Décrit par Guillain, Barré et Strohl, en 1916, le syndrome qui porte
leur nom a fait l’objet de nombreux rapports, mises au point et
controverses.
Actuellement, le syndrome de Guillain-Barré (SGB) est
considéré comme le résultat d’une réponse immunitaire à une
agression le plus souvent virale.
Malheureusement, le ou les
antigènes en cause n’ayant toujours pas été identifiés, il n’y a pas de
marqueur biologique de l’affection, dont le diagnostic repose sur des
critères cliniques, sur les modifications du liquide céphalorachidien
(LCR), et les anomalies électrophysiologiques, sur lesquelles nous
reviendrons.
Les approches thérapeutiques modernes comme les
échanges plasmatiques et les traitements par immunoglobulines (Ig)
intraveineuses, qui reposent sur des bases physiopathologiques
incertaines, devront faire à long terme la preuve d’une efficacité et
d’une innocuité acceptables, compte tenu de leur coût.
Épidémiologie
:
L’incidence du SGB (c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas par an
pour une population donnée) varie entre 0,6 et 1,9 cas par an pour
100 000 habitants, sans grande différence d’un pays ou d’une région
à l’autre.
Cette variation s’explique, en partie, par la variabilité
des critères choisis et par le soin apporté dans la recherche des cas entre les différentes études.
Le SGB s’observe à tous les âges, dans
toutes les races, dans tous les pays du monde, sans prédominance
saisonnière, ni lien avec les antigènes du groupe d’histocompatibilité
human leukocyte antigen (HLA).
Les épidémies sont des éventualités rares et ont alors généralement
une origine commune évidente :
– après vaccination contre la rage avec du vaccin préparé à partir
du cerveau de souris Suckling, 16 cas en Colombie dont deux morts
en rapport avec une dose trop importante de vaccin, six cas sévères
au Pérou, avec deux lots consécutifs ;
– cas en Jordanie rapportés a priori à la contamination d’eau
municipale par des colibacilles Escherichia coli.
Chez deux tiers des patients, on retrouve, habituellement 1 à 3
semaines avant les premiers symptômes, un antécédent infectieux,
le plus souvent viral non spécifique, ni même identifié, des voies
aériennes supérieures, ou digestives (pharyngite ou diarrhée).
Parmi
les agents infectieux le plus souvent identifiés, on rencontre les virus
de la famille des herpesvirus (cytomégalovirus, virus d’Epstein-Barr, plus rarement zona), le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH), le mycoplasme surtout chez l’enfant et l’adulte jeune, et
Campylobacter jejuni responsable d’entérites aiguës bactériennes.
Pour certains auteurs, les SGB associés aux infections à
Campylobacter jejuni seraient plus graves.
Dans moins de 2 à 3%
des SGB, on retient comme événement prodromique un acte
chirurgical, une sérothérapie ou une vaccination.
Un lien de causalité
n’a été établi de façon significative que pour la vaccination
antirabique et la vaccination, aux États-Unis en 1976 et 1977, contre
le virus de la grippe.
En raison de la possibilité d’une rechute, il
semble prudent de ne faire aux patients guéris d’un SGB que les
vaccinations indispensables.
On rencontre, avec une fréquence plus grande que ne le voudrait le
simple hasard, un SGB typique dans certaines maladies, parfois à
l’état latent, telles que la maladie de Hodgkin, les lymphomes non
hodgkiniens, le lupus érythémateux aigu disséminé.
Il n’est pas rare
de voir un SGB d’évolution spontanément favorable chez un patient
ayant un antécédent de cancer.
Dans ces cas, les données
anatomopathologiques ne diffèrent pas du SGB idiopathique.
Neuropathologie et physiopathologie
:
LÉSIONS MORPHOLOGIQUES DU SYNDROME DE GUILLAIN-BARRÉ
:
Elles sont caractérisées par diverses atteintes.
1- Infiltrats lymphocytaires et macrophagiques associés
à des démyélinisations segmentaires des fibres nerveuses
périphériques
:
Ces deux aspects lésionnels sont distribués de façon multifocale et
au hasard dans les nerfs crâniens, les racines antérieures et
postérieures, les ganglions des racines dorsales, les plexus, les troncs
nerveux, les terminaisons nerveuses intramusculaires, les ganglions
et les chaînes sympathiques.
Les lésions prédominent habituellement
sur les racines antérieures et la partie proximale des troncs nerveux.
Mais elles peuvent intéresser de façon diffuse l’ensemble du système
nerveux périphérique.
Le siège variable des lésions rend compte de
la diversité des tableaux cliniques rencontrés.
Les syndromes
purement moteurs sont en rapport avec des localisations
prédominantes sur les racines antérieures.
2- Destruction de la myéline
:
Elle est médiée par les macrophages, qui deviennent de plus en plus
nombreux à mesure que la réaction inflammatoire s’intensifie.
Les macrophages paraissent parfois pénétrer une gaine de myéline
qui paraît intacte et en séparer les lamelles.
Les lésions de la
myéline débutent au voisinage des noeuds de Ranvier.
Les débris de
myéline sont phagocytés par des macrophages qui, chargés de
débris, se rassemblent ensuite autour des capillaires endoneuraux.
Des lésions d’âge différent peuvent coexister, en rapport avec la
durée de la phase d’extension de la maladie inflammatoire.
L’axone
est en règle respecté, mais quand la réaction inflammatoire est
importante, il peut y avoir une dégénérescence axonale.
Ces
lésions axonales secondaires expliquent les amyotrophies distales et
les séquelles.
La réparation des lésions par remyélinisation devient
évidente au 15e jour après une démyélinisation aiguë expérimentale,
débutant par la multiplication des cellules schwanniennes, dont
certaines vont participer à une remyélinisation.
La remyélinisation
aboutit au remplacement de chaque espace internodal démyélinisé
par plusieurs espaces internodaux plus courts, tandis que les cellules
de Schwann, qui perdent le contact avec l’axone, dégénèrent
progressivement.
Le système nerveux central n’est pas affecté.
Les
lésions d’intensité variable, gonflement et chromatolyse, que
peuvent présenter les cellules de la corne antérieure et les noyaux
moteurs des nerfs crâniens sont secondaires à la dégénérescence wallérienne.
Dans le muscle, on peut observer une atrophie de
dénervation en rapport avec la dégénérescence wallérienne et des
infiltrats inflammatoires au niveau des terminaisons nerveuses.
3- Théories tentant d’expliquer le mécanisme
immunitaire en cause dans le syndrome
de Guillain-Barré :
La première théorie fait essentiellement intervenir des lymphocytes T
sensibilisés par la protéine P2 de la myéline, qui attaqueraient
ensuite la myéline ou activeraient des macrophages, responsables
alors de la destruction de la myéline.
La seconde théorie fait jouer un rôle à des anticorps antimyéline,
dirigés contre des composants non identifiés de la myéline, qui se
fixeraient sur la myéline, activeraient le complément, entraîneraient
la destruction de la myéline et l’afflux de macrophages.
Il est vrai
que l’injection de sérum de patients ayant un SGB a pu provoquer
démyélinisation et blocs de conduction, mais les résultats obtenus
par ces techniques sont inconstants et très variables d’une étude à
l’autre.
Ils constituent la principale justification physiopathologique
des échanges plasmatiques, supposés débarrasser l’organisme de
facteurs de démyélinisation.
Le modèle expérimental du SGB est
représenté par la névrite allergique expérimentale, où à la fois les
cellules T et les anticorps anti-P2 et antigalactocérébroside jouent un rôle.
Mais si les antigènes sont identifiés pour ce qui est de la névrite
allergique expérimentale, ils restent à découvrir pour le SGB.
4- Démyélinisation des racines nerveuses :
Elle entraîne un bloc de conduction proximal, responsable de l’arrêt
de la transmission de l’influx nerveux, et de la paralysie pendant le
temps que dure ce bloc, qui expérimentalement est réversible en 10
à 15 jours.
Les paresthésies et les douleurs résulteraient des décharges
spontanées observées dans les nerfs démyélinisés.
L’atteinte axonale
qui peut l’accompagner semble provenir davantage de l’importance
du processus inflammatoire que de l’étendue des démyélinisations.
La survenue de lésions axonales est un facteur de gravité, du fait de
l’intensité des lésions, de la durée de la phase de récupération et de
l’importance des séquelles.
Dans certaines formes de SGB dites
AMAN pour « acute motor axonal neuropathy », ou AMSAN pour
« acute motor and sensory axonal neuropathy », décrites sur des
populations chinoises où ces neuropathies surviennent par petites
épidémies estivales, les lésions axonales prédominent.
Clinique
:
A - FORME TYPIQUE :
Dans la forme typique, le diagnostic est facilement suspecté à
l’examen clinique, corroboré par la biologie et éventuellement
l’examen électrique.
Ces derniers prennent une grande valeur dans
les formes moins typiques.
Les difficultés diagnostiques proviennent
du fait que les limites nosologiques réelles du SGB ne sont pas
définies et dureront tant qu’il n’y aura pas de marqueur biologique
fiable.
1- Aspect clinique :
* Déficits moteurs :
Dans sa forme typique, le SGB est caractérisé par l’installation rapide
de paralysies touchant habituellement les quatre membres, associées
à la diminution franche ou le plus souvent à l’abolition des réflexes
ostéotendineux, ces deux conditions étant nécessaires au diagnostic.
L’intensité des paralysies est variable, allant d’une simple faiblesse
des membres inférieurs gênant la marche et la montée des escaliers,
à la tétraplégie complète avec paralysie des muscles respiratoires
nécessitant une intubation et une ventilation mécanique d’urgence,
paralysie des muscles de la déglutition, diplégie faciale, ophtalmoplégie et aréflexie diffuse.
Le déficit moteur commence
habituellement aux membres inférieurs où il prédomine, est bilatéral
et grossièrement symétrique, plus dans la topographie que dans
l’intensité du déficit, qui peut prédominer massivement sur un
membre, un côté ou un membre supérieur.
Les nerfs crâniens le plus souvent affectés sont, par ordre de
fréquence, le facial dans approximativement 50 % des cas et souvent
de manière symétrique, les nerfs innervant les muscles de la langue
et de la déglutition, les nerfs oculomoteurs, bien que la diplopie soit
rarement un signe de début.
L’aréflexie ostéotendineuse est une caractéristique du syndrome.
Elle
peut être en retard sur le début de la faiblesse et des paresthésies.
Elle commence aux membres inférieurs, en règle là où la faiblesse
prédomine.
Les grandes séries montrent que l’aréflexie est diffuse
chez 65 % des patients, que les réflexes achilléens et rotuliens sont
absents respectivement chez 90 et 80 % des patients.
Les réflexes sont
parfois simplement diminués pendant un temps assez long par
rapport au début, mais il est inhabituel qu’ils restent conservés tout
au long de l’évolution.
La persistance des réflexes ne doit pas faire
récuser le diagnostic, car du fait de la distribution multifocale des
lésions démyélinisantes, il arrive que les territoires explorés par les
réflexes ostéotendineux aient été épargnés par le processus
pathologique.
* Troubles sensitifs
:
Les paresthésies des extrémités sont fréquentes et précoces,
précédant même souvent la faiblesse musculaire.
Elles débutent aux
orteils et aux doigts, ont une progression ascendante, mais restent le
plus souvent limitées aux pieds et aux mains.
Elles intéressent assez
souvent les lèvres et la partie antérieure de la langue.
Il s’agit
habituellement de fourmillements, de picotements.
Les douleurs sont fréquentes, notées chez 15 à 50 % des patients
selon les séries.
Il s’agit de courbatures des muscles paravertébraux
ou proximaux des membres, plus rarement de sciatalgies, d’une
sensation de brûlure ou d’une hyperesthésie cutanée distale.
Il faut
savoir cependant que des douleurs peuvent persister longtemps,
voire définitivement, et gêner considérablement les patients.
Les
signes sensitifs objectifs sont en revanche modérés ou absents au
début.
Au cours de l’évolution, il est fréquent de noter une hypoesthésie
distale avec atteinte prédominante des sensations véhiculées par les
grosses fibres sensitives, donc une diminution de la sensibilité
vibratoire, des erreurs au sens de position des orteils, une
astéréognosie et une hypoesthésie tactile.
Certains signes inhabituels peuvent s’observer, tels un oedème
papillaire ou la survenue d’un tremblement d’attitude,
vraisemblablement en rapport avec l’existence d’un déficit moteur
mineur aggravé par la présence de troubles proprioceptifs.
Des cas de SGB ont été rapportés lors de séroconversion VIH, en
association à un tableau de virose aiguë avec fièvre, diarrhée,
exanthème, polyadénopathie avec syndrome mononucléosique.
La
séroconversion était observée dans un délai de 20 à 50 jours.
2- Liquide céphalorachidien :
La formule du LCR est caractérisée par la dissociation
albuminocytologique, avec hyperprotéinorachie supérieure à
0,45 g/L, pouvant atteindre des taux de plus de 10 g/L, sans
réaction cellulaire.
La glycorachie reste toujours normale dans le
SGB.
L’hyperprotéinorachie est souvent retardée de quelques jours
par rapport au début des symptômes ; elle devient habituellement
évidente vers le 15e jour, mais la fréquence de l’hyperprotéinorachie
n’augmente que de 10 % environ en moyenne sur la deuxième
ponction lombaire, si bien que la répétition des vérifications du LCR
n’est pas utile une fois le diagnostic affirmé.
De plus, la persistance
d’une hyperprotéinorachie n’a pas de signification pronostique.
L’absence d’hyperprotéinorachie n’élimine pas le diagnostic si les
autres signes sont typiques.
On observe parfois la présence
d’éléments lymphocytaires qui, en principe, ne doivent pas excéder
40/mL.
Une exception à cette règle concerne cependant les patients
porteurs du VIH, chez lesquels la réaction cellulaire dans le LCR est
habituelle.
B - VARIANTES CLINIQUES :
Le polymorphisme clinique du SGB est tout à fait remarquable, en
rapport avec la distribution multifocale des lésions.
1- Syndrome de Miller-Fisher :
Il représente 5 % des SGB.
Il se définit par la triade : ophtalmoplégie,
ataxie, aréflexie ostéotendineuse.
S’y associent parfois des
paresthésies distales, une faiblesse modérée des muscles proximaux
et de la déglutition. La diplopie est habituellement le signe de début.
À la phase évoluée, l’ophtalmoplégie externe est bilatérale, souvent
complète ou presque, et s’accompagne parfois d’une paralysie
pupillaire.
L’ataxie, d’origine proprioceptive, est de sévérité variable,
sans qu’il y ait obligatoirement de parallélisme entre le degré
d’atteinte de l’équilibre et des membres.
Elle a parfois une allure
cérébelleuse pouvant faire évoquer à tort une origine centrale, mais
il n’y a jamais de dysarthrie, de vertiges, de nystagmus.
Une étude
anatomique récente a montré l’absence de lésion centrale dans un
cas de syndrome de Miller-Fisher.
Cette forme clinique peut
évoluer vers un SGB, avec un déficit moteur généralisé et une
paralysie des muscles respiratoires.
Les études électrophysiologiques
de ce syndrome ont toutes démontré des signes de
neuropathie périphérique.
Les anomalies consistent principalement
en une diminution importante des potentiels d’action sensitifs.
Les
vitesses de conduction motrice sont en revanche normales, ou peu
diminuées.
2- Formes motrices pures :
Elles représentent environ 3 % des SGB.
Elles sont remarquables par
l’absence de troubles sensitifs subjectifs et objectifs.
Des lésions
inflammatoires, démyélinisantes et éventuellement axonales
prédominent sur les racines antérieures, ainsi que l’ont confirmé les
rares cas anatomiques.
L’examen électrique peut montrer des
modifications caractéristiques des conductions nerveuses, parfois
des blocs de conduction.
Un ralentissement de la vitesse de
conduction nerveuse peut s’observer sur les nerfs sensitifs, même
en l’absence d’atteinte clinique.
C’est de ce sous-groupe qu’ont été
individualisées les formes motrices axonales aiguës ou AMAN,
dont la variabilité évolutive les situe bien dans le cadre du SGB.
3- Formes purement sensitives :
Elles sont rares.
Elles se caractérisent par des paresthésies distales
associées à un engourdissement et une aréflexie ostéotendineuse,
alors qu’il y a peu ou pas de faiblesse musculaire pendant la durée
de la maladie.
La perte sensitive est en rapport avec l’atteinte
prédominante des grosses fibres myélinisées, alors que l’atteinte de
la sensibilité thermoalgique est discrète.
Électriquement, les
potentiels sensitifs peuvent être abaissés, au prorata de la perte axonale
distale, les vitesses de conduction diminuées, alors que les
conductions motrices sont peu ou pas touchées.
4- Pandysautonomie aiguë idiopathique
:
Elle est rare et a pu être considérée comme une variante du SGB,
bien que cette relation ne soit pas évidente.
Elle se manifeste
cliniquement par une fatigue, des vomissements, des douleurs
abdominales, des troubles du transit, une hypotension orthostatique
avec parfois syncope et pouls fixe, une impuissance, des troubles de
la sudation, de la salivation, des anomalies pupillaires.
Les réflexes ostéotendineux sont diminués ou absents chez la plupart des
patients, dans les semaines qui suivent le début de la
symptomatologie.
L’hyperprotéinorachie est fréquente.
L’évolution
est prolongée sur plusieurs mois, voire années. Cette forme doit être
différenciée des perturbations végétatives fréquemment observées
dans les SGB typiques par ailleurs.
5- Formes axonales du syndrome de Guillain-Barré :
Dans le SGB classique, la lésion élémentaire est la démyélinisation
segmentaire, avec habituellement un faible pourcentage de fibres en
dégénérescence axonale.
Il arrive cependant, chez certains patients,
que le SGB prenne une allure beaucoup plus grave, avec
amyotrophie rapide, troubles sensitifs et parfois végétatifs sévères,
et évolution grave, mortelle ou laissant des séquelles importantes.
Certains de ces patients ont des lésions axonales sévères à la biopsie
nerveuse ou à l’autopsie.
Ces formes graves avec lésions axonales prédominantes représentent une extrémité du spectre du
SGB, l’autre extrémité étant représentée par les formes
démyélinisantes pures, de bien meilleur pronostic, avec entre les
deux des formes plus ou moins graves selon la proportion des
lésions axonales.
Les formes dites AMSAN et AMAN ne
représentent que des variantes axonales du SGB.
6- Formes de l’enfant
:
Le SGB survient à tout âge et représente la première cause de
neuropathie périphérique chez l’enfant, mais il n’y a pas de
différence fondamentale entre le SGB de l’enfant et celui de l’adulte.
Les virus responsables des affections précédant le SGB sont plus
souvent identifiés chez l’enfant, mais les vaccinations plus
fréquentes chez l’enfant n’entraînent pas davantage de SGB.
La
fréquence des différentes manifestations n’est pas significativement
différente de celle de l’adulte, mais les difficultés diagnostiques y
sont parfois plus grandes.
Dans la série de Thieffry et al, neuf
enfants sur 95 sont morts, mais ceci se passait en grande partie avant
l’ère de la réanimation respiratoire moderne.
7- Manifestations neurovégétatives et générales
au cours de l’évolution du syndrome de Guillain-Barré :
Les manifestations végétatives sont nombreuses et polymorphes,
mais le plus souvent bénignes avec labilité tensionnelle, et parfois
poussées hypertensives préoccupantes. L’incidence de
l’hypertension artérielle va de 5 à 61% dans le SGB ; celle de
l’hypotension de décubitus ou orthostatique de 5 à 57%.
Des
troubles du rythme cardiaque par hypertonie parasympathique sont
habituellement transitoires.
Des troubles vésicosphinctériens sont
plus fréquents qu’il n’est classique de le dire.
Ils ont été notés dans
près d’un quart des cas dans certaines séries.
Ils sont importants au
moment du déficit moteur maximal, persistent quelques jours et
régressent en une quinzaine de jours au plus.
L’incontinence urinaire
est plus rare et résulte le plus souvent de mictions par regorgement.
Les troubles gastro-intestinaux sont fréquents : constipation,
dilatation gastrique, diarrhée, exceptionnellement incontinence
anale.
On peut observer également des oedèmes pulmonaires, des
troubles des sécrétions lacrymales et salivaires, des anomalies
pupillaires, des troubles transitoires de la régulation thermique, de
la réactivité vasomotrice cutanée ou de la sudation.
Tous ces troubles
sont en principe transitoires.
La plupart des complications générales que l’on rencontre dans
l’évolution d’un SGB sont en rapport avec l’immobilisation
prolongée, avec en particulier le risque d’embolies pulmonaires dont
la prévention est un souci constant.
Électrophysiologie
:
Les tests électrophysiologiques sont très utiles au diagnostic du SGB.
Les anomalies qu’ils détectent sont en rapport avec les
démyélinisations et avec les lésions axonales qui les accompagnent
éventuellement.
Particulièrement utiles sont les mesures des vitesses
de conduction motrice et sensitive, l’étude de la latence de l’onde F,
des latences distales, du potentiel d’action des muscles et du
potentiel d’action des nerfs sensitifs.
Les anomalies les plus
évocatrices du SGB sont la baisse des vitesses de conduction
nerveuse, l’augmentation de la latence de l’onde F qui témoigne
d’une démyélinisation proximale, l’allongement des latences distales
et la présence de blocs de conduction sur les troncs nerveux, en
dehors des zones de compression habituelles.
L’abaissement des
potentiels d’action moteurs et sensitifs a une valeur pronostique, car
il témoigne de la perte axonale associée.
En revanche, la répétition
des examens électriques n’a pas grand intérêt, car l’évolution des
anomalies électrophysiologiques n’est pas bien corrélée à la clinique.
Il arrive exceptionnellement que tous les examens électriques restent
normaux, à l’exception de l’électromyogramme de détection qui
témoigne de la dénervation, sans que cela ne remette en cause le
diagnostic.
Évolution
:
A - FORME HABITUELLE :
Le SGB est caractérisé par l’évolution spontanément régressive des
troubles, mais il faut passer le cap des complications respiratoires
éventuelles.
Le pronostic vital de cette affection a été transformé à
partir des années 1950 grâce à la mise au point des techniques de
réanimation respiratoire, permettant de passer le cap critique de
l’insuffisance respiratoire.
Le SGB typique évolue schématiquement
en trois phases :
– une première phase ascendante, marquée par l’aggravation
progressive du déficit moteur et des paresthésies.
Elle dure
généralement 11 à 12 jours en moyenne.
Une durée prolongée audelà
de 4 semaines, ou une progression des signes en « dents de
scie » avec des régressions spontanées suivies de réaggravation,
doivent faire craindre une évolution vers une polyradiculonévrite
chronique sous une forme progressive ou à rechutes.
À l’inverse,
l’évolution peut être très rapide, aboutissant en 2 ou 3 jours à une
tétraplégie complète avec nécessité d’une ventilation mécanique ;
– une phase de plateau, c’est-à-dire du maximum d’intensité des
paralysies qui restent stationnaires.
Elle dure de quelques jours à
2 semaines, dans les formes habituelles, mais peut se prolonger
pendant plusieurs mois ;
– une phase de récupération plus ou moins longue.
Certains
patients guérissent, d’autres gardent des signes neurologiques plus
ou moins invalidants malgré les techniques modernes de
réanimation ; 3 à 5% des patients meurent, quel que soit le type de SGB, le plus souvent de détresse respiratoire, avec ou sans
infection et perturbations végétatives. Des séquelles s’observent chez
7 à 22 % des patients.
B - FORMES ÉVOLUTIVES ATYPIQUES :
Elles peuvent prendre plusieurs aspects.
Des rechutes, après guérison complète de la première poussée, sont
exceptionnelles.
L’intervalle entre les deux poussées est variable.
Un SGB marque exceptionnellement le début d’une polyradiculonévrite
chronique, dont il est des formes lentement progressives, des formes
évoluant par paliers, des formes monophasiques lentes ou à rechutes
et des formes progressives évoluant par poussées.
Facteurs pronostiques
:
Il est difficile de savoir comment évoluera un SGB qui s’installe,
combien de temps persistera la phase de plateau et quelles seront
les séquelles éventuelles.
Dans un travail rétrospectif portant sur 223
cas de SGB suivis entre 1963 et 1981, Raphael et al ont montré
que le pronostic fonctionnel dépend de l’importance du déficit
moteur au maximum des paralysies et de la durée de la phase de
plateau, que la fréquence des complications intercurrentes, des
troubles dysautonomiques et des décès augmente avec la sévérité
du déficit moteur constaté à la phase du maximum des paralysies.
Dans l’étude nord-américaine sur les plasmaphérèses, cinq
facteurs péjoratifs ont été individualisés : l’âge, la nécessité d’une
ventilation mécanique, la durée de la phase 1 inférieure à 7 jours,
l’amplitude des potentiels d’action musculaires distaux inférieure à
20 % des valeurs normales, ce dernier facteur ayant la valeur
prédictive la plus forte.
Il n’y a en fait pas d’ambiguïté dans les
facteurs pronostiques : plus l’atteinte axonale associée à la
démyélinisation est importante, plus la récupération est lente, plus
elle risque de laisser des séquelles motrices ou douloureuses.
Dans
ces conditions, on comprend la valeur pronostique péjorative d’une
amyotrophie précoce, de signes électriques importants de
dénervation, d’un effondrement des potentiels d’action des nerfs
distaux, tous signes témoignant de l’intensité de la perte axonale
associée.
Aspects biologiques
:
Le rôle des anticorps antigangliosidiques GM1, GM2, GD1a, GD1b,
GT1a, GQ1b a été suggéré, en particulier dans les formes axonales
type AMAN.
Des taux beaucoup plus élevés d’IgG anticorps anti-
GD1a et d’anti-GM1 ont été trouvés dans les formes type AMAN,
en Chine, par rapport au SGB classique.
La différence des taux
d’anti-GM1 n’était cependant pas significative.
Le rôle de l’infection
à Campylobacter jejuni se ferait par mimétisme moléculaire avec
réaction immunitaire croisée entre un épitope de lipopolysaccharide
du Campylobacter et des composants de la myéline internodale.
Un
taux élevé d’anticorps anti-GQ1b est souvent associé à
l’ophtalmoplégie qui accompagne le syndrome de Miller-Fisher ou
les SGB. Malgré leur intérêt théorique, la recherche d’une infection à
Campylobacter jejuni ou le dosage des anticorps mentionnés ne
présentent aucune incidence sur la prise en charge du patient et ne
nécessitent pas d’être recherchés en pratique clinique.
Diagnostic différentiel
:
Les difficultés diagnostiques rencontrées au cours des différentes
formes de SGB sont très variables.
Cliniquement, peuvent prêter à
confusion une quadriplégie rapidement progressive telle que peut
la réaliser une compression de la moelle cervicale, un
ramollissement médullaire, le saignement d’un angiome ou une
démyélinisation aiguë de la moelle cervicale au cours d’une
première poussée de sclérose en plaques.
Dans ces atteintes
centrales, la présence de signes pyramidaux ou d’un niveau sensitif
médullaire permet en principe d’orienter les investigations
complémentaires.
En cas de doute, une imagerie par résonance
magnétique de la moelle contribue à clarifier le problème.
Les multinévrites des vascularites nécrosantes du type de la
périartérite noueuse peuvent être de diagnostic très difficile ;
l’atteinte y est purement axonale, s’accompagne souvent de signes
cutanés et le LCR est normal ou subnormal.
La biopsie
neuromusculaire nécessaire au diagnostic confirme la nature axonale
de la neuropathie et montre le plus souvent les lésions de vascularite
nécrosante caractéristiques.
Plus difficile est le diagnostic de
paresthésies progressives isolées ou accompagnées d’un déficit
moteur discutable et de la conservation des réflexes.
Dans ces cas,
mieux vaut hospitaliser le patient, le surveiller et pratiquer les
examens nécessaires, que de conclure hâtivement à l’inorganicité de
ces manifestations.
Une grande variété d’affections peut simuler un SGB.
Classiquement, le diagnostic différentiel principal était celui des
formes paralytiques de poliomyélite antérieure aiguë, qui s’en
différenciait surtout au début par l’absence complète de troubles
sensitifs et la présence d’une réaction cellulaire dans le LCR.
Ce
diagnostic n’est plus posé que de façon exceptionnelle, du fait de
l’obligation légale de la vaccination.
Devant un déficit musculaire pur d’installation rapide, avec ou sans
atteinte oculaire, il faut se méfier d’une myasthénie et pratiquer un
test à la Prostigminet ou au Reversolt.
Le syndrome de Lambert-Eaton, qui réalise un bloc neuromusculaire
présynaptique, le plus souvent accompagnant ou révélant un cancer
du poumon à petites cellules, ne peut être diagnostiqué que par la
mise en évidence de la potentiation à l’électromyogramme.
Le botulisme peut poser des problèmes difficiles quand les
paralysies oculomotrices sont au premier plan.
Une polymyosite aiguë s’accompagne d’élévation importante des
enzymes musculaires.
La porphyrie aiguë intermittente est probablement l’affection la plus
trompeuse.
Lorsque les antécédents familiaux sont connus, le
diagnostic est évident, mais lorsqu’ils ne le sont pas, il faut y penser
devant une atteinte multifocale symétrique ou asymétrique, a
fortiori si on peut retrouver la notion d’urines fonçant à la lumière,
de douleurs abdominales et de prise médicamenteuse, barbiturique
en particulier.
Ici, l’atteinte est purement axonale.
Dans la forme méningo-radiculo-névritique de la maladie de Lyme,
l’anamnèse, les signes cutanés, la réaction cellulaire dans le LCR et
la sérologie permettent le diagnostic.
Parmi les autres causes de méningoradiculite, il faut signaler la
fréquence des infiltrations malignes des méninges et des racines, se
traduisant par des atteintes uni- puis multifocales progressives,
pouvant en imposer pour une forme subaiguë de
polyradiculonévrite.
La présence, inconstante, de cellules malignes
dans le LCR et l’hypoglycorachie permettent le diagnostic.
Il faut signaler également les paralysies périodiques hypokaliémiques.
Les neurotoxines provenant de poissons tropicaux (ciguatoxine,
saxitoxine, tétrodotoxine peuvent être à l’origine de paresthésies
péribuccales avec inversion des sensations (le chaud est perçu froid
et inversement) dans les heures qui suivent l’ingestion du poisson
en cause, sans anomalie électromyographique.
Les neuropathies des patients de réanimation, bien identifiées par
Bolton et al, surviennent au cours de défaillance polyviscérale
chez des sujets infectés, le plus souvent avec défaillance respiratoire,
ayant reçu des curarisants.
L’attention est attirée par les difficultés à
sevrer les patients du ventilateur.
Le patient présente un déficit
moteur des quatre membres, d’intensité variable.
Électriquement, il
s’agit d’une atteinte axonale, longueur-dépendante.
Le LCR est
normal.
Traitement
:
A - TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE :
Il doit assurer la prévention et le traitement des complications
éventuelles des troubles de la déglutition, de la ventilation, des
troubles sphinctériens et des complications de décubitus (trophicité
de la peau) et la prévention des phlébites et des embolies
pulmonaires par héparinothérapie.
Les douleurs doivent être
contrôlées par des antalgiques.
Les patients présentant des troubles
moteurs doivent être suivis en service spécialisé.
Les ulcères de
stress et les gastrites érosives sont relativement fréquentes.
Un
soutien psychologique est indispensable chez ces patients alités pour
des semaines.
Le traitement du déficit moteur et la prévention des rétractions
tendineuses doivent se faire très précocement.
Malgré les meilleures
prises en charge, il reste que 6 à 8% des patients atteints de SGB
garderont des séquelles, 1 à 2 ans après le début, en particulier, des
séquelles motrices avec steppage par déficit des loges antéroexternes
de jambe uni- ou bilatérales, paresthésies distales avec dysesthésies
de contact, souvent aggravées par les stimulations thermiques, la
persistance de déficit sensitif distal gênant les mouvements fins des
doigts.
B - IMMUNOTHÉRAPIE DANS LE SYNDROME
DE GUILLAIN-BARRÉ :
L’hypothèse d’une origine auto-immune à médiation humorale de
l’affection a conduit à l’essai de traitements visant à retirer de la
circulation des anticorps qui interviendraient dans le processus de
démyélinisation, ou d’en diminuer l’action.
L’efficacité des échanges
plasmatiques est clairement démontrée dans trois études
randomisées, américaine, suédoise et française, tandis que deux
études britanniques portant sur un plus petit nombre de patients
donnaient des résultats négatifs.
Les échanges plasmatiques
paraissent raccourcir la durée de la ventilation mécanique, le temps
pour récupérer une marche indépendante et augmenter le
pourcentage d’amélioration à 1 et 6 mois.
Le bénéfice des
échanges plasmatiques apparaît supérieur dans le groupe français,
ce qui pourrait être lié à la mise en route plus précoce des échanges
plasmatiques dans ce groupe, en moyenne à 6,6 jours contre 11,1
jours.
Le traitement paraît avoir d’autant plus de chances
d’efficacité qu’il est commencé plus tôt. Le liquide de remplacement,
souvent du plasma frais congelé dans les premières études,
comportait un risque infectieux.
Il a été remplacé par l’albumine.
Actuellement, les échanges plasmatiques précoces sont considérés
par beaucoup comme le traitement de choix du SGB.
Malheureusement, dans les deux grandes séries citées, 11 % des
patients des groupes contrôle et traités gardent des séquelles
invalidantes.
Depuis quelques années, des traitements par fortes doses d’Ig par
voie veineuse (0,4 g/kg 5 jours de suite) ont été préconisés.
Ce
traitement semble donner des résultats supérieurs à ceux des
échanges plasmatiques.
Plusieurs patients traités précocement par Ig intraveineuses se sont améliorés de façon spectaculaire, pour
rechuter malheureusement quelques jours plus tard.
En pratique,
nous recommandons ces traitements immunomodulateurs
essentiellement chez les patients en phase de progression des
paralysies.
Aussi bien les échanges plasmatiques que les Ig intraveineuses sont
des traitements coûteux, comportant certains risques et d’une
efficacité qui reste limitée.
La corticothérapie précoce à fortes doses
n’est pas efficace.
Le pronostic du SGB, qui représente une neuropathie démyélinisante
aiguë ou subaiguë d’origine probablement auto-immune, a été
considérablement amélioré par les méthodes de réanimation
modernes, de façon plus modeste par les traitements
immunomodulateurs.