxiques en raison d’une effraction
veineuse est un accident non exceptionnel quand la perfusion utilise
les veines périphériques, notamment des membres, mais est devenu
beaucoup plus rare depuis l’utilisation des chambres implantables
reliées par un cathéter à une veine profonde.
Les conséquences
dépendent de la quantité, de la concentration et du type d’agents
cytostatiques utilisés.
Ainsi, cette extravasation peut être suivie
d’un simple effet local irritant avec apparition d’une inflammation périvasculaire n’évoluant pas vers la nécrose, mais pouvant laisser
des séquelles hyperpigmentées et/ou scléreuses.
En revanche,
d’autres molécules telles les anthracyclines, les alkylants, les
alcaloïdes de la pervenche, le 5-FU, la mitoxantrone, les taxanes, sont
nettement plus agressives et ont souvent des effets vésicants sur les
tissus périphériques avec une action nécrosante prolongée.
Dans ce dernier cas, une inflammation, parfois retardée, apparaît,
suivie souvent d’une nécrose évoluant vers une ulcération torpide
n’ayant que très peu tendance à cicatriser, et nécessitant assez
souvent un geste chirurgical de couverture.
Des séquelles trophiques
sont également possibles avec sclérose locale importante engainant
les vaisseaux et les nerfs, dystrophie sympathique avec causalgie
résiduelle, contractures, ankylose articulaire.
Une surinfection sous
forme de cellulite évoluant à bas bruit peut également apparaître,
particulièrement dangereuse car peu symptomatique.
Le principal traitement de ces complications par extravasation est
préventif, et l’utilisation des cathéters implantables doit être
généralisée autant que possible.
Si une extravasation est
suspectée, la perfusion doit être immédiatement interrompue et le
cathéter intraveineux retiré après aspiration.
La zone suspecte peut
être surélevée, et des applications de poche froide ou chaude ont été
conseillées, en fonction des produits, soit pour diluer la molécule,
soit pour éviter sa dissémination par une vasoconstriction induite
par le froid.
En revanche, les effets nécrosants des alcaloïdes de la pervenche sont renforcés par le froid.
Un certain nombre d’antidotes
ont été proposées, notamment le diméthylsulfoxyde (DMSO) pour
les anthracyclines, la hyaluronidase pour les alcaloïdes de la
pervenche et l’étoposide et les injections locales de thiosulfate de
sodium pour la dacarbazine et le cisplatine.
Toutefois, l’utilisation de ces antidotes
reste assez empirique et n’a pas fait l’objet d’études
contrôlées, de même que l’emploi de la corticothérapie
générale censée limiter les phénomènes inflammatoires
locaux.
Le traitement des nécroses constituées
reste en fait surtout chirurgical, avec exérèse des
zones nécrotiques mais également inflammatoires, dont
l’évolution vers la nécrose est très probable dans un
délai variable (et d’ailleurs controversé) en fonction
du produit en cause, permettant d’avoir une idée de
l’étendue réelle des lésions.
Certains auteurs préconisent en effet une
intervention rapide avant l’apparition d’une ulcération,
mais la plupart privilégient une attitude conservatrice.
8- Mucites :
L’apparition d’une mucite, notamment de la muqueuse orale, est un
effet secondaire fréquent et souvent limitant de l’utilisation des
cytostatiques.
Elle représente une source d’inconfort majeur, ainsi
qu’une porte d’entrée infectieuse importante chez ces malades
fragilisés par leur maladie et l’effet immunosuppresseur du
traitement.
L’atteinte de la muqueuse buccale peut atteindre jusqu’à
40 % chez les patients recevant un traitement cytostatique,
notamment si celui-ci comporte de la bléomycine, des taxanes, des
anthracyclines, ou des antimétabolites (méthotrexate, 5-FU).
Le
mécanisme physiopathologique est représenté avant tout par un
effet cytotoxique direct du traitement sur les cellules épithéliales
muqueuses, particulièrement exposées en raison de leur forte
activité mitotique.
L’immunosuppression induite par les
cytostatiques peut également intervenir par le biais d’hémorragies
et d’infections, mais cet effet est alors plus tardif, apparaissant
souvent au nadir cytopénique, situé entre le 10e et le 15e jour après
le début du traitement, alors que l’effet toxique direct apparaît dans
les jours qui suivent la chimiothérapie.
Les infections en cause sont
plutôt bactériennes, notamment à bacilles à Gram négatif, mais
peuvent également impliquer le Candida albicans ou plus rarement,
d’autres espèces fungiques, voire des virus, en particulier du groupe
herpès.
Un certain nombre de facteurs favorisent l’apparition de ces
lésions muqueuses : une radiothérapie précessive ou simultanée, la
présence d’une hémopathie maligne, l’âge (moins de 20 ans), une
mauvaise hygiène buccodentaire et une insuffisance d’excrétion des
cytotoxiques pour des raisons rénales et/ou hépatiques, avec
augmentation des concentrations sériques.
Enfin, il est possible que
la neutropénie elle-même joue un rôle par des mécanismes pour
l’instant inconnus, par analogie aux lésions buccales aphtoïdes
observées dans la neutropénie cyclique idiopathique.
L’aspect clinique est peu spécifique, avec un oedème inflammatoire
de la muqueuse associé rapidement à des ulcérations plus ou moins
confluentes, à l’origine de douleurs, notamment de brûlures
accompagnées d’une xérostomie.
En principe, les lésions
disparaissent spontanément sans cicatrice en 2 à 3 semaines si le
traitement n’est pas repris entre-temps.
Sur le plan thérapeutique, un certain nombre de mesures
préventives peuvent être proposées : hygiène buccodentaire
rigoureuse, bains de bouche, notamment avec des liquides glacés
(prévention de la mucite induite par le 5-FU ou le melphalan) ; un
certain nombre d’autres traitements ont été proposés, mais aucun
n’a fait l’objet d’une étude contrôlée.
Le traitement curatif ne peut
être que symptomatique avec, là encore, une bonne hygiène
buccodentaire, l’utilisation d’anesthésiques de contact et d’agents
barrières, notamment le sucralfate, l’hydroxyde d’aluminium et de
magnésium, et un traitement antalgique général permettant d’éviter
la dénutrition.
Toute infection doit être vigoureusement combattue
après obtention des preuves microbiologiques indispensables, car il
peut s’agir de la porte d’entrée d’une infection générale
potentiellement très dangereuse chez ces patients souvent
sévèrement immunodéprimés.
Enfin, la correction de la neutropénie
par le granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF) peut avoir un
effet favorable, et un traitement préventif utilisant cette molécule
peut être indiqué dans les cas sévères.
9- Effets secondaires divers
:
* Inflammation des kératoses actiniques et/ou séborrhéiques
:
Cette réaction a été décrite notamment avec le 5-FU et ses
précurseurs, tel que le tegafur, mais également, quoique de façon
moins fréquente, avec la doxorubicine, le cisplatine, les alcaloïdes
de la pervenche, la cytarabine (kératose séborrhéique) et la
fludarabine (carcinome épidermoïde).
Cette inflammation,
souvent brutale, concerne des lésions déjà existantes, kératoses
actiniques et/ou séborrhéiques, voire carcinomes épidermoïdes
préexistants, révèle parfois des éléments passés jusque-là inaperçus,
et touche avant tout les zones photoexposées.
Elle apparaît souvent
dans la semaine qui suit le traitement, disparaît progressivement et
reste souvent autolimitée.
Un traitement symptomatique par
corticoïdes locaux est en général suffisant.
L’arrêt de la molécule
responsable n’est pas nécessaire en raison du caractère autolimité
de la réaction et de l’impact parfois favorable sur la lésion initiale
qui peut ensuite disparaître.
* Syndrome de récupération lymphocytaire
:
Cette manifestation est liée à l’augmentation rapide du taux de
lymphocytes sanguins après le nadir, et apparaît souvent au point le
plus précoce de cette récupération lymphocytaire.
Sa survenue, en
général dans les 5 à 21 jours après le début du traitement, serait liée
à l’apparition de propriétés particulières sur ces lymphocytes qui
proviennent d’une régénération médullaire très active.
L’aspect
clinique est assez polymorphe et trompeur, fait de macules, papules, plaques érythémateuses, voire eczématiformes, prurigineuses,
évoluant parfois vers une véritable érythrodermie, dans un contexte
fébrile.
Ces lésions disparaissent très souvent spontanément et
n’ont pas de gravité particulière.
Elles peuvent prêter à confusion
avec des réactions médicamenteuses d’hypersensibilité, et surtout
avec une réaction aiguë du greffon contre l’hôte, d’autant que
l’aspect histologique est tout à fait superposable : infiltrats
lymphocytaires du derme superficiel, exocytose de lymphocytes
isolés dans l’épiderme et apparition de quelques nécroses
kératinocytaires parfois au contact des lymphocytes épidermiques
avec des images de satellitose.
Aucun produit particulier n’a été
associé à cette réaction, qui apparaît plus au cours des hémopathies
malignes qu’au cours des tumeurs solides.
L’utilisation de certaines
cytokines, telles que le granulocyte macrophage-colony stimulating
factor (GM-CSF) et l’interleukine 3 (IL 3) augmente l’incidence de ce
type de réaction.
* Pseudodermatomyosite :
Cet effet secondairement électivement rapporté avec l’Hydréat
touche avec prédilection le dos des mains sous forme de papules
rosées en bande sur les faces d’extension des articulations,
parfois accompagnées de lésions poïkilodermiques à distance.
Il
peut s’associer à un certain nombre d’autres complications
particulières, telles qu’une xérose collodionnée, des kératoses
actiniques photodistribuées, des carcinomes basocellulaires
ou épidermoïdes photodistribués, des érosions muqueuses
chroniques aphtoïdes et des lésions hyperkératosiques parfois
érosives des mains.
Des ulcères de jambe torpides, douloureux,
n’ayant aucune tendance à cicatriser, peuvent apparaître au bout de
3 ou 4 ans de traitement continu par hydroxyurée, notamment au
cours du traitement d’hémopathies malignes telles que la maladie
de Vaquez.
La seule thérapeutique efficace est alors
l’interruption du traitement cytostatique et son remplacement par
une autre molécule.
* Syndrome de fuite capillaire :
Il se caractérise par un oedème sous-cutané, un suboedème
pulmonaire, une hypoalbuminémie, une hypotension artérielle, voire
un collapsus, et a été rapporté avec l’utilisation des taxanes et, à un
moindre degré, de la gemcitabine.
Il s’agit probablement d’une
interaction directe de la molécule avec les parois vasculaires.
Une
prévention est systématique avec les taxanes, associant corticoïdes
systémiques, anti-H1 et anti-H2.
* Réactions d’hypersensibilité médicamenteuse
:
Peu spécifiques, elles peuvent être notées avec les cytostatiques se
présentant sous la forme d’un rash maculopapuleux accompagné
éventuellement d’autres manifestations de type anaphylactique
quand le mécanisme d’hypersensibilité est immunoglobuline E
(IgE)-dépendant.
Ces réactions sont toutefois assez rares, sauf
pour le paclitaxel, la L-asparaginase et la mitomycine.
La plupart
des réactions sont de type 1 avec exanthème urticarien, prurit, angiooedème,
mais d’autres présentations cliniques sont possibles, tels
l’érythème polymorphe, la nécrose épidermique toxique, la
vascularite cutanée et l’exanthème maculopapuleux, probablement
lié à une hypersensibilité retardée.
Les agents cytotoxiques utilisés
par voie topique peuvent être responsables de dermites de contact,
particulièrement fréquentes avec la caryolysine puisqu’elles peuvent
atteindre jusqu’à 40 % des patients, ce qui représente une limitation
non négligeable à l’utilisation de ce produit dans les lymphomes
cutanés épidermotropes.
Toutefois, des stratégies de
désensibilisation ont été préconisées dans ce cas.
* Réactions diverses
:
Le développement d’une porphyrie est théoriquement possible avec
certains agents antinéoplasiques tels que le cyclophosphamide, le
busulfan, l’azathioprine, le 5-FU et la procarbazine, mais en pratique,
de telles complications n’ont été constatées que très rarement.
L’utilisation de ces agents devra toutefois être prudente en cas de contexte de porphyrie quel que soit son type biochimique.
Le méthotrexate à haute dose, et notamment en cas de surdosage, peut
être responsable d’un tableau de nécrose épidermique avec
décollement cutanéomuqueux parcellaire ou plus diffus, proche d’un
syndrome de Lyell et probablement lié à un mécanisme toxique
direct.
Quatre cas de lupus induits par des agents anticancéreux
ont été récemment rapportés, dont un lupus chronique associé au tegafur et trois lupus systémiques avec autoanticorps circulants lors
de l’emploi de l’antiangiogène COL-3.
Un cas de plaques érythrodysesthésiques plus ou moins fixes a été décrit avec le
docétaxel.
Le STI571, inhibiteur de tyrosines-kinases et utilisé
notamment dans les leucémies myéloïdes chroniques et certaines
néoplasies gastro-intestinales, peut entraîner des exanthèmes
cutanés, notamment de type pustuloses prédominant aux grands
plis.
Enfin, nous avons pu constater la survenue d’une vasculite
leucocytoclasique lors de l’utilisation de l’anticorps monoclonal anti-CD20 (rituximab) très utilisé actuellement dans les hémopathies
malignes B.
B - MÉDICAMENTS RESPONSABLES :
1- Anthracyclines (doxorubicine ou adriamycine)
:
Les accidents cutanéomuqueux les plus fréquents sont l’alopécie
souvent diffuse et totale, les troubles pigmentaires, les
onychodystrophies, l’érythème acral, les stomatites, les réactions
urticariennes notamment aux points d’injection, les phénomènes de rappel ; les
accidents d’extravasation sont générateurs de lésions
nécrotiques particulièrement importantes, étendues et
douloureuses.
2- Bléomycine :
Les effets indésirables sont nombreux et fréquents : alopécie,
pigmentation cutanéo-unguéale notamment « flagellée », stomatites,
sclérodactylie, phénomène de Raynaud, voire nécroses distales,
érythème acral, aggravation des lésions de radiodermite qui peuvent
prendre un aspect sclérodermiforme, phénomène de rappel, nodules
indurés, hidradénite neutrophilique eccrine.
3- Busulfan :
Les effets secondaires sont rares : alopécie, hypermélanose,
anhydrose, porphyrie exceptionnelle.
4- Camptotécine (irinotécan)
:
Elle peut être à l’origine de rashes
inflammatoires peu spécifiques, mais assez fréquents (10
% des cas), de lésions muqueuses et d’alopécie.
5- Chlorambucil :
Il peut provoquer une alopécie (rare), une hidradénite
neutrophilique eccrine, un érythème facial, un oedème périorbitaire.
6- Cisplatine :
L’alopécie est assez rare, mais on peut
observer quelques cas d’hyperpigmentation, notamment sur
les zones de friction, de phénomène de Raynaud ou de
bouffées vasomotrices. En revanche, les réactions
d’hypersensibilité sont plus fréquentes.
7- Cladribine (2-CdA) :
Quelques effets indésirables rares ont
été rapportés : inflammation de kératoses actiniques,
stomatites, thrombophlébites.
8- Cyclophosphamide et ifosfamide :
L’alopécie est l’effet indésirable essentiel ; les autres complications
sont beaucoup plus rares : érythème acral, onychodystrophies,
hypermélanoses, carcinomes cutanés après traitements prolongés, éruptions
acnéiformes.
9- Cytarabine (ARA-C)
:
Elle peut être à l’origine de phénomènes de rappel, de syringométaplasie mucineuse, d’hidradénites neutrophiliques
eccrines, d’érythèmes acraux particulièrement sévères,
d’inflammation des kératoses séborrhéiques, d’anomalies unguéales
et d’exanthèmes maculopapuleux entrant parfois dans le cadre d’un « syndrome
d’hypersensibilité » apparaissant au cours des 24
premières heures de traitement.
10- Étoposide (VP-16) :
Il peut entraîner des réactions
d’hypersensibilité, des phénomènes de rappel, des acnés
induites et de rares alopécies.
11- Fludarabine (FLU)
:
Elle peut être responsable d’inflammation de kératoses, et de rares
cas d’alopécie.
12- 5-Fluorouracile (5-FU) et tégafur :
Le 5-FU est à l’origine de nombreux effets secondaires :
inflammation de kératoses, érythème acral, photo- et
radiosensibilisation, hyperpigmentation, notamment des ongles et
onychodystrophies.
Sa prodrogue, le tégafur, a été mise en cause
dans des syndromes sclérodermiformes, des (photo-onycholyses, des
cas de photosensibilisation, voire de photoallergie et dans un cas de lupus
chronique induit.
13- Hydroxyurée (HU)
:
Cet antinéoplasique majeur peut être responsable de complications
cutanées multiples lors des traitements au long cours, peu spécifiques, notamment une alopécie, des épisodes de flush, des
dystrophies unguéales, des stomatites, des hyperpigmentations
cutanées ou unguéales et des érythèmes acraux, mais aussi très
particulières avec inflammation de kératoses actiniques, aspect de
pseudo-ichtyose atrophique et collodionnée, lésions de type
pseudodermatomyosite des faces dorsales des mains
(pseudopapules de Gottron), ulcères de jambe souvent très
douloureux et sans aucune tendance à la guérison, apparition de
kératoses pouvant évoluer vers des carcinomes basocellulaires ou
épidermoïdes, des lésions aphtoïdes buccales et peut-être quelques cas de lupus
induits avec photosensibilisation.
14- L-asparaginase (L-ASP)
:
Cette molécule peut donner lieu à des pigmentations sur les trajets
des veines où sont réalisées les perfusions, des vasodilatations
parfois paroxystiques, des exanthèmes maculopapuleux entrant là aussi parfois
dans le cadre de réactions d’hypersensibilité.
15- Méchloréthamine :
Elle peut entraîner alopécie, dermite de contact avec ou sans
hyperpigmentation en cas d’usage topique, exanthème urticarien dans le cadre de
syndromes d’hypersensibilité.
16- Melphalan :
Les effets indésirables sont rares,
souvent limités à une alopécie.
17- Mercaptopurine (6-MU) :
La toxicité cutanée est assez rare, surtout marquée par des lésions
orales érosives, une hyperpigmentation, un phénomène de rappel,
des anomalies unguéales et un érythème acral.
18- Méthotrexate :
La mucite est le principal effet indésirable, parfois sévère et
imposant l’arrêt du traitement.
Les autres effets secondaires sont
rares : alopécie, troubles de la pigmentation cutanée ou des cheveux
(signe du drapeau), phénomène de rappel, érythème acral parfois
bulleux, réactions anaphylactiques, vascularite leucocytoclasique,
pseudolymphome cutané, nécrose épithéliale toxique.
19- Mitomycine C
:
Elle peut aggraver les effets des radiations ionisantes et entraîner
des lésions eczématiformes des extrémités, probablement de nature
allergique « vraie » lors des instillations intravésicales.
Ces agents sont à l’origine de bouffées vasomotrices, d’alopécies,
d’hypermélanoses et de nécroses aux points d’injection.
21- Taxanes (paclitaxel, docétaxel)
:
Les effets secondaires ne sont pas rares, avec manifestations de type
hypersensibilité parfois systémique, photosensibilisation, photoonycholyse, pigmentations, stomatites, bouffées vasomotrices,
érythème acral, lésions sclérodermiformes des membres inférieurs, syndrome de
fuite capillaire et nécroses en cas d’extravasation.
22- Thiotépa :
Cette molécule peut être responsable d’alopécie, d’hypermélanoses,
d’oedèmes orbitaires, mais ces effets indésirables sont
rarement rapportés.
Ces agents peuvent entraîner une alopécie fréquente mais réversible,
des phénomènes de rappel, des photosensibilisations, des nécroses
en cas d’extravasation, des modifications unguéales, des
thrombophlébites, des stomatites, des érythèmes acraux et des
pigmentations sur le trajet des veines en cas de perfusion
périphérique.