Hypothyroïdie acquise de l’adulte
(Suite) Cours
d'endocrinologie
Formes particulières d’hypothyroïdies :
A - HYPOTHYROÏDIE DU SUJET ÂGÉ :
Considérée comme la plus fréquente des endocrinopathies des sujets
âgés, l’hypothyroïdie secondaire à une fibrose et à une atrophie
thyroïdienne d’installation lente est de diagnostic plus difficile en
raison de la fréquence des formes paucisymptomatiques, de la
similitude de certaines des manifestations du vieillissement avec
celles de l’hypothyroïdie et des polypathologies.
Ralentissement
psychique, diminution de l’activité et de la mobilité, troubles
mnésiques et de l’équilibre, aggravation ou apparition d’une
hypoacousie, tendance à la frilosité sont autant de signes d’appels
qui pourraient s’expliquer par la sénescence... pan>
Le problème ici est de
savoir s’il faut privilégier le dépistage systématique ou se fonder
sur une symptomatologie volontiers distractive. pan>
Les répercussions biologiques de l’âge sur la fonction thyroïdienne
portent sur une réduction de la conversion périphérique de la T4 en
T3 favorisée par la malnutrition, les pathologies associées et la prise
de certains médicaments.
Il en résulte une fréquente diminution de
la T3 alors que la TSH n’est pas affectée.
En pratique, seule
l’élévation de la TSH doit être prise en compte pour affirmer
l’hypothyroïdie primaire.
B - HYPOTHYROÏDIE FRUSTE OU INFRACLINIQUE :
Elle est définie par une élévation de la TSH sans diminution de la
T4L.
Le qualificatif de fruste est réservé aux valeurs de TSH
comprises entre 4,5 et 10 ou 20 mU/L.
Des valeurs supérieures
correspondent à une hypothyroïdie patente, même si la T4L est
encore dans les limites de la normale.
Une tentative de classification
a été proposée par Weetman selon le taux de TSH.
Cette forme d’hypothyroïdie est fréquente.
Dans la Whickham
Study, 7,5 % des femmes et 2,8 % des hommes ont une
hypothyroïdie.
Dans l’étude de Framingham, 13,6 % des femmes
et 5,0 % des hommes ont une élévation isolée de la TSH. Les
causes sont les mêmes que celles de l’hypothyroïdie patente.
Un
déficit d’apport iodé favorise la survenue de cette affection.
L’expression clinique est paucisymptomatique ou non spécifique.
Les manifestations cliniques et biologiques sont souvent rattachées
à l’hypothyroïdie a posteriori lorsque le diagnostic est établi par le
dosage de la TSH et qu’un traitement substitutif a été instauré.
Les
signes fonctionnels et physiques empruntent aux signes de
l’hypothyroïdie avérée mais ils sont souvent dissociés et discrets.
Parmi les plus fréquents, notons les troubles psychologiques et
intellectuels, la baisse générale des performances, l’irrégularité
menstruelle, l’hypofertilité, l’asthénie, la prise de poids, la sécheresse
cutanée, les crampes musculaires et les paresthésies.
Bien plus
souvent, il s’agit de troubles atypiques.
Les manifestations
biologiques sont dominées par les anomalies lipidiques avec
augmentation de la concentration de cholestérol-LDL et diminution
du cholestérol HDL, même si la cholestérolémie totale semble
normale pour l’âge et si le cholestérol HDL est peu influencé par la
substitution hormonale.
D’autres anomalies plus subtiles
rendent compte des effets tissulaires et accréditent le concept
d’hypothyroïdie fruste dont la réalité a longtemps été discutée sous
prétexte que l’élévation modérée de la TSH traduisait un état
« compensé » avec maintien d’une T4L normale et euthyroïdie et
n’augurait pas d’une évolution certaine vers une hypothyroïdie
patente.
Au cours de l’hypothyroïdie fruste ont été décrites des
perturbations de la vasodilatation endothélium-dépendante, du
temps d’intervalle systolique, de la contractilité myocardique et de
la variabilité cardiaque, l’ensemble concourant à un risque
cardiovasculaire plus élevé.
L’hypothyroïdie fruste
s’accompagne encore d’une prévalence accrue d’anémie sidéropénique, de dysfonction musculaire.
Le réflexe stapédial
(réflexe musculaire de l’oreille moyenne) est anormal.
Enfin, une
relation entre les troubles thymiques et l’hypothyroïdie fruste a été
rapportée.
L’anxiété, la dépression et les traits hystériques sont
plus fréquents et régressent partiellement sous traitement substitutif.
C - COMA MYXOEDÉMATEUX :
Rare, d’évolution parfois fatale, le coma myxoedémateux est
l’aboutissement d’une hypothyroïdie profonde non traitée.
Survenant dans moins d’un cas pour 1 000, atteignant surtout la
femme âgée, il est grevé d’une mortalité conséquente (de l’ordre de
50 %).
Divers facteurs déclenchants ont été recensés : interruption
d’un traitement, exposition au froid, polypathologie nécessitant une
hospitalisation, intervention chirurgicale, traitements psychotropes,
isolement social.
Hormis la connaissance d’une hypothyroïdie, le diagnostic est
évoqué sur un ensemble de signes et d’indices.
Faciès bouffi,
infiltration des téguments, pâleur cireuse, dépilation, sécheresse
cutanée, cicatrice de cervicotomie peuvent orienter chez un sujet
présentant une altération de la conscience de degré variable, allant
de la somnolence au coma profond.
Dans sa phase accomplie, il
s’agit d’un coma profond, calme, parfois aréflexique. Bradycardie, bradypnée, hypotension artérielle et surtout hypothermie entre
30 et 36 °C ou température normale en dépit d’un état infectieux
sont d’autres éléments importants du diagnostic.
L’exploration du
coma apporte peu d’éléments spécifiques : hyperprotéinorachie et
pression augmentée du liquide céphalorachidien (LCR), activité
électroencéphalographique peu ample, pauvre en ondes alpha et
sans réponse à la stimulation lumineuse.
Le diagnostic est confirmé par le bilan thyroïdien qui comporte un
taux de TSH très élevé et des valeurs effondrées de T4.
D’autres
altérations biologiques sont remarquables.
L’hyponatrémie fréquente
et parfois sévère (< 110 mmol/L) relève d’un mécanisme complexe
par dilution avec hypervasopressinisme secondaire à une
hypovolémie efficace et troubles de la dilution des urines.
L’osmolalité urinaire est augmentée.
D’autres anomalies biologiques
sont plus inconstantes : anémie normochrome normocytaire,
thrombopénie et leucopénie par séquestration hépatosplénique
favorisée par l’hypothermie, élévation des CPK et des
lacticodéshydrogénases (LDH), hypoglycémie surtout dans
l’exceptionnelle forme centrale où la TSH est normale ou basse.
Il
n’existe pas d’hypocortisolisme significatif dans la forme
périphérique.
Les gaz du sang sont perturbés une fois sur deux,
témoins d’une hypoventilation avec hypoxie et hypercapnie et
acidose respiratoire.
Le pronostic est dominé par la surinfection, par les troubles ventilatoires avec risque d’insuffisance respiratoire aiguë et par les
complications cardiovasculaires telles qu’ischémie myocardique
aiguë ou troubles du rythme révélés par l’hormonothérapie.
Les
convulsions notées dans 20 % des cas sont avant tout liées à
l’hyponatrémie.
D - HYPOTHYROÏDIE D’ORIGINE CENTRALE
:
L’hypothyroïdie centrale comporte une insuffisance de sécrétion des
hormones thyroïdiennes secondaire à un déficit thyréotrope (TSH).
Elle représente moins de 1 % des hypothyroïdies.
Elle participe dans
l’immense majorité des cas à une insuffisance plurihormonale
hypophysaire souvent globale.
D’origine hypothalamique, elle est la
conséquence, soit d’une lésion anatomique : dysplasie congénitale,
néoplasique, vasculaire, traumatique, infiltrative (sarcoïdose),
postirradiation ou postchirurgicale, soit d’une atteinte fonctionnelle
ou psychogène.
Elle est alors réversible comme dans les formes
idiopathiques.
L’insuffisance d’origine hypophysaire acquise de
l’adulte est presque toujours d’origine lésionnelle.
Les mutations des
gènes Pit1 et PROP codant les facteurs de transcription assurant la
différenciation de la cellule thyréotrope sont à l’origine
d’hypothyroïdies centrales pures congénitales (prévalence de l’ordre
de 1/100 000 naissances) habituellement diagnostiquées avant l’âge
adulte.
Les signes cliniques sont plus modérés que dans l’hypothyroïdie
primaire dite « périphérique », surtout en cas de déficit plurihormonal.
Fatigue physique et psychique, frilosité, sécheresse,
pâleur et finesse de la peau, dépilation et lenteur de décontraction
des réflexes sont évocateurs.
En revanche, il n’y a ni goitre ni
infiltration myxoedémateuse ni macroglossie.
L’association à des
modifications du morphotype, des troubles de la croissance ou de la
fonction génitale est possible et dépend de l’étiologie.
Les particularités biologiques sont dominées par la diminution
constante de la thyroxine libre qui contraste avec un taux de TSH
normal ou abaissé.
La diminution attendue de la TSH n’est observée
que dans un peu plus de la moitié des cas. Dans quelques cas, le
taux de TSH est même excessif.
Ce paradoxe témoigne, soit du fait
d’une insuffisance hypophysaire partielle avec persistance d’un
rétrocontrôle, soit d’une sécrétion de TSH biologiquement inactive
par glycosylation aberrante ou sialilation.
Le test de stimulation par
la TRH a pour intérêt théorique de distinguer l’hypothyroïdie
centrale d’origine hypophysaire où la réponse de TSH est supprimée
et l’hypothyroïdie hypothalamique où la réponse persiste.
L’hypothyroïdie centrale de l’adulte est quasi définitive.
En l’absence
de traitement, elle peut évoluer vers un coma myxoedémateux avec
hypoglycémies fréquentes.
E - HYPOTHYROÏDIE ET GROSSESSE :
L’hypothyroïdie maternelle est une circonstance non exceptionnelle
pouvant avoir des répercussions sur la fécondité, le déroulement de
la grossesse et sur le développement foetal.
Connue et précédant la
grossesse, elle nécessite une adaptation du traitement substitutif.
La
subcarence iodée favorise l’installation d’une hypothyroïdie fruste
durant la grossesse.
La grossesse constitue une situation éprouvante
pour la thyroïde de la mère, à même de démasquer une
hypothyroïdie latente en raison de l’augmentation des besoins
hormonaux et d’une moindre disponibilité en iode.
Au second trimestre de la grossesse, la TSH est supérieure à 6 mU/L
dans 2,5 % des cas mais la coexistence d’une TSH élevée et d’une
thyroxine libre basse n’est que de 3 ‰.
La prévalence de
l’hypothyroïdie au cours de la grossesse est estimée à 0,3-0,7 % pour
la forme avérée et à 2,2-2,5 % pour la forme fruste.
Le diagnostic de l’hypothyroïdie maternelle repose sur le dosage de
la TSH qui est peu affecté par la grossesse alors que la concentration
de T4L diminue franchement au cours des deuxième et troisième
trimestres.
La confirmation biologique de l’hypothyroïdie suspectée
cliniquement est d’autant plus indispensable que la sémiologie de
l’hypothyroïdie peut être modifiée par la grossesse.
Certains
symptômes communs au cours de la grossesse pourraient en
imposer pour une hypothyroïdie : fatigue, rétention hydrique, crampes musculaires, constipation, sécheresse de la peau,
modification des phanères.
L’hypothyroïdie avérée non traitée peut
être à l’origine de complications maternofoetales : anémie,
décollement prématuré du placenta, prééclampsie, hémorragie du
post-partum sont les principales complications gravidiques.
Les
complications foetales sont une plus grande fréquence de mort in
utero (12 %) et de retard de croissance intra-utérin (31 %) et un taux
plus élevé de malformations congénitales (11 %).
Les conséquences de l’hypothyroïdie maternelle ont été
reconsidérées récemment.
Longtemps il était admis que du fait d’un
faible passage transplacentaire des hormones thyroïdiennes, les
répercussions de l’hypothyroïdie maternelle sur le développement
foetal étaient mineures ou nulles.
En fait, le passage transplacentaire
des hormones thyroïdiennes est loin d’être négligeable.
Il
expliquerait en particulier que la plupart des enfants athyréotiques
ont une concentration en thyroxine qui n’est réduite que de moitié
et ont un développement proche de la normale à la naissance.
En
revanche, la concomitance d’une hypothyroïdie foetale et maternelle
d’origine auto-immune se traduit par une altération du
développement du cerveau foetal.
Dans les régions de subcarence
iodée, la mère et le foetus ont une fonction thyroïdienne déficiente
avec, pour ce dernier, des répercussions à type de retard mental et
de troubles neurologiques : spasticité, ataxie, surdité, mutité, dans
les formes les plus sévères.
Plus récemment, il a pu être démontré
que les enfants de mère ayant une augmentation de la TSH durant
la grossesse ont une diminution modérée mais significative des
performances intellectuelles lors de tests portant sur l’intelligence,
le langage, l’attention et les capacités scolaires par rapport à d’autres
enfants témoins de même âge (8 ans).
Le quotient intellectuel (QI) a
un score inférieur à 85 chez 15 % d’entre eux contre 5 % chez les
témoins.
L’étiologie de l’hypothyroïdie maternelle interviendrait sur la nature
des répercussions foetales.
Le passage transplacentaire des anticorps
anti-TPO à un titre élevé aggrave les répercussions foetales de
l’hypothyroïdie, mais ces travaux sont débattus.
En fait, ces anti- TPO suspects d’accroître le risque d’avortement précoce sont sans
conséquence sur la fonction thyroïdienne foetale.
L’hypothyroïdie
maternelle secondaire à une carence en iode prédispose à une hypothyroxinémie par insuffisance de transfert hormonal en début
de grossesse puis par insuffisance de production hormonale foetale.
Ses répercussions sont donc potentiellement plus graves.
Certaines
anomalies congénitales de l’hormonogenèse pourraient être à
l’origine d’une hypothyroïdie chez la mère et l’enfant.
Ces considérations qui mettent en exergue l’importance du transfert
des hormones thyroïdiennes de la mère vers l’enfant et insistent sur
les conséquences à long terme d’une hypothyroïdie maternelle au
premier trimestre de la grossesse ne peuvent qu’inciter à optimiser
le dépistage de l’hypothyroïdie et son traitement.
L’enjeu est de
reconnaître précocement l’hypothyroïdie maternelle. Un bilan
thyroïdien devrait être effectué dès le début de la grossesse chez
toutes les femmes ayant des antécédents thyroïdiens personnels ou
familiaux.
F - HYPOTHYROÏDIE DU POST-PARTUM :
Cette hypothyroïdie d’origine auto-immune survient au décours de
l’accouchement chez des femmes ayant un titre élevé d’anticorps
anti-TPO au premier trimestre qui s’élève dans la période du postpartum.
Elle est plus fréquente dans les populations HLA DR3, DR4
et DR5 et survient dans environ 5 % des grossesses.
Il s’agit d’une
hypothyroïdie, ressemblant par bien des points à une « thyroïdite
silencieuse ».
Dans la forme typique, l’hypothyroïdie est précédée
d’une phase d’hyperthyroïdie plus ou moins symptomatique,
relativement brève, passant souvent inaperçue.
L’hypothyroïdie dure
quelques mois (médiane de 19 semaines) et est le plus souvent
spontanément régressive.
En fait, elle peut être définitive dans plus
de 20 % des cas.
Son expression symptomatique est volontiers
pauvre ou atypique.
Au goitre, avec frilosité, fatigue, crampes
musculaires et prise de poids, peuvent être associés un retour de
couches différé, une galactorrhée persistante, des troubles des règles
ou un syndrome anxiodépressif.
Le diagnostic, confirmé par
l’élévation de la TSH et des anticorps antithyroïdiens, doit être
particulièrement évoqué en cas d’antécédents familiaux de
dysthyroïdie auto-immune ou si la mère a déjà présenté un épisode
comparable à l’occasion d’une précédente grossesse, le risque de
récidive aux grossesses suivantes étant de 30 à 40 %.
Traitement de l’hypothyroïdie
:
Codifié par une conférence de consensus et diverses
recommandations, le traitement de l’hypothyroïdie est simple,
performant et peu coûteux.
Pourtant, près d’un tiers des sujets en
hypothyroïdie sont traités de façon insuffisante ou abusive.
Une compliance imparfaite, la variation des besoins hormonaux liée à
l’état physiologique, la prise d’autres médicaments, d’éventuels
troubles de l’absorption intestinale, l’existence d’une affection
intercurrente, le caractère transitoire d’une hypothyroïdie et
l’exceptionnel problème d’interférences avec le dosage de la TSH
sont les principales causes de difficultés thérapeutiques.
La décision de traiter est prise après confirmation du diagnostic par
un nouveau dosage de TSH et après une évaluation de la gravité de
l’hypothyroïdie (répercussions cliniques, électrocardiographiques et
degré de diminution de T4L).
L’appréciation du risque coronarien
est essentielle, notamment chez le sujet âgé où la coronaropathie
peut être masquée par l’hypométabolisme et la sédentarité.
En cas
de doute, l’épreuve d’effort, quand elle est possible, ou la
scintigraphie myocardique fournissent de précieuses indications
pour les modalités de la mise en oeuvre du traitement substitutif.
A - MOYENS :
Parmi les divers moyens thérapeutiques disponibles, la L-thyroxine
ou lévothyroxine est à privilégier pour le traitement à long terme
du fait de sa demi-vie d’environ 8 jours et de son absorption
satisfaisante lorsqu’elle est administrée à jeun.
Une prise
quotidienne, de préférence sous la forme de comprimés plutôt que
sous la forme de gouttes, assure une imprégnation hormonale stable.
Les besoins hormonaux théoriques moyens sont estimés à 1,7 ±
0,4 µg/kg/j de lévothyroxine.
Le recours à la L-tri-iodo-thyronine
(Cynomelt) se justifie théoriquement par le fait que c’est l’hormone
« biologiquement » active sur les récepteurs nucléaires.
On peut
aussi avoir pour objectif de mimer la thyroïde qui sécrète
simultanément de la T4 et de la T3 dans la proportion d’environ
80 % et 20 %.
En fait, le médicament commercialisé (Euthyralt), dont
chaque comprimé contient 100 µg de LT4 et 20 µg de LT3, s’avère de
maniement difficile, exposant à des pics de T3 excessifs. Il ne
présente pas d’avantages par rapport à la lévothyroxine.
Toutefois,
une étude récente effectuée sur une petite série de malades a montré
que l’association de T3 et de T4 était plus performante que la LT4
seule sur un certain nombre de paramètres cognitifs évalués par une
batterie de tests et d’échelles psychométriques. Ces résultats ont
été depuis contestés.
B - MODALITÉS :
Les modalités d’installation du traitement dépendent du contexte.
Le principe d’une montée en charge progressive de la posologie est généralement admis, encore que certains préconisent
l’administration d’emblée de la dose pleine et entière chez les sujets
jeunes sans risque cardiovasculaire ou au décours d’une
thyroïdectomie.
Chez le sujet âgé, il est indispensable d’utiliser des
doses initiales faibles (12,5 ou 25 µg), de respecter des paliers plus
ou moins longs de 2 à 4 semaines afin de ne pas déstabiliser une
cardiopathie sous-jacente marquée par l’hypothyroïdie.
La dose
moyenne nécessaire diminue avec l’âge et est globalement estimée à
100 ± 8 µg/j contre 130 ± 6 µg/j chez les sujets jeunes.
Chez un sujet
porteur connu d’une coronaropathie, plusieurs attitudes sont à
envisager.
La première consiste à traiter très précautionneusement
avec une dose initiale de l’ordre de 6,25 ou 12,5 µg et des paliers de
progression du même ordre à intervalle de 15 jours ou plus.
La
vigilance clinique et électrocardiographique doit être constante afin
de prévenir une ischémie aiguë ou une mort subite.
Une prescription
adjuvante de dérivés nitrés doit être prudente en raison du risque
d’hypovolémie.
Le recours aux bêtabloqueurs cardiosélectifs avec
activité sympathomimétique intrinsèque en cas de bradycardie est
utile mais non anodin dans la mesure où le rendement cardiaque
peut diminuer.
Une autre attitude consiste à attendre le bénéfice
d’une chirurgie de revascularisation ou d’une angioplastie avant de
rechercher la normalisation de la TSH ou même de débuter le
traitement substitutif.
Il existe autant d’arguments pour la
chirurgie première que pour l’hormonothérapie première.
L’absence
de substitution augmenterait le risque de complications chirurgicales
avec des troubles du rythme et de la conduction dus à une mauvaise
réactivité du myocarde.
Chez la femme enceinte, les besoins hormonaux augmentent au fur et
à mesure du déroulement de la grossesse d’environ 20 à 45 %.
Il
n’existe aucune réserve quant à l’utilisation de lévothyroxine au
cours de la grossesse ou de l’allaitement.
La possibilité d’une hypothyroïdie transitoire est à envisager lorsque
l’hypothyroïdie est secondaire à une thyroïdite silencieuse, aiguë ou
du post-partum.
Dans bien des cas, il est possible de se dispenser
d’un traitement substitutif lorsque l’hypothyroïdie est fruste et
asymptomatique.
En cas de substitution, une tentative d’arrêt du
traitement est à tenter de principe après quelques mois, seule façon
de confirmer le caractère définitif de l’hypothyroïdie.
L’hypothyroïdie iatrogénique médicamenteuse est l’occasion de
s’interroger sur le bien-fondé du traitement causal.
Au cours d’un
traitement justifié par amiodarone, lithium ou cytokine, il est admis
de poursuivre le traitement sous couvert d’une substitution
hormonale dont le but est de corriger la TSH.
Dans le cas de l’hypothyroïdie fruste, le vrai débat concerne les
modalités de traitement de l’hypothyroïdie fruste par manque
d’essais thérapeutiques comparatifs concluants.
L’abstention peut
se justifier par le caractère asymptomatique et par l’incertitude quant
à l’évolution spontanée vers une hypothyroïdie franche.
En l’état de
la question et bien qu’une étude d’intervention prospective
randomisée manque encore pour convaincre totalement, les
arguments indirects en faveur de la mise en route d’un traitement
précoce ne manquent pas.
D’un point de vue épidémiologique,
l’hypothyroïdie infraclinique constitue bien un facteur de risque
indépendant de l’infarctus du myocarde et de l’athérosclérose chez
la femme ménopausée et ce, même en l’absence d’anticorps
antithyroïdiens.
D’un point de vue clinique, l’amélioration de la
sensation de bien-être sous traitement a été bien documentée.
Enfin, l’amélioration du profil lipidique est un autre argument en
faveur du traitement.
Des arguments anamnestiques chirurgie thyroïdienne, irradiation
métabolique ou externe sont également à prendre en compte.
En
revanche, la décision peut être plus difficile à prendre en cas
d’affection associée ou de coronaropathie.
Si le traitement peut
accentuer l’expression de l’atteinte coronarienne, l’abstention peut
favoriser l’athérogenèse.
Une appréciation régulière du statut
thyroïdien par des dosages répétés de TSH est alors nécessaire.
Dans le cas de l’insuffisance thyroïdienne d’origine centrale, il est
recommandé de corriger une éventuelle insuffisance corticotrope
avant de débuter la substitution hormonale thyroïdienne sous peine
de provoquer une insuffisance surrénale aiguë.
Après une première
phase d’administration de 50 µg/j de lévothyroxine, la dose est
adaptée par rapport à l’objectif qui est de normaliser la
concentration de T4L sans tenir compte de la TSH qui n’a, ici, aucune
utilité dans l’évaluation du statut thyroïdien.
C - TRAITEMENT DU COMA MYXOEDÉMATEUX :
L’administration de lévothyroxine se fait par voie veineuse, lente ou
en bolus, à la dose de 300 à 500 µg le premier jour puis de 25 à
100 µg/j.
L’amélioration clinique survient en quelques heures.
Certains préfèrent l’administration de T3 par sonde nasogastrique à
la dose de 2,5 à 25 µg pour contourner la conversion périphérique
de T4 en T3.
Des doses fortes favoriseraient la survenue d’un
infarctus du myocarde et de troubles du rythme.
Une corticothérapie
adjuvante est souvent préconisée. D’intérêt discuté, son utilisation
est cependant sans risque sous la forme d’injection intraveineuse
d’hémisuccinate d’hydrocortisone à la dose de 50 à 100 mg toutes
les 8 heures pendant 1 ou 2 jours.
Un réchauffement passif par des couvertures suffit à contrôler
l’hypothermie, le réchauffement actif qui favorise la survenue d’un
choc devant être réservé aux hypothermies extrêmes, inférieures à
30 °C.
L’assistance respiratoire doit être envisagée précocement et il
est recommandé d’éviter les dépresseurs respiratoires, même en cas
de convulsions.
Dans ce cas, mieux vaut traiter l’hyponatrémie par
restriction hydrique et contrôler l’hypoxie ou l’hypoglycémie.
La
prise en charge cardiovasculaire doit être prudente. Digitaliques et
diurétiques sont à utiliser avec circonspection.
Le choc est une
indication de transfusion de sang complet.
Le traitement d’une
éventuelle cause déclenchante infectieuse doit être entrepris au
moindre doute chez ces patients exprimant peu les signes généraux
de l’infection.
En dépit de ces moyens, le pronostic du coma myxoedémateux
demeure grevé d’une mortalité de l’ordre de 20 %.
Le grand âge, la
bradycardie et l’hypothermie majeures, le retard apporté à
l’assistance respiratoire et la polypathologie sont des facteurs de
mauvais pronostic.
Surveillance du traitement :
Clinique, elle vise à s’assurer de la disparition des signes
d’hypothyroïdie et à rechercher des signes d’intolérance
(trémulations, tachycardie).
La surveillance biologique est
complémentaire et obligatoire.
Elle est fondée sur la TSH.
La
variation de ce paramètre, qui est un excellent marqueur de l’état
d’imprégnation hormonale tissulaire, peut être lente.
Il convient en
conséquence d’attendre quelques semaines de traitement avant de
porter un jugement sur le caractère adéquat d’une substitution.
La
normalisation de la TSH est souvent obtenue moyennant une valeur
de T4L à la limite supérieure de la normale et, à l’inverse, une valeur
de T3L à la limite inférieure de la normale.
En dépit de ces
dissociations entre les valeurs de TSH et des hormones
thyroïdiennes non liées, il semble que la TSH soit suffisante pour
optimaliser le traitement de l’hypothyroïdie primaire.
En pratique, une surveillance de la valeur de TSH plasmatique tous
les 6 mois ou tous les ans est suffisante chez les sujets compliants.
En effet, la variation des besoins en hormone thyroïdienne est assez
faible chez un même individu. Les besoins augmentent avec le poids
et l’activité physique et diminuent très lentement avec l’âge.
L’objectif du traitement peut se contenter d’une normalisation de la TSH, sauf dans l’hypothyroïdie centrale où le suivi se fait sur la
concentration de T4L lorsque le patient est traité par lévothyroxine.
Ce n’est qu’en cas de coronaropathie active qu’il peut être sage de
se contenter d’une diminution sans correction de la TSH.
Inversement, dans le cancer thyroïdien différencié traité, c’est une
dose suprasubstitutive avec TSH abaissée qui est souhaitée.
Dans le cas général, le maintien à la stricte normale des valeurs de TSH corrige une athéromatose accélérée ou prévient les
conséquences cardiaques et osseuses d’un surdosage, même
lorsque celui-ci est asymptomatique.