Anesthésie locorégionale
Cours de médecine interne
Introduction
:
L’anesthésie locorégionale a considérablement
évolué.
Cinq éléments ont soutenu et favorisé cette
évolution.
Une meilleure compréhension de
l’anatomie fonctionnelle a permis de proposer une
approche et des techniques simples et performantes.
La pharmacologie a proposé de nouvelles molécules
efficaces, sûres, et a trouvé de nouvelles indications
pour la morphine et la clonidine.
Les industriels ont
mis à disposition du matériel performant, à usage
unique, adapté à l’adulte et à l’enfant, ainsi que des neurostimulateurs permettant de localiser les nerfs.
La recherche et l’enseignement ont progressé,
permettant une meilleure formation des praticiens.
Enfin, avec la prise de conscience de la possibilité de
traiter la douleur périopératoire, l’anesthésie
locorégionale a évolué vers l’analgésie
locorégionale.
Indications :
De nombreuses études suggèrent ou montrent
que le contrôle efficace de la douleur périopératoire
participerait à l’amélioration du pronostic des
patients.
L’anesthésie péridurale permet de minorer
ou d’abolir les réactions postopératoires au stress ;
elle autorise en chirurgie thoracique, une sortie plus
précoce de l’unité de réanimation et réduit l’incidence des complications thromboemboliques
en chirurgie de la hanche.
L’anesthésie ou
l’analgésie locorégionale doit être proposée aux
patients qui peuvent en bénéficier, même opérés
sous anesthésie générale.
L’anesthésie locorégionale peut être proposée
aux patients devant être opérés d’une chirurgie des
membres supérieurs ou inférieurs, de la région sous-ombilicale et/ou pelvienne.
Les chirurgies sus-ombilicale, thoracique, cervicale et céphalique
font rarement appel à l’anesthésie locorégionale.
Elles peuvent cependant bénéficier d’une analgésie
locorégionale.
En chirurgie ophtalmologique, en dehors des
enfants et des interventions de longue durée, il
n’existe pas de contre-indications à l’anesthésie
locorégionale.
Les patients très anxieux,
claustrophobes ou qui présentent une toux
incontrôlable, justifieront d’une anesthésie générale.
En chirurgie carotidienne, l’anesthésie péridurale
ou du plexus cervical, offre une efficacité et des
conditions opératoires favorables ; elle permet un
suivi permanent de l’état neurologique lors du clampage carotidien, une détection précoce de
l’ischémie cérébrale et une réduction des indications
de shunt.
La chirurgie vasculaire des membres inférieurs est
une excellente indication d’anesthésie péridurale.
Ces patients sont souvent porteurs de pathologies
cardiorespiratoires et l’anesthésie locorégionale
réduit le risque opératoire.
Certaines études
montrent une amélioration du pronostic vasculaire
de ces patients quand la revascularisation est
réalisée sous anesthésie péridurale.
L’obstétrique nécessite de différencier l’analgésie
du travail et l’anesthésie pour césarienne.
Les
enquêtes multicentriques montrent que l’anesthésie
péridurale réduit la morbidité et mortalité maternelle
de la césarienne, particulièrement en urgence.
Il faut
donc proposer aux parturientes une analgésie
péridurale pour le travail et une anesthésie
péridurale (ou en urgence, une rachianesthésie) pour
la césarienne.
Chez l’enfant, l’analgésie locorégionale permet
une prise en charge efficace de la douleur périopératoire, même si le plus souvent
l’intervention chirurgicale est réalisée sous
anesthésie générale.
Chez l’ancien prématuré que
l’immaturité des centres respiratoires expose
pendant de nombreux mois à des dépressions
respiratoires retardées et prolongées, l’anesthésie
locorégionale isolée constitue, chaque fois qu’elle est
possible, la meilleure alternative.
Contre-indications
:
Il existe peu de contre-indications à l’anesthésie
locorégionale, et l’anesthésiste-réanimateur devra,
en fonction de l’intervention chirurgicale prévue,
choisir au cours de la consultation la meilleure
stratégie d’anesthésie et d’analgésie pour le patient
qui lui est confié.
Le refus du patient, quelle qu’en
soit la raison, est la première contre-indication.
Ce
refus doit être respecté dans la mesure du possible,
mais dans certains cas, il est important de convaincre
le patient opposant de l’intérêt de l’anesthésie
locorégionale. Ainsi, l’allergie sévère, l’asthme ou
l’insuffisance respiratoire chronique et certaines
cardiopathies évoluées, doivent être opérés sous
anesthésie locorégionale.
L’insuffisance cardiaque
décompensée, le rétrécissement aortique serré, la
cardiomyopathie obstructive et les pathologies
mitrales sévères ne sont pas de bonnes indications
aux anesthésies médullaires.
Ils sont en revanche
des indications pour les blocs plexiques ou
tronculaires.
Les anesthésies périmédullaires sont peu
indiquées en présence d’un état de choc, de troubles
acquis ou congénitaux de l’hémostase et de la
coagulation, de déformations thoraciques
importantes ou d’antécédents de chirurgie
rachidienne.
L’existence d’une pathologie
neurologique est considérée par certains comme
une contre-indication à l’anesthésie locorégionale.
Peu de données justifient cette attitude, si ce n’est la
crainte de majorer un déficit déjà existant.
S’il est vrai
que des scléroses en plaques ont connu des
poussées sévères après anesthésie locorégionale, de
pareilles poussées, ou même des épisodes
inauguraux, ont été rapportés après anesthésie
générale.
Adaptation des traitements :
Comme la chirurgie, l’anesthésie locorégionale
nécessite l’adaptation des traitements (anticoagulant
et antiagrégant plaquettaire).
Les antivitamines K
(AVK) doivent être remplacées par une héparine à
bas poids moléculaire (HBPM) le plus souvent.
L’aspirine sera interrompue 5 jours avant
l’intervention et la ticlopidine au moins 8 jours avant.
Ils pourront être remplacés par le flurbiprofène
(Cébutidt : 100 mg/j) ou les anti-inflammatoires non
stéroïdiens (AINS) de courte durée d’action
possédant une activité antiagrégante.
Les bêtabloqueurs et les inhibiteurs calciques
seront maintenus, leur posologie est parfois adaptée
chez le coronarien.
Les inhibiteurs de l’enzyme de
conversion (IEC) altèrent les capacités d’adaptation à
l’hypovolémie et réduisent l’efficacité de certains
vasoconstricteurs.
Certains recommandent de ne pas
les administrer 24 heures avant l’intervention.
Les
autres traitements n’interfèrent pas avec l’anesthésie
locorégionale.
Agents de l'anesthésie
locorégionale
:
A - Anesthésiques locaux
:
Un anesthésique local est une substance capable
de bloquer de façon transitoire et réversible la
conduction nerveuse, en empêchant la dépolarisation
membranaire cellulaire.
Si de nombreuses
substances sont douées de l’effet stabilisant de
membrane responsable de l’action anesthésique
locale, on ne retrouve en clinique que deux familles
d’anesthésiques locaux, les dérivés de la procaïne
(aminoesters) et les dérivés de la lidocaïne
(aminoamides).
La lidocaïne est l’anesthésique local de référence.
Elle empêche la conduction nerveuse en bloquant
les canaux sodiques rapides des membranes
cellulaires.
L’anesthésique local franchit la
membrane cellulaire, et bloque par la face
cytoplasmique les mouvements transmembranaires
du sodium.
Deux mécanismes différents sont
impliqués dans ce bloc des canaux sodiques.
Tous
les anesthésiques locaux sont responsables d’un
bloc dit tonique.
Quelques-uns sont aussi
responsables d’un bloc dit phasique, ainsi l’intensité
du bloc augmente avec la fréquence de la
stimulation.
Ce bloc phasique explique les effets antiarythmiques de la lidocaïne.
D’autres anesthésiques locaux, comme la procaïne ne bloquent pas
le canal sodique mais pénètrent dans la membrane.
Ils modifient ainsi la conformation du canal sodique rapide dont
ils altèrent le fonctionnement.
Enfin, l’action des
anesthésiques locaux sur les canaux calciques et
potassiques permet d’expliquer leurs effets sur la
contractilité et les arythmies cardiaques.
Le choix des anesthésiques locaux disponibles
s’est récemment élargi avec la ropivacaïne,
développée pour son absence de cardiotoxicité, et la
mépivacaïne, qui viennent s’ajouter à la lidocaïne et
à la bupivacaïne.
Les allergies aux
anesthésiques locaux de la famille de la lidocaïne
sont exceptionnelles, alors que des allergies vraies
étaient connues pour les anesthésiques locaux de la
famille de la procaïne qui ne sont presque plus
utilisés.
B - Morphiniques :
L’existence de récepteurs morphiniques aux
niveaux médullaire et périphérique est clairement
établie.
La morphine est efficace par voie péridurale
ou intrathécale.
Son action retardée (pic entre 6 à
12 heures) s’exerce à l’étage supraspinal nécessitant
une migration céphalique assurée par la cinétique
du liquide céphalorachidien (LCR).
En obstétrique,
des doses de 100 íg ont fait la preuve de leur
efficacité pour l’analgésie de la césarienne.
Les doses
supérieures (200 à 400 íg) améliorent et prolongent
l’analgésie mais exposent aux effets secondaires des
morphiniques, particulièrement à la dépression
respiratoire.
Pour ces doses, une observation en salle
de surveillance postinterventionnelle pendant 24
heures est impérative.
Les morphiniques de synthèse, habituellement
plus liposolubles que la morphine, développent une
action plus médullaire.
Leur latence d’action est plus
brève et la durée de leur action est plus courte, ne
dépassant pas 8 heures.
Le sufentanil, 500 fois plus
puissant que la morphine, est de plus en plus
souvent utilisé par voie intrathécale en obstétrique,
pour la première phase du travail, apportant une
analgésie de bonne qualité, sans les effets moteur et
hémodynamique des anesthésiques locaux.
En clinique humaine, les effets des morphiniques
sur le nerf périphérique sont décevants à l’aune des
espoirs qu’avait engendrés la mise en évidence de
récepteurs morphiniques sur le nerf périphérique.
Si
certains ont montré une réelle amélioration de la
qualité de l’analgésie, ils sont souvent responsables
de nausées, de vomissements et de prurit qui en
limitent l’utilisation.
Les morphiniques sont efficaces pour contrôler la
douleur de fond ; ils sont peu efficaces pour contrôler
les douleurs aiguës, comme celles liées à la
kinésithérapie.
Dans ce cas, les anesthésiques locaux sont plus efficaces. L’association morphiniqueanesthésiques
locaux est synergique.
À toutes doses,
les morphiniques peuvent être responsables de
nausées, de vomissements, d’un globe vésical et de
prurit.
C - Clonidine :
La meilleure connaissance des voies de la douleur
a mis en évidence la responsabilité de récepteurs
alpha-2 dans les mécanismes de contrôle des
afférences nociceptives.
L’activité analgésique de la clonidine, agoniste alpha-2 central, semble se situer
à deux niveaux, le nerf périphérique et le système
nerveux central.
Utilisée seule par voie péridurale,
elle procure une analgésie efficace à des doses
proches de 6 à 8íg/kg/j.
Cependant, à ces doses, se
manifeste une sédation évidente et une
hypotension.
À plus faible dose (1 à 2 íg/kg/j), elle
renforce et prolonge l’efficacité des anesthésiques
locaux, au prix d’une sédation minime, souvent utile
en postopératoire et d’effets hémodynamiques
modestes.
Elle est actuellement très utilisée pour
l’analgésie peropératoire et postopératoire dans les
blocs plexiques et tronculaires.
De plus, la clonidine
se révèle plus efficace que les anesthésiques locaux
ou les morphiniques pour contrôler les douleurs liées
à l’utilisation prolongée d’un garrot de membre.
La
recherche vise à proposer des agonistes alpha-2
centraux dépourvus d’effet hypotenseur, comme la dexmédétomidine.
Différentes techniques
d'anesthésie
:
A - Anesthésies médullaires
:
Les anesthésies médullaires sont indiquées en
chirurgie sous-ombilicale et des membres inférieurs.
Elles comportent trois techniques :
– la rachianesthésie ;
– l’anesthésie péridurale ;
– l’anesthésie caudale. Elles réalisent un blocage médullaire
des fibres sensitives (analgésie), motrices (bloc moteur) et
sympathiques (vasodilatation).
La différence de sensibilité des trois types de fibres est
responsable d’un « bloc différentiel », l’intensité et la durée du
bloc seront différentes sur les fibres motrices, sensitives et
sympathiques. Le bloc moteur est le moins
étendu et le moins prolongé.
Le bloc sensitif,
responsable de l’analgésie, est de durée
intermédiaire.
Le bloc sympathique, le plus prolongé
et le plus difficile à apprécier, est responsable des
effets hémodynamiques en provoquant une
vasodilatation veineuse, capillaire et artérielle.
En
l’absence de compensation, cette sympatholyse est
responsable d’une hypotension artérielle.
Si
l’extension du bloc sympathique est excessive, il
existe un risque de sympatholyse cardiaque, avec
syncope vagale.
La chute tensionnelle liée à la vasodilatation est
habituellement compensée par une vasoconstriction
réflexe des territoires non bloqués et une
augmentation du débit cardiaque.
Cette
augmentation obligatoire du travail myocardique est
parfois mal supportée chez le coronarien ou
impossible chez l’insuffisant cardiaque sévère.
Certaines pathologies (cardiomyopathie obstructive,
hypertension artérielle non traitée…) ou certaines
thérapeutiques (inhibiteurs de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine, diurétiques…) altèrent
les capacités d’adaptation et majorent le risque
d’hypotension.
L’utilisation de vasoconstricteurs
préférentiellement veineux (éphédrine) permet de
limiter les effets hémodynamiques de la
rachianesthésie.
1 - Rachianesthésie :
La rachianesthésie, réalisée par l’injection d’un
anesthésique local dans l’espace sous-arachnoïdien
au cours d’une ponction lombaire, est remarquable
par la qualité de l’anesthésie offerte, sa rapidité et
son taux de succès proche de 100 %.
Pour ces
raisons, elle reste très largement utilisée,
particulièrement en urgence. Ses indications se sont
élargies à la césarienne, avec des avantages
supérieurs à l’anesthésie générale.
L’espace
sous-arachnoïdien étant une porte ouverte sur les
centres supraspinaux, une substance peu liposoluble
injectée à ce niveau y sera transportée par le LCR.
En
chirurgie cardiaque ou thoracique, une analgésie peropératoire et postopératoire efficace est possible
grâce à l’administration intrathécale par voie
lombaire de morphine ou de clonidine.
2 - Anesthésie péridurale ou épidurale :
L’espace péridural est l’espace virtuel compris
entre le ligament jaune et la dure-mère.
Il est
largement ouvert au niveau des trous de
conjugaison.
L’anesthésique local à ce niveau agit
par deux mécanismes, un blocage médullaire,
nécessitant de traverser la dure-mère, et un blocage
des racines nerveuses au niveau des foramens
latéraux.
L’anesthésie péridurale est possible à tous
les étages du rachis, même cervical.
L’espace péridural est abordé au niveau d’un espace interépineux, le plus souvent lombaire ou thoracique
bas.
La ponction réalisée avec une aiguille de Tuohy
recherche l’espace péridural juste après le
franchissement du ligament jaune.
Il est habituellement
identifié par un changement brutal de résistance à
l’extrémité de l’aiguille et par la pression négative qui y
règne.
Chez la femme enceinte, la taille de l’espace
péridural est réduite en raison de l’engorgement du
plexus veineux péridural, la pression y est plus positive,
et le ligament jaune est moins résistant.
Ces trois
conditions expliquent que les brèches durales au cours
de l’analgésie péridurale obstétricale sont plus
fréquentes.
Fondamentalement, anesthésie péridurale et
rachianesthésie sont équivalentes.
Avec la
rachianesthésie, l’installation est plus rapide et le
bloc moteur est de meilleure qualité.
Cette
excellente anesthésie est obtenue avec de faibles
volumes d’anesthésique local, limitant les risques
de leurs effets systémiques. Cependant, les effets tensionnels sont plus marqués avec la
rachianesthésie et l’introduction d’un cathéter
pour prolonger le bloc n’est actuellement plus
recommandée, une dizaine de cas de syndrome
de la queue de cheval ayant été rapportés.
L’anesthésie péridurale nécessite des volumes
d’anesthésiques locaux plus importants et une
latence d’action plus longue.
Cependant,
l’extension et la qualité du bloc peuvent être
adaptées en fonction des besoins, absence de
bloc moteur pour le travail obstétrical jusqu’au
bloc moteur complet en chirurgie orthopédique.
La mise en place d’un cathéter dans
l’espace péridural est facile, permettant de
prolonger l’anesthésie ou l’analgésie pendant
plusieurs heures ou plusieurs jours, en associant
anesthésiques locaux et morphiniques.
Depuis quelques années, il est possible de
combiner ces deux techniques.
La « rachipériséquentielle
» associe une rachianesthésie et une
anesthésie péridurale ; l’analgésie est induite très
rapidement par l’injection de morphinique ou d’un
anesthésique local dans l’espace sous-arachnoïdien,
et elle est entretenue ou adaptée par voie péridurale.
C’est l’analgésie obstétricale qui a le plus bénéficié de
cette évolution.
3 - Anesthésie caudale :
Très utilisée en pédiatrie et en chirurgie génitopelvienne, elle correspond à une anesthésie
péridurale basse, réalisée au niveau du hiatus
sacrococcygien.
L’extension limitée du blocage
sympathique garantit la discrétion des effets
hémodynamiques.
Elle garde des indications
analgésiques chez l’adulte en chirurgie anorectale.
B - Anesthésies plexiques ou tronculaires
:
1 - Blocs du membre supérieur :
Toute la chirurgie du membre supérieur,
programmée ou urgente, peut être réalisée sous
anesthésie locorégionale.
En fonction de
l’intervention, il faudra choisir entre un bloc du
plexus brachial ou des blocs tronculaires des
différents nerfs.
Pour la chirurgie de l’épaule
(arthroscopie, prothèse totale ou réparation
ligamentaire), un bloc plexique sus-claviculaire est
suffisant, alors que pour la chirurgie de la main, un
bloc plus distal des différents nerfs au niveau du
coude ou du poignet est envisageable.
Enfin, les
blocs digitaux sont possibles pour des interventions
très distales (panaris, plaies digitales).
Un cathéter
introduit dans la gaine du plexus brachial permet de
réaliser des interventions de très longue durée
(réimplantation de membre, de doigt), d’assurer une
analgésie sur plusieurs jours, et d’améliorer la
vascularisation dans les gelures.
Des études récentes
suggèrent que l’incidence des algoneurodystrophies
serait réduite dans la fracture de Pouteau-Colles si
l’anesthésie et l’analgésie étaient assurées par une
technique locorégionale.
Les abords sus-claviculaires du plexus brachial
exposent à certaines complications rares, mais qui
doivent être retenues.
Les risques de dépression ventilatoire par bloc du nerf phrénique et de
pneumothorax limitent les indications de la
technique chez l’insuffisant respiratoire.
2 - Blocs du membre inférieur :
Si le membre supérieur est innervé par un seul
plexus nerveux, le membre inférieur est sous la
dépendance de deux plexus, lombaire et sacré, ce
qui nécessite de réaliser deux abords et deux
ponctions pour le bloquer.
Probablement pour cette
raison, les blocs plexique ou tronculaire du membre
inférieur sont moins populaires que ceux du
membre supérieur.
Cependant, ces blocs procurent
une analgésie de qualité remarquable.
* Blocs du plexus lombaire
Le plexus lombaire est responsable de
l’innervation sensitivomotrice de la région antérieure
de la cuisse, d’une partie du genou et du bord médial
de la jambe.
Un bloc complet du plexus lombaire
nécessite un abord postérieur à travers les muscles
carrés des lombes et psoas.
Cet abord est
sous-employé, remplacé par un abord antérieur, au
niveau du nerf fémoral dans le triangle de Scarpa,
qui ne procure qu’un bloc analgésique.
Les indications du bloc du plexus lombaire sont
nombreuses, concernant toute la chirurgie ou la
traumatologie de la hanche, du fémur et du genou.
L’efficacité des blocs du plexus lombaire dans les
fractures du fémur est connue, mais des travaux récents montrent également leur intérêt en chirurgie
prothétique du genou et de la hanche.
Les cathéters,
mis en place avant l’incision et conservés pendant
48 à 72 heures, permettent d’entretenir une
analgésie postopératoire et de faciliter la rééducation
postopératoire.
Des publications récentes suggèrent
que cette analgésie postopératoire, en permettant
une kinésithérapie immédiate, agressive et indolore,
améliore la qualité fonctionnelle des prothèses
totales de genou. Ainsi, même si le patient préfère
une anesthésie générale, il doit bénéficier d’une
analgésie locorégionale.
* Blocs du nerf sciatique
Le bloc du nerf sciatique est le plus facile à
réaliser de tous les blocs ; les complications sont
exceptionnelles, pour ne pas dire inexistantes
quand le bloc est réalisé dans les règles de l’art
(aiguilles atraumatiques à biseau court, repérage
par neurostimulation…).
Si ses indications
anesthésiques exclusives sont limitées à la
chirurgie du pied et de la cheville, ses indications
analgésiques sont très larges, particulièrement
dans le cadre des chirurgies douloureuses du pied
comme l’hallux valgus.
De plus, lors des
amputations de jambe, l’administration
prolongée d’anesthésique local par un cathéter
mis en place dans la gaine du nerf permettrait de
réduire l’incidence des syndromes de membres
fantômes.
C - Autres techniques d’anesthésie
locorégionale
:
La découverte de récepteurs morphiniques au
niveau des terminaisons nerveuses libres de
l’articulation a permis de proposer une nouvelle
technique d’analgésie locorégionale lors des
arthroscopies.
L’injection de morphine à faible dose
(1 mg) permet une analgésie de 16 à 20 heures.
De
nombreuses autre études ont confirmé la réalité de
cette analgésie intra-articulaire, et d’autres molécules
comme les anesthésiques locaux, les AINS et la
clonidine ont fait preuve de leur efficacité.
Les
protocoles actuels associent un anesthésique local
de longue durée d’action (bupivacaïne) à 5mg de
morphine.
L’analgésie ainsi obtenue (plus de 20
heures) est largement utilisée en chirurgie arthroscopique ambulatoire.
L’analgésie pleurale est réalisée par l’injection
d’un anesthésique local entre les deux feuillets de la
plèvre, à partir de laquelle l’anesthésique local
diffuse vers les nerfs intercostaux pour réaliser un
bloc intercostal étagé.
Proposée pour l’analgésie des
cholécystectomies et des néphrectomies, l’analgésie
pleurale a trouvé sa place dans l’analgésie des
fractures de côtes.
Son efficacité immédiate
spectaculaire est contrebalancée par un épuisement
relativement rapide de ses effets (24 à 48 heures) qui
en limite les indications.
En chirurgie ophtalmologique, l’anesthésie
générale ne survit que des contre-indications à
l’anesthésie locorégionale (chirurgie de très longue
durée, jeune enfant, patient agité).
L’injection d’un
anesthésique local dans l’espace péribulbaire permet
avec un taux de succès proche de 100 %, de réaliser
la majorité des interventions courantes en
ophtalmologie, et favorise la prise en charge
ambulatoire.
Complications
:
A - Injection intravasculaire d’anesthésique
local
:
C’est une complication rare, redoutée et
systématiquement recherchée. Les anesthésiques
locaux injectés par voie intraveineuse sont
responsables d’une toxicité dose-dépendante.
Avec
la lidocaïne, les signes de toxicité mineure précèdent très largement les signes
de toxicité cardiaque.
Avec la bupivacaïne, les signes prodromiques avant
la toxicité cardiaque sont parfois absents.
L’injection
fractionnée et lente du volume total d’anesthésique
local, le contact verbal permanent avec le patient et
la surveillance de l’électrocardioscope, sont
conseillés au cours et dans les minutes suivant
l’injection.
B
- Accidents hypoxémiques :
En 1988, une étude rapportant environ 1 000
dossiers de plainte en justice impliquant l’anesthésie
avait révélée que dans 1,5% des cas, la technique
anesthésique pouvait être responsable par
elle-même de complications graves ou létales.
L’analyse retrouvait toujours l’association d’une
rachianesthésie, d’un bloc sensitif étendu, d’une
sédation peropératoire et d’une hypoxie.
La seule
publication de ces complications dramatiques liées à
la rachianesthésie, technique considérée comme
sûre, a profondément modifié la prise en charge des
anesthésies locorégionales.
L’apport systématique
d’oxygène et la surveillance continue de la saturation périphérique en oxygène, légalement
obligatoires depuis le 5 décembre 1994, ont encore
amélioré la sécurité de l’anesthésie locorégionale.
C - Hypotension artérielle :
La vasodilatation provoquée par le bloc
sympathique n’est responsable d’une hypotension
artérielle pathologique qu’en l’absence de
prévention et de traitement.
L’expansion volémique
préventive est de rigueur lors des anesthésies
médullaires, et le recours aux vasoconstricteurs
veineux s’impose devant toute baisse de la pression
artérielle de plus de 20 %.
Le saignement peropératoire majore le risque d’hypotension
artérielle.
D - Globe vésical
:
Effet secondaire banal, lié au bloc du
parasympathique sacré, sa fréquence augmente lors
de la perfusion de volumes liquidiens importants et
de l’injection périmédullaire de morphine.
Il ne
devient une complication que s’il est méconnu et
non traité.
Son incidence est probablement réduite
par la clonidine. Un sondage vésical est souhaitable
dans certaines circonstances.
E - Traumatismes nerveux
:
Plusieurs mécanismes différents peuvent être
responsables d’une complication neurologique au
cours ou au décours d’une anesthésie locorégionale.
Le traumatisme direct d’un élément nerveux
par l’aiguille est rare et n’entraîne que des troubles le
plus souvent passagers, en revanche les lésions
d’ischémie peuvent être sévères.
Les exceptionnelles
ischémies médullaires constatées en postopératoire,
liées à un syndrome de l’artère spinale antérieure,
sont de fréquences égales après anesthésie générale
ou anesthésie locorégionale.
L’hypotension artérielle
prolongée semble en être le mécanisme commun.
Les ischémies médullaires secondaires à un
hématome périmédullaire favorisé par la ponction
sont aussi exceptionnelles.
Par ailleurs, des ischémies
nerveuses responsables de déficits transitoires
peuvent être secondaires à l’utilisation prolongée
d’un garrot de membre.
L’analyse sémiologique doit
les différencier des atteintes directes d’un nerf par
l’aiguille de ponction.
En présence de tout déficit
neurologique au décours d’une anesthésie
locorégionale, il est urgent de pratiquer un
électromyogramme effectué au cours de la première
semaine.
L’existence de signes de démyélinisation
affirme que ce trouble préexistait à l’anesthésie qui
n’a servi que de révélateur.
Des publications récentes font état de la toxicité
directe des anesthésiques locaux sur le nerf.
Les
rares cas rapportés « d’irritation radiculaire
transitoire » retrouvent toujours l’utilisation de
concentrations élevées d’anesthésique local.
L’utilisation de présentations diluées minore
l’incidence de ces rares troubles transitoires.
F - Complications liées à la brèche durale :
Toute ponction de la dure-mère comporte un
risque de céphalées postponction durale.
Les progrès
dans la compréhension et le traitement de cette
complication bien connue des neurologues,
rhumatologues et radiologues, sont à mettre au
crédit de l’anesthésie moderne.
Toute ponction durale est responsable d’une
brèche par laquelle peut se pérenniser un
écoulement de LCR. Cette fuite de LCR, insuffisamment compensée, est à l’origine d’une
symptomatologie neurologique parfois déroutante,
dont la céphalée est la manifestation la plus
fréquente.
La réduction du coussin hydraulique
protégeant les structures nerveuses intracrâniennes
est rendue responsable de cette symptomatologie :
la traction sur les vaisseaux méningés est reconnue
comme la cause la plus probable de la céphalée,
l’absence d’amortissement des mouvements de la
tête sur certains nerfs (optique, ophtalmique, auditif)
permet d’expliquer l’apparition d’exceptionnelles
amauroses transitoires, de diplopie passagère,
d’hypoacousie, de sensation vertigineuse.
La
céphalée est souvent caractéristique, dite posturale,
inexistante ou à peine perceptible en décubitus ; elle
augmente, pour devenir dans certains cas
insupportable, en position assise ou debout.
Elle est
classiquement frontale, bitemporale ou occipitale,
parfois pulsatile.
Elle s’accompagne souvent de
cervicalgies. Peuvent s’y associer des nausées et des
vomissements.
L’incidence de cette céphalée postponction est
mal appréciée, retrouvée dans 0,3 à 10 % des
ponctions lombaires. Cette dispersion des résultats
est expliquée par l’existence de facteurs favorisants
ou aggravants.
Pour résumer, une femme jeune
ayant subi une ponction lombaire avec une aiguille
de gros calibre après plusieurs tentatives de
ponction, aura statistiquement plus de risque de
céphalées post-ponction qu’un homme âgé ayant
bénéficié d’une rachianesthésie avec une aiguille
très fine en une seule ponction.
Dans certains cas, la
céphalée peut ne devenir évidente que 12 à 36
heures après la ponction.
Il faut savoir la rattacher à
une ponction lombaire chez un patient qui a été
opéré ou hospitalisé en hôpital de jour.
Les antalgiques banals, le repos au lit et
l’hydratation sont le plus souvent suffisants.
L’absence d’amélioration clinique franche en 48
heures justifie le recours à un traitement plus
agressif, le blood-patch.
Il consiste en l’injection de
15 à 30mL du sang du patient (prélevé de façon
extemporanée) dans l’espace péridural, pour
colmater la brèche durale.
Il est habituellement très
efficace, la céphalée et les signes d’accompagnement
se corrigeant en quelques minutes, parfois
même au cours de l’injection.
Dans moins de 5%
des cas, l’effet n’est que transitoire (1 à 2 jours),
justifiant alors une deuxième injection.
Dans quelques cas, les céphalées larvées liées à la
ponction lombaire peuvent persister pendant des
semaines ou des mois.
Les patients rapportent alors
un fond de céphalées ou de douleurs permanentes à
recrudescence matinale.
Les répercussions
thymiques de cette céphalée chronique ont conduit
à des prescriptions erronées et inefficaces
d’antidépresseurs.
Il est primordial chez les patients
présentant une symptomatologie évocatrice de
rechercher un antécédent de ponction lombaire
(quel qu’en soit le motif, anesthésie, suspicion de
méningite, chimiothérapie…), et le cas échéant de
proposer au patient une consultation avec un
anesthésiste.
Des blood-patch ont été efficaces plus
de 6 à 9 mois après la ponction lombaire.
Dans un
cas, un seul blood-patch a permis de guérir des
acouphènes persistant plus de 1 an après une
ponction lombaire pratiquée dans le bilan d’une
sciatalgie.
Des récidives de céphalées ont
exceptionnellement été décrites après des voyages
en avion.
Conclusion
:
La prise en charge du traitement de la douleur
plaide en faveur d’une utilisation plus fréquente de
l’anesthésie-analgésie locorégionale.
La meilleure
formation des anesthésistes dans les techniques
d’anesthésie locorégionale a été la première étape ;
l’opposition de certains chirurgiens se dissipe devant
la qualité de l’analgésie.
Enfin, il ne reste plus à
vaincre que la réticence de certains patients parfois
inquiets de rester éveillés au cours de la chirurgie.