Manifestations osseuses et articulaires des intoxications métalliques et métalloïdiques Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
L’homme a toujours été en contact avec les métaux présents dans
son environnement naturel, avant d’en faire la matière première de
ses outils.
Le plomb était, dans la période préhistorique, aussi bien
qu’au Moyen Âge, l’une des sources principales de contamination.
Puis la concentration du plomb dans les os a augmenté
progressivement jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Au XXe siècle sont
apparues des pollutions d’origines industrielle, domestique,
pharmaceutique et agroalimentaire, liées à l’augmentation massive
de la production de métaux.
La contamination de l’eau et des sols a
multiplié les risques potentiels d’intoxication.
Plusieurs isotopes radioactifs de métaux (239Pu, 226Ra, 233U, 90Sr, etc),
libérés lors d’explosions nucléaires ou provenant d’autres retombées
radioactives, sont à l’origine d’une autre forme de contamination.
Ils se fixent sur le tissu osseux et leurs radiations peuvent à long
terme induire des altérations néoplasiques des cellules osseuses ou
médullaires.
Ces effets ne sont pas discutés ici.
La plupart des métaux qui entrent dans l’organisme par voies
digestive, parentérale ou par inhalation, s’accumulent dans le
squelette, ce qui permet de protéger les organes beaucoup plus
sensibles à leurs effets que le tissu osseux.
Les modifications
squelettiques sont, dans la plupart des cas, relativement modestes et
ne surviennent que lors de surcharges sévères et prolongées,
contrairement aux atteintes hépatiques, rénales, pluriglandulaires ou
neurologiques.
Les dépôts osseux de certains métaux constituent des réserves
précieuses d’éléments qui, à concentrations extrêmement faibles (éléments « traces »), sont essentielles à la survie des cellules.
Ils
interviennent dans plusieurs réactions enzymatiques, tant dans la
chaîne respiratoire que dans la synthèse des protéines, et agissent
sur la perméabilité des membranes et sur la production de radicaux
libres.
D’autres métaux peuvent avoir des effets bénéfiques sur le
squelette, mais deviennent toxiques à concentrations élevées.
Les métaux agissent tant sur la composante minérale de l’os, une
apatite non stoechiométrique, que sur le métabolisme des cellules
osseuses.
Les ions constituant l’apatite peuvent être remplacés par
différents anions ou cations.
Les métaux s’incorporent alors
aux cristaux et modifient leurs caractères physiques, ce qui les rend
plus ou moins sensibles à la dissolution, ou s’adsorbent à la surface
des cristaux et modifient leur croissance.
Plusieurs protéines osseuses (collagène, glycoprotéines, ostéocalcine,
ostéonectine, sialoprotéines, protéoglycanes, etc) ont également des
sites qui pourraient complexer les métaux.
Toutefois, leur rôle est
négligeable par rapport à celui de l’apatite.
En revanche, l’action des métaux sur le métabolisme des cellules
osseuses a des conséquences essentielles, qui sont souvent à l’origine
de leur toxicité.
Sous l’action de plusieurs hormones et facteurs de
croissance, ces cellules assurent le métabolisme et le remaniement du tissu.
Ainsi, les ostéoblastes synthétisent la matrice organique
(ostéoïde) et contrôlent la nucléation des cristaux d’apatite.
La
nucléation débute le long du « front de minéralisation », situé entre ostéoïde et tissu minéralisé.
Cette zone de calcification active
contient des cristaux petits et immatures sur lesquels se fixent
certains métaux. Les ostéocytes assurent la nutrition du tissu, alors
que les ostéoclastes résorbent la matrice calcifiée.
Ils permettent le
renouvellement continu de l’os (remodelage osseux) et jouent de ce
fait un rôle essentiel dans la libération des métaux fixés dans le
squelette.
Ainsi, les métaux peuvent agir sur la prolifération, l’activité et la
survie des ostéoblastes et des ostéoclastes.
Cependant, les
mécanismes moléculaires spécifiques qui influencent la sensibilité
aux métaux de ces cellules ne sont que partiellement connus.
Intoxication par le fluor :
À très faibles doses, le fluor est nécessaire à l’organisme humain et
il joue un rôle dans le contrôle de certaines réactions enzymatiques
au sein d’organes variés. Bien que rapidement excrété, le fluor se
fixe en partie dans les tissus calcifiés, principalement le tissu
osseux.
À faibles doses, le fluor a une action prophylactique
contre le développement des caries dentaires (1 mg/j chez des
enfants).
À une dose journalière moyenne de 15 à 30 mg de fluor-ion
pendant au moins 2 ans, et en association avec du calcium et de la
vitamine D, le fluor a été utilisé en Europe comme agent
thérapeutique dans le traitement de l’ostéoporose de type I avec
fractures ou tassements vertébraux.
À fortes doses,
le fluor apparaît toxique et perturbe la calcification osseuse : la plus
connue des expressions de cette toxicité chronique est le
développement de la fluorose squelettique.
Le métabolisme et la toxicité du fluor ont été abordés en détail par Jenkins et Whitford.
Chez l’homme, l’apport journalier normal
dans la nourriture est compris entre 1 et 3 mg de fluor.
Les
principales sources de fluor sont la nourriture et l’eau de boisson,
l’air mélangé avec des gaz, des fumées et/ou des poussières riches
en fluor.
Chez l’homme, l’apport journalier de fluor par l’eau de
boisson varie de 0,3 à 3 mg.
L’apport en fluor par la nourriture est
relativement faible (0,2 à 0,7 mg/j), mais certaines substances,
comme le thé et le poisson, sont plus riches que d’autres en fluor.
Le fluor est principalement absorbé dans le tractus gastro-intestinal.
Cependant, l’absorption du fluor est relativement faible dans
l’estomac, très élevée dans le duodénum, et relativement plus basse
dans le jéjunum.
L’absorption à travers le tractus respiratoire est plus
rare.
Chez l’homme, le fluor absorbé pénètre dans le flux sanguin,
puis est distribué dans le squelette essentiellement.
Mesuré chez 17
sujets témoins dans notre laboratoire, le contenu en fluor dans le
sang normal est de 0,032 ± 0,012 mg/L.
L’incorporation du fluor
dans l’os se produit essentiellement dans la substance minérale
osseuse et provoque des modifications des caractéristiques du cristal
d’apatite ainsi que, à fortes concentrations, des perturbations
locales et/ou diffuses de la calcification osseuse.
Le fluor
déposé dans le squelette est progressivement libéré lors de la
résorption ostéoclastique, pendant l’activité de remodelage du tissu
osseux.
Une partie du fluor recyclé se fixe à nouveau dans les sites
osseux en cours de formation, tandis qu’une autre partie est excrétée
dans les urines.
Ainsi, lorsque l’exposition au fluor a cessé, le
contenu en fluor de l’os diminue progressivement mais lentement ;
la clairance osseuse du fluor est environ quatre fois plus longue que
son incorporation.
Le taux de fluor osseux moyen normal
est inférieur ou égal à 0,10 % de fluor dans les cendres d’os.
A - TOXICITÉ AIGUË DU FLUOR
:
On a pu observer des cas d’empoisonnement aigu dus à l’ingestion
accidentelle de tablettes de fluor.
L’intoxication se manifeste par des
nausées, des vomissements, des crampes abdominales avec diarrhée,
des ulcérations et des hémorragies gastriques, des troubles
musculaires (hyperexcitabilité, spasmes douloureux, contractures),
cardiovasculaires (arythmie, troubles de la conduction) et
respiratoires.
La dose toxique de fluor est, chez l’adulte, de 5 à
10 mg/kg de poids, et la dose létale de 30-65 mg/kg de poids.
Chez
l’enfant, ces doses sont plus faibles.
B - TOXICITÉ OSSEUSE CHRONIQUE DU FLUOR
:
La fluorose squelettique résulte d’une intoxication prolongée par de
fortes quantités de fluor.
Cette toxicité affecte principalement le
squelette, avec le développement d’une pathologie osseuse
caractérisée par une densification osseuse.
Il n’y a pas de preuve
d’une action carcinogène ou mutagène du fluor.
On distingue différents types de fluorose squelettique, en fonction
de l’origine de l’exposition fluorée :
– la fluorose hydrique endémique, due à l’ingestion prolongée
d’une eau riche en fluor dans des pays où le sol est riche en fluor ;
– la fluorose hydrique sporadique, qui résulte de la consommation
prolongée d’une eau minérale riche en fluor (principalement la
Saint-Yorre Royale, contenant 8,5 mg/L de fluor) ;
– la fluorose tellurique, due à l’inhalation de poussières contenant
de grandes quantités de fluor ;
– la fluorose industrielle, qui résulte principalement de l’inhalation
de gaz fluorés (usines utilisant ou manufacturant des produits riches
en fluor) ;
– la fluorose iatrogène, due à l’administration prolongée de
médicaments riches en fluor.
1- Aspects cliniques et radiologiques
:
Assez souvent, la fluorose osseuse peut être cliniquement latente et
être une découverte radiographique ou ostéodensitométrique.
Affection assez bénigne, sauf en cas de carences associées, les
principaux signes cliniques observés dans la fluorose squelettique
de l’adulte sont les suivants : des douleurs osseuses, une raideur et
une réduction des mouvements de la colonne vertébrale et des
articulations, des déformations de la colonne vertébrale et des
membres, certains patients pouvant être grabataires.
Ces aspects
cliniques sont en corrélation avec la sévérité de la fluorose
squelettique.
La fluorose squelettique est très souvent associée avec une
ostéosclérose, principalement de la colonne vertébrale, de la ceinture
pelvienne et du thorax, c’est-à-dire du squelette axial, riche en os
spongieux.
Plusieurs caractéristiques radiologiques ont aussi été
décrites : formation osseuse périostée irrégulière, calcifications
ectopiques (ligament, capsule, membrane interosseuse, tendon),
ostéophytose irrégulière et exostoses.
Des fractures osseuses ont été
rapportées dans des cas sévères de fluorose squelettique.
2- Aspects biologiques :
Dans la fluorose squelettique, il n’y a en général pas de
modifications systémiques.
Les contenus en fluor urinaire sanguin
et osseux sont toujours très augmentés.
3- Aspects histologiques :
Les modifications histologiques osseuses le plus fréquemment
associées à la fluorose squelettique sont principalement une
augmentation de la porosité des corticales, une hypervascularisation
du tissu osseux, une activité de remodelage accentuée avec un
déséquilibre du couplage en faveur de la formation osseuse,
l’existence de défauts (linéaires ou non) de formation, la présence
de nombreuses lacunes périostéocytaires tachetées, et, parfois, la
présence d’os périostique nouvellement formé et hyperminéralisé.
L’ostéosclérose radiologiquement évidente est confirmée par
une augmentation significative du volume trabéculaire osseux.
Les
paramètres reflétant la formation osseuse (volume ostéoïde, surfaces
ostéoïdes et épaisseur des liserés ostéoïdes) sont tous trois très
significativement augmentés chez les patients fluorotiques.
De plus, l’augmentation des surfaces ostéoïdes est presque trois fois
supérieure à celle notée pour les surfaces de résorption trabéculaires.
Toutes les modifications histomorphométriques ont été décrites et
discutées en détail.
La fluorose squelettique est caractérisée par un déséquilibre du
couplage en faveur de la formation osseuse, et par des troubles de
la calcification osseuse.
Le nombre des ostéoblastes est très
augmenté, avec une forte proportion d’ostéoblastes aplatis.
Ces
observations sont en accord avec l’idée que le fluor peut avoir un
double effet sur les ostéoblastes : une augmentation de la natalité au
niveau tissulaire due à l’effet mitogénique du fluor sur les
précurseurs ostéoblastiques, et un effet toxique à l’échelle cellulaire
individuelle sur les ostéoblastes matures.
Cependant, l’addition de
ces deux effets se traduit par une augmentation marquée de la
formation osseuse au niveau de l’organe.
Les mécanismes cellulaires et moléculaires de l’action du fluor ne
sont que partiellement connus. Le fluor intervient dans les voies de
signalisations intracellulaires.
Il forme un complexe avec des traces
d’aluminium, le fluoraluminate.
Ce complexe active des protéines
G, qui à leur tour activent des protéines kinases impliquées dans la
prolifération cellulaire, et des tyrosines kinases impliquées dans
l’adhésion cellulaire.
4- Traitement :
Après arrêt de l’exposition, l’ostéosclérose diminue progressivement.
Toutefois, la clairance osseuse du fluor est environ quatre fois plus
longue que son incorporation.
Intoxication par l’aluminium :
L’aluminium représente environ 8 % de tous les minéraux de la
croûte terrestre ; il est contenu dans les poussières, se concentre dans
l’eau après avoir été dissous par des pluies acides, et peut
s’accumuler dans les végétaux.
De plus, l’aluminium est
couramment utilisé dans l’industrie agroalimentaire et
pharmaceutique et, sous forme de sulfate, comme agent purificateur
de l’eau.
En cas de surcharge, le métal s’accumule dans le squelette,
le foie, la rate et le cerveau.
La concentration totale de l’aluminium dans l’organisme est
d’environ 25 mg. Dans le plasma, elle est inférieure à 2 µg/L.
Il est
absorbé très faiblement par l’intestin et est éliminé par voie urinaire.
Pour cette raison, l’action toxique de l’aluminium a tout d’abord été
observée chez des malades insuffisants rénaux traités par
hémodialyse.
Plusieurs études épidémiologiques et cliniques ont en
effet montré une relation entre la concentration en aluminium des
bains de dialyse et la fréquence d’une forme particulière de maladie
osseuse, souvent associée à un ensemble de symptômes
neurologiques réunis sous le nom d’encéphalopathie des dialysés,
et à une anémie microcytaire.
L’utilisation de bains de dialyse
préparés avec de l’eau pauvre en aluminium a permis de réduire les
symptômes d’intoxication.
À l’heure actuelle, la purification
systématique de l’eau, par déionisation et par osmose inverse, a
éliminé la source majeure de contamination.
Cependant, la surcharge aluminique peut provenir d’autres sources,
tant des bains de dialyse péritonéale et des solutions utilisées pour
la nutrition parentérale que de l’ingestion prolongée de dérivés
de l’aluminium utilisés pour contrôler l’hyperphosphatémie des
malades urémiques.
En effet, bien que le tube intestinal représente
une barrière pour l’absorption de l’aluminium, cette barrière n’est
plus aussi efficace en présence de citrates ou d’autres molécules qui
peuvent complexer le métal, comme le lactate et l’ascorbate.
A - ASPECTS CLINIQUES ET RADIOLOGIQUES
:
L’ostéopathie due à l’intoxication aluminique se caractérise par des
fractures spontanées, des douleurs ostéoarticulaires diffuses et une
faiblesse musculaire proximale.
L’examen radiologique peut montrer
l’existence de stries de Looser-Milkman, de fractures ou de
pseudofractures, ou une déminéralisation diffuse du squelette.
Les
signes d’hyperparathyroïdie, fréquents chez les malades insuffisants
rénaux, sont absents ou peu évidents.
D’autres symptômes
d’intoxication, anémie microcytaire et encéphalopathie, peuvent être
associés à la maladie osseuse.
B - ASPECTS BIOLOGIQUES :
Chez presque tous les malades en insuffisance rénale terminale, la
concentration plasmatique de l’aluminium est supérieure à la
normale.
Une aluminémie au-dessus de 40 µg/L suggère la présence
d’une intoxication.
Cependant, la concentration de base ne reflète
pas toujours fidèlement la quantité d’aluminium qui a été accumulée
dans l’organisme.
En effet, après une intoxication prolongée et après
élimination de la source de contamination, la teneur en aluminium
du squelette peut rester élevée pendant longtemps et des lésions
osseuses persister alors que la concentration plasmatique
d’aluminium est relativement faible.
L’utilisation du test à la desferrioxamine (DFO) permet de mieux
évaluer l’importance de l’intoxication.
La DFO est un puissant
chélateur des ions trivalents Al3+ et Fe3+, et est couramment utilisée
dans le traitement des surcharges martiales.
Après une injection de
ce chélateur, l’augmentation de l’aluminémie reflète, mieux que
l’aluminémie de base, la concentration de l’organisme en aluminium.
La calcémie est le plus souvent normale, mais une hypercalcémie
peut apparaître rapidement lors d’une surcharge alimentaire en
calcium ou en vitamine D.
L’activité des phosphatases alcalines
plasmatiques est normale ou modérément élevée.
La concentration
plasmatique de l’hormone parathyroïdienne immunoréactive (iPTH)
est souvent normale, ou à peine augmentée, fait inhabituel au cours
de l’insuffisance rénale.
Les glandes parathyroïdiennes ne répondent
que faiblement à une stimulation par hypocalcémie provoquée.
C - ASPECTS HISTOLOGIQUES :
L’ostéodystrophie aluminique s’observe sous deux formes :
l’ostéomalacie et la forme « aplastique ».
Dans les deux cas, on
observe de dépôts d’aluminium sur plus de 25 % de la surface totale
des travées, et une diminution de la vitesse de formation et de la
minéralisation osseuses.
L’ostéite fibreuse est absente ou très
modérée.
L’augmentation de l’épaisseur des bordures ostéoïdes
caractérise l’ostéomalacie aluminique et traduit une intoxication
sévère et prolongée.
Elle est devenue rare dans les pays où le
traitement de l’eau de dialyse a éliminé la principale cause de
contamination.
En revanche, les lésions de type « aplastique »,
caractérisées par la diminution sévère de la vitesse de la formation
osseuse, peuvent survenir chez des malades urémiques à la suite
d’ingestion prolongée de capteurs de phosphore.
En 1999, ce type
de lésion a été observé chez 26 % de malades traités par hémodialyse
ou dialyse péritonéale.
Dans certains cas, les lésions d’ostéomalacie peuvent être associées
à une ostéite fibreuse (ostéodystrophie « mixte »).
Ce type de lésion
est dû à une surcharge aluminique sur des lésions préexistantes et
sévères d’hyperparathyroïdie.
Chez ces sujets, l’aluminium se
concentre dans les ostéoblastes et dans les glandes parathyroïdes.
D - PHYSIOPATHOLOGIE :
L’aluminium ne s’incorpore pas, comme d’autres métaux, aux
cristaux d’hydroxyapatite, mais il s’adsorbe à leur surface et
inhibe leur croissance.
La protéine plasmatique qui transporte le fer,
la transferrine, joue un rôle essentiel dans le métabolisme de
l’aluminium.
En effet, 90 % de l’aluminium plasmatique sont liés à
la transferrine et il peut modifier la fixation du fer sur cette
molécule.
Par ailleurs, l’aluminium peut intervenir dans les réactions
biochimiques et influencer la fonction d’un certain nombre
d’enzymes et de protéines.
Des études in vitro ont montré que
l’aluminium inhibe la prolifération des ostéoblastes, la synthèse de
phosphatases alcalines par ces cellules et leur sensibilité à l’hormone
parathyroïdienne et à la 1,25(OH)2D3.
L’aluminium peut agir sur la formation de radicaux libres et la peroxydation de lipides
membranaires.
Il influence la synthèse d’acide adénosine monophosphorique (AMP) cyclique, l’activité de la phospholipase
C, la formation de microtubules.
L’aluminium agit également sur la fonction parathyroïdienne.
Chez
de nombreux malades intoxiqués, la concentration plasmatique de
l’hormone parathyroïdienne immunoréactive est normale ou peu
élevée et les glandes parathyroïdes ne répondent que faiblement à
une stimulation hypocalcémique.
Des études in vitro ont mis en
évidence l’action directe du métal sur les cellules parathyroïdiennes
et son accumulation dans les lysosomes.
E - TRAITEMENT ET PRÉVENTION
:
L’ostéomalacie aluminique est résistante à toute forme de traitement
par la vitamine D ou par un de ses dérivés.
L’administration de ces
substances peut induire des hypercalcémies sévères, dues à
l’incapacité du squelette à fixer le calcium.
L’hémodialyse ou la
dialyse péritonéale ne permettent pas l’élimination du métal parce
que dans le plasma la fraction ultrafiltrable de l’aluminium est
négligeable par rapport à celle qui est liée à la transferrine.
En
revanche, après administration de DFO, la fraction de l’aluminium
liée à la ferritine diminue et il se forme un complexe
« aluminoxamine » hydrosoluble, de faible poids moléculaire, qui
peut traverser les membranes de dialyse.
La DFO, associée à l’arrêt
de toute contamination par l’eau et par les chélateurs du phosphore,
est nécessaire en cas d’intoxication sévère et s’est avérée efficace
dans le traitement de l’ostéopathie aluminique, aussi bien que dans
les autres formes de l’intoxication, encéphalopathie et anémie.
Cependant, les effets secondaires de la drogue ne sont pas
négligeables : hypotension, réactions allergiques, diminution de
l’acuité visuelle et de la vision des couleurs, surdité, infections
sévères par des germes (Yersinia) dont la virulence augmente en
présence de sidérophores.
La prévention consiste à éviter toute contamination aluminique de
l’eau de dialyse par déionisation ou par osmose inverse.
Les
chélateurs du phosphore doivent être utilisés avec prudence,
associés au contrôle régulier de l’aluminémie ; ils peuvent être
remplacés par des chélateurs qui ne contiennent pas d’aluminium,
tels le carbonate ou l’acétate de calcium.
Intoxication par le strontium :
Comme le calcium, le strontium appartient à la classe des
alcalinoterreux.
Le strontium stable est composé de quatre isotopes
88Sr, 87Sr, 86Sr et 84Sr, le 88Sr représentant plus de 82 % de ces
isotopes.
A - MÉTABOLISME DU STRONTIUM
:
L’apport de strontium se fait principalement par voie alimentaire.
La prise journalière est de l’ordre de 0,8 à 3 mg/j.
Chez l’adulte et
diverses espèces, l’absorption du calcium au niveau gastro-intestinal
est préférentielle.
En revanche, de fortes doses de strontium
diminuent l’absorption intestinale du calcium, ainsi que la
concentration en protéine duodénale liée au calcium (Ca-BP) et
inhibent la conversion de la 25 (OH)D en 1,25(OH)2D.
Par
ailleurs, l’inhalation du strontium dans une atmosphère riche en
particules est importante mais représente un risque mineur de
contamination.
Le strontium absorbé pénètre dans le flux sanguin et est distribué
en trois compartiments :
– le premier compartiment comprend le plasma et le liquide
extracellulaire.
Le strontium n’y est présent que de façon transitoire
et est éliminé rapidement par les urines et les fèces ;
– le second compartiment est constitué de tissus mous et correspond
au pool rapidement échangeable ;
– le troisième compartiment correspond aux tissus calcifiés en
général et au tissu osseux en particulier, et c’est dans ce
compartiment que le strontium est stocké dans l’organisme.
La fixation du strontium dans la substance minérale du tissu osseux
est un mécanisme lent se réalisant par substitution et/ou échange
ionique.
Comme pour le fluor, l’insuffisance rénale augmente la
rétention osseuse de strontium.
L’excrétion rénale est la principale voie d’élimination (environ
0,25 mg/j).
Elle est maximale le jour de l’administration et diminue
ensuite progressivement. L’excrétion intestinale est faible par rapport
à l’excrétion urinaire.
B - LE STRONTIUM COMME AGENT THÉRAPEUTIQUE EN
PATHOLOGIE OSSEUSE :
Les études des sels de strontium, surtout développées chez l’animal,
visent à mettre en évidence une thérapeutique pour stimuler la
formation osseuse et limiter la résorption d’un os actif.
L’administration orale de strontium à doses faibles (0,19 à 0,40 % de
chlorure de strontium) à des rats par ailleurs supplémentés en
calcium (0,50 %), magnésium (0,16 %) et vitamine D (2 000 UI/kg),
provoque une stimulation de la formation osseuse.
On note une
hypocalcémie transitoire qui disparaît après 9 mois de traitement.
Cette hypocalcémie serait due à une diminution de l’absorption
intestinale du calcium ou à une diminution de synthèse de vitamine
D.
Le taux de phosphore sérique reste inchangé, tandis que l’on
observe une légère augmentation de la magnésémie. Les taux de
strontium sérique et osseux augmentent parallèlement à la dose
ingérée, tandis que les rapports calcium/strontium sérique, urinaire
et osseux chutent.
Par ailleurs, le volume trabéculaire osseux
augmente lors du traitement à long terme.
Des études chez
la souris révèlent une diminution de la résorption osseuse lors
du traitement à court terme par les sels de strontium (chlorure de
strontium).
La réduction de l’activité des ostéoclastes serait due à
l’inhibition du transport cellulaire du calcium.
Une étude plus
récente a confirmé l’augmentation du volume trabéculaire osseux
vertébral et du volume ostéoïde chez les rats supplémentés en
strontium.
Le strontium peut induire un rachitisme en bloquant la
synthèse de la 1,25(OH)2D.
Cette altération de la minéralisation
osseuse chez des rats supplémentés ou non en calcium et traités par
des sels de strontium avait déjà été décrite.
Le ranélate de strontium (SR) s’est montré capable de prévenir la
perte osseuse chez des rats oestrogénodéficients en inhibant la
résorption osseuse sans réduire la formation osseuse.
Bien que
les mécanismes cellulaires d’action du produit ne soient pas
totalement élucidés, les données bibliographiques et les premières
études réalisées chez l’animal avec le SR ont montré que le strontium
se fixait au niveau osseux par interaction avec la substance minérale
osseuse.
Cette captation par les cristaux d’apatite peut se réaliser
par deux principaux mécanismes : échanges ioniques et adsorption
de strontium à la surface des cristaux matures et/ou substitution
d’ions calcium par des ions strontium dans la maille élémentaire
des cristaux constituant les dépôts minéraux néoformés.
Des études chez le singe ont permis d’aborder :
– la faisabilité d’une évaluation quantitative par microanalyse à
rayons X du contenu osseux en strontium et de sa distribution, tant
corticale que trabéculaire, sur des prélèvements iliaques ;
– l’influence de la dose reçue sur la distribution osseuse du
strontium ;
– la clairance osseuse du strontium, 6 semaines après l’arrêt du
traitement.
Les principales interactions entre le strontium et le tissu osseux sont
évaluées sur des biopsies de crêtes iliaques obtenues chez des
femmes souffrant d’ostéoporose postménopausique et incluses dans
une étude de phase II contre placebo (PLA) réalisée chez des femmes
traitées pendant 2 ans avec trois doses différentes de SR.
L’ensemble de la population recevait aussi des suppléments en
calcium et vitamine D.
Dans un travail préliminaire, 12 biopsies osseuses, quatre chez les patientes traitées PLA et huit chez les
patientes traitées SR (2 g/j), ont été analysées pour définir l’effet du
traitement sur la distribution osseuse du strontium et sur le degré
de minéralisation du tissu osseux.
Le contenu osseux en strontium
( % pondéral) était significativement plus élevé (p < 0,007) chez les
patientes traitées SR que chez les traitées PLA.
Seules des traces de
strontium ont été trouvées avec une distribution homogène dans l’os
du groupe PLA.
Après traitement par le SR, le strontium était
uniquement quantifiable dans l’os nouvellement déposé, mais pas
dans le tissu osseux plus ancien.
Le degré moyen de minéralisation
du tissu osseux n’était pas significativement différent dans les
groupes traités SR et PLA.
Ceci pourrait refléter une diminution de
la résorption osseuse (allongement de la minéralisation secondaire)
associée à une stimulation de la formation osseuse.
Ces premiers
résultats soulignent l’intérêt potentiel du SR dans le traitement des
ostéoporoses, sans risque d’altérations du minéral osseux.
Intoxication par le plomb :
Les contaminations proviennent de l’environnement industriel
(récupération de batteries), urbain (vapeurs d’essence contenant des
additifs à base de plomb, à action antidétonante), de la vaisselle
contenant du plomb, mais surtout du plomb présent dans les
peintures de logements anciens (peintures anticorrosives au
« minium »).
Ces peintures s’écaillent facilement et peuvent être
ingérées.
Cette source d’intoxication a longtemps été un problème
de Santé publique chez les enfants, à cause du risque
d’encéphalopathie, mais actuellement, l’imprégnation saturnine est
faible en France, ainsi que dans la plupart des pays.
Elle est plus
élevée chez les populations à bas niveau socioéconomique.
A - ASPECTS CLINIQUES ET RADIOLOGIQUES
:
Le plomb est absorbé par l’intestin ou par les voies respiratoires et
s’accumule dans le squelette. Les concentrations du plomb dans l’os
et la dent permettent d’évaluer l’importance de la surcharge.
La plombémie doit rester inférieure à 700 µg/L.
Dans le cas
d’intoxication prolongée, on observe un défaut de remodelage
métaphysaire avec apparition d’une bande transversale dense qui
borde le cartilage de conjugaison et d’une hypoplasie de l’émail.
Après arrêt de la contamination, le plomb accumulé dans le
squelette est libéré progressivement et contribue au maintien d’une
plombémie élevée.
Malgré l’aspect radiologique du squelette, les
principaux symptômes de l’intoxication sont les atteintes
neuropsychologiques, encéphalite ou retard mental, et les
dysfonctions des gonades.
L’anémie est rare, sauf si elle est
associée à une carence en fer.
B - PHYSIOPATHOLOGIE
:
Le plomb s’incorpore aux cristaux d’apatite, mais l’influence
directe du métal sur le remaniement osseux a été peu étudiée.
Le
plomb inhibe la prolifération des ostéoblastes et intervient dans le
système messager du calcium, dans la synthèse des phosphatases
alcalines et dans la formation de l’acide ribonucléique (ARN)
messager du procollagène et de l’ostéocalcine.
Le métal peut
également influencer la formation d’ostéoclastes dans des cultures
de cellules médullaires murines.
C - TRAITEMENT
:
La surcharge est traitée par des chélateurs, acide éthylène-diaminetétra-acétique (EDTA), calcitétramate sodique ou dimercaprol.
Intoxication par le cadmium :
La principale source de contamination est d’origine industrielle
(préparation d’alliages et de pigments, soudures, fonte de métaux)
ou provient de l’eau de boisson contenue dans des conduites
galvanisées.
L’intoxication a été décrite pour la première fois chez
des malades japonais soumis à une contamination sévère et
chronique par ingestion d’eau contaminée, et chez des ouvriers
travaillant dans la fabrication d’accumulateurs.
L’absorption de
cadmium dans la fumée de cigarettes peut être un autre facteur de
contamination.
A - ASPECTS CLINIQUES ET RADIOLOGIQUES
:
Après une surcharge importante et prolongée, l’intoxication induit
des lésions rénales sévères, une coloration jaune des dents et une
déminéralisation osseuse.
Des stries de Looser-Milkman se
développent sur les omoplates, le bassin et le col du fémur.
À des
doses qui ne sont pas néphrotoxiques, le métal induit une
ostéoporose.
Une étude récente a mis en évidence la relation entre la
diminution de la masse osseuse et l’exposition à de très faibles doses
de cadmium.
On n’a pas observé de corrélation entre la
surcharge en cadmium et la fréquence de caries dentaires.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
L’ostéomalacie est liée essentiellement à l’action néphrotoxique du
cadmium, qui modifie le métabolisme de la vitamine D et diminue
l’absorption intestinale du calcium.
Toutefois, le cadmium peut
aussi agir directement sur les cellules osseuses et inhiber la synthèse
et la minéralisation du collagène.
Il peut s’incorporer à
l’hydroxyapatite, modifier la vitesse de nucléation et la croissance
des cristaux.
L’intoxication chronique par le cadmium conduirait
au développement d’une ostéopénie par découplage entre la
résorption et la formation osseuses durant le remodelage osseux.
C - TRAITEMENT :
Dans les cas d’intoxication sévère, on recommande l’utilisation de
chélateurs tels l’EDTA et le BAL (British Anti-Lewisite).
Intoxication par le fer
:
Le fer est un élément essentiel qui intervient dans le transport
d’oxygène et catalyse de nombreuses réactions enzymatiques.
Dans
l’organisme, le fer est lié à des protéines (la transferrine dans le
plasma et le récepteur de la transferrine sur les membranes
cellulaires).
Dans les monocytes et les macrophages, le fer est
concentré dans la ferritine, dont le métabolisme est contrôlé par des
protéines spécifiques (iron regulatory proteins [IRP]).
Le fer est
absorbé dans le tube gastro-intestinal.
La surcharge s’observe lors
de l’augmentation de l’absorption (hémochromatose héréditaire,
anémies avec hyperplasie érythroblastique), ou à la suite d’apports
importants de fer par voie parentérale (insuffisance rénale,
thalassémie, aplasie érythrocytaire congénitale).
Les modifications
osseuses sont modestes, contrairement aux autres symptômes de
l’intoxication.
A - ASPECTS RADIOLOGIQUES :
Chez tous les malades intoxiqués, il est difficile de distinguer une
éventuelle action directe du fer sur le squelette, de celle d’atteintes
pluriglandulaires consécutives à l’infiltration des glandes par des
dépôts de fer, particulièrement l’hypogonadisme et
l’hypoparathyroïdie, qui peuvent à leur tour influencer le
métabolisme osseux.
Dans l’hémochromatose, on a décrit des
chondrocalcinoses, des arthropathies et une ostéoporose.
Dans la bêtathalassémie, on observe une ostéoporose, avec épaississement
de la voûte crânienne, expansion des cavités médullaires, surtout
celles des os courts des mains et des pieds.
La plupart de ces lésions
sont dues à l’hypertrophie de la moelle osseuse.
Elles s’améliorent
après transfusion, et de ce fait peuvent difficilement être attribuées à
une intoxication par le fer.
L’ostéomalacie est très rare, tant chez les
malades thalassémiques que chez des sujets intoxiqués par voie
orale, ou dans l’hémochromatose.
B - ASPECTS BIOCHIMIQUES :
La concentration élevée de la ferritine plasmatique indique la
présence d’une surcharge.
Celle du calcium, du phosphore, de
l’iPTH ou de la testostérone peut être modifiée en cas d’atteinte des
parathyroïdes ou des gonades.
C - ASPECTS HISTOLOGIQUES :
Dans le tissu osseux, le fer est visible le long des travées, à l’interface
entre tissu minéralisé et cavités médullaires, le long du front de
minéralisation et des lignes cimentantes.
Des dépôts de fer, fort
probablement formés par des granules de ferritine, ont été
observés dans le cytoplasme des ostéocytes et des ostéoclastes.
D - PHYSIOPATHOLOGIE :
Le fer diminue la formation osseuse chez le porc intoxiqué et
inhibe la prolifération des ostéoblastes in vitro.
Le métal ne
semble pas agir directement sur les cristaux osseux.
Quand l’apport
de fer est excessif, l’organisme n’arrive plus à le métaboliser et à
l’accumuler sous forme de ferritine.
Dans ce cas, le métal devient
toxique.
Il s’incorpore dans les tissus parenchymateux (foie, glandes
endocrines et myocarde) et peut, sous forme ionique, induire la
synthèse de radicaux libres qui sont à l’origine de graves lésions
cellulaires.
E - TRAITEMENT :
Il comprend des phlébotomies répétées dans l’hémochromatose
héréditaire, alors qu’une thérapie par des chélateurs du fer (DFO
par voie sous-cutanée ou intraveineuse) s’impose lors d’intoxications
post-transfusionnelles.
Intoxication par le gallium
:
L’intoxication par le gallium est essentiellement iatrogène.
En effet,
le gallium a été utilisé dans la chimiothérapie de tumeurs
cancéreuses.
Au cours de ces traitements, plusieurs malades ont
développé une hypocalcémie.
Le métal est actuellement à l’étude,
sous forme de nitrate, comme substance efficace dans
l’hypercalcémie maligne. L’administration intraveineuse de
gallium induit une augmentation rapide de la concentration de
l’iPTH dans le plasma ; l’action hypocalcémiante ne s’observe que
lors d’hypercalcémie.
À la concentration de 100-200 mg/m2/j, les
perfusions de gallium sont généralement bien tolérées.
Une action
toxique sur le rein a été observée pour des doses plus importantes
et il faut éviter ce traitement chez des malades dont la créatininémie
est supérieure à la normale.
On a également observé des anémies
qui pourraient être liées à une inhibition par le gallium de
l’incorporation du fer dans les cellules.
Le métal s’accumule dans le squelette, inhibe la résorption et
influence la formation osseuse, mais le mécanisme de ces actions
n’est pas complètement élucidé.
Le métal agit également sur les
mouvements du calcium intracellulaire.
Intoxication par le silicium :
D’après des études expérimentales pilotes, les composés organosilicés (particulièrement le salicylate de
monométhylsilanetriol ou conjonctyl) paraissent avoir, chez des rats
femelles ovariectomisées, un double effet sur la perte osseuse, avec
diminution de la résorption osseuse et augmentation de la formation
osseuse.
Ces composés organosilicés pourraient donc être
candidats à une utilisation thérapeutique préventive ou curative de
l’ostéoporose postménopausique.
En l’absence de données sur la
fixation du silicium dans la substance minérale osseuse et sur les
mécanismes d’action du silicium sur le tissu osseux, nous avons
évalué, chez des rats adultes ayant des contenus osseux en silicium
très différents, la distribution osseuse du silicium tant corticale que trabéculaire (Boivin, résultats non publiés).
La méthode utilisée est
l’évaluation par microanalyse à rayons X.
Cette méthode a déjà
permis d’étudier les distributions du fluor dans les microcals sur
microfractures trabéculaires, et du strontium dans l’os iliaque de
singes.
Le silicium était détecté en faible quantité dans le tissu
osseux.
Cet élément est par ailleurs distribué de façon homogène,
tant dans l’os compact et dans l’os spongieux que dans l’os nouveau
et dans l’os ancien.
Ce faible contenu en silicium ne perturbe pas la
substance minérale osseuse, comme l’atteste l’absence de
modifications des rapports Ca/P et Si/Ca entre les rats traités ou
non.
Intoxication par le cuivre :
L’organisme adulte contient environ 110 mg de cuivre, accumulés
principalement dans le foie et le cerveau.
Le métal est absorbé par
l’intestin, transporté dans le plasma lié à une protéine, la céruloplasmine, et éliminé dans la bile.
L’intoxication par le cuivre
peut être acquise ou héréditaire.
La forme héréditaire (maladie de
Wilson) est une maladie rare, autosomique, due à la mutation du
gène (ATP7B ou WND) qui code pour l’ATPase indispensable au
transport intracellulaire du cuivre.
L’intoxication acquise, aiguë
ou chronique, provient principalement de l’ingestion d’eau
contaminée.
Les manifestations cliniques de l’intoxication sont liées à la cirrhose
hépatique induite par le métal et aux lésions neurologiques.
Des
arthropathies ont été décrites.
L’ostéoporose peut se développer
comme conséquence de la cirrhose, ou, dans la maladie de Wilson,
après transplantation du foie.
Le cuivre est un élément impliqué dans des réactions enzymatiques
essentielles (Cu/Zn dismutase, cytochrome-oxydase, etc), mais peut
également se lier à des protéines (métalloprotéines) en les
désactivant.
Il génère également des superoxydes qui peuvent léser
des composants cellulaires.
Des chélateurs du cuivre (pénicillamine), ou le zinc qui diminue
l’absorption intestinale du cuivre, sont actuellement utilisés pour
éliminer la surcharge. Dans les cas d’intoxication sévère, la
transplantation du foie reste la seule thérapeutique efficace.
Le
diagnostic précoce est indispensable afin d’éviter des lésions
hépatiques irréversibles.
Intoxication par le lithium
:
Le lithium est utilisé dans le traitement d’affections psychiatriques
et les intoxications sont essentiellement iatrogènes.
Certaines études
ont mis en évidence une hyperparathyroïdie chez les malades traités,
parce que le lithium modifie la réponse des parathyroïdes à
l’hypocalcémie.
Pour cette raison, le traitement par le lithium
pourrait augmenter les risques d’ostéoporose.
Intoxication par d’autres métaux
:
Le zinc, le nickel, le vanadium, le sélénium, le manganèse et le
molybdène sont des éléments essentiels dans la structure de
certaines protéines, et dans la fonction d’un très grand nombre
d’enzymes.
Les intoxications par ces métaux sont souvent des
pathologies professionnelles (construction d’automobiles, industrie
électrique et électronique, préparation d’alliages, etc).
Elles peuvent
induire des symptômes intestinaux, neurologiques ou
hématologiques sévères.
Cependant, on ne connaît pas de
manifestations osseuses liées à leur surcharge.
Par ailleurs, il faut rappeler que certains métaux peuvent interférer
avec l’absorption ou le métabolisme d’autres métaux.
Ainsi,
l’intoxication par le zinc (traitement des surfaces métalliques,
galvanisation) interfère avec l’absorption intestinale du cuivre, et
induit une ostéoporose par carence en cuivre.