Contention, Compression élastique Cours de Angéiologie
Historique - Introduction
:
L’application de bandages au niveau des membres inférieurs est
extrêmement ancienne, des gravures rupestres en témoignent.
L’utilisation de ceux-ci à des fins thérapeutiques est très probable, en
tout cas pour les plaies des jambes certaine depuis 28 siècles (Isaie).
Il existe une corrélation entre la diminution de la pression veineuse
superficielle par le port d’une contention élastique sur un membre
inférieur, l’importance, la durée de contention, et l’amélioration des
symptômes de l’insuffisance veineuse.
La fréquence des maladies veineuses susceptibles d’être traitées par
compression est tellement élevée et les résultats de ces traitements
sont si spectaculaires qu’il importe que tout angiologue médical ou
chirurgical connaisse à fond les différentes techniques de pansements
compressifs et les données indispensables à la rédaction d’une
ordonnance de bas ou de collants médicaux de compression.
Bases physiopathologiques
et justification
de la contention/compression :
Hyperpression veineuse et stase capillaroveinulaire sont des
constantes de l’insuffisance veineuse chronique et de ses
manifestations cliniques, quelle qu’en soit l’étiologie.
Toute
insuffisance prolongée de la pompe valvulomusculaire du mollet
fonctionnelle ou organique (dysfonctionnement valvulaire,
obstruction des troncs collecteurs, ankylose de l’articulation
tibiotarsienne...) entraîne une augmentation de la pression veineuse
à la cheville (normale 35mmHg), augmentation corrélée avec
l’importance des signes cliniques.
Cette hyperpression entraîne une stase capillaroveinulaire et se
traduit par des anomalies microvasculotissulaires.
Cette
hyperpression associée à l’hyperperméabilité microvasculaire
entraîne une inondation interstitielle et surcharge les canalicules
lymphatiques créant l’oedème.
Le gradient de pression transmural
(pression résiduelle intravasculaire, pression osmotique tissulaire,
pression hydrostatique/pression atmosphérique, pression
osmotique plasmatique, pression tissulaire périvasculaire) s’exerce
de la lumière microvasculaire vers le milieu interstitiel.
La pression externe exercée par la bande ou le bas sur la surface
cutanée et transmise aux tissus s’oppose aux pressions intravasculaires, venant s’ajouter à la pression tissulaire et à la
pression atmosphérique à côté des forces de résorption.
Outre cet
effet direct microvasculotissulaire, la compression a d’autres effets
hémodynamiques démontrés.
Elle diminue les calibres veineux
superficiels et/ou profonds selon la pression appliquée, favorisant
la coalescence valvulaire, et elle accroît la vitesse circulatoire de
retour.
Contention et compression
:
Pour la dynamique veineuse, la pompe musculaire n’agit que dans
la mobilisation, elle est inopérante lorsque les muscles sont en complet relâchement.
C’est la succession des contractionsrelaxations
des muscles squelettiques, imprimant d’importantes
variations de volume et de pression aux veines qui les traversent,
qui rend efficace la chasse veineuse ; le jeu valvulaire assurant la
direction centripète du flux.
Dans chaque segment de membre, la
disposition des veines valvulées par rapport aux muscles et aux
aponévroses déterminera le rendement hémodynamique : les plus
efficaces sont les segments veineux intramusculaires, écrasés par
tout le tissu environnant (veines jumelles, soléaires, tibiales ou
péronières).
Les moins efficaces sont les segments veineux entourés
de tissus lâches ou non contraints par la contraction musculaire
(veines superficielles sus-aponévrotiques, veine poplitée...).
Outre donc les effets directs d’une pression transmise au membre
par une bande ou un bas, les techniques de contention et de
compression s’efforcent d’utiliser au mieux les potentialités offertes
par la pompe musculaire.
On privilégiera selon les besoins les
effets de contention et/ou de compression.
Une contention peut sans risque être maintenue la nuit lorsque
le clinostatisme rend inutile toute compression, à l’inverse la
compression élastique devra être enlevée la nuit sous peine
d’exercer une pression exagérée.
On peut combiner les effets de
contention et de compression par exemple en superposant une
bande inextensible et une bande de grande extensibilité
(technique dite du double bandage).
La superposition de
multiples tours d’une bande extensible diminue beaucoup
l’extensibilité d’un bandage et lui confère un pouvoir contentif
non négligeable, de même certains types de tricotage (linéaire)
pour les bas. On peut ainsi associer les effets contentifs (travail)
et les effets compressifs (repos).
Règle des trois
:
Trois règles de base s’imposent lors de la réalisation d’une C/C :
pertinence de la pression à la cheville, dégressivité de pression le
long du membre, respect des pressions ponctuelles.
La pression à la cheville doit être adaptée au degré d’IVC et à lui
seul.
Il existe une corrélation entre le degré d’hyperpression à la
cheville et l’importance des signes cliniques de l’IVC.
Le choix de
la classe d’un bas doit être effectué en fonction des signes cliniques
et/ou microcirculatoires observés à la cheville plutôt que de cadres
nosologiques imprécis tels que les varices ou les syndromes
postphlébitiques.
La dégressivité de pression est le deuxième élément important car
la compression, outre son action au niveau du gradient de pression transmural capillaroveinulaire, doit, sous peine d’annuler sa
première action, améliorer l’hémodynamique veineuse du membre.
Elle doit donc exercer une pression cardiopète plus forte en
distalité qu’en racine du membre.
Le point de référence est la
cheville (pression maximale = 100 %), la courbe de dégressivité
devant osciller autour d’une dégressivité linéaire.
La pression ponctuelle (P) réellement exercée par un tissu élastique
en un point considéré est proportionnelle à la tension (T) de ce
tissu et inversement proportionnelle au rayon de courbure (r) de la
surface sur laquelle il s’applique.
C’est la loi de Laplace : P=T/r.
Ainsi, sur les saillies telles que le tendon d’Achille ou la crête
tibiale, les pressions exercées sont fortes, tandis qu’au niveau des
méplats et des concavités telles que les régions sous- et rétromalléolaires les pressions sont faibles ou nulles.
Normes françaises et européennes
des classes de bas
:
Chaque pays dispose actuellement d’une réglementation qui lui
est propre en matière d’orthèse de bas médicaux.
En France, le
Tarif interministériel des prestations sanitaires (TIPS) définit un
cahier des charges répartissant les bas en fonction de leur pression.
La mesure est effectuée par un laboratoire agréé, selon la norme
NF G 30 102 B.
Les bas sont répartis en quatre classes définies par
la pression mesurée au niveau de la cheville de la façon suivante :
– classe I (entre 10 et 15 mmHg) ;
– classe II (entre 15,1 et 20 mmHg) ;
– classe III (entre 20,1 et 36 mmHg) ;
– classe IV (au-dessus de 36 mmHg).
S’il n’existe pas en Europe d’harmonisation normative en matière
de bas, l’European Committee of Standardization propose cette
classification :
– classe I (de 15 à 21 mmHg) ;
– classe II (de 23 à 32 mmHg) ;
– classe III (de 34 à 46 mm Hg) ;
– classe IV (au-delà de 49 mmHg).
On remarque que ces valeurs de pression sont nettement
supérieures aux valeurs françaises, la classe I européenne
équivalant à une classe II française.
Indications
de la contention/compression
:
Que ce soit comme thérapeutique unique, ou en association à
d’autres traitements, on peut dire que toutes les maladies veineuses
et lymphatiques relèvent de l’application d’une contention associée
à une compression.
Bien entendu le type de contention et/ou de
compression, les modalités d’application, la durée du traitement
varient d’une pathologie à l’autre et parfois même d’un malade à
l’autre pour une pathologie équivalente.
Le syndrome des jambes lourdes ainsi que la symptomatologie
fonctionnelle de l’IVC sont améliorés par le port d’une
compression, associé ou non à la prise de veinotropes.
Quelques
travaux cliniques confirment un fort accord professionnel.
Il en
va de même pour la réduction des oedèmes, où celle-ci est effective
pendant la durée du port de la contention associée ou non à la
compression.
Malheureusement, il existe peu de travaux
comparant différents types de C/C, que ce soit en termes de
pressions mais surtout de types d’élasticité.
L’insuffisance veineuse chronique sévère avec troubles trophiques
se voit considérablement améliorée par le port d’une contention et/ou d’une compression efficace, les troubles trophiques
guérissant dans la grande majorité des cas.
De nombreux travaux
confirment le rôle majeur de la contention ou de la compression
dans le traitement de ces pathologies, mais là encore il est difficile
d’établir des comparaisons entre les différentes modalités,
contention seule, compression seule ou association, compte tenu
d’informations techniques insuffisantes les concernant.
La pathologie thrombotique en phase aiguë représente aussi une
excellente indication de compression souvent en association avec
une contention, aussi bien lorsqu’elle concerne le réseau profond
que superficiel.
Nous ne disposons d’aucun travail permettant de
chiffrer le bénéfice apporté par cette thérapeutique dans ces
pathologies, mais là aussi un accord professionnel fort et des
arguments scientifiques sont démontrés : réduction des
phénomènes inflammatoires thrombogènes liés à la stase, réduction
du calibre des veines malades favorisant l’adhésion du thrombus,
élimination plus rapide du fait de l’accélération du flux des
substances procoagulantes libérées en tête de caillot.
La C/C occupe une large place dans la prévention des maladies
veineuses.
De nombreux auteurs lui accordent une part majeure
dans la prévention de la thrombose veineuse profonde, notamment
en postopératoire (conférence de consensus APHP).
Le rôle de la contention associée à la compression dans la
prévention de la maladie post-thrombotique est lui aussi
parfaitement démontré ; enfin l’évolution de la maladie
variqueuse (si ce n’est sa constitution) est fortement influencée par
le port d’une compression.
Le lymphoedème, qu’il s’agisse de lymphoedème
primitif ou secondaire, bénéficie de l’apport des techniques de
contention et de compression élastiques auxquelles on associera
volontiers les techniques de compression pneumatique ou au bain de
mercure.
Schématiquement,
on distingue deux grands cadres d’application de la C/C
correspondant à des abords pratiques différents : la phase de
réduction des oedèmes de toutes natures et/ou de préparation du
membre, et la phase de maintien.
La première
phase correspond plus volontiers au port de bandages proprement
dits, la deuxième phase généralement au port des bas médicaux
thérapeutiques.
Différents moyens de la contention/compression :
Le thérapeute
dispose actuellement d’un grand nombre de bas et de bandes de
caractéristiques et de propriétés thérapeutiques très différentes.
Nous distinguerons :
– les bandes
amovibles de toutes tailles (longueurs et largeurs), inextensibles,
moyennement ou très extensibles ;
– les bandes
cohésives, généralement peu extensives ;
– les bandes
collantes, peu ou pas extensibles ;
– les bas
élastiques répartis en quatre classes thérapeutiques en fonction de
leur force de compression à la cheville soit de fabrication de
série, soit de fabrication à l’unité sur mesures. Ils existent en
bas jarret, bas cuisse ou collant.
Les bandes ont
l’avantage de permettre de véritables contentions sur mesures
notamment en ce qui concerne la dégressivité, de pouvoir être
appliquées sur tous les membres, de permettre d’obtenir de très
fortes pressions ainsi que de pouvoir utiliser facilement des
rajouts.
Cependant, un
apprentissage du patient est nécessaire.
Les bas ont pour
avantage d’être applicables par le patient avec une bonne régularité
de compression et de dégressivité.
À l’inverse, ils
sont difficiles à poser sur des pansements, ils ne s’appliquent pas
à certaines morphologies, même en utilisant le « sur mesures »,
peuvent provoquer des plis de striction douloureux, et ils ne
permettent pas facilement l’utilisation de rajouts.
Outre la valeur
de compression, une bande ou un bas élastique se caractérise par la
force de rappel qu’il oppose à son étirement.
Selon le type de bande
choisi, pour obtenir une force de rappel identique, il faudra étirer
la bande dans des proportions allant de 30 à 150 %.
Tel bas, ou
telle bande, augmentera sa force de rappel peu ou beaucoup, pour
un étirement supplémentaire constant, selon qu’il sera à étirement
court ou long, c’est-à-dire plus ou moins contentif.
Les bas médicaux sont composés généralement de plusieurs
systèmes de fils aux tâches bien définies : un groupe de fils forme
des mailles en matériau relativement peu élastique, constituant la
charpente du tricot et en assurant sa solidité. les fils tramés
conditionnent l’élasticité circonférentielle.
Ils sont constitués d’une
âme élastique recouverte (« guipée ») par des fils inélastiques.
Le
fil élastique constituant l’âme de la trame peut être du caoutchouc
naturel ou synthétique (élastane).
Il peut être aussi tricoté à la fois
dans la trame (largeur) et dans la chaîne (hauteur), donnant au
tissu une élasticité dans les deux sens, longitudinale et transversale.
Le tricotage circulaire évite la couture, mais n’a pas que des
avantages : travaillant avec un nombre d’aiguilles fixe, le métier
circulaire donne un même nombre de mailles sur le tour de cheville
et le tour de cuisse.
Il joue sur le fil de la trame, la maille
s’élargissant de la cheville à la cuisse, sans augmentation ni
diminution.
À l’opposé, le tricotage rectiligne nécessite la
réalisation d’une couture.
En revanche, la nature et la qualité du
tricot sont identiques de la cheville à la cuisse.
Au gré des mesures
exactes du patient, on ajoute (augmentation) ou on enlève
(diminution) des mailles. Cette technique est le plus souvent
utilisée pour les bas sur mesures à élasticité uni-sens, de moyenne
ou forte compression, ces bas d’aspect moins fin présentent une
grande résistance au développement de l’oedème, une remarquable
stabilité sur le membre et un grand confort pour le patient.
Problèmes et contre-indications
de la contention/compression :
En milieu hospitalier spécialisé en vasculaire, un travail récent fait
état de l’inefficacité de une C/C sur deux en fin de journée. Nous
ne disposons pas d’information en médecine libérale, cependant
tout porte à croire que la situation n’est pas meilleure, si elle n’est
pire.
L’observance est bien classiquement un des problèmes
majeurs des thérapeutiques par C/C ; si elle peut être dans notre
pays liée à un habituel manque de discipline, force est de constater
que la mauvaise qualité de la prescription, l’absence
d’enseignement des techniques de pose au personnel soignant et aux malades sont autant d’éléments qui concourent à un abandon
rapide de la C/C, principalement pour cause d’inconfort.
Par
ailleurs, la spécificité française en matière de normes des classes
de bas (pressions nettement inférieures aux normes européennes
dans chaque classe) est probablement un des éléments en faveur
d’une efficacité thérapeutique moindre, donc en aval un résultat
moindre et une observance réduite d’autant.
Il existe en premier lieu un problème de formation à la C/C, au
niveau de l’enseignement de la médecine elle-même, et cela impose
au médecin de se former par ses propres moyens.
La formation du
personnel soignant, infirmier qui normalement en a la charge et
aide-soignant qui le plus souvent assume cette charge, est lui aussi
très insuffisante et cela est dommageable car le corps médical se
décharge souvent de cette tâche sans contrôle sur ces derniers.
Le
malade quant à lui à aucun moment, sauf exception, ne trouve une
structure organisée pour lui permettre de bien appréhender son
traitement et de bien l’utiliser.
Le pharmacien qui pourrait avoir
un vrai rôle de conseil auprès du malade est le plus souvent tout
aussi ignorant si ce n’est des problèmes rencontrés, tout au moins
de leurs solutions.
L’amélioration de ces états de fait est encore
aujourd’hui le premier progrès à faire en matière de contention et
de compression.
La compression, par ailleurs, présente quelques contre-indications,
absolues comme les allergies au latex (tout au moins pour les
textiles en contenant), les dermites infectées aiguës ou les
thromboses veineuses ischémiques ; relatives comme les
artériopathies sévères avec un indice systolique de pression
compatible avec une ischémie permanente.
Techniques de pose et aides
:
La mise en place de bandages ou de bas médicaux, même si a
priori pour ces derniers cela paraît simple, demande un
apprentissage.
Le respect de la règle des trois est important, une
mauvaise mise en place risquant de provoquer des anomalies
nuisibles à l’efficacité du traitement par contention et/ou
compression, si ce n’est de le rendre dangereux.
Or, dans
l’immense majorité des cas le traitement est appliqué par le malade
lui-même, c’est dire l’importance qu’il faut accorder à la relation
soignant/soigné concernant la C/C.
Mettre une bande : avoir une bande bien enroulée, bien serrée pour
la tenir bien en main ; s’installer plutôt face au malade, exercer
une tension régulière (bande étirée au tiers de ses possibilités
environ) en déroulant la bande à distance du membre lors de
chaque spire, c’est-à-dire en ne faisant pas « rouler » la bande sur
le membre, la pression requise s’obtenant grâce au choix de la
bande et non pas grâce à son étirement qui doit être constant.
La
mise en place à proprement parler débute de la racine des orteils,
recouvre sauf exception la malléole, et remonte soit jusqu’au jarret,
soit jusqu’à la cuisse.
L’espacement des spires de bande permet
d’obtenir grosso modo la dégressivité souhaitée.
Plus les spires
de bande sont superposées, plus la pression est élevée ; ainsi un
espacement progressif des spires permet une dégressivité de
pression qu’il faudra veiller ne pas annuler par une superposition
intempestive de spires en terminaison de bandage au jarret ou à la
cuisse.
Le respect de la loi de Laplace se fera grâce à l’interposition
de rajouts de comblements sous-malléolaires si nécessaire ou de
protection prétibiales ou en regard du tendon d’Achille.
Le malade,
lorsqu’il doit placer sa bande lui-même se heurte à quelques
difficultés supplémentaires, surtout s’il est corpulent, malhabile
ou gêné dans ses mouvements.
Le plus simple
dans ces cas consiste à, en général, à placer son pied sur un petit
tabouret et mettre sa bande en étant debout.
Il suivra les
instructions que le médecin lui aura fournies lors de la
prescription ou mieux lors d’une démonstration.
Mettre un bas : chaussettes, bas ou collants de classes I et II
s’enfilent comme des bas normaux, il convient d’éviter d’avoir la
peau humide et de s’aider de talc et de gants.
Pour les classes III,
IV et le « sur mesure » il est préférable de retourner le bas à
l’envers sauf pour le pied qui se retrouvera ainsi à l’intérieur du
bas.
On enfilera d’abord le pied en s’aidant d’un cache-orteil en
satin habituellement fourni et en prenant soin de bien ajuster le
talon puis on fera glisser le bas vers le haut en le retournant.
Dans
tous les cas, l’important est d’ajuster le bas tout au long de la
jambe, puis de la cuisse.
En effet, si l’on se contente de tirer le bas
vers le haut uniquement par une traction de sa partie proximale,
inévitablement le bas ou la chaussette a tendance à descendre car
l’étirement de cette zone de tissu élastique est anormale dans le
sens longitudinal.
Il est extrêmement important aussi bien pour le
confort que pour l’efficacité hémodynamique que la tension
longitudinale du bas soit régulière.
Pour obtenir cela, il faut
pendant la mise en place, plusieurs fois retourner le bas sur luimême
et assurer une tension convenable de la zone la plus distale.
Il est possible d’utiliser des aides conçues pour faciliter la pose et
l’ablation des bas médicaux.
Aides métalliques qui écartent le bas
pour favoriser l’introduction du membre, pratiques mais ne
fonctionnant que pour l’enfilage et peu transportables, ou aides en
textiles glissants qui, outre l’avantage de pouvoir être utilisées à la
fois pour l’enfilage et l’ablation, sont facilement transportables
dans un sac à main ou une poche.
Ces aides permettent l’utilisation
aisée des compressions et surtout des contentions efficaces presque
chez tout le monde, ce qui est un progrès considérable.
L’utilisation de plusieurs matériaux de C/C dans un même temps
thérapeutique est parfois importante.
C’est par exemple
l’utilisation de doubles bandages superposant une bande peu ou
inélastique avec une bande élastique permettant au mieux de
sommer les effets de la contention et de la compression.
De même,
la superposition de deux bas de même classe thérapeutique ou de
classe différente permet d’obtenir grosso modo une sommation des
pressions.
Prescription
:
La prescription d’une C/C est un acte thérapeutique majeur, le
médecin doit en avoir conscience c’est-à-dire qu’il doit avoir le
même comportement d’exigence vis-à-vis de la C/C que de tout
autre thérapeutique majeure.
La prescription doit être adaptée,
contrôlée, évaluée. Pour cela, il doit organiser les différentes étapes
de la prescription à la mise en place sur le membre.
La prescription doit être précise. Pour les bandes, indiquer la
« force », la longueur, la largeur.
Préciser sur l’ordonnance si le
bandage doit être simple ou double, s’il doit remonter jusqu’au
jarret ou à la cuisse.
Pour les bas, préciser la classe thérapeutique,
la marque (il n’y a pas d’effet générique possible dans une même
classe car les pressions de base, la dégressivité, le type d’élasticité sont différents d’une marque à l’autre), préciser enfin s’il s’agit de
bas standards ou de bas sur mesures.
A - ABORD PSYCHOLOGIQUE DU MALADE
:
Il s’agit d’une prothèse.
Il convient d’expliquer au patient les
raisons de la nécessité de porter une contention et/ou une
compression, de lui exposer les bénéfices qu’il peut en attendre, de
parler avec lui des contraintes et des éventuels désagréments.
Il
est important dans le cadre des pathologies chroniques, où le port
d’une C/C sera long si ce n’est définitif, de créer des conditions de
vie avec l’orthèse élastique compatibles à la fois avec une bonne
qualité thérapeutique et une qualité de vie acceptable.
En ce sens,
imposer la mise en place de la C/C avant le lever en pathologie
chronique dispense plus d’inconvénients que d’avantages.
À
l’inverse, proposer d’abord des bandages, puis des bas médicaux,
outre le fait que la jambe est ainsi préparée, fait accepter le bas
médical comme un soulagement et un progrès par rapport aux
bandes.
B - RELATION MÉDECIN/PERSONNEL SOIGNANT
:
Le médecin contrôle la compétence du personnel soignant en
matière de pose de C/C, au besoin il l’enseigne.
C - RELATION MÉDECIN/PHARMACIEN
:
C’est une relation de complémentarité.
En cas de prescription
insuffisamment précise le pharmacien peut suppléer le médecin à
l’expresse condition qu’il en ait reçu à la fois l’autorisation du
prescripteur et qu’il en ait la compétence.
Le pharmacien devra en
outre contrôler le membre à appareiller par bas quant aux critères
morphologiques ils devraient être impérativement fournis par le
fabricant, afin qu’aucune dysmorphie n’entraîne une moindre
efficacité de la compression, voire une inefficacité ou un effet
délétère.
D - RELATION MÉDECIN/MALADE
:
L’enseignement au malade des techniques de mise en place des
bandages, des bas médicaux ainsi que de leur ablation est l’élément
capital du succès d’une C/C.
Elle nécessite de la part du médecin
un investissement majeur ; les diabétologues le font avec bonheur
et efficacité quand ils enseignent l’autotraitement à l’insuline
(explication, démonstration, contrôle, évaluation).
Le pharmacien
pourrait lui aussi jouer ce rôle dans une nouvelle relation
pharmacien/malade à la condition qu’il se forme pour cela et
définisse avec le prescripteur la relation de leur complémentarité.
Arbres décisionnels
:
Les arbres décisionnels proposés ci-après ne relèvent d’aucun
consensus, parce qu’il n’en existe pas, et doivent être compris
comme une aide au traitement des maladies veineuses proposée
par les auteurs sur la base de leur expérience.
– Syndrome des jambes lourdes : collant ou bas cuisse de classe I
ou 70 deniers, chaussette pour les hommes.
– Insuffisance veineuse chronique modérée : bas cuisse, collant ou
bas jarret de classe II, ne pas hésiter à prescrire une classe III si le
patient est grand ou corpulent, être attentif aux éventuelles
dysmorphies et dans ces cas prescrire des bas sur mesures de
pression de base d’environ 30 mmHg.
– Insuffisance chronique sévère, c’est-à-dire avec oedèmes et/ou
troubles trophiques, ulcères, hypodermites : double bandage
jusqu’à résolution des troubles, puis bas cuisse ou le plus
fréquemment possible jarret de classe III ou IV si la morphologie
est normale, le plus souvent, étant donné la dysmorphie engendrée
par le trouble trophique, bas sur mesures de pression de base 30
ou plus volontiers 40 mmHg.
– Thrombose veineuse profonde : double bandage si oedème,
bandage simple si absence d’oedème, bandage au-delà de la tête
du thrombus si possible, puis bas de C/C de classe II ou III
pendant une durée compatible avec la survenue moindre d’une
maladie post-thrombotique, c’est-à-dire au minimum 6 mois à 1 an.
– Thrombose veineuse superficielle : double bandage avec un
bandage collé, ou bandage simple collé avec C/C au-delà de la
tête du thrombus
– Lymphoedèmes membre supérieur : double bandage ou
bandages multicouches, avec rééducation sous bandages, puis
manchon de série ou sur mesures selon la morphologie du membre
de pression 20 à 40 mmHg, port diurne, nocturne ou alterné.
– Lymphoedèmes membre inférieur : double bandage ou
multicouches, puis bas de C/C de série, classe III ou IV, ou plus
volontiers bas de C/C sur mesures de pression 40, 50, voire
exceptionnellement 60 mmHg.
Bas jarret, cuisse hémicollant, voire
collant selon les besoins.