Traitement chirurgical de la coxarthrose Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
L’accroissement constant ces 20 dernières années de la fiabilité des implants
prothétiques, et l’expérience plus grande des résultats à long terme de
l’arthroplastie totale comme de la chirurgie de reprise ont peu à peu imposé la
prothèse totale de hanche comme unique traitement chirurgical de la
coxarthrose primitive.
Désormais, les questions dans cette étiologie précise sont plutôt quand
intervenir et avec quel implant, questions dont les réponses sont mieux
éclairées par les études publiées ces dernières années.
La coxarthrose secondaire à un vice architectural de la hanche intéresse des
patients notablement plus jeunes que la coxarthrose primitive.
Du fait des
risques d’une chirurgie prothétique itérative, en particulier pour le capital
osseux, de l’exigence des patients quant à leurs aptitudes fonctionnelles, les
indications chirurgicales conservatrices gardent en ce cas une place dans les
orientations thérapeutiques du chirurgien.
Au fil des années, ont cependant été exclues les interventions peu fiables qui
n’ont pas résisté à l’épreuve du temps puis, du fait du développement de
l’arthroplastie totale par prothèse, lié à la qualité de la restauration
fonctionnelle obtenue et à sa fiabilité rassurante, les indications des
traitements conservateurs se sont progressivement circonscrites aux cas où
leur efficacité est établie sur le long terme.
Nous allons décrire les différentes interventions en exposant leurs principes,
les résultats dans leurs conditions optimales de réalisation et leurs
complications éventuelles.
Nous détaillerons ensuite les critères qui guident
le choix de l’indication chirurgicale et qui dépendent de l’étiologie, du
contexte clinique et du stade évolutif de l’arthrose.
Différentes interventions :
La coxarthrose est, à terme, la convergence malheureuse de la plupart des
maladies de la hanche.
Même lorsqu’elle est considérée comme primitive, elle
est liée à de nombreux facteurs, qui ne sont pas tous connus.
Lorsqu’elle est
liée à une dysplasie fémorale et/ou cotyloïdienne (qui peut dans certains cas
ne pas entraîner de conséquences sur l’articulation), l’évolution arthrosique
débute en règle dans la troisième décennie par l’apparition de douleurs, sans
signes radiologiques.
Dix années plus tard, des signes osseux sont visibles
(triangle de condensation, géodes), mais l’interligne est encore respecté.
Après 40 ans, un pincement supéroexterne apparaît, puis dans un délai
variable, l’altération de l’interligne devient globale.
La chirurgie, si elle est impuissante contre la dégénérescence cartilagineuse,
peut agir sur les facteurs vasculaires et les facteurs mécaniques entrant en jeu
dans l’évolution arthrosique.
Selon le but recherché, on peut distinguer trois grands types d’interventions :
– les opérations conservatrices qui cherchent à stabiliser voire à faire
régresser le processus dégénératif ; elles modifient pour cela l’environnement
mécanique et vasculaire de la hanche (cela suppose une certaine capacité de
cicatrisation et de réparation) ;
– les arthroplasties, qui remplacent tout ou partie de l’articulation par des
éléments synthétiques ;
– pour mémoire enfin l’arthrodèse qui, supprimant l’articulation, supprime
la coxarthrose.
A - Interventions conservatrices
:
1- Principes
:
Le principe général commun à toutes ces interventions est l’amélioration des
conditions mécaniques de fonctionnement de l’articulation.
Elles visent en
effet à réduire les pressions (contraintes par unité de surface) supportées par
les surfaces articulaires en corrigeant les anomalies morphologiques de la
hanche.
La baisse des contraintes mécaniques permet ainsi de freiner
l’évolution arthrosique et de « protéger » le cartilage articulaire.
Elles peuvent
concerner le versant fémoral comme le versant cotyloïdien de la hanche.
Leurs modes d’action pour obtenir une réduction des contraintes articulaires
peuvent être de plusieurs types, éventuellement associés.
– L’augmentation des surfaces articulaires en charge : elle correspond à une
réduction des contraintes par unité de surface, et peut être obtenue par
l’agrandissement du cotyle (butée ostéoplastique, ostéotomie de Chiari) ou en améliorant la congruence d’une tête subluxée ou déformée par la
réorientation relative de la tête fémorale et du cotyle (ostéotomies fémorales,
ostéotomie de Ganz).
Il est à noter, contrairement à ce qui est souvent dit, que
l’amélioration de la « couverture » d’une tête fémorale centrée sur les
radiographies ne s’accompagne pas d’une augmentation des surfaces
articulaires en contact, compte tenu de la découverture inférieure équivalente
de la tête.
Elle permet cependant une mise en charge d’une zone saine de la
tête, dans de meilleures conditions.
– La médialisation de la hanche : elle permet une réduction des contraintes
sur la hanche, conformément au classique modèle de la balance de
Pauwels.
Cette médialisation est typiquement réalisée par l’ostéotomie de
Chiari.
– La réduction de tension du moyen fessier lors de l’appui unipodal : la
tension de celui-ci, nécessaire au maintien horizontal du bassin lors du
passage du pas, dépend en effet de l’angle iliotrochantérien, dont la
variation peut être assimilée approximativement à la variation d’inclinaison
du col fémoral.
Ce dernier mode d’action est sans doute le plus
important dans le cadre des ostéotomies fémorales.
À côté des facteurs mécaniques, citons également les facteurs vasculaires qui
contribuent à l’efficacité des traitements conservateurs.
Il sont représentés par
l’accroissement de la vascularisation artérielle, lié aux phénomènes de
cicatrisation, qui suit toute intervention sur la hanche, et par l’augmentation
du drainage veineux secondaire aux sections osseuses.
Ces modifications
vasculaires participent peut-être à la diminution rapide de certaines douleurs
et créent des conditions favorables à la cicatrisation, au moins temporaire, des
lésions existantes.
2- Interventions les plus courantes
:
* Butée ostéoplastique de hanche
:
Il s’agit d’ une intervention déjà ancienne.
Décrite en 1894, elle fut réalisée
en France pour la première fois en 1925.
Son but est d’agrandir la surface
articulaire en charge en prolongeant latéralement et en avant un cotyle
insuffisant par une autogreffe osseuse.
La voie d’abord est une voie de Smith- Petersen, permettant dans le même abord le prélèvement du greffon et la
réalisation de la butée.
Son principal danger est la lésion du nerf fémorocutané, lors de l’ouverture de l’aponévrose qui recouvre le droit
antérieur.
La réalisation doit en être rigoureuse : la butée doit être positionnée
au sein d’une tranchée creusée au ras du sourcil cotyloïdien, la concavité du
greffon iliaque s’adaptant à la convexité de la tête découverte, améliorant
ainsi la couverture antérieure et externe de celle-ci.
S’il est préférable de ne
pas amincir la capsule articulaire, il faut se méfier toutefois d’une capsule très
épaisse amenant à positionner trop haut la butée, car celle-ci est alors
inefficace et se lyse progressivement.
Certains auteurs proposent de fixer la butée à l’aide d’une ostéosynthèse par
plaque.
L’encastrement de la butée dans la tranchée osseuse réalisée nous a
toujours semblé suffisant, mais il faut veiller à ne pas réaliser une butée trop
étendue, susceptible de limiter les mouvements de la hanche, ou de migrer
par un conflit en abduction ou en flexion.
Chez un adulte jeune souffrant d’une insuffisance cotyloïdienne et indemne
d’arthrose radiologiquement visible, c’est une opération aux suites simples
ne nécessitant pas plus de 8 jours d’hospitalisation avec une reprise complète
de l’appui après 1 mois et la disparition de toute boiterie vers les quatrièmesixième
mois.
Aucune rééducation n’est nécessaire en dehors d’une
mobilisation active et douce du genou et de la hanche entre le huitième et le
60e jour.
Les complications sont exceptionnelles ; les névralgies du nerf fémorocutané doivent être évitées par une voie d’abord précise et une
dissection minutieuse.
C’est uniquement une opération antalgique et il ne
faut pas en attendre une amélioration de la mobilité articulaire, ni une
amélioration de la marche s’il existait une instabilité mécanique préalable.
L’action antalgique est assez constante, mais la butée ne paraît pas capable
d’empêcher de façon régulière la dégradation arthrosique.
Elle est inefficace
en cas d’altération arthrosique déjà constituée de l’interligne.
Sa durée
d’efficacité, au mieux de ses indications, est en moyenne de 10 à 15 ans.
Une fois sur deux, elle permet un résultat fonctionnel satisfaisant
pendant plus de 20 ans.
* Ostéotomies du bassin :
Les plus utilisées dans la dysplasie de la hanche chez l’adulte sont
l’ostéotomie sus-cotyloïdienne de Chiari et les ostéotomies péricotyloïdiennes
de Ganz et deWagner.
+ Ostéotomie de Chiari :
Elle consiste en un agrandissement de la cavité articulaire par la réalisation
d’une ostéotomie pelvienne supracotyloïdienne.
La voie d’abord peut être soit
une voie de Smith-Petersen, soit un abord externe avec trochantérotomie.
Le
trait d’ostéotomie doit être ascendant de dehors en dedans, débutant en avant
et en dehors au ras de la capsule articulaire qui ne doit pas être ouverte, et se
poursuivant de façon curviligne pour se terminer au niveau de la grande échancrure sciatique.
Une fois l’ostéotomie réalisée, la médialisation de la
hanche (d’environ 20 mm) est obtenue par abduction et poussée dans l’axe
du col du fémur, permettant d’agrandir le cotyle avec interposition de la
capsule sous « l’auvent » créé par le débord externe du segment proximal de
l’ostéotomie.
Certains auteurs complètent le geste, une fois le déplacement
obtenu, par une ostéosynthèse utilisant une ou deux vis.
Pour notre part, le
simple engrènement des surfaces de l’ostéotomie a toujours été suffisant,
associé au tonus musculaire, pour assurer la stabilité de la correction.
L’intervention de Chiari permet donc de réduire les pressions articulaires par
l’accroissement des surfaces en contact d’une part, et par la médialisation de
la hanche d’autre part, réduisant l’effort du moyen fessier nécessaire au
maintien horizontal du bassin lors du passage du pas.
Les complications sont rares, la pseudarthrose exceptionnelle, et on note
seulement un enraidissement modéré de la hanche dans certains cas.
La
reprise de l’appui est généralement possible 2 mois après l’intervention,
période pendant laquelle l’abduction et la flexion doivent être prudentes.
L’exclusion professionnelle est de l’ordre de 3 à 6 mois selon la pénibilité de
l’activité.
Une instabilité de la hanche avant l’intervention n’est pas corrigée
par celle-ci, si elle est réalisée par une voie de Smith-Petersen, l’opération ne
modifiant alors pas les conditions de fonctionnement du moyen fessier.
En
revanche, dans ces cas, la réalisation d’une voie externe permet l’abaissement
du grand trochanter en fin d’intervention, donc une remise en tension du
moyen fessier et la restauration ultérieure de la stabilité de la hanche.
Les éléments favorables de choix de cette intervention sont l’existence d’une
dysplasie cotyloïdienne marquée, d’une arthrose minime, et le jeune âge du
patient.
La subluxation de la tête n’est pas une contre-indication à sa
réalisation, et une ostéotomie fémorale de varisation peut y être associée, à
condition toutefois que la congruence de l’articulation soit bonne après
réalisation du geste chirurgical.
Une tête très aplatie, ou un défaut de
congruence important (tête « carrée ») sont des éléments péjoratifs quant à la
qualité du résultat.
Enfin, il faut noter qu’une réalisation technique satisfaisante est un élément
majeur du pronostic, comme le soulignent la plupart des auteurs, le risque
étant de laisser subsister une marche d’escalier au niveau du cotyle, rendant
l’intervention inefficace et même nocive.
Ces impératifs pris en compte, l’ostéotomie de Chiari semble toutefois donner
des résultats moins performants que l’association varisation + butée, mais qui
restent bons ou très bons dans 70 %des cas à 10 ans.
Dans une proportion non
négligeable de cas (74 % des cas pour Duquennoy), on observe une
régression de l’arthrose préopératoire et une régularisation de l’interligne,
mais qui peut parfois n’être que transitoire.
+ Ostéotomies péricotyloïdiennes de réorientation
:
Les ostéotomies de réorientation du cotyle ont été décrites depuis de
nombreuses années chez l’enfant ou l’adolescent.
De nombreuses variantes
ont été proposées modifiant essentiellement le siège de l’ostéotomie du cadre
obturateur.
L’ostéotomie de Salter n’en comprend pas, mais il n’est
possible de réaliser cette technique que chez le jeune enfant, alors que la
symphyse pubienne et les parties molles sont suffisamment souples pour se
déformer sans section.
À partir de 10 ans, il devient nécessaire de sectionner
le pubis et l’ischion pour permettre la réorientation du cotyle.
Sutherland
propose alors une section parasymphysaire, Steel sectionne l’ischion au
niveau de la tubérosité, tandis que le pubis est sectionné au ras du cotyle.
L’ostéotomie de Le Coeur se situe entre ces deux options.
Carlioz
sectionne pubis et ischion au ras du cotyle.
Ganz, chez l’adulte, propose
une intervention de même type, avec triple ostéotomie péricotyloïdienne,
permettant le repositionnement du cotyle sur la tête fémorale, accroissant les
surfaces articulaires en charge, et dans certains cas s’accompagnant d’une
légère médialisation de la hanche.
La voie d’abord utilisée est une voie de Smith-Petersen classique. Une
ostéosynthèse permet de fixer la correction obtenue.
La durée de décharge est
d’environ 10 semaines, pendant lesquelles la hanche est cependant mobilisée
pour entretenir les mobilités.
Les indications de l’ostéotomie de Ganz correspondent à des patients
présentant un vice architectural caractérisé par l’insuffisance de couverture
cotyloïdienne, sans arthrose évoluée.
L’insuffisance cotyloïdienne, en
particulier antérieure, peut être responsable de lésions du bourrelet, mises en
évidence cliniquement au début de leur évolution par la flexion-adduction
douloureuse de la hanche, sans arthrose radiologique.
La hanche doit être
congruente, mais une subluxation plus antérieure qu’externe, disparaissant en
flexion, peut être corrigée par cette technique. Une ostéotomie fémorale peut
y être associée.
Les auteurs rapportent de bons résultats mais soulignent les
difficultés techniques de l’intervention qui la réservent à des mains entraînées.
* Ostéotomies fémorales
:
Le fait que les indications du traitement conservateur de la coxarthrose se
soient peu à peu circonscrites aux corrections des anomalies architecturales
de la hanche ont peu à peu fait disparaître les ostéotomies de translation
interne et rendu exceptionnelles les ostéotomies de valgisation.
Les ostéotomies de translation interne avaient pour but une réduction du bras
de levier externe de la balance de Pauwels, par la médialisation de la diaphyse
fémorale, réduisant ainsi la tension du moyen fessier lors du passage du pas et
par conséquent les pressions articulaires.
Elles étaient d’efficacité inconstante
et partielle, rendant de surcroît délicate la réalisation ultérieure d’une
arthroplastie totale.
Elles ont été abandonnées.
Les ostéotomies de valgisation ont pour but d’améliorer la congruence
articulaire, en plaçant éventuellement en charge un secteur non dégradé de
l’interface articulaire, ou en plaçant en charge la zone ostéophytique interne
de la tête fémorale.
En pratique, cette situation ne correspond
qu’exceptionnellement aux malformations congénitales rencontrées, et sont
aujourd’hui d’indications exceptionnelles, correspondant à de rares cas de
séquelles d’ostéochondrite ou de nécrose circonscrites de la tête fémorale.
Les ostéotomies de varisation gardent pour leur part une place dans le
traitement de la coxarthrose secondaire à un vice architectural.
L’horizontalisation du col fémoral obtenue par cette technique peut avoir
plusieurs conséquences positives.
Dans le cas d’une tête fémorale centrée, la varisation ne modifie pas
l’importance des surfaces articulaires en charge mais modifie l’homologie des
points en contact, pouvant ainsi ramener une hauteur plus homogène de
cartilage sain au niveau de l’interligne.
Dans le cas d’une tête fémorale excentrée, se recentrant bien lors de
l’abduction, la varisation va entraîner une réelle augmentation des surfaces
en contact, diminuant les pressions unitaires.
Dans le même ordre d’idées, la rotation de la tête fémorale peut améliorer la
congruence d’une tête partiellement déformée.
Enfin, la varisation va réduire la tension du moyen fessier lors du passage du
pas, réduisant de fait les pressions intra-articulaires.
Toutefois, la courbe de
tension du moyen fessier nous indique que cet effet n’existera que si la
hanche est suffisamment « valga » avant l’intervention.
Les indications idéales découlent de ces considérations et cette intervention
peut être associée à une butée cotyloïdienne.
Le symposium de la Société française de chirurgie orthopédique et
traumatologique (SOFCOT) de 1978 constatait l’importance de la
congruence postopératoire, 75 % des hanches congruentes voyant leur
interligne s’améliorer après l’intervention ; 86 % des hanches peu
arthrosiques opérées chez des sujets de 20 à 30 ans gardaient un bon résultat
à 10 ans.
La voie d’abord est une voie externe classique. Après réalisation de
l’ostéotomie, la varisation est obtenue par le positionnement du clou-plaque
décalé et par le choix de son angle.
La durée de décharge est d’environ 2 mois,
parfois 3.
La réduction de la course du moyen fessier le rend moins efficace
de nombreux mois, entraînant une instabilité et donc une boiterie qui persiste
habituellement de 8 mois à 1 an.
L’exclusion professionnelle à prévoir est
habituellement de l’ordre de 6 à 8 mois, sauf travail sédentaire adapté.
Au
mieux de ses indications, elle permet de retarder la progression arthrosique
de façon très significative, plus de 10 ans en règle, et parfois jusqu’à 20 ans.
Mais son efficacité s’épuise avec la progression de l’arthrose.
Kerboull
rapporte 95 % de bons résultats à 10 ans en l’absence d’arthrose constituée,
60 % en cas d’arthrose débutante, seulement 30 % à 7 ans en cas d’arthrose
plus évoluée.
En association avec une butée cotyloïdienne, ses résultats sont encore plus
probants, restant efficace sur des hanches modérément arthrosiques avec
90 %de bons résultats à 10 ans, et dans certains cas permettant une régression
radiologique de l’arthrose.
B - Remplacements prothétiques
:
Les arthroplasties totales sont des opérations de reconstruction articulaire.
Après l’abandon des arthroplasties d’interposition par cupule simple
(introduites en 1954 par Smith-Petersen), puis celui des cupules doubles avec
un versant cotyloïdien mobile ou scellé, et enfin de la prothèse fémorale
simple, il ne persiste, dans le traitement de la coxarthrose, que l’arthroplastie
totale, qui implique la résection préalable de la tête et du col.
Il s’agit du
remplacement de la hanche arthrosique par deux pièces prothétiques
parfaitement adaptées l’une à l’autre et solidement fixées, l’une au bassin,
l’autre au fémur.
La première est une cupule proche de l’hémisphère et la
seconde une sphère se prolongeant par une tige qui recrée le bras de levier
externe de la hanche.
1- Principes mécaniques :
Depuis leur apparition en 1963, les prothèses totales de la hanche ont
considérablement évolué, dans des directions souvent très différentes mais
toujours dans le but d’améliorer l’une ou l’autre de deux qualités
fondamentales : la fixation des implants à l’os du receveur et l’usure minimale
du couple de frottement.
Actuellement, avec l’expérience des grandes séries et des durées
d’observation de 15 à 25 ans se dégagent les éléments suivants :
– le couple le plus fiable est métal/polyéthylène ou céramique/polyéthylène ;
des couples céramique/céramique sont intéressants pour leur moindre usure
et leur excellente biocompatibilité, mais la perte d’élasticité du composant
cotyloïdien rend leur fixation à l’os plus aléatoire ;
– la dimension de la tête prothétique a évolué vers une diminution de son
diamètre pour avoir un couple de friction le plus bas possible (principe de la low friction arthroplasty préconisé par Charnley dès 1964) ; les diamètres
actuels sont de 26 ou 22,2 mm, sauf dans le cas des couples
céramique/céramique où la structure même du matériau impose des diamètres
plus importants pour éviter la survenue de fracture en leur sein ;
– la fixation des pièces prothétiques nécessite une adaptation la meilleure
possible entre le composant et la cavité osseuse réceptrice ; cela nécessite la
disposition d’une gamme étendue de pièces de tailles différentes.
La fixation proprement dite de l’implant à l’os receveur peut être obtenue de
deux façons :
– l’utilisation de résine acrylique (ciment) permet une adaptation précise de
forme entre la tige prothétique et la cavité médullaire fémorale qui la reçoit ;
cette fixation est durable et l’altération possible à long terme des propriétés
mécaniques du ciment n’a jamais été mise en évidence comme facteur
limitant de la survie des prothèses ; le ciment permet de surcroît une
répartition des contraintes plus harmonieuse entre l’implant et l’os, et permet
une ablation des pièces prothétiques relativement aisée lors d’une éventuelle
reprise ultérieure ; à l’inverse, il résiste mal au granulome développé en
réaction aux débris d’usure des pièces prothétiques, qui, s’insinuant entre le
ciment et l’os, aboutit à terme au descellement des implants ;
– l’autre option, dite sans ciment, recherche par la repousse osseuse une
fixation qui peut être mécanique au niveau de la surface métallique irrégulière
de l’implant ou biologique grâce à des revêtements à base de dérivés calciques
(hydroxyapatite) ; cette fixation résiste peut-être mieux au granulome lié aux
débris d’usure, mais rend souvent plus complexe une reprise ultérieure, du
fait de la fixation intime de l’implant et de l’os environnant.
2- Réalisation
:
L’opération nécessite une préparation soigneuse du patient.
Il faut éradiquer
tout foyer infectieux, traiter un éventuel adénome prostatique ou une lithiase
vésiculaire, stabiliser un état cardiologique déficient en s’assurant qu’il
permet l’opération, prévoir la nécessité de transfusions et en organiser les
modalités (autotransfusion, récupération peropératoire..).
L’hospitalisation dure de 8 à 10 jours.
La marche est reprise le troisième ou
quatrième jour en soulageant l’appui pour 4 à 5 semaines, ce qui est nécessaire
en cas d’abord externe avec section du grand trochanter et de toute façon
préférable pour une reprise harmonieuse de la marche pour des voies d’abord
ne comprenant pas de section osseuse.
La récupération de l’amplitude
articulaire se fait le plus souvent spontanément.
En cas de hanche très raide
avant l’opération, une rééducation consistant essentiellement en une
mobilisation passive est nécessaire pendant 3 à 4 semaines.
Trois traitements médicamenteux entourent habituellement l’intervention :
– une antibiothérapie prophylactique par voie veineuse pendant 48 heures ;
– un traitement anticoagulant prolongé 4 à 5 semaines ;
– la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens pendant 5 à 8 jours, qui, à
côté d’une action antalgique, prévient efficacement le développement des
ossifications périarticulaires.
La reprise éventuelle de travail s’effectue 2 à 3 mois après l’opération.
3- Résultats :
Les résultats fonctionnels des arthroplasties totales sont en règle excellents
avec cependant des complications possible à court ou à long terme.
– L’infection est devenue exceptionnelle dans son expression précoce, c’està-
dire dans les jours suivant l’opération.
Elle demeure avec un taux inférieur
à 1 % dans son expression tardive, suivant une contamination opératoire ou
une contamination hématogène à partir d’un foyer dentaire ou urinaire.
C’est
de toute façon un échec grave nécessitant toujours une réintervention pour
nettoyage et élimination des tissus infectés et, dans le cas des infections
tardives, un changement des pièces prothétiques.
– Les luxations : leur fréquence est aussi de l’ordre de 1 %.
Elles sont le plus
souvent secondaires à une malposition des implants ou à des altérations
musculaires créées par la chirurgie.
Ceci montre l’importance de la voie
d’abord lors de l’intervention : elle doit être le plus atraumatique possible et
donner une vision suffisante de l’articulation pour permettre un
positionnement précis des implants.
La récidive de luxations peut conduire à
une reprise chirurgicale.
– Les descellements : on désigne sous ce terme la perte de la fixité des
implants par rapport à l’os, facteur de douleurs importantes et d’échec
fonctionnel.
Soit ils sont d’origine mécanique, la cause pouvant être une
réalisation défectueuse de l’arthroplastie ou une prothèse de conception
imparfaite, soit ils sont d’origine biologique, secondaires à la réaction tissulaire locale aux débris d’usure, métalliques ou plastiques, qui entraîne
également une ostéolyse locale.
La survenue d’un descellement
s’accompagne de ce fait habituellement d’une dégradation plus ou moins
rapide du capital osseux de la hanche.
– L’usure est la complication majeure à long terme puisqu’elle est
l’élément qui met habituellement un terme à la vie de la prothèse totale de la
hanche.
Les particules de plastique ou de métal sont à l’origine d’un
granulome migrant progressivement le long des implants et créant une
ostéolyse qui descelle la prothèse tout en affaiblissant la structure osseuse.
La
réaction à l’usure dépend de nombreux paramètres : matière et taille des
particules (qui dépendent du couple de frottement utilisé et du diamètre de la
sphère prothétique), type de prothèse, activité du patient et certainement de
facteurs individuels encore mal connus.
Dans de bonnes conditions de choix
d’implant et de réalisation technique, la durée de vie actuelle d’une prothèse
est de 15 à 25 ans.
4- Surveillance d’une arthroplastie totale
:
Les différents éléments qui viennent d’être cités (usure, descellement,
infection tardive) imposent une surveillance régulière, et ce d’autant plus que
leur survenue peut être insidieuse, avec un retentissement important sur le
capital osseux, tandis que la hanche est asymptomatique.
La surveillance
d’une arthroplastie totale de hanche, clinique et radiologique, tous les ans ou
tous les 2 ans est donc indispensable.
La surveillance clinique étudie la mobilité articulaire et la qualité de la
marche, recherche des douleurs ou des phénomènes d’instabilité.
On étudie sur la radiographie :
– la qualité de la fixation des implants : les interfaces os/ciment ou
os/prothèse doivent être virtuels ; l’existence d’un espace radiologique
(liseré) est une anomalie qui est inquiétante si elle est évolutive c’est-à-dire si
le liseré s’élargit au fil du temps ; il faut aussi rechercher une éventuelle
modification de position des pièces prothétiques : enfoncement ou bascule de
la tige fémorale dans la diaphyse, ascension, verticalisation ou migration
centrale de la cupule cotyloïdienne ;
– les modifications des implants : la rupture est devenue rare mais reste
possible en cas de fixation imparfaite et partielle ; l’étude de l’usure consiste
à apprécier l’enfoncement de la boule prothétique dans le cotyle, par exemple
en mesurant l’écart entre les centres respectifs des deux pièces qui sont
initialement confondus ;
– les modifications de l’os receveur : il peut s’agir de simples réactions
mécaniques aux contraintes subies par l’os, condensation ou épaississement
cortical sans gravité, mais il faut surtout rechercher une ostéolyse à la
périphérie des implants, sous forme de géodes plus ou moins localisées
traduisant une réaction à corps étranger, liée aux débris de polyéthylène, de
métal, ou de ciment ; particulières sont les réactions d’origine infectieuse
associant à des degrés divers des appositions périostées, des géodes
endocorticales, une lyse corticale et une déminéralisation régionale.
5- Arthroplasties itératives
:
Si la durée de vie du patient excède celle de la prothèse, une reprise
chirurgicale pour remplacement des pièces prothétiques est alors inéluctable.
L’indication d’une arthroplastie itérative doit être discutée lors de la
surveillance régulière avant que l’altération osseuse ne soit trop importante.
La reprise chirurgicale doit, après ablation de la prothèse, éliminer tout
granulome évolutif et reconstituer si nécessaire le support osseux déficient
pour réimplanter une nouvelle prothèse dans des conditions mécaniques
satisfaisantes, c’est-à-dire en restaurant le centre de rotation de l’articulation
et le bras de levier externe de la hanche.
L’existence de gammes étendues de
prothèses et l’utilisation des allogreffes et substituts osseux permettent de
faire face aux situations rencontrées en ce qui concerne la reconstitution du
capital osseux et le choix des implants.
Plus limitées sont les
possibilités de récupération musculaire après des abords itératifs transmusculaires.
C’est dire l’importance d’une chirurgie prothétique bien
réglée et atraumatique pour préserver au maximum ce capital musculaire,
particulièrement lorsque l’espérance de vie de l’opéré est supérieure à celle
des implants actuels.
Dans de bonnes conditions, le résultat d’une
arthroplastie itérative est très proche de celui d’une arthroplastie de première
intention, mais il est certain que la répétition des interventions conduit à une
dégradation de la fonction de la hanche artificielle, et accroît le risque de
complications, infectieuses en particulier.
Indications opératoires :
A - Principes généraux
:
L’indication du geste chirurgical et le choix de celui-ci doivent se fonder sur
la personnalité du patient, les caractéristiques de sa maladie et les possibilités
des différentes interventions.
1- Patient :
Il se caractérise par son âge physiologique, ses aptitudes physiques (en
particulier en cas de pathologie associée), ses impératifs professionnels et
sociaux, ses capacités intellectuelles et sa personnalité psychique.
L’atteinte
éventuelle d’autres articulations (hanche controlatérale, genoux, rachis) va
contribuer à l’évaluation de ses espérances fonctionnelles après
l’intervention.
2- Caractéristiques de la maladie
:
Le retentissement fonctionnel de l’arthrose est un critère décisif pour décider
de la réalisation ou non d’un geste chirurgical : douleur, limitation variable
des amplitudes articulaires, instabilité.
Dans le cas d’une coxarthrose, le choix du geste à réaliser va dépendre de son
caractère primitif ou secondaire : existence d’une malformation congénitale,
déformation acquise ou architecture normale, existence d’une pathologie arthrogène sous-jacente.
Il faut également prendre en compte son allure
évolutive : arthrose encore absente, débutante ou évoluée, arthrose
s’aggravant lentement ou rapidement destructrice.
Il est utile de rappeler ici la classification du stade évolutif de l’arthrose,
proposée par De Mourgues et Patte, modifiée par Courpied :
– stade 0 : pas d’arthrose ;
– stade 1 : interligne normal, mais présence de signes indirects d’arthrose,
tels que géodes et/ ou condensation et/ou ostéophytes ;
– stade 2 : interligne diminué de moins de la moitié de sa hauteur normale,
avec ou sans signes indirects ;
– stade 3 : interligne diminué de plus de la moitié de sa hauteur normale avec
ou sans signes indirects.
Il est encore nécessaire de noter l’aspect morphologique de l’atteinte
articulaire : usure cartilagineuse localisée ou étendue, interligne encore large,
régulièrement ou irrégulièrement pincé, attitude vicieuse.
Cette analyse
nécessite un bilan radiographique complet de la hanche : bassin de face, faux
profil de Lequesne sont en règle suffisants lorsqu’il n’existe pas de vice
architectural patent.
En cas de dysplasie, un profil chirurgical du fémur, voire
une mesure d’antéversion fémorale sont utiles.
Un pangonogramme est
également utile lorsqu’on suspecte une différence de longueur ou un défaut
d’axe du membre ne siégeant pas dans la hanche.
Des clichés en adduction ou
en abduction complètent ce bilan, dont la réalisation par le radiologue doit
être rigoureuse, lorsque est envisagé une ostéotomie de réorientation.
3- Possibilités des différentes interventions
:
Elles ont été décrites précédemment et s’apprécient en connaissant leurs
limites afin de ne pas en attendre plus que ce qu’elles peuvent apporter.
La discussion de l’indication doit se faire avec le patient.
Il est indispensable
de lui expliquer le but de l’opération proposée, ses avantages et ses
inconvénients (en particulier ses limites) et ce qu’il peut en attendre comme
amélioration fonctionnelle.
B - Indications :
Au terme de ce bilan, les indications peuvent être schématisées de la façon
suivante.
1- Hanches de morphologie normale
:
En l’absence d’anomalie morphologique évidente et si le diagnostic le plus
fréquent à partir de la sixième décennie est celui de coxarthrose primitive, le
constat d’une hanche douloureuse et d’un début d’arthrose chez un patient
jeune doit faire éliminer une pathologie arthrogène éventuellement accessible
au traitement chirurgical : synovite villonodulaire, ostéochondromatose
(arthroscanner).
Une synovectomie peut alors retarder très longtemps la
dégradation arthrosique.
Lorsqu’il s’agit d’une coxarthrose primitive, le seul traitement chirurgical
sera à terme la réalisation d’une arthroplastie totale.
La question est alors de
déterminer quand la réaliser, en se rappelant qu’il n’y a pas de parallélisme anatomoclinique entre l’arthrose radiologique et la gêne fonctionnelle.
Cette
première notion impose de n’opérer que lorsque la gêne fonctionnelle
objective (douleur, périmètre de marche, raideur, boiterie) est réelle et mal
vécue par le patient.
Toutefois, les coxarthroses sclérogéodiques banales pour lesquelles la
destruction articulaire est homogène, ou les coxarthroses protrusives à
interligne régulier peuvent évoluer par poussées douloureuses entre lesquelles
la fonction peut être tout à fait conservée, parfois pendant plusieurs années,
avec l’appui d’un traitement médical et kinésithérapique bien conduit.
Il y a
lieu de tenir compte de cette possibilité avant de programmer l’intervention,
particulièrement chez des patients de moins de 60 ans.
À l’inverse, les coxarthroses dont la congruence est médiocre (pincement supéroexterne, pincement antérieur ou postérieur parfois non détecté sur
l’incidence radiographique de face ou mieux sur le faux profil) seront moins
sujettes à une éventuelle rémission et amèneront devant un tableau
douloureux à programmer plus rapidement l’intervention.
Dans tous les cas, l’évolution parfois capricieuse de la douleur engendrée par
la coxarthrose doit faire prendre en compte l’évolution de la maladie sur les
dernières années et les derniers mois avant de prendre une décision opératoire.
C’est souvent l’aggravation régulière, sans période de rémission même
partielle, qui entraîne la décision.
À part, la survenue d’une aggravation radiologique rapide intéressant le
cotyle et la tête fémorale, sans construction ostéophytique, associée souvent
à une fracture parcellaire du toit, sur quelques mois, doit faire évoquer le
diagnostic de coxarthrose destructrice rapide (ou secondairement destructrice
rapide).
Elle est en règle associée à des douleurs vives, devenant nocturnes, à
la perception de craquements douloureux, tandis que la mobilité est
paradoxalement bien conservée et que la mobilisation de la hanche réveille
les douleurs.
Ce diagnostic impose une intervention rapide, avant que la destruction
osseuse ne devienne majeure.
Le relativement jeune âge du patient (en particulier pour les coxarthroses
faisant suite à un traumatisme de la hanche) doit orienter le chirurgien vers
des prothèses éprouvées, ayant fait la preuve d’une longévité importante, de
préférence à des implants ne disposant pas d’un recul suffisant, sur des séries
d’effectifs suffisants.
La voie d’abord doit impérativement respecter au
mieux la musculature périarticulaire, dans la perspective d’une chirurgie
itérative probable (trochantérotomie).
2- Hanches de morphologie anormale
:
La découverte fortuite d’une dysplasie même sévère, mais encore totalement
asymptomatique, doit conduire éventuellement à une surveillance régulière,
mais en aucun cas à une chirurgie « préventive », bon nombre de dysplasies
n’entraînant aucune conséquence même à long terme.
Il est de plus
raisonnable de n’opérer que des hanches douloureuses depuis au minimum
6 mois à 1 an.
En cas de coxarthrose débutante, la hanche est douloureuse avec des
modifications radiologiques très discrètes.
À ce stade, l’évolution arthrosique
peut être longtemps différée chez les sujets jeunes si l’on restaure une
articulation à pression unitaire basse, grâce aux différents gestes déjà décrits.
L’efficacité d’une intervention conservatrice est d’autant plus prolongée
qu’elle a été réalisée chez un patient jeune.
Réalisée tardivement (vers la
cinquantaine), elle peut être très peu durable et son indication est alors
discutable.
Les indications des différentes interventions se recoupent dans certains cas,
on peut toutefois schématiser les indications opératoires de la façon suivante :
– dysplasie cotyloïdienne isolée avec défaut de couverture antérieur et
externe (HTE > 25-30°, VCA < 10°), hanche centrée et congruence
conservée : butée ostéoplastique ;
– même anomalie avec coxa valga associée : ostéotomie de varisation +
butée ostéoplastique, réalisable en cas de subluxation modérée externe se
recentrant sur les clichés en abduction ; dans tous les cas la congruence de
l’articulation sur les clichés de recentrage en abduction doit être bonne ; en
cas de subluxation antérieure associée se recentrant en flexion, possibilité de
flexion dans l’ostéotomie fémorale ou réalisation d’une ostéotomie
péricotyloïdienne ;
– dysplasie cotyloïdienne importante avec cotyle très fuyant, découvert plus
en dehors qu’en avant, subluxation externe se recentrant imparfaitement en
abduction, incongruence créée par la varisation : l’ostéotomie de Chiari peut
dans certains cas être proposée, en particulier lorsque la tête est aplatie et
latéralisée ; de plus celle-ci tolère mieux, pour certains auteurs, une arthrose
déjà constituée mais encore modérée ; elle peut être associée à une ostéotomie
de varisation en cas de coxa valga majeure ;
– lorsqu’il s’agit d’une malformation acquise, liée à une coxa vara ou à des
séquelles d’épiphysiolyse, une ostéotomie de valgisation peut permettre la
mise en charge d’un secteur plus important de la tête fémorale ou d’un
ostéophyte interne, apprécié sur des clichés de la hanche en adduction ;
– dans le cas particulier des séquelles d’ostéochondrite, le type de la
déformation est utile à connaître, correspondant à des évolutions
spontanées sensiblement différentes :
– le type I (aplatissement modéré du pôle supérieur de la tête,
élargissement frontal et sagittal minime, col de longueur normale en valga,
cotyle très dysplasique vertical) évolue vers une arthrose précoce et une subluxation secondaire rapide, correspondant à des pressions unitaires très
élevées ;
– le type II (col court, varisé, tête élargie dans le plan sagittal, cotyle
beaucoup plus couvrant), bien que correspondant à des déformations
nettement plus importantes, connaît une évolution beaucoup plus favorable
à long terme, surtout gênante par la raideur ;
– le type III (tête fémorale élargie dans tous les plans, développement
céphalique interne en « bec » sur l’incidence de face, col court en valgus,
cotyle peu couvrant) reste plus imprévisible quant à son évolution
arthrosique, aboutissant cependant dans la moitié des cas à une arthrose très
précoce (30 ans) mais pouvant être tolérée jusqu’à la cinquantaine.
Le traitement chirurgical dépend donc ici du type des séquelles constatées.
Dans les séquelles de type I, l’ostéotomie fémorale, avec ou sans butée
associée, réalisée suffisamment tôt avant l’apparition de l’arthrose, donne
jusqu’à 60 % de bons résultats, pendant environ 20 ans.
Lorsque le col est
court avec un développement antéropostérieur important et un cotyle
dysplasique (type II), il ne semble pas y avoir de bonne intervention
conservatrice à proposer.
La meilleure solution semble être l’abstention en
attendant le remplacement prothétique.
En cas de séquelles de type III,
l’intervention de Chiari semble être la meilleure solution pour obtenir un
résultat fonctionnel durable.
Enfin, lorsqu’il existe une arthrose constituée (stade 2 avec incongruence et
stade 3), la plupart des interventions conservatrices actuelles sont vouées à un
échec probable.
La prudence est alors la règle, et le plus souvent la sagesse est
d’éviter au patient un geste chirurgical au résultat aléatoire, qui, comme toute
chirurgie, n’est pas sans risque, et dont le coût socioprofessionnel est lourd.
Le traitement médical et la rééducation permettront de maintenir le statu quo
fonctionnel le plus longtemps possible avant de réaliser une arthroplastie
totale.
En conclusion, il ne faut jamais perdre de vue que les interventions
conservatrices sont des interventions lourdes, entraînant souvent
de longs mois d’exclusion professionnelle.
Cette notion impose de
les proposer à des patients ayant parfaitement compris les
impératifs d’une telle chirurgie, et dans des cas où les espoirs d’un
résultat satisfaisant et durable sont importants.
En pratique, et
compte tenu de la longévité actuelle des arthroplasties, ce seront
le plus souvent des patients jeunes, ayant moins de 35 ans, sans
arthrose évoluée, et dont l’anomalie architecturale est accessible à
un geste de correction restaurant une pression unitaire basse sans
zone d’incongruence.