Infections respiratoires basses communautaires de l’adulte (immunodépression exclue)
(Suite)
Cours de pneumologie
+
« Coxiella burnetii »
:
Agent étiologique de la fièvre Q, cette bactérie est, parmi les
rickettsies, celle qui est le plus souvent à l’origine de pneumonies.
Les agents vecteurs sont les tiques et divers animaux sauvages ou
domestiques forment le réservoir (moutons, chèvres, bovins).
Coxiella burnetii se multiplie dans le placenta des animaux en
gestation.
La dissémination se fait pendant la parturition.
La bactérie
est particulièrement résistante aux agents chimiques et physiques.
Bien que la bactérie soit présente dans de nombreuses espèces de
tiques, la voie de contamination habituelle s’effectue par inhalation
d’aérosols contaminants.
La présentation clinique habituelle est celle
d’une pneumonie « atypique ».
Le début survient après 2 à 4
semaines d’incubation.
Les malades présentent une fièvre élevée
(40 °C), des frissons, des myalgies et des céphalées.
La toux est
habituellement non productive.
Des douleurs abdominales et
thoraciques, une pharyngite et une bradycardie peuvent également
survenir.
Habituellement, il n’existe pas de rash cutané comme dans
les autres rickettsioses.
Hépatomégalie et splénomégalie peuvent
être retrouvées à l’examen clinique.
La radiographie thoracique
montre des infiltrats nodulaires denses ; une pleurésie et des
atélectasies en bande peuvent être retrouvées.
Il n’y a habituellement
pas d’hyperleucocytose.
Parfois, on observe une hépatite biologique.
L’évolution est habituellement favorable.
*
Germes anaérobies :
L’infection résulte d’une inhalation et est donc favorisée par diverses
circonstances comme l’alcoolisme, le coma, les convulsions et
l’anesthésie générale.
Un foyer infectieux chronique dentaire ou otorhino-
laryngologique (ORL), un cancer du poumon ou des
bronchectasies sont également des facteurs de risque pour la
survenue de ces infections.
Les pneumonies à germes anaérobies
débutent comme des pneumonies typiques avec une douleur
thoracique, un infiltrat pulmonaire qui prédomine au niveau des
lobes inférieurs et, plus particulièrement, le lobe inférieur droit.
Secondairement, il apparaît une nécrose et une suppuration avec
fièvre supérieure à 39 °C, dyspnée et douleur thoracique.
L’expectoration est purulente et fétide ; l’hyperleucocytose est élevée
et la radiographie thoracique montre des infiltrats segmentaires avec
de petites excavations.
Abcès et pleurésie purulente sont fréquents.
L’évolution dépend du traitement : le délai thérapeutique et les
antibiotiques inadaptés favorisent probablement la survenue de
pneumonies nécrosantes qui augmentent la mortalité.
* Autres bactéries :
+ « Actinomyces israelii »
:
C’est l’agent le plus souvent en cause dans l’actinomycose.
Il s’agit
de filaments à Gram positif anaérobies longtemps improprement
considérés comme des champignons.
Ils sont normalement présents
dans l’oropharynx et deviennent pathogènes lorsqu’il existe une
défaillance de la barrière anatomique ou après inhalation.
Après
quoi, l’infection peut s’étendre de proche en proche.
Le mauvais état
buccodentaire, des bronchectasies et une BPCO sont des facteurs de
risque pour une infection pulmonaire.
Les hommes sont plus
fréquemment atteints que les femmes.
La présentation clinique est
celle d’une tuberculose, d’un cancer ou d’une infection chronique
fungique : asthénie, anorexie, perte de poids et fébricule peuvent
précéder la toux et les douleurs thoraciques de plusieurs mois.
Les
infections cervicofaciales et thoraciques coexistent rarement.
La
radiographie thoracique montre des anomalies variables : petits
nodules cavitaires confinés à un seul segment, infiltrat excavé, scissurite,
atteinte de la paroi thoracique, des os ou de la plèvre, empyème.
+ « Nocardia »
:
Nocardia asteroides, et moins fréquemment Nocardia brasiliensis, sont
responsables de la plupart des pneumonies nocardiales.
Nocardia
spp. sont des bacilles à Gram positif aérobies présents dans les sols.
Approximativement 50 % des malades n’ont pas d’affection sousjacente.
Les autres ont des facteurs prédisposants comme une
immunodépression, un cancer, une corticothérapie au long cours.
Le début de l’infection est habituellement subaigu mais peut être
fulminant avec, dans ce cas, une importante mortalité.
Les
symptômes incluent fièvre, asthénie, anorexie, toux productive et
douleurs thoraciques.
Des métastases septiques peuvent survenir :
abcès sous-cutanés ou atteinte du système nerveux central.
L’infection peut également toucher la plèvre et la paroi thoracique.
Les anomalies radiographiques varient de l’infiltrat au foyer lobaire.
Cavités, nodules, abcès et pleurésie peuvent également être
observés.
Le pronostic dépend de la dissémination de l’infection ; il
est généralement bon dans le cas d’une infection pulmonaire isolée.
+ « Pasteurella multocida » :
Il s’agit d’un coccobacille à Gram négatif présent dans
l’oropharynx des mammifères.
Il est responsable d’infection cutanée après une morsure
animale.
Des pneumonies ont été rapportées chez des malades ayant des
affections pulmonaires chroniques.
La présentation clinique est non spécifique et inclut de la
fièvre, une toux, une expectoration purulente et une dyspnée.
La radiographie thoracique montre des infiltrats au niveau des
lobes inférieurs ; on peut observer des épanchements pleuraux et des
empyèmes.
+ « Francisella tularensis » :
Il s’agit d’un bacille à Gram négatif retrouvé chez différents
animaux et insectes dans l’hémisphère Nord.
La tularémie survient après morsure ou après un contact avec un
animal infecté.
Le début de la pneumonie est brutal : fièvre, frissons et
malaises précèdent la survenue de la toux avec douleur thoracique et
dyspnée.
Une ulcération douloureuse, avec adénopathie satellite, peut
être retrouvée au site de l’inoculation bactérienne.
La radiographie thoracique montre les signes de pneumonie avec
parfois des adénopathies hilaires et/ou un épanchement pleural.
+ « Yersinia pestis »
:
Également appelé Pasteurella pestis, ce bacille à Gram négatif cause
la peste ; il est transmis à l’homme par morsure de puce ou par voie
aéroportée interhumaine.
Les symptômes initiaux incluent frissons,
fièvre, prostration, délire, céphalées, vomissements et diarrhée.
Trois
formes peuvent survenir : bubonique, septicémique et
pneumonique.
La forme bubonique se manifeste par des
adénopathies se formant dans les zones cervicales, axillaires,
fémorales et inguinales.
La forme septicémique est caractérisée par
un état de choc et des pétéchies hémorragiques.
La forme
pneumonique résulte, soit de métastases septiques, soit d’une
inhalation du pathogène.
La pneumonie survient après 1 semaine
suivant l’exposition et est caractérisée par une douleur thoracique,
une toux productive, une dyspnée et une hémoptysie.
La
radiographie thoracique montre des infiltrats au niveau des lobes
supérieurs avec parfois des nodules, des adénopathies et des
épanchements pleuraux.
+ « Bacillus anthracis »
:
Il s’agit d’un bacille à Gram positif responsable de l’anthrax.
Il est
présent dans le sol, l’eau et la végétation.
Il infecte les vaches,
moutons et chevaux.
La transmission à l’homme est indirecte par le
biais de matériaux infectés.
Trois formes d’anthrax sont retrouvées :
cutané, intestinal et pneumonique.
L’inoculation de ce bacille dans
des surfaces cutanées abrasées ou des érosions superficielles cause
une pustule croûteuse noirâtre entourée d’oedèmes.
L’anthrax
intestinal résulte de l’ingestion d’un matériel contaminé ; il s’agit
d’une forme sévère de l’infection.
La forme pneumonique est causée
par l’inhalation de bacilles.
La toux non productive et la douleur
thoracique précèdent l’apparition d’une dyspnée avec stridor, tachypnée, cyanose.
On observe un oedème du cou et de la partie
antérieure du thorax.
La radiographie thoracique montre
habituellement un oedème péribronchovasculaire, un élargissement
du médiastin et des épanchements pleuraux.
+ « Brucella » :
Il s’agit d’un coccobacille à Gram négatif retrouvé dans les voies
génito-urinaires des vaches, porcs, chèvres et chiens.
La brucellose
résulte d’un contact avec les animaux infectés ou de l’ingestion de
produits lactés non pasteurisés, par exemple des fromages.
Les
agents pathogènes progressent par voie hématogène.
Les
symptômes généraux incluent fièvre, malaises et céphalées.
Une
hépatomégalie et une splénomégalie sont fréquentes ainsi que des
douleurs dorsales basses.
Les symptômes respiratoires sont parfois
moins importants que les anomalies radiographiques thoraciques
qui peuvent être des nodules, une miliaire, des infiltrats et parfois
des adénopathies médiastinales.
3- Pneumonies virales :
Bien que les infections virales du tractus respiratoire supérieur soient
fréquentes, les pneumonies virales chez le malade
immunocompétent sont rares, excepté chez l’enfant et le sujet âgé.
Chez l’adulte, la grippe est la cause la plus fréquente de pneumonie
virale bien que l’on retrouve aussi le virus respiratoire syncytial ou
les virus de la varicelle, de la rougeole, et les hantavirus.
* Infection par le virus influenza :
Trois types de virus influenza sont identifiés : A, B et C. Le type
A est responsable de la plupart des formes sévères.
Le type C ne
serait pas pathogène.
Les antigènes majeurs de l’enveloppe virale
sont les hémagglutinines et les neuraminidases.
L’enveloppe virale
du virus influenza A subit des transformations périodiques.
Celles-ci
peuvent être majeures : modifications antigéniques par un
arrangement intersouche donnant lieu à un nouveau gène (cassure),
ou mineures : variations antigéniques par mutations ponctuelles
(glissement).
La réponse immunitaire de l’hôte est principalement
dirigée contre l’hémagglutinine.
Les virus influenza A et B sont
responsables d’au moins 50 % des pneumonies virales rencontrées
dans la population adulte immunocompétente.
Les cassures sont
associées à des pandémies, alors que les variations antigéniques sont
communément associées à des épidémies plus limitées.
Des
épidémies d’infections sévères surviennent tous les 10 à 30 ans.
À ce
moment, les enfants sont habituellement infectés avant les adultes.
Le taux d’attaque peut atteindre 50 à 75 %.
L’excès de mortalité
par grippe et l’augmentation de la consommation de soins en
période épidémique peuvent avoir des conséquences économiques
considérables.
La réponse immune est à la fois systémique (cellulaire et humorale)
et locale par les IgA sécrétoires.
L’agression virale a pour résultat
une inflammation muqueuse avec hyperhémie, oedème et, dans les
cas sévères, hémorragie.
La transmission se fait par les sécrétions
respiratoires.
La pneumonie peut survenir directement après
l’épisode aigu (pneumonie primaire causée par le virus lui-même)
ou peu après une période d’amélioration clinique (pneumonie
secondaire résultant d’une surinfection bactérienne, le plus souvent
par Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae ou Staphylococcus
aureus).
Les pneumonies secondaires surviennent le plus
souvent chez les malades âgés ou en cas de comorbidité comme une
cardiopathie chronique ou une maladie respiratoire chronique, un
diabète sucré, une hépatopathie chronique ou une insuffisance
rénale.
La présentation clinique est celle d’une toux de survenue
brutale avec douleur pharyngée, hyperhémie conjonctivale, catarrhe
nasal, fièvre, myalgies, céphalées et malaise.
Les symptômes et
signes cliniques de pneumonie sont rares et la maladie est
habituellement autolimitée.
La réapparition et l’aggravation des
manifestations respiratoires suggèrent la survenue d’une
pneumonie, mais la radiographie thoracique peut être anormale
même en l’absence de signes cliniques.
La radiographie thoracique,
en cas de pneumonie primaire, montre des opacités généralement
de type interstitiel, diffuses, ou des infiltrats.
La pneumonie
secondaire donne plus volontiers des opacités segmentaires ou
lobaires.
Les pneumonies primaires ou secondaires peuvent coexister
chez le même malade.
* Infection à virus para-influenza :
Quatre sérotypes sont identifiés parmi lesquels les sérotypes I, II et
III sont les plus fréquents.
Les virus para-influenza sont responsables
de plus de 20 % des infections respiratoires chez l’enfant, mais sont
moins souvent rencontrés chez les adultes immunocompétents.
Comme pour le virus influenzae, les virus para-influenza sont transmis par les sécrétions
respiratoires.
L’incubation dure de 2 à 6 jours, et l’immunité
humorale et cellulaire génère des anticorps circulants, des IgA
sécrétoires et des lymphocytes T cytotoxiques et helper.
Chez l’adulte, cette infection peut être parfaitement asymptomatique
ou se présenter comme une atteinte des voies aériennes supérieures
avec rhinite et pharyngite.
La fièvre est inhabituelle, ainsi que la
progression vers la pneumonie.
Quand une pneumonie survient, les
signes sont non spécifiques et la radiographie thoracique montre des
opacités interstitielles diffuses non spécifiques.
*
Virus respiratoire syncytial :
Il s’agit du virus le plus communément en cause dans les infections
respiratoires des jeunes enfants.
Il est responsable de 25 % des
admissions hospitalières pour pneumonies et de 75 % des
bronchiolites chez les enfants âgés de moins de 6 mois.
L’incubation
dure entre 4 et 6 jours ; les épidémies surviennent à la fin de
l’automne et au printemps et durent en général de 1 à 5 mois.
La
plupart des enfants de plus de 5 ans ont des anticorps antivirus
respiratoire syncytial.
La transmission du virus respiratoire syncytial
se fait par la peau, la conjonctive ou le nez, ou par aérosols produits
par la toux ou les éternuements.
L’immunité est principalement
locale et humorale, mais l’immunité cellulaire intervient également.
L’infection par virus respiratoire syncytial induit la production d’IgE
dont l’importance du taux prédit le risque de survenue d’épisodes
bronchospastiques.
Habituellement, les infections à virus respiratoire syncytial débutent au niveau du tractus respiratoire supérieur avec
rhinite et pharyngite, et sont associées à de la fièvre d’intensité
variable.
Le tractus respiratoire inférieur est rapidement impliqué
dans 25 à 40 % des cas, ce qui conduit à l’aggravation de la toux
avec apparition de dyspnée, de sibilants et de ronchi.
L’hypoxémie
est habituelle.
Deux types d’infections des voies aériennes basses
surviennent : la pneumonie et la bronchiolite.
Les deux sont
associées à des infiltrats interstitiels.
Chez les adultes plus âgés ayant
une affection cardiopulmonaire chronique, le virus respiratoire
syncytial peut provoquer une bronchite sévère, une pneumonie ou les deux.
* Adénovirus :
Il est responsable de plus de 5 % des infections respiratoires chez
l’enfant et de moins de 10 % des infections de l’adulte, sauf dans la
population militaire où des épidémies ont été rapportées.
La plupart
des adultes ont des anticorps dirigés contre les adénovirus et
habituellement contre plusieurs types.
L’infection à adénovirus peut
être la conséquence d’une transmission aéroportée ou féco-orale.
L’incubation est de 4 à 7 jours.
Une infection latente peut se
développer et a été impliquée dans la pathogénie de pathologies
bronchiques chroniques comme l’asthme ou les BPCO.
Chez les
enfants et les recrues militaires, les adénovirus peuvent causer des
bronchiolites et des pneumonies de sévérité variable.
* Virus de la rougeole et de la rubéole
:
Le virus de la rougeole appartient à la famille des Paramyxoviridae
et est donc similaire au virus para-influenza et au virus respiratoire
syncytial.
Les portes d’entrées sont les voies respiratoires et les
conjonctives.
Les manifestations respiratoires affectent jusqu’à 50 %
des malades ayant des rougeoles et incluent bronchite et pneumonie,
qui peuvent être compliquées de surinfection bactérienne dans plus
de 50 % des cas.
Aux États-Unis, les pneumonies sont la cause de
60 % des décès liés à la rougeole chez les enfants.
Les prodromes sont une fièvre, une rhinite, un malaise et une
anorexie dont la durée est d’environ 1 semaine avant l’apparition
du rash.
Le rash maculopapuleux débute au niveau de la face, du
cou et progresse vers le tronc et les extrémités.
Une leucopénie est
vue au stade précoce.
La pneumonie rougeoleuse peut provoquer
des adénopathies hilaires et des épanchements pleuraux, en plus
d’un infiltrat réticulonodulaire parenchymateux.
Des pneumonies
secondaires bactériennes peuvent survenir.
* Virus de la varicelle :
La varicelle cause des pneumonies chez l’adulte, mais cette
complication est inhabituelle chez l’enfant immunocompétent.
Les
épidémies surviennent en hiver et au printemps avec des taux de
contaminations excédant 90 % dans les 2 à 3 semaines qui suivent
l’exposition.
La présentation initiale est en général caractérisée par
un rash sur la face et le scalp, avec progression vers le thorax,
l’abdomen et les extrémités.
La progression des lésions se fait de la
macule érythémateuse à la vésicule en quelques heures ou jours.
Les vésicules évoluent en pustules avec apparition de croûtes.
Ces
lésions peuvent être observées sur les muqueuses (exemple :
pharynx, vagin).
Quand une pneumonie survient, le début s’observe
en général au cours des 4 à 5 premiers jours qui suivent l’apparition
du rash.
La douleur est habituelle, de type pleurétique, et il existe
parfois des hémoptysies.
D’autres organes peuvent être touchés
comme le foie, les reins, le coeur et le cerveau.
La radiographie
thoracique montre typiquement de petits infiltrats nodulaires diffus,
des adénopathies hilaires, parfois des épanchements pleuraux.
L’évolution peut se faire vers la calcification des nodules.
* Hantavirus :
Le syndrome pulmonaire de l’hantavirus a été connu aux États-Unis
en 1983, mais la maladie a été identifiée rétrospectivement par
prélèvement sérologique chez des malades ayant présenté des
symptômes similaires en 1959.
Ce syndrome peut être observé avec
différents hantavirus comme le virus sin nombre.
La plupart des cas
ont été rapportés en Amérique du Nord et du Sud.
Les rongeurs
servent de réservoir et la transmission à l’homme se fait par aérosols
de virus à partir des fèces de rongeurs.
La transmission
interhumaine est plus rare.
La présentation initiale est celle d’un
syndrome pseudogrippal avec fièvre, myalgies, nausées,
vomissements et douleurs abdominales suggérant une
gastroentérite.
Secondairement apparaît une toux sèche avec, à la
radiographie thoracique, un aspect d’oedème pulmonaire non cardiogénique, parfois associé à des épanchements pleuraux
bilatéraux, pouvant donner un syndrome de détresse respiratoire
aiguë avec état de choc dans les cas sévères.
Une leucocytose avec neutrophilie est habituelle avec hémoconcentration,
thrombocytopénie et immunoblastes circulants.
On peut observer
une insuffisance rénale.
4- Pneumonies d’inhalation :
Les conséquences de l’inhalation dépendent de la nature du produit
inhalé.
Dans ce paragraphe, nous traitons de l’inhalation de contenu
gastrique et de sécrétions oropharyngées.
Près de 50 % des sujets sains ont une inhalation de
sécrétions oropharyngées pendant le sommeil.
La prévalence
augmente jusqu’à 70 % quand il existe un trouble de la conscience
(iatrogène ou par désordre neurologique) ou en cas d’intubation ou
de trachéotomie.
Chez le sujet sain, le volume inhalé est petit
et l’hôte est protégé par les moyens de défense pulmonaire.
Ces
épisodes n’ont donc pas de traduction clinique décelable. Même en
cas d’intubation urgente, l’inhalation a rarement des conséquences
cliniques (3,5 %).
Le diagnostic de pneumonie d’inhalation est généralement
présomptif, réservé aux malades qui ont une infection bactérienne
survenant en association avec une condition prédisposant à
l’inhalation.
Les germes rencontrés sont des bactéries
anaérobies (exemple : streptocoques anaérobies, Fusobacterium et
Bacteroides spp.), des bacilles à Gram négatif et des entérobactéries.
Un mauvais état buccodentaire est fréquent chez ces malades et
constitue la source de ces pathogènes.
Plusieurs manifestations
cliniques permettent de distinguer la pneumonie d’inhalation des
autres pneumonies communautaires ; elle présente un début plus
insidieux, et il existe souvent un empyème, un abcès pulmonaire ou
une pneumonie nécrosante.
Les expectorations peuvent être fétides
et la perte de poids est habituelle.
La radiographie thoracique
montre souvent des infiltrats nécrosés ou des abcès typiquement
localisés dans les régions déclives.
F - DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
Le but du diagnostic étiologique est d’obtenir une identification
bactériologique afin d’instituer un traitement rapidement efficace.
Cette identification est d’autant plus importante qu’il existe des
signes de gravité ou si l’on suspecte
une infection à germe inhabituel.
Dans les autres cas, qui constituent la grande majorité des
pneumonies prises en charge en ville, aucune investigation
microbiologique n’est nécessaire.
La rentabilité des différents examens est variable et la plupart des
études montrent que l’enquête microbiologique n’est fructueuse que
dans environ 50 % des cas.
Des infections polymicrobiennes sont mises en évidence dans 10 à 20 % des cas et Streptococcus pneumoniae
demeure, même dans ce cas, l’agent infectieux le plus souvent
retrouvé.
1- Moyens diagnostiques non invasifs
:
* Examen cytobactériologique des crachats
:
L’utilité de l’ECBC dans le diagnostic des infections respiratoires
basses n’est pas démontrée. Le principal écueil est l’absence de
sensibilité et de spécificité.
La faible sensibilité s’explique par la
fréquente négativité des prélèvements après le début d’une
antibiothérapie et par la difficulté de culture de certains germes en
présence d’autres bactéries (exemple du Streptococcus pneumoniae qui
inhibe la culture d’Haemophilus influenzae).
Certaines bactéries, dont
la culture est particulièrement difficile, nécessitent des techniques
particulières : immunofluorescence (IF), amplification du génome
par polymerase chain reaction (PCR) (exemple de la légionelle).
La
faible spécificité s’explique quant à elle par la contamination des
crachats par la flore oropharyngée.
Pour réduire ce risque, certaines
conditions techniques doivent être remplies :
– rinçage préalable de la bouche par une solution antiseptique ;
– crachat d’aspect purulent, obtenu après une toux « profonde » en
présence d’un membre de l’équipe médicale ou paramédicale ;
– échantillon devant être rapidement acheminé au laboratoire où il
sera « techniqué » : des délais excédant 2 à 5 heures sont à l’origine
de faux positifs (staphylocoques, bacilles à Gram négatif).
L’expectoration doit être lavée au sérum physiologique afin
d’éliminer la salive surajoutée ;
– étude cytologique déterminant les critères de validité de
l’échantillon : < 10 cellules épithéliales par champ, > 25 polynucléaires
neutrophiles par champ.
Ces critères ne sont pas utiles
pour la détection de légionelles ou de mycobactéries ;
– cultures semi-quantitatives.
Le seuil de positivité pour un
pathogène donné est de 106 unités formant colonie par mL
(UFC/mL).
En prenant en compte ces recommandations, l’ECBC reste un
examen qui peut être utile et ayant les avantages d’être de réalisation
facile et peu coûteux.
Dans les pneumonies à Streptococcus
pneumoniae, la plupart des études retrouvent une sensibilité de 50 à
60 % avec une spécificité supérieure à 80 %.
* Expectoration induite
:
Particulièrement indiquée dans la recherche de Pneumocystis carinii,
elle pourrait être applicable à la recherche d’autres agents
pathogènes, bien que son utilité dans ce cadre n’ait pas été
démontrée.
La collection d’un crachat nécessite une préparation
particulière : brossage des dents puis bain de bouche et enfin
hydratation de la cavité buccale (plusieurs verres d’eau), suivie d’un
aérosol de solution saline à 3 % pendant environ 20 minutes.
L’expectoration est prélevée après un effort de toux efficace toutes
les 5 minutes.
Elle est récoltée dans une fiole stérile et
immédiatement adressée au laboratoire.
* Recherche d’antigènes et techniques de biologie moléculaire :
De nombreux polysaccharides peuvent être détectés par diverses
méthodes immunologiques impliquant des anticorps mono- ou polyclonaux, notamment la coagglutination (co-A), la contreimmunoélectrophorèse
(CIE), les techniques immunoenzymatiques
(EIA [enzyme immunoassay]) et l’immunofluorescence directe (IFD).
Les principales applications actuelles de ces techniques sont la
recherche de Streptococcus pneumoniae et de légionelles.
* Études sérologiques :
Elles ne permettent qu’un diagnostic rétrospectif étant donné le délai
nécessaire à l’ascension des anticorps : plus de 1 semaine pour les IgM antimycoplasmes et parfois plus de 3 semaines pour les IgM
anti-Chlamydia.
De ce fait, l’absence d’IgM anti-Chlamydia.
pneumoniae, même plusieurs semaines après la phase aiguë, n’exclut
pas ce diagnostic.
*
Hémocultures :
La ponction doit être réalisée en conditions stériles et doit comporter
au moins 20 mL de sang car la rentabilité de cet examen est corrélée
au volume sanguin prélevé.
Cependant, dans les PAC, une
identification microbiologique ne sera faite que dans 4 à 18% des
cas et le rendement est plus faible après début de l’antibiothérapie.
L’agent pathogène le plus communément identifié est Streptococcus
pneumoniae.
* Cas de « Streptococcus pneumoniae »
:
La recherche d’antigènes pneumococciques dans l’expectoration et
les autres liquides biologiques a une sensibilité variable entre les
différentes études (20 à 90 %) avec une fréquence de faux positifs
pouvant aller jusqu’à 10–20 %.
La sensibilité et la spécificité du test
dépendent de la méthode de détection utilisée.
Ainsi, l’EIA,
appliquée à la recherche de l’antigène C pneumococcique, a une
sensibilité de 49 % avec une spécificité supérieure à 90 %.
L’utilisation du test Elisa (enzyme-linked immunosorbent assay) pour
la quantification de ce même polysaccharide aurait une sensibilité
de 90 % et une spécificité de 93 %.
Un nouveau test permet la
recherche de l’antigène polysaccharidique dans les urines par
immunochromatographie (Binax Now Streptococcus pneumoniae test).
Il a l’avantage d’être rapide (résultat en 15 minutes) et d’utilisation
facile.
Sa sensibilité varie, selon les études, entre 78 et 90 % et sa
spécificité entre 76 et 97 %.
Il n’est pas encore formellement validé
pour une utilisation en routine.
Bien que n’étant pas d’utilisation
courante, la recherche de Streptococcus pneumoniae par PCR dans les
prélèvements sanguins est un test prometteur.
Elle est aussi
applicable aux produits de sécrétions respiratoires.
Récemment,
l’évaluation de la PCR dans l’amplification du gène de la pneumolysine a retrouvé une sensibilité de 63 à 75 % et une
spécificité de 93 à 94 %.
* Cas de « Legionella pneumophila »
:
Il s’agit d’un pathogène dont la culture, difficile, a une sensibilité
qui varie entre 11 et 80 %.
La technique d’IFD est de réalisation aisée
mais reste de sensibilité inférieure à celle des cultures car elle
nécessite la présence d’un grand nombre de pathogènes.
La
recherche de l’antigénurie de Legionella pneumophila a une sensibilité
de 70 % et une spécificité avoisinant les 100 %.
Ce test peut rester
positif pendant plusieurs semaines, même en cas d’antibiothérapie
efficace.
Il ne détecte que Legionella pneumophila du sérotype 1.
* Cas de « Mycoplasma pneumoniae »
:
Le diagnostic est le plus souvent fait par sérologie.
La technique par
PCR a été décrite en 1989.
Il n’existe pas encore de kit
commercialisé. Plusieurs types d’échantillons peuvent être utilisés,
notamment le prélèvement de gorge ou le lavage bronchoalvéolaire
(LBA).
L’intérêt de ce test est l’obtention rapide du diagnostic. Une
étude récente a cependant retrouvé une sensibilité et une spécificité
plus faibles que celles des sérologies.
La technique de PCR
pourrait être étendue à d’autres germes : Chlamydia pneumoniae et
Legionella pneumophila.
2- Moyens diagnostiques invasifs
:
* Fibroscopie bronchique :
Sa place n’est pas clairement établie dans la prise en charge des
pneumonies communautaires.
L’aspiration bronchique est sensible, mais soumise au risque de
contamination par les voies aériennes supérieures au même titre que
l’ECBC.
La technique de la brosse protégée, développée par Wimberley à la fin des années 1970, a une meilleure spécificité car
elle permet un accès direct aux voies respiratoires basses. Le seuil
de positivité considéré comme témoignant significativement d’une
infection est de 103 UFC/mL.
Il a été rapporté un taux d’examens
contributifs de 54 à 85 % en cas de PAC chez les malades non
ventilés et de 13 à 48 % en cas de ventilation mécanique.
Ce taux
diminue en cas d’antibiothérapie préalable.
Le LBA a l’avantage d’explorer une plus grande surface du
parenchyme pulmonaire et est particulièrement indiqué en cas
d’immunodépression à la recherche de Pneumocystis carinii ou de
virus (cytomégalovirus [CMV], herpès…).
Dans les pneumonies
bactériennes communautaires, son intérêt est discuté en raison de la
possible contamination par la flore oropharyngée lors de la
procédure.
L’utilisation d’un seuil minimal en culture semiquantitative
(> 105 UFC/mL) et l’examen direct à la recherche de
bactéries intracellulaires permettent de minimiser le risque de faux
positifs.
* Ponction transtrachéale :
La procédure nécessite une ponction au niveau de la membrane
crycothyroïdienne avec insertion d’un cathéter permettant de
réaliser une aspiration des sécrétions respiratoires.
On peut
éventuellement s’aider d’une instillation de sérum physiologique.
Des complications peuvent survenir.
Il s’agit principalement
d’emphysème sous-cutané (3–5 %), et de complications
hémorragiques (1–3 %) avec, dans de rares cas, une évolution fatale.
Cette technique est aujourd’hui moins utilisée, au profit des
prélèvements fibroscopiques.
* Ponction transthoracique :
Elle peut s’envisager en cas d’infiltration localisée chez un malade
où les autres investigations ont été infructueuses.
Les principales
complications sont la survenue d’un pneumothorax (jusqu’à 30 %),
l’hémoptysie et, rarement, l’embolie gazeuse.
En conséquence, ce
geste est contre-indiqué en cas d’insuffisance respiratoire sévère ou
de trouble de l’hémostase. Il est peu utilisé en France.
3- Synthèse
:
Au total, la documentation bactériologique est certaine quand elle
est faite à partir d’un prélèvement normalement stérile (sang, liquide
céphalorachidien [LCR], liquide pleural, aspiration transtrachéale ou
transthoracique ou autre foyer secondaire stérile), par des
prélèvements sérologiques permettant le plus souvent de faire un
diagnostic rétrospectif, ou lorsque l’on met en évidence, dans un
produit de sécrétions respiratoires (y compris ECBC), un germe ne
colonisant pas le tractus respiratoire comme Pneumocystis carinii,
Toxoplasma gondii, Strongyloides, Legionella, Mycoplasma pneumoniae,
virus influenza, virus respiratoire syncytial, Histoplasma capsulatum,
Coccidioides immitis et Blastomyces dermatitidis.
L’étiologie est probable lorsque le pathogène est présent de façon
prépondérante en culture semi-quantitative à partir d’un ECBC,
d’un produit d’aspiration bronchique, d’une brosse protégée ou d’un
LBA.
Les indications des explorations visant à mettre en évidence une
identification microbiologique dépendent essentiellement de la
gravité du tableau et de la probabilité d’être confronté à un germe
inhabituel.
G - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
De multiples affections peuvent mimer une pneumonie
communautaire ou coexister avec elle : insuffisance cardiaque
gauche, embolie pulmonaire, carcinome bronchique, tuberculose.
Les
investigations complémentaires appropriées doivent être envisagées
d’emblée si le contexte clinique est évocateur, ou secondairement si
l’évolution sous traitement antibiotique n’est pas satisfaisante.
H - PRONOSTIC :
La mortalité est inférieure à 1 % pour les pneumonies non graves
traitées en ambulatoire.
En cas d’hospitalisation, elle varie de 2 à
21 %, jusqu’à 40 % chez les sujets âgés institutionnalisés.
Les facteurs
de risque de mortalité ont été bien étudiés avant l’ère des
antibiotiques et comportaient l’âge, l’alcoolisme, l’absence de
douleur thoracique, la présence d’une bactériémie, d’une
hyperleucocytose et l’extension radiologique.
Des études plus
récentes ont confirmé la plupart de ces données et ont retrouvé
également un lien avec l’existence d’une affection sous-jacente :
néoplasie, immunodépression, pathologie neurologique chronique,
insuffisance cardiaque, diabète.
Fine et al ont proposé la
stratification des malades en cinq groupes, selon un score reposant
sur l’existence ou non d’une comorbidité, de facteurs de risque
cliniques, biologiques et radiologiques.
La mortalité prédite va de
0,1 % pour le groupe I à 29% pour le groupe V.
Les facteurs prédictifs de mortalité ou d’une évolution
défavorable selon l’ATS sont récapitulés dans le chapitre
« Étiologie ».
Surinfection bronchique
de bronchopneumopathie chronique
obstructive
:
A - GÉNÉRALITÉS :
Le terme de BPCO se réfère à un état pathologique caractérisé par
une limitation chronique des débits aériens et, le plus souvent, par
une accélération du déclin du volume expiratoire maximal-seconde
(VEMS).
C’est un terme qui regroupe différentes pathologies : les
formes obstructives de bronchites chroniques (VEMS inférieur à
80 % de la valeur théorique avec diminution du rapport VEMS/capacité vitale [CV]), les emphysèmes (en dehors de
l’emphysème paracicatriciel) et éventuellement certaines formes
chroniques d’asthme comportant une symptomatologie de bronchite
chronique.
La prévalence de cette maladie est estimée à 5-10 % dans les pays
industrialisés avec une mortalité de 20 à 40/10 000 habitants/an.
L’évolution des BPCO est émaillée d’épisodes d’exacerbation qui se
caractérisent par au moins l’une des manifestations suivantes :
apparition ou augmentation d’une toux, d’une dyspnée, d’une
expectoration ou de sa purulence.
Anthonisen les a classées en trois
types : type I quand sont présents les trois symptômes que sont
l’augmentation de la dyspnée, du volume et de la purulence de
l’expectoration, type II quand deux des trois symptômes sont
présents et type III quand seulement un symptôme est présent.
La fréquence des exacerbations est difficile à établir, surtout lorsque
leur gravité est minime et permet un traitement en ambulatoire
(manque de données disponibles).
Lorsque l’exacerbation a nécessité
une hospitalisation, les données, à partir des assurances maladies,
ont permis d’identifier environ 163 000 admissions en 1984 et 132 000
admissions en 1991.
La gravité est liée, soit à la sévérité de l’épisode, soit à la gravité de
la maladie sous-jacente. L’infection joue un rôle important dans les
exacerbations.
L’infection bactérienne peut être directement
responsable de l’exacerbation ou pérenniser celle-ci.
Elle peut aussi
en être un facteur aggravant.
La principale difficulté dans
l’établissement de l’origine infectieuse de l’exacerbation est la
colonisation habituelle des voies respiratoires de ces malades par les
principaux pathogènes susceptibles de provoquer des surinfections
bronchiques : Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae,
Moraxella catarrhalis.
La prépondérance des étiologies infectieuses, virale ou bactérienne,
parmi les causes de survenue d’une exacerbation (au moins un cas
sur deux) ne doit pas faire oublier la possibilité d’une autre cause :
réaction à un irritant (pollution atmosphérique, poussière, fumée de
cigarette), ou autre cause de majoration de la dyspnée : survenue
d’un pneumothorax, notamment par rupture de bulle d’emphysème,
embolie pulmonaire, prise d’un médicament sédatif chez les
malades ayant une insuffisance respiratoire chronique, poussée
d’insuffisance cardiaque gauche…
B - RELATION ENTRE SURINFECTION BRONCHIQUE
ET EXACERBATION :
Le rôle de l’infection bactérienne dans la survenue d’une
exacerbation peut être appréhendé de trois façons : étude de la
réponse immune aux bactéries par le biais des sérologies,
appréciation de la réponse à une antibiothérapie et comparaison de résultats microbiologiques obtenus à partir des sécrétions
respiratoires en période stable et lors d’une exacerbation.
Les études sérologiques ne sont pas concluantes.
1- Impact de l’antibiothérapie sur les exacerbations :
Cette approche se conçoit de deux façons :
– étude de l’impact de l’antibioprophylaxie : quatre études
randomisées contre placebo ont montré un nombre moins important
d’exacerbations chez les malades recevant une antibioprophylaxie.
L’effet est plus particulièrement observé chez ceux ayant
le plus grand nombre d’exacerbations dans l’année (au moins
quatre) ;
– étude de l’impact de l’antibiothérapie sur le cours de
l’exacerbation.
Parmi six études randomisées contre placebo qui se sont intéressées
à l’accélération éventuelle de la guérison par l’administration
d’antibiotiques, trois n’ont pas retrouvé de bénéfice tandis que les
trois autres ont montré une différence significative en faveur de
l’antibiothérapie.
L’étude d’Anthonisen portait sur 173 malades.
La durée du suivi était de 3,5 ans et le nombre d’exacerbations était
de 362.
L’antibiothérapie par amoxicilline, cotrimoxazole, ou
doxycycline), comparée au placebo, n’apportait un bénéfice
significatif que chez les malades qui présentaient au moins deux des
signes d’exacerbation : augmentation de la dyspnée, du volume de
l’expectoration ou de sa purulence).
Le bénéfice était surtout franc
lorsque ces trois critères étaient présents, avec une réduction de plus
de 24 heures de la durée de l’exacerbation dans le groupe traité par
antibiotique.
La méta-analyse de Saint a repris neuf études
randomisées contre placebo publiées entre 1955 et 1994, montrant
un effet bénéfique significatif de l’antibiothérapie avec une
augmentation du peak flow de 10,75 L/min.
Bien que minime,
cette différence peut avoir son importance, surtout chez les malades
ayant une obstruction bronchique de base très sévère.
En pratique, bien qu’il soit difficile d’établir avec certitude un lien
de cause à effet entre surinfection bronchique d’origine bactérienne
et exacerbation de bronchite chronique, l’origine infectieuse d’une
exacerbation est présumée lorsque s’associent une fièvre et l’un des
éléments suivants dérivés de l’étude d’Anthonisen (critères
d’Anthonisen) : augmentation de la purulence de l’expectoration,
augmentation du volume de l’expectoration.
2- Études microbiologiques dans les exacerbations
de bronchopneumopathie chronique obstructive
:
* Infections virales :
Le rôle des infections virales dans les exacerbations de BPCO est
imparfaitement connu.
L’implication d’un virus dans une
exacerbation de BPCO peut être démontrée, soit par isolement du
virus (PCR, culture), soit par étude sérologique retrouvant une
augmentation d’un facteur 4 du taux des anticorps dirigés contre ce
virus.
Les virus le plus fréquemment en cause sont le virus respiratoire syncytial, les virus influenza A2 et B, l’adénovirus, les virus parainfluenza
de types 1, 2 et 3, et le rhinovirus.
Dans une étude récente
utilisant la recherche de rhinovirus par PCR dans les sécrétions
nasales et les crachats induits, Seemungal et al ont mis en évidence
dix infections virales sur un total de 43 exacerbations (23 %).
Des
études plus anciennes ont retrouvé une fréquence extrêmement
variable d’infections virales allant de 4,4 % à 63,3 % des cas.
Des
auteurs suggèrent que la fréquence de l’infection virale dans les
exacerbations de BPCO dépend de la structure familiale du malade,
avec une prévalence plus élevée s’il existe des enfants.
* Infections bactériennes :
Elles résultent d’un déséquilibre entre la colonisation bactérienne
d’une part et les défenses immunitaires d’autre part.
Ce déséquilibre
est rendu possible, soit par l’acquisition de nouvelles bactéries, soit
par des modifications antigéniques de souches existantes, soit encore
par la diminution des défenses immunitaires locales ou générales,
comme cela est observé après une infection virale.
Fagon et al ont réalisé une étude prospective dans laquelle un
prélèvement respiratoire par brosse protégée était réalisé dans les 24
premières heures suivant l’intubation chez des malades présentant
une décompensation respiratoire sévère de BPCO nécessitant une
ventilation mécanique.
Seuls 50 % des malades avaient un
prélèvement positif.
Les germes le plus fréquemment identifiés ont
été : Haemophilus spp. dans 39 % des cas, Streptococcus pneumoniae
dans 16 % des cas.
Les autres bactéries en cause étaient le
staphylocoque dans 9 % des cas, ainsi que d’autres bactéries à Gram
négatif dont le bacille pyocyanique dans 7 % des cas.
De la même
façon, Soler et al ont réalisé une étude microbiologique chez des
malades présentant une décompensation sévère de BPCO
nécessitant le recours à la ventilation mécanique.
Des prélèvements
respiratoires ont été réalisés comportant une aspiration bronchique,
une brosse protégée et un LBA, ainsi que des sérologies pour les
agents intracellulaires et les virus.
Les prélèvements ont été positifs
dans 72 % des cas.
Les agents pathogènes identifiés étaient : Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, et Moraxella
catarrhalis dans 56 % des cas, bacilles à Gram négatif dans 44 % des
cas (Pseudomonas, Stenotrophomonas spp.).
Chlamydia pneumoniae et
virus respiratoires ont été retrouvés dans 18 et 16 % des cas,
respectivement.
Certaines différences méthodologiques méritent
d’être notées en dehors des différences dans l’exhaustivité des
prélèvements microbiologiques.
En effet, les agents pathogènes
identifiés étaient pris en compte quelle que soit leur concentration
en culture dans l’étude de Fagon et à partir du seuil de 103 UFC/mL
dans l’étude de Soler.
De plus, les germes étaient classés en
« pathogènes » et « non pathogènes » dans l’étude de Soler (à
l’exemple des streptocoques autres que Streptococcus pneumoniae,
considérés comme non pathogènes).
Une autre étude a porté sur des exacerbations sévères de BPCO
ayant requis une hospitalisation mais non une ventilation
mécanique. Les prélèvements ont été effectués par brosse protégée.
Ils étaient positifs dans 75 % des cas.
Là aussi, les germes le plus
communément retrouvés ont été Streptococcus pneumoniae,
Haemophilus influenzae, et Mycoplasma catarrhalis. Monso et al ont
réalisé une étude microbiologique sur 40 malades ayant une BPCO
à l’état stable et 29 malades présentant une exacerbation.
Le VEMS
moyen était de 1 590 mL dans le premier groupe et de 1 290 mL dans
le second.
Les prélèvements microbiologiques ont été positifs chez
dix malades, soit 25 % des cas et chez 51,7 % des malades en période
d’exacerbation.
De façon intéressante, deux malades sur 40 en
période stable avaient un prélèvement positif dépassant en culture
le seuil de significativité (5 %).
La différence entre les prévalences
de positivité des cultures était significative dans les deux groupes,
suggérant pour les auteurs un rôle direct de l’infection dans l’exacerbation.
Les germes le plus fréquemment retrouvés ont été, là
encore, Haemophilus influenzae et Streptococcus pneumoniae.
Certaines données suggèrent aussi que le type de bactéries
infectantes dépend de la sévérité de la BPCO : pour les malades
présentant une obstruction sévère à l’état de base, la fréquence des
infections par le bacille pyocyanique et les entérobactéries à Gram
négatif augmente.
Ainsi, Eller et al ont classé les malades selon la
sévérité de leur obstruction, d’après les critères de l’ATS : stade I
pour les malades dont le VEMS était supérieur ou égal à 50 % de la
théorique, stade II pour ceux ayant un VEMS compris entre 35 et
50 %, stade III en cas de VEMS inférieur ou égal à 35 %.
L’identification microbiologique était basée sur le recueil de crachats.
La prévalence globale de l’infection à Pseudomonas aeruginosa et aux
autres entérobactéries (Klebsiella pneumoniae, Proteus vulgaris,
Enterobacter spp., Citrobacter spp., Stenotrophomonas maltophilia,
Escherichia coli...) était élevée (48,2 %) et corrélée au VEMS puisque
ce type de bactéries était retrouvé de façon préférentielle chez les
malades ayant une obstruction bronchique de stade III.
Le rôle potentiel de Chlamydia pneumoniae a été étudié par Blasi et al.
Dans cette étude prospective, des prélèvements sérologiques ont
été réalisés au moment de l’exacerbation et à distance (4 à
6 semaines) chez des malades souffrant de BPCO. Une comparaison
a été faite avec des témoins sains.
Il a été retrouvé, chez les BPCO,
une prévalence de 14 % de la séropositivité avec des taux d’IgG > 1 :
152, suggérant une réinfection (contre 5 % chez les témoins) et de
4 % de positivité en IgM suggérant une infection récente (aucune
chez les témoins).
Il est cependant à noter que l’absence d’une autre
recherche bactériologique ne permet pas de conclure quant au rôle
de l’infection par Chlamydia dans l’exacerbation de la BPCO.