Méningiomes intracrâniens
(Suite)
Cours de Neurologie
8- Méningiomes du clivus :
Rares, leur mode de début est très polymorphe et associe souvent des
céphalées en général bien tolérées, une atteinte d’une ou plusieurs paires
crâniennes (de la troisième à la neuvième paire) et des voies longues (irritation
pyramidale, voire quadriparésie).
Ces méningiomes posent essentiellement
des problèmes chirurgicaux (indication et choix de la voie d’abord).
9- Méningiomes du foramen magnum :
On regroupe, sous ce terme, les méningiomes situés entre le tiers inférieur du clivus et le bord supérieur du corps de C2.
Ils sont rares et se révèlent
habituellement par des céphalées postérieures, une parésie des membres
supérieurs et/ou inférieurs, ou des troubles sensitifs (paresthésies).
Le caractère régressif, faussement rassurant, des premiers symptômes est
fréquent (ce qui a pu, avant l’ère de l’IRM, faire poser des diagnostics erronés
de maladie démyélinisante).
Progressivement, le tableau s’enrichit de
troubles sensitifs des membres supérieurs et/ou inférieurs, de troubles
moteurs permanents qui, associés à des signes orientant vers la fosse
postérieure (hypertension intracrânienne, syndrome cérébelleux, atteinte des
nerfs mixtes ou des nerfs accessoire et hypoglosse) ont une grande valeur
localisatrice.
10- Méningiomes sans attache durale :
Ils constituent des cas rares mais doivent être connus car ils sont un diagnostic
différentiel d’autres tumeurs de la région où ils peuvent se développer.
On en décrit trois types.
* Méningiomes intraventriculaires :
Parmi ceux-ci, les méningiomes du IIIe et du IVe ventricule sont
exceptionnels.
Seuls les méningiomes des ventricules latéraux ne
représentant que 1 ou 2 % des méningiomes intracrâniens méritent d’être
retenus.
Ils se développent aux dépens des cellules de la crête neurale, incluses
au moment de la formation de la toile choroïdienne sur le bord libre de
laquelle ils s’insèrent.
Leur localisation préférentielle est l’atrium ou le corps
ventriculaire.
Cette localisation explique la longue tolérance du parenchyme
adjacent.
En moyenne, le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic est de
36 mois.
Ce sont surtout des céphalées banales (50 %), une détérioration
mentale (30 %), moins souvent un déficit moteur, visuel (hémianopsie latérale
homonyme) ou phasique (15 %).
Les crises comitiales sont exceptionnelles.
Enfin, certains auteurs signalent l’existence de céphalées épisodiques,
positionnelles ou de déficits transitoires.
Les exceptionnels méningiomes du
IVe ventricule se manifestent essentiellement par une hypertension
intracrânienne obstructive.
* Méningiomes du nerf optique
:
Ils se développent à partir de cellules arachnoïdiennes situées le long du nerf
optique, pouvant ainsi naître contre la portion intracanalaire ou intraorbitaire
du nerf.
Leur qualification de « méningiome sans attache durale » est en réalité
discutable, puisque la gaine intraorbitaire du nerf optique est une expansion
durale sur laquelle ces tumeurs peuvent s’insérer.
Ces méningiomes restent
beaucoup plus rares que les méningiomes intracrâniens sphéno-orbitaires,
secondairement étendus à l’orbite.
Communément, c’est une baisse de
l’acuité visuelle qui révèle la tumeur.
L’examen peut mettre en évidence une
exophtalmie si la tumeur est volumineuse, des troubles de la mobilité du
globe, une pâleur papillaire au fond d’oeil, un déficit campimétrique non
systématisé.
* Méningiomes ectopiques :
Quatre types de méningiomes ectopiques sont rencontrés :
– les méningiomes primitivement intracérébraux, étendus secondairement
aux tissus péricérébraux : voûte, périoste, scalp, envahissement ne préjugeant
pas du caractère malin ou non de la lésion.
L’origine de cette extension est
incertaine (granulations arachnoïdiennes, sutures, diploé).
Les méningiomes intra-extracrâniens de la voûte sont souvent parasagittaux, bilatéraux une fois
sur deux, plus fréquent en région frontale ;
– les méningiomes naissant des cellules arachnoïdiennes situées le long des
nerfs crâniens, au-delà de leur émergence à la base du crâne, comme le sont
ceux développés dans l’orbite à distance du nerf optique ou au niveau du cou ;
– les méningiomes sans connexion apparente avec le trajet des nerfs
crâniens : parenchyme cérébral, périoste de la voûte, diploé, scalp,
parotide, maxillaire...
Ils naîtraient de cellules arachnoïdiennes
embryonnaires ectopiques ;
– les métastases des méningiomes intracrâniens (médiastinales, pleurales,
pulmonaires,...), rarissimes, peuvent être dues à des emboles tumoraux
veineux.
Problèmes particuliers
:
A - OEdème péritumoral :
Beaucoup de tumeurs du système nerveux central ont la faculté d’induire la
formation d’un oedème péritumoral.
Si cela se comprend facilement dans le
cadre de tumeurs malignes, à développement très rapide, envahissant la
substance blanche, telles que les métastases et les glioblastomes, il est plus
difficile de comprendre pourquoi les méningiomes, tumeurs extra-axiales le
plus souvent bénignes, à croissance lente, s’accompagnent, dans plus de 60 %
des cas, d’un oedème péritumoral.
Cet oedème n’est pas uniforme.
Il peut être péritumoral stricto sensu, intéressant la substance blanche circum
méningiomateuse ou, au contraire, diffuser largement en « doigts de gant »
dans la substance blanche de tout un lobe.
Sa présence va contribuer à
aggraver considérablement la symptomatologie, provoquant un effet de
masse et une hypertension intracrânienne bien supérieure à la seule présence
de la masse tumorale.
Même si son caractère vasogénique est très largement
admis, ses circonstances de survenue et ses mécanismes de formation ne sont
pas encore parfaitement démontrés.
1- Faits constatés :
– Âge et sexe : il n’y a aucune influence de l’un ou de l’autre sur la présence
de l’oedème.
– Symptomatologie : en dehors de quelques cas isolés, il n’y a pas de
différence, dans la séméiologie, en fonction de la présence ou de l’absence
d’oedème.
Aucune étude n’a mis en évidence une plus grande fréquence de la
comitialité.
– Localisation : la plupart des séries montrent une prépondérance de
l’oedème dans les méningiomes frontaux, de la petite aile du sphénoïde et de
la convexité.
À l’opposé, l’oedème est rare dans les localisations sous-tentorielles.
– Taille : même si de nombreux auteurs ont remarqué la présence d’un
oedème plus marqué dans les tumeurs de grande taille, d’autres
n’ont pu établir de différence significative entre les petites et les grosses
tumeurs, certaines petites tumeurs pouvant même s’accompagner d’oedèmes
tumoraux intéressant presque tout un hémisphère.
– Histologie : si l’on excepte les « méningiomes angioblastiques ou
hémangiopéricytiques » qui ne sont pas envisagés ici, puisque n’apparaissant
plus comme des méningiomes dans la classification de l’OMS, il n’y a aucune
corrélation statistique entre les divers types de méningiomes et la présence
d’oedème.
Tout juste peut-on remarquer une tendance plus marquée à
l’oedème pour les méningiomes bénins dans leur forme méningothéliomateuse ou transitionnelle ou pour les méningiomes
atypiques.
– Vascularisation : l’hypervascularisation a depuis longtemps été associée à
la présence d’un oedème péritumoral.
Plus récemment, cette notion
s’est affirmée en faveur de la vascularisation piale qui semble jouer un rôle
prépondérant puisque sa constatation s’accompagne d’un oedème cérébral
dans une proportion considérable de méningiomes pouvant atteindre
près de 100 % des cas.
2- Mécanismes de formation de l’oedème périméningiomateux
(ou diffus)
:
Ils restent encore sujets à discussion et laissent place à plusieurs hypothèses
physiopathologiques.
Initialement, tout méningiome est séparé de la
substance blanche par l’espace sous-arachnoïdien, la pie-mère et le cortex.
L’arachnoïde est imperméable aux fluides, la pie-mère est perméable à l’eau
et aux électrolytes, mais imperméable aux macromolécules, et le cortex est,
de par sa structure histologique, résistant à l’extension d’un oedème vasogénique.
Dès lors, l’existence d’un oedème périméningiomateux suppose
une rupture de ces trois interfaces.
Après Go, d’autres auteurs ont
montré qu’il n’y avait pas d’oedème lorsque l’on trouvait un plan de dissection
avec une arachnoïde conservée.
Lorsque le plan est difficile à trouver, avec
une arachnoïde très adhérente qui va se rompre à plusieurs reprises, ou que
les vaisseaux sont enchâssés entre le méningiome et le cerveau, on retrouve
un oedème péritumoral.
Enfin, lorsque le méningiome pénètre dans le cortex,
on constate le plus souvent un oedème diffus.
La taille du méningiome peut
également jouer un rôle dans la genèse de cet oedème vasogénique du fait de
l’existence d’un gradient de pression vers la substance blanche, d’une part, et
de la possible atrophie cérébrale périméningiomateuse, d’autre part.
Il a été
en effet montré qu’il existait, à la périphérie des grosses tumeurs, une
ischémie cérébrale par compression avec diminution du débit sanguin
cérébral pouvant atteindre près de 30 %.
L’élément le mieux documenté actuellement est l’indiscutable corrélation
entre la vascularisation piale des méningiomes et la présence d’un oedème,
sous la dépendance d’un facteur de prolifération vasculaire, le VEGF
(vascular endothelial growth factor) dont la présence est très
significativement plus élevée (X 3) lorsqu’il existe un oedème périméningiomateux.
Malgré ces progrès récents dans la physiopathologie de l’oedème qui
accompagne les méningiomes, plusieurs points restent obscurs :
– certains auteurs ont montré qu’il existait une activité sécrétoireexcrétoire
au sein des méningiomes pouvant rendre compte de tout ou partie
de l’oedème ;
– certaines petites tumeurs, peu vascularisées, facilement clivables,
s’accompagnent d’un oedème ;
– en l’absence d’ischémie artérielle ou veineuse, certains oedèmes
s’aggravent considérablement en postopératoire, et parfois alors même qu’il
s’agissait d’un petit méningiome séparé du cortex par une interface
arachnoïdienne.
Ces constatations laissent encore un large champ d’exploration pour la
compréhension de cet oedème, mais les découvertes quotidiennes en biologie
moléculaire en permettront une approche de plus en plus fine.
B - Méningiomes et épilepsie :
Les crises d’épilepsie appartiennent à la description de la symptomatologie
clinique des méningiomes, notamment des méningiomes de la convexité et
plus encore des méningiomes de la faux et parasagittaux.
Selon l’ancienneté
des séries, les chiffres varient de 30 à 70 %.
La durée de l’épilepsie avant
le diagnostic varie de quelques mois à plusieurs années, les délais s’étant
beaucoup raccourcis depuis la pratique systématique de scanners ou d’IRM.
Il s’agit d’épilepsie focale ou généralisée, plus rarement d’épilepsie partielle
complexe.
L’épilepsie postopératoire demeure un problème majeur, même en dehors de
la survenue redoutable des états de mal postopératoires immédiats,
responsables d’une grande partie de la mortalité postopératoire.
Sa fréquence
est très difficile à apprécier car extrêmement variable selon les séries de la
littérature, allant de moins de 10 % chez des malades indemnes d’épilepsie
préopératoire à plus de 80 % pour des méningiomes parasagittaux ayant
nécessité un sacrifice veineux.
Les causes de survenue d’une épilepsie postopératoire sont en rapport étroit
avec la localisation médiane ou paramédiane des méningiomes, mais
également avec l’existence d’une épilepsie préopératoire, les difficultés de
dissection, les récidives, l’existence d’une hydrocéphalie.
En revanche, ni
l’âge, ni l’histologie, ni l’oedème cérébral préopératoire, ni la survenue
d’hématomes, ni les éventuelles infections postopératoires n’ont de réelle
significativité sur la survenue d’une épilepsie postopératoire.
Celle-ci doit être combattue au maximum par la préservation la plus complète
possible des veines de drainage, notamment des veines passant en pont audessus
des méningiomes, surtout en région pariétale, mais aussi par le
traitement anticomitial systématique et prolongé (minimum 18 mois) des
malades à risques : comitialité préopératoire, localisations supratentorielles
de la convexité.
C - Méningiomes et âge :
1- Chez l’enfant
:
Même s’il est difficile d’apprécier les données épidémiologiques de la
littérature à cause de la diversité dans la définition de l’âge limite de l’enfance
ou de l’adolescence, on peut dire qu’au-dessous de 15 ans les méningiomes
représentent un peu moins de 3 %des tumeurs du système nerveux et environ
2 % de l’ensemble des méningiomes.
Ils sont un peu plus fréquents chez le
garçon.
Leurs localisations sont les mêmes que chez l’adulte, mais avec
toutefois une plus grande fréquence pour les méningiomes intraventriculaires,
sous-tentoriels ou sans attache durale.
Les méningiomes multiples sont plus
rares (moins de 2,5 % contre 8 ou 9 % chez l’adulte).
Les méningiomes
kystiques sont en revanche beaucoup plus fréquents (13 à 50 % contre 2 à
4,6 %chez l’adulte).
Cette particularité impose de ne jamais se contenter d’un
diagnostic d’imagerie et de toujours avoir une preuve anatomopathologique
avant d’entreprendre un traitement agressif (chimiothérapie ou radiothérapie)
aveugle.
La prévalence de la NF2 peut atteindre 25 % et le méningiome peut
être l’élément de découverte de la NF2.
Leur évolution est souvent différente,
la croissance tumorale est plus rapide, les récidives plus fréquentes, de même
que la transformation maligne.
Toutes ces particularités incitent à proposer
une chirurgie d’exérèse radicale, large, la radiothérapie devant être évitée au
maximum de par sa morbidité accrue chez l’enfant.
2- Chez le sujet âgé
:
De nombreuses études ont montré l’incidence croissante de découverte de
méningiomes avec l’âge, le taux augmentant régulièrement par tranches d’âge
de 10 ans, jusqu’à 80 ans et plus.
Le vieillissement de la population, son
meilleur état physiologique et les progrès considérables de l’imagerie
permettent actuellement d’envisager l’exérèse de ces tumeurs après 70 ans, le
problème essentiel étant d’évaluer le bénéfice que peuvent en escompter les
patients au regard d’une histoire naturelle mal connue : certains peuvent
mourir de leur méningiome mais d’autres mourront avec leur méningiome.
La découverte fortuite, sur un scanner ou une IRM, d’une tumeur évoquant le
diagnostic de méningiome ne doit pas conduire systématiquement à une
décision chirurgicale, mais à un contrôle et un suivi clinique et radiologique.
Ce n’est que devant des critères d’évolutivité indiscutables qu’une
intervention peut être discutée.
La symptomatologie clinique des méningiomes du sujet âgé ne diffère pas de
celle de l’adulte d’âge moyen.
Les critères d’opérabilité retiendront
essentiellement l’état physiologique du sujet, mesuré sur l’indice de Karnofsky, les conditions pour une anesthésie générale éventuellement de
longue durée, la localisation du méningiome.
Les localisations classiquement
dangereuses, base, petite aile du sphénoïde dans son tiers médial, le sont
encore plus chez le sujet âgé.
La morbidité chirurgicale est souvent plus élevée que dans la population
générale, pouvant atteindre 50 %, faite essentiellement de ramollissements
hémorragiques ou non, d’hématomes, de complications générales.
La mortalité est très diversement rapportée selon les séries : de moins de
4 % à 23%.
Les facteurs prédictifs de mauvais résultats sont un indice
de Karnofsky préopératoire inférieur à 70, un déficit neurologique
préopératoire, une insertion « dangereuse » du méningiome
entraînant des durées d’intervention supérieures à 3 heures.
Savoir poser
l’indication opératoire avec discernement, évaluer les risques potentiels et le
bénéfice que peuvent en retirer les malades, demeurent les éléments
incontournables de la décision thérapeutique, tout en sachant que, dans
certaines séries de la littérature, l’abstention chirurgicale est grevée d’un lourd
pronostic.
D - Méningiomes récidivants
:
Dans sa célèbre monographie, Cushing s’étonnait de constater que même
après une exérèse complète, des méningiomes pouvaient récidiver, en dépit
du caractère habituellement bénin de leur histologie.
Ces faits, qui ont été très
largement corroborés depuis cette époque, amènent à discuter de la fréquence
des récidives, de leur authenticité (récidive vraie ou poursuite évolutive ?),
de l’influence de l’histologie ou de certaines localisations et caractéristiques
du méningiome.
1- Fréquence des récidives :
La croissance des méningiomes est le plus souvent lente et, de ce fait, seules
les études faisant état d’un suivi suffisamment long peuvent permettre une
approche plus précise de la fréquence des récidives.
C’est ainsi que Mirimanoff, faisant état d’une série rétrospective de 145 méningiomes
bénins avec exérèse complète, estime que le taux de récidives à 15 ans serait
de 32 %si tous les malades avaient été suivis pendant cette période.
De même Jääskeläinen a rapporté une étude portant sur 657 patients opérés de
méningiomes uniques, bénins, sans maladie de Recklinghausen associée,
dont 69 ont été suivis pendant 20 ans : le taux de récidives est de 11 % à
10 ans et 19 % à 20 ans.
2-
Récidives ou poursuite évolutive ?
Même si, dans les séries rapportées précédemment, les auteurs font état
d’exérèses complètes, il est bien difficile de les affirmer avec certitude, sauf à
appliquer stricto sensu la classification de Simpson et de ne considérer
comme exérèse complète que les grades I.
Dans les grades IV et V, le problème ne se pose pas puisqu’il n’y a pas eu
d’exérèse tumorale.
Toute la discussion repose donc sur les grades II et III.
Dans les grades II, la dure-mère, même largement coagulée, est laissée en
place et il est très difficile, voire impossible, de savoir si des éléments
méningiomateux ne persistent pas au-delà ou au sein même de la dure-mère,
pouvant occasionner une récidive tardive.
Dans les grades II et III, outre le problème de la dure-mère, la persistance de
l’hyperostose en regard de l’insertion est indiscutablement un facteur de
récidive locale.
Ce dernier point est facilement évaluable sur les données
de l’imagerie (scanner en fenêtres osseuses), mais pour ce qui est de la
persistance d’éléments méningiomateux au sein de la dure-mère, notamment
basale ou au niveau des parois des sinus, il est très difficile de l’apprécier,
même avec les performances actuelles de l’IRM.
Nous avons vu que si le
terme de récidive peut s’appliquer aux seules exérèses de grade I de Simpson,
dans tous les autres cas il est préférable de parler de poursuite évolutive.
Il en
va de même pour les « récidives » qui surviennent à partir de petits bourgeons dure-mériens situés à distance de la tumeur principale et dont l’exérèse
complète ne peut jamais être affirmée, conduisant parfois à une véritable
méningiomatose évolutive, faisant évoquer un lien possible avec la NF2.
3- Histologie :
Avant la classification « moderne » de 1993, de très nombreux auteurs
avaient rapporté la très grande fréquence des récidives dans les méningiomes
malins.
Actuellement, compte tenu des difficultés d’instaurer un grading
précis des critères de malignité, il est parfois difficile d’établir une
différence significative entre les méningiomes atypiques et les méningiomes
malins quant à leur potentiel de récidives.
Il apparaît cependant pour tous
qu’il existe une très grande différence entre les méningiomes bénins et les
autres, les récidives des méningiomes bénins avec exérèse complète étant de
2 % à 5 ans, alors qu’elles sont de 50 % pour les méningiomes atypiques.
Reste le problème de la différenciation cellulaire lors de la récidive.
Les
travaux de génétique les plus récents font apparaître comme très probable que
les méningiomes sont des tumeurs monoclonales, ce qui expliquerait qu’un
très petit nombre se transforment lors des récidives (2 %).
4- Facteurs de récidives :
Il apparaît indiscutable qu’un certain nombre de facteurs interviennent
significativement dans la survenue des récidives :
– la localisation : méningiomes parasagittaux, de la base, de la petite aile du
sphénoïde ;
– l’envahissement dure-mérien, notamment des sinus veineux ;
– l’hyperostose ;
– l’histologie : méningiomes atypiques ou malins ;
– la qualité de l’exérèse : grade de Simpson supérieur à II ;
– l’âge jeune.
D’autres facteurs ont été moins constamment rapportés :
– la consistance molle de la tumeur ;
– la présence d’oedème ;
– la vascularisation piale du méningiome.
Il faut donc insister sur la nécessité d’un suivi prolongé avec imagerie et poser
le problème des traitements non chirurgicaux lors d’exérèses incomplètes ou
devant l’association de plusieurs facteurs significatifs de récidives.
E - Méningiomes multiples :
À côté du caractère éventuellement récidivant des méningiomes, une autre
particularité de ces tumeurs mérite d’être soulignée, c’est leur possible
multiplicité.
Les méningiomes multiples peuvent se rencontrer dans plusieurs
circonstances.
1- Phacomatoses :
Dans le cadre général des phacomatoses, et plus précisément dans celui de la
maladie de Recklinghausen, cela représente environ 50 % des méningiomes
multiples. Ils sont alors associés aux neurofibromes cutanés, à des
neurinomes de l’acoustique, uni- ou bilatéraux, à des angiomes, à des
méningiomes rachidiens.
On les rencontre plus volontiers chez des sujets
jeunes, de moins de 40 ans.
2- Découverte fortuite
:
Lors du bilan pratiqué à la recherche d’une tumeur « ayant parlé », on
découvre plusieurs méningiomes.
Ceux-ci peuvent être isolés, séparés les uns
des autres, plus volontiers situés dans un même compartiment intracrânien
ou, dans d’autres cas, réaliser une véritable méningiomatose avec une
prolifération parfois considérable de petites tumeurs réalisant de multiples
bourgeons pouvant s’étendre sur les méninges à partir d’une tumeur plus
volumineuse, voire d’un méningiome en « plaque ».
Des classifications entre
ces différentes formes ont été proposées, mais en fait nous pensons qu’il s’agit
plus vraisemblablement de formes d’expression variée de la même maladie.
3- Postopératoires :
Il s’agit alors de méningiomes parfois récidivants, au voisinage de la zone
opérée ou parfois naissant à distance de la première tumeur, dans
un autre hémisphère, dans la fosse postérieure, dans le canal rachidien, il
s’agit là d’une forme très particulière de méningiomes multiples qui
n’apparaissent qu’après une première intervention portant sur un méningiome
apparemment unique.
On peut penser que cette évolutivité les rapproche de la
maladie de Recklinghausen.
Une mention particulière doit être faite aux méningiomes multiples postradiothérapiques, qui semblent beaucoup plus fréquents que ceux
survenant sans irradiation, ce qui repose le problème général des
méningiomes radio-induits.
La fréquence des méningiomes multiples était, avant le scanner, évaluée à
2 %.
Les études plus récentes apportent des chiffres beaucoup plus élevés
atteignant 8 à 10%, ce qui s’explique facilement pour les méningiomes
multiples « concomitants » découverts lors du bilan scanographique.
La
fréquence réelle reste bien plus difficile à évaluer pour ce qui concerne les
méningiomes qui apparaissent après une première intervention, car plusieurs
années peuvent s’écouler avant que n’apparaissent d’autres méningiomes.
La même remarque s’impose pour les méningiomes multiples postradiothérapiques.
Le problème se complique encore dans le cadre d’une maladie de
Recklinghausen connue, puisque l’on peut voir des méningiomes apparaître
plusieurs années après l’exérèse d’un neurinome de l’acoustique ou d’un
gliome du nerf optique.
Il paraît vraisemblable qu’il s’agit là de formes
voisines de maladies génétiques dont on ne connaît actuellement que certains
aspects (maladie de Recklinghausen, neurinomes bilatéraux de l’acoustique).
Imagerie des méningiomes
:
L’intérêt des radiographies simples du crâne a été rendu caduc par l’apparition
du scanner et de l’IRM.
Les clichés simples peuvent, certes, révéler une
exagération des sillons artériels méningés, une hyperostose, une érosion
osseuse, des calcifications tumorales.
Mais il est devenu exceptionnel qu’un
méningiome puisse être soupçonné à la lecture de clichés simples du crâne.
Et toutes ces images osseuses seront retrouvées comme signes
accompagnateurs de l’image tumorale proprement dite sur des coupes
tomodensitométriques traitées en fenêtres osseuses.
A - Tomodensitométrie :
La tomodensitométrie représente toujours, aujourd’hui, un moyen
diagnostique fiable des méningiomes, puisque, selon les séries, on obtient
entre 95 et 100 % de diagnostics positifs, les chiffres les plus bas étant dus à
des difficultés d’interprétation dans des localisations particulières telles que
le vertex ou le foramen magnum, plus généralement la base du crâne.
On
admet que le scanner sans contraste détecte 85 % des méningiomes ; après
injection iodée, il en détecte 95 %.
Seuls les petits méningiomes situés
dans ces localisations particulières, mal explorées par des coupes tomodensitométriques
axiales de routine, pourront échapper à cet examen.
Ainsi,
si la clinique oriente vers une pathologie d’un « conduit » (canal optique, méat
acoustique interne, foramen jugulaire…) ou de toute autre région anatomique
exiguë ou difficile à explorer par le scanner (sinus caverneux, foramen
magnum...), l’indication d’une IRM « de dépistage » d’emblée se justifie.
Sinon, le scanner garde toujours son intérêt, car il permet une meilleure
analyse de l’os que l’IRM.
L’étude d’un méningiome, pratiquement purement
osseux ou comportant une large hyperostose, sera plus fine au scanner.
De surcroît, il est plus rapide et coûte moins cher (ce qui est à prendre en
compte en matière de surveillance radiologique postopératoire, plus qu’en
matière de diagnostic initial).
Enfin et surtout, le scanner trouve tout son
intérêt dans le bilan préopératoire des méningiomes de la base du crâne par la
possibilité qu’il offre de pouvoir, sur la même image, montrer la tumeur et ses
rapports osseux.
Ceci permet de planifier plus précisément le fraisage
osseux de la base (rocher, grande aile du sphénoïde…) qu’il faudra réaliser
pour accéder au méningiome.
Le scanner est réalisé classiquement en coupes axiales, éventuellement
complétées de coupes coronales en fenêtres parenchymateuses, de coupes
axiales et/ou coronales (selon la localisation) en fenêtres osseuses.
Les coupes
coronales parenchymateuses, notamment pour les méningiomes de la voûte
situés sur la ligne médiane ou pour les méningiomes de la tente du cervelet,
sont désormais avantageusement supplantées par les coupes IRM dans les
trois plans de l’espace.
Enfin, les reconstructions d’images tridimensionnelles
présentent essentiellement un intérêt dans les méningiomes de la base du
crâne.
1- Scanner sans injection de produit de contraste :
L’aspect typique du méningiome réalise une masse homogène à contours le
plus souvent réguliers et nets, parfois polylobés, refoulant le parenchyme
adjacent, présentant un point d’attache à une structure méningée et souvent
osseuse.
L’étude des densités montre qu’il s’agit, dans 70 à 75 % des cas, d’une
lésion hyperdense (entre 45 et 80 UH) au parenchyme cérébral, isodense
(35-45 UH) dans 25 % des cas, exceptionnellement hypodense (1 à 5 % des
cas).
Elle peut présenter des calcifications disséminées en son sein (20 à 25 %
des cas), ce qui peut « artificiellement » rehausser par endroits sa densité et la
faire apparaître hétérogène.
Elle est enfin entourée d’une zone hypodense dans plus de la moitié des cas (60 % environ), ce qui signifie
l’existence d’un oedème associé qui a donné lieu à diverses interprétations.
Une nécrose hémorragique intratumorale est rare.
Dans les formes atypiques, on peut rencontrer des parties kystiques au sein de
la partie charnue ou lui attenant en périphérie, réalisant des aspects trompeurs
quant au diagnostic de nature, la confusion pouvant se faire avec des
tumeurs gliales.
Parmi les méningiomes dits kystiques, on distingue
des formes dont le kyste (parfois multiple) est centrotumoral, péritumoral ou
à la fois intra- et péritumoral.
Le rehaussement après injection iodée de la
paroi d’un kyste péritumoral incite à penser que cette paroi est
méningiomateuse.
2- Après injection de produit de contraste
:
On observe un rehaussement souvent intense de la lésion,
homogène dans 90 %des cas.
Plus rarement le rehaussement est hétérogène,
notamment dans les formes kystiques, le parenchyme tumoral pouvant ainsi
prendre un aspect granulaire, étoilé ou cerclant une ou plusieurs zones prenant
peu ou pas le contraste, évoquant des nécroses intratumorales.
Le diagnostic tomodensitométrique de méningiome sera alors étayé par :
– l’existence d’une insertion durale ;
– l’existence de signes osseux (hyperostose, sillons vasculaires) au niveau
du point d’insertion de la tumeur sur des coupes travaillées en fenêtres
osseuses.
Une lyse osseuse est plus rare mais n’élimine pas le diagnostic de
méningiome.
Quelques auteurs ont essayé d’affiner le diagnostic de méningiome en
définissant des images qui seraient en faveur d’une certaine agressivité
évolutive, sinon histologique :
– présence d’un oedème périphérique important et absence de calcifications intratumorales ;
– présence d’une composante kystique ;
– rehaussement modéré et inhomogène à l’injection de produit de contraste ;
– irrégularité des contours de la tumeur.
En fait, les méningiomes malins ne peuvent pas être distingués de façon
certaine sur les seules données tomodensitométriques.
Le caractère évolutif
agressif de la tumeur est finalement mieux évalué par l’anamnèse et, en
postopératoire, par la réapparition ou non, plus ou moins rapide, d’une
récidive ou d’une poursuite évolutive en cas d’exérèse incomplète.
On peut seulement dire que l’existence de contours irréguliers est souvent le
garant de difficultés de dissection entre le parenchyme sain et la tumeur.
Dans
ce domaine, l’IRM est très supérieure au scanner.
B - Imagerie par résonance magnétique :
Contrairement à la plupart des tumeurs intracrâniennes, les méningiomes
peuvent théoriquement échapper au diagnostic en IRM car ils ont assez
fréquemment des signaux qui, en T1 et T2, sont semblables à ceux du cerveau
normal : ainsi, la différence d’« intensité » entre la tumeur elle-même
et le parenchyme peut être très faible, conduisant à des faux négatifs ou à des
erreurs d’interprétation, en l’absence d’effet de masse.
Cependant, les
protocoles d’examen actuels incluant une utilisation fréquente du gadolinium
intraveineux rendent très peu probable l’existence de faux négatifs en matière
de méningiomes, même de petite taille.
L’existence d’une relation entre le signal IRM et la consistance, la
vascularisation et l’histologie des méningiomes est controversée.
Les études
évoquant de telles corrélations portent surtout sur les signaux IRM en fonction
de l’histologie des méningiomes.
Les études portant sur leur consistance sont
pourtant plus intéressantes sur un plan pratique, car cette consistance est le
premier facteur conditionnant la qualité de l’exérèse des méningiomes de
localisation difficile.
Les séquences pondérées T1 sont, en tout cas, les moins performantes.
Il
n’existe en effet pas de corrélation entre l’intensité du signal en T1, la
consistance de la tumeur et son type histologique.
En revanche,
l’hyperintensité relative de la tumeur (rapportée à celle de la substance grise)
en séquence pondérée T2 est corrélée à l’importance de sa vascularisation.
De même, les méningiomes de consistance molle ou ayant des atypies
cellulaires ou des composantes mélaniques, angioblastiques ou
syncytiales sont significativement plus souvent hyperintenses en T2,
comparativement à la substance grise.
Les méningiomes hypo-intenses au
cortex en T2 sont plutôt, eux, fibroblastiques ou transitionnels.
Mais, en
réalité, cette corrélation entre les signaux IRM en T2 des méningiomes et leurs
types histologiques n’est pas suffisamment constante (satisfaisante dans
seulement 50 à 75 % des cas, pour permettre d’en prévoir, de façon
fiable, la nature.
Concernant la seule consistance, Yamaguchi admet que
celle-ci dépend de la proportion d’eau dans la tumeur et de son caractère
fibroblastique.
Il n’existe aucune corrélation entre le caractère histologique
d’un méningiome et sa consistance.
Mais concernant sa teneur en eau, on
retrouve effectivement une corrélation significative entre l’aspect en T2 et en
densité protonique (DP) de la tumeur et sa consistance.
En effet, environ trois
quarts des méningiomes mous (opératoirement) sont hyperintenses en T2 et
en DP et, surtout, 94 % des méningiomes fibreux sont hypo- ou iso-intenses
en T2 et près de 80 % hypo- ou iso-intenses en DP.
Au total, tous méningiomes confondus, on peut dire que, sur les séquences
pondérées en T1, environ deux tiers des méningiomes sont en isosignal par
rapport à la substance grise et un tiers en hyposignal.
Sur les séquences pondérées en T2, un peu moins de la moitié restent iso-intenses.
Les autres sont hyperintenses ou hypo-intenses.
Sur les séquences pondérées en T1, pratiquement tous les méningiomes se
rehaussent après injection de gadolinium intraveineux.
Et c’est là un
moyen fiable d’éviter les faux négatifs.
Ce rehaussement intense et homogène
de la tumeur est parfois supérieur à celui qui existe au scanner après injection
d’iode.
Dans les cas de méningiomes kystiques, l’IRM permet d’analyser
mieux les parois des kystes dont le contenu apparaît soit iso-intense, soit
hyperintense en T2 par rapport au liquide cérébrospinal, sans corrélation
possible avec la nature du liquide kystique (hémosidérinique, nécrotique ou
cérébrospinal).
Sur les données IRM, Wasenko distingue les kystes
intratumoraux, les kystes intracérébraux adjacents et ceux interposés entre
tumeur et parenchyme cérébral.
Le rehaussement au gadolinium de la paroi
du kyste est en faveur d’un kyste intratumoral et donc de la nature
méningiomateuse de cette paroi.
Mais l’IRM ne permet pas toujours, face à
une tumeur kystique accolée à la dure-mère, de faire formellement le
diagnostic différentiel entre méningiome et tumeur gliale, par exemple.
Une attention particulière doit être portée à la présence d’un rehaussement
après injection de gadolinium (en séquence pondérée T1) de la dure-mère périméningiomateuse, réalisant une image dite « queue du méningiome »
non visible en tomodensitométrie.
Ce rehaussement, qui stricto sensu
est à distinguer d’un véritable épaississement tumoral en « plaque » péritumoral, est hautement évocateur, sans être spécifique, des
méningiomes. Il n’est pas corrélé au caractère agressif de la tumeur.
Cette image est classiquement attribuée à une prolifération d’un tissu
conjonctif hypervascularisé, mais peut aussi correspondre à une extension
méningiomateuse.
Ainsi, la prudence veut que l’on fasse l’exérèse de
cette dure-mère en même temps que le méningiome lui-même, surtout si cette
« queue » est épaisse ou d’aspect discontinu.
L’oedème péritumoral, visible en séquence pondérée T1 sous forme d’une
image hypo-intense de la substance blanche adjacente au méningiome, est
encore mieux vu en T2.
Cette séquence peut révéler un oedème parfois
considérable, sous forme d’une large image hyperintense de la substance
blanche de tout un hémisphère ou encore un oedème plus discret, non ou peu
visible au scanner ou en séquence IRM pondérée en T1.
Plus intéressante sur le plan chirurgical est la constatation, dans deux tiers des
cas, d’un liseré d’hyposignal en T1, à la périphérie de la tumeur, la
démarquant ainsi du parenchyme cérébral : il correspond, le plus souvent, à
un très mince espace dans lequel est emprisonné du liquide cérébrospinal mais
peut également représenter des veines périphériques nombreuses et dilatées, des branches artérielles déplacées ou du tissu collagène, si ce liseré reste
hypo-intense en T2.
L’existence d’un liseré hypo-intense en T1 et
hyperintense en T2 signe l’existence d’une interface liquidienne entre
la tumeur et le cortex et présage une dissection facile du méningiome.
À
l’inverse, des contours irréguliers, dentés, sans interface visible entre
tumeur et parenchyme cérébral, voire inclusion de vaisseaux corticaux à la
périphérie de la tumeur, laissent présager une dissection laborieuse
de la tumeur.
La comparaison entre scanner et IRM reste favorable au scanner concernant
la « présence » même de la tumeur, la visualisation des calcifications, de
l’hyperostose et les rapports os-tumeur dans le cas des méningiomes de la
base.
Cependant, les déplacements des structures avoisinantes, l’existence ou non
d’une interface liquidienne tumeur-parenchyme cérébral, l’appréciation de la
consistance du méningiome, sont mieux analysés en IRM.
De même, l’IRM
devient extrêmement performante dans les localisations où le scanner peut
être en défaut : vertex, tente du cervelet, sinus caverneux, fosse postérieure,
foramen magnum, conduits.
Dans tous ces cas, l’acquisition d’images dans
les plans sagittal et coronal donne des renseignements supérieurs à ceux du
scanner dont l’interprétation est très gênée par les artefacts osseux ou les effets
de volumes partiels.
En conclusion, certains méningiomes peuvent n’être diagnostiqués et traités
que sur les seules données du scanner réalisé en fenêtres parenchymateuses
sans et après injection iodée (méningiomes de la voûte en particulier).
Les
autres bénéficient d’un complément d’examen par IRM et éventuellement
d’une étude tomodensitométrique en fenêtres osseuses.
C - Artériographie :
Étant pour la plupart des tumeurs richement vascularisées, généralement plus
que les neurinomes, et insérées sur la dure-mère, les méningiomes
apparaissent sous forme d’un blush tumoral, après opacification des artères
méningées.
Une vascularisation piale est également possible, imposant de
compléter l’angiographie carotidienne externe par une injection des axes
encéphaliques.
Typiquement, ce blush vasculaire a un aspect radiaire,
d’autant plus riche que l’injection iodée au scanner aura montré un
rehaussement intense.
Cet examen a néanmoins quasiment disparu aujourd’hui des moyens
diagnostiques, pour apparaître comme un éventuel élément d’une stratégie,
voire d’un moyen thérapeutique de complément.
Elle est en effet surtout
réalisée dans le cadre d’une embolisation des pédicules nourriciers du
méningiome préalablement à l’exérèse chirurgicale.
L’artériographie permet
aussi d’étudier précisément les rapports potentiels étroits, soupçonnés en
IRM, entre le méningiome et des veines corticales en territoire cérébral
fonctionnel.
Dans le cadre particulier des méningiomes envahissant potentiellement un
sinus veineux, l’artériographie peut actuellement être supplantée, dans certains cas particuliers, par l’angio-MR, à visée préopératoire.
Cet examen
est en mesure d’affirmer le caractère parfaitement perméable, ou au contraire
totalement occlus, de ce sinus.
Dans les cas intermédiaires, l’artériographie
conventionnelle reste le seul moyen d’apprécier le calibre restant d’un sinus
partiellement thrombosé, la qualité du flux des veines adjacentes s’y drainant
et l’existence d’éventuelles voies veineuses de suppléance.
Traitement
:
A - Chirurgie
:
Les méningiomes sont les tumeurs intracrâniennes qui demeurent, par
excellence, du domaine de la neurochirurgie : leur traitement est avant tout
chirurgical.
Les autres possibilités ou compléments thérapeutiques plus
récents : embolisation, traitements antihormones sexuelles, irradiation
multifaisceaux,… n’ont cependant pas remis en cause, dans la grande
majorité des cas, la prépondérance du traitement chirurgical, quelquefois
suivi d’une radiothérapie conventionnelle complémentaire.
La chirurgie doit s’efforcer d’être aussi radicale que possible, car seule une
exérèse totale offre les meilleures chances de guérison définitive avec le
minimum de récidives.
Toutes les séries de la littérature sont en accord avec
les critères de Simpson, et si des taux de récidive, dans les trois
premiers grades, atteignent 5 à 10%15 ans après l’exérèse, ils peuvent aller
au-delà de 30 %, voire 50 à 60 % dans les stades IV et V qui
représentent des exérèses très incomplètes.
Les possibilités d’exérèse totale sont évidemment en relation étroite avec la
localisation des méningiomes : actuellement, seuls les méningiomes
envahissant les méninges de la base, le sinus caverneux demeurent d’exérèse
totale (Simpson I ou II) quasi impossible.
Dans ces localisations basales, la
qualité de l’exérèse dépend essentiellement de la consistance de la tumeur.
Une tumeur très fibreuse, dense, ne se laissant pas pulvériser à l’aspiration
ultrasonique, résistante à la pince à biopsie, est d’exérèse toujours difficile,
même si les lasers permettent maintenant de travailler là où les ultrasons sont
inefficaces.
Cette difficulté est liée alors à l’impossibilité de mobiliser « en
masse » le méningiome, rendant laborieuse la dissection des nerfs crâniens et
des vaisseaux encéphaliques, eux-mêmes parfois très adhérents à la tumeur.
L’exérèse chirurgicale des méningiomes qui envahissent la paroi latérale du
sinus caverneux est le plus souvent impossible sans lésions de nerf(s)
crânien(s), hormis les rares méningiomes particulièrement mous.
À un
moindre degré, les méningiomes parasagittaux dans leur moitié postérieure
ou les méningiomes de la tente du cervelet, envahissant le sinus droit ou le
confluent postérieur des sinus, restent d’exérèse très difficile, en tout cas très
risquée.
Pour presque tous les autres, l’ablation de la tumeur et, si possible, de
sa dure-mère d’insertion et sa zone osseuse d’insertion doit être tentée dès lors
que l’indication chirurgicale est retenue.
En ce qui concerne les méningiomes osseux ou les importantes hyperostoses
réactionnelles qui peuvent parfois paraître inenlevables car s’étendant
largement sur la base du crâne, on doit s’efforcer, là encore, d’en faire un
fraisage radical en utilisant des voies d’abord combinées, en collaboration
éventuelle avec d’autres disciplines chirurgicales (oto-rhino-laryngologique,
maxillofaciale).
D’une façon générale, les techniques d’exérèse des méningiomes sont celles
des tumeurs extra-axiales.
Idéalement, et hormis pour les méningiomes géants
ou de localisation difficile, la tumeur sera disséquée des structures nobles
adjacentes (cortex, nerfs crâniens, vaisseaux) et retirée en un bloc, emportant
la dure-mère d’insertion.
Dans les cas de très volumineux méningiomes,
l’exérèse dite centrotumorale initiale permet de mobiliser ensuite plus
aisément la paroi du méningiome et de la disséquer ensuite des structures
nobles.
Le caractère hypervascularisé de la tumeur peut conduire à la
désinsérer, si possible et de première intention, pour interrompre la
vascularisation d’origine durale de la tumeur.
L’exérèse des méningiomes de
localisation difficile (base, sinus caverneux…) associe, le plus souvent, les
gestes simultanés de réduction tumorale-dissection des structures noblescoagulation
des vaisseaux intratumoraux.
Les plasties durales d’étanchéité
sont réalisées à l’aide de périoste autologue ou de matériaux synthétiques.
Enfin, l’exérèse des méningiomes osseux ou des hyperostoses utilise soit les
techniques de fraisage, soit les techniques d’exérèse osseuse en bloc, suivies
de reconstruction par greffe osseuse autologue ou par matériel prothétique.
B - Radiothérapie :
Si le traitement chirurgical demeure l’élément fondamental de l’arsenal
thérapeutique, il n’est toutefois pas toujours suffisant pour traiter de façon
radicale et définitive certains méningiomes.
Les progrès techniques
permettent des exérèses au moins subtotales de tumeurs envahissant la base
ou le sinus caverneux, mais la règle doit toujours être respectée d’offrir au
patient les meilleures chances de guérison au prix de la moindre mortalité ou
morbidité.
Dans cette optique, la radiothérapie conventionnelle et, mieux
encore, l’irradiation multifaisceaux constituent des outils thérapeutiques
intéressants.
Radiothérapie fractionnée :
Elle peut être appliquée soit dans les méningiomes atypiques ou malins, soit
dans les exérèses incomplètes (grades III et IV de Simpson), soit dans les
récidives.
En 1987, Barbaro rapportait que, dans deux groupes de méningiomes
partiellement enlevés, le taux de récidives à 15 ans était de 60 %, alors qu’il
n’était que de 32 % pour les malades irradiés.
En 1988, Taylor donnait
des chiffres encore plus élevés (69 %versus 15 %).
Plus récemment, en 1994,
Goldsmith a rapporté des résultats de même nature sur une série de
140 patients ayant eu des exérèses incomplètes, précisant le devenir en
fonction du grade histologique et des progrès de l’irradiation : dans les
méningiomes bénins, aucune progression tumorale à 5 ans dans 89 % des cas
(77 % avant 1980 et 98 % après 1980).
Ce dernier chiffre est impressionnant
si on le compare aux 50 %de récidives à 5 ans pour des exérèses incomplètes
sans radiothérapie. Dans le cadre des méningiomes malins, les résultats,
portant sur des chiffres beaucoup plus réduits, sont également encourageants,
avec 48 % d’absence de progression tumorale à 5 ans.
La morbidité de ce traitement reste controversée : trop importante pour
Al Mefty, elle semble toutefois rester dans les limites acceptables (<5 %)
pour d’autres, incluant des troubles visuels, des perturbations hormonales,
une radionécrose tardive, le développement d’autres tumeurs.
L’irradiation multifaisceaux représente un atout majeur pour traiter des
méningiomes de petit volume (moins de 45 mm de diamètre), distants de 3 à
5 mm des voies optiques, dont l’exérèse complète ne peut s’envisager sans
risques majeurs pour le patient.
Elle peut même être envisagée, dans certains
cas, comme un traitement de première intention. Les méningiomes
représentent en effet une « cible » idéale pour l’irradiation stéréotaxique
multifaisceaux :
– ils sont habituellement bien délimités et envahissent rarement le cerveau ;
– ils sont parfaitement bien vus et circonscrits sur l’IRM ou le scanner,
permettant de planifier au mieux les doses d’irradiation ;
– ils peuvent être détectés, même très petits ;
– ils poussent en général lentement, permettant à l’involution vasculaire radio-induite de produire ses effets ;
– leur vascularisation est comprise dans le champ d’irradiation, permettant
là également les thromboses des vaisseaux nourriciers ;
– elle réduit les risques neurologiques inhérents à la chirurgie dans les
méningiomes de la base (sinus caverneux) ;
– elle peut s’appliquer chez des sujets âgés chez qui l’anesthésie générale
peut être dangereuse.
Ses résultats sont très encourageants, faisant état de stabilisation des lésions
ou de réduction de volume tumoral de plus de 90 %, notamment pour des
méningiomes du sinus caverneux.
Sa morbidité rejoint celle de
l’irradiation conventionnelle ou semble même moindre dans certaines séries
récentes dont le recul n’est toutefois peut-être pas suffisant.
C - Autres traitements :
1- Traitements antihormonaux :
Les très nombreux travaux concernant la découverte de récepteurs
hormonaux au sein des méningiomes, et notamment des RP, avaient fait naître
l’espoir de possibilités thérapeutiques avec l’utilisation d’une molécule
antiprogestérone, le RU486 ou mifépristone.
Cette drogue, qui possède une
très grande affinité pour les RP, a montré des effets antiprogestatifs et
cytotoxiques sur des lignées cellulaires de cancer du sein, mais aussi de
méningiomes.
Elle a également montré un effet réducteur de volume sur des
méningiomes implantés dans la capsule rénale de la souris nude, mais
malheureusement sans qu’il y ait de corrélation avec la présence ou l’absence
de RP.
Ses effets in vivo, chez l’homme, restent donc inconnus, en
attendant les résultats d’une étude multicentrique française non encore
publiés.
2- Chimiothérapie
:
Les essais de chimiothérapie pour le traitement des méningiomes
incomplètement réséqués sont peu nombreux.
L’utilisation de polychimiothérapie de type CAV (cyclophosphamide, adriamycine,
vincristine) n’a permis que des réponses partielles transitoires.
Récemment,
il a été montré que des tumeurs greffées chez la souris nude régressaient sous
l’effet d’une chimiothérapie par hydroxyurée.
Cette drogue, peu toxique,
est largement utilisée en hématologie dans le traitement des leucémies.
Elle
présente l’avantage de pouvoir être administrée par voie orale en continu, sans
toxicité importante et sous simple surveillance de l’hémogramme.
Elle induirait l’apoptose des cellules de méningiome in vitro.
Chez l’homme,
des données préliminaires ont été rapportées chez cinq patients, quatre
porteurs de méningiome de grade I et un de grade III.
Deux patients ont eu
une régression de 75 % après 10 et 13 mois de traitement, un troisième n’a
plus eu de tumeur après 2 ans de traitement.
Un dernier patient n’avait que
cinq mois de recul avec une réponse mineure.
Ces données encourageantes
méritent une confirmation avant l’utilisation plus large de cette
chimiothérapie.
D - Indications
:
Une revue générale des méningiomes intracrâniens ne peut en préciser dans
le détail les indications thérapeutiques, mais seulement en tracer les grandes
lignes.
Celles-ci doivent avant tout tenir compte de quatre facteurs : la
symptomatologie et l’âge physiologique du patient, la localisation et la taille
du méningiome.
Le problème de la symptomatologie pose essentiellement celui des tumeurs
asymptomatiques et donc de leur histoire naturelle.
On peut exclure de ce
cadre les méningiomes « non usuels » dont l’agressivité
histologique ne manque pas d’entraîner rapidement des signes cliniques.
Sur
la série de 60 méningiomes asymptomatiques suivis par Olivero, dont
45 suivis par scanner, 35 n’ont pas augmenté de volume sur une période
moyenne de 29 mois et 10 ont augmenté de volume selon une croissance
moyenne de 0,24 cm par an. Les données autopsiques concluent, elles, à une
incidence des méningiomes d’environ 2,3 % (3 % après 60 ans), chiffre à
rapprocher de l’incidence des méningiomes diagnostiqués de 2,3/100 000
sujets vivants. Ces données font penser que l’histoire naturelle commune de
ces tumeurs est une évolution nulle ou lente sur des périodes se chiffrant en
années.
Ceci rend raisonnable la surveillance d’un malade chez qui on
découvre fortuitement un méningiome.
Mais on doit sans doute nuancer cette
attitude chez les malades jeunes (< 50 ans), porteurs de méningiomes
asymptomatiques dont la taille est conséquente (> 3 ou 4 cm) et d’exérèse
facile, situations en réalité assez rares.
Dès lors qu’un méningiome devient symptomatique (céphalées tenaces,
épilepsie, signes neurologiques), le traitement doit être envisagé.
Comme
nous l’avons dit, l’exérèse chirurgicale reste le traitement de choix, ce
d’autant que le geste permet une exérèse de type Simpson I ou II.
Mais
l’indication chirurgicale prend en compte la taille, la localisation de la tumeur
et l’âge du malade.
Elle est d’autant plus justifiée qu’il s’agit d’un
méningiome de localisation facile, chez un patient jeune (< 60 ans)
alors que, pour un patient âgé (> 70 ans), on peut s’abstenir ou surveiller, à
condition que la symptomatologie entraînée par la tumeur soit tolérable ou
traitable médicalement (épilepsie).
Un volumineux méningiome de
localisation difficile chez un patient de moins de 60 ans mérite une exérèse au
moins partielle, alors qu’un petit méningiome de localisation difficile chez un
patient plus âgé mérite une irradiation multifaisceaux (si celle-ci est
réalisable) ou, sinon, l’abstention.
Entre ces cas de figure, l’indication
chirurgicale doit être pesée raisonnablement, cas par cas et en accord avec le
patient.