Manifestations buccopharyngées des dermatoses
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Introduction
:
Nom générique de toutes les affections de la peau, le terme « dermatose »
s’applique à un très grand nombre de maladies qui ont également
fréquemment des manifestations muqueuses, tant au niveau de la cavité
buccale que du pharynx.
Dans le compromis nécessairement adopté pour ce
très court chapitre, les affections spécifiques des lèvres, de la langue ou d’une
autre région buccopharyngée ont donc été systématiquement écartées, de
même que les nombreux syndromes, les malformations locales, les
traumatismes (physiques, thermiques, chimiques et médicamenteux) et les
différentes tumeurs bénignes et malignes.
Les maladies hématologiques
tumorales sont également écartées.
La description de ces dermatoses ne se fait pas à partir de symptômes
cliniques élémentaires mais obéit à la classification nosologique qui prévaut
en dermatologie moderne.
L’accent est mis sur les manifestations muqueuses
d’intérêt ORL, en éliminant par la force des choses la description des atteintes
cutanées.
La bibliographie est également réduite à sa plus simple expression :
quelques ouvrages récents de référence, reprenant eux-mêmes de larges
bibliographies.
Seront successivement envisagées les pathologies allergiques, les infections
(bactériennes, virales et mycosiques), les anomalies de l’immunité et des
autres mécanismes de défense, les anomalies de la pigmentation cutanéomuqueuse, les anomalies de la cinétique et de la différenciation
cellulaires, les anomalies de l’épiderme et de la cohérence
épidermodermique, les anomalies de l’interface dermoépidermique, du derme
et de l’hypoderme, les anomalies métaboliques et les pathologies du tissu
conjonctif, et, enfin, les pathologies d’organes ou de systèmes à
manifestations cutanéomuqueuses.
Pathologie allergique buccopharyngée :
Seules certaines pathologies allergiques ont des manifestations
buccopharyngées.
A -
Angio-oedème :
L’angio-oedème ou oedème angioneurotique connaît une forme héréditaire et
une forme acquise.
L’angio-oedème acquis, d’emblée sous-cutané, est
fréquent.
Ferme, assez bien limité, de teinte blanchâtre, non prurigineux, il
affecte électivement les paupières, les lèvres, la langue, le pharynx ; il
disparaît en quelques minutes à quelques heures.
La localisation à la glotte
peut être dramatique.
Les récidives sont occasionnelles ou régulières.
Il est
souvent associé à une urticaire banale et relève des mêmes causes et des
mêmes mécanismes.
La forme héréditaire a une transmission autosomique
dominante, mais le caractère héréditaire n’est pas toujours apparent ; elle est
due à l’absence d’une protéine sérique spécifique, enzyme inhibitrice de la
première fraction du complément (C1-INH).
Cette forme héréditaire connaît
des facteurs déclenchants (les traumatismes avec en particulier les
manipulations buccodentaires et le stress ou l’anxiété) et des facteurs
aggravants (les menstruations, les contraceptifs de type oestroprogestatifs).
Cette forme héréditaire rare, débutant dans l’enfance, est subdivisée en une
forme commune (85 % des cas), à taux réduit de C1-INH fonctionnellement
et antigéniquement normal, et une variante rare, à taux normal ou élevé de
C1-INH structurellement et fonctionnellement anormal mais antigéniquement
intact.
L’oedème sous-cutané est peu fréquent, habituellement unique ; ferme
et souvent douloureux, il affecte des extrémités, la face, les voies aériennes
(oedème de la glotte) et les viscères.
La forme acquise est diagnostiquée par la
clinique et par l’anamnèse ; les taux sériques de C1-INH sont normaux.
La
forme héréditaire est diagnostiquée directement par la mesure immunochimique et fonctionnelle (méthode d’hémolyse) des taux diminués
de C1-INH et, indirectement, par la mesure des taux diminués des substrats de
l’estérase C1, les C4 et C2.
Les taux sériques de C1 et de C3 sont normaux.
Le
traitement de choix est constitué par les corticoïdes par voie orale ou
éventuellement parentérale.
La localisation glottique impose une
hospitalisation d’urgence.
Dans l’angio-oedème héréditaire, le traitement de
fond est basé sur l’emploi du danazol (androgène peu virilisant).
B - Stomatites de contact allergiques :
Elles constituent l’équivalent muqueux des dermatites de contact.
Les
réactions allergiques de contact de la muqueuse buccale ne diffèrent pas
essentiellement de celles de la peau.
Mais la preuve de leur existence présente
des difficultés.
En général, le contact entre l’allergène et la muqueuse est court, sauf en ce qui concerne les produits d’obturation dentaire. D’autre part,
la présence de salive et l’abondante vascularisation tendent à provoquer une
dispersion ou une absorption rapide des allergènes.
L’intensité de l’éruption,
sa localisation, son étendue, dépendent de la nature de l’allergène.
L’atteinte
muqueuse peut être localisée, affectant uniquement par exemple la face
interne de la joue et la langue en regard de l’allergène ou encore être diffuse,
atteignant l’ensemble de la muqueuse et pouvant déborder sur les lèvres et le
pharynx.
La symptomatologie est variée.
Au degré le plus faible, il s’agit d’un
érythème discret n’entraînant aucun signe subjectif ; à un degré de plus,
l’érythème est plus marqué et s’accompagne de picotements ou de brûlures.
L’atteinte de la langue se traduit par une perte des prolongements kératinisés
des papilles filiformes, d’où l’aspect rouge de la muqueuse.
C’est une
exfoliation équivalente à la desquamation cutanée.
Lorsque la réaction est très
forte, l’érythème s’accompagne d’un oedème, la muqueuse devient veloutée
et brillante et garde l’empreinte des dents (bord de langue, linea alba des
joues).
Dans les cas les plus sévères, on observe des vésicules qui, en un
second temps, laissent place à de petites érosions douloureuses.
Parfois, elles
aboutissent à la formation de véritables ulcérations.
Les symptômes subjectifs
sont souvent plus marqués que les signes objectifs.
Ils vont de la perte du goût
à une insensibilité totale de la muqueuse dans les cas extrêmes.
La sensation
de brûlure est fréquente. Parfois, le patient ressent une véritable douleur.
Le
prurit est extrêmement rare. Le diagnostic d’un eczéma de contact allergique
est suspecté sur le plan clinique, mais ne peut être confirmé que par la
réalisation de tests épicutanés.
Le traitement des eczémas de contact
allergiques comporte par priorité l’éviction des allergènes responsables. Les
corticoïdes ont leur indication.
Enfin, de très nombreux allergènes sont rencontrés dans la sphère buccopharyngée.
Ils appartiennent à de nombreuses catégories, parmi
lesquelles il convient de citer les aliments, les produits cosmétiques, les
dentifrices et leurs colorants, les collutoires, de nombreux médicaments, les
matériaux utilisés en dentisterie et les anesthésiques.
Pathologie infectieuse buccopharyngée :
A -
Infections bactériennes
:
Les infections bactériennes regroupent les lésions qui peuvent être attribuées
à un germe exogène bien défini.
Les germes sont des coques et des bacilles à
Gram positif ou négatif, des bactéries anaérobies, des spirochètes, des
mycobactéries et certaines bactéries particulières.
1- Coques à Gram positif :
Ils sont largement représentés dans la flore commensale de la peau et des
muqueuses.
Parmi les trois grands groupes de staphylocoques, ce sont les
staphylocoques dorés (Staphylococcus aureus) qui sont les plus importants
en pathologie.
Ils provoquent des infections cutanées superficielles et
profondes, des bactériémies ou septicémies et des lésions dues aux toxines
staphylococciques (syndrome de Lyell ou érythrodermolyse bulleuse avec
épidermolyse, choc toxique).
Au niveau muqueux, ils sont responsables de la
rare stomatite impétigineuse, dont l’existence est remise en question, et de la
très rare pyostomatite végétante.
Les streptocoques, également commensaux
de la peau et des muqueuses, appartiennent au genre Streptococcus et
regroupent plus de 30 espèces.
Les espèces pathogènes les plus importantes
sont Streptococcus pyogenes (streptocoque du groupe A), S. agalactiae
(streptocoque du groupe B) et S. pneumoniae (pneumocoque).
Le
streptocoque peut seulement provoquer l’infection s’il y a lésion cutanée ou
muqueuse préexistante.
Il donne alors précocement des adénopathies et des
signes systémiques.
Les infections superficielles sont l’impétigo (le plus
souvent en association avec le staphylocoque) et l’érysipèle.
Les autres
infections streptococciques sont les pharyngites et angines (surtout par
streptocoque bêta-hémolytique du groupe A), la scarlatine, les cellulites, les
abcès de la tête et du cou, la fasciite nécrosante et l’angine de Ludwig.
Citons
aussi la rare stomatite aiguë streptococcique qui suit une angine et qui se
manifeste surtout par une gingivite érythémateuse, diffuse et douloureuse,
avec petites érosions et saignements spontanés.
La scarlatine est seule
susceptible de se manifester réellement par une stomatite.
Elle est rare de nos
jours et débute par une angine et une pharyngite, avant l’éruption cutanée.
2- Coques à Gram négatif :
Ils comprennent la famille des Neisseriaceae avec les genres Neisseria,
Moraxella, Acinetobacter et Kingella.
Moraxella catarrhalis est surtout
responsable de kératite, d’otite moyenne et de sinusite maxillaire.
Au cours
de la gonorrhée, l’atteinte pharyngée, gingivale ou oculaire a été décrite.
La
fruste pharyngite gonococcique est de plus en plus fréquente, surtout chez les
homosexuels, par contact orogénital : les patients se plaignent de mal de
gorge, de gêne à la déglutition ; le pharynx et les amygdales sont rouges,
oedématiés, avec parfois un exsudat mucopurulent et occasionnellement un
oedème de la luette.
La gingivite est rare et non spécifique.
3- Infections par bacilles à Gram négatif :
Elles sont rencontrées dans les infections par Enterobacteriacea
(rhinosclérome, peste), dans la brucellose, dans la tularémie, dans le chancre
mou et exceptionnellement dans la morve, la bartonellose et la donovanose.
* Rhinosclérome (ou parfois « sclérome »)
:
C’est une maladie granulomateuse chronique causée par Klebsiella
rhinoscleromatis (ancien bacille de Frisch).
L’affection est endémique au
Mexique, en Amérique centrale et du Sud, en Europe centrale et de l’Est et en
Afrique du Nord.
La maladie touche essentiellement les sujets vivant dans des
conditions précaires.
Elle a un caractère familial.
C’est une affection de
l’adulte jeune, rare chez l’enfant.
Les patients se plaignent d’une obstruction
nasale chronique.
On met facilement en évidence des masses granulomateuses dans les filières nasales.
Le granulome envahit la filière
nasale mais peut secondairement se développer dans le pharynx, le larynx,
plus rarement sur le palais, la gencive, la lèvre supérieure, la trachée et les
bronches.
L’affection semble avoir une phase catarrhale, puis granulomateuse
et enfin cicatricielle.
* Tularémie :
Son agent étiologique est le coccobacille Francisella tularensis,
essentiellement présent chez les rongeurs (lapins, lièvres), dans le sang, les
sécrétions, les excrétions et le pelage, et certains insectes hématophages.
La
contamination de l’homme résulte d’un contact manuel avec des rongeurs
infectés.
Une forme pharyngoganglionnaire ou amygdalienne est retrouvée
dans 2 % des cas.
* Chancre mou :
C’est une maladie sexuellement transmissible due à Haemophilus ducreyi, un
bacille aérobie à Gram négatif court.
Elle se manifeste par des ulcérations génitales
ou buccales douloureuses (par contact orogénital) et une
suppuration des ganglions lymphatiques adjacents.
4- Bacilles anaérobies à Gram négatif
:
Ceux qui constituent le genre Bacteroides sont parmi les plus importants de la
flore humaine normale au niveau de la cavité buccale.
5- Gingivostomatite ulcéronécrotique aiguë et angine de Vincent
:
Elles sont dues à des bacilles à Gram négatif immobiles, anaérobies stricts de
l’espèce Fusobacterium, notamment à l’association de Fusobacterium plautivincentii
et Borrelia vincentii.
Les bacilles fusiformes (fusobactéries) peuvent
aussi coexister avec d’autres germes anaérobies (Bacteroides,
Peptostreptococcus).
Ces organismes font normalement partie de la flore
buccale, mais leur virulence peut être exacerbée en cas de diminution de la
résistance de l’hôte, de mauvaise hygiène buccale, voire d’usage du tabac.
La
gingivite ulcéreuse peut être isolée, limitée aux papilles interdentaires et à la
gencive marginale, pouvant entraîner une lyse osseuse alvéolaire, ou
s’étendre dans la cavité buccale.
On parle alors de « stomatite ulcéronécrotique » ou de « stomatite de Vincent ».
L’affection peut atteindre
l’anneau de Waldeyer, aboutissant à la formation d’un ulcère du pôle d’une
amygdale d’abord, de l’autre ensuite : c’est alors l’angine de Vincent.
Une
sialorrhée et des adénopathies régionales douloureuses sont présentes.
Une
dysphagie, des malaises et de la fièvre sont notés en phase aiguë.
Les lésions amygdaliennes et muqueuses guérissent en 1 à 3 semaines, mais la gingivite
peut entraîner comme séquelles une dénudation des racines dentaires.
Les
récidives sont possibles mais rares après l’âge de 40 ans.
Citons aussi le noma
ou gingivostomatite gangréneuse, généralement dû au Fusobacterium.
B - Spirochètes
:
Le genre Treponema comporte au moins 13 espèces.
Les seuls tréponèmes
pathogènes chez l’homme sont Treponema pallidum sp. pallidum (syphilis),
T. pallidum sp. pertenue (pian), T. carateum (pinta) et T. pallidum sp.
endemicum (bejel).
Seule la syphilis est sexuellement transmissible.
Les
autres organismes pathogènes du groupe appartiennent aux genres Borrelia
et Leptospira.
Syphilis (Treponema pallidum)
:
Elle a un chancre primaire rarement buccal (8 % des cas).
Les localisations
amygdalienne, linguale, voire jugale ou palatine sont exceptionnelles.
L’adénopathie est constante.
Au cours de la syphilis secondaire, l’atteinte de
la muqueuse buccale est pratiquement constante : ce sont les syphilides
érythémateuses, opalines et lichénoïdes, érosives ou papuleuses, ulcéreuses
et fissuraires, voire hypertrophiques ou végétantes.
Au cours de la syphilis
tertiaire, les tardives atteintes buccales sont très rares de nos jours : gommes
syphilitiques (lèvre, langue, palais et voile) aboutissant à des mutilations variées, syphilides tertiaires tuberculeuses (petites gommes se manifestant
comme des élevures lenticulaires et dures, rouge cuivré), syphilome tertiaire
diffus (confluence mamelonnée et ulcérée de syphilides tuberculeuses) et
enfin glossite et leucoplasie syphilitiques (aspects fibreux cicatriciels ou
sclérosants profonds à surface kératinisée blanchâtre).
À signaler que les
malades infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) font des
formes graves de syphilis.
C - Infections par mycobactéries :
Parmi ces infections, il faut citer la lèpre ou maladie de Hansen, due à la
bactérie Mycobacterium leprae.
La localisation de l’infection à M. tuberculosis est exceptionnelle dans le
cadre d’un lupus tuberculeux.
D - Maladies dues à des bactéries particulières :
Incidemment, certaines maladies dues à des bactéries particulières présentent
une stomatite au cours de leur évolution : ce sont les infections par rickettsies
et par mycoplasmes, ainsi que le syndrome de Reiter (atteinte oculo-urétrosynoviale
due le plus souvent à Chlamydia trachomatis, mais aussi à
Salmonella, Shigella, Yersinia et Campylobacter) et enfin la
lymphogranulomatose vénérienne (maladie sexuellement transmissible
[MST] due à C. trachomatis).
1- Syndrome oculo-urétrosynovial ou syndrome
de Fiessinger-Leroy-Reiter :
Il affecte l’homme jeune dans 90 % des cas.
Il semble néanmoins que la
femme soit aussi souvent touchée que l’homme mais l’expression de la
maladie serait plus fruste chez elle.
L’affection serait plus fréquemment
génétique et exprimerait l’antigène HLA-B27.
On implique plusieurs
bactéries dans sa pathogenèse : C. trachomatis, Yersinia enterocolitica,
Shigella flexneri 2A et 1B, Salmonella typhimurium et Campylobacter jejuni.
C’est surtout la variation du taux d’anticorps qui déclencherait la
symptomatologie : une réaction immunologique mal adaptée à une infection
intestinale ou génito-urinaire aurait donc un retentissement sur d’autres
structures situées à distance : les articulations, l’oeil, la peau, les muqueuses
et le coeur.
Les atteintes cutanéomuqueuses sont pratiquement constantes.
Au
niveau buccal, les lésions apparaissent comme des plages rouges, arrondies
ou circinées, un peu surélevées, d’un diamètre de 1 à 10 mm, entourées d’un
liseré blanchâtre ; elles peuvent aussi se présenter sous forme de vésicules
opaques ou de plages érythémateuses brillantes à surface granuleuse.
Elles
siègent sur le palais dur, le voile, la langue, la face interne des joues, les
gencives.
Elles sont asymptomatiques.
L’évolution de l’affection est
variable : rémission complète dans un tiers des cas, récidive dans un tiers des
cas et passage à chronicité dans le dernier tiers des cas.
2- Lymphogranulomatose vénérienne ou maladie de Nicolas-Favre
:
C’est une MST due à C. trachomatis.
La lésion primaire apparaît au site
d’inoculation (souvent génital).Àl’occasion surtout de contacts orogénitaux,
le chancre peut apparaître au niveau de la cavité buccale, où il affecte la forme
d’une ulcération peu profonde.
Il guérit plus lentement à ce niveau et peut être
encore présent lorsque la phase secondaire apparaît, caractérisée par l’atteinte
ganglionnaire.
E - Infections virales :
La seule affection par parvovirus qui ait un intérêt ici est l’érythème infectieux
(erythema infectiosum ou cinquième maladie) ou mégalérythème
épidémique, affection exanthémateuse fébrile bénigne qui n’a que peu ou pas
de prodromes ; elle peut affecter toutes les tranches d’âge mais plus
fréquemment les enfants d’âge scolaire.
La période d’incubation est
d’environ 4 à 12 jours.
L’exanthème dure environ 1 semaine.
La guérison est
spontanée.
1- Famille des papovavirus :
Elle est divisée en deux genres, les papillomavirus et les polyomavirus.
Ce
sont les différences dans l’acide désoxyribonucléique (ADN) viral qui
permettent de distinguer plus de 34 types de papillomavirus humains (hPV
pour human papilloma virus).
Chez l’homme, les papovavirus connus sont
les papillomavirus (verrues, hyperplasie épithéliale focale) qui ont tous une
grande spécificité d’hôte.
Actuellement, les hPV de types 5, 6, 8, 9, 11, 16 et
18 sont considérés comme ayant un potentiel oncogénique et sont associés
aux carcinomes épidermoïdes, mais toutes les lésions papillomateuses
buccales n’auraient pas une origine virale. Les verrues vulgaires (verrucae
vulgaris) sont des tumeurs épithéliales bénignes, contagieuses dues à des hPV.
Les verrues papillomateuses buccales, souvent situées sur les lèvres et le
palais, sont régulièrement associées à hPV-6 et -16.
Elles sont le plus souvent
le résultat, chez l’enfant, d’une auto-inoculation par les doigts. Les autres
lésions buccales sont l’hyperplasie épithéliale focale (hPV-13, -32) et les
condylomes acuminés (hPV-6, -11, -16).
Dans la papillomatose orale floride,
qui pourrait aussi être due à un hPV, de larges verrues multiples envahissent
la cavité buccale ; l’évolution vers le carcinome épidermoïde est possible.
La papillomatose laryngée est caractérisée par l’apparition de multiples petits
papillomes sur la muqueuse du larynx, mais aussi de l’oropharynx et des
bronches, qui sont responsables d’enrouement et de stridor.
Le diagnostic est
clinique et histologique.
La détection immunohistochimique de protéines de
structure des hPV dans les lésions peut confirmer la présence des virus.
2- Adénovirus
:
Ils sont responsables d’affections respiratoires aiguës, associées
éventuellement à une conjonctivite, une rhinite, une pharyngite, une angine
avec oedème pharyngien et amygdalien.
Le traitement est seulement
symptomatique.
3- Herpèsvirus :
Ils constituent une grande famille pathologique.
* Infections herpétiques (virus herpes simplex) :
Très fréquentes, les manifestations cliniques varient en fonction du type de
virus, mais il n’est pas possible de distinguer les deux virus d’après les signes
cliniques.
Chez l’enfant ou l’adulte jeune, c’est une gingivostomatite
vésiculeuse de primo-infection caractérisée par une gingivite
accompagnée de vésicules faisant rapidement place à des érosions
disséminées souvent groupées en « bouquet », avec des adénopathies et une
atteinte plus ou moins marquée de l’état général.
L’herpès secondaire
récidivant, très commun sur les lèvres, peut aussi intéresser la muqueuse
buccale.
* Virus varicelle-zona (VZV)
:
Il est responsable de deux affections : la varicelle, qui résulte d’une exposition
primaire au virus, et le zona, qui est une infection secondaire à la réactivation
du virus latent.
Le VZV est morphologiquement semblable au virus de
l’herpès et partage avec lui nombre de propriétés, notamment celle de pouvoir
établir des infections latentes qui persistent toute la vie.
+ Varicelle
:
Elle survient chez les sujets dépourvus d’anticorps anti-VZV.
C’est
habituellement une maladie éruptive très contagieuse de l’enfance,
caractérisée par un exanthème vésiculaire généralisé, avec atteinte modérée ou sévère de l’état général.
La période d’incubation est de 14 à 15 jours.
Les
lésions buccales sont possibles : ce sont de petites vésicules entourées d’un
halo érythémateux qui siègent sur la muqueuse jugale, le palais et
l’oropharynx ; elles se rompent rapidement, laissant un petit cratère central
peu douloureux.
D’autres muqueuses peuvent être atteintes.
Le diagnostic de
la varicelle est habituellement clinique.
Le traitement est symptomatique.
+ Zona (herpes zoster)
:
C’est une infection localisée sporadique causée par le VZV.
Il est plus
fréquent chez les personnes âgées que chez les sujets jeunes, et plus fréquent
chez les sujets immunodéprimés que chez les individus normaux.
Le zona est
caractérisé par un exanthème vésiculeux douloureux localisé unilatéralement
à des zones cutanées ou muqueuses desservies par un à trois nerfs sensitifs,
soit spinaux, soit crâniens.
Cliniquement, l’éruption est souvent précédée
pendant plusieurs jours par la douleur et les paresthésies dans le dermatome
concerné.
Au niveau facial, seule l’atteinte du V2 et du V3 donnent des
manifestations cutanéomuqueuses.
La complication la plus fréquente est la
névralgie postzostérienne.
+ Virus Epstein-Barr (EBV)
:
C’est le plus récemment décrit des membres de la famille des herpèsvirus
humains.
Chez l’adolescent et le jeune adulte, le virus est l’agent étiologique
de la mononucléose infectieuse ; il a aussi été associé au lymphome de Burkitt
et au carcinome nasopharyngien.
Il pourrait également être un facteur de
développement de sporadiques lymphomes à cellules B, particulièrement
chez les patients immunodéprimés et du syndrome lymphoprolifératif à
transmission récessive liée au chromosome X.
La mononucléose infectieuse
est une maladie infectieuse aiguë caractérisée, après une période d’incubation
de 4 à 7 semaines, par un vague syndrome grippal avec malaise, fatigue,
céphalées et frissons, avant que ne survienne une phase aiguë de fièvre élevée, pharyngoamygdalite, lymphadénopathie généralisée et hépatosplénomégalie.
Enfin, dans environ 25 %des cas, des pétéchies palatines qui apparaissent tôt
dans le cours de la maladie, habituellement à la jonction des palais dur et mou,
et qui restent transitoires, disparaissant en 24 à 48 heures.
Le diagnostic est
clinique et biologique.
* Molluscum contagiosum :
C’est une infection virale banale de la peau et des muqueuses, dont la
transmission se fait par contact direct (auto- ou hétéro-inoculation) et est de
plus en plus souvent sexuelle.
Les lésions buccales sont des petits nodules
hémisphériques ombiliqués situés sur la muqueuse des joues, du palais, de la
langue et des lèvres ; ces nodules persistent habituellement 6 mois à 1 an.
* Infections à coxsackievirus (picornavirus)
:
+ Herpangine :
C’est une affection énanthémateuse fébrile aiguë des enfants.
Les virus
responsables de l’herpangine peuvent aussi provoquer des infections
subcliniques ou fébriles sans lésions oropharyngées.
L’affection survient
habituellement de manière épidémique pendant les mois d’été ; la
contamination survient par les sécrétions oropharyngées.
Cliniquement, la
maladie se développe brutalement, après une période d’incubation qui varie
de 4 à 10 jours.
L’énanthème se manifeste d’abord par de petites papules qui
subissent une vésiculation en moins de 24 heures.
Les vésicules se rompent,
laissant de petites ulcérations douloureuses de 1 à 5 mm de diamètre,
entourées par un halo érythémateux et bientôt recouvertes d’une fine
membrane gris-blanc.
La localisation est, par ordre de fréquence, les piliers
antérieurs du voile du palais, le voile du palais, la luette, les amygdales ellesmêmes,
la paroi pharyngée, les régions postérieures des joues et la langue.
L’hyperémie pharyngée diffuse est habituelle. Une hypertrophie parotidienne
bilatérale existe fréquemment.
La température varie de 38 à 40 °C ; les autres
signes sont le mal de gorge avec dysphagie, les céphalées, l’anorexie, les
vomissements et les douleurs abdominales.
Les lésions de l’herpangine
persistent 4 à 6 jours.
Le diagnostic est essentiellement clinique. Le traitement
est purement symptomatique et la guérison survient généralement en
1 semaine.
C’est une affection exanthémateuse aiguë, de l’enfant de moins de 10 ans
surtout, qui affecte de manière caractéristique la bouche et les extrémités et
qui a une allure épidémique.
La maladie est très contagieuse et survient dans
les pays tempérés, en épidémies horizontales (enfants à enfants) et verticales
(adultes à enfants), pendant les mois chauds.
La transmission est orale-orale
et fécale-orale.
La période d’incubation est courte, de 3 à 6 jours. Un court
prodrome de 12 à 24 heures peut exister, avec fièvre modérée, malaise et
douleurs abdominales.
Ensuite, les signes cliniques les plus fréquents sont les
ulcérations buccales, au nombre de cinq à dix en général, le plus souvent sur
la langue, le palais dur, les lèvres et les joues.
Ce sont d’abord des papules
érythémateuses de 2 à 8mm de diamètre, qui sont bientôt centrées par une
vésicule éphémère à contenu grisâtre.
La vésicule se rompt rapidement,
laissant un cratère gris jaunâtre superficiel.
Ces ulcérations douloureuses, qui
gênent l’alimentation, peuvent fusionner en lésions plus larges.
Elles
guérissent cependant spontanément en 5 à 10 jours.
Les lésions cutanées
apparaissent en même temps ou peu après les lésions buccales au niveau des
doigts et des orteils.
Le diagnostic est clinique.
Le traitement est purement
symptomatique.
+ Togavirus :
Le virus de la rubéole (rubivirus) est le seul qui nous intéresse.
La rubéole
(appelée aussi troisième maladie) est habituellement un exanthème fébrile
bénin, sauf chez la femme enceinte.
Au niveau buccal, de petites lésions
rouges peuvent être visibles au début sur le voile du palais ; elles ne sont pas
pathognomoniques. Le diagnostic est essentiellement clinique.
Le traitement
est symptomatique.
La prévention passe par l’immunisation active avec le
virus vivant atténué, en particulier chez les filles prépubères, pour éviter le
risque d’une infection pendant la grossesse.
+ Paramyxovirus :
Ceux qui infectent l’homme, par voie respiratoire (gouttelettes ou inoculation
manuelle de sécrétions respiratoires), sont les virus para-influenza, le virus
des oreillons (genre paramyxovirus), le virus de la rougeole (genre
morbillivirus) et le virus syncytial respiratoire (genre pneumovirus).
La
rougeole est une éruption fébrile aiguë hautement contagieuse.
Au niveau
buccal, les signes caractéristiques sont les taches de Koplik (vésiculation avec
nécrose épithéliale) qui apparaissent sur les muqueuses sous forme de petites
taches punctiformes rouge vif, irrégulières (leur centre est marqué par un
point bleu-blanc) ; ces taches précèdent en général l’exanthème de 24 à
48 heures (les taches de Koplik manquent chez 5 % des sujets) et sont
habituellement concentrées sur les muqueuses jugales, en regard des
deuxièmes molaires ; elles subissent une coalescence au fur et à mesure que
le pharynx devient érythémateux.
Elles ont tendance à s’effacer pendant la
progression de l’exanthème.
+ Rétrovirus :
Ils font partie de la famille des Retroviridae et
sont responsables, chez l’homme, du syndrome d’immunodéficience
acquise (sida).
* Maladies dont l’étiologie virale est suspectée
:
Finalement, seront brièvement citées des maladies dont l’étiologie virale est
suspectée.
Ce sont l’exanthème subit et le syndrome de Kawasaki qui, tous
deux, ont des manifestations buccopharyngées.
L’exanthème subit (sixième
maladie) est une affection bénigne de l’enfant âgé de 6 mois à 2 ans
caractérisée par un exanthème rubéoliforme respectant généralement la face,
exanthème associé fréquemment à une pharyngite.
Une leucopénie avec
lymphocytose relative est habituelle.
La guérison est spontanée. Le syndrome
de Kawasaki ou « syndrome mucocutané lymphadénopathique » est une
vasculite exanthémateuse fébrile aiguë de l’enfant.
Le syndrome a un cours triphasique (phase aiguë fébrile, phase subaiguë et phase de convalescence).
Pour poser le diagnostic, les patients doivent présenter au moins cinq des six
critères diagnostiques, qui sont :
– une fièvre persistante de plus de 5 jours (en moyenne de 11 jours),
habituellement supérieure à 39 °C ;
– une injection des conjonctives, mais sans exsudat purulent ou atteinte
cornéenne ;
– une atteinte buccale (lèvres sèches, craquelées, fissurées et
érythémateuses ; érythème oropharyngé diffus ; langue « fraise ») ;
– des modifications des extrémités (induration et oedème des mains et des
pieds en phase aiguë ; érythème palmoplantaire en phase aiguë ;
desquamation lamellaire des doigts et des orteils après 2 semaines d’évolution
et apparition de sillons transversaux sur les ongles des doigts 2 à 3 mois après
le début de l’affection) ;
– exanthème érythémateux de type morbilliforme, multiforme, urticarien ou
scarlatiniforme ;
– des adénopathies d’un diamètre de plus de 1,5 cm, généralement
unilatérales et situées dans la région cervicale (environ 70 % des patients
présentent ces adénopathies).
Les signes d’accompagnement témoignent de l’atteinte multisystémique,
notamment cardiaque et artérielle. Les données biologiques sont non
spécifiques.
Le traitement est symptomatique.
F - Infections mycosiques :
Normalement, les champignons dits pathogènes ne vivent pas en parasites,
mais en saprophytes ; le passage de l’état de saprophytes à l’état de parasites
nécessite un changement favorable des conditions du milieu (par exemple,
une modification de la flore par un antibiotique antibactérien ou un état
immunitaire déficient).
C’est ce qui a fait discuter la notion
d’« opportunisme » des champignons.
1- Candidoses
:
Ce sont des mycoses provoquées par des levures du genre Candida,
champignons endosaprophytes regroupant plus de 80 espèces ; c’est le
Candida albicans qui est le plus souvent en cause.
Les aspects cliniques sont
très divers, pouvant évoluer sur le mode aigu, subaigu ou chronique.
Le
tableau clinique va du classique muguet ou candidose aiguë
pseudomembraneuse, devenu fréquent chez les patients traités par
antibiotiques, corticostéroïdes, immunosuppresseurs ou chez les
immunodéprimés (patients infectés par le VIH), à la forme subaiguë
érythémateuse ou chronique hyperplasique parakératosique (candidose
leucoplasiforme).
Le rôle du C. albicans est discuté dans l’étiologie de la
« langue noire villeuse », fréquemment observée après irradiation de la sphère
cervicofaciale, et de la « glossite losangique médiane », avec sa fréquente
lésion décalquée palatine.
Rappelons aussi son rôle dans la perlèche
rencontrée chez les patients porteurs de prothèses dont la hauteur d’occlusion
est insuffisante, ce qui entraîne une macération infectée au niveau des
commissures labiales.
Signalons enfin la notion classique d’une possible
allergie à la candidine, métabolite du Candida.
2- Mycoses :
Celles dites profondes (sporotrichose, rhinosporidiose, phycomycose,
rhinophycomycose, chromomycose, blastomycose, cryptococcose,
histoplasmose, coccidioïdomycose) sont pour la plupart des mycoses
d’importation pouvant éventuellement entraîner des ulcérations au niveau
buccopharyngé.
3- Aspergillose :
Elle regroupe au sens large des syndromes cliniques où sont retrouvées une
sensibilisation, une colonisation saprophytique ou une réelle invasion
tissulaire par des champignons cosmopolites ubiquitaires « opportunistes »
du genre Aspergillus.
Nous ne citerons que l’aspergillose localisée sinusienne,
qui s’oppose par son évolution à l’aspergillose disséminée rencontrée chez
les immunodéprimés et qui peut entraîner de vastes délabrements ostéomuqueux, notamment au niveau du palais.
4- Infections « opportunistes » :
On peut citer la mucormycose, la géotrichose et la torulopsidose qui ont
épisodiquement des manifestations buccopharyngées.