L’augmentation de l’incidence du mélanome est un fait observé dans
de nombreux pays et ne concerne que les sujets de race blanche.
Si
elle oscille de 3 à 8% par an selon les pays, le taux de mortalité n’a
le plus souvent pas augmenté dans les mêmes proportions en raison
d’un meilleur taux de survie.
Cette amélioration ne peut être
attribuée qu’à un diagnostic et un traitement plus précoces en
l’absence de progrès thérapeutique décisif.
Le diagnostic précoce des mélanomes est particulièrement important
puisque la mortalité est directement corrélée à l’épaisseur de la
tumeur, laquelle dépend, dans la majorité des cas, de la durée
d’évolution.
Quels sont les signes précoces d’un mélanome ?
Comment distinguer parmi les nombreuses lésions pigmentées celles
qui sont des mélanomes sans multiplier les excisions inutiles ?
Le diagnostic clinique de mélanome est visuel ainsi
qu’anamnestique et repose sur la forme, la taille et les couleurs de la
lésion pigmentée.
Bien que l’oeil humain ait un grand pouvoir de
discrimination pour chacun de ces éléments, un diagnostic correct
n’est posé que dans 60 à 75 % des cas, et ce score est encore plus
faible pour les médecins non entraînés.
Les erreurs proviennent de
la subjectivité de notre analyse, et du peu de spécificité et/ou de
sensibilité des éléments que nous analysons.
Afin d’améliorer ces performances, divers auteurs ont proposé, depuis plusieurs décennies, l’utilisation d’une technique de
microscopie de surface pour l’examen des couches superficielles de
la peau.
Une sémiologie a été progressivement élaborée et ces 5 à
10 dernières années ont vu se multiplier les publications visant à
démontrer la pertinence de la méthode, en particulier pour
l’analyse des lésions pigmentées de la peau.
En pratique, à l’aide
d’une source lumineuse épiluminescente, la surface cutanée peut
être observée au travers d’un système optique dont les
grossissements varient de ´10 à 60.
Un appareil simple comme le dermatoscope offre un grossissement standard de ´10.
Cependant,
certaines techniques de vidéomicroscopie offrent des grossissements
nettement supérieurs (´100, 200, 400, 1000).
Histoire de la microscopie
de surface
:
1893. Unna applique à la peau la technique d’observation par
microscopie avec huile d’immersion, constatant que l’application
d’un film d’huile rend les couches superficielles de l’épiderme
beaucoup plus translucides.
1920. Apparition des premières descriptions détaillées de
microscopie de surface par Saphier qui utilise pour la première fois
le terme de « dermatoscopie ».
Années 1950. Développement de la dermatoscopie aux États-Unis
par Goldmann qui décrit l’intérêt de cette technique dans plusieurs
dermatoses et tumeurs cutanées.
1971. MacKie reconnaît clairement dans un premier temps l’avantage
de la dermatoscopie dans l’amélioration du diagnostic préopératoire,
devant des lésions pigmentées suspectes, notamment pour
différencier les lésions bénignes des lésions malignes.
À partir des années 1980. Apparition de plusieurs équipes en
Europe : les groupes de Vienne et Innsbruck en Autriche et
Tübingen, Hambourg et Munich en Allemagne.
À partir des années 1990. Nouveau développement de la dermatoscopie avec l’utilisation de la vidéomicroscopie permettant
des grossissements allant jusqu’à ´1000 et l’obtention d’images
digitalisées pouvant être stockées.
Principe et outils de la microscopie
de surface :
La dermatoscopie ou microscopie de surface est une technique non
invasive d’examen des lésions pigmentées de la peau in vivo.
Cette
technique est basée sur l’utilisation d’un éclairage incident, dont le
rayonnement est absorbé et/ou réfléchi par la mélanine qui est le
principal pigment présent dans l’épiderme.
Pour améliorer
l’observation, on applique à la surface de la lésion une goutte d’huile
d’immersion que l’on recouvre d’une petite lamelle de verre.
Ceci
contribue à diminuer les phénomènes de réfraction et de diffraction
de la lumière en regard de l’interface épiderme-air, et permet
également d’augmenter la pénétration de la lumière au travers de la
couche cornée.
On peut ainsi observer jusqu’à la jonction dermoépidermique, voire parfois plus loin si la lésion est peu
pigmentée.
L’image résulte ainsi de la distribution et de
l’accumulation de la mélanine dans les différentes cellules de
l’épiderme et du derme.
Autrement dit, par l’intermédiaire de la
distribution de la mélanine, on recueille une image tridimensionnelle
de l’épiderme, de la jonction dermoépidermique et du derme
papillaire.
Notons qu’il est également possible d’observer par
microscopie de surface d’autres pigments comme l’hémoglobine,
l’hémosidérine, ou des pigments exogènes comme ceux utilisés pour
les tatouages.
Parmi les différents systèmes de microscopie de surface développés,
le dermatoscope, fabriqué par la firme Heine est actuellement
l’instrument le plus utilisé.
Cet appareil, dont le principe est dérivé
de l’ophtalmoscope, peu encombrant, grossit ´10 la lésion.
Le Dermaphott (Heine) effectue des diapositives correspondant à
l’image du dermatoscope.
D’autres instruments existent comme les stéréomicroscopes, sorte de loupes binoculaires, permettant des
grossissements allant de ´10 à ´80, mais plus encombrants et moins
maniables.
Enfin, le vidéomicroscope est un système associant une
source lumineuse conduite par des fibres optiques à une caméra
vidéo.
Il permet d’obtenir des images digitalisées avec des facteurs
de grossissement allant de ´10 à ´1000.
Ce système peut également
être couplé à un système informatique permettant l’archivage des
données.
Examen dermatoscopique :
Avant de commencer l’examen, la détermination du phototype est
indispensable à l’interprétation des images.
Il est souhaitable d’examiner l’ensemble des lésions mélanocytaires
chez le patient de façon à apprécier le type de nævus.
En effet,
chaque patient semble exprimer une population nævique qui
présente des éléments vidéomicroscopiques communs.
Ainsi, cette
reconnaissance facilite le repérage des lésions « atypiques » qui
pourront être analysées avec plus d’attention.
L’analyse de ces lésions doit tenir compte de la saison où est
pratiqué l’examen et de la localisation sur le tégument.
En effet,
l’image d’une lésion du visage diffère de celle d’une paume, d’une
plante ou du dos.
Enfin, l’image peut être archivée soit photographiée (dermaphot),
soit digitalisée et sauvegardée.
Si une lésion présente suffisamment
de critères, elle est excisée et les images sont utilisées pour une
confrontation vidéohistologique.
En cas de doute, la lésion est recontrôlée à 6 mois ou 1 an et la nouvelle image obtenue est alors
comparée à l’ancienne à la recherche de modifications.
Sémiologie dermatoscopique :
L’analyse d’une image dermatoscopique doit être systématique.
On étudie dans un premier temps la forme, le contour de la lésion
et les couleurs puis, dans un deuxième temps, on recherche le réseau
pigmenté pour en analyser les caractères.
A - RÉSEAU PIGMENTÉ :
Le réseau forme un dessin réticulaire de couleur brune, allant du
brun clair au brun foncé, qui se présente en une succession de lignes
pigmentées (les mailles) et de surfaces claires (les entre-mailles).
Les mailles correspondent aux crêtes épidermiques et la
pigmentation à l’empilement des kératinocytes chargés en pigment
mélanique de la couche basale.
En effet, nous avons observé que ce
réseau est présent au sein de l’épiderme après séparation de
l’épiderme et du derme au moyen d’une enzyme, la dispase.
L’entre-mailles correspond au sommet de la papille dermique.
Le
réseau se caractérise par son degré de pigmentation, la largeur, la
régularité, la continuité de ses mailles et la répartition au centre ou
en périphérie de la lésion. Sa présence signe une lésion mélanocytaire.
Les modifications du réseau concernent
essentiellement les nævus atypiques.
Il s’agit de l’apparition de
nouvelles mailles en périphérie signant un agrandissement de la
lésion qui permet d’affirmer ou de confirmer le diagnostic de nævus
atypique.
Il existe également des modifications de la pigmentation
qui sont corrélées au phototype et à la saison où a lieu le contrôle.
Des modifications concernant la taille des mailles et des entremailles
sont synonymes de mélanome malin.
B - MOTTES :
Les mottes apparaissent comme des zones le plus souvent arrondies
de couleur bleu violacé et dont les limites apparaissent floues.
Cette
couleur serait due à un effet Tyndall où les petites longueurs
d’ondes, notamment le bleu, semblent être mieux réfléchies lors du
passage à travers les couches de la peau.
Les mottes correspondent
histologiquement à du pigment mélanique situé dans le derme
papillaire ou moyen, mais toujours sous la jonction dermoépidermique.
Il peut s’agir de mélanophages, dont l’aspect
vidéomicroscopique au fort grossissement est celui de grains de
poivre (peppering).
Ce pigment constituant les mottes peut aussi
correspondre à des mélanocytes au sein des thèques et apparaître
plus compact sur l’image au fort grossissement.
Ainsi, toute modification portant sur les mottes intervient sur le
degré de pigmentation du nævus via la charge en pigments au sein
des mélanocytes ou des mélanosomes.
Les mottes se caractérisent
par leur taille, leur nombre, leur pigmentation et leur répartition au
centre ou en périphérie.
La charge en pigment des mottes est donc
corrélée à la saison donc à l’exposition solaire et au phototype du
patient.
Au cours des modifications touchant l’architecture des
nævus atypiques et de Spitz, il existe également des variations de
l’intensité de la pigmentation des mottes.
C - GLOBULES BRUNS :
Les globules bruns sont des structures rondes ou ovales, d’un
diamètre de 100 à 300 ím, de couleur brune.
Ils s’observent au
niveau des entre-mailles ou des mailles du réseau. Sur les mailles,
les globules bruns correspondent histologiquement à un nid de mélanocytes au sein de la jonction dermoépidermique ou
immédiatement sous l’épiderme.
Entre les mailles, ils
traduisent la présence d’un nid de mélanocytes en regard du
sommet de la papille. Les globules bruns se caractérisent par leur
taille, leur nombre, leur siège en regard des mailles ou des entremailles
et leur répartition au centre ou en périphérie.
Une réduction
du nombre de ces globules bruns peut s’observer lors des
modifications architecturales des nævus atypiques.
D - POINTS NOIRS :
Les points noirs correspondent à de petites structures punctiformes
de 30 à 100 ím, de couleur noire, voire brun-noir bien limitées.
Ils
traduisent une accumulation focale de pigments mélaniques ou de
mélanocytes pigmentés dans les couches suprabasales de l’épiderme.
Ces structures apparaissent d’autant plus nettes et noires qu’elles
sont superficielles, c’est-à-dire dans la couche cornée.
Ceci peut être
confirmé en arrachant la couche cornée au moyen d’un scotch ou
d’une colle de cyanoacrylate.
Parfois les points noirs se regroupent
et constituent une nappe ou tache noire allant de quelques centaines
de micromètres à 1 ou 2mm, qui lorsqu’elle recouvre tout ou une
partie de la lésion pigmentée, rend difficile l’analyse dermatoscopique.
Le recours alors au strip (arrachage de la couche
cornée comme mentionné ci-dessus) permet de dégager les
structures pour les analyser en vue d’un diagnostic.
Nous avons
montré que les points noirs siègent le plus souvent en regard des
mailles du réseau, suggérant la présence d’unités fonctionnelles mélanocytes-kératinocytes au niveau des crêtes épidermiques.
Ils se
caractérisent par leur taille, leur nombre et leur répartition au centre
ou en périphérie.
Le nombre des points noirs augmente avec
l’exposition solaire et le phototype du patient.
E - VOILE GRIS-BLANC :
Il se définit comme une structure trouble, opaline, comparable à de
la brume, de couleur blanche, voire grise, recouvrant une partie de
la lésion.
Cette structure, lorsqu’elle apparaît diffuse, traduit
histologiquement une hyperkératose et une augmentation de la
granuleuse.
Localisé, ce voile correspond alors à une fibrose ou une
cicatrice, ce d’autant qu’il recouvre une zone dépigmentée.
Une
modification de ce voile s’associe avec les changements
architecturaux du nævus atypique et du nævus de Spitz.
On la
retrouve également lors des changements de la pigmentation induits
par le soleil.
F - ZONE ROUGE-ROSÉ :
Elle se définit comme une aire dont la couleur se situe entre le rouge
et le rose.
On ne voit habituellement pas de structure vasculaire au
sein de cette zone.
Bien que la corrélation histologique n’ait pas été
approfondie, il semble que cette zone corresponde néanmoins à une
vasodilatation des petits capillaires du derme papillaire avec
hyperhémie traduisant souvent une inflammation ; cela peut
également être le reflet d’une néovascularisation, comme on peut le
voir au sein des zones de régression.
Cet aspect est différent de la
dilatation capillaire de la papille dermique qui se présente en dermatoscopie comme un peloton vasculaire au centre de la papille.
De même, les télangiectasies correspondent à une dilatation du
plexus horizontal et apparaissent comme de petits vaisseaux
tortueux vus horizontalement.
L’apparition d’une zone rouge-rosé
se voit lors des modifications architecturales du nævus atypique et
du nævus de Spitz et après une période d’exposition solaire, le plus
souvent chez les sujets de phototype clair, précédant l’apparition de
la pigmentation nævique.
G - ZONE BLEU-VIOLACÉ :
Cette zone se définit par un cordon bleu-violacé situé la plupart du
temps sous les mailles du réseau.
Elle diffère des mottes par
l’absence d’élément figuré arrondi ou ovalaire bien défini.
La
correspondance histologique est équivalente à celle des mottes.
On
va donc rencontrer préférentiellement cette structure dans des
lésions qui présentent un réseau.
L’intensité de la pigmentation varie
selon la période du contrôle et le phototype du patient.
D’autre part,
les modifications particulières générées par un nævus atypique se
répercutent également sur la zone bleu-violacé en majorant la teinte
et/ou la surface.
H - ZONE DÉPIGMENTÉE :
Elle correspond à une aire sans pigment par rapport au reste de la
lésion. Histologiquement, elle correspond à une zone sans pigment
mélanique associée ou non à une fibrose.
Son apparition associée
à un voile gris-blanc se retrouve au sein du nævus atypique qui se
modifie et au sein du mélanome correspondant histologiquement à
une zone de régression.
I - PSEUDOPODES ET COURANT RADIAIRE
:
Les pseudopodes s’observent en périphérie et correspondent à une
extension digitiforme de mailles très pigmentées du réseau.
Le
courant radiaire correspond à une extension périphérique le plus
souvent linéaire de certaines mailles du réseau.
Parfois, si la lésion
est peu pigmentée le courant radiaire peut être vu à l’intérieur de la
lésion du centre vers la périphérie.
Sur le plan histologique, les
pseudopodes traduisent la confluence des nids de mélanocytes
pigmentés jonctionnels et le courant radiaire, leur croissance
radiaire.
Ces deux signes dermatoscopiques correspondant à la
phase de croissance horizontale du mélanome sont donc synonymes
de malignité.
J - ANALYSE DE LA PROFONDEUR :
L’image observée en dermatoscopie est une image horizontale et la
profondeur est donnée par les différentes couleurs et la netteté des
structures.
Ainsi, tout ce qui est en surface apparaît noir ou brunnoir
et les limites sont très nettes.
Tout ce qui est au niveau de la
membrane basale apparaît brun plus ou moins foncé (c’est la couleur
du réseau).
Si les crêtes épidermiques sont profondes, l’empilement
des kératinocytes chargés de pigment rend la pigmentation plus
intense que si ces crêtes sont peu profondes ou plates.
D’autre part,
la charge en pigment via le phototype et la saison intervient
également dans l’intensité de la pigmentation du réseau.
Les limites
de ces structures sont moins nettes. Tout ce qui est au niveau du
derme papillaire et superficiel apparaît bleu-violacé avec une limite
floue.
Plus on descend vers le derme moyen, plus la limite est floue
et plus la couleur bleu-violacé s’éclaircit pour devenir bleu clair et
blanche.
Diagnostic dermatoscopique :
L’organisation des éléments sémiologiques au sein d’une lésion
pigmentée permet à l’observateur entraîné de porter des diagnostics
avec une grande pertinence, anticipant la confirmation
histopathologique lorsque la lésion ainsi analysée requiert l’exérèse,
ou autorise l’abstention, avec ou sans surveillance selon le type de
lésion.
Dermatoscopie et dermatologie
en pratique
:
L’examen dermatoscopique est devenu, quelles qu’aient été les
résistances initiales, notamment en France, un examen
incontournable face à une lésion pigmentée.
Les résistances résultaient non pas de soucis d’économies, puisque
la méthode ne nécessite pas de matériel coûteux, mais d’une crainte
devant l’organisation d’une formation hautement spécifique, dans
un contexte où la spécificité et la sensibilité des signes n’étaient pas
établies, alors que la responsabilité de l’observateur est engagée dans
le diagnostic d’une lésion potentiellement mortelle.
C’est pourquoi
il est important que les dermatologistes se forment à cette technique
en utilisant régulièrement le dermatoscope devant toute lésion
pigmentée.
La méthode est pourtant incontournable dans la pratique
quotidienne d’un dermatologiste ; elle augmente la pertinence
diagnostique et limite les excisions inutiles.
Un certain nombre de
critères d’observation ont été définis.
Les signes observés à l’aide
du dermatoscope permettent d’améliorer la performance
diagnostique des lésions pigmentées.
Il est ainsi possible de faire
la distinction de façon relativement sûre entre une lésion d’origine mélanocytaire, une kératose séborrhéique, un carcinome
basocellulaire pigmenté ou une lésion vasculaire comme un
hémangiome capillaire.
Il est également possible de dépister les
nævus dysplasiques.
De même, des signes évocateurs de
mélanome ont été identifiés, permettant d’augmenter la
performance de l’examen dermatoscopique de 5 à 10% par rapport
à l’examen clinique, mais leur sensibilité et leur spécificité sont
encore à l’étude.
Néanmoins, une étude montre que l’association
examen clinique et dermatoscopique a une sensibilité de 95 % et une
spécificité de 100 %.
Un autre avantage est de pouvoir bénéficier d’un système de capture
d’images (appareil photo dermatoscopique [Dermaphott], ou
enregistrement vidéo avec système informatique d’archivage des
données).
Ceci est particulièrement utile chez les patients à risque de développer un mélanome malin et couverts de multiples lésions mélanocytaires qui rendent une excision systématique illusoire.
En
effet, une comparaison des images stockées lors de chaque
consultation permet un suivi temporel des lésions mélanocytaires
bénignes et l’objectivation de deux types de modifications
morphologiques.
L’une concerne la structure même du nævus
comme pour le nævus atypique, le nævus de Spitz et le nævus de Sutton, l’autre touche la pigmentation.
Nous avons également
objectivé un lien entre les saisons, le phototype et l’évolution de
l’intensité de la pigmentation.
Ainsi, sous l’effet du soleil, tous les
nævus modifient leur charge en pigments sans que leur structure se
modifie.
Cela se traduit vidéomicroscopiquement par une
majoration des points noirs, des mottes, de la zone bleu-violacé,
plutôt au centre pour les nævus composés et/ou jonctionnels et les
lentigos, plutôt de façon diffuse sur toute la lésion pour les nævus
atypiques.
Des modifications plus spécifiques ont été observées.
Le
nævus atypique peut évoluer en modifiant sa structure, ce qui
s’exprime par des changements en regard du réseau, la création de
nouvelles mailles en périphérie, l’apparition d’une zone rouge-rosé,
d’une zone dépigmentée et parfois d’un voile gris-blanc.
La mise en
évidence de telles modifications au cours du contrôle d’une lésion mélanocytaire pour laquelle se posait le problème du diagnostic de
nævus atypique, confirme ce diagnostic avec une corrélation
« vidéohistologique » de 100 %.
Cette évolution traduisant la
croissance d’un nævus et/ou un changement de teinte, constitue à
notre avis, une indication à l’exérèse du nævus, bien que ces
modifications ne soient pas encore cliniquement perceptibles.
Ainsi, l’observation prospective des lésions pigmentées chez des
sujets porteurs de nævus dysplasiques multiples commence à
fournir de nouveaux critères permettant de décider d’une attitude
thérapeutique pour chaque lésion.
En aucun cas, toutefois, l’examen dermatoscopique ne peut se
substituer à l’histologie qui demeure la seule méthode permettant
d’affirmer, in fine, la nature d’une lésion.
La dermatoscopie
permet seulement d’accéder à des critères plus pertinents que
l’examen clinique simple pour décider de l’excision ou non d’une
lésion pigmentée.
Dermatoscopie d’avenir
:
L’examen vidéomicroscopique peut être utilisé dans les centres
universitaires en tant que technique de référence et d’outil pour
l’enseignement et la recherche.
L’intérêt de la vidéomicroscopie est de permettre des grossissements
plus importants facilitant l’analyse de l’image, et d’associer un
système informatique autorisant un archivage immédiat des
données servant au suivi des lésions dans le temps.
Cette association
permet d’augmenter considérablement la pertinence diagnostique de
la dermatoscopie.
La méthode permet aussi l’utilisation de la transmission d’images à
distance (télémédecine). Nous avons d’ores et déjà établi une telle
consultation.
La qualité des images reçues permet l’analyse
diagnostique, et le système offre l’occasion d’une interaction
didactique avec le correspondant.
L’avenir est peut-être dans l’analyse des images ainsi transmises
par une intelligence artificielle ; les recherches en cours indiquent
qu’un long chemin reste à parcourir avant de pouvoir distinguer
par intelligence artificielle un mélanome débutant d’une lésion
bénigne.