Ostéoporoses (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
2- Indications :
* Prévention avant la ménopause
:
La prévention de l’ostéoporose s’exerce d’abord au cours de l’enfance et de l’adolescence, avec pour objectif d’optimiser l’acquisition du capital osseux.
Si les facteurs génétiques interviennent pour une large part dans la détermination du pic de masse osseuse, des apports calciques alimentaires suffisants et une activité physique régulière en charge sont utiles.
L’amélioration de la ration calcique passe par l’hygiène alimentaire et
non par une supplémentation pharmacologique.
L’activité physique doit être
raisonnable, notamment chez la jeune fille, pour éviter la survenue d’une
aménorrhée primaire ou secondaire, conséquence d’une activité trop intense
associée à des déficits nutritionnels qualitatifs (déficit protéique) et
quantitatifs (déficit calorique).
Chez l’adulte, outre la poursuite d’une activité physique, il faut surtout veiller
à limiter la consommation d’alcool et de tabac, et prendre en charge les endocrinopathies responsables d’une ostéoporose secondaire et en particulier
l’hypercorticisme.
* Prévention à la ménopause :
Des mesures générales méritent d’être proposées à l’ensemble de la
population concernée : lutte contre la sédentarité, le tabagisme et
l’alcoolisme, renforcement des apports alimentaires calciques, exercice
physique régulier et surtout hormonothérapie substitutive de la ménopause
pour une durée minimale de 5 à 10 ans.
Lorsqu’il existe une contre-indication ou un refus du traitement hormonal, il
est indispensable de prévoir une surveillance densitométrique tous les 3 ans
pour redéfinir, s’il existe une ostéopénie franche, une nouvelle attitude
thérapeutique.
* Prévention chez le sujet âgé après 75 ans
:
La prévention du risque de chutes est ici capitale : aménagement du domicile
(tapis, sols glissants, baignoires, lumières...), traitement des maladies
neurologiques, correction des déficits sensoriels, éviction progressive des
tranquillisants et des somnifères, adaptation de la posologie des antihypertenseurs, et forte incitation des patients à une activité physique
minimale (marche à pied, gymnastique collective).
Chez tous les patients présentant des facteurs de risque d’ostéoporose ou une
tendance à la chute, une supplémentation calcique et vitaminique D doit être
réalisée.
* Traitement curatif de l’ostéopénie et de l’ostéoporose primitive
:
Les schémas thérapeutiques doivent prendre en compte plusieurs paramètres :
l’âge de la patiente, le contexte pathologique et les maladies associées, la
sévérité de l’ostéopénie ou de l’ostéoporose, l’existence ou non de
fractures, et le degré d’adhésion de la patiente aux différents
traitements (oestrogènes notamment).
+ Ostéopénie (T-score entre -1 et - 2,5) ou ostéoporose sans fracture
(T-score inférieur à - 2,5)
:
Il paraît raisonnable de conseiller, outre les mesures d’hygiène générale
(apports calciques suffisants, équilibre protidique, régime normosodé, activité
régulière de marche à pied, éviction du tabac), une hormonothérapie
substitutive, en l’absence de contre-indication, pour une durée minimale de
5 ans, associée à une supplémentation en calcium (environ 1 g/j) et en
vitamine D (800 UI/j de vitamine D2).
Si l’hormonothérapie est contre-indiquée ou refusée par la patiente, il n’existe
aujourd’hui aucune indication officielle aux « alternatives » que représentent
les bisphosphonates, les calcitonines, les antioestrogènes ou le fluor.
Les
résultats des essais multicentriques contrôlés devraient clarifier, dans un
proche avenir, les modalités de prescription de ces agents, non seulement en
termes de prévention de la perte osseuse, mais surtout en termes de prévention
des fractures ostéoporotiques.
+ Ostéoporose fracturaire :
L’existence d’une seule fracture par fragilité, quelle qu’en soit la localisation
(avant-bras, côtes, vertèbres, col huméral, ESF, sacrum, bassin...) conduit à
considérer l’ostéoporose comme fracturaire ou « sévère ».
Plusieurs mesures
spécifiques sont à mettre en oeuvre.
– Le traitement de la fracture en fonction de sa localisation.
Pour le
tassement vertébral, réduire la douleur facilite la reprise des activités et limite
la résorption osseuse liée à l’immobilisation.
La prescription d’antalgiques
ainsi qu’un repos au lit pendant 8 à 15 jours, sont suivis d’une reverticalisation
progressive.
On peut y adjoindre un traitement par de la calcitonine (50 à
100 UI/j de calcitonine salmine ou 0,50 mg/j de calcitonine humaine, pendant
2 semaines).
La reprise de la marche est facilitée par la confection d’un corset
en coutil, dont la hauteur doit être adaptée à la localisation des tassements
vertébraux : CMCT12 (tassement entre L2 et L5), CMCT9 (tassement entre
T10 et L2). Entre T4 et T9, en raison des mouvements de la cage thoracique,
le corset rigide est rarement prescrit car trop contraignant.
– On débute aussi un traitement de fond de l’ostéoporose, en expliquant que
cette thérapeutique, sans influence à court terme sur les douleurs, a pour but
de réduire la fragilité osseuse et de diminuer le risque de survenue d’une
nouvelle fracture.
Les oestrogènes, les sels de calcium, les mesures hygiénodiététiques, toujours utiles, sont alors associés au traitement
séquentiel par étidronate (Didronelt) ou au traitement continu par
l’alendronate (Fosamaxt).
Ostéoporoses secondaires :
La recherche d’une ostéoporose secondaire est une étape clé du diagnostic de
l’ostéoporose, d’autant plus indispensable que le patient est un homme ou une
femme non ménopausée.
A - Ostéoporose cortisonique
:
C’est la plus fréquente et la plus sévère des ostéoporoses secondaires, le plus
souvent dans le contexte d’une corticothérapie prolongée pour une maladie
asthmatique, un rhumatisme inflammatoire chronique ou une
transplantation d’organe.
1- Physiopathologie :
Les points d’impact des glucocorticoïdes (GC) sur le tissu osseux et le
métabolisme phophocalcique sont multiples. Ils négativent la balance
calcique en réduisant l’absorption digestive du calcium et en inhibant la
réabsorption tubulaire rénale du calcium.
Ils agissent sur le tissu osseux en
déprimant directement l’activité des ostéoblastes et leurs capacités de
synthèse protéique.
En revanche, la résorption osseuse est légèrement
augmentée pendant les premiers mois du traitement, en raison de
l’hyperparathyroïdie secondaire à la carence calcique.
De plus, les GC
freinent la fonction gonadotrope chez l’homme, et provoquent chez la femme
une aménorrhée ou une ménopause précoce dont les effets délétères sur le
squelette s’additionnent aux effets nocifs directs.
Enfin, la myopathie
cortisonique et la maladie causale se conjuguent souvent pour entraîner une
immobilisation relative qui participe à la perte osseuse.
2- Diagnostic :
La densitométrie permet une évaluation individuelle et précoce de la
raréfaction osseuse induite par la corticothérapie et donne, par là même, des
indications sur le risque fracturaire potentiel.
La perte osseuse, prédominante
dans le secteur spongieux, est rapide la première année de traitement (de
l’ordre de 5 à 10%), puis se poursuit plus lentement les années suivantes
(environ 2 % par an).
Ce retentissement osseux, particulièrement variable
d’un sujet à l’autre, est influencé par le capital osseux préalable, le statut
hormonal (ménopause), la nature de la maladie initiale, les doses quotidiennes
ou cumulées de corticostéroïdes.
Si les fortes doses sont particulièrement
délétères à la phase initiale du traitement, un effet néfaste est également
possible pour des posologies de prednisone inférieures à 7,5 mg/j.
L’évolution de la masse osseuse après arrêt de la corticothérapie est mal
connue.
En revanche, la guérison du syndrome de Cushing semble
s’accompagner d’une amélioration de la densité squelettique.
En l’absence
de traitement, des fractures vertébrales, costales et de l’ESF surviennent chez
30 à 40 % des patients poursuivant une corticothérapie prolongée.
Le risque
de fracture de l’ESF est doublé chez les patients souffrant d’une polyarthrite
rhumatoïde et prenant des GC.
3- Moyens thérapeutiques
:
* Adaptation de la cortisonothérapie
:
La prescription de la dose minimale efficace est une mesure de bon sens, en
utilisant si possible les voies locales : aérosols bronchiques, voie cutanée, et
infiltrations locales intra- et extra-articulaires.
La prescription des GC, 1 jour
sur 2, ne réduit pas le risque d’ostéopénie.
* Amélioration de la balance calcique
:
Elle est obtenue par la supplémentation calcique.
Le recours à des
préparations ne contenant ni sel, ni glucose, prescrites per os à la dose de
1 000 à 1 500 mg/j, vise à compenser partiellement la baisse de l’absorption
intestinale du calcium et à réduire l’hyperparathyroïdie secondaire.
La
prescription de vitamine D, à doses physiologiques (800 UI/j), est également
utile pour favoriser l’absorption intestinale du calcium.
Les dérivés 1-alphahydroxylés
(alpha-calcidiol, calcitriol) améliorent la densité lombaire, mais
l’hypercalciurie fréquente et des épisodes d’hypercalcémie (25 %des cas) en
limitent l’indication.
Le régime sans sel est utile pour limiter la fuite urinaire
du calcium.
La prescription d’hydrochlorothiazide (à la dose de 25 à 50 mg/j)
est plus délicate en raison des risques d’hypokaliémie.
* Correction de la carence en hormones sexuelles
:
Le traitement hormonal substitutif chez la femme ménopausée est d’autant
plus conseillé qu’il semble capable de prévenir la perte osseuse liée à la
corticothérapie.
Une supplémentation en androgènes est possible chez
l’homme en cas d’hypogonadisme avéré, après une exploration
endocrinologique spécialisée.
* Traitements à tropisme osseux :
+ Calcitonine :
Au cours de l’ostéoporose
cortisonique avérée, la calcitonine (utilisée par voie
parentérale à la dose quotidienne de 100 U) permet d’augmenter
la densité osseuse à l’avant-bras et de diminuer l’incidence de
nouvelles fractures.
Son intérêt sous forme de spray
nasal dans la prévention de la perte osseuse a été suggéré, mais
les calcitonines ne disposent pas d’AMM dans cette indication.
+ Bisphosphonates :
Des essais contrôlés montrent que l’étidronate en traitement intermittent
et le pamidronate sont capables d’augmenter la densité osseuse lombaire
chez les patients ostéopéniques et préviennent la perte osseuse s’ils sont
administrés précocement au début de la corticothérapie.
L’étidronate possède
l’AMM dans l’indication de prévention de la perte osseuse induite par une
corticothérapie, si les doses sont supérieures à 7,5 mg/j d’équivalent
prednisone et si la durée de la corticothérapie est supérieure à 3 mois.
+ Sels de fluor :
En stimulant la formation osseuse, ils s’opposent à l’effet dépresseur des
corticoïdes sur ces cellules.
En association avec une supplémentation
calcique, ils augmentent la densité osseuse.
Toutefois, leur capacité à réduire
l’incidence des nouvelles fractures vertébrales n’est pas établie.
* Conduite pratique du traitement
:
Lors de la prescription d’une corticothérapie au long cours, il est utile
d’évaluer les facteurs de risque d’ostéoporose (âge élevé et ménopause
surtout) et de disposer d’une mesure initiale de la densité osseuse lombaire et
fémorale.
Les mesures générales doivent être largement appliquées : maintien d’une
activité physique, arrêt des toxiques (alcool et tabac), prescription de calcium,
de vitamine D et d’un traitement hormonal si ménopause.
Tous les patients
présentant une ostéopénie (T-score inférieur à -1) ou une ostéoporose (Tscore
inférieur à -2,5) peuvent bénéficier en plus d’un traitement séquentiel
par étidronate et calcium.
Chez les patients dont la DM Oinitiale est normale,
une surveillance densitométrique est indispensables tous les 6 mois la
première année, puis tous les ans, pour réévaluer les indications
thérapeutiques.
B - Hypogonadisme masculin
:
L’enquête étiologique réalisée devant une ostéoporose masculine découvre
un hypogonadisme chez environ 15 % des patients.
La fréquence de cette
pathologie est toutefois très variable en fonction des séries publiées (entre
5 et 33 %), en raison de biais de recrutement et de variations dans la définition
même de l’hypogonadisme.
1- Étiologies et conséquences osseuses
:
Le syndrome de Klinefelter, l’hypogonadisme d’origine hypophysaire,
l’hyperprolactinémie, les séquelles d’une orchite (ourlienne),
l’hémochromatose génétique et les traitements par les agonistes de la GNRH
(gonadotrophin releasing hormone) sont les étiologies les plus fréquentes de
l’hypogonadisme masculin.
Les conséquences de l’hypogonadisme sur le
squelette semblent dépendre de la période de la vie où survient cette carence
en hormone mâle.
Avant la puberté, l’hypogonadisme est responsable chez l’animal et chez
l’homme d’un retard d’acquisition du capital osseux, avec un déficit marqué
sur le secteur cortical.
Les études animales suggèrent que le mécanisme
histologique en cause est un défaut de la formation osseuse périostée, avec
diminution de l’épaisseur corticale.
Le simple retard pubertaire semble
également associé à une réduction de la densité osseuse.
Chez l’homme adulte, le déficit en androgènes est responsable d’une perte
osseuse plus marquée dans le secteur spongieux.
L’analyse des travaux
réalisés chez l’homme ou chez le rat castré suggère fortement qu’une
privation brutale en androgènes est immédiatement suivie :
– d’une accélération du remodelage osseux au profit de la résorption et d’une
perte rapide en secteur spongieux (7 %par an), proche de ce que l’on observe
après la ménopause chez la femme ;
– d’une augmentation de la résorption endostéale et de la porosité corticale.
Toutefois, une phase de dépression de la formation osseuse pourrait suivre
cette période initiale.
2- Conduite à tenir :
Il est nécessaire, avant tout traitement hormonal, de rechercher une étiologie
curable et tout particulièrement un adénome à prolactine : un bilan endocrinologique spécialisé est donc indispensable.
La supplémentation
précoce en testostérone permet d’obtenir une croissance et une maturation
osseuse satisfaisantes chez l’adolescent hypogonadique, corrige
l’augmentation du remodelage osseux provoqué par la carence.
Elle majore
la densité osseuse, tout particulièrement durant la première année de
traitement, chez les patients ostéopéniques, peut-être en stimulant dans
certaines circonstances la formation osseuse.
La poursuite au long cours du
traitement par voie intramusculaire, mais également transcutanée, est efficace
pour maintenir la densité osseuse dans les limites de la normale.
En
revanche, sa prescription tardive laisserait persister un déficit du CMO au
niveau du col fémoral.
C - Dysthyroïdies :
1-
Hypothyroïdie
:
Chez l’adulte, l’hypothyroïdie non traitée s’accompagne d’une réduction du
remaniement cellulaire osseux, sans retentissement patent sur la densité
minérale osseuse ou sur le risque fracturaire.
En revanche, le traitement
substitutif de l’insuffisance thyroïdienne peut entraîner, dans la première
année, une accélération significative de la perte osseuse lombaire ou fémorale
chez la femme.
Le mécanisme en est inconnu, mais il est possible que cette
perte osseuse rapide résulte de l’augmentation brutale du remaniement
cellulaire osseux et du retour à une sensibilité de l’os à l’action de la PTH et
de la 1,25-dihydroxyvitamine D.
Chez l’homme hypothyroïdien, en revanche,
après 3 ans de traitement substitutif, il n’a été observé aucune perte osseuse
corticale.
À plus long terme, le rétablissement d’un nouvel état d’équilibre
du remodelage osseux peut expliquer l’amélioration de la densité minérale,
plus ou moins complète selon les sites.
Des études transversales montrent qu’à doses suppressives, responsables
d’une baisse des taux de TSH, le traitement par la L-thyroxine réduit la densité
radiale, fémorale et lombaire et pourrait ainsi aggraver le risque
ostéoporotique en période postménopausique.
Dans cette situation, la
prescription d’agents antiostéoclastiques à titre préventif a été suggérée, mais
son efficacité n’est pas connue.
En revanche, lorsque la L-thyroxine est
administrée à doses substitutives et que le taux de la TSH se maintient dans la
zone de normalité, il n’y a pas de perte osseuse significative, tout au moins en
région lombaire.
2- Hyperthyroïdie
:
Les hormones thyroïdiennes stimulent le remaniement cellulaire osseux.
Dans l’hyperthyroïdie, l’augmentation de l’activité des ostéoclastes se traduit
par l’élévation des marqueurs biochimiques de l’ostéoformation
(ostéocalcine) ou de la résorption osseuse (excrétion urinaire du calcium, de
l’hydroxyproline ou de la déoxypyridinoline), et parfois même par une
hypercalcémie.
L’hyperthyroïdie prolongée s’accompagne aussi d’une
raréfaction osseuse trabéculaire et d’une accentuation de la porosité corticale,
démontrée par les études histomorphométriques ou densitométriques, sans
relation directe avec la sévérité du désordre hormonal.
Bien que le
traitement de l’hyperthyroïdie permette de réduire le remaniement cellulaire
osseux et d’améliorer le contenu minéral, une partie de la raréfaction osseuse
reste irréversible.
Cette ostéopénie contribue à accroître le risque de fractures,
notamment chez la femme ménopausée.
L’existence d’un antécédent
d’hyperthyroïdie renforce donc, en postménopause, l’indication de
l’oestrogénothérapie.
D - Alcoolisme :
1- Physiopathologie
:
Les effets de l’alcool sur la densité osseuse et le risque fracturaire ne sont pas
univoques et dépendent du niveau de la consommation d’alcool.
Une
consommation modérée d’alcool (environ 150 g d’alcool par semaine, soit
environ trois verres de vin par jour) est associée, dans plusieurs études
épidémiologiques récentes, à une densité osseuse plus élevée sur l’ESF, le
rachis lombaire ou le radius.
Cet effet « protecteur » semble plus franc chez
les femmes que chez les hommes.
Le rôle protecteur d’une faible
consommation d’alcool vis-à-vis de la survenue de fractures est également
suggéré dans une étude récente.
Le mécanisme de cet effet favorable de
l’alcool sur la densité osseuse pourrait résulter d’une interaction avec le
système endocrinien, l’alcool favorisant la production d’androgènes par les
surrénales et l’aromatisation de la testostérone en oestradiol.
En revanche, la maladie alcoolique s’accompagne souvent d’une ostéoporose fracturaire.
Les études portant sur l’évolution des marqueurs biochimiques du
remodelage osseux après ingestion d’alcool et les études histomorphométriques montrent que l’alcool déprime directement la fonction
ostéoblastique et la formation osseuse.
En revanche, ses effets sur les
ostéoclastes sont discutés : la résorption est réduite dans certaines études,
mais normale dans d’autres.
L’existence ou non d’une cirrhose, la variabilité
dans le degré d’intoxication des patients et les différences d’âge et de
recrutement des populations étudiées expliquent vraisemblablement ces
résultats contradictoires.
D’autres cofacteurs expliquent également la perte
osseuse de l’alcoolique : l’intoxication tabagique, les carences en protéines,
en calcium, en vitamine D et en magnésium, l’insuffisance gonadique (au
cours de la cirrhose), la diminution du poids, de la masse musculaire et de
l’activité physique.
La masse osseuse corticale et trabéculaire de ces patients,
mesurée par absorptiométrie monophotonique, biphotonique ou par
tomodensitométrie, est inférieure à celle des sujets normaux dans la majorité
des études.
L’ostéopénie, une myopathie, une neuropathie périphérique, des
chutes liées aux intoxications aiguës, se conjuguent chez ces patients pour
provoquer des fractures périphériques et des tassements vertébraux.
2- Conduite à tenir :
La réversibilité potentielle de l’ostéopénie après sevrage alcoolique est
suggérée par certaines études, mais n’est pas actuellement tout à fait établie.
Le sevrage alcoolique est difficile à réaliser chez l’alcoolique dépendant.
Il
est en revanche possible, dans notre expérience, d’obtenir une franche
réduction de l’abus d’alcool chez les patients dont la consommation, non
dissimulée, s’inscrit dans des habitudes alimentaires familiales ou
professionnelles.
L’information du patient sur les effets directs de l’alcool sur
le tissu osseux est alors efficace chez environ la moitié d’entre eux.
Elle doit
s’inscrire dans une démarche nutritionnelle plus globale qui vise à corriger
l’ensemble des erreurs alimentaires et en particulier la carence calcique et
vitaminique D souvent associée.
E - Tabagisme
:
Le rôle du tabac dans la survenue d’une ostéoporose masculine est suspecté
depuis les travaux de Seeman montrant que le risque de fracture vertébrale
était multiplié par 2,3 chez les grands fumeurs de plus de 60 ans,
indépendamment de la consommation d’alcool.
Slemenda et al ont montré que le taux de perte osseuse mesuré au radius était plus important chez les
fumeurs et semblait corrélé au nombre de cigarettes.
Hollenbach et al ont
confirmé que la perte osseuse était mesurable sur l’ESF, corrélée au nombre
de cigarettes, et potentiellement réversible à l’arrêt du tabac.
En revanche, la
preuve formelle du rôle du tabac dans la survenue des fractures n’a pas été
apportée pour le moment.
Il a été montré chez les femmes que la
consommation de tabac était associée à un petit poids, une diminution de
l’absorption calcique et un taux plus bas d’oestrogènes (facteurs influençant
négativement la masse osseuse).
Aucune explication physiopathologique
spécifique n’est en revanche disponible chez l’homme.
F - Maladies hépatodigestives :
Il est incontestable que les maladies hépatodigestives sont souvent associées à la
survenue d’une ostéoporose chez l’homme et chez la femme.
L’analyse de ce
cadre étiologique se heurte toutefois à trois difficultés majeures.
– Les pathologies impliquées sont tout d’abord multiples : la gastrectomie
est certes au premier plan, mais il s’agit également de résections intestinales,
d’entérocolopaties inflammatoires, de syndromes de malabsorption, de
cirrhoses alcooliques ou non, de pancréatites chroniques, de transplantations
hépatiques.
– Les déterminants physiopathogéniques sont également nombreux et
souvent associés chez un même patient : carence calcique ou vitaminique D,
carence protéique, consommation d’alcool ou de tabac, traitement par les GC,
prise répétée d’antiacides (qui provoquent une hypophosphorémie).
– Enfin, les résultats histomorphométriques, inévitablement hétérogènes,
montrent rarement une vraie ostéomalacie, parfois une ostéomalacie focale
ou atypique, et plus souvent une ostéoporose.
La prise en charge préventive de ces patients est indispensable avant que ne
survienne une perte osseuse corticale sévère, peu réversible et responsable de
fractures répétées.
Après une gastrectomie, la calcémie et la phosphorémie
sont longtemps normales.
La baisse du taux de la 25-hydroxyvitamine D et
l’apparition d’une perte osseuse (détectable par la densitométrie) sont des
signes plus précoces qui doivent conduire à la réalisation d’une
histomorphométrie.
L’histologie osseuse montre alors une ostéomalacie chez
environ 20 %de ces patients, et dans les autres cas confirme l’existence d’une
ostéoporose à bas niveau de remodelage.
Aucune explication claire n’est
actuellement proposée pour expliquer le fait qu’une fraction seulement des
patients développe une ostéomalacie.
G - Hypercalciurie :
1- Est-elle une étiologie de l’ostéoporose ?
Deux approches méthodologiques distinctes sont possibles pour répondre à
cette question.
– La première consiste à apprécier la fréquence de ce trouble métabolique
chez des hommes ostéoporotiques.
Contestable du point de vue
méthodologique, en raison d’évidents biais de recrutement, elle apporte des
résultats hétérogènes, discordants d’une équipe à l’autre.
Seeman, puis
Francis n’ont pas retrouvé une fréquence accrue de la lithiase ou de
l’hypercalciurie dans deux séries distinctes de patients.
Au contraire, d’autres
auteurs ont identifié de petits groupes de patients présentant une ostéoporose
associée à une hypercalciurie idiopathique, en l’absence de tout autre facteur
étiologique.
Ainsi, Ringe retrouve, sur une grande série de 254 hommes
ostéoporotiques, une hypercalciurie idiopathique dans 23 observations.
– La deuxième approche, scientifiquement plus satisfaisante, consiste à
mesurer la densité osseuse et/ou la prévalence des fractures chez les patients
porteurs d’une hypercalciurie, recrutés en milieu urologique ou
néphrologique.
Les études publiées montrent l’existence d’une réduction
de la densité osseuse (sans fractures) dont l’importance semble variable en
fonction des sites et de la technique de mesure, du profil intestinal ou rénal de
l’hypercalciurie, du morphotype et du sexe des patients.
Cette diminution de
la densité osseuse est le plus souvent modérée, inférieure à une déviation
standard et semble souvent favorisée par un antécédent de diète calcique
prolongée.
Dans l’étude la plus récente, qui porte sur une cohorte de
110 hommes lithiasiques (dont 49 porteurs d’une hypercalciurie), la réduction
de densité osseuse, minime sur le site tibial, n’est pas retrouvée sur le triangle
de Ward, le col fémoral et le rachis lombaire.
Enfin, il a été montré que les
régimes pauvres en calcium, non seulement étaient probablement nocifs pour
le tissu osseux, mais de plus ne constituaient pas un moyen efficace de
prévenir la récidive lithiasique.
2- Conduite à tenir :
* Diagnostic
:
Rechercher la cause de l’hypercalciurie est indispensable car elle peut
correspondre à :
– une hypercalciurie diététique liée à l’excès de sel, de protéines animales ou
de calcium, étiologie la plus fréquente ;
– une hyperparathyroïdie normocalcémique, une hyperthyroïdie ou un
hypercorticisme susceptibles d’expliquer la perte osseuse ;
– une tubulopathie avec diabète phosphoré associé (rare) ;
– une ostéoporose fracturaire souvent cause et non conséquence de
l’hypercalciurie, en raison de l’immobilisation, des fractures répétées, ou de
la prise de vitamine D à l’insu du médecin.
Il faut également rechercher une autre étiologie pour l’ostéoporose et ne pas
se contenter de l’explication « hypercalciurie ».
3- Mesures thérapeutiques :
Si l’hypercalciurie est primitive ou diététique, il ne faut pas prescrire un
régime pauvre en calcium, délétère pour la masse osseuse et inefficace pour
prévenir la récidive lithiasique.
Limiter la consommation de sel (ne plus saler
dans l’assiette) et de protéines animales (une seule ration de viande par jour)
est une mesure souvent suffisante pour normaliser la calciurie (contrôle après
3 mois de régime).
Si l’hypercalciurie idiopathique persiste, la prescription
de diurétiques thiazidiques qui positivent la balance calcique, préviennent la
récidive lithiasique, et semblent diminuer l’incidence des fractures est très
utile (25 à 50 mg d’hydrochlorothiazide par jour, en surveillant la kaliémie).
H - Ostéoporoses secondaires plus rares
:
Une raréfaction osseuse ou des fractures peuvent révéler ou s’associer à des
maladies rares endocriniennes, génétiques, toxiques ou inflammatoires.
La prise en charge dépend de la
maladie initiale et dépasse largement le cadre de cet article.
L’anorexie mentale est la cause la plus habituelle des ostéoporoses de la
femme jeune, non ménopausée.
Elle est parfois responsable de tassements
vertébraux dont la survenue est précoce, avant 30 ans.
L’hémochromatose primitive, fréquente dans l’Ouest de la France, est une
surcharge en fer d’origine génétique, responsable d’une mélanodermie, d’une
cirrhose non alcoolique, d’un diabète, d’un hypogonadisme et d’une
ostéoporose.
Les rôles respectifs de la surcharge en fer et de l’hypogonadisme
dans la genèse de l’ostéoporose sont encore incomplètement élucidés.
Les formes mineures de la maladie de Lobstein, ou ostéogenèse imparfaite,
sont parfois révélées à l’âge adulte en raison de fractures multiples, dans un
contexte familial, associées à une éventuelle surdité et à des sclérotiques
bleutées.
D’autres maladies génétiques rares peuvent être associées à une
ostéoporose : syndrome de Marfan, syndrome d’Ehlers-Danlos et
homocystinurie.
La mastocytose est une affection systémique, d’étiologie inconnue,
caractérisée par une prolifération anormale de mastocytes qui sont présents
dans la peau (et responsables d’une urticaire pigmentaire) et parfois dans les
ganglions, la moelle osseuse, le foie, la rate et le tube digestif.
Les
manifestations osseuses, présentes chez environ 70 % des patients, peuvent
comporter une ostéoporose et des fractures vertébrales parfois inaugurales
dans le cours de la maladie.
La prise d’anticonvulsivants pendant plusieurs années peut être responsable
de modifications du métabolisme phosphocalcique (hypocalcémie,
hypovitaminose D et hyperparathyroïdie secondaire) et d’une raréfaction
osseuse dont l’importance et même la réalité sont actuellement discutées.
La polyarthrite rhumatoïde est une cause non rare d’ostéoporose dans les deux
sexes, en raison de l’inflammation chronique, de l’immobilisation relative,
mais surtout de la corticothérapie dont le rôle semble essentiel dans le
déterminisme de la perte osseuse et des fractures qui surviennent chez ces
patients.
Ostéoporoses masculines :
L’ostéoporose masculine est singulière par bien des aspects
épidémiologiques, étiologiques et cliniques.
La faible incidence des fractures
non traumatiques avant 65 ans contraste chez l’homme avec l’important
retentissement des fractures vertébrales et surtout avec la fréquence et la
gravité des fractures de l’ESF, dont le taux de mortalité à 1 mois est près de
deux à trois fois supérieur à celui de la femme.
Les facteurs étiologiques
qui conditionnent la perte osseuse sont multiples, intriqués, et rendent la
démarche diagnostique complexe.
En l’absence d’une définition claire des
seuils d’intervention, la tâche du clinicien est particulièrement difficile,
d’autant plus que les études thérapeutiques contrôlées sont actuellement quasi
inexistantes chez l’homme.
A - Pourquoi l’ostéoporose est-elle plus rare
chez l’homme ?
L’espérance de vie plus faible et l’absence d’un équivalent de la ménopause
sont les raisons habituellement apportées pour expliquer la moindre incidence de l’ostéoporose chez l’homme.
Mais depuis une dizaine d’années, en raison
des progrès réalisés pour évaluer la masse osseuse (absorptiométrie
biphotonique et tomodensitométrie [TDM] quantitative) et étudier
l’architecture osseuse (analyse stéréologique de la biopsie osseuse), on
connaît avec plus de précision l’évolution du capital osseux cortical et
trabéculaire chez l’homme et ses conséquences sur le risque fracturaire.
1- Capital osseux :
Chez l’homme normal, le capital osseux maximal est acquis au début de la
troisième décennie.
Il est alors supérieur d’environ 30 %à celui de la femme
(1 200 g de calcium contre 900 g chez la femme), essentiellement en raison
de la plus grande taille des os masculins.
La croissance prépubertaire, qui
conditionne largement la taille des pièces osseuses, est plus longue de 2 ans
en moyenne chez l’homme ; le diamètre des os longs et les surfaces
vertébrales sont ainsi plus élevés d’environ 20 à 25 % (contribuant à une
résistance biomécanique accrue).
En revanche, la densité osseuse vraie,
mesurée par scanner dans un compartiment strictement trabéculaire (le centre
de la vertèbre), est similaire dans les deux sexes.
2- Perte osseuse liée à l’âge
:
La TDM montre également que, hormis dans les quelques années qui suivent
immédiatement la ménopause, la perte osseuse trabéculaire liée à l’âge est
identique dans les deux sexes, tout particulièrement au rachis.
L’évolution de
la structure des os longs est en revanche différente : la porosité corticale et la
résorption endostéale, communes aux deux sexes, sont moins élevées chez
l’homme ; l’apposition périostée est au contraire plus forte.
La circonférence
des os longs, facteur de résistance mécanique, va donc s’accroître avec l’âge
chez l’homme, tout particulièrement pour le col fémoral.
3- Architecture osseuse
:
L’évolution avec l’âge de l’architecture osseuse trabéculaire, évaluée à l’aide
de l’histomorphométrie, semble également différente : les perforations
trabéculaires sont moins fréquentes chez l’homme.
Pour Mosekilde et al,
la microarchitecture osseuse serait plus préservée chez les hommes : certes
les travées deviendraient plus fines avec l’âge, mais elles seraient moins
perforées et moins fragmentées que chez la femme.
Contrairement aux idées
admises, ce n’est donc pas en raison d’une densité osseuse plus élevée que
l’homme est protégé vis-à-vis du risque ostéoporotique, mais en raison de la
taille de ses pièces osseuses, de la surface de ses vertèbres, de l’augmentation
avec l’âge du diamètre de ses os longs, et de la relative préservation de la
microarchitecture osseuse.
De plus, pour certains auteurs, le risque de chutes serait plus faible chez
l’homme âgé que chez la femme, en raison peut-être de sa masse musculaire
plus grande.
B - Déterminants du risque fracturaire
:
1- Masse osseuse
:
Plusieurs études transversales ont montré que la densité osseuse mesurée par absorptiométrie mono- ou biphotonique ou par TDM quantitative était
significativement abaissée chez les hommes souffrant de tassements
vertébraux ou de fractures de l’ESF.
On dispose également des résultats de
trois études longitudinales et prospectives.
Gärdsell et al, en mesurant la
densité osseuse à l’avant-bras par absorptiométrie monophotonique chez 654
hommes âgés de 30 à 89 ans, ont calculé que le risque fracturaire était
multiplié par six pour les patients dont la densité osseuse était située dans le
quintile inférieur par rapport à ceux dont la densité osseuse était située dans le
quintile le plus élevé.
De même, Nguyen et al ont montré que toute
diminution de la densité osseuse fémorale d’un écart type multipliait par trois
le risque de fracture de l’ESF et par deux celui de tassement vertébral.
Enfin,
Ross et al ont suggéré que la mesure du CMO à l’avant-bras prédisait de
façon équivalente le risque de fractures chez l’homme et chez la femme.
Cette
étude suggère également que pour une densité osseuse donnée (exprimée en
valeur absolue, c’est-à-dire en g/cm2), le risque fracturaire est équivalent dans
les deux sexes.
Les études épidémiologiques qui ont cherché à établir la prévalence de
l’ostéoporose, définie seulement par un critère densitométrique, chez
l’homme, sont encore peu nombreuses.
En utilisant les critères proposés par
un groupe d’expert de l’OMS, on a pu établir que 5,8 % des hommes de
plus de 50 ans (cohorte britannique) présentaient une densité sur le col
fémoral inférieure à 0,545 g/cm2 (valeur qui correspond à un scoreTinférieur
à -2,5 chez la femme pour la courbe de référence Hologic), contre 22,5 %des
femmes.
L’analyse d’une cohorte californienne de 218 hommes, âgés de
50 à 64 ans, montre que 17 % d’entre eux présentent une ostéoporose
densitométrique à l’un au moins des trois sites mesurés (rachis, ESF, radius).
Il existe une bonne cohérence entre ces chiffres et le risque de survenue d’une
fracture ostéoporotique chez un homme âgé de 50 ans pendant le reste de sa
vie, qui est estimé entre 13,1 % et 25,6 % pour l’ensemble des fractures
possibles, et à 6 % pour la fracture de l’ESF.
2- Âge :
C’est un facteur de risque essentiel pour la survenue de fractures par fragilité.
L’incidence des événements fracturaires non traumatiques est très faible
avant 65 ans chez l’homme.
En revanche, l’augmentation de l’âge de 10 ans
multiplie, dans une étude, le risque de fracture par cinq, indépendamment de
la densité osseuse.
3- Macroarchitecture osseuse :
Il a été montré chez l’homme que la survenue de fractures vertébrales était
associée à une réduction de la surface vertébrale d’environ 30 %, et que
l’épaisseur du col fémoral était plus petite chez les hommes souffrant d’une
fracture de l’ESF par rapport aux sujets indemnes.
4- Microarchitecture osseuse
:
Nous avons montré récemment que l’histomorphométrie couplée à l’analyse
d’images était capable de quantifier les perturbations architecturales du réseau
trabéculaire au cours de l’ostéoporose masculine cortisonique et non
cortisonique.
Ces perturbations architecturales, qui comportent des
perforations et des fragmentations des travées osseuses, semblent augmenter
de façon rapide lorsque le volume trabéculaire osseux devient inférieur à 11 %
et l’épaisseur des travées inférieure à 80 mm.
Elles sont plus importantes chez
les hommes qui présentent des tassements vertébraux (par rapport aux
patients ostéopéniques sans fractures) et semblent fortement corrélées, dans
cette étude transversale, au nombre de ces fractures.
5- Facteurs extraosseux :
Les études prospectives récentes ont démontré que d’autres facteurs extraosseux
influencent le risque fracturaire. Ainsi, dans l’étude longitudinale de
Gärdsell et al, le risque fracturaire est relié à quatre variables
indépendantes :
– la densité osseuse ;
– l’existence de fractures vertébrales préalables ;
– la force musculaire ;
– les antécédents de chute.
Une autre étude prospective et longitudinale apporte des informations
comparables : après ajustement en fonction de la densité osseuse fémorale,
les facteurs de risque de fracture sont :
– le degré d’instabilité ;
– un antécédent de chute ;
– un faible poids ;
– une diminution de la force musculaire quadricipitale,
chacun de ces facteurs multipliant le risque de fractures par un coefficient
d’environ 1,2.
Ces facteurs, clairement associés au risque de chutes, doivent
être impérativement pris en compte dans une politique de prévention chez
l’homme âgé.
C - Facteurs étiologiques de la perte osseuse
:
La survenue d’une ostéoporose chez un homme résulte de l’existence de
facteurs étiologiques susceptibles de modifier l’acquisition du capital
osseux, la cinétique de la perte osseuse, l’intégrité de la microarchitecture trabéculaire, ou de majorer le risque de chutes.
Les déterminants étiologiques
les plus pathogènes possèdent plusieurs points d’impact : l’alcool, par
exemple, accélère la perte osseuse en déprimant la formation osseuse, facilite
l’apparition de perforations trabéculaires, majore les perturbations
microarchitecturales, mais augmente également le risque de chutes en raison
de la neuropathie et de la succession des intoxications aiguës.
Pour clarifier
l’analyse des facteurs étiologiques, il est possible de séparer ces déterminants
en quatre catégories : facteurs génétiques ou familiaux, facteurs
anthropométriques, facteurs d’environnement et de mode de vie, et enfin
facteurs pathologiques, déterminants essentiels de la perte osseuse chez
l’homme adulte.
1- Facteurs génétiques et familiaux
:
Il est acquis que 60 à 80 % de la variance du pic de masse osseuse dépend de
facteurs génétiques.
En revanche, les conséquences d’un faible capital osseux
initial sur la genèse tardive d’une ostéoporose masculine, primitive ou
secondaire, sont encore peu documentées.
De plus, il est actuellement difficile
de faire la part dans les résultats entre les facteurs génotypiques et les facteurs
d’environnement liés à la famille (habitudes nutritionnelles ou sportives et
tabagisme).
L’analyse d’une cohorte de 600 hommes (60 à 89 ans) par Soroko
et al montre qu’après ajustement pour les variables confondantes (âge,
body mass index [BMI], consommation de tabac, utilisation de thiazides), les
patients qui ont un antécédent paternel d’ostéoporose ont une densité osseuse
plus basse sur le rachis et l’ESF, tandis que la liaison avec un antécédent
maternel d’ostéoporose n’existe que pour la densité osseuse de l’ESF.
2- Facteurs anthropométriques :
Plusieurs études transversales montrent que la densité osseuse est
positivement influencée par le poids et la taille, chez l’homme comme chez la
femme.
De même, un faible poids est un facteur de risque pour la survenue de
fractures vertébrales ou fémorales.
En revanche, les résultats apportés par Poor et al, qui suggèrent que les hommes avec une fracture du col fémoral
sont plus grands que les sujets témoins, concordent avec les travaux récents
réalisés dans des cohortes féminines.
3- Activité physique
:
Une faible activité physique exerce un effet négatif sur la densité osseuse
rachidienne chez l’homme vers 50 ans. De façon plus précise, Warhatig
Glynn et al montrent que la densité osseuse fémorale des hommes de
65 ans ne dépend pas de leur activité physique actuelle, mais de leur force
musculaire quadricipitale et de leurs antécédents sportifs.
Les effets cumulés
de l’inactivité sur la masse osseuse et sur la survenue de chutes expliquent
que ce facteur étiologique multiplie le risque de fracture de l’ESF par trois.
4- Ration calcique
:
Influence-t-elle le risque fracturaire chez l’homme ?
Il est actuellement
impossible d’apporter une réponse claire à cette question.
D’une part la
relation positive entre ration calcique et densité osseuse n’est retrouvée que
dans certaines études, d’autre part elle varie en fonction du site de mesure de
la densité osseuse, de l’âge des patients étudiés, et du mode d’appréciation de
la ration calcique.
Parmi les cinq études prospectives qui ont évalué chez
l’homme les relations entre la ration calcique et le risque de fractures de l’ESF,
deux travaux seulement montrent un effet protecteur du calcium.
5- Facteurs pathologiques :
Si de très nombreux facteurs étiologiques sont associés à la survenue d’une
ostéoporose chez l’homme, la fréquence et l’impact pathologique réel de ces
différents déterminants sont encore controversés. Seeman, Francis, Ringe et
Kelepouris ont analysé les pathologies associées à la survenue d’une
ostéoporose vertébrale.
Ces études descriptives, dont la fiabilité
méthodologique est limitée (hormis le travail de Seeman qui comporte un
groupe témoin), suggèrent que 50 à 75 % des patients présentent une
ostéoporose secondaire et que les pathologies les plus impliquées sont
l’hypercorticisme, l’hypogonadisme, l’intoxication alcoolique ou tabagique,
les maladies hépatodigestives.
Les facteurs pathologiques susceptibles
d’accélérer la perte osseuse chez l’homme sont nombreux et souvent associés
chez un même patient.
L’hypercorticisme, l’hypogonadisme, la maladie
alcoolique et certaines maladies digestives sont capables de provoquer,
isolément, la survenue de fractures.
Au contraire, il est probable que
l’hypercalciurie idiopathique, le tabagisme, la carence calcique et
vitaminiqueDn’agissent que comme cofacteurs sur un terrain génétiquement
prédisposé (faible capital osseux) ou lorsqu’ils sont associés à d’autres
pathologies.
D - Quels patients explorer ? Quels patients traiter ?
La définition de l’ostéoporose masculine, c’est-à-dire l’identification des
patients qu’il est nécessaire d’explorer et de traiter n’est pas facile à établir.
Ce point est pourtant crucial en raison du coût élevé des explorations
biologiques et du traitement inévitablement prolongé pendant plusieurs
années.
C’est dire l’importance de la détermination d’une population à haut
risque de fractures, qui représenterait environ 10 % de la population
masculine générale.
En pratique, la question de la prise en charge peut se
poser dans trois circonstances différentes.
1- Connaissance d’un facteur de risque majeur chez un patient
:
La corticothérapie générale prolongée, l’hypogonadisme et la maladie
alcoolique et les pathologies hépatodigestives chroniques sont quatre
circonstances incontournables pour réaliser une densitométrie lombaire et
fémorale qui permettra d’apprécier le retentissement osseux et de débuter la
prévention.
2- Découverte d’une ostéopénie
:
L’interprétation de la mesure de densité osseuse doit être prudente chez
l’homme pour quatre raisons.
– L’incidence des événements fracturaires non traumatiques reste très faible
avant 65 ans chez l’homme.
– L’augmentation de l’âge de 10 ans multiplie le risque fracturaire par trois à
cinq, indépendamment de la densité osseuse.
– Des résultats récents apportés par notre équipe suggèrent fortement que les
paramètres appréciant l’architecture osseuse trabéculaire sont plus
discriminatifs que la mesure de la densité osseuse pour séparer les patients
ostéopéniques des patients ostéoporotiques.
– Enfin, on doit souligner que, si à densité égale (exprimée en g/cm2), le
risque fracturaire est sensiblement équivalent dans les deux sexes, cette règle
n’est pas valable pour le T-score qui tient compte du capital osseux maximal,
plus élevé chez l’homme.
Ainsi que l’ont souligné, dans leur article
princeps, le groupe d’experts de l’OMS, la définition densitométrique de
l’ostéoporose postménopausique (T-score inférieur à -2,5) ne s’applique pas
dans les mêmes termes à l’homme, chez qui il vaut sans doute mieux utiliser
comme critère une valeur de T-score inférieure à -3.
3- Découverte de tassements vertébraux
:
L’existence de fractures vertébrales ou périphériques n’est pas toujours
synonyme d’ostéoporose.
Cette situation, simple en apparence, n’est pas en
effet exempte de pièges diagnostiques.
Le risque de confusion entre tassement
vertébral et déformation rachidienne d’une part, entre fracture traumatique et
fracture ostéoporotique d’autre part est particulièrement important chez
l’homme.
La réalisation d’une densitométrie osseuse est donc indispensable
pour affirmer que les fractures vertébrales sont bien liées à une ostéoporose.
E - Conduite à tenir
:
1- Diagnostic :
La stratégie diagnostique, proche de celle utilisée chez la femme, comporte
plusieurs étapes :
– confirmer le caractère ostéoporotique des fractures en vérifiant l’existence
d’une franche ostéopénie, en s’assurant de l’absence de pathologies malignes
ou d’ostéomalacie ;
– rechercher soigneusement une ostéoporose secondaire présente chez près
de 70 % des patients ; parmi les explorations biologiques, le dosage de la
testostérone couplé à celui de la LH est indispensable ;
– discuter l’indication d’une biopsie osseuse dès lorsqu’il existe un contexte
clinique ou biologique évoquant une ostéomalacie, une hémopathie ou une mastocytose ;
– rechercher des éléments de gravité : présence de facteurs étiologiques
associés, ostéopénie sévère (T-score inférieur à -3, 5 sur le rachis, ou à -3 sur
l’ESF), fracture vertébrale indiscutable, fractures multiples, fracture de l’ESF,
handicap neurosensoriel, âge inférieur à 70 ans.
2- Traitement :
Le traitement étiologique des ostéoporoses secondaires est bien sûr
indispensable.
* Moyens thérapeutiques non spécifiques
:
Les informations scientifiques disponibles pour traiter une ostéoporose
masculine primitive sont encore éparses et incomplètes.
+ Exercice physique :
Les effets cumulés de l’inactivité physique sur la masse osseuse et sur la
survenue de chutes expliquent que ce facteur étiologique multiplie le risque
de fracture de l’ESF par trois chez l’homme.
En plus de ses bénéfices
directs pour le tissu osseux, la reprise d’une activité physique progressive et
régulière (trois fois 45 minutes par semaine environ) paraît donc souhaitable
chez l’homme jeune pour favoriser la réinsertion professionnelle, et chez le
sujet âgé (marche à pied) pour diminuer le risque de chutes en améliorant le
tonus musculaire des membres inférieurs.
+ Calcium et vitamine D :
L’efficacité de la supplémentation calcique et vitaminique D n’a été évaluée
que dans une seule étude contrôlée et ne s’avère pas efficace pour prévenir la
perte osseuse chez des hommes sains âgés de 60 ans.
En revanche, il a été
montré chez l’homme que le taux de la PTH s’élève avec l’âge, et que les taux
de la 25-hydroxyvitamine D et de la 1-25-dihydroxyvitamineDdiminuent au
cours du vieillissement.
Ces modifications biologiques sont clairement
associées à la perte osseuse qui survient chez l’homme âgé.
La supplémentation calcique et vitaminique D est capable de normaliser le taux
de la PTH chez l’homme âgé.
Sa prescription paraît
indispensable si le patient est âgé, institutionnalisé, carencé,
alcoolique, ou porteur d’une maladie digestive chronique.
La publication récente d’une étude
prospective montrant que le risque de cancer de prostate était
multiplié par 2,5 chez les patients prenant plus de 2 g/j de
calcium incite à bien respecter les apports recommandés par les
conférences de consensus, en ne dépassant pas 1,5 g/j, calcium
alimentaire compris.
+ Bisphosphonates :
Aucune grande étude thérapeutique contrôlée n’a été conduite au cours de
l’ostéoporose masculine primitive avec les bisphosphonates.
Les résultats des
études ouvertes (étidronate, alendronate, pamidronate), qui doivent être interprétés avec beaucoup de prudence en raison de biais méthodologiques,
plaident en faveur d’une efficacité en termes de densité osseuse.
En revanche,
l’effet antifracturaire n’a pas été évalué.
+ Sels de fluor :
Ringe et al ont rapporté les résultats d’une étude randomisée portant sur 64
hommes ostéopéniques, comparant le monofluorophosphate (MFP) prescrit
à faibles doses au calcium seul (1 g/j).
Après 3 ans de traitement, le gain de
densité osseuse est de +8,9 % au rachis lombaire et +1,9 % au col fémoral
dans le groupeMFP, et le taux de nouvelles fractures vertébrales est de 12/100
patients-années contre 35,4 dans le groupe calcium.
La faiblesse des effectifs
doit rendre prudent dans l’analyse de ces résultats.
De plus, il faut rappeler
que l’efficacité des sels de fluor n’a pas été démontrée, en termes de réduction
de l’incidence fracturaire, dans l’ostéoporose postménopausique.
+ Androgènes et parathormone :
L’utilisation de la testostérone par voie intramusculaire a été évaluée
récemment pour traiter l’ostéoporose primitive.
Les résultats montrent un
gain de densité osseuse lombaire de 5 % sur 6 mois, associé à une réduction
significative des marqueurs biochimiques de la résorption osseuse, sans effets
secondaires importants cardiovasculaires, psychologiques ou sexuels.
En
raison d’un manque de recul clinique évident, ce traitement ne peut cependant
être actuellement utilisé, en l’absence d’hypogonadisme.
L’utilisation de la PTH ou de certains fragments synthétiques de cette
hormone pourrait s’avérer prometteuse, en raison de son pouvoir de
stimulation de la formation osseuse.
* En pratique :
En pratique, la prise en charge de l’ostéoporose masculine doit être adaptée à
chaque patient, en définissant à chaque fois les facteurs étiologiques en cause,
le degré de sévérité de l’ostéoporose, son évolutivité et donc les moyens
thérapeutiques utiles.
Le traitement des facteurs étiologiques, largement développé dans cet article,
est toujours indispensable, quelle que soit la sévérité de l’ostéoporose.
La supplémentation en calcium et en vitamine D doit être proposée aux
patients âgés, institutionnalisés, carencés ou alcooliques.
La mise en route
d’un traitement curatif par les bisphosphonates pourrait constituer, dans l’état
actuel de nos connaissances, la meilleure solution pour l’ostéoporose
primitive et pour les ostéoporoses secondaires, en réservant ce traitement aux
patients présentant un ou plusieurs critères de gravité.
Enfin, chez le sujet âgé, la prévention du risque de chutes, souvent oubliée,
est capitale, en agissant sur l’environnement sensoriel (améliorer la vue),
matériel (aménagement du domicile) et médicamenteux (diminution
progressive des somnifères et des tranquillisants).