L’hypercalciurie est une anomalie métabolique fréquente.
Lorsqu’elle est découverte chez un patient porteur d’une affection
rhumatologique, elle s’accompagne fréquemment d’hypercalcémie
et de désordres osseux.
En milieu néphrologique, l’hypercalciurie
est principalement observée chez les patients lithiasiques.
Les variations de la calciurie sont dépendantes des paramètres
généraux (sexe, âge, poids corporel).
En revanche, de nombreux
facteurs nutritionnels influencent l’excrétion calcique,
indépendamment de toute pathologie et peuvent conduire à de
véritables hypercalciuries.
L’hypercalciurie peut être primitive, mais elle peut être également
secondaire à une autre pathologie.
Le terme d’« hypercalciurie
idiopathique » a été introduit par Albrigth et al pour décrire une
situation dans laquelle l’hypercalciurie ne s’accompagne pas
d’hypercalcémie chez des patients souffrant de calculs rénaux
récidivants.
Hypercalciuries « diététiques »
:
Certains facteurs nutritionnels augmentent la calciurie. Ils peuvent
aggraver des hypercalciuries primitives ou secondaires et favoriser
la survenue de lithiases urinaires.
A - CALCIUM :
Lorsque les apports alimentaires en calcium sont augmentés chez le
sujet sain, l’augmentation de la calciurie représente 6 à 7% de la
variation des apports.
Chez les patients lithiasiques, la proportion
est doublée en raison d’une absorption digestive également
multipliée par deux.
B - PHOSPHATES :
Une carence profonde en phosphates alimentaires induit une
augmentation de la calciurie, probablement en activant la
vitamine D qui augmenterait, soit l’absorption intestinale du calcium
lorsque l’alimentation en apporte des quantités suffisantes, soit en
résorbant de l’os en cas de régime carencé en calcium.
C - CHLORURE DE SODIUM :
Une augmentation de l’administration orale ou parentérale de NaCl
inhibe la réabsorption tubulaire rénale de calcium et augmente
l’excrétion calcique.
En moyenne, chez l’adulte sain, la calciurie
augmente d’environ 0,6 mmol pour 100 mmol d’augmentation de la
natriurie.
La liaison entre calciurie et natriurie est plus forte chez les
sujets lithiasiques que chez les témoins.
De plus, pour des niveaux
équivalents d’excrétion sodée, l’excrétion de calcium demeure plus
élevée chez le sujet lihiasique que chez le sujet sain.
Plusieurs études ont souligné l’effet calciurique de mécanisme
inconnu d’une diminution des apports alimentaires en calcium avec
apports suffisants en sodium, s’accompagnant alors d’une rétention
sodée et d’un gain de poids.
Bien qu’une prise élevée de sel ne puisse pas à elle seule être
responsable d’une hypercalciurie, mais seulement l’aggraver, la
détermination de l’excrétion sodée est néanmoins une étape
importante pour interpréter l’excrétion calcique d’un sujet donné.
D - PROTIDES :
L’augmentation de la calciurie lors d’un régime richement
protidique est également plus marqué chez le lithiasique calcique
que chez le sujet sain.
Ce phénomène est sous la dépendance d’au
moins quatre mécanismes :
– un régime riche en viande augmente la charge en protons qui sera
tamponnée par le carbonate de calcium, conduisant à une excrétion
significative de calcium ;
– cette charge en protons diminue la réabsorption du calcium au
niveau du tubule rénal ;
– indirectement, en augmentant la charge filtrée d’ions sulfates
provenant de l’oxydation des protéines riches en méthionine.
Ces
sulfates sont peu réabsorbés et se complexent alors avec le calcium
urinaire, limitant ainsi sa réabsorption ;
– de façon plus controversée, une absorption alimentaire excessive
en protéines provoquerait une augmentation de la masse rénale et
stimulerait la production de calcitriol, augmentant ainsi l’absorption
digestive de calcium.
Cependant, bien que le taux de filtration
glomérulaire et l’excrétion calcique de calcium soient corrélés
positivement à la concentration sérique de calcitriol, il n’y a pas de
corrélation entre l’excrétion d’urée et le niveau plasmatique de
calcitriol.
De plus, cette explication est en contradiction avec le fait,
bien connu, voulant qu’un régime riche en protéines induise une
balance calcique négative conduisant à une perte osseuse, et avec la
corrélation négative retrouvée entre valeurs de calcitriol et densité
minérale osseuse.
E - POTASSIUM :
La carence en potassium réduit la réabsorption tubulaire des
phosphates et diminue la phosphatémie, elle augmente
probablement la synthèse de calcitriol et donc l’absorption de
calcium.
L’observation inverse est faite avec une supplémentation
en potassium.
La teneur en potassium de l’alimentation peut donc
modifier la calciurie, principalement quand les apports en sodium
sont élevés.
F - AUTRES NUTRIMENTS :
L’ingestion de glucose et d’alcool est connue pour provoquer une
calciurie transitoire, probablement liée à un effet de l’insuline sur la
réabsorption tubulaire de calcium.
On doit souligner cependant que
la calciurie est plus élevée chez les lithiasiques calciques que chez
les sujets sains à valeur égales de kaliurie, de natriurie et d’urée
urinaire, et pour des prises alimentaires comparables en glucides,
soulignant la prédisposition de ces patients à exprimer leur calciurie
quand les rations alimentaires de sels, de calcium et de glucose sont
dans les valeurs les plus élevées des recommandations journalières
alimentaires (RJA) ou quand les apports alimentaires en potassium
et en phosphates sont dans les valeurs les plus basses.
Causes d’hypercalciuries secondaires
:
Les principales causes sont soit
rénales et liées à des tubulopathies, soit la conséquence de
pathologies conduisant à une hypercalcémie, bénigne ou maligne.
Nous développons simplement les tubulopathies qui font l’objet
d’avancées récentes dans l’explication des mécanismes
physiopathologiques.
TUBULOPATHIES ASSOCIÉES À UNE HYPERCALCIURIE
:
Parmi les dernières avancées pathogéniques, il a été identifié un
processus moléculaire commun à quatre syndromes familiaux
d’hypercalciurie lithiasiques, regroupés maintenant sous le nom
d’hypercalciurie lithiasique liée à l’X.
Ces syndromes avaient été
décrits ces dernières années sous les noms de néphrolithiase
récessive liée à l’X (X linked recessive nephrolithiasis [XRN]), maladie
de Dent rachitisme néphrolithiasique hypophosphatémique
récessif (recessive hypophosphatemic ricket nephrolitiasis [XLRN]),
et la protéinurie de bas poids moléculaire avec hypercalciurie et
néphrocalcinose.
Ces syndromes sont caractérisés par une hypercalciurie, une protéinurie de bas poids moléculaire et un
dysfonctionnement tubulaire proximal responsable d’une fuite
rénale de phosphates, d’acide urique, de glucose et d’acides aminés.
Des complications à type de lithiases urinaires, néphrocalcinose,
insuffisance rénale progressive et éventuellement rachitisme ont été
décrites à des degrés divers au cours de ces syndromes, qui sont
maintenant reconnus comme des variants phénotypiques d’une
même entité, puisqu’ils sont liés à des mutations du gène CLCN5,
récemment cloné qui code pour un canal à chlore appelé
maintenant CLC-5.
Trois cas de tubulopathies proximales non aciduriques avec
hypercalciurie, glycosurie, aminoacidurie, protéinurie tubulaire, fuite
de phosphates et ostéopénie, ont été rapportés.
L’absence de
rachitisme, de néphrocalcinose et d’insuffisance rénale progressive,
évoque l’absence de lien avec des mutations possibles de CLCN5.
Les mutations du récepteur sensible au calcium (CaSR) situé sur le
chromosome 3q : une perte de la sensibilité est responsable de
l’hypocalciurie hypercalcémique familiale.
Inversement, une
augmentation de sa sensibilité pourrait être responsable d’une hypercalciurie familiale avec hypocalcémie.
Hypercalciurie idiopathique
:
L’HI est le principal facteur de risque de lithiase calcique, étant
présente chez plus de 50 % des patients.
Le trait peut être familial,
probablement autosomique dominant, sans que le gène
responsable soit encore identifié.
Près de 50 ans après sa première
utilisation, le terme d’HI demeure largement utilisé sans que le
mécanisme de l’hypercalciurie ne soit identifié, en dépit de réelles
avancés dans les méthodes d’explorations physiopathologiques.
A - DÉFINITION :
Pak fut le premier à classer les HI selon différents mécanismes
physiopathologiques.
Dans cette classification, indépendamment
des facteurs diététiques à l’exception des apports calciques, l’HI est liée soit à une hyperabsorption intestinale de calcium, soit à une
origine rénale.
On distingue trois
sous-types d’hypercalciuries d’absorption (HA) :
– le sous-type I, dû à une hyperabsorption intestinale primitive du
calcium, conduisant à une freination chronique de la PTH et donc à
des valeurs basses de PTH ;
– le sous-type II, est l’hypercalciurie dépendante des apports en
calcium, déjà vue ;
– le sous-type III, est lié à une hyperabsorption intestinale de
calcium secondaire à des valeurs élevées des taux plasmatiques de
calcitriol consécutifs à une déplétion en phosphates stimulant
l’activité de la 1-alpha hydroxylase.
L’hypercalciurie rénale est due
à une diminution de la réabsorption tubulaire de calcium,
conduisant à un hyperparathyroïdisme secondaire et à une
augmentation de la synthèse de calcitriol et donc à une
hyperabsorption intestinale de calcium.
Donc, dans les trois types d’HI, l’absorption rénale est augmentée.
La distinction entre les différents types est faite par la mesure de la
calciurie et de la sécrétion de PTH à jeun et après charge calcique
(test de Pak) et sur la mesure des phosphates plasmatiques et du
seuil de réabsorption tubulaire maximale des phosphates (Tm
PO4/taux de filtration glomérulaire).
Cependant, cette classification théorique présente quelques
défaillances :
– elle ne tient pas compte de l’influence d’autres facteurs diététiques
sur l’HI que les apports en calcium et en sodium ;
– il y a des chevauchements entre les différents types d’HI. L’HA de
type II est probablement une variante moins sévère du type I.
L’HI
de type I est, soit vitamine D dépendante (et corrigée par le kétoconazole qui supprime l’activité de la 25-OH-hydroxylase), soit
indépendante de la vitamine D, quel que soit le Tm PO4/GFR ;
– la surprévalence des HA de type I dans l’expérience de Pak (60 %)
est en contradiction flagrante avec la balance calcique négative
observée chez deux tiers des HI.
De plus, Pak admet que dans les
HA de type I, il existe un retentissement osseux avec diminution de
la densité osseuse rachidienne et augmentation de l’excrétion des
marqueurs osseux ;
– enfin, plusieurs séries ont montré qu’un fort pourcentage des
patients (18 à 60 %) ne répondait aux critères d’aucun sousgroupe.
Chez la plupart d’entre eux, la calciurie à jeun est associée
à un taux de PTH bas suggérant l’origine osseuse d’une partie du
calcium.
B - DIAGNOSTIC POSITIF :
Pour diagnostiquer une HI véritable, c’est-à-dire indépendante des
apports nutritionnels, il faut :
– exprimer la calciurie en fonction du poids corporel et de la créatininurie ;
– définir la limite supérieure de la normale comme le 90e percentile
plutôt que par la moyenne additionnée de deux déviations
standards, car la loi de distribution des valeurs de la calciurie des
24 heures n’est pas gaussienne, étant déplacée vers les valeurs les
plus élevées ;
– exprimer l’excrétion urinaire de calcium dans trois conditions
alimentaires : en régime habituel, sans conseil diététique, en « régime
idéal », procurant 1g/j de calcium, 1 g/kg de protéine, 100 mmol de
sodium, au moins 60 mmol de potassium et 0,3 mmol/kg de
phosphate et après au moins 4 jours de régime pauvre en calcium
(400 mg/j de calcium, c’est-à-dire sans produits laitiers) en
association avec 1 g/kg de protéines, 100 mmol de sodium, 60 mmol
de potassium et 0,3 mmol/kg/j de phosphate.
La limite supérieure de la normale de la calciurie est de 4 mg ou
0,1 mmol/kg/j en régime habituel ou « idéal », elle est abaissée à
3 mg ou 0,07 mmol/L en régime pauvre en calcium.
Le diagnostic d’hypercalciurie liée à des apports alimentaires
excessifs en sodium, protéines ou calcium ou à des apports
insuffisants en potassium ou en phosphates est évoqué, quand la
calciurie est augmentée en régime habituel et normalisée en régime
« idéal ».
Cet excès d’apports doit être confirmé par l’enquête
alimentaire.
La vraie HI, indépendante des facteurs alimentaires est retenue
quand, en régime « idéal », la calciurie est supérieure à 4 mg ou
1 mmol/kg/j et/ou quand la calciurie reste supérieure à 3 mg ou
0,07 mmol/kg/j en régime pauvre en calcium (en pratique sans
produits laitiers).
De nombreuses publications ne tiennent pas compte du poids corporel et définissent l’hypercalciurie au-delà de
200 mg/j, après 7 jours de bas régime calcique (400 mg/j) et pas plus
de 100 mmol/j de sodium.
C - MÉCANISMES PATHOGÉNIQUES
:
1- Augmentation de l’absorption intestinale de calcium
:
L’absorption calcique résulte de la somme de deux mécanismes de
transport :
– une absorption transcellulaire saturable régulée par la vitamine D ;
– une absorption paracellulaire non saturable, dépendante de la
concentration en calcium dans la lumière intestinale et donc de la
ration calcique alimentaire.
Les études de balance calcique ont nettement montré que
l’absorption intestinale nette du calcium dans l’HI est le double de
celle de sujets sains s’accompagnant de niveaux élevés de calcitriol.
Chez les sujets sains, la 1á-25 (OH)2 vitamine D3 est
principalement produite par une enzyme mitochondriale tubulaire
proximale. cette enzyme est stimulée par la PTH,
l’hypophosphatémie et l’hypocalcémie directement ou indirectement
par la PTH.
L’excès de synthèse de calcitriol peut s’expliquer par
une fuite des phosphates au niveau tubulaire ou bien une
hypersensibilité de la 25 (OH) vitamine D3-1-á-hydroxylase aux taux
des phosphates plasmatiques.
La PTH et l’hypocalcémie, dont les
concentrations sont normales, ne semblent pas impliquées dans
l’HI. D’autres facteurs joueraient un rôle dans l’hyperabsorption
intestinale de calcium chez l’HI, comme une hyperexpression du
récepteur à la vitamine D.
Enfin, la 25-(OH)-vitamine D, dont
l’affinité avec le récepteur de la vitamine D (RVD) serait
classiquement 2 000 fois inférieure à celle du calcitriol (ou peut-être
simplement 500 fois selon des données récentes, mais dont les taux
sériques sont 1 000 fois plus élevés), jouerait un rôle dans
l’hyperabsorption digestive de calcium.
2- Défaut de réabsorption tubulaire de calcium
:
La réabsorption tubulaire de calcium est nettement diminuée chez
les sujets avec HI par rapport à des sujets sains.
Plusieurs facteurs
sont susceptibles de réduire la réabsorption tubulaire du calcium :
diminution des taux de PTH, expansion volumique induite par le
chlorure de sodium, apports en protéines et en glucose, réduction
des apports en potassium et en phosphates.
Une fuite de calcium
avec hyperparathyroïdisme secondaire est très rare au cours de l’HI
(inférieure à 5 % des cas).
Les concentrations de PTH sont à la limite
inférieure de la normale dans la plupart des études.
Quelle qu’en
soit la cause, cette émoussement de la sécrétion de PTH expliquerait
en partie la diminution de la réabsorption tubulaire de calcium, mais
n’explique pas les diverses anomalies tubulaires décrites au cours
de l’HI comme l’hypersensibilité des patients à certains facteurs
diététiques : augmentation de l’excrétion urinaire de calcium et de
magnésium induite par une charge acide aiguë.
D - CONSÉQUENCES OSSEUSES :
Une seule étude de cohorte a montré, chez les sujets lithiasiques, un
risque multiplié par quatre de tassements vertébraux sans surrisque
aux autres sites (col du fémur, bassin, avant-bras).
La modeste
diminution de la masse osseuse chez les lithiasiques calciques
contraste avec l’importance de la perte urinaire cumulée de calcium.
L’hyperabsorption intestinale de calcium joue probablement un rôle
protecteur, comme en témoigne la corrélation entre les taux
plasmatiques de calcitriol et la densité minérale osseuse d’une
part, et l’augmentation postprandiale de la calciurie d’autre part.
1- Données densitométriques
:
Chez les patients souffrant d’HA, on observe une diminution de la
densité minérale osseuse, qui reste modeste, malgré des apports
accrus en calcium.
Chez les patients atteints d’une vraie HI, la baisse
de la densité minérale osseuse est observée, quel que soit le site de
mesure, ce qui est en partie expliqué par la diminution habituelle
des apports calciques alimentaires de ces patients.
2- Données histomorphométriques
:
Chez les sujets hypercalciuriques lithiasiques, on n’observe pas de
diminution du volume trabéculaire osseux, mais des anomalies
de la minéralisation, de la formation et de la résorption osseuse,
variables avec le type d’HI.
3- Marqueurs du remodelage osseux
:
L’hydroxyprolinurie semble le marqueur le plus sensible dans l’HI,
car elle est retrouvée élevée et corrélée à l’hypercalciurie dans la
plupart des études, alors qu’une seule étude montre une
augmentation de la pyridinolinurie.
4- Facteurs éthiopathogéniques de l’ostéopénie
:
Un régime pauvre en calcium chez des patients hypercalciuriques
ou riche en protéines aboutit à une diminution de la densité
minérale osseuse. Les marqueurs du remodelage osseux sont
positivement corrélés à la calciurie à jeun, suggérant que la perte
osseuse liée à la prise de protides est due à une résorption osseuse.
Il existerait chez ces sujets, une hypersensibilité aux effets calciuriants des protéines.
Anomalies des hormones calciotropes : chez les sujets HI, il existe
des taux élevés de calcitriol.
Ce dernier favorise la résorption
osseuse et pourrait avoir un effet dépresseur sur la formation
osseuse.
Quand les apports calciques sont suffisants, ils
compensent partiellement la perte osseuse, grâce à l’effet
d’hyperabsorption calcique du calcitriol sur l’intestin.
Les monocytes activés du sang périphérique des patients avec HI et ostéopénie synthétisent en excès des cytokines impliquées dans le
remodelage osseux : de l’IL1 qui est corrélée négativement à la
densité minérale osseuse, de l’IL6 qui stimule la résorption et
inhibe la formation osseuse.
Inversement le granulocyte macrophage colony stimulating factor (GM-CSF), également sécrété en excès, est
positivement corrélé à la densité minérale osseuse et aurait un effet
protecteur de l’os.
5- Différentes théories unifiant les données
dans l’HI humaine :
Il existe en fait un continuum entre les différentes formes d’HI
suggérant l’existence d’un désordre global. Trois hypothèses
peuvent rendre compte de l’HI.
– Anomalie héréditaire du contenu des membranes cellulaires en
acides gras : la concentration en acide arachidonique est plus élevée
dans le plasma et les phospholipides de la membrane de
l’érythrocyte chez le lithiasique calcique.
Cela conduirait à une
augmentation de la production de PGE2, augmentant
l’hypercalciurie en facilitant l’absorption intestinale de calcium par
la stimulation de la 1-alpha-hydroxylase et donc la fabrication de
calcitriol.
– Surexpression du gène du RVD : certains rats génétiquement
sélectionnés ont une hypercalciurie avec lithiases.
Ils présentent en
revanche une hyperabsorption du calcium intestinal, malgré des
taux inférieurs à ceux de témoins appariés.
Cela s’explique par une
plus grande affinité des RVD de l’entérocyte pour le calcitriol.
Ces
rats ont également une résorption accrue de l’os sous l’effet de la
1,25(OH)2 vitamine D et un défaut de réabsorption rénale du
calcium.
L’HI de l’homme présente des similarités avec celle de
ce type de rat, mais également des différences : l’HI humaine est
plus fréquente chez l’homme, les taux de calcitriol plus élevés que
chez les témoins, aucune élévation des concentration des RVD n’a pu être montrée au sein des lymphocytes ni des fibroblastes de la
peau, enfin aucune variation allélique du gène codant pour le RVD
n’a pu être observée non plus.
– L’HI pourrait résulter d’une pathologie du monocyte selon les
événements suivants : stimulation anormale des lymphocytes
induisant une résorption osseuse et une inhibition de la formation ;
augmentation de la production de PGE2 par l’IL1 ; PGE2 augmentant
la résorption osseuse, stimulant la 25 (OH) vitamine D1 alphahydroxylase
et inhibant le NaK2Cl cotransporteur ; augmentation de
la synthèse de calcitriol expliquant la diminution des taux de PTH
et augmentant l’excrétion urinaire de calcium ; la perte osseuse serait
la conséquence d’un dérèglement de la production de cytokines et
d’une balance calcique négative, surtout en cas de régime pauvre en
calcium ; l’hyperabsorption intestinale de calcium est provoquée par
les taux élevés de calcitriol.
Elle aurait un effet protecteur sur l’os
quand l’alimentation apporte suffisamment de calcium, expliquant
la perte le plus souvent modeste en masse osseuse chez les patients
HI.
Traitement des hypercalciuries :
Le traitement des hypercalciuries secondaires repose sur celui de la
cause primordiale.
L’HI doit également être traitée, car elle favorise la perte osseuse et
est un facteur de risque de la lithiase urinaire.
A - MESURES DIÉTÉTIQUES :
La ration calcique doit être suffisante sans être excessive (environ
800 mg/j) de même que les apports en protéines (1 g/kg), chlorure
de sodium (6 g/j), phosphates et potassium, réduction des apports
en glucides et des boissons alcoolisées en cas de surcharge
pondérale.
La correction de troubles éventuels s’aide de l’analyse
diététique et du contrôle de l’excrétion urinaire en régime libre et
contrôlé.
B - DIURÉTIQUES :
Quand la calciurie demeure supérieure à 4 mg/kg/j, il est licite de
prescrire un diurétique thiazidique.
Il réduit le risque de lithiase
calcique.
Il augmente la réabsorption tubulaire de calcium en
agissant sur le tubule, soit indirectement en induisant une déplétion
volumique, soit directement en augmentant la réabsorption du
calcium et du sodium au tubule proximal.
La restriction sodée
favorise donc la réabsorption de calcium.
De plus, les thiazidiques
réduiraient l’absorption de calcium sans entraîner pour autant une
balance calcique négative.
En pratique, il est nécessaire de
commencer à faible doses (par exemple à 25 mg/j
d’hydrochlorothiazide) pour éviter les effets secondaires comme
l’asthénie et les hypotensions, puis passer à 50 mg/j.
En administrant simultanément de l’amiloride (5 mg/j), l’effet
hypocalciurique est augmenté et la carence en potassium et
magnésium prévenue.