La vitamine D circulante a deux
origines : exogène alimentaire et endogène par synthèse cutanée à
partir d’un précurseur.
Pendant l’exposition solaire de la peau, le
7-déhydrocholestérol (ou provitamine D3) est transformé par les
rayons ultraviolets B (UV B) (290-315 nm) en prévitamine D3 qui est
secondairement isomérisée en vitamine D3 (cholécalciférol).
La vitamine D3 passe dans le sang circulant, transportée jusqu’au foie
grâce à une protéine porteuse la vitamin D-binding protein (VDBP).
La mélanine est un excellent écran solaire et entre en compétition
avec le 7-déhydrocholestérol pour les rayons UVB.
Ainsi, les sujets à
peau foncée nécessitent plus de temps pour synthétiser de la
vitamine D3 que les sujets à peau claire.
La quantité de
7-déhydrocholestérol stockée dans la peau diminue avec l’âge, ce
qui induit une nette diminution de la synthèse cutanée de vitamine
D3 au cours du vieillissement.
La vitamine D d’origine cutanée
représente la majeure partie de la vitamine D circulante.
Ceci
explique le fait que les taux circulants de vitamine D varient selon
les saisons et la latitude, donc le degré d’ensoleillement.
La vitamine D3 (cholécalciférol) d’origine alimentaire est présente
dans les poissons gras (thon, saumon, maquereau) ou leurs produits
dérivés et la vitamine D2 (ergocalciférol) est contenue dans les
levures et les plantes.
Elles n’ont aucune différence d’activité biologique. En France, l’alimentation n’apporte en moyenne que
120 à 200 UI/j (3-5 mg/j) alors que les besoins sont de 400 à
800 UI/j.
L’apport alimentaire devient crucial lorsque l’exposition
solaire est insuffisante (confinement lié à l’âge ou à des habitudes
culturelles, climat, pollution, pigmentation cutanée, crèmes
antisolaires, crainte du mélanome...).
Comme les vitamines A, E et
K, la vitamine D est liposoluble et nécessite un apport en graisse par
l’alimentation pour être absorbée par l’intestin, d’où la possibilité
de développer une ostéomalacie à l’occasion de malabsorption
digestive et de stéatorrhée.
Dès qu’elle arrive dans le foie, la vitamine D3 est hydroxylée en
position 25 par la 25-hydroxylase-cytochrome P 450 et ainsi
transformée en 25-OH-vitamine D ou calcidiol.
L’activité de
cette enzyme hépatique n’est pas régulée de façon précise, ce qui
fait de la 25-OH-vitamine D est la forme de stockage et celle que
l’on dose pour apprécier un état de carence ou d’intoxication.
Elle
est transportée par la circulation générale jusqu’au rein où elle est
hydroxylée en position 1 et transformée par la 25-hydroxyvitamine
D-1-alpha hydroxylase en 1,25 (OH)2 vitamine D ou calcitriol. Tout
récemment, il a été montré que la 25-OH-vitamine D, liée à sa
protéine porteuse (VDBP) était filtrée par le glomérule et réabsorbée
par les cellules tubulaires grâce à un récepteur appelé mégaline qui
permet l’endocytose du complexe vitamine D/VDBP.
Les souris
dont le gène de la mégaline a été invalidé (knock-out) sont alors
incapables de transformer la vitamine D3 en métabolite actif et
présentent donc une ostéomalacie.
Le rein est à l’origine de
l’essentiel du calcitriol circulant, néanmoins certaines cellules de
l’organisme, telles que les monocytes, les kératinocytes ou les
cellules placentaires, produisent du calcitriol dont la place dans
l’homéostasie calcique est inconnue.
Lors d’une baisse de la
calcémie, la 1-alpha-hydroxylase rénale est stimulée par la parathormone (PTH) dont la sécrétion est induite par
l’hypocalcémie.
Le calcitriol ainsi formé est à son tour un puissant
inhibiteur de la synthèse de l’acide ribonucléique messager (ARNm)
de la prépro-PTH (rétrocontrôle négatif).
L’hyperphosphatémie
diminue l’activité de la 1-alpha-hydroxylase rénale.
La 25-OHvitamine
D peut être également hydroxylée en 24 dans le rein par
une 24-hydroxylase.
La 24,25 (OH)2 vitamine D ne semble pas jouer
de rôle physiologique dans l’homéostasie calcique. Le calcitriol est
par la suite métabolisé dans ses tissus-cibles.
Son mode d’action est
double.
La vitamine D est avant tout une hormone stéroïdienne.
Comme les
oestrogènes ou le cortisol, elle traverse la membrane plasmique et se
fixe sur un récepteur spécifique (VDR) qui a une affinité plus de
1 000 fois supérieure pour le calcitriol que pour la 25-OH-vitamine
D alors que le taux de 25-OH-vitamine D circulante est 1 000 fois
supérieur à celui du calcitriol.
De ce fait, la 25-OH-vitamine D était,
encore il y a peu de temps, reconnue comme biologiquement
inactive.
Néanmoins, des données récentes font soulever l’hypothèse
d’une activité biologique propre de la 25-OH-vitamine D,
indépendante du calcitriol.
En effet, après avoir étudié l’effet des
métabolites de la vitamine D sur l’absorption digestive du calcium
(45Ca) chez des sujets sains, Heaney et al montrent que l’efficacité
biologique de la 25-OH-vitamine D n’est que de 100 fois inférieure à
celle du calcitriol et concluent qu’un taux physiologique de 25-OHvitamine
D circulante explique à lui seul un huitième de l’absorption
digestive du calcium.
Une fois formé dans la cellule, le couple VDR-vitamine D
s’hétérodimérise avec le récepteur X aux rétinoïdes, passe la
membrane nucléaire, et va se fixer sur les séquences promotrices de
l’acide désoxyribonucléique (ADN) de gènes-cibles tels que celui de
la calcium binding protein (Ca BP) intestinale et réguler ainsi la
transcription de leur ARNm.
Grâce à cette action dite
« génomique » la vitamine D stimule l’absorption intestinale du
calcium, notamment au niveau du duodénum.
Elle accroît également
l’absorption du phosphate au niveau du jéjunum et de l’iléon.
Les
cellules osseuses possèdent des récepteurs de la vitamine D.
Le calcitriol participe à la différenciation ostéoclastique.
Chez les
ostéoblastes, la vitamine D stimule la synthèse de molécules de
matrice extracellulaire comme l’ostéocalcine et l’ostéopontine, ainsi
que de certaines cytokines.
En revanche, bien que la vitamine D soit
indispensable à la minéralisation de la matrice osseuse synthétisée
par les ostéoblastes puisqu’elle permet l’absorption intestinale des
minéraux, son rôle actif dans le processus de minéralisation n’est
pas démontré.
On décrit également une action « non génomique »
de la vitamine D dont la place dans l’homéostasie calcique est encore
mal précisée.
En effet, la vitamine D est capable d’induire dans
ses cellules-cibles l’activation des voies de transduction du signal ne
passant pas par son récepteur nucléaire.
B - RAPPELS DE PHYSIOLOGIE OSSEUSE
:
L’os est le siège d’un constant renouvellement appelé remodelage
osseux.
Il est sous la dépendance de cellules ostéoformatrices,
les ostéoblastes, et de cellules qui résorbent la matrice osseuse
minéralisée : les ostéoclastes, dont les activités sont couplées dans le
temps et dans l’espace.
Ainsi, le remodelage osseux s’effectue selon
une séquence bien décrite.
Après une phase d’activation, une
« unité de remodelage » naît à la surface d’une travée sous la forme,
dans un premier temps, d’un groupe d’ostéoclastes qui vont résorber
la matrice osseuse.
Après une phase transitoire dite de « réversion »,
une équipe d’ostéoblastes prend place au sein de la lacune formée
précédemment par les ostéoclastes et appose un tissu
essentiellement collagénique appelé tissu ostéoïde (OT).
La vitesse
de cette apposition varie dans le temps : rapide au début (2 à
3 µm/j), elle se ralentit de façon progressive jusqu’à la fin de la
phase de formation.
La morphologie des ostéoblastes suit ce
changement : ils sont cuboïdes et riches en organites de synthèse au
début et s’applatissent à mesure que la lacune se remplit jusqu’à
devenir des cellules bordantes.
Après un laps de temps de 15 à 30 jours chez l’homme adulte sain,
cette matrice se minéralise par déposition progressive de cristaux
d’apatite de calcium au sein des fibres de collagène.
La vitesse de
minéralisation (MAR) est elle aussi très rapide au début de cette
phase, puis diminue peu à peu.
Elle est en moyenne de 0,72 µm/j et
ne semble pas diminuer avec l’âge.
Au terme d’une séquence de
remodelage chez un sujet sain, le bilan tissulaire est nul et la lacune
creusée par les ostéoclastes est comblée par de la matrice minéralisée formant ainsi une unité structurale ou ostéon.
La durée totale de la
période de formation est de l’ordre de 150 jours chez l’adulte sain.
Une partie du remodelage osseux peut être mesurée de façon très
précise grâce à l’histomorphométrie osseuse quantitative (pour
revue).
Elle s’effectue sur une biopsie osseuse réalisée sur la crête
iliaque, près de l’épine iliaque antérosupérieure, avec un trocart de
8 mm de diamètre interne.
Avant la biopsie, on a pris soin de donner
au patient du chlorhydrate de tétracycline (25 mg/kg/j).
La
tétracycline se dépose à la jonction entre tissu ostéoïde et tissu
minéralisé appelée « front de minéralisation » et a la propriété
d’émettre une fluorescence jaune lorsqu’elle est observée en
lumière UV.
Deux prises de tétracycline réalisées à 15 jours
d’intervalle entraînent la présence de deux marquages fluorescents
sur les travées, correspondant à la progression du front de
minéralisation entre les deux prises de tétracycline.
Après inclusion et coloration des coupes, les paramètres mesurés
sont statiques et dynamiques (ne sont décrits ici que les paramètres
de formation nécessaires au diagnostic de l’ostéomalacie, les noms
entre parenthèses correspondent à la nomenclature internationale).
1- Paramètres statiques
:
Les surfaces ostéoïdes (OS/BS) représentent le pourcentage de
surfaces osseuses trabéculaires recouvertes de tissu ostéoïde.
Leur
étendue varie avec l’âge et le sexe (N < 20 %) et dépend d’une part,
du délai de minéralisation (mineralization lag time [MLT]) et d’autre
part, du nombre d’unités de remodelage en activité au moment où
la biopsie a été réalisée.
L’épaisseur moyenne du tissu ostéoïde (OT) qui dépend à la fois de la
vitesse à laquelle les ostéoblastes apposent la matrice collagénique
et de la vitesse avec laquelle cette matrice est minéralisée.
Dans l’os
normal, cette épaisseur varie sur une coupe, d’une bordure ostéoïde
à l’autre, selon que la coupe passe par une zone de l’ostéon où
l’apposition est en pleine activité (10-15 µm) ou en train de s’achever
(4-6 µm).
L’épaisseur moyenne normale (mesurée sur tous les liserés ostéoïdes de cinq coupes non séquentielles) est inférieure à 13 µm.
Le volume ostéoïde (OV/BV) est le pourcentage d’os trabéculaire
occupé par du tissu ostéoïde.
Il dépend à la fois des surfaces ostéoïdes et de l’épaisseur des liserés ostéoïdes.
Il est inférieur à 5 %.
2- Paramètres dynamiques
:
La vitesse de minéralisation (MAR) est la distance moyenne entre
deux marquages de tétracycline (N = 0,72 ± 0,12 µm/j).
Les surfaces en cours de minéralisation (MS/BS) est le pourcentage de
surfaces osseuses trabéculaires présentant au moins un marquage à
la tétracycline.
Leur étendue varie avec l’âge et le sexe.
Le délai de minéralisation (MLT) est le nombre de jours entre
l’apposition ostéoïde et le début de la minéralisation qui,
normalement, est de 24 ± 7 jours.
Il est calculé selon la formule :
MLT = OT / [(MS/BS / OS/BS) × MAR]
Ainsi, un accroissement du MLT (= augmentation) induit une
accumulation ostéoïde (= augmentation de OT et de OV/BV)...
Le taux de formation osseuse (BFR/BS) représente la quantité de tissu
osseux minéralisé apposée par unité de surface de tissu osseux et
par jour :
BFR/BS = (MS/BS × MAR)/100 en µm3/µm2/j
L’ostéomalacie est caractérisée par une accumulation de tissu ostéoïde liée à un défaut de minéralisation associés à une diminution
du taux de formation osseuse.
Le diagnostic histologique repose
donc sur l’augmentation de l’épaisseur et du volume ostéoïde et
l’allongement du MLT.
Dans les ostéomalacies florides (OV/BV à
20-30 % et MLT > 100 jours), le diagnostic est évident au premier
coup d’oeil.
En revanche, dans les ostéomalacies débutantes ou les
formes focales, seule la quantification précise peut faire le diagnostic.
C’est dans ces formes que la biopsie trouve tout son intérêt.
Signes cliniques :
Les manifestations cliniques de l’ostéomalacie sont d’intensité
variable, dépendent de sa cause et de l’âge auquel elle survient.
On
retrouve les symptômes classiques : des douleurs osseuses diffuses,
souvent en rapport avec des fractures ou fissures, et la faiblesse
musculaire liée à la myopathie proximale caractérisée par une nette
difficulté à la marche.
La classique démarche dandinante (penguin
gait des Anglo-Saxons) peut être le fruit de l’association de la
myopathie et de l’atteinte osseuse du bassin ou des fémurs, et
caractérise toujours des ostéomalacies sévères. Chez le sujet âgé, les
signes cliniques d’ostéomalacie peuvent être discrets ou bien sont
proches de ceux de l’ostéoporose.
Les déformations sont observées
lorsque la maladie s’est installée dans l’enfance ou l’adolescence, ou
chez l’adulte jeune.
A - DOULEURS OSSEUSES ET FRACTURES
:
Les douleurs osseuses sont souvent diffuses et symétriques,
aggravées par la marche.
Elles siègent d’abord à la colonne lombaire,
puis s’étendent au pelvis, aux hanches et aux côtes.
À l’examen
clinique, la palpation des reliefs osseux, notamment la pression
sternale, costale et la face antérieure des tibias, peut être
douloureuse.
Ces phénomènes sont surtout observés dans les
ostéomalacies liées à une carence en vitamine D, mais sont absents
chez les patients atteints d’hypophosphatémie liée à l’X,
probablement parce que les lésions corticales sont moindres.
Les fractures surviennent, d’une part, en raison de l’accumulation
de tissu ostéoïde, et il est classique de dire que le risque fracturaire
est atteint lorsque le volume ostéoïde est supérieur à 20 % si le
volume trabéculaire osseux est normal, mais peut augmenter si les
patients ont déjà perdu de l’os trabéculaire.
D’autre part, dans
les ostéomalacies carentielles, l’hyperparathyroïdie secondaire
augmente la porosité corticale et il en résulte une fragilité corticale
accrue.
Les fractures sont plus proximales et plus nombreuses dans
l’ostéomalacie que dans l’ostéoporose. Elles sont souvent spontanées
et pas toujours symptomatiques.
Elles caractérisent surtout l’atteinte
de l’adulte car, chez l’enfant, les os sont plus « mous » que fragiles
et les déformations sont alors plus fréquentes.
Elles surviennent sur
les branches ilio- et ischiopubiennes, aux côtes, au tiers supérieur
du fémur mais aussi aux métatarsiens, au calcanéus et au tiers
inférieur du tibia.
Certaines localisations évoquent fortement
le diagnostic d’ostéomalacie telle que la fissure de l’omoplate ou la
fracture de la diaphyse fémorale.
La fracture spontanée du sternum
est essentiellement décrite lors d’ostéomalacies de l’adulte ou de
myélomes.
Parfois, il peut néanmoins s’agir de fractures plus
courantes telles qu’un tassement vertébral ou une fracture de
l’extrémité supérieure du fémur, surtout si une ostéoporose est
associée à l’ostéomalacie.
B - OSTÉOMALACIE ET FRACTURE DU COL DU FÉMUR
:
Il est maintenant bien établi que la carence en vitamine D favorise la
survenue d’une fracture du col du fémur et que la supplémentation
en vitamine D de sujets carencés prévient une partie de ces fractures.
Cette augmentation du risque fracturaire chez ces sujets est
majoritairement expliquée par l’hyperparathyroïdie secondaire qui
accompagne la carence vitaminique et qui provoque une hyperrésorption
ostéoclastique.
En revanche, la prévalence de
l’ostéomalacie carentielle chez les patients présentant une fracture
du col du fémur est très variable selon les séries et dépend de la
population étudiée et des critères retenus par les auteurs pour le
diagnostic histologique de l’ostéomalacie.
Elle varie de 16 % dans
une étude scandinave, à 65 % dans une étude indienne,
à moins de 2 % dans une étude portant sur 1 000 patients
britanniques et à 16 % dans une autre étude anglaise où
elle augmente avec l’âge (30 % d’ostéomalacies après
90 ans).
C - DÉFORMATIONS :
Dans des formes sévères, devenues exceptionnelles, on peut
observer un thorax en « cloche » ou en « violon », un sternum en
« carène », une forte perte de taille ou une déformation des membres
inférieurs avec genu valgum ou varum.
La protrusion
acétabulaire et la déformation du bassin, responsables de dystocie,
sont l’apanage des séquelles de rachitisme sévère.
D - MYOPATHIE :
Son incidence dans l’ostéomalacie est estimée de 10 à 90 % selon
que la maladie est détectée précocement ou non.
La sensation de
faiblesse musculaire en est le symptôme initial le plus fréquent.
La
sévérité de l’atteinte va d’un déficit musculaire uniquement
décelable lors d’un examen clinique attentif, tel qu’un discret signe
du « tabouret », à une extrême impotence fonctionnelle.
Le déficit
musculaire est proximal et plus marqué aux muscles fessiers qu’aux
fléchisseurs de hanche.
On ne note pas d’atrophie musculaire ni de
fasciculation alors que le tonus peut être altéré.
Les réflexes ostéotendineux sont normaux ou vifs.
Les études histologiques montrent une diminution du diamètre des
fibres musculaires avec une perte préférentielle des fibres de type II
sans spécificité.
Les enzymes musculaires sont normales.
Les mécanismes de cette myopathie sont multiples.
Les données de
la littérature suggèrent que, d’une part, l’excès d’hormone
parathyroïdienne et, d’autre part, le déficit en vitamine D
contribuent à l’altération de la fonction musculaire.
Les taux de
calcium ou de phosphate sériques ne sont en revanche pas corrélés
avec la sévérité d’une myopathie.
Néanmoins, il semble que
l’hypophosphatémie puisse être en partie à l’origine de la myopathie
puisque la déplétion phosphatée entraîne per se une myopathie qui
disparaît à la correction de ce trouble métabolique.
Par ailleurs, il
est maintenant largement établi que la cellule musculaire
squelettique est une cellule-cible de la vitamine D et de ses
métabolites, et il semblerait que le vieillissement diminue ses
capacités de réponse à la vitamine D.
E - MANIFESTATIONS ARTICULAIRES
:
1- Arthropathies :
Les arthropathies dégénératives des membres inférieurs, de type
arthrosique, sont le fait de déformations survenues pendant la
croissance et sont le plus souvent observées au cours de rachitismes vitaminorésistants.
2- Algodystrophie :
Venant ou non compliquer une fissure, elle peut être un mode de
découverte d’une ostéomalacie.
Imagerie :
A - SIGNES RADIOLOGIQUES :
Lorsqu’elle est généralisée, une ostéomalacie se caractérise par une
déminéralisation osseuse dont on dit classiquement que la trame
osseuse a un aspect flou, cotonneux, de « mauvais cliché ».
On peut
observer des vertèbres biconcaves multiples.
La lésion la plus caractéristique, mais non pathognomonique, de
l’ostéomalacie est la fissure ou strie de Looser-Milkmann.
Il
s’agit d’une solution de continuité corticale apparaissant comme une
zone claire étroite et bordée par un liseré de condensation,
perpendiculaire à l’axe de l’os.
Leur localisation et leur
caractère multiple et symétrique évoquent fortement le diagnostic
d’ostéomalacie.
Elles sont situées sur les omoplates, les côtes, les
branches pubiennes et l’extrémité supérieure du fémur.
Le cal de
réparation est le plus souvent absent.
Dans d’autres cas, le type de
fracture est plus banal et peut être facilement confondu avec une
ostéoporose : tassement vertébral, fracture du col du fémur, fissure
du calcanéus, du pilon tibial ou d’un métatarsien.
Le risque
de fracture, qui augmente avec la quantité de tissu ostéoïde (non
minéralisé donc peu résistant sur le plan biomécanique), est majeur
si le volume ostéoïde est supérieur à 20 %.
On trouve parfois, dans les ostéomalacies très évoluées, des signes
associés d’hyperparathyroïdie secondaire tels qu’une résorption des
houppes phalangiennes et des érosions sous-périostées.
Les signes radiologiques des ostéomalacies vitaminorésistantes sont
décrits.
B - SCINTIGRAPHIE OSSEUSE :
Les patients atteints d’ostéomalacie floride ont souvent, sur la
scintigraphie, de multiples foyers d’hyperfixation, dont certains
correspondent à des foyers de fissures ou de fractures en cours de
consolidation.
Les fixations costales étagées et alignées, les
fixations du bord interne des omoplates et des branches pubiennes
de façon bilatérale et symétrique sont assez évocatrices.
À cet aspect
peut se surajouter une image de « superscan » (augmentation diffuse
de la fixation du traceur), liée à l’hyperparathyroïdie secondaire.
En
l’absence de renseignements cliniques et biologiques, l’aspect de
cette scintigraphie peut évoquer la présence de métastases osseuses
multiples.
C - DENSITOMÉTRIE OSSEUSE
:
Du fait de la diminution de la quantité de minéral au sein du tissu
osseux, la densitométrie osseuse lombaire et fémorale, mesurée par
DEXA, est le plus souvent très basse, avec un T-score nettement
inférieur à -2,5 déviations standards (DS).
Signes biologiques
:
Les signes biologiques observés au cours d’une ostéomalacie
dépendent, bien sûr, de sa cause et de son stade d’évolution.
A - MÉTABOLISME PHOSPHOCALCIQUE
:
L’hypocalcémie (< 2,2 mmol/L) est observée dans les ostéomalacies
carentielles dans 60 à 70 % des cas selon les séries, mais n’est pas
retrouvée lors de celles liées à un trouble du métabolisme du
phosphate.
L’hypophosphatémie (< 1,0 mmol/L) est présente dans plus de 70 %
des cas dans les ostéomalacies carentielles et est présente par
définition dans celles liées à un trouble du métabolisme du
phosphate.
L’hypocalciurie (< 2 mmol/j) est un signe précoce de carence en
vitamine D, en l’absence d’insuffisance rénale.
Il est important de mesurer la calciurie des 24 heures qui reflète le mieux la réserve en
calcium, alors que la calciurie à jeun reflète plutôt la résorption ostéoclastique.
Cependant, chez le sujet âgé, elle n’est par toujours
facile à réaliser.
Cette hypocalciurie a deux origines : d’une part, la
diminution de la quantité de calcium filtrée (due à une réduction de
l’absorption intestinale du calcium) et, d’autre part, à une
augmentation de la réabsorption tubulaire du calcium, conséquence
de l’hyperparathyroïdie secondaire.
La diminution du taux de 25-OH-vitamine D circulante (inférieurs à
10 ng/mL) est constante dans les ostéomalacies carentielles, car la
25-OH-vitamine D est le meilleur reflet de la réserve vitaminique.
En revanche, le taux de calcitriol est bas ou normal selon les séries
et, en pratique courante, son dosage est inutile si l’on suspecte une
ostéomalacie carentielle.
L’hyperparathyroïdie secondaire n’est observée qu’en cas
d’ostéomalacie liée à un trouble du métabolisme de la vitamine D.
Elle apparaît pour un taux de 25-OH-vitamine D qui n’est pas
toujours inférieur à la normale.
Elle est liée, d’une part, à
l’hypocalcémie et, d’autre part, à une action frénatrice moindre du calcitriol sur la synthèse d’ARNm de la pré-pro-PTH.
Elle aggrave
l’hypophosphatémie car elle entraîne une diminution de la
réabsorption tubulaire du phosphate et a une action délétère sur le
tissu osseux en stimulant puissamment la résorption ostéoclastique.
B - PARAMÈTRES BIOCHIMIQUES
DU REMODELAGE OSSEUX
:
Malheureusement, peu de travaux ont été consacrés à l’apport des
marqueurs biochimiques du remodelage osseux dans le diagnostic
de l’ostéomalacie au niveau individuel.
Demiaux et al ont montré
que l’ostéocalcine, marqueur de l’activité ostéoblastique, est deux
fois plus élevée en moyenne dans un groupe d’ostéomalaciques par
rapport à des témoins normaux.
Dans cette série, l’ostéocalcine est
corrélée avec les paramètres ostéoïdes statiques (OS/BS et OV/BV),
mais pas avec les paramètres dynamiques comme la vitesse de
minéralisation ou le BFR/BS.
L’ostéocalcine est corrélée
négativement avec le taux de 25-OH-vitamine D mais pas avec le
taux de calcitriol.
Dans une autre étude, Hoshino et al ont
comparé les taux de plusieurs marqueurs chez des ostéomalaciques
et dans d’autres pathologies osseuses métaboliques (ostéodystrophie
rénale, ostéoporose, hyperparathyroïdie primaire).
Il apparaît que
les phosphatases alcalines sont plus discriminantes dans
l’ostéomalacie que ne sont les taux d’ostéocalcine et de propeptide
carboxyterminal du collagène de type I (P1CP).
Le P1CP a été trouvé
élevé dans l’ostéomalacie par d’autres auteurs, mais avec de fortes
variations individuelles pouvant peut être correspondre à des stades
d’évolution différents de la maladie.
Les marqueurs de la
résorption sont augmentés quand il existe une hyperparathyroïde secondaire.
Signes histologiques
:
Le diagnostic histologique de l’ostéomalacie est attribué à Pommer,
un anatomopathologiste allemand du XIXe siècle qui le premier a pu
la différencier de l’ostéoporose.
L’ostéomalacie est définie
histologiquement par une accumulation de tissu non minéralisé
(tissu ostéoïde), due à un défaut de la minéralisation osseuse.
Ainsi,
le diagnostic histologique de l’ostéomalacie ne peut se faire que si
l’on pratique une analyse de l’os non décalcifié qui, grâce aux
colorations spécifiques, permet de quantifier le tissu ostéoïde.
Le
diagnostic d’une ostéomalacie se fait sur un faisceau d’arguments
cliniques biologiques et parfois radiologiques.
Néanmoins, il est
parfois nécessaire de réaliser une biopsie osseuse afin d’affirmer ce
diagnostic, notamment dans les cas complexes dans lesquels les
signes biologiques sont difficilement interprétables comme dans
l’ostéodystrophie rénale.
Avant que la technique d’histomorphométrie
osseuse quantitative soit répandue et relativement
normalisée, on pouvait faire le diagnostic histologique en comptant
le nombre de lamelles formant un liseré ostéoïde qui est
normalement inférieur à quatre.
Néanmoins, seul un double
marquage de l’os par la tétracycline, réalisé avant la biopsie osseuse,
permet d’affirmer le trouble de la minéralisation.
En effet, en
l’absence de données histodynamiques, on ne peut que constater un
état d’hyperostéoïdose, qui certes existe dans l’ostéomalacie, mais
est rencontrée également lors de l’hyperparathyroïdie ou de la
maladie de Paget, dans lesquelles l’augmentation des valeurs des
paramètres de formation statiques est due à l’accroissement du
nombre d’unités de remodelage en activité sans qu’il existe de
trouble de la minéralisation.
Les critères diagnostiques histomorphométriques de l’ostéomalacie
sont une augmentation de l’épaisseur des liserés ostéoïdes (OT) et
une augmentation du volume ostéoïde (OV/BV) associées à
un accroissement du MLT.
Cette augmentation du MLT est liée à
une diminution de la vitesse de minéralisation et du rapport existant
entre l’étendue des surfaces ostéoïdes et des surfaces en cours de
minéralisation (MS/BS).
La vitesse de minéralisation peut être
effondrée à tel point que les deux marquages de la tétracycline sont
fusionnés.
La conséquence au niveau tissulaire est la
diminution du taux de formation osseuse (BFR/BS).
Une diminution
isolée de la vitesse de minéralisation, sans accumulation d’ostéoïde,
n’est pas synonyme d’ostéomalacie.
On peut en effet la rencontrer
dans l’ostéopathie adynamique observée au cours de l’insuffisance
rénale, ce qui traduit une profonde dépression de l’apposition ostéoblastique.
Dans la préostéomalacie, on note des signes importants d’hyperparathyroïdie
secondaire ainsi que dans les formes débutantes des
ostéomalacies généralisées d’origine carentielle : les ostéoblastes sont
nombreux et développés, ils synthétisent abondamment de la
matrice, on note une augmentation des surfaces ostéoclastiques.
Dans la corticale, il existe une augmentation de la porosité liée à
l’hyperostéoclastose.
Plus tard, on peut voir apparaître une tunnélisation des travées par les ostéoclastes, en revanche la fibrose
péritrabéculaire est rare.
Dans les ostéomalacies sévères, il est
possible d’observer des ostéoclastes en train de résorber de
l’ostéoïde.
À ce stade, les ostéoblastes sont peu actifs, ils ont un
aspect applati et ressemblent aux cellules bordantes.
L’étendue des
surfaces marquées par la tétracycline diminue peu à peu jusqu’à
disparition complète de tout marquage dans les formes les plus
sévères.
Diagnostic :
Il se fait sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques et
radiologiques.
Dans les formes historiques, où tous les signes sont
présents, une biopsie osseuse n’est pas nécessaire.
Dans d’autres cas,
et notamment chez le sujet âgé, les signes cliniques et radiologiques
peuvent parfois se confondre avec une ostéoporose et tous les signes
biologiques ne sont pas présents.
À partir de données recueillies
chez des patients atteints soit d’ostéoporose, soit d’ostéomalacie et
ayant eu une biopsie osseuse, certains auteurs se sont attachés à
combiner ces différents paramètres afin de créer un score
diagnostique permettant d’exclure les ostéoporoses et les
ostéomalacies certaines, et de réserver la biopsie osseuse aux formes
dont les fractures sont de cause incertaine.
Ces études avaient
de plus l’avantage de montrer que les signes biologiques cardinaux
de l’ostéomalacie n’étaient pas toujours présents.
Il apparaissait que
les signes biologiques les plus sensibles étaient l’hypocalciurie et
l’augmentation des phosphatases alcalines et le signe biologique le
plus spécifique mais le moins sensible était l’hypophosphatémie.
Étiologie :
A - OSTÉOMALACIES LIÉES À UN TROUBLE
DU MÉTABOLISME DE LA VITAMINE D
:
1- Manque d’exposition solaire et carence d’apport
alimentaire en vitamine D
:
L’anhélie ou absence d’exposition solaire est un facteur essentiel de
l’ostéomalacie carentielle, car la vitamine D circulante est
majoritairement d’origine cutanée.
Elle se surajoute souvent aux
carences d’apports alimentaires en vitamine D, les populations à
risque étant, sous nos climats, les immigrés à peau foncée vivant
dans des conditions économiques précaires.
Cette situation a été
particulièrement bien étudiée chez les immigrés asiatiques au
Royaume-Uni, et notamment chez les Hindous qui, pour des raisons
culturelles, sont parfois exclusivement végétariens.
En France, la
carence en vitamine D a été étudiée. Dans une population d’adultes
sains, une concentration en 25-OH-vitamine D inférieure à 12 ng/mL
a été retrouvée chez 14 % des sujets.
Le taux de vitamine D
circulante était corrélé à la latitude (donc au degré
d’ensoleillement).
Chez les sujets âgés institutionnalisés qui, eux
aussi, cumulent les facteurs de risque (défaut d’ensoleillement lié au
confinement, altération de la synthèse cutanée de provitamine D due
au vieillissement, diminution des apports alimentaires), il a été
montré que 98 % des sujets avaient un taux de 25-OH-vitamine D
inférieur à 10 ng/mL.
On retrouve parfois une carence en vitamine D chez les sujets
suivant un régime strict, pauvre en graisses pour une
hypercholestérolémie, et chez les religieuses cloîtrées qui combinent
l’anhélie et, souvent, la restriction alimentaire.
Chez l’anorexique
mentale, l’ostéomalacie est possible mais exceptionnelle bien que
les apports alimentaires en vitamine D soient extrêmement réduits.
Cela est probablement dû au fait que l’ensoleillement est préservé
chez ces patientes.
2- Malabsorption de la vitamine D
:
Elle est liposoluble et nécessite par conséquent une absorption
correcte des graisses, une surface intestinale suffisamment étendue
pour permettre cette absorption et un métabolisme normal des sels
biliaires.
Le diagnostic d’une malabsorption digestive de la vitamine
D est difficile car il n’existe pas de test spécifique simple.
En effet, la
mesure des taux plasmatiques de calcidiol après une dose de charge
orale n’est pas fiable dans les maladies digestives.
La mesure du
taux sérique de calcitriol n’est pas non plus utile car des cas
d’ostéomalacie par malabsorption digestive, prouvés
histologiquement, ont été décrits sans diminution de la 1-25
dihydroxyvitamine D circulante.
On décrit ainsi des cas d’ostéomalacie lors de malabsorption
d’origine intestinale, la maladie coeliaque étant la cause la plus
fréquente.
La diminution de l’absorption intestinale du calcium
accélère souvent l’apparition d’un trouble de la minéralisation.
L’ostéomalacie est fréquente (50 à 70 % des patients selon les séries)
et peut révéler la maladie car elle peut survenir en l’absence de stéatorrhée évidente.
Le dosage des anticorps antigliadine et des
anticorps antiendomysiaux est donc très utile dans la détection
des formes frustes et le diagnostic de cette maladie.
Sa guérison
dépend alors d’un régime sans gluten.
Le déficit en vitamine D est fréquent au cours de la maladie de Crohn, mais les ostéomalacies sont plutôt décrites chez les
patients ayant subi une résection intestinale ou traités par la
cholestyramine.
Après un by-pass intestinal pour obésité il est
fréquent d’observer une diminution du taux de calcidiol dans
l’année qui suit la chirurgie.
Une ostéomalacie est présente dans 4 à
15 % des cas selon les séries.
La gastrectomie, surtout large, est aussi une cause de moins en
moins fréquente de malabsorption vitaminique D car ces
interventions sont plus rarement pratiquées.
L’ostéomalacie apparaît
au moins 5 ans après l’intervention.
La pullulation microbienne dans
l’anse borgne intestinale induisant une inactivation de la lipase, ainsi
qu’une diminution de l’activité des sels biliaires contribuent à
l’éclosion d’une ostéomalacie.
Des signes biologiques d’insuffisance
vitaminique D doivent être cherchés chez tout gastrectomisé, le signe
le plus précoce semblant être l’élévation des phosphatases
alcalines.
Néanmoins, dans une autre étude comprenant une
évaluation histomorphométrique osseuse chez 68 patients
gastrectomisés dont 18 % d’ostéomalaciques, les auteurs insistent sur
le caractère limité de l’apport des marqueurs sériques pour le
diagnostic puisque six patients ostéomalaciques présentaient une
calcémie et des phosphatases alcalines normales.
L’ostéomalacie est rare mais possible dans la pancréatite chronique,
surtout si elle entraîne une stéatorrhée.
3- Altération de l’hydroxylation en 25 de la vitamine D
:
La plupart des maladies hépatiques entraînent plutôt une
ostéoporose ou une ostéopénie à turn-over osseux bas (cirrhose
biliaire primitive, cirrhose alcoolique, etc).
Néanmoins, quelques
cas d’ostéomalacie associée à des maladies hépatiques sont
rapportées.
Le trouble du métabolisme de la vitamine D est d’origine
multiple et ne peut se résumer à une altération de l’activité de la
25-hydroxylase hépatique. Dans la cirrhose biliaire primitive,
l’ostéomalacie est surtout liée à un défaut d’absorption des graisses
induit par le déficit en excrétion de sels biliaires.
Chez l’éthylique
chronique, la dénutrition et la carence d’apports alimentaires en
vitamine D est fréquente, mais l’ostéopathie la plus fréquente est
une ostéoporose avec, sur le plan histologique, une augmentation
des surfaces de résorption liée à une hyperparathyroïdie
secondaire.
Dans l’insuffisance hépatique, on note une diminution
de la synthèse de la protéine porteuse de la vitamine D (VDBP) qui
contribue néanmoins très faiblement à la diminution du taux de 25- OH-vitamine D circulante car la VDBP est très peu saturée (< 5 %).
De plus, une insuffisance hépatique sévère au point de conduire à
une diminution de la 25-hydroxylase provoque souvent le décès du
patient bien avant qu’il ait eu le temps de développer une
ostéomalacie.
Un seul cas de déficit génétique de l’activité de la 25-hydroxylase
hépatique est à ce jour rapporté.
4- Déficit en 1-alpha-hydroxylase rénale
:
Il existe un déficit génétique de l’activité de la 1-alpha-hydroxylase
rénale de type autosomique récessif (mutation localisée sur le
chromosome 12q13-14) appelé rachitisme vitaminodépendant de
type I ou rachitisme pseudocarentiel de Prader.
Il se manifeste très
tôt au cours des 6 premiers mois de la vie et se caractérise par une
hypocalcémie, une hypophosphatémie et une hypocalciurie
associées à un taux de 25-OH-vitamine D circulante normal ou élevé
et un taux de calcitriol effondré.
L’activité de la 24-hydroxylase est
en revanche normale. Ces sujets sont insensibles au traitement par
le calcidiol et guérissent sous calcitriol.
Dans l’insuffisance rénale chronique, la réduction néphronique
entraîne une diminution du taux de calcitriol à partir d’une clairance
de la créatinine inférieure à 50mL/min et peut donc conduire à une
ostéomalacie.
L’incidence de l’ostéomalacie dans l’ostéodystrophie
rénale est mal connue, varie selon les séries et dépend
surtout de la charge des patients en aluminium, qui peut induire à
lui seul une ostéomalacie pour des raisons indépendantes de la
baisse de calcitriol.
Le plus souvent, elle s’associe à des lésions
d’hyperparathyroïdie secondaire dans le cadre d’une ostéopathie
mixte.
Rapporter une ostéomalacie chez l’insuffisant rénal à un
déficit en calcitriol impose l’élimination des autres causes : l’acidose,
la carence d’apport en vitamine D, la déplétion phosphatée par excès
de chélateurs des phosphates.
5- Accélération du catabolisme de la vitamine D
:
La vitamine D non utilisée et non stockée est catabolisée par le foie
par une série d’oxydations conduisant à la formation de métabolites
non actifs dont le métabolite terminal, l’acide calcitroïque.
Les
enzymes hépatiques responsables de cette dégradation peuvent être
stimulées essentiellement par les anticonvulsivants (barbituriques, carbamazépine et diphényl-hydantoïne) et la
rifampicine.
Ces traitements au long cours peuvent modifier le
catabolisme de la vitamine D, et donc potentiellement induire une
ostéomalacie.
Cette hypothèse a été évoquée dans les années
soixante-dix et certains auteurs ont rapporté, alors, chez des
épileptiques, une fréquence accrue d’hypocalcémies et une
diminution du taux de 25-OH-vitamine D circulante.
Elle semblait
être en relation avec la dose et la durée du traitement antiépileptique
et des cas d’ostéomalacie ont été décrits.
Plus tard, il a été
reconnu que l’ostéomalacie développée sous antiépileptiques était
possible mais rare et souvent associée à un déficit d’apport
alimentaire en vitamine D ou à une anhélie, notamment chez les
sujets institutionnalisés.
Chez ces derniers, l’incidence des fractures
a été évaluée à 10 % dans une population de 155 patients par Nilsson et al. Par ailleurs, il a été montré que les barbituriques et
la phénitoïne pouvaient inhiber directement le transport digestif du
calcium, indépendamment du métabolisme de la vitamine D.
De
plus, la phénitoïne est capable, in vitro, de réduire la réponse
ostéoclastique à la PTH et au calcitriol.
Ces données montrent bien
qu’une hypocalcémie observée sous anticonvulsivants est d’origine
multifactorielle.
Quelque soit son mécanisme, il apparaît néanmoins
que les épileptiques traités ont des besoins accrus en vitamine D
même s’ils ne sont pas institutionnalisés.
6- Pertes urinaires de 25-OH-vitamine D
:
Elles sont décrites au cours du syndrome néphrotique, en l’absence
d’insuffisance rénale et sont liées à la fuite urinaire de la protéine
porteuse de la vitamine D.
Chez ces patients qui présentent une
hypocalcémie en partie liée à l’hypoalbuminémie, le taux de PTH
peut être élevé.
Le taux de 25 OH-vitamine D est effondré et celui
du calcitriol est diminué ainsi que le taux de leur protéine porteuse
VDBP.
Néanmoins, le dosage du calcitriol libre est normal.
Une
étude histomorphométrique portant sur les patients présentant un
syndrome néphrotique depuis 3 ans en moyenne, a mis en évidence
une ostéomalacie dans la moitié des cas.
Le MLT était
positivement corrélé avec la durée du syndrome néphrotique et
l’importance de la protéinurie.
7- Anomalies du récepteur
de la 1-25 dihydroxyvitamine D
:
En 1978, Brooks et al ont décrit un patient présentant une
hypocalcémie et une ostéomalacie associées à un taux très élevé de calcitriol évoquant une résistance des organes-cibles au calcitriol.
Cette maladie, de type autosomique récessif, est appelée rachitisme vitaminodépendant de type II et est liée à des anomalies du
récepteur de la vitamine D.
Ces anomalies sont polymorphes : il peut s’agir d’une diminution du nombre des récepteurs, d’un
défaut ou de l’absence d’affinité du récepteur pour le calcitriol, d’un défaut
de translocation nucléaire d’un récepteur d’affinité normale, ou
d’une altération de la capacité de liaison du récepteur à l’ADN
des séquences promotrices des gènes-cibles.
Cinquante fratries sont connues.
La plupart des sujets présentent
des symptômes dans l’enfance, un cas de révélation à l’âge adulte a
été décrit.
Les deux tiers des patients ont une alopécie et certains
présentent des anomalies dentaires ou des kystes épidermiques.
Les
signes biologiques comportent une hypocalcémie, une
hypophosphatémie et une augmentation importante du taux de PTH.
Les lésions d’hyperparathyroïdie secondaire prédominent sur
le plan histologique.
B - RACHITISMES OU OSTÉOMALACIES NON LIÉS
À UN TROUBLE DU MÉTABOLISME DE LA VITAMINE D
:
Ostéomalacies liées à un trouble du métabolisme
du phosphate :
* Déplétion phosphatée :
Il s’agit d’une cause rare d’ostéomalacie, car la carence d’apport en
phosphates est exceptionnelle.
Elle peut être liée à la prise chronique
(durant au moins 2 ans) d’antiacides à visée antiulcéreuse contenant
des gels d’alumine et de magnésium ou de sucralfate dont la
propriété est de chélater le phosphate intestinal qui n’est donc
plus absorbé. On note une nette prédominance féminine.
La
calcémie est normale, la phosphatémie est basse et les phosphatases
alcalines sont élevées.
L’élimination phosphatée rénale est effondrée
alors que la calciurie est souvent augmentée et le taux de calcitriol
circulant est normal ou élevé.
La biopsie osseuse objective un trouble
de la minéralisation classique.
Lorsque l’ingestion de gel d’alumine
a été prédominante, ce trouble de la minéralisation peut être aggravé
par une intoxication à l’aluminium.
Les signes disparaissent
après l’arrêt des gels d’alumine et une supplémentation phosphatée.
Des ostéomalacies ont été rapportées chez des insuffisants rénaux
non dialysés sous restriction phosphatée sévère prolongée ;
néanmoins, aucune hypophosphatémie n’avait été mise en évidence
tout au long du suivi.
Par ailleurs, en dehors de l’insuffisance
rénale, une hypophosphatémie modérée chronique en l’absence de
carence en phosphate, entraîne plutôt une ostéoporose à bas niveau
de remodelage qu’une ostéomalacie.
Le déficit d’apport en phosphates comme cause d’ostéomalacie a pu
être rapporté au début de l’utilisation de la nutrition parentérale ; le
trouble de la minéralisation se résolvait si l’on supplémentait les
enfants en phosphates.
De même, l’allaitement au sein peut
entraîner des troubles de la minéralisation en l’absence de supplémentation en phosphates chez les prématurés.
* Perte rénale de phosphates :
+ Rachitisme vitaminorésistant hypophosphatémique familial lié à l’X
(RHX)
:
C’est la cause la plus fréquente de rachitisme héréditaire liée à une
perte rénale de phosphate.
Sa fréquence est de 1 / 20 000 naissances.
Le phénotype se caractérise par une perte sélective rénale du
phosphate due à un trouble de la réabsorption tubulaire du
phosphate, une anomalie de l’absorption intestinale du phosphate
et du calcium et un défaut de minéralisation du squelette.
Elle se
transmet sur un mode dominant lié au chromosome X, mais d’autres
modes de transmission, de type récessif, ont été rapportés.
La
maladie est plus fréquente chez les femmes, mais plus sévère chez
l’homme.
Ces anomalies ne sont pas corrigées par des doses
physiologiques de vitamine D.
– Aspects cliniques.
Chez l’adolescent, il existe des déformations des membres inférieurs
(coxa vara, genu varum ou valgum) des douleurs osseuses et une
petite taille.
À cet âge, les fractures ou fissures sont possibles mais
rares.
Les symptômes s’atténuent à la fin de la puberté mais, si l’on
réalise une biopsie osseuse à l’âge adulte, le trouble de la
minéralisation persiste.
Chez l’adulte, les fissures se font moins rares
et leur fréquence augmente avec l’âge.
– Aspects radiologiques.
Chez l’adulte, ce qui frappe le plus est la propension à développer
des enthésopathies (ossifications des insertions tendineuses) assez
exubérantes.
Elles se localisent au bassin, au rachis aux
épaules et aux coudes.
La masse osseuse a tendance à augmenter
avec l’âge peut-être du fait de ces enthésopathies, mais il existe aussi
une augmentation du volume trabéculaire osseux à la biopsie.
– Profil biologique.
Ces anomalies se traduisent sur le plan biologique par l’association
d’une hypophosphatémie, de phosphatases alcalines élevées et d’un
taux anormalement bas de calcitriol compte tenu l’hypophosphatémie.
Le taux de PTH est normal.
– Particularités histologiques.
Outre le trouble de la minéralisation, on note la présence de zones hypominéralisées autour des lacunes ostéocytaires qui peuvent
persister même après traitement efficace du trouble de la
minéralisation.
– Physiopatholgie du RHX.
Les études génétiques ont pu montrer que le gène du RHX est situé sur la partie distale du bras court du chromosome X dans la région
Xp22.1-p22.2.
Un modèle animal (la souris HYP) a permis de mieux
étudier cette anomalie.
Le taux anormalement bas de calcitriol
est dû à une augmentation de sa dégradation par augmentation de
l’activité de la 1-25 (OH)2 vitamine D3-24-hydroxylase rénale.
Le
défaut de transport de phosphate rénal est plutôt rapporté à une
diminution de la réabsorption tubulaire de phosphate dans le tube
contourné proximal.
Chez la souris HYP, il a été montré que
l’expression du Na+ /PO4
– cotransporteur NPT2 était diminuée,
précisément dans le tube contourné proximal.
Le défaut de
minéralisation n’est probablement pas dû uniquement au manque
de phosphate circulant.
En effet, des études in vitro objectivent un
trouble intrinsèque de la minéralisation d’ostéoblastes issus de
souris HYP alors qu’il ne semble pas exister de trouble du
transport de phosphate chez les ostéoblastes HYP.
De plus, la
transplantation d’ostéoblastes de souris HYP dans des souris
normales ne corrige pas les altérations de la formation osseuse.
En 1995, le gène responsable de RHX a été cloné.
Ce gène, appelé PHEX (phosphate regulating gene with homologies with endopeptidases
on the X chromosome ou rachitisme vitaminorésistant
hypophosphatémique familial lié à l’X), appartient à la famille des
métalloendopeptidases qui comprend également l’enzyme de
clivage responsable de l’activation de l’endothéline.
PHEX est
exprimé dans les lymphocytes B, le poumon de l’adulte, le foie du
foetus, et les ostéoblastes.
On ne connaît pas en revanche le substrat
de l’enzyme produite par le gène PHEX, mais on suspecte qu’il
s’agit d’un facteur humoral puisque l’expérience de circulations
croisées entre une souris HYP et une souris normale conduit à une
fuite phosphatée chez la souris normale.
On a donné le nom de
« phosphatonine » à ce facteur humoral encore inconnu, qui pourrait
être synthétisé par le foie.
Les formes apparaissant à l’âge adulte
sont, elles aussi, liées à une mutation du gène PHEX.
+ Ostéomalacie oncogénique hypophosphatémique
:
Il s’agit d’un trouble rare (moins de 100 cas publiés).
L’ostéomalacie hypophosphatémique est liée à la présence d’une tumeur
mésenchymateuse le plus souvent bénigne, dont l’ablation quand
elle est possible, ce qui n’est pas toujours le cas, guérit la maladie.
Le trouble métabolique est comparable à celui du RHX.
Il se
caractérise également par un défaut de réabsorption tubulaire des
phosphates associé à un taux anormalement bas (voire indétectable)
de calcitriol en présence d’une hypophosphatémie, du fait d’un
déficit de l’activité de la 1-alpha-hydroxylase rénale.
Les symptômes
apparaissent entre 20 et 50 ans (extrêmes : de 6 à 88 ans) et le délai
entre le début des signes d’ostéomalacie et la découverte de la
tumeur varie de 5 ans, en moyenne, à 15 ans.
Contrairement au RHX, ces patients, ont des douleurs osseuses et une myopathie mais
ne développent jamais d’enthésopathies.
Le milieu conditionné provenant de lignées cellulaires originaires
de ces tumeurs sont capables d’inhiber in vitro le transport de
phosphate dans des cellules rénales.
Ces données suggèrent
l’existence, comme dans le RHX, d’un facteur humoral
hypophosphatémiant sécrété par la tumeur.
Ce facteur n’est ni la PTH ou la PTHrP (PTH-related protein, responsable des
hypercalcémies paranéoplasiques), ni la stanniocalcine, une hormone
récemment découverte chez l’homme et stimulant la réabsorption
tubulaire du phosphate.
Les tumeurs décrites sont le plus
souvent des hémangiopéricytomes, mais l’association avec une
dysplasie fibreuse, une neurofibromatose, des tumeurs malignes
pulmonaires, ou un histiocytome malin a été rapportée.
En l’absence
de localisation de la tumeur ou de possibilité d’ablation de la lésion
un apport de phosphate et de calcitriol améliore les signes.
De nombreux auteurs ont rapporté une ostéomalacie survenant chez
des patients présentant des métastases ostéocondensantes de cancer
de la prostate.
Parmi eux, certains identifient ce trouble de la
minéralisation à une ostéomalacie de type oncogénique hypophosphatémique.
En réalité, il a été largement démontré que
ces patients ont en fait une carence calcique du fait de la demande
accrue de minéral liée à formation osseuse d’origine métastatique,
ou « syndrome d’avidité osseuse » (hungry bone syndrome).
Ces
patients d’ailleurs associent souvent une hypocalcémie et une
hypocalciurie à l’hypophosphatémie, ou présentent une
hyperparathyroïdie secondaire importante, responsable de
l’élévation du taux de 1-25 (OH)2 vitamine D circulante.
Ils sont
fréquemment symptomatiques (douleurs diffuses, fractures) et les
symptômes cliniques et les signes histologiques d’ostéomalacie
s’améliorent sous traitement vitaminocalcique.
+ Hypophosphatémie avec lésions osseuses
:
Elle a été décrite comme étant une entité différente du rachitisme hypophosphatémique.
Elle n’est pas liée à l’X et est responsable
d’une ostéomalacie histologique.
La fuite rénale de phosphates est associée à des taux anormalement
bas de calcitriol.
Un sous-groupe de sujets atteints présente à l’âge
adulte des douleurs osseuses, des fractures sans déformations des
membres inférieurs, alors qu’un autre sous-groupe présente des
signes de rachitisme dans l’enfance avec déformations des membres
inférieurs.
Curieusement, chez certains de ces sujets, la fuite rénale
phosphatée disparaît à la puberté.
La mutation transmise de façon
autosomique dominante est située sur le locus 12p13.
+ Rachitisme hypophosphatémique récessif
:
Il en existe deux types.
D’une part, il peut s’agir de cas très rares de
rachitisme sévère hypophophatémique à transmission autosomique
récessive, persistant à l’âge adulte sous forme d’ostéomalacie associé
à une ostéosclérose et des ossifications extrasquelettiques.
D’autre part, ont été rapportés des cas de rachitisme hypophosphatémique récessif lié à l’X qui associent une
néphrocalcinose et des lithiases dans l’enfance, ainsi que des anomalies
tubulaires proximales entraînant une protéinurie modérée.
L’anomalie génétique responsable
de cette dernière maladie a été localisée à la région 11.2p du
chromosome X et correspond à une mutation d’un canal chlore
rénal CLCN5.
+ Hypercalciurie hypophosphatémique héréditaire
:
Cette anomalie est décrite dans des populations de bédouins.
Les
signes cliniques sont ceux du rachitisme.
Sur le plan biologique, on
constate une hypophosphatémie liée à une diminution du taux de
réabsorption tubulaire du phosphate et une hypercalciurie.
La
calcémie et le taux de calcidiol circulant sont normaux.
Le taux de calcitriol est élevé, ce qui est probablement secondaire à
l’hypophosphatémie et responsable de l’hypercalciurie.
La PTH est
normale ou basse.
Les anomalies biologiques (sauf la fuite rénale du
phosphate) et histologiques sont corrigées par un apport accru en
phosphate.
Certains sujets ont une hypercalciurie et une
hypophosphatémie modérée mais pas d’ostéomalacie.
+ Syndrome de Fanconi :
L’hypophosphatémie est liée à une perte rénale des phosphates en
rapport avec une tubulopathie.
La fuite des phosphates peut être
isolée ou associée à une perte rénale de glucose, d’acides aminés, de
calcium et parfois de bicarbonates conduisant à une acidose sans
anomalie de la fonction rénale.
Le syndrome de Fanconi peut être
acquis ou héréditaire.
Le taux de calcitriol circulant est le plus souvent bas, témoignant
probablement d’un défaut de sa synthèse rénale.
+ Acidose tubulaire distale
:
Lorsqu’elle est héréditaire, il s’agit d’une maladie de transmission
autosomique dominante à pénétrance variable.
Elle associe des
lithiases rénales à répétition et une hypotonie musculaire, liée à une
hypokaliémie.
Sur le plan biologique, outre l’hypophosphatémie
qui reste modérée, il existe une acidose métabolique hyperchlorémique avec une alcalinité paradoxale des urines.
Le taux
de calcitriol est normal.
On note une hyperchlorémie et une
hypercalciurie contribuant à la survenue des lithiases.
L’ostéomalacie est devenue rare car le traitement de l’acidose
commence tôt.
L’acidose tubulaire distale peut être acquise et secondaire, entre
autres à une néphropathie interstitielle, un syndrome de Gougerot-Sjögren ou une intoxication iatrogène en oxyde de
fer.
+ Hyperparathyroïdie primaire
:
Elle peut être responsable d’une hypophosphatémie sévère et d’une
fuite importante de phosphates liée directement à l’action tubulaire
de la PTH et peut donc, dans de rares cas, induire une
ostéomalacie, surtout si l’hyperparathyroïdie a évolué
longtemps.
C- INHIBITION DIRECTE DE LA MINÉRALISATION
:
1- Toxiques osseux inhibant la minéralisation
:
* Composés fluorés
:
Ils ont été décrits comme susceptibles d’entraîner une ostéomalacie :
l’eau de Vichyt, l’acide niflumique et le fluorure de sodium
ou le monofluorophosphate disodique lorsqu’ils étaient prescrits
dans le traitement de l’ostéoporose.
Chez l’insuffisant rénal, la
boisson d’eaux légèrement fluorées, et éventuellement le fluor
contenu dans les bains de dialyse, pourraient être à l’origine de
certaines ostéomalacies.
* Bisphosphonates :
Ce sont des analogues structuraux des pyrophosphates qui, de ce
fait, se localisent préférentiellement dans le tissu osseux.
Ils inhibent
la résorption ostéoclastique et sont utilisés dans le traitement de la
maladie de Paget, de l’ostéoporose et des ostéopathies malignes.
Les bisphosphonates de première génération comme l’étidronate
(EHDP) peuvent entraîner l’apparition d’un trouble de la
minéralisation conduisant à l’apparition de lésions ostéolytiques et
parfois de fractures.
Cela a été montré à plusieurs reprises dans la
maladie de Paget pour des doses élevées d’étidronate
(20 mg/kg/j) mais également, et de façon beaucoup plus rare,
pour des doses plus faibles, habituellement utilisées (5 mg/kg/j).
Une ostéomalacie focale a été rapportée après un an d’étidronate
dans le cadre de traitement de l’ostéoporose, (400 mg/j, 14 jours tous
les 3 mois).
La fourchette thérapeutique des bisphosphonates de
deuxième et troisième générations est bien plus large, néanmoins
un défaut de minéralisation a été rapporté chez des patients
pagétiques traités par pamidronate intraveineux.
Aucune
ostéomalacie n’a été notée à ce jour sous alendronate.
* Aluminium :
Chez l’insuffisant rénal chronique, l’excès de gels d’alumine, utilisés
pour chélater le phosphate intestinal, peut entraîner une
ostéomalacie.
L’aluminium des bains de dialyse, responsable
pendant un temps d’une charge aluminique accrue, a été éliminé
depuis plusieurs années.
La charge aluminique des patients peut
être évaluée par dosage de l’aluminium sérique pendant un test à la desferrioxamine, utilisée également pour le traitement de cette
intoxication.
Le diagnostic spécifique est histologique grâce à une
coloration spéciale à l’Aluminont.
L’aluminium peut également
induire un autre trouble osseux métabolique : l’ostéopathie
adynamique caractérisée par un effondrement du taux de formation
osseuse comme dans l’ostéomalacie mais sans accumulation
d’ostéoïde.
Chez des patients traités par nutrition parentérale, des ostéomalacies
par intoxication aluminique ont pu être décrites, néanmoins la
lésion histologique rapportée le plus souvent est une ostéopathie
adynamique avec turn-over osseux lent.
Elle était liée à un
apport excessif d’aluminium dans les solutés perfusés.
* Strontium
:
Une concentration osseuse de strontium anormalement élevée a été
trouvée chez les patients insuffisant rénaux ayant une
ostéomalacie.
Or, on sait que le strontium peut induire
expérimentalement une ostéomalacie chez le rat urémique.
Il se
pourrait donc que l’accumulation osseuse de strontium présent
comme contaminant dans les bains de dialyse puisse être la cause
de certaines ostéomalacies chez l’insuffisant rénal.
* Cadmium
:
Des ostéomalacies survenant chez des sujets exposés à de fortes
doses de cadmium ont été surtout décrites au Japon (maladie de Itai-Itai).
La physiopathologie du défaut de minéralisation est complexe car le cadmium peut interférer avec le métabolisme de la
vitamine D, induire une insuffisance rénale, et inhiber la
minéralisation osseuse soit directement, soit en favorisant le dépôts
d’autres métaux.
* Thorium :
De rares cas d’ostéomalacies ont été rapportées après exposition au thorotrast.
2- Acidose :
Au cours de l’insuffisance rénale, l’acidose aggrave la diminution
de l’activité de la 1-alpha-hydroxylase rénale, mais elle agit aussi
probablement plus directement sur la minéralisation osseuse.
On
peut observer des ostéomalacies hypophosphatémiques liées à
l’acidose métabolique dans les anastomoses urétérodigestives
comme l’urétérosigmoïdostomie.
3- Carence en calcium
:
Les troubles de la minéralisation dus à une carence en calcium en
l’absence de carence en vitamine D ont été surtout rapportés chez
des enfants.
Chez l’adulte, un défaut d’absorption digestive
du calcium lié à un régime riche en phytates apportés par des céréales a été
évoqué comme une cause éventuellement additive d’ostéomalacie
chez des immigrés asiatiques en Angleterre.
Enfin, la nutrition parentérale à
ses débuts a pu être responsable de quelques cas d’ostéomalacies
par insuffisance d’apport en calcium.
4- Hypophosphatasie :
Il s’agit d’une maladie génétique dont la prévalence est de
1/1 000 000 naissances et qui est liée à un défaut d’activité de
l’isoenzyme non spécifique (os/foie/rein) de la phosphatase alcaline
et dont la transmission est de type autosomique récessive.
Il en
existe quatre formes classées selon le moment de leur apparition au
cours de la vie.
Chez l’adulte (type IV), elle peut se manifester à
la cinquantaine par la survenue récurrente de fractures des
métatarsiens.
La plupart des adultes atteints rapportent des
anomalies dentaires, comme la perte précoce des dents de lait
pendant l’enfance.
Sur le plan histologique, on trouve une
accumulation de tissu ostéoïde classique.
La physiopathologie fait
intervenir l’accumulation des pyrophosphates (non dégradés par la
phosphatase alcaline déficiente) qui sont des inhibiteurs de la
minéralisation et qui expliqueraient la fréquente association à une
chondrocalcinose.
D - AUTRES OSTÉOMALACIES ACQUISES RARES
DE MÉCANISME INCONNU :
1- Fibrogenèse imparfaite
:
C’est une maladie exceptionnelle (moins de 20 cas publiés). Elle se
caractérise par l’apparition de fractures-arrachements au niveau des
points d’insertion tendineux (trochanter, olécrane, rotule).
La
multiplication de ces fractures, associée à une déformation
progressive des côtes et à une cyphose, conduit souvent à un état
grabataire et au décès des patients.
Elle survient le plus souvent
chez l’adulte de plus de 50 ans et est parfois associée à une gammapathie monoclonale bénigne.
Les clichés radiographiques
objectivent, outre la déminéralisation, une trame osseuse grossière
et fibrillaire. Le diagnostic est histologique grâce à l’analyse en
lumière polarisée.
L’ostéoïde accumulé n’est pas lamellaire, il se
présente sous la forme d’une substance amorphe qui n’a pas non
plus l’aspect tissé.
Un seul cas d’amélioration du trouble de la
minéralisation a été rapporté grâce à l’association melphalan/prednisone.
2- Ostéomalacie axiale :
Elle est caractérisée par la présence d’une trame osseuse irrégulière
et grossière localisée uniquement au squelette axial et épargnant le
squelette appendiculaire.
Elle est décrite principalement chez des
hommes de la cinquantaine et est paucisymptomatique (douleurs
osseuses, pas de fractures).
Les radiographies peuvent parfois mimer
une spondylarthropathie dans sa forme axiale.
Les paramètres du métabolisme
phosphocalcique sont normaux, sauf la phosphatase alcaline qui
peut être augmentée.
Aucun traitement efficace n’a été
à ce jour rapporté.
3- Splénomégalie myéloïde :
Lors de la métaplasie myéloïde de
la rate, on peut observer une ostéomalacie histologique dans les
formes avancées, notamment lorsque la fraction d’os tissé est
importante.
La relation entre douleurs
osseuses et ostéomalacie reste néanmoins incertaine.
4- Pseudohypoparathyroïdie :
Une ostéomalacie a été rapportée au cours d’une
pseudohypoparathyroïdie (résistance congénitale à la PTH)
entraînant une hypocalcémie et une hyperphosphatémie et
dont les mécanismes physiopathologiques sont mal expliqués.
Traitement :
Il dépend de la cause. Les ostéomalacies carentielles ou par
malabsorption digestive guérissent en 6 à 8 mois par la vitamine D2
ou D3 à des doses de 2 000 et 4 000 UI/j.
L’association d’un
supplément calcique d’au moins 1 g/ j est indispensable.
La
régression des douleurs osseuses et de la faiblesse musculaire
s’effectue de façon spectaculaire en 1 à 2 mois, suivie par la
disparition des fissures.
Le traitement par vitamine D corrige les
anomalies musculaires et mitochondriales musculaires observées
chez des animaux carencés en vitamine D.
La calcémie est la première à augmenter et se normalise, la plupart
du temps, dès le premier mois.
La phosphatémie augmente
parallèlement à la calcémie en début de traitement pour atteindre
des valeurs parfois supérieures de la normale pendant quelques
semaines pour se normaliser dans un second temps.
Les
phosphatases alcalines peuvent augmenter en début de traitement.
La PTH diminue progressivement et cette régression
l’hyperparathyroïdie secondaire contribue à améliorer le taux de
réabsorption tubulaire des phosphates et la phosphatémie.
On peut
évaluer, tous les 3 mois, la reminéralisation du squelette par la
mesure de la densité minérale osseuse qui peut ainsi augmenter
jusqu’à 20 % en 6 mois.
Les doses de vitamine D sont ensuite réduites, mais on recommande
une prévention des rechutes par un supplément quotidien de 600 à
1 000 UI/j ou une administration de 200 000 UI de vitamine D deux
fois par an, associée à des mesures diététiques et une meilleure
exposition solaire.
Il est à noter que la biodisponibilité des formes
injectables est moins bonne que celle des formes orales.
Une étude prospective portant chez des sujets ostéomalaciques
traités pendant deux ans en moyenne a montré que le traitement
par la vitamine D corrigeait le trouble de la minéralisation
(réduction du volume ostéoïde et augmentation du volume
trabéculaire osseux minéralisé) dans les deux compartiments osseux
cortical et trabéculaire.
Néanmoins, on notait une perte osseuse
corticale irréversible, liée à l’amincissement des corticales,
conséquence de l’hyper-résorption endostéale induite par
l’hyperparathyroïdie secondaire.
Les ostéomalacies liées au défaut d’hydroxylation en 25 relèvent de
la 25 (OH) vitamine D à raison de 25 à 50 µg/j (1 µg = 40 UI).
Les ostéomalacies par défaut de la 1-hydroxylation rénale doivent
être traitées par le 1,25 (OH)2 vitamine D3 ou la 1-alpha-vitamine D.
La dose de 1,25 (OH)2 D3 est de l’ordre de 1 à 3 µg/j, avec
surveillance régulière de la calcémie et de la calciurie chez les
insuffisants rénaux qui ont une diurèse maintenue.
Le traitement
préventif relève de doses plus faibles de l’ordre de 0,25 à 1 µg/j car
il faut éviter la survenue d’ostéopathie adynamique,
d’hypercalcémie et de calcifications extrasquelettiques.
On traite le rachitisme ou l’ostéomalacie liés à l’X avec de fortes
doses de calcitriol (1 à 3 µg/j) ou de 1-alpha vitamine D (2 à 6 µg/j),
la dose de ces derniers étant ajustée en fonction de l’évolution de la
calcémie et de la calciurie, et du phosphate (1 à 4 g de phosphateélément/
j répartis en quatre à cinq prises).
La tolérance digestive du
phosphate peut être un élément limitant.
La perte urinaire de
calcium et de phosphate peut être réduite par l’adjonction d’un
diurétique thiazidique.
Ceci est particulièrement observé chez les
patients plutôt traités par 25-OH-vitamine D qu’avec le calcitriol.
Le
traitement doit être surveillé avec soin car de trop fortes doses de
phosphate peuvent conduire à une hyperparathyroïdie secondaire,
puis tertiaire.
Néanmoins, depuis l’avènement du calcitriol, le
contrôle de la sécrétion de PTH est plus facile.
Toutefois, du fait
d’un taux élevé de 1,25 (OH)2 vitamine D circulante sous traitement
on peut augmenter l’absorption digestive de calcium et induire une hypercalciurie, voire une hypercalcémie.
Un élément limitant est
donc la possible toxicité à long terme de la vitamine D sur le
rein.
De façon intéressante, il semble que les filles hétérozygotes
(X muté, X) répondent mieux au traitement que les garçons hémizygotes (X muté, Y) soutenant ainsi l’hypothèse d’un effet-dose
du gène dans cette affection dominante liée à l’X.
La poursuite
du traitement à l’âge adulte a été discutée, néanmoins, l’amélioration
des patients symptomatiques sous phosphate et calcitriol la
justifie.
Le problème est alors la compliance au traitement et,
notamment, de respect des cinq prises de phosphate par jour.
Des
études évaluant la prise isolée de calcitriol à la dose de 1 à 2 µg/j
semblent être encourageantes.
On peut guérir l’ostéomalacie non hypophosphatémique liée à
l’acidose par une simple alcalinisation : c’est le cas notamment de
l’ostéomalacie liée aux anastomoses urétérodigestives et de
l’insuffisance rénale dans certains cas.
Si l’on choisi d’adjoindre
au traitement du calcium, le carbonate de calcium est le sel de
calcium de choix car le plus alcalin.
L’ostéomalacie oncogénique relève de l’exérèse de la tumeur
lorsqu’elle est identifiée.
Si la tumeur n’est pas localisée, une
association phosphate-1,25 (OH)2 vitamine D peut améliorer la
maladie, sans la guérir.
L’ostéomalacie liée à l’accumulation de toxiques dans l’os ne sont
généralement pas sensibles à l’adjonction de calcium ou de vitamine
D.
Seul le traitement par la desferrioxamine est capable de chélater
l’aluminium et est largement utilisé chez l’insuffisant rénal.