Syndromes musculaires paravertébraux
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les muscles paravertébraux dans leur ensemble représentent une
partie importante de la musculature humaine.
Bien qu’ils soient
envisagés ici globalement, leur composition est très variée, faite de
muscles longs, courts ou plats, leur innervation est multisegmentaire, leurs actions sont complexes, leur expression
pathologique est très diverse et encore mal comprise.
Leur exploration est malaisée et souvent négligée.
L’examen clinique
nécessite quelques manoeuvres précises.
L’examen électromyographique peut être riche d’enseignement.
La biopsie
musculaire est difficile dans sa réalisation et mal connue dans ses
résultats.
Le scanner X renseigne sur le contenu des aponévroses paravertébrales.
La résonance magnétique nucléaire donne, sur des
coupes sagittales, un aspect morphologique global.
Nombre de maladies neuromusculaires portent sur la musculature paravertébrale.
Seuls sont conservés ici les cas d’atteinte isolée ou
prévalente de cette musculature.
Morphologie et fonction
de la musculature paravertébrale :
Les principaux muscles occupent les gouttières vertébrales selon une
direction verticale et se disposent en deux couches : profonde et
superficielle.
On doit tenir compte de l’action de certains muscles
extrinsèques sur la statique vertébrale.
A - MUSCLES PROFONDS :
Ils sont essentiellement le siège de la pathologie paravertébrale.
Leur
disposition complexe, la division et le mélange des fibres rendent
artificielle une individualisation de ces muscles, contrairement aux muscles des membres.
Cependant ces muscles puissants, insérés à
la face postérieure du rachis, ont une action de redressement de la
colonne vertébrale tout en fixant les segments de celle-ci et aussi la
tête.
Leur position latérale leur fait jouer un rôle dans l’inclinaison,
la rotation ou les mouvements complexes.
1- Muscles sous-occipitaux :
Les muscles sous-occipitaux ont une organisation complexe qui se
ramène schématiquement à trois couches.
La couche profonde comporte :
– les deux érecteurs de la tête : rectus posterior major et minor
innervés par le nerf sous-occipital (CI) ;
– les deux obliques de la tête : obliquus capitis superior et inferior,
également innervés par le nerf sous-occipital.
Ces muscles sont tous extenseurs de la tête, à l’exception de l’oblique
inférieur qui a une fonction de rotation.
Le rectus major a également
une fonction de rotation de la tête, l’oblique supérieur une fonction
de flexion latérale.
La couche moyenne comporte :
– le complexus minor innervé par C2-C5 ;
– le transversaris ;
– le complexus major.
La couche superficielle comporte le splenius capitis, innervé par le
nerf occipital d’Arnold né de C2, et le splenius cervicis.
2- Extenseurs du rachis
:
Les muscles extenseurs du rachis (erector spinae) s’étendent dans
les gouttières paravertébrales formées par les lames, les apophyses
épineuses et les apophyses transverses.
Ces muscles puissants sont
divisés en trois colonnes longitudinales, divergeant à partir d’une
masse commune à la fois charnue et tendineuse (l’aponévrose
spinale), née du sacrum et de la région lombothoracique, ainsi que
des crêtes iliosacrées.
La colonne latérale est la portion iliocostale
(iliocostalis).
La colonne moyenne est le long dorsal (longissimus)
allant des apophyses transverses aux tubercules costaux.
La portion
médiane, faite des muscles épiépineux (spinalis), court le long des
apophyses épineuses.
Les trois colonnes ont des divisions cervicales
et thoraciques.
Le muscle iliocostal (ou sacrolombaire) naît également sur la crête
iliaque et se dirige en haut.
Il va s’insérer sur les apophyses
transverses des cinq dernières vertèbres cervicales, ainsi que sur les
six dernières côtes.
Surtout, pendant son trajet ascendant, il est
renforcé par 12 faisceaux provenant de chacune des 12 côtes, insérés
sur le bord supérieur de chaque côte et se perdant verticalement et
obliquement dans le corps charnu du muscle.
Le muscle long dorsal forme la portion interne de la masse
commune.
Il naît de l’aponévrose spinale et de la crête sacrée.
Après
un trajet vertical, il se dirige à la hauteur de la XIIe côte en deux
groupes de faisceaux : des faisceaux externes (ou costaux) qui
s’insèrent d’une part sur les apophyses transverses des vertèbres
lombaires, d’autre part sur le bord inférieur des dix dernières côtes,
entre l’angle et la tubérosité ; des faisceaux internes ou transversaires
insérés sur les tubercules accessoires des vertèbres lombaires et sur
les apophyses transverses dorsales.
Le muscle épiépineux du dos (ou long épineux du dos de Winslow)
s’insère sur les apophyses épineuses des trois premières vertèbres
lombaires et des 11e et 12e vertèbres dorsales.
Puis il forme un fuseau
musculaire qui va s’attacher au sommet des apophyses épineuses
des huit premières vertèbres dorsales.
Ces muscles sont contenus dans une aponévrose formant avec le
rachis une loge ostéofibreuse visible sur un scanner.
Ils sont innervés
par les branches postérieures des nerfs rachidiens, divisées en deux
branches, externe purement musculaire, interne musculocutanée.
Les muscles spinaux ou muscles des gouttières sont essentiellement
extenseurs de la colonne vertébrale.
Par leur contraction, ils
renversent la colonne en arrière ou bien ils la redressent quand elle
a été fléchie.
Par leur élasticité et par leur tonicité, ils luttent
constamment contre le poids des viscères qui, constamment aussi,
tend à incliner le corps en avant.
Ce sont les muscles de la station et
de la bipédie.
Aussi l’homme est-il celui de tous les mammifères qui
possède ces muscles à un plus haut degré de développement.
Ils
participent donc à la fonction éréismatique de lutte contre la
pesanteur.
Ils jouent un rôle important dans la statique du tronc, à
l’état de repos ou pendant la marche.
L’obliquité du bassin par
rapport à la colonne vertébrale est en relation avec l’équilibration
du tonus musculaire des muscles abdominaux antagonistes et des
muscles spinaux.
Dans l’acte de soulever un poids, les extenseurs du rachis n’ont
d’abord pas d’activité électrique.
Après un tiers environ du
soulèvement, la pression abdominale augmente pour modérer la
force de compression intravertébrale. Une activité électrique apparaît
alors dans les muscles spinaux.
En station debout, le longissimus a
une activité électrique continue, alors que les autres muscles ont une
activité intermittente.
3- Muscle transversaire épineux
:
Le muscle transversaire épineux, profondément situé, se trouve audessous
des extenseurs du rachis.
Ces petits muscles vont d’une
apophyse transverse à l’apophyse épineuse de la vertèbre susjacente.
On les divise en trois groupes qui se limitent
progressivement à moins de vertèbres, donc, de longitudinaux, ils
deviennent presque horizontaux.
Les demi-épineux (semi spinalis) s’étendent de quatre à six
vertèbres, les multifides du rachis (multifidus) de deux à quatre, les
sous-multifides (rotatores) de une à une.
Le semi spinalis est absent
au-dessous de la région thoracique, le multifidus et les rotateurs sont
absents dans la région cervicale.
Ces muscles sont à la fois
extenseurs et rotateurs.
Leur action s’exerce principalement sur les
segments mobiles du rachis, cervical et lombaire plutôt que dorsal.
En fait, il s’agit d’une longue série de faisceaux allant d’une
apophyse transverse à une apophyse épineuse, et intervenant
surtout dans la rotation du rachis.
B - MUSCLES SUPERFICIELS :
Le trapèze est composé, étymologiquement, de deux muscles
symétriques formant un trapèze.
Chacun d’entre eux s’insère sur les apophyses épineuses cervicodorsales, partant de la protubérance occipitale externe jusqu’à
la 12e dorsale.
Les fibres convergent pour se terminer en formant un
U sur le tiers externe de la clavicule, l’acromion et l’épine de
l’omoplate.
Le trapèze est innervé surtout par le XI externe et aussi
par les 3e et 4e racines cervicales.
Le grand dorsal (latissimus dorsi) s’insère sur les apophyses
épineuses des six dernières vertèbres dorsales (portion recouverte
par le trapèze), sur les vertèbres lombosacrées, le ligament
supraspinal et la crête postérieure de l’os iliaque.
Les fibres
convergent et, après une rotation, s’insèrent sur le sillon intertubérositaire huméral.
Ses fonctions sont complexes.
Parmi
celles-ci, il est capable de soulever le tronc en prenant appui sur la
gouttière humérale.
Les grands dentelés supérieur et inférieur (serratus superior et
inferior) ont pour fonction d’élargir la cage thoracique.
Exploration clinique
:
L’exploration clinique des muscles spinaux devrait être précise, mais
elle est encore mal codifiée.
Les extenseurs du rachis peuvent être
considérés comme les muscles les plus importants du tronc.
Le fait
que les muscles de l’abdomen soient souvent étudiés en détail et
que les extenseurs du rachis retiennent relativement peu l’attention
tient à plusieurs facteurs.
Les déficits des muscles du segment
lombaire sont rares en dehors des cas de paralysie, et la fréquence
de ces déficits non paralytiques (chez des sujets dits « normaux »)
est probablement inférieure à 1 %, alors que l’atteinte des
abdominaux est fréquente.
De plus, ces derniers peuvent être
examinés séparément et segmentairement, alors que les extenseurs
du rachis ne peuvent l’être qu’assez globalement.
En outre les grand
dorsaux, les carrés des lombes et divers muscles extrinsèques
participent également à l’extension du tronc.
Le mode d’examen est le suivant : le sujet, en décubitus ventral, doit
faire un mouvement d’extension du tronc.
La cotation est, de façon
approximative : 100 % chez un témoin normal (extension complète
du tronc, mains croisées derrière la nuque et maintien de l’extension
contre une forte opposition) ; 80 % extension complète du tronc,
mains croisées derrière le dos ; 50 % à 60 % mains derrière le dos,
léger décollement de l’apophyse xiphoïde du plan de la table
d’examen.
Il est à noter qu’un déficit important s’étend
habituellement à l’ensemble du rachis.
Mais si les extenseurs de la
nuque sont capables de soulever la tête, cette action peut retentir
sur les spinaux sous-jacents qui sont ainsi passivement mis en
tension.
L’inspection et la palpation des différents muscles, sur toute
l’étendue du rachis, sont alors essentielles pour la cotation.
Lorsque
le segment lombaire est normal et le segment dorsal déficitaire, toute
tentative de décollement du thorax va entraîner l’extension du
segment lombaire avec bascule du bassin en antéversion, mais le
thorax reste au contact de la table.
Le déficit est habituellement
bilatéral et entraîne une cyphose lombaire et dorsale.
S’il est
unilatéral, il provoque une courbure latérale convexe du côté
déficitaire.
En décubitus ventral, les extenseurs de la hanche doivent
fixer le bassin sur les cuisses pour que les extenseurs du rachis
puissent soulever le tronc.
Alors que de puissants extenseurs du
rachis et de puissants extenseurs de hanche auraient permis de
soulever le tronc, d’étendre la hanche et de maintenir à la fois le
rachis lombaire et la hanche en extension, ces puissants extenseurs
atrophiques ou paralysés ne peuvent soulever le tronc.
Les
extenseurs de hanche ne rencontrent aucune opposition car le bassin
bascule en rétroversion et le rachis lombaire se met en cyphose.
Lors
d’une tentative d’élévation d’un membre inférieur, la contraction des
extenseurs de hanche n’a aucun effet car les spinaux sont incapables
de stabiliser le bassin qui bascule en rétroversion sous l’action des
extenseurs de hanche et du poids du membre inférieur au lieu de se
mettre en antéversion, ce qui serait le cas si les extenseurs du rachis
étaient normaux.
Ces méthodes d’examen ont le mérite de la simplicité.
Il
conviendrait toutefois de les reconsidérer et d’arriver à une analyse
précise, visant à séparer l’action des divers groupes de muscles
notamment iliocostal, long dorsal, transversaire épineux.
Envisagés
isolément, les muscles spinaux ont les actions suivantes.
Le sacrolombaire ou iliocostal est extenseur de la colonne et l’incline de
son côté.
Il en est de même pour le long dorsal par ses faisceaux
externes.
L’épiépineux est un extenseur direct de la colonne
vertébrale.
Le transversaire épineux est le rotateur le plus puissant ;
il porte la face antérieure du corps vertébral du côté opposé à la
rotation.
Il va de soi que l’action isolée de ces muscles doit s’intégrer dans
l’ensemble de celle des muscles moteurs du rachis.
Beaucoup de
muscles, indépendants des muscles des gouttières, interviennent
dans ces mouvements.
En effet les muscles moteurs de la colonne
vertébrale se distinguent, suivant les déplacements qu’ils produisent,
en fléchisseurs, extenseurs, fléchisseurs latéraux, rotateurs du même
côté, rotateurs du côté opposé.
Pour les muscles extenseurs, ce sont
le long dorsal, le sacrolombaire, le transversaire épineux,
l’interépineux et le sus-épineux du cou, les surcostaux, l’angulaire,
le splénius.
Des muscles extrinsèques ont également une action
accessoire sur la colonne vertébrale : le sterno-cléido-mastoïdien, les infrahyoïdiens, les muscles vertébraux antérieurs ou latéraux.
Enfin,
le carré des lombes et le psoas participent aux mouvements.
Contractures
:
Les muscles paravertébraux sont le siège de contractures de nature
variée entrant dans les divers groupes de contractures.
A - CONTRACTURES ANTALGIQUES :
La contracture des muscles paravertébraux, en particulier lombaires,
est un exemple de contracture antalgique.
Modèle de contracture compensatrice, elle répond à trois
caractéristiques.
D’abord, elle est secondaire et consécutive à la
douleur.
Les muscles se contractent pour créer une attitude posturale
réduisant cette douleur.
Les muscles contracturés sont visibles et
forment une masse palpable.
Ensuite, le point de départ est local, le
plus souvent une lésion articulaire.
Enfin, la contracture est
transitoire et s’atténue ou disparaît temporairement lorsque
l’articulation lésée est relâchée ou réduite. Inversement, la
contracture est provoquée ou exacerbée par toute action mécanique
exercée sur l’articulation.
Ainsi, une activité électrique survient dans
les muscles paravertébraux contracturés en position assise, mais
disparaît avec l’hyperextension du rachis.
Les atteintes lombaires
discales sont la cause la plus fréquente de contracture antalgique.
Les articulations vertébrales atteintes sont immobilisées par la
contracture qui est susceptible de s’atténuer dans certaines positions.
Parfois cependant, cette contracture devient chronique, créant une hyperlordose.
Le signe de Lasègue est attribué à une douleur dont
le départ est une tension d’une racine nerveuse provoquant une
contracture transitoire et localisée des muscles paravertébraux et des
muscles postérieurs de la cuisse.
La contracture antalgique a la signification d’un réflexe nociceptif et
correspond à une variété de réflexe en flexion.
Le point de départ
du réflexe se situe dans l’articulation lésée avec une douleur associée
née dans les récepteurs tendineux et les insertions aponévrotiques.
Le réflexe passe par voie polysynaptique.
Les fibres afférentes font
synapses avec le motoneurone alpha dans la moelle épinière.
Ce
type de contracture est étroitement dépendant de l’articulation
affectée.
Au cours de contracture paravertébrale, les influx afférents
et efférents du circuit polysynaptique passent par le même nerf
mixte.
B - CONTRACTURES ALGIQUES :
Le syndrome des loges paravertébrales survient de façon aiguë
ou chronique.
Comme dans les syndromes de loge, le
mécanisme est lié à un effort intense et inhabituel avec une période
de relâchement insuffisante des muscles à l’intérieur d’une
aponévrose inextensible.
Le dépassement d’un seuil critique de
pression apprécié globalement à 30 mmHg crée des troubles
microcirculatoires ischémiques.
Dans la forme aiguë, après un exercice intense et de durée
inhabituelle, des lombalgies sévères, exacerbées par le moindre
effort, surviennent. Une tuméfaction musculaire est palpable.
Le
tableau s’accompagne de fièvre, de leucocytose neutrophile et
d’élévation du taux de créatine kinase sérique en cas de rhabdomyolyse.
La douleur, et par la suite la tuméfaction,
disparaissent en quelques semaines après repos et antalgiques.
La forme chronique se traduit par des douleurs lombaires d’exercice
survenant lors d’efforts soutenus, plutôt que dans les activités de la
vie quotidienne.
Le repos les calme.
Les pressions intramusculaires
s’élèvent particulièrement à l’exercice.
L’évolution est celle d’une
claudication intermittente d’effort survenant après une certaine
distance et avec une certaine intensité.
Elle se fait soit vers
l’aggravation, soit vers l’adaptation.
C - CONTRACTURES ANALGIQUES :
Elles sont surtout représentées ici par le syndrome de la colonne
vertébrale rigide ou rigid spine syndrome de Dubowitz qui tantôt
est isolé, tantôt s’intègre dans le cadre d’une maladie musculaire
dont la plus caractéristique est la myopathie d’Emery-Dreifuss.
Il
s’agit d’une contracture segmentaire dont la physiopathologie est
mal établie, liée soit au raccourcissement des sarcomères, soit à des
modifications des composants élastiques du muscle comme les
tendons ou le tissu connectif.
Une fibrose progressive des muscles
extenseurs de la nuque les fixe dans une attitude vicieuse.
La sémiologie est liée à une rigidité sans déficit des muscles
extenseurs du rachis, surtout cervical, accompagnée de limitation
du jeu de certaines articulations et de faiblesse musculaire modérée
plus ou moins diffuse.
Les patients sont souvent de sexe masculin.
L’âge de début est
malaisé à fixer, en général entre 3 et 8 ans, rarement plus tard.
La
rigidité des muscles extenseurs de la nuque est l’élément
prédominant.
Elle se traduit au maximum sur la portion cervicale.
La flexion du rachis sur le sternum est considérablement limitée.
La
raison en est une rétraction des muscles extenseurs de la nuque dont
la force est cependant normale.
La rotation du rachis cervical est
également d’amplitude diminuée.
Le dos est souvent plat et une
scoliose modérée est présente dans la plupart des cas.
En revanche,
l’extension du rachis cervical est tout à fait normale.
Les rétractions s’étendent souvent à d’autres articulations.
Elles sont
à l’origine d’une limitation de l’extension articulaire atteignant
surtout le coude, les genoux, les hanches, les chevilles, entraînant
parfois une attitude du pied en varus équin, plus rarement les
poignets.
L’importance de la limitation de l’extension des coudes
est telle que beaucoup de patients se présentent avec les avant-bras demi-fléchis.
L’amyotrophie est habituellement importante, encore
que relativement mal systématisée.
Elle porte fréquemment sur les
muscles sterno-cléido-mastoïdiens, les biceps et triceps brachiaux.
Elle affecte parfois une prédominance proximale, mais aussi bien
distale.
Le déficit moteur est dans l’ensemble modéré.
La marche est
possible dans tous les cas et le handicap fonctionnel est léger, bien
que certains malades soient souvent considérés comme des
myopathes.
L’évolution, mal connue, paraît dans l’ensemble lente et bénigne,
sauf en cas d’atteinte cardiaque sévère.
En effet, des manifestations
cardiovasculaires sont parfois signalées : tachycardies, extrasystoles,
prolapsus de la valve mitrale, anomalies électrocardiographiques.
Elles sont parfois suivies de décès.
Les résultats des examens complémentaires sont souvent
discordants, en particulier l’électromyogramme (EMG) et la biopsie
musculaire qui ne permettent pas de conclure à une atteinte
franchement myogène ou franchement neurogène.
La vitesse de
sédimentation est normale et il n’existe aucun signe d’inflammation.
Les enzymes sériques, notamment la créatine kinase, sont souvent élevées.
Les radiographies en flexion et en extension du rachis
cervical montrent l’impossibilité de flexion du cou et l’extension
normale.
Les radiographies du rachis dorsal montrent souvent une
scoliose modérée.
Enfin les radiographies des articulations sont
normales et n’expliquent pas la limitation du jeu articulaire.
L’EMG est souvent de type myogène, avec parfois des aspects
pseudoneurogènes.
La biopsie musculaire comporte fréquemment une fibrose péri- et endomysiale.
Celle-ci n’est cependant pas constante et ce fait
pourrait, dans une certaine mesure, s’expliquer par le siège de la
biopsie.
En effet, la fibrose apparaît plus modérée lorsque la biopsie
porte sur un muscle peu atteint (par exemple le deltoïde).
Les
modifications de calibre des fibres sont variées : hypotrophie des
fibres de type I, prédominance des fibres de type II, atrophie
modérée des fibres de types I et II.
Le syndrome de la colonne vertébrale rigide paraît donc
correspondre à un syndrome assez bien délimité cliniquement.
Toutefois, le diagnostic différentiel est parfois malaisé avec d’autres
syndromes comportant une fibrose.
Le diagnostic avec une pelvispondylite rhumatismale est toujours signalé, mais reste
théorique.
Ni l’anamnèse, ni la radiologie, ni la biologie ne
permettent de confondre les deux affections.
Les dystrophies
musculaires congénitales comportent rarement un rigid spine
syndrome, bien que les rétractions articulaires soient fréquentes.
Les
syndromes de rétractions précoces liées à l’X, avec troubles
secondaires de la conduction cardiaque ou maladie d’Emery-Dreifuss, se distinguent en raison de ce dernier élément. Mais le
rigid spine syndrome y est fréquent.
L’anomalie génique se situe en
Xq28. Le produit du gène est l’émérine.
Les myoscléroses primitives, rares et mal individualisées,
comportent une prolifération du tissu fibroadipeux.
La sclérose est
extensive et la souffrance musculaire diffuse.
La maladie d’Ullrich
associe des rétractions, diverses malformations et une hypotonie très
particulière des extrémités, à un syndrome de la colonne vertébrale
rigide.
Faiblesse et atrophie
:
La faiblesse et l’atrophie des muscles paravertébraux se traduisent
par deux syndromes : le syndrome de la « tête tombante » (dropped
head syndrome), le syndrome camptocormique ou de cyphose
réductible (bent spine syndrome).
En dépit de ces différences
topographiques et aussi étiologiques certains les réunissent
dans un syndrome myopathique diffus des muscles axiaux, malgré
une prédominance soit thoracique, soit cervicale.
A
- SYNDROME DE LA « TÊTE TOMBANTE »
:
Communément nommé dropped head syndrome ou plus rarement
floppy head syndrome, il survient dans les deux sexes, plutôt dans
la seconde partie de la vie.
Il est marqué par une faiblesse des
muscles extenseurs de la nuque, ne pouvant lutter contre la gravité,
d’où la chute de la tête en avant, nécessitant le support des mains
pour la redresser ou encore l’utilisation d’une minerve.
L’extension
passive est tout à fait normale.
L’EMG montre des altérations
variables selon la cause et est plutôt de type neurogène lorsque
aucune cause n’est retrouvée.
Les formes secondaires sont, dans l’ensemble, plutôt consécutives à
des affections du système nerveux.
– Troubles du mouvement : syndrome parkinsonien, antécolis
spasmodique (forme antérieure rare de torticolis spasmodique),
formes localisées de dystonies ou de spasme de torsion.
– Maladies neuromusculaires : surtout myasthénie, formes proximales
de sclérose latérale amyotrophique ou d’atrophie spinale
progressive, polyradiculonévrites chroniques, formes
topographiques de dystrophie des ceintures ou de myopathie facio-scapulo-humérale.
– Atteintes musculaires métaboliques : maladie de Pompe,
hyperparathyroïdie en relation avec un adénome, déficit en carnitine, déficit en maltase acide-atteintes musculaires
inflammatoires dermatomyosites (le traditionnel signe de
« l’oreiller » objectivant l’atteinte des muscles extenseurs de la
nuque), polymyosites et, plus récemment, myosites à inclusions
avec, dans ce cas, des activités mixtes, neurogènes et myogènes, sur
l’EMG, deux tuméfactions palpables dans les erector spinae dont la
biopsie montre des vacuoles bordées et des filaments de 16
nanomètres de diamètre.
Un cas de myosite inflammatoire focale
avec infiltrats inflammatoires massifs faits de lymphocytes B et T,
macrophages et plasmocytes a guéri avec un traitement
immunosuppresseur.
Les formes primitives qualifiées d’isolated neck myopathy sont
caractérisées par un âge tardif de survenue, une installation plutôt
rapide des troubles, de quelques semaines à 1 mois, un EMG
myogène, une biopsie musculaire de type myopathique avec
variation de taille des fibres, centralisations nucléaires, augmentation
du tissu connectif.
L’imagerie de résonance magnétique nucléaire
montre l’atrophie et parfois un aspect oedémateux des muscles.
Il
est à noter qu’une participation des muscles de la ceinture scapulaire
est fréquente.
Enfin, des biopsies musculaires paravertébrales systématiques chez
des sujets opérés d’affection rhumatismale du rachis cervical
montrent une atrophie des fibres de type II, des fibres rouges
déchiquetées (ragged red fibres) dans 60 % des cas, des fibres
targétoïdes et des fibres nécrotiques sans inflammation dans 40 %
des cas, ces modifications augmentant avec l’âge.
Les modifications,
présentées aussi bien chez les sujets opérés que chez les témoins,
évoqueraient une myopathie liée à l’âge.
B - SYNDROME CAMPTOCORMIQUE :
Il est marqué par une flexion du tronc en avant, en position debout.
Cette attitude disparaît en décubitus, ce qui le sépare d’une cyphose
qui est irréductible.
La dénomination du syndrome n’est pas uniforme.
Il a été
primitivement appelé « camptocormie », à l’occasion des névroses
de guerre. Cependant si camptos signifie « courbé » en grec ancien,
kormos est la traduction de « tronc », non pas humain, mais de
« tronc d’arbre ».
On pourrait le remplacer par « cyphose
réductible » mais la connotation banale du mot « cyphose » le fait
rejeter au profit d’une étymologie latine, de « proclinorachie ».
Une
dénomination plus elliptique a été avancée en langue anglaise, celle
de bent spine syndrome. Dans un autre sens, une appellation à
implication étiologique, « myopathie paravertébrale », a été
proposée.
Quel que soit le terme retenu, ce syndrome de faiblesse
et d’amyotrophie de la musculature paravertébrale est mal connu.
Il
représente cependant un modèle privilégié pour l’étude de cette
portion importante, quantitativement et physiologiquement, de la
musculature.
Le tableau clinique se constitue progressivement plutôt après 50 ans,
sans étiologie évidente.
Le caractère essentiel est la réductibilité de
l’attitude anormale en position couchée.
Le diagnostic de forme
essentielle nécessite la stricte élimination de toute autre anomalie
clinique, radiologique ou biologique.
Les formes secondaires sont de causes variées :
– attitude penchée en avant de la maladie de Parkinson ;
– sclérose latérale amyotrophique, syndrome de Stark-Kaeser ;
– maladie de Mac Ardle, déficit en maltase acide ;
– camptocormie hystérique la première décrite, lors des névroses
de guerre.
Les formes essentielles sont les plus fréquentes.
Elles concernent des
adultes ayant parfois des antécédents lombalgiques.
Le début est
progressif, sur des mois ou des années. Au début, l’attitude penchée
en avant peut se corriger avec effort, mais devient bientôt
irréductible en position debout.
Un effet d’obliquité du bassin par rapport à la colonne vertébrale
est en relation avec l’équilibration du tonus musculaire des muscles
abdominaux antagonistes et des muscles spinaux.
Ceci explique la
sémiologie « camptocormique », donc liée au déficit plus ou moins
global de cette musculature.
En position debout, le poids des
organes du corps contribue à la flexion antérieure du rachis qui n’est
plus maintenu vertical.
Mais l’hypotonie de ces muscles explique la
parfaite réductibilité, soit par manoeuvre d’extension passive, soit
en décubitus.
L’aspect des masses paravertébrales est évocateur.
Elles sont aplaties
et déprimées. Un pli vertical intrascapulaire est habituel.
Ce signe
du pli apparaît surtout lorsque le tronc est mis en position verticale.
Il s’atténue lorsque le sujet reprend sa position fléchie.
La palpation
montre une hypotonie des masses paravertébrales.
L’examen électrophysiologique nécessite une étude soigneuse, avec
utilisation systématique de méthodes quantitatives d’analyse des
potentiels d’unité motrice (notamment turns/amplitude).
Par
opposition aux muscles des extrémités ou aux muscles abdominaux,
les muscles paravertébraux sont innervés par les rameaux
postérieurs des nerfs rachidiens à des niveaux segmentaires
respectifs.
L’EMG est en mesure d’identifier une éventuelle atteinte
de la racine proximale à la bifurcation en rameaux antérieurs et
postérieurs.
Une atteinte très distale respecte les rameaux
postérieurs. Les atteintes musculaires inflammatoires s’expriment
préférentiellement dans la région paraspinale, ce qui doit être mis
en corrélation avec les cas, non rares, de camptocormie comportant
des images inflammatoires sur la biopsie musculaire.
Deux
remarques concernent l’étude électrophysiologique : une complète
relaxation est parfois malaisée à obtenir et nécessite de petits moyens
car les potentiels d’unité motrice, souvent de faible amplitude et de
courte durée, ne doivent pas être confondus avec des fibrillations
électriques.
D’autre part, l’analyse doit porter sur au moins deux
portions : le transversaire épineux et le long dorsal.
Pour le transversaire épineux, l’aiguille doit être insérée profondément. Pour
le long dorsal, la situation est plus superficielle et l’innervation
moins monoradiculaire, et s’étend souvent sur plusieurs segments.
Malgré ces précautions, les résultats sont divergents : tracés
normaux dans un tiers des cas, myogènes dans un tiers des cas, neurogènes dans un tiers des cas.
Il est regrettable que des
corrélations histologiques ne puissent être établies avec certitude.
L’étude des enzymes musculaires sériques, comme la créatine
kinase, n’apporte pas de données utiles.
Le scanner musculaire est l’examen qui, par rapport à un sujet
témoin, affirme le diagnostic.
Le contour aponévrotique est
respecté.
Mais son intérieur est hypodense, apparaissant vide ou
tout au moins comportant de larges zones d’hypodensité plus ou
moins symétriques.
Il est important d’entreprendre
systématiquement un scanner des membres inférieurs (cuisses,
mollets) afin d’éliminer une myopathie des ceintures devant
l’association d’images myogènes : muscles des cuisses hypodenses
dans l’ensemble contrastant avec une densité normale ou augmentée
du droit interne et du couturier.
L’imagerie de résonance magnétique (IRM) est d’un grand intérêt.
Elle doit être pratiquée par rapport à un témoin.
Elle montre la
raréfaction des fibres, permet l’analyse de la direction des fibres
restantes dans une étude « verticale ».
La biopsie des muscles paravertébraux devrait être en principe
l’examen de choix.
L’expérience montre sa difficulté technique.
Il est
souvent difficile de retirer un fragment musculaire autorisant une
étude histoenzymologique et ultrastructurale.
Il n’est pas rare que,
même en des mains exercées, la biopsie ne retire que du tissu
graisseux.
De plus, des anomalies mineures (altérations
mitochondriales, foyers inflammatoires) sont fréquentes, bien que
sans grande signification.
La fréquence d’anomalies morphologiques des muscles lombaires a
été signalée lors de l’étude histologique systématique des muscles paravertébraux lombosacrés chez 90 patients lombalgiques.
Des
anomalies dégénératives sont présentes dans 84 % des cas avec
atrophie des fibres de type II, adipose, fibrose non spécifique, sans
corrélation avec l’âge.
De telles lésions dégénératives sont quasi
constantes chez les opérés, en particulier de hernie discale,
soulevant la notion d’une insuffisance musculaire primitive dans la
genèse de la hernie discale et de l’instabilité vertébrale, et d’une
myopathie axiale fruste initiale.
On a proposé, pour ces formes de camptocormie du sujet âgé, les
termes de « myopathie paravertébrale de révélation tardive » car
de nombreux arguments orientent vers une dystrophie d’apparition
tardive : la progressivité, la notion rare de cas familiaux, l’aspect
du scanner.
Cependant, avant de classer dans un tel cadre de telles camptocormies, des précisions histologiques paraissent à
développer, de même qu’une étude de biologie moléculaire à la
recherche d’une anomalie génétique dans les formes familiales.
Aussi paraît-il préférable à certains de parler de syndrome de
faiblesse et d’atrophie des muscles paravertébraux (bent spine
syndrome).