Myélome multiple Physiopathologie Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Le myélome multiple (MM) est une maladie clonale acquise
impliquant des lymphocytes B en fin de différenciation : les
plasmocytes.
Le MM est considéré comme une néoplasie
évoluant en plusieurs phases :
– une phase initiale durant laquelle les plasmocytes sont
immortalisés mais s’accumulent dans la moelle sans proliférer ;
– une phase d’activité où une faible fraction des cellules devient
proliférative, acquiert des caractères cytologiques plasmoblastiques,
des caractéristiques phénotypiques particulières, et additionne des
événements oncogéniques ;
– une phase terminale qui se caractérise par des localisations extramédullaires et une expansion du composant plasmoblastique.
Le MM est souvent précédé par un processus tumoral non malin,
dénommé gammapathie monoclonale de signification indéterminée.
Cette gammapathie est constituée de moins de 10 % de
plasmocytes médullaires, et se transforme en un MM vrai, exprimant
le même clonotype et le même isotype d’immunoglobuline, à un
taux de 1 % par an.
Les études épidémiologiques suggèrent que 30 %
environ des MM pourraient être précédés d’une telle gammapathie
monoclonale, en opposition à des MM dits de novo.
Cellule myélomateuse maligne
:
La cellule myélomateuse est un plasmocyte à durée de vie longue.
Ces plasmocytes dérivent de lymphocytes B activés ayant été
stimulés par un antigène dans les centres germinatifs des ganglions.
Ces lymphocytes B dits postgerminatifs, ou « à mémoire », subissent
des phénomènes répétés d’hypermutation dans les régions variables
réarrangées de leurs gènes d’immunoglobulines.
Ils opèrent ensuite
un switch de recombinaison de la chaîne lourde de l’immunoglobuline
(Ig) (IgM à IgG, A, D, E), pour finalement migrer dans la
moelle osseuse et s’y différencier en plasmocytes à longue durée de
vie.
L’essentiel des événements oncogéniques qui conduisent à la cellule myélomateuse n’interfère pas avec la différenciation plasmocytaire normale.
Les régions variables des gènes d’immunoglobulines des
cellules myélomateuses sont porteuses d’hypermutations
somatiques nombreuses, qui semblent stables au cours du temps
(fig 2).
Comme son homologue normal, la cellule myélomateuse est
localisée dans la moelle en contact étroit, grâce à des molécules
d’adhésion, avec les cellules du stroma médullaire et les cellules
osseuses.
Dans sa forme terminale, le MM peut progresser vers
une forme extramédullaire, dénommée leucémie à plasmocytes
secondaire.
Parfois cependant, la maladie est inaugurée par une
leucémie aiguë à plasmocytes primitive.
À tous les stades, la maladie
est peu proliférative, avec des index de prolifération cellulaire allant
de < 0,5 % dans les gammapathies monoclonales bénignes, à < 1 %
dans le MM précoce, et rarement 5-10 % aux stades avancés de la
maladie.
Oncogenèse au cours du myélome
multiple :
La compréhension des mécanismes d’oncogenèse au cours du MM
a très largement bénéficié de la mise en évidence de translocations
chromosomiques de la région 14q32 impliquant le locus de la chaîne
lourde des Ig (IgH) et des délétions 13q del(13q).
Les études faites en cytogénétique classique ont permis d’identifier
dans 20 à 60 % des cas des anomalies du nombre ou de la structure
des chromosomes.
La présence de ces anomalies est corrélée au
stade de la maladie : 20 % d’anomalies identifiées au stade I, 30-
40 % au stade II et plus de 60 % au stade III.
Ces anomalies sont
dans 60 % des cas une hyperdiploïdie, dans 5 % des cas une
pseudodiploïdie et dans 30 % des cas une hypodiploïdie.
L’hypodiploïdie est associée à un pronostic adverse. Les trisomies
semblent également fréquentes et impliquent essentiellement les
chromosomes 3, 5, 7, 9, 11, 15 et 19.
Parmi les pertes chromosomiques,
c’est essentiellement la monosomie 13 qui est identifiée.
La fréquence d’identification des anomalies cytogénétiques
augmente avec les techniques d’hybridation in situ (FISH pour
fluorescence in situ hybridization), permettant une analyse de
nombreuses cellules en interphase.
Ces techniques sont plus
sensibles et plus adaptées au contexte d’activité mitotique faible des
plasmocytes.
Elles sont idéalement pratiquées sur des cellules
plasmocytaires, préalablement purifiées par tri positif à l’aide d’un
anticorps reconnaissant le CD138 (syndécan-1).
Ces techniques de
tri permettent de suivre l’évolution des anomalies cytogénétiques à
tous les stades de la maladie : monoclonal gammapathy of
undetermined significance (MGUS), MM au diagnostic ou bien en
rechute, leucémie à plasmocytes primitive ou secondaire, permettant
d’approcher la physiopathologie de la maladie.
Concernant les anomalies de structure, les translocations impliquant
la bande 14q32 du locus IgH sont identifiées dans 30 à 40 % des cas
en cytogénétique classique.
Les techniques de FISH retrouvent une
incidence de translocations impliquant la région 14q32 dans 75 %
des échantillons analysés, indiquant que les translocations 14q32
sont un événement important dans la physiopathologie du MM.
Trois translocations récurrentes principales ont été identifiées. Il
s’agit de t(11 ; 14) t(4 ; 14) et t(14 ; 16). Les locus impliqués sont
respectivement : 11q13 – cycline D1, 4p16.3 – FGFR3, 16q23 – c-maf.
Ces translocations conduisent toutes à la surexpression du gène
correspondant présent sur le chromosome partenaire de la
translocation, et sont dues à des anomalies du système de
recombinaison VDJ.
Elles sont identifiées en technique de FISH sur
plasmocytes purifiés : t(11 ; 14) 16 %, t(4 ; 14) 10 % et t(14 ; 16) 2 %
des cas.
Dans les autres cas de translocations impliquant la bande
14q32 (48 %), le partenaire de la translocation reste à déterminer.
Enfin, 25 % des patients porteurs de MM n’ont pas d’anomalie
détectable de la région 14q32.
La t(11 ; 14) s’associe à une hyperexpression de la cycline D1.
Cette
translocation semble caractériser un groupe homogène de
patients.
Ces patients ont un taux d’Ig monoclonale faible, une
cytologie lymphoplasmocytique, un faible index de prolifération, et
sont rarement hyperdiploïdes.
Le pronostic de cette translocation
est à préciser.
Elle est identifiée à la même fréquence à tous les
stades ; MGUS, MM au diagnostic et leucémie à plasmocytes
primitive.
Cependant, puisque environ un quart de ces patients a
un MM à chaîne légère, il semble probable que la t(11 ; 14) survienne
dans des MM de novo.
Aucune corrélation n’est retrouvée avec la del(13).
La t(4 ; 14) conduit à la surexpression de la protéine FGFR3, qui
correspond au récepteur du fibroblast growth factor (FGF).
On
suppose que le FGF produit par les cellules stromales stimule la
prolifération et/ou la survie des cellules myélomateuses exprimant
anormalement la protéine FGFR3.
Dans certaines lignées de MM,
des mutations activatrices situées dans le domaine d’activité kinase
de FGFR3 ont été identifiées, conduisant à une activité kinase
constitutive du récepteur.
L’expression d’une forme constitutivement
activée de FGFR3 dans des cellules de lignée myélomateuse
dépendantes d’interleukine (IL) 6 pour leur prolifération, les rend
indépendantes d’IL 6 et résistantes à l’apoptose de déprivation.
Dans
85 % des cas, une del(13) est associée à la t(4 ; 14).
L’isotype IgA est
souvent retrouvé, alors que les MM à chaînes légères sont rares.
Enfin, la t(4 ; 14), identifiée avec la même fréquence dans les MM et
dans les leucémies à plasmocytes primitives, n’est presque jamais
retrouvée dans les plasmocytes des gammapathies monoclonales
bénignes.
Elle définit ainsi un groupe homogène de patients
porteur de MM de novo, de mauvais pronostic.
La t(14 ; 16) est rare (2 % des MM), mais est identifiée dans 11 % des
leucémies à plasmocytes. La del(13) est retrouvée en association dans 71 % des cas.
Cette translocation pourrait, comme la t(4 ; 14),
s’associer à un mauvais pronostic.
Les trois translocations que nous venons de décrire correspondent
probablement à des événements oncogéniques précoces dans la
genèse du MM.
À l’inverse, les réarrangements de l’oncogène c-myc
semblent constituer des événements secondaires dans la genèse de
la maladie.
Ils sont retrouvés chez 15 % des patients porteurs de
MM et de leucémie à plasmocytes.
Les t(8 ; 14) et t(8 ; 22)
représentent seulement 25 % de ces réarrangements.
Elles s’associent
à un taux de bêta2-microglobuline sérique élevé.
La monosomie 13 est l’anomalie cytogénétique la plus fréquente au
cours du MM.
Elle est détectée en FISH chez 43 % des patients
porteurs de MM au diagnostic ou en rechute.
Son incidence
augmente à 70 % dans les leucémies à plasmocytes.
Elle est de
l’ordre de 22 % au cours des MGUS.
La plupart des plasmocytes
sont porteurs de la délétion aux stades de MM, alors que dans les MGUS, une sous-population seulement de cellules est atteinte.
De
plus, l’incidence de la del(13) est supérieure dans les MM
secondaires à une MGUS (70 %) à celle des MM de novo (31 %).
Ces données indiquent que la monosomie 13 est un événement
moléculaire précoce dans la maladie, et qu’elle pourrait définir un
groupe de gammapathie bénigne évoluant vers un MM.
La valeur
pronostique péjorative associée à la présence d’une monosomie 13 a
été confirmée.
Chez 112 patients traités par chimiothérapie
intensive avec autogreffe de cellules souches périphériques, la survie
médiane des patients porteurs de MM sans del(13) et sans
augmentation de la bêta2-microglobuline (bêta2-m) est de 111 mois ; celle
des patients del(13)+, bêta2-m normale est de 47 mois et celle des
patients del(13)+, bêta2-m élévée de 25 mois.
Ainsi, la recherche
d’une del(13) au diagnostic par la technique de FISH sur
plasmocytes purifiés est recommandée dans un but pronostique.
Myélome multiple et cytokines :
Le caractère peu mitotique des plasmocytes malins suggère que le
MM est essentiellement une maladie d’accumulation avec un index apoptotique faible.
Les plasmocytes de MM ne se différencient pas
totalement, mais dépendent pour leur survie, leur prolifération et
leur différenciation, de facteurs de croissance ou cytokines.
À côté
de ces facteurs qui favorisent la survie des cellules myélomateuses
humaines existent des éléments inhibiteurs.
Le MM est une maladie à localisation essentiellement médullaire.
Les interactions qui se créent entre la cellule plasmocytaire maligne
et les différents types cellulaires de son environnement osseux
constituent une sorte de « niche osseuse » favorable à la survie des
plasmocytes.
A - FACTEURS FAVORISANT LA SURVIE
DES CELLULES MYÉLOMATEUSES :
1- Interleukine 6 (IL 6)
:
L’IL 6 est le facteur de croissance le plus important des cellules myélomateuses.
L’IL 6 se lie à son récepteur (IL 6R) à la surface des
cellules.
L’IL 6R se compose de deux chaînes polypeptidiques :
– une chaîne alpha spécifique de 80 kDa (gp80) qui se lie à l’IL 6
avec une faible affinité et qui ne transmet pas de signal ;
– une chaîne bêta, dite chaîne commune ou gp130 (pour
glycoprotéine de 130 kDa), qui transmet le signal.
Cette chaîne bêta
appartient à la superfamille des récepteurs de cytokines, et est
impliquée dans la transduction de signal en réponse à l’IL 6, à
l’oncostatine M (OM), au leukemia inhibitory factor (LIF), à l’IL 11, au
ciliary neurotrophic factor (CNTF), et à la cardiotrophine 1.
Ces différentes cytokines se lient à une chaîne alpha qui leur est
spécifique.
Cette liaison induit la formation d’un récepteur de haute
affinité par dimérisation de la chaîne de transduction de signal
gp130.
Ainsi, des cytokines différentes peuvent avoir des effets
biologiques identiques.
Dans le cas du MM, on sait que des lignées
de cellules myélomateuses peuvent répondre à l’IL 11, au LIF, à l’OM
ou bien au CNTF.
In vivo, le rôle de ces cytokines dans la survie des
cellules myélomateuses n’a pas été bien étudié, mais il semble que
les taux sériques d’IL 11 soient augmentés au cours du MM.
Une forme soluble de la chaîne alpha du récepteur est générée (sIL
6R), qui peut s’associer à la gp130 en présence d’IL 6 et transmettre
un signal.
Ainsi, une cellule plasmocytaire n’exprimant pas la chaîne
alpha membranaire de l’IL 6 peut néanmoins être stimulée par l’IL 6
sérique, s’associant à sIL 6R à condition que cette cellule
plasmocytaire exprime la gp 130.
Alors que la forme soluble du
récepteur de l’IL 6 est détectable chez les sujets normaux à faible
taux, elle est augmentée dans le sérum des patients porteurs de
MM.
Plusieurs éléments indiquent que l’IL 6 a un rôle essentiel dans la
physiopathologie du MM :
– l’IL 6 fait proliférer les cellules myélomateuses des patients in vitro
et s’oppose aux effets proapoptotiques de la dexaméthasone sur ces
cellules ;
– les cellules myélomateuses peuvent synthétiser de l’IL 6 et
expriment un récepteur fonctionnel alpha-bêta de haute affinité ;
– les taux d’IL 6 circulants sont augmentés au cours du MM et
semblent corrélés à l’évolutivité de la maladie ;
– des anticorps anti-IL 6 peuvent inhiber la prolifération des cellules myélomateuses fraîches et de lignées de cellules myélomateuses
dépendantes d’IL 6 in vitro ;
– l’utilisation d’anticorps bloquants in vivo a une certaine efficacité antitumorale chez certains patients.
La production d’IL 6 au cours du MM est essentiellement paracrine,
et nécessite une interaction étroite entre cellules myélomateuses et
cellules stromales.
En synthétisant du transforming growth factor
(TGF)b, du tumor necrosis factor (TNF-a) et de l’IL 1bêta le plasmocyte
induit la synthèse d’IL 6 par les cellules stromales et par les
ostéoblastes.
L’IL 6 a un rôle essentiel dans la survie des plasmocytes et induit
l’expression des protéines à fonction antiapoptotique de la famille
Bcl-2 : bcl-Xl et mcl-1.
2- Autres facteurs agissant sur la croissance des cellules myélomateuses
:
*
« Insulin growth factor » (IGF 1)
:
Les taux sériques d’IGF 1 sont augmentés au cours du MM, et cette
augmentation semble associée à un mauvais pronostic.
L’IGF 1 est
un facteur de survie et de prolifération des plasmocytes in vitro, et
agit comme l’IL 6 selon un mode paracrine.
L’IGF 1 est synthétisé
par les cellules stromales, et cette synthèse est accrue localement en
réponse à une dégradation de la matrice extracellulaire.
* Interleukine 10 (IL 10), IL 15 et IL 21
:
L’IL 10 est un facteur de croissance des cellules myélomateuses
humaines qui agit par un mécanisme indépendant de l’IL 6.
L’IL 10
pourrait induire l’expression du récepteur au LIF et à l’IL 11 à la
surface des lignées myélomateuses indépendantes d’IL 6 pour leur
prolifération.
Dans les lignées dépendantes d’IL 6, l’IL 10 induirait
une boucle autocrine impliquant l’oncostatine M.
Les taux sériques
d’oncostatine M semblent augmentés au cours du MM et corrélés à
l’évolutivité de la maladie.
Cette cytokine pourrait faire proliférer
les cellules myélomateuses en interagissant avec le récepteur du LIF
induit par l’IL 10 et la gp130 constitutivement exprimée par les
cellules de MM.
L’IL 15 pourrait avoir un rôle important dans la survie des cellules myélomateuses, proche de celui exercé par l’IL 6.
Les cellules de
MM la synthétisent et expriment des récepteurs de haute affinité
pour l’IL 15.
Le mécanisme d’action serait donc essentiellement
autocrine.
L’IL 21, principalement synthétisée par les lymphocytes T activés,
est aussi un facteur de croissance et de survie de plasmocytes dont
la fonction in vivo reste à déterminer.
Ils sont capables de faire proliférer les cellules myélomateuses in
vitro.
Cependant, leur utilisation en clinique ne s’accompagne pas
de poussées évolutives de la maladie.
* Interféron alpha (IFN alpha)
:
L’IFN alpha n’a pas d’effet prolifératif. Il a un rôle antiapoptotique sur
les cellules myélomateuses en situation de déprivation en IL 6 et en
présence de dexaméthasone.
Ces effets biologiques expliquent
probablement les résultats décevants des essais de traitement par
l’IFN alpha au cours du MM.
* « Tumor necrosis factor » alpha (TNF
alpha) :
Le TNF alpha est présent en quantité augmentée dans le
microenvironnement médullaire des patients porteurs de MM.
Il
régule positivement l’expression de molécules d’adhésion
impliquées dans l’interaction entre le plasmocyte et le stroma
médullaire.
Le TNF alpha induit la prolifération des plasmocytes en
activant la voie de signalisation NF-kB.
* Estrogènes :
Les estrogènes sont capables d’induire la prolifération et la survie
des cellules myélomateuses.
À l’inverse, le tamoxifène, utilisé dans
les tumeurs mammaires, exprimant les récepteurs aux estrogènes
du fait de son effet antiestrogénique, induit une apoptose et un arrêt
en G0-G1 du cycle cellulaire dans des lignées de MM, justifiant les
essais thérapeutiques actuellement en cours dans le MM.
B - FACTEURS INHIBITEURS DE LA CROISSANCE
DES CELLULES MYÉLOMATEUSES
OU INDUCTEURS D’APOPTOSE :
L’IFN bêta interrompt la voie de signalisation induite par l’IL 6 en
diminuant la phosphorylation de la gp130 et l’association à cette
protéine d’autres protéines de transduction de signal importantes
pour l’activation de la voie Ras, dont la protéine Grb2.
L’IFN gamma a
aussi été décrit comme inhibiteur de la prolifération des cellules myélomateuses.
Il pourrait augmenter leur apoptose, peut-être par
sa capacité d’induire l’expression de la protéine Fas/Apo-1/CD95 à
la surface des cellules myélomateuses.
2- Protéine Fas/Apo-1/CD95
:
La protéine Fas/CD95/Apo-1 appartient à la famille des récepteurs
de type TNF-R1.
Fas induit l’apoptose lorsqu’elle est stimulée par
son ligand.
Cette voie de signalisation apoptotique fait intervenir
des protéines à activité cystéines protéases appartenant à la famille
des caspases, qui sont les principaux effecteurs d’apoptose
actuellement décrits.
La plupart des lignées cellulaires myélomateuses et les plasmocytes des patients atteints de MM
expriment la protéine Fas.
Cependant, cette protéine Fas exprimée
n’est pas toujours capable d’induire l’apoptose.
Les raisons de cette non-fonctionnalité ne sont pas élucidées.
L’expression par les
cellules myélomateuses de protéines à fonction antiapoptotique
comme Bcl-2 ou Bcl-Xl peut constituer un mécanisme de résistance à
l’action proapoptotique de Fas.
Il a par ailleurs été suggéré, dans certains modèles cellulaires, que
l’apoptose induite par les drogues cytostatiques nécessite la mise en
jeu d’une voie de signalisation Fas/FasL fonctionnelle, ce qui
suggère que les lignées résistantes à l’apoptose induite par Fas
pourraient être également résistantes à l’action de ces drogues.
Ce
phénomène de résistance croisée ne semble pas être vrai dans le cas
du MM.
En effet, des lignées myélomateuses sélectionnées pour leur
résistance à l’action de Fas ont une sensibilité conservée à l’apoptose
induite par la daunorubicine qui active la caspase-8 et la caspase-3.
Ainsi, si les effecteurs apoptotiques utilisés sont identiques pour Fas
et les chimiothérapies, le point de convergence entre les deux voies
apoptotiques se fait en aval de l’interaction entre Fas et son ligand.
D’autre part, il a été montré que l’IFN
gamma et l’IFN alpha augmentent
l’apoptose induite par Fas dans les lignées myélomateuses, et que
l’IFN alpha augmente l’expression de la protéine Fas à la surface de ces
cellules.
Cependant, l’effet antiapoptotique de l’IL 6 sur les
cellules myélomateuses est prédominant sur l’effet apoptotique
médié par Fas.
Cet effet protecteur de l’IL 6 passe possiblement par
une inhibition de l’activation de la voie des SAPK (stress-activatedprotein-kinase) et p38 MAPK (mitogen-activated-protein-kinase) induite
en réponse à une stimulation de Fas.
Par ailleurs, on sait que le couple Fas/FasL a un rôle important dans
l’élimination des cellules tumorales par les lymphocytes T effecteurs
exprimant le ligand de Fas, mais également à l’inverse dans la
suppression des réponses immunes dirigées contre les cellules
malignes ou non.
Ce deuxième mécanisme pourrait avoir son
importance dans le MM.
En effet, il a été montré que des lignées myélomateuses expriment le ligand de Fas, et que ces lignées
induisent la lyse apoptotique de cellules T, suggérant qu’un des
mécanismes d’échappement des cellules myélomateuses in vivo à
une surveillance immune pourrait être médié par le système
Fas/FasL.
Enfin, l’expression de FasL à la surface des cellules myélomateuses
pourrait rendre compte de l’anémie observée au cours du MM, par
apoptose induite des progéniteurs érythroïdes exprimant la protéine
Fas à leur surface.
3- Autres récepteurs à domaine de mort (TRAIL)
:
Le TNF-related apoptosis-inducing ligand (TRAIL/Apo2L) est un
membre de la superfamille des ligands inducteurs de mort cellulaire,
qui comprend le TNF alpha et le Fas-Ligand.
TRAIL induit l’apoptose
des cellules cancéreuses de types divers, mais pas des cellules
normales in vitro.
TRAIL induit l’apoptose des cellules
myélomateuses, mais est sans effet sur les lymphocytes B, les cellules
mononucléées de la moelle ou les progéniteurs hématopoïétiques.
Des cellules myélomateuses résistantes à l’action de Fas seraient
sensibles à l’apoptose induite par TRAIL.
L’apoptose induite par
TRAIL induit une cascade apoptotique dépendante des caspases.
Cette sensibilité à la voie d’apoptose induite par TRAIL devrait
conduire à des applications thérapeutiques.
4- Somatostatine
:
La somatostatine et ses analogues sont connus comme inhibiteurs
de croissance cellulaire, en partie par une inhibition de la voie de
signalisation induite par l’IGF 1.
Les lignées myélomateuses
expriment des récepteurs à la somatostatine, et l’octréotide, un
analogue de la somatostatine, inhibe la croissance de lignées
myélomateuses dépendantes ou non d’IL 6 pour leur survie.
Ainsi, les cellules myélomateuses sont soumises in vivo à des effets
prolifératifs ou inhibiteurs, selon les récepteurs de cytokines qu’elles
expriment, lesquels peuvent probablement varier de patient à
patient, et peut-être au sein même de la population myélomateuse.
Phénotype des cellules de myélome
multiple :
Comme les plasmocytes normaux, les cellules myélomateuses
expriment fortement l’antigène CD38 (CD38+).
Certains clones de
plasmocytes sont aussi CD10+, CD34+, CD19+, CD20+ et CD24+ .
L’expression de CD34 est discutée.
Néanmoins, les cellules CD34+,
CD19+ triées à partir des patients semblent exprimer le plus souvent
l’acide ribonucléique messager (ARNm) correspondant à l’IgH
clonotypique.
La plupart des MM sont aussi syndécan-1+
(CD138+) et CD56+, à la différence des plasmocytes normaux pour
le CD56.
Le syndécan-1 appartient à la famille des protéoglycans
riches en héparan sulfate, et est exprimé par la plupart des
plasmocytes.
Les taux sériques de syndécan-1 sont augmentés dans
le sérum des patients porteurs de MM et corrélés à un mauvais
pronostic.
Ces taux élevés de syndécan-1 soluble dans le
sérum contribueraient directement à la croissance et à la
dissémination des cellules myélomateuses.
Des molécules de costimulation sont aussi parfois exprimées, telles le CD28, B7-1 et B7-2.
Enfin, l’interaction des plasmocytes avec le stroma médullaire
nécessite la présence de molécules d’adhésion.
L’expression de
CD44, VLA-4 et ICAM-1 serait importante.
Mécanismes de signalisation
dans les cellules myélomateuses :
Les voies de signalisation induites en réponse à la stimulation du
récepteur de l’IL 6 par son ligand ont été particulièrement étudiées.
A - VOIE JAK/STAT
:
La liaison de l’IL 6 à la chaîne a induit la formation d’un complexe
récepteur comprenant deux molécules d’IL 6 (deux chaînes a et deux
chaînes b) et active des protéines à activité tyrosine kinase non
transmembranaires de la famille des JAK (pour janus kinase) et de la
famille des Src kinases, dont les kinases Fyn, Hck et Lyn.
L’association du récepteur à l’IL 6 (dont aucune des deux chaînes
constituantes ne possède d’activité tyrosine kinase intrinsèque) aux JAK et aux protéines de la famille Src est fondamentale pour la
transmission d’un signal.
Parmi les protéines JAK, les membres JAK1, JAK2 et Tyk2 sont
activées et phosphorylées sur tyrosine en réponse à l’IL 6.
L’activation des membres de la famille JAK conduit à l’activation en
cascade d’une voie de signalisation intracellulaire essentielle, la voie
JAK/STAT.
Les protéines STAT (pour signal transducer and activation
of transcription) sont des facteurs de transcription normalement
présents sous forme monomérique et inactive dans le cytoplasme.
En réponse à une stimulation par l’IL 6, les protéines STAT1 et
STAT3 sont phosphorylées sur tyrosine par les protéines JAK,
forment des dimères allant dans le noyau se fixer à des éléments
spécifiques situés au niveau des promoteurs de gènes cibles, dont
ils régulent la transcription.
Les dimères formés en réponse à l’IL 6
peuvent être de type STAT3/STAT3, STAT3/STAT1 et à moindre
degré STAT1/STAT1.
Le rôle de ces facteurs de transcription dans la
prolifération, la différenciation et/ou leur rôle antiapoptotique ont
été évoqués. Il a été démontré que STAT3 active la transcription du
gène Bcl-XL à fonction antiapoptotique dans la lignée myélomateuse
U266 dépendante d’IL 6, et que l’utilisation de dominants négatifs
de STAT3 induit l’apoptose de ces cellules.
De plus, une activation
constitutive de STAT3 est retrouvée dans la plupart des moelles de
patients porteurs de MM, ce qui suggère que cette activation de la
voie STAT joue un rôle essentiel pour la survie des cellules myélomateuses in vivo.
B - VOIE RAS/MAP KINASE
:
Une autre voie de signalisation activée par l’IL 6 est la voie Ras- MAP kinase.
L’activation de la p21ras induit la phosphorylation et
l’activation de Raf-1 et des MAPK, également appelées protéines
ERK (pour extracellular signal regulated kinases).
Les MAPK sont des
protéines à activité sérine-thréonine kinases, impliquées dans la
progression du cycle cellulaire et dans la prolifération cellulaire.
Les isoformes les mieux caractérisés sont la p42MAPK et la p44MAPK,
respectivement ERK2 et ERK1.
Les MAPK sont activées par
phosphorylation sur tyrosine et thréonine par des MAPK kinases.
L’activation de la voie p21Ras fait intervenir dans plusieurs
systèmes, dont celui de l’IL 6, l’activation des protéines Shc (pour
Src homology and collagen), Grb2 (pour growth factor receptor bound
protein 2) et Sos1 (pour son of sevenless).
En réponse à l’IL 6, la
protéine Shc est phosphorylée sur tyrosine, ce qui permet le
recrutement à la membrane plasmique du complexe Grb2/Sos1
activé. Sos1 est un facteur d’échange pour Ras, permettant le
passage de la forme RasGDP inactive à la forme RasGTP active, et
l’activation subséquente de la voie Raf/MAPK.
L’activation de la
voie p21Ras est limitée par des protéines à activité GTPase comme
rasGAP, qui hydrolysent le GTP en GDP, et permettent la mise au
repos du système.
L’activation de la voie Ras/MAPK par l’IL 6 est probablement
essentielle au cours du MM pour la prolifération des cellules. Le
blocage de cette voie grâce à des ARN antisens anti-MAPK inhibe la
prolifération d’une lignée myélomateuse murine dépendante d’IL 6,
ainsi que la prolifération de cellules myélomateuses proliférant en
présence d’IL 6.
De plus, les mutations activatrices de p21Ras sont
très fréquentes au cours du MM.
Elles sont identifiées dans environ
40 % des MM au diagnostic, et leur fréquence augmente avec la
progression de la maladie.
Les mutations les plus fréquentes
touchent le codon 61 de N-Ras.
L’introduction d’un mutant
constitutivement activé de N-Ras porteur d’une mutation au codon
61 dans la lignée myélomateuse ANBL6 dépendante d’IL 6 lui
confère un certain degré d’indépendance à l’égard de cette cytokine,
et la rend plus résistante à l’apoptose de déprivation en IL 6.
Ainsi,
les mutations activatrices de la voie
Ras fréquemment observées aux
stades tardifs de la maladie pourraient conférer un avantage
prolifératif aux cellules myélomateuses et une résistance accrue à
l’apoptose.
C - VOIE DE LA PHOSPHATIDYL-INOSITOL–3 KINASE
ET RÔLE ANTIAPOPTOTIQUE
DE LA SÉRINE-THRÉONINE KINASE AKT/PKB :
Une activation constitutive de la voie PI 3-Kinase (PI 3K) est décrite
dans de nombreuses lignées de MM et aussi dans les cellules
primaires de patients.
L’activation de la voie PI 3K conduit à la
phosphorylation sur sérine et thréonine de la protéine à fonction antiapoptotique AKT/PKB, agissant sur de nombreux substrats,
dont Bad et le facteur de transcription FKHRL-1.
Les mécanismes
d’activation de cette voie et son rôle in vivo restent à préciser.
L’IL 6
et l’IGF 1 activent la voie PI 3K/AKT dans les cellules
myélomateuses, participant probablement à la survie de ces cellules.
L’activation des PKC par la PI 3K agirait sur la migration des
cellules myélomateuses.
D - GÈNE DU RÉTINOBLASTOME (PROTÉINE RB),
PROTÉINE P53 ET PROTÉINES DU CYCLE CELLULAIRE
:
Les mutations dans le gène du rétinoblastome (gène Rb) contribuent
à la transformation cellulaire dans de nombreux systèmes.
Rb est
une protéine nucléaire, qui lorsqu’elle n’est pas phosphorylée, a
pour rôle de bloquer les cellules en phase G0-G1 du cycle cellulaire.
Cet effet est médié en partie par l’association de Rb non phosphorylé
au facteur de transcription E2-F.
Cette association réprime l’effet transactivateur de E2-F sur la transcription de gènes essentiels
comme c-myc, c-myb ou encore cdc2.
La fonction de la protéine RB
est régulée par son état de phosphorylation.
Lors de la progression
du cycle cellulaire, Rb est phosphorylé de façon séquentielle par les
complexes cyclineD/Cdk4-Cdk6 et cyclineE/Cdk2.
La protéine Rb
ainsi phosphorylée est inactive, ne se lie pas à E2F et facilite ainsi
l’entrée des cellules en phase S.
Les deux façons d’inactiver Rb sont
donc par phosphorylation de la protéine ou bien par délétion ou
mutations du gène.
Les mutations inactivatrices du gène Rb sont observées dans environ
70 % des MM et 80 % des lignées de cellules myélomateuses.
Le TGF b ne diminue ni la phosphorylation de Rb ni la prolifération
des cellules myélomateuses, à la différence de son effet sur les
lymphocytes B normaux.
De plus, Rb est essentiellement présent
sous forme phosphorylée au cours du MM, et l’IL 6 induit sa
phosphorylation, diminuant ainsi sa liaison à E2F, et permettant la
prolifération cellulaire.
Enfin, des cellules de MM cultivées en
présence d’oligonucléotides antisens anti-Rb prolifèrent et
synthétisent de l’IL 6.
Nous avons déjà souligné la fréquence des monosomies 13 au cours
du MM.
Cependant, il semble que la perte des deux allèles du gène Rb soit rare au cours du MM, ce qui suggère qu’il existe dans la
région chromosomique 13q12-14 un antioncogène non encore
identifié.
La protéine p21WAF diminue l’entrée dans le cycle cellulaire.
Elle
inhibe l’activité de la cycline Cdk2 (pour cyclin-dependent kinase) et
donc la phoshorylation de la protéine Rb.
L’IL 6 diminue
l’expression de p21WAF et induit la phosphorylation de RB et la
prolifération des cellules myélomateuses.
Cet effet de l’lL 6 est
dominant sur l’effet inhibiteur de la dexaméthasone, qui au
contraire, bloque les cellules en phase G1 et augmente l’expression
de p21WAF.
Les niveaux d’expression d’autres protéines du cycle cellulaire, comme p27KIP1, la cycline D2 et la cycline E semblent être
peu ou pas modifiés par l’IL 6.
À l’inverse de l’effet de l’IL 6, l’effet
inhibiteur de prolifération de l’acide tout trans-rétinoique (ATRA),
seul ou en association avec la dexaméthasone sur les cellules
myélomateuses, ne passe pas par une diminution d’expression de la
chaîne alpha du récepteur à l’IL 6, mais par une augmentation
d’expression de p21WAF.
La fonction de la protéine p53 normale est d’induire l’arrêt du cycle
cellulaire et/ou un programme apoptotique dans les cellules
soumises à des stress variés (irradiation, chimiothérapie, événement
oncogénique, hypoxie, etc).
La protéine p53 est un facteur de
transcription dont la régulation d’expression doit être très fine dans
les cellules normales.
Un des mécanismes de régulation de p53 se
situe au niveau post-traductionnel.
La protéine MDM2 s’associe à
p53 et dirige la protéine vers la voie de dégradation des protéines
par le protéasome, du fait de son activité E3-ligase.
Ainsi, l’effet de
MDM2 est de diminuer la stabilité de p53, favorisant la prolifération
cellulaire et inhibant l’apoptose induite par p53.
Il a été montré que
les lignées de MM et les plasmocytes de patients porteurs de
leucémies à plasmocytes surexpriment la protéine MDM2, suggérant
que MDM2 pourrait participer à la prolifération des cellules
myélomateuses.
Des délétions homozygotes des gènes codant pour les inhibiteurs
du cycle cellulaire comme p15INK4B, p16INK4A et p18INK4C ont été
décrites dans le MM.
L’hyperméthylation du gène p16 est fréquente
dans le MM, surtout aux stades évolués de la maladie, et pourrait
favoriser la prolifération cellulaire.
Myélome multiple et apoptose :
Le myélome est une maladie d’accumulation à faible index
prolifératif et à faible index apoptotique.
Beaucoup de drogues
utilisées dans le traitement du MM induisent l’apoptose des cellules
myélomateuses.
La compréhension des mécanismes apoptotiques et
antiapoptotiques mis en jeu dans les cellules myélomateuses est
donc essentielle à la mise au point de thérapeutiques efficaces.
A - PROTÉINES DE LA FAMILLE BCL-2
:
Certains membres de la famille de protéines Bcl-2, dont Bcl-2, Bcl-Xl,
Bcl-Xs, Mcl-1 et Bax semblent avoir un rôle important dans le
contrôle des phénomènes apoptotiques et de résistance aux
chimiothérapies.
Certaines protéines ont un rôle inhibiteur d’apoptose comme Bcl-2,
Bcl-Xl, ou Mcl-1, alors que d’autres comme Bax, Bcl-Xs, Bak, Bad, ou
Bid favorisent l’apoptose.
Le destin d’une cellule repose de façon
schématique sur le rapport entre protéines à fonction antiapoptotique et protéines à fonction proapoptotique.
La translocation t(14 ; 18) qui conduit à la surexpression de la
protéine Bcl-2, et qui est retrouvée dans plus de 85 % des cas de
lymphomes non hodgkiniens folliculaires, est très rarement observée
dans le MM.
Cependant, la plupart des lignées de cellules myélomateuses expriment Bcl-2, alors que son expression semble
plus hétérogène sur cellules fraîches.
Les protéines à fonction proapoptotique de la famille Bcl-2, comme Bax, semblent très peu
exprimées.
L’expression de Bcl-Xl est surtout retrouvée aux stades
évolués de la maladie, et serait corrélée à une diminution de
sensibilité à des drogues comme le melphalan, la prednisone et la
dexaméthasone, la vincristine et l’adriamycine.
Récemment, un rôle antiapoptotique majeur de la protéine Mcl-1,
induite en réponse à l’IL 6, a été montré dans les lignées de MM.
Mcl-1 semble avoir un rôle majeur dans le contrôle de la survie des
plasmocytes de MM.
En effet, l’inhibition de son expression par des
techniques d’antisens induit l’apoptose des cellules plasmocytaires,
alors que l’inhibition de Bcl-2 ou de Bcl-XL a peu d’effet sur la survie
des cellules plasmocytaires.
B - PROTÉINE P53 :
Les mutations de p53 sont fréquentes dans les lignées myélomateuses.
La surexpression d’une protéine p53 normale dans
la lignée U266 inhibe sa prolifération et sa synthèse autocrine d’IL 6.
Cependant, les mutations du gène p53 sont rares au cours du MM
(5 % environ), et sont surtout observées aux stades tardifs de
leucémies à plasmocytes (30 %).
Cependant, dans une étude réalisée
en FISH à l’aide de sondes spécifiques du locus du gène p53 localisé
sur le chromosome 17p13, les délétions d’un allèle de p53 sont
retrouvées dans 33 % des MM au diagnostic, et dans 54 % des MM
en rechute ; elles s’associent à un pronostic défavorable en termes
de survie.
C - AUTRES VOIES D’APOPTOSE
:
1- Voie de signalisation NF-kB
:
Les protéines de la famille NF-kB ont un rôle important dans le
contrôle de la survie cellulaire.
De nombreux agents actuellement
utilisés dans le traitement du myélome inhibent cette voie : la dexaméthazone, le thalidomide, les inhibiteurs du protéasome (PS-
341).
Ces protéines ont la propriété de former des homo- ou hétérodimères qui se lient à des séquences d’acide désoxyribonucléique
(ADN) spécifiques dites séquences jB.
Les sousunités
les mieux connues sont la p50 et la p65.
Les complexes NF-kB
existent sous forme latente dans le cytoplasme, en liaison à des
protéines inhibitrices appelées IjB.
Les activateurs de NF-kB comme
le TNF alpha induisent la phosphorylation sur sérine des protéines IjB,
et leur dégradation par la voie des ubiquitines/protéasome, libérant
alors le complexe NF-kB qui pénètre dans le noyau et joue son rôle
de facteur de transcription en agissant sur les promoteurs de gènes
cibles.
Selon le contexte cellulaire,
NF-kB peut induire la survie
cellulaire ou l’apoptose.
Les corticoïdes sont de puissants inhibiteurs de
NF-kB.
Dans des
lignées myélomateuses et chez les patients, la résistance à l’apoptose
induite par la dexaméthasone pourrait être liée à son incapacité à
inhiber la fixation des complexes NF-kB p50/p65 à l’ADN.
2- Voie du récepteur à la 1,25-dihydroxyvitamine D3
:
Les plasmocytes de MM expriment le récepteur à la 1,25-dihydroxyvitamine D3, et la vitamine D3 diminue la prolifération de
ces cellules.
De nouveaux dérivés de la vitamine D3 ayant une
activité biologique supérieure existent actuellement. L’un d’eux,
appelé EB1089 est capable de bloquer en G1 des cellules myélomateuses, d’induire leur apoptose en synergie avec la
dexaméthasone, et de diminuer l’expression de la chaîne alpha gp80 du récepteur
de l’IL 6 ainsi que de sa forme soluble.
3- « Bone morphogenetic proteins » (BMP)
:
Le rôle d’une protéine appartenant à la famille des bone
morphogenetic proteins (BMP), la protéine BMP-2, a été suggéré dans
l’induction de l’apoptose et dans l’arrêt en G1 du cycle cellulaire
des plasmocytes de patients et de lignées de MM.
Cet effet
biologique s’accompagne d’une augmentation d’expression de
protéines inhibitrices du cycle cellulaire comme p21CIP et p27KIP1,
d’une diminution de phosphorylation de Rb et d’une diminution
d’expression de Bclxl.
D - MÉCANISMES DE LA RÉSORPTION OSSEUSE
AU COURS DU MM
:
Les manifestations osseuses représentent l’élément essentiel de la
morbidité des patients souffrant de MM, contrastant avec le
caractère exceptionnel des atteintes osseuses au cours des autres
hémopathies B malignes.
Des anomalies de l’activité cellulaire
osseuse sont à l’origine des lésions osseuses ostéolytiques et de
l’ostéoporose diffuse.
Ces anomalies consistent surtout en une
augmentation de l’activité ostéoclastique au contact des lésions
plasmocytaires, du fait d’interactions multiples entre les différentes
cellules, malignes ou non, du microenvironnement osseux.
À l’échelon tissulaire, il existe typiquement un découplage des
activités cellulaires osseuses, avec ou sans diminution de la formation, caractérisée par une augmentation de la résorption,
comme en témoignent les études histomorphométriques :
augmentation des surfaces et de la profondeur des lacunes de
résorption, augmentation du nombre des ostéoclastes.
L’hyperrésorption osseuse pourrait être un phénomène précoce dans
l’évolution de la maladie : elle est retrouvée chez la majorité des
patients atteints de gammapathies monoclonales de signification
indéterminée qui évoluent rapidement vers un myélome, et
rarement chez les autres.
Les marqueurs biochimiques du
remodelage, en particulier les pyridinolines et déoxypyridinolines,
libres ou liées, reflètent les anomalies histologiques ; les taux de
bêta2-m et de télopeptide carboxyterminal du collagène osseux (type I)
sont corrélés.
Les patients souffrant de MM ont des marqueurs
de résorption plus élevés que les contrôles, ou que les patients
porteurs de gammapathies monoclonales bénignes.
En revanche,
il n’y a pas de corrélation entre le taux des marqueurs, l’étendue des
lésions ostéolytiques et l’existence d’une hypercalciurie.
Les
traitements efficaces s’accompagnent d’une diminution des
marqueurs de résorption, bien que des discordances entre les
marqueurs hématologiques et osseux aient été rapportées.
L’ostéocalcine, marqueur d’activité ostéoblastique, ne permet pas
d’évaluer l’activité de la maladie.
La résorption osseuse ne se produit que dans l’environnement
immédiat des cellules myélomateuses.
L’adhésion des cellules myélomateuses aux cellules stromales induit la production par ces
cellules de cytokines activatrices des ostéoclastes, en particulier
l’IL 6, l’IL 1bêta, le TNF bêta, et le M-CSF.
D’autres cytokines activent les
ostéoclastes, parmi lesquelles : l’hepatocyte growth factor (HGF), le
TNF alpha et la parathyroid hormone related protein (PTHrP).
Un autre
mécanisme d’activation des ostéoclastes pourrait passer par la
synthèse d’IL 11.
La synthèse de cette cytokine (qui favorise la
formation ostéoclastique et inhibe l’activité ostéoblastique), produite
par les ostéoblastes, est stimulée par l’HGF synthétisé par les cellules
myélomateuses.
Cette synthèse semble nécessiter un contact
cellulaire entre la cellule myélomateuse et l’ostéoblaste.
Une synthèse accrue de macrophage inflammatory protein 1-alpha
(MIP1-alpha) a été mise en évidence dans le surnageant de culture
de plasmocytes de patients (et jamais dans le surnageant de
plasmocytes normaux).
Cette protéine stimule la formation des
ostéoclastes en agissant sur leur activité chémotactique.
Dans un
modèle de souris myélomateuse, l’inhibition de MIP1-alpha aboutit
à une inhibition de l’ostéolyse et une diminution de la masse
tumorale.
Le ligand du récepteur activant
NF-kB (receptor activator of nuclear
factor-jB) (RANK-L/OPG-L/TRANCE) a un rôle essentiel dans
l’activation et la différenciation des ostéoclastes.
L’interaction du RANK-L, exprimé à la surface des cellules stromales et des
ostéoblastes, avec son récepteur appelé RANK, présent à la surface
des précurseurs ostéoclastiques, activent l’ostéoclastogenèse.
L’ostéoprotégérine (OPG) est un récepteur soluble qui appartient à
la famille des formes solubles des récepteurs au TNF, et est produit
par plusieurs cellules, dont les cellules stromales médullaires.
L’OPG
interagit avec RANK-L et inhibe la formation des ostéoclastes et la
résorption osseuse en empêchant l’interaction de RANK-L avec son
récepteur.
Il existe au cours du MM une dérégulation du système
RANK/RANK-L/OPG.
Une augmentation d’expression de RANK-L et une diminution d’expression de l’OPG sont observées
dans la moelle des patients porteurs de MM, mais pas au stade de
gammapathie monoclonale bénigne, ni dans d’autres hémopathies B.
L’interaction entre cellules myélomateuses et cellules stromales
in vitro augmente l’expression de RANK-L à la surface des cellules
stromales, et diminue leur synthèse d’OPG.
MIP-1a et MIP-1b
comme l’IL 6, le TNF alpha et les autres cytokines connues pour
augmenter la résorption osseuse), induisent l’expression de RANK-L
à la surface des cellules stromales.
Il ne semble pas que les
plasmocytes eux-mêmes expriment RANK-L et puissent activer
directement les ostéoclastes ; cette expression est augmentée
dans les cellules stromales au contact des plasmocytes anormaux.
La diminution d’expression de l’OPG dans la moelle des patients
semble s’accompagner d’une diminution des taux sériques d’OPG
dans le sérum, d’autant plus marquée qu’ils ont un myélome avec
lésions ostéolytiques sévères.
Les premières études chez l’homme
de l’utilisation d’OPG dans le MM ont débuté.
Chez la souris, une
forme chimérique d’OPG est capable d’inhiber l’hypercalcémie et la
résorption osseuse induites pour IL 1bêta, TNF alpha, PTH et 1,25 OH2D3,
et des résultats prometteurs ont été obtenus dans des modèles
animaux d’ostéolyse maligne.
L’effet in vivo de l’administration
d’OPG recombinante dans un modèle de myélome avec ostéolyse
chez la souris, s’associe à une préservation du volume osseux et à
une inhibition de la formation ostéoclastique.
De même, dans le
modèle murin de souris SCID humanisées auxquelles est greffé en
position sous-cutanée un fragment d’os humain injecté avec des
plasmocytes tumoraux, l’administration d’un RANK-Fc (captant le
RANK-L) diminue la destruction osseuse induite par les
plasmocytes malins et diminue la progression de la maladie,
soulignant le rôle de l’ostéoclaste dans la survie des plasmocytes.
Ces études laissent prévoir de nouvelles possibilités thérapeutiques
dans l’ostéolyse maligne, en complément des bisphosphonates.
Enfin, l’augmentation de la destruction osseuse libère les facteurs de
croissance contenus dans la matrice (TGF b, IGF) qui sont à leur
tour capables de stimuler la survie des cellules myélomateuses.
Rôle de l’angiogenèse au cours du MM
:
Plusieurs équipes ont démontré l’existence d’une angiogenèse
augmentée dans la moelle des patients porteurs de MM.
Ce
phénomène de néoangiogenèse s’accentue au cours de la maladie et
est corrélé à un pronostic défavorable.
Il est lié à la production par
les cellules myélomateuses de facteurs angiogéniques, et à la
sécrétion de protéines appartenant à la famille des matrix-degrading
metalloproteinases (MMP).
Ces MMP constituent une famille de
protéines sécrétées, dépendantes du zinc et du calcium pour leur
activité, et spécialisées dans l’hydrolyse de macromolécules
matricielles comme le collagène, la fibronectine, la laminine et les
protéoglycans.
L’augmentation d’activité de ces protéines a été
associée aux phénomènes d’angiogenèse, d’invasion tumorale et de
métastases.
Les concentrations de vascular endothelial growth factor (VEGF),
d’HGF et de basic fibroblast growth factor (bFGF) sont augmentées
dans la moelle des patients porteurs de MM.
L’inhibition de l’effet
du bFGF par des anticorps neutralisants diminue la capacité des
cellules myélomateuses le sécrétant à induire un phénomène angiogénique in vitro.
Les plasmocytes et les lignées de MM
expriment et sécrètent les isoformes biologiquement actifs du VEGF,
mais n’expriment pas les récepteurs du VEGF de type FLT-1 et
FLK1/KDR.
Cependant, le VEGF synthétisé par les cellules
plasmocytaires interagit avec son récepteur à activité tyrosine kinase
FLK1 à la surface des cellules stromales, et transmet un signal
conduisant à la production d’IL 6 par les cellules endothéliales.
L’IL 6 agit à son tour sur les cellules plasmocytaires par un
mécanisme paracrine.
Cette interaction entre cellule endothéliale et
plasmocyte souligne encore la complexité de ces interactions cellules-cellules et leur rôle dans la survie, la prolifération et la
dissémination des cellules plasmocytaires.
Parmi les métalloprotéinases synthétisées par la cellule
myélomateuse, le rôle de la MMP-7 ou matrilysine semble
important.
Cette enzyme est capable d’activer la MMP-2 synthétisée
par les cellules stromales.
De même, la synthèse de MMP-9 par
les cellules myélomateuses a été suggérée.
Conclusion
:
La physiopathologie du myélome multiple intramédullaire est complexe.
Les interactions entre la cellule myélomateuse et son
microenvironnement cellulaire osseux, via des mécanismes d’adhésion
cellulaire, induisent des boucles de synthèse de cytokines autocrines et
surtout paracrines, responsables notamment de la survie du plasmocyte
malin et de sa résistance à la chimiothérapie, d’une angiogenèse accrue
et de l’activation des ostéoclastes.
La meilleure compréhension
moléculaire de ces mécanismes biologiques laisse augurer de l’arrivée
prochaine en thérapeutique de drogues plus spécifiques, tendant à isoler
le plasmocyte de cet environnement osseux favorable.