Syndromes paranéoplasiques endocriniens
(Suite) Cours
d'endocrinologie
Acromégalie :
Une cinquantaine de cas d’acromégalie secondaire à une sécrétion
hormonale ectopique ont été décrits.
Une seule observation bien documentée rapporte une sécrétion
ectopique d’hormone de croissance.
Dans les autres cas, il s’agissait d’une production
extrahypothalamique de growth hormone releasing hormone (GHRH).
Rappelons que cette hormone a été initialement purifiée à partir
d’une tumeur pancréatique.
A - SÉCRÉTION ECTOPIQUE DE GH :
L’observation rapportée par Melmed concerne un adénocarcinome
langerhansien responsable d’une acromégalie pour lequel la
sécrétion ectopique de GH a été parfaitement démontrée : taux
élevés de GH et d’IGFI se normalisant après l’exérèse de la
tumeur, gradient artérioveineux de GH, taux plasmatiques normaux
de GHRH, identification de GH en immunohistochimie et détection
de l’ARN messager en northern blot dans le tissu tumoral.
B - SÉCRÉTION ECTOPIQUE DE GHRH :
Les tumeurs sécrétant de la GHRH sont un peu moins
exceptionnelles mais restent une cause très rare d’acromégalie
(< 1 % des cas).
La présentation clinique, hormis l’absence de syndrome tumoral
hypophysaire, est identique à celle d’un adénome somatotrope.
La durée d’évolution avant le diagnostic, est de près de 8 ans,
comme dans les tumeurs hypophysaires.
La dysmorphie, le diabète, les signes cardiaques, les troubles
des règles sont fréquents.
La tumeur causale est symptomatique dans la moitié des cas.
D’autres sécrétions hormonales peuvent être associées à
l’hypersécrétion de GHRH : syndrome de Zollinger-Ellison,
syndrome de Cushing, hyperparathyroïdie...
Les taux de GH sont élevés, non freinables par l’hyperglycémie
provoquée par voie orale, presque toujours stimulables par le
TRH (alors que cette réponse paradoxale n’est présente que dans
40 % des cas d’adénomes somatotropes), parfois stimulables par
le GHRH.
L’élévation de la GHRH dans le plasma est constante et permet
d’affirmer le diagnostic lorsqu’elle est supérieure à 300 pg/mL.
Les trois isoformes de la GHRH peuvent être sécrétées par ces
tumeurs.
La plus fréquemment retrouvée est la GHRH (1- 40) (alors que
l’isoforme hypothalamique est la GHRH 1-44).
À noter que, si l’acromégalie clinique est rare, un grand nombre
de tumeurs carcinoïdes (environ 25 %) expriment le gène de la
GHRH.
Une explication de cette discordance pourrait être la sécrétion
de formes bio-inactives comme la GHRH 3-40.
Les tumeurs les plus fréquemment en cause sont les tumeurs
carcinoïdes bronchiques et digestives (70 % des cas), les
tumeurs langerhansiennes du pancréas, les anaplasiques à petites
cellules du poumon, des phéochromocytomes.
La plupart sont aisément localisées par une imagerie thoracique
ou abdominale.
Le traitement de choix est comme toujours l’exérèse chirurgicale
de la tumeur.
Chez les patients dont l’exérèse ne peut être réalisée,
l’octréotide (agoniste de la somatostatine) permet dans la
moitié des cas environ, un bon contrôle de la sécrétion de GH.
Les autres patients ont au moins une réponse partielle.
Les taux de GHRH sont souvent moins freinés que ceux de la GH,
indiquant que l’effet de la somatostatine s’exerce
principalement au niveau hypophysaire.
Hypoglycémie des tumeurs extrapancréatiques :
Il s’agit d’une manifestation paranéoplasique relativement rare.
Jusqu’à présent, 200 à 300 cas ont été rapportés.
A - SIGNES CLINIQUES :
L’hypoglycémie induite par des tumeurs extrapancréatiques a les
caractéristiques habituelles d’une hypoglycémie organique.
Elle survient à jeun et s’accompagne de signes
neuroglycopéniques : obnubilation, confusion, troubles de la
conscience, troubles du comportement, crises comitiales, signes
de localisation...
La symptomatologie régresse après resucrage.
Il s’agit habituellement de tumeurs mésenchymateuses de grande
taille, à croissance lente : fibrosarcomes, rhabdomyosarcomes,
léiomyosarcomes, mésothéliomes, hémangiopéricytomes... plus
rarement de carcinomes hépatocellulaires ou
corticosurrénalomes..., exceptionnellement de tumeurs
carcinoïdes ou de lymphomes....
Leur localisation est rétropéritonéale (40 % des cas),
intraabdominale (30 %) ou intrathoracique (environ 30 % des
cas).
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
Sont exclues de ce cadre les hypoglycémies secondaires à une
insuffisance hépatocellulaire ou une insuffisance surrénale par
envahissement métastatique.
Le mécanisme des hypoglycémies paranéoplasiques reste
incomplètement élucidé.
Dans un petit nombre de tumeurs, une authentique production
d’insuline a pu être mise en évidence.
Pour le cas le plus complètement étudié, une tumeur
neuroendocrine du col utérin, l’insulinémie était très élevée
(200 fois la limite supérieure de la normale) malgré
l’hypoglycémie profonde, avec un profil de maturation de la
pro-insuline superposable à celui des cellules bêta
pancréatiques.
Quelques cas d’hypoglycémie par autoanticorps dirigés contre
l’insuline ou son récepteur ont été décrits dans des
hémopathies.
Enfin, un troisième mécanisme semble de loin plus fréquent, et
fait intervenir la sécrétion par la tumeur d’IGFII.
L’IGFII (7 kDa) est un facteur de croissance possédant environ
50 % d’homologie avec l’insuline.
Il a un rôle très important pendant la vie embryonnaire mais
continue à être produit chez l’adulte.
Ses effets sur la croissance passent par sa liaison au récepteur
IGF de type I.
Il peut également se lier au récepteur de l’insuline.
L’IGFII est synthétisé à partir d’un précurseur, le pro-IGFII
comportant, outre les 67 acides aminés (AA) de l’IGFII, une
extension C terminale de 89 AA, le domaine E.
L’IGFII (comme l’IGFI), circule dans le plasma lié à des
protéines porteuses, les IGFBP (insulin like growth factor
binding proteins).
Environ 80 % des molécules d’IGFII (et d’’IGFI) circulent liées
à une protéine appelée IGFBP3 et à une protéine de 88 kDa, la
sous-unité labile en milieu acide ou ALS (acid labile subunit).
L’ensemble constitue le « grand complexe » de 150 kDa.
Une faible fraction est liée à l’IGFBP2 ou à d’autres protéines,
formant le « petit complexe » de 50 kDa.
Comme l’ALS et l’IGFBP3 sont contrôlées positivement par la GH,
la liaison des IGF au « petit complexe » peut devenir
prédominante en cas d’insuffisance somatotrope.
Le grand complexe est retenu dans la circulation, et la demi-vie
de l’IGFII liée à l’IGFBP3 est de 12 à 15 heures.
Le petit complexe, en revanche, peut traverser la paroi des
capillaires et atteindre les récepteurs tissulaires, où l’IGFII
est relarguée.
La demi-vie de l’IGFII au sein du petit complexe est de 30
minutes. Le gène de l’IGFII est surexprimé dans les tumeurs
mésenchymateuses responsables d’hypoglycémies.
Les cellules tumorales produisent pour une large part de l’IGFII
sous une forme de haut poids moléculaire appelée « big-IGFII ».
Cette molécule, résultant d’une maturation incomplète du
précurseur, possède une extension carboxyterminale correspondant
à une partie du domaine E de la pro IGFII et une glycosylation
particulière.
Cette molécule d’IGFII anormale est presque toujours retrouvée
dans le sérum des patients atteints d’hypoglycémie
paranéoplasique.
Les concentrations circulantes d’IGFII total sont toutefois
inconstamment élevées.
Typiquement, l’IGFI, la GH et l’insuline sont basses.
Comment le « big-IGFII » peut-il être responsable
d’hypoglycémies même lorsque que l’IGFII total est normal ?
D’après Zapf, les hypoglycémies pourraient apparaître dès lors
que le « big-IGFII » freine la sécrétion de GH, d’insuline et de
l’IGFII normale (7 kDa).
L’IGFBP3 et l’ALS, composants du « grand complexe » et dont la
synthèse dépend de la GH, sont alors abaissées.
L’IGFII et le « big- IGFII » se retrouvent fixés aux autres
protéines de liaison sous forme de « petit complexe ». Sous
cette forme, l’IGFII est plus facilement disponible au niveau
des tissus.
Sa bioactivité est donc augmentée.
La plus forte activité IGFII, mimant l’effet de l’insuline par
l’activation du récepteur IGF de type I et/ou du récepteur de
l’insuline, freinant la sécrétion de GH et de glucagon,
expliquerait l’augmentation de l’utilisation périphérique du
glucose, la diminution de sa production hépatique et les
hypoglycémies.
TRAITEMENT :
Le traitement de choix est l’exérèse de la tumeur si elle est
possible, ou selon les cas, des chimiothérapies.
En l’absence d’efficacité d’un traitement étiologique, d’autres
approches, plus symptomatiques, ont été proposées : traitement
par l’hormone de croissance, par les glucocorticoïdes, par la
somatostatine..., avec une efficacité transitoire.
Ostéomalacie paranéoplasique :
Environ 120 cas ont été rapportés, depuis la première
description par Prader en 1959.
Cliniquement, il s’agit d’une ostéomalacie survenant chez un
adulte d’âge moyen, révélée par des douleurs osseuses, une
faiblesse musculaire à prédominance proximale, évoluant depuis
plusieurs années avant le diagnostic.
Biologiquement, on note une hypophosphatémie avec
hyperphosphaturie, une élévation des phosphatases alcalines.
La calcémie et la PTH sont normales. La 1-25 OH D est
typiquement basse tandis que la 25 OH vitamine D est normale.
Une ostéomalacie peut être constatée sur la biopsie osseuse.
Le syndrome disparaît après ablation de la tumeur.
Les tumeurs responsables sont dans la majorité des cas bénignes
: 30 à 50 % sont des tumeurs d’origine vasculaire,
hémangiopéricytome en particulier.
On retrouve aussi d’autres tumeurs mésenchymateuses (schwannome,
fibrome, dermatofibrome, ostéosarcome...).
Des cancers de la prostate ont pu être rapportés de façon plus
rare.
La connaissance de la physiopathologie de ce syndrome a
récemment progressé.
On savait que ce syndrome résultait de la sécrétion par la
tumeur d’une (de) substance(s) circulante(s) inhibant la
réabsorption tubulaire des phosphates et empêchant la 1
hydroxylation de la vitamine D.
Le fibroblast growth factor 23 (FGF 23), isolé à partir d’une
tumeur responsable de ce syndrome est maintenant connu comme le
(ou un des) facteur(s) en cause.
Le FGF23 est fortement exprimé dans les tumeurs responsables de
ce syndrome.
La perfusion de ce peptide reproduit toute la symptomatologie
chez la souris.
Le FGF 23 inhibe le transporteur Na/Pi des cellules tubulaires
proximales en se fixant sur un récepteur FGF de type 3 activant
la voie des mitogen activated protein (MAP) kinases.
Il est ensuite inactivé par une protéase appelée PHEX.
Notons que des mutations du site de protéolyse de FGF 23,
rendant ce facteur insensible à la dégradation donc plus actif,
ainsi que des mutations inactivatrices de l’enzyme PHEX, sont à
l’origine de formes héréditaires d’ostéomalacie avec
hypophosphatémie.
De façon directe ou indirecte, FGF 23 est donc à l’origine de
trois formes différentes d’ostéomalacie avec perte rénale de
phosphates.
Le traitement de l’ostéomalacie paranéoplasique repose sur
l’exérèse de la tumeur dont l’ablation permet de faire
disparaître la symptomatologie clinique et biologique.
Lorsque le traitement radical se révèle impossible, la
correction des deux principales anomalies biochimiques,
l’hypophosphatémie et la carence en 1-25 OH D3, améliore la
symptomatologie.
L’octréotide peut être un traitement efficace de ce syndrome, au
moins de façon transitoire.
Sécrétion ectopique de gonadotrophines :
Les gonadotrophines sont des glycoprotéines constituées de deux
sous-unités.
La sous-unité alpha est commune à FSH, LH, hCG et TSH.
La sous-unité bêta est spécifique de chaque hormone.
L’hCG ou gonadotrophine chorionique est produite de façon
eutopique par les tumeurs germinales et trophoblastiques.
Une sécrétion d’hCG a été également rapportée de façon non
exceptionnelle dans des tumeurs non trophoblastiques (jusqu’à 18
% des tumeurs dans certaines études).
Le plus souvent, elle reste asymptomatique.
La détection d’hCG ou de ses sous-unités dans le plasma peut
servir de marqueur tumoral.
Lorsqu’elle est symptomatique, cette sécrétion peut être
responsable de deux types de signes cliniques : chez le jeune
garçon, elle réalise un tableau de puberté précoce isosexuelle.
Chez l’homme adulte, elle peut entraîner une gynécomastie par le
biais d’une hyperestrogénie.
Le site de production de l’estradiol, testiculaire ou tumoral
par le biais d’une activité aromatase locale, est discuté.
En dehors de l’hCG, peuvent également être sécrétées des
sousunités libres : sous-unité alpha libre ou sous-unité bêta de
l’hCG.
Dans un seul cas, une sécrétion de FSH par une tumeur bronchique
a été démontrée, avec mise en évidence d’un gradient
artérioveineux.
L’hCG et les sous-unités produites par des cellules non
trophoblastiques peuvent avoir une glycosylation différente de
celle de l’hCG placentaire.
De nombreux types tumoraux peuvent être en cause. Le plus
souvent, il s’agit de cancers bronchiques, de tumeurs malignes
du pancréas endocrine, d’adénocarcinomes mammaires ; plus
rarement d’hépatomes, de cancers gastriques ou colorectaux, de
cancers du rein, de mélanomes....
Le mécanisme de cette sécrétion n’est pas élucidé.
Il n’a pas été mis en évidence de remaniement chromosomique des
gènes de l’hCG dans un cas où cette anomalie a été recherchée.
Autres hormones :
A - PROLACTINE ET HORMONE LACTOGÈNE PLACENTAIRE :
Une production ectopique de prolactine n’a été que très rarement
évoquée.
Elle a été bien établie dans un cas de gonadoblastome.
Il n’y avait pas habituellement de manifestation clinique.
La prolactine a été par ailleurs détectée par polymérisation en
chaîne après transcription inverse (RT PCR) ou immunohistochimie
dans des tumeurs mammaires prostatiques ou coliques.
Les conséquences de cette expression sont encore discutées.
L’hormone lactogène placentaire est sécrétée assez fréquemment
par des tumeurs non trophoblastiques.
Certaines séries la retrouvent dans le plasma de 9 % des
patients porteurs de tumeurs malignes, le plus souvent des
cancers du poumon, mais aussi de la thyroïde, du sein, de
l’ovaire, de l’utérus, de l’estomac...
Une immunoréactivité hPL (human placental lactogen) a été
retrouvée dans 80 % d’extraits tumoraux divers.
Bien que l’hPL ait une importante activité lactotrope et une
faible activité somatotrope, aucun signe clinique n’a jamais été
rapporté chez ces patients, sauf sécrétion associée d’hCG.
B - CALCITONINE ET CGRP (CALCITONIN GENE-RELATED PEPTIDE) :
La calcitonine physiologiquement sécrétée par les cellules C de
la thyroïde est aussi produite normalement dans les cellules
neuroendocrines de l’épithélium bronchique.
Il s’agit d’une hormone de 32 AA, synthétisée à partir d’un
précurseur, la procalcitonine.
Elle se lie à un récepteur à sept domaines transmembranaires
présent dans de nombreux tissus dont le rein, le cerveau et
l’os.
Son rôle dans l’espèce humaine est inconnu.
La calcitonine est sécrétée par un grand nombre de tumeurs
neuroendocrines, en particulier insulinomes, VIPomes,
carcinoïdes, cancers du sein.
Elle est retrouvée dans 20 à 60 % des cancers anaplasiques du
poumon.
Ces tumeurs sécrètent souvent une calcitonine de haut poids
moléculaire correspondant à la procalcitonine ou à un
intermédiaire de maturation et sont moins sensibles à la
stimulation que les cancers médullaires de la thyroïde (CMT).
Il existe toutefois un recoupement des réponses à la
pentagastrine dans ces deux types de tumeurs et le diagnostic
différentiel avec un CMT peut être difficile.
La concentration de calcitonine dans le sérum des patients est
moins élevée que dans les CMT et aucun signe clinique n’a été
rapporté dans les sécrétions de calcitonine paranéoplasiques.
Le CGRP qui résulte de l’épissage alternatif du même messager,
est produit physiologiquement dans le cerveau où il pourrait
avoir un rôle de neurotransmetteur.
Il est aussi normalement présent dans les cellules épithéliales
bronchiques et a été détecté dans des extraits tumoraux et le
sérum de patients. Cette sécrétion est asymptomatique.
C - HORMONES DIGESTIVES :
La production de peptides d’origine digestive tels le vasoactive
intestinal peptide (VIP), le glucagon, la somatostatine, le
polypeptide pancréatique, le gastrin releasing peptide (GRP), la
gastrine, la cholécystokinine, la substance P, a été décrite
dans des tumeurs carcinoïdes des bronches ou de l’intestin, mais
aussi dans d’autres tumeurs d’origine variée, et ce en l’absence
d’expression clinique.
Les sécrétions s’accompagnant de manifestations cliniques sont
beaucoup plus rares.
Le syndrome de Zollinger-Ellison peut être secondaire à une
sécrétion ectopique de gastrine, par adénocarcinome pancréatique
ou tumeurs de l’ovaire.
Le syndrome de Werner-Morisson (diarrhée, hypokaliémie,
achlorhydrie) par sécrétion ectopique de VIP a aussi été décrit.
Les tumeurs en cause sont des tumeurs neuroendocrines
extrapancréatiques, dont des ganglioneuromes, neuroblastomes,
phéochromocytome, cancer médullaire de la thyroïde ou du
poumon...
Le mécanisme de l’hypersécrétion de VIP n’est pas connu,
toutefois, là encore, ce peptide étant physiologiquement présent
dans le système nerveux central et périphérique, sa sécrétion
par des tumeurs neuroendocrines ne peut pas vraiment être
considérée comme ectopique.
La somatostatine est fréquemment retrouvée dans des extraits
tumoraux et des lignées de cancer anaplasique à petites
cellules, mais la présence de concentrations élevées de
somatostatine dans le plasma est inhabituelle chez les patients
atteints de cancer du poumon.
Une hypersécrétion de glucagon a aussi été rapportée de façon
exceptionnelle dans des tumeurs neuroendocrines du rein et du
poumon, tandis que le polypeptide pancréatique est détectable de
façon très rare dans le sérum de patients atteints de tumeurs
carcinoïdes.
Le GRP est présent dans des cancers du poumon et des lignées de
cancer anaplasique en culture.
En revanche, il est très rarement détectable dans le plasma de
ces patients.
Rappelons que ce peptide est exprimé dans les cellules
neuroendocrines de la muqueuse bronchique, particulièrement aux
points de division des bronches et pourrait avoir un rôle au
cours du développement de l’arbre bronchique durant
l’embryogenèse.
Ce peptide est mitogène pour les cellules neuroendocrines
bronchiques et pourrait avoir, dans les tumeurs, un rôle
auto/paracrine de facteur de croissance.
D - ÉRYTHROPOÏÉTINE :
Une polyglobulie est observée dans 1 à 4% des cancers du rein, 5
à 10 % des hépatocarcinomes et 10 à 20 % des hémangioblastomes
cérébelleux.
Elle s’observe aussi de façon très rare dans des
corticosurrénalomes, des fibromyomes, des tumeurs ovariennes...
Les tumeurs les plus fréquemment en cause sont celles provenant
d’un tissu à l’origine capable de sécréter de l’érythropoïétine
(foie embryonnaire et rein adulte).
Les taux d’érythropoïétine circulants sont en réalité très
variables et ne sont pas corrélés avec l’importance de la
polyglobulie.
Des taux d’érythropoïétine élevés sont parfois retrouvés alors
que la numération formule sanguine est normale (il pourrait
alors s’agir d’une hormone biologiquement inactive).
À l’inverse, une polyglobulie peut s’observer alors que
l’érythropoïétine est normale.
E - RÉNINE :
La rénine est non seulement une enzyme qui clive
l’angiotensinogène en angiotensine 1, mais aussi une hormone.
Rénine et prorénine peuvent en effet se lier à un récepteur
exprimé dans le coeur, le cerveau et le placenta.
Cette fixation s’accompagne de deux événements majeurs : d’une
part, augmentation de l’activité catalytique de la rénine et
apparition d’une activité catalytique de la prorénine fixée,
d’autre part activation de la voie des MAP-kinases dont on
connaît l’importance dans les processus de différenciation et de
prolifération cellulaire.
Le rein est considéré comme l’unique lieu de synthèse et de
sécrétion de la rénine active.
La rénine présente dans les autres tissus (système nerveux
central, hypophyse, surrénale...) proviendrait d’une capture
plasmatique.
La production ectopique de rénine est une cause exceptionnelle
d’hypertension artérielle avec hypokaliémie.
Elle a été rapportée dans des tumeurs du poumon, des
adénocarcinomes pancréatiques, des tumeurs de l’ovaire.
L’activité rénine plasmatique est habituellement très élevée.
La rénine est alors pour partie sous forme de prorénine, forme
biologiquement inactive.
Conclusion :
Les sécrétions hormonales ectopiques sont parmi les plus
fréquents mais aussi les plus étudiés des syndromes
paranéoplasiques.
Le nombre croissant de peptides décrits dans ces circonstances
ne permet pas d’être complètement exhaustif. Leur gravité propre
est très variable.
Si elles ajoutent parfois à la gravité de la maladie maligne une
symptomatologie endocrinienne menaçante par elle-même, dans
d’autres circonstances elles sont asymptomatiques et constituent
un marqueur précieux pour le suivi thérapeutique.
C’est dans ces situations particulières qu’ont été découverts
et/ou isolés certains peptides biologiquement actifs.
Elles constituent une occasion irremplaçable d’étudier les
mécanismes moléculaires assurant l’expression tissu spécifique
des hormones et la différenciation endocrine.
En effet, parce que ces tumeurs ne possèdent pas toutes les
caractéristiques des cellules endocrines différenciées, comme en
témoigne la synthèse de peptides à activité biologique réduite,
elles permettent d’analyser l’émergence plus ou moins complète
d’un phénotype neuroendocrine précis.
Enfin, l’expression ectopique de récepteurs hormonaux, qui n’a
pu être abordée ici, ouvre également des perspectives cliniques
et physiopathologiques qui restent encore largement à explorer.