Pansements. Aide à la cicatrisation Cours de dermatologie
Introduction
:
Pour traiter les plaies, les médecins ont utilisé depuis la plus haute
Antiquité, nombre de substances d’origine végétale (feuilles) ou
animale (graisses, miel, etc).
L’opinion selon laquelle l’assèchement
de la plaie diminuait les risques d’infection a longtemps prévalu.
En
conséquence, les pansements étaient choisis en fonction de leur
capacité à éliminer toute trace d’exsudat et d’humidité.
Cette
conception a été remise en cause dans les années 1960 par les
travaux de Winter et d’Hinman qui ont montré les effets
bénéfiques d’un environnement humide sur la cicatrisation.
À la
suite de ces observations, les laboratoires pharmaceutiques ont mis
en oeuvre depuis une quinzaine d’années des recherches intensives
qui ont abouti à la production de pansements modernes.
C’est ainsi
que l’apparition des hydrocolloïdes a représenté une véritable
révolution dans le traitement des plaies de tous types.
Cependant,
pour certaines plaies très exsudatives, ils ne permettent pas un
contrôle optimal de l’exsudat.
Il faut alors s’adresser à des
polymères plus absorbants : alginates, mousses ou hydrofibres.
De
même, certaines plaies peu exsudatives nécessitent un apport d’eau
externe aujourd’hui possible grâce au développement récent des
hydrogels.
Actuellement, pour traiter une plaie, il faut éviter la surinfection,
éliminer les tissus nécrosés, contrôler l’exsudat, favoriser le
bourgeonnement et ne pas entraver l’épidermisation.
Les
pansements modernes permettent d’assurer ces différentes phases
de façon optimale.
Pourtant, aucun de ces pansements n’est
réellement actif dans la cicatrisation et ne montre de différence
significative par rapport au traitement de référence que constitue le
maintien d’un milieu humide sur la plaie par des compresses imprégnées de sérum physiologique.
Les principaux pansements
dont nous disposons à ce jour permettent ainsi essentiellement de
ne pas entraver le processus naturel de la cicatrisation sans
l’accélérer.
Législation et remboursement :
Les pansements et biomatériaux n’étant pas considérés comme des
médicaments mais comme des dispositifs médicaux, ils ne
nécessitent pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée
par l’Agence du médicament.
Cette règle ne s’applique cependant
pas à tous les produits utilisés pour traiter les plaies.
En effet,
certains tulles imprégnés de substances dites « cicatrisantes », de
corticoïdes, d’antibiotiques et d’antiseptiques, certaines pommades,
émulsions et crèmes ont reçu depuis plusieurs années une AMM
dans l’indication « cicatrisation » ou « aide à la cicatrisation ».
À
l’époque de leur mise sur le marché, le législateur n’exigeait pas les
mêmes preuves d’efficacité qu’aujourd’hui, aussi n’existe-t-il pas,
pour la plupart de ces produits, d’essais cliniques contrôlés.
Non
soumis à l’AMM, les pansements doivent néanmoins comporter un
marquage CE, commun à tous les pays de la Communauté
économique européenne (CEE).
Les exigences en matière de
fabrication et de sécurité sont variables selon trois catégories mais
les preuves d’efficacité ne sont pas exigées.
Le remboursement est
possible pour la majorité des produits sur la base du tarif
interministériel des prestations sanitaires (TIPS).
Différentes classes de pansements
et biomatériaux :
A - QUELQUES DÉFINITIONS :
– Pansement primaire : pansement au contact direct de la plaie.
– Pansement secondaire : recouvre le précédent et sert à le maintenir
en place.
– Pansement en « îlot » : partie centrale de nature différente de la
périphérie, en général adhésive.
B - HYDROCOLLOÏDES :
1- Présentation et composition
:
Les pansements hydrocolloïdes (HC) se présentent sous forme de :
– plaques taillées en carrés de tailles diverses, plaques fines (plus
ou moins transparentes) ou plaques plus absorbantes (Askina
Biofilm St, Comfeel Plust, Duoderm Et) ;
– pâte pour combler les plaies creuses avant de les recouvrir d’une
plaque ;
– poudre destinée à traiter les plaies assez exsudatives sous la
plaque ;
– certaines présentations sont conçues en fonction de la
morphologie des zones où siègent fréquemment les escarres (pour
le talon ou le sacrum : Comfeel Contour, Duoderm triangulaire,
pour le coude ou le talon : Sureskin).
La couche interne de tous les HC est absorbante.
Elle est composée
de carboxyméthyl cellulose (CMC) sodique noyée dans une masse
élastique et adhésive qui contient dans certains cas de la pectine ou
de la gélatine d’origine porcine. Un film et/ou une mousse de
polyuréthanne ou une compresse non tissée constituent la couche
externe.
2- Mode d’emploi
:
La plaque est appliquée directement sur la zone où siège la plaie,
après nettoyage au sérum physiologique ou à l’eau, en dépassant de
2 à 3 cm sur la peau périphérique à laquelle elle adhère.
Dans
certaines localisations et lorsque les plaies sont très exsudatives, en
phase de détersion en particulier, il est prudent de recouvrir la
plaque d’un pansement secondaire qui pourra absorber l’excès
d’exsudat au bout de quelques jours et permettra de maintenir la
plaque en place en cas de plaie sur une zone de frottement.
Dans le
cas de plaies moins exsudatives, les plaques transparentes peuvent
remplacer les plaques épaisses.
Le rythme de changement de
pansement se situe entre quelques jours et une semaine, en fonction
de l’importance des exsudats.
Le pansement ne sera changé que
lorsque l’hydrocolloïde est dit saturé et/ou que la plaque se décolle
déjà partiellement.
3- Indications
:
De nombreuses études ont montré l’intérêt de l’utilisation des HC
dans le traitement des escarres, des ulcères de jambe,
des brûlures superficielles des premier et deuxième degrés en
particulier chez l’enfant, des sites donneurs de greffe, des plaies
diabétiques, des zones de biopsie cutanée et des maladies
dermatologiques comme l’épidermolyse bulleuse et la
sclérodermie pour protéger et traiter les zones traumatisées.
4- Avantages :
Mis en place uniquement sur une plaie spontanément humide, ces
pansements respectent le cycle bactérien de l’escarre qui se
caractérise par un remplacement progressif des germes à Gram
négatif par une flore à Gram positif.
Ils maintiennent un milieu
chaud et humide favorable à la cicatrisation.
Ils peuvent être utilisés
à tous les stades de la cicatrisation : de la détersion à
l’épidermisation.
Le film qui recouvre les plaques protège la plaie
des contaminations bactériennes extérieures (incontinence) et permet
aux malades de prendre une douche. Du fait que les HC n’adhèrent
pas à la plaie, les changements de pansements sont quasiment
indolores.
L’abaissement du prix de ce type de pansement le rend maintenant
tout à fait compétitif et le coût total d’un soin d’escarre avec des
HC apparaît souvent comme l’un des moins élevés actuellement.
En ville, les HC sont remboursés selon le TIPS sur la base de
0,20 F/cm2.
5- Inconvénients :
En se délitant, au contact des exsudats, la CMC se transforme en
une substance qui ressemble à du pus.
Médecins, infirmières,
malades et famille doivent être informés du caractère normal de cet
aspect d’autant que ce liquide est en général très nauséabond.
La
macération au pourtour de la plaie peut s’observer lorsque la plaie
est très exsudative.
Le relais doit alors être pris avec des pansements
plus absorbants.
Grâce aux HC, le nombre important d’intolérances aux pansements
a considérablement diminué chez les patients souffrant d’ulcères
chroniques.
Les HC, qui pourtant sont largement utilisés depuis de
nombreuses années, n’entraînent que très rarement des eczémas de
contact.
Les rares cas publiés correspondent à des sensibilisations à
l’adhésif (colophane) ou plus rarement à d’autres composants.
L’apparition d’un simple érythème ou d’un piqueté pétéchial autour
de la plaie ne doit pas inquiéter : il s’agit le plus souvent d’une
réaction d’irritation non allergique.
6- Contre-indications
:
En cas de plaie totalement sèche, les HC ne sont pas indiqués, de
même il ne faut pas les employer dans les plaies cliniquement
infectées, comme d’ailleurs aucun pansement occlusif.
C - FILMS DE POLYURÉTHANNE
:
1- Présentation et composition
:
Ces pansements sont constitués d’une membrane transparente en
polyuréthanne enduite sur un côté par un adhésif hypoallergénique.
Commercialisés en tailles variables de 6
X 6 cm à 15 X 20 cm,
ils sont présentés sur un support papier.
2- Mode d’emploi
:
Un applicateur facilite leur mise en place, soit directement sur la
plaie en faisant dépasser le film sur la peau périphérique
préalablement séchée, soit sur un autre pansement pour ne
constituer alors qu’un pansement secondaire qui assure l’occlusion
et l’isolement de la plaie.
Ils permettent ainsi de faire les pansements
secondaires sur les alginates, les hydrogels ou les hydrocellulaires.
Ils sont également utilisés comme champs opératoires à inciser ou
comme pansement de maintien des cathéters centraux ou des voies
veineuses périphériques.
3- Indications
:
Les films de polyuréthanne possèdent des qualités remarquables de
membranes semi-perméables.
Perméables à l’oxygène et à la vapeur
d’eau, ils évitent la macération ; imperméables à l’eau et aux
bactéries, ils maintiennent l’humidité tout en empêchant les contaminations bactériennes extérieures.
Ils assurent une protection
physique des plaies contre les frottements et les souillures de toutes
sortes.
Différentes études ont montré leur intérêt comme pansement
primaire dans les brûlures superficielles, les sites donneurs de
greffe et les escarres de décubitus peu profondes.
4- Avantages
:
Ils adhèrent sur la peau saine mais pas sur la plaie.
Ces pansements
entretiennent au niveau de la plaie ouverte un milieu humide
favorable à la cicatrisation et évitent la formation d’une croûte.
Transparents, ils permettent un contrôle visuel de la plaie.
Ils sont
souples et bien adaptables. Nombre d’entre eux sont remboursés
conformément au TIPS sur la base de 0,06 F/cm2.
5- Inconvénients
:
C’est essentiellement leur absence de pouvoir absorbant.
6- Contre-indications
:
On ne doit pas les employer dans les plaies infectées ou très
exsudatives.
D - ALGINATES :
1- Présentation et composition
:
Ces polymères sont essentiellement et parfois exclusivement
composés d’acides alginiques (alginate de calcium) obtenus à partir
d’algues brunes (laminaires).
Ils ont un important pouvoir absorbant
et se gélifient plus ou moins au contact des exsudats (selon leur
composition en acide mannuronique et guluronique), ce qui leur
permet de ne pas adhérer à la plaie.
Ils sont parfois mélangés à de la CMC en pourcentage variable.
On les trouve dans le commerce sous
forme de compresses de tailles variables et de mèches ou « torons »
bien adaptés aux plaies creuses.
¦
2- Indications :
Bien connus comme hémostatiques (Coalgant), ce qui les fait utiliser
dans les plaies hémorragiques, les alginates tendent maintenant à
trouver une indication supplémentaire dans le traitement des plaies
exsudatives, essentiellement au stade de détersion.
Les alginates
sont indiqués notamment dans le traitement des escarres, des
sites donneurs de greffe, des ulcères de jambe.
3- Mode d’emploi :
Avant de l’utiliser, la compresse d’alginate doit être découpée
approximativement aux dimensions de la plaie mais peut déborder
sans danger sur la peau périphérique, ce qui pourra aider à
son changement.
La plaie est nettoyée avec du sérum physiologique,
la compresse d’alginate est ensuite posée sèche sur la plaie, puis
recouverte d’un pansement secondaire et fixée par un bandage
élastique, un film ou un adhésif.
Lorsque la plaie n’est pas très
exsudative, il est également possible d’imbiber la compresse
d’alginate avec du sérum physiologique et de la recouvrir d’un film
de polyuréthanne pour entretenir un milieu humide et éviter qu’elle
n’adhère à la plaie.
On renouvelle le pansement en fonction de l’abondance de
l’exsudat : chaque jour en phase de détersion, tous les 2 ou 3 jours
en phase de granulation.
Le pansement peut être retiré de la plaie
en une seule fois ou subir un rinçage au sérum physiologique pour
éliminer la compresse gélifiée.
4- Avantages :
Le très grand pouvoir absorbant des alginates représente leur qualité
majeure.
Indiqués en phase de détersion et de granulation surtout
pour les plaies très exsudatives, ils n’adhèrent pas à la plaie et
entretiennent un milieu humide favorable à la cicatrisation.
Il est
possible de les utiliser dans les plaies infectées à condition de ne pas
les recouvrir d’un pansement occlusif, mais de compresses de gaze
simples.
5- Inconvénients :
Ils ne constituent que des pansements primaires et doivent être
recouverts d’un autre pansement.
6- Remboursements :
En juillet 1998, tous les pansements à base de fibre d’alginate de
calcium sont devenus des dispositifs médicaux selon une circulaire
européenne.
Algostérylt, alginate de calcium formé de 100 % de
fibre d’alginate, avait jusque-là un statut de médicament, une AMM
et un remboursement pour les soins ambulatoires.
Certains alginates
ne contiennent pas seulement de l’alginate de calcium mais
également de la CMC (Urgosorbt, Algisitet, Melgisorbt, Comfeel Seasorbt...) et à ce titre sont remboursés en ambulatoire comme des
HC (0,20 F/cm2).
D’autres alginates, ne contenant pas de CMC
(Sorbsant, Kaltostatt...) mais n’ayant pas eu non plus de statut de
médicament sont en attente de remboursement (TIPS) à l’heure
actuelle pour les soins ambulatoires.
7- Contre-indications
:
Les plaies sèches ou modérément exsudatives ne représentent pas
une indication des alginates.
E - HYDROFIBRES :
1- Présentation et composition :
Il n’existe actuellement qu’un seul représentant de cette toute
nouvelle classe de pansement : l’Aquacelt, constitué de fibres non
tissées d’HC pur (CMC de sodium) qui se présente sous forme de
compresses et de mèches.
2- Mode d’emploi :
C’est un pansement très absorbant qui s’utilise presque comme un
alginate.
Après avoir nettoyé la plaie avec du sérum physiologique,
il faut appliquer la compresse en laissant ou non déborder en peau périlésionnelle. Pour les plaies creuses, on utilise des mèches.
Dans
tous les cas, il faut ensuite recouvrir la compresse par un pansement
secondaire (plaque d’HC, film ou compresses simples en cas de plaie
infectée par exemple).
Le délai entre les changements de pansement
varie suivant l’abondance de l’exsudat, la nature du pansement
secondaire.
Il ne doit jamais dépasser 7 jours, et le plus souvent sous
une plaque d’HC peut être maintenu en place 3 à 5 jours.
3- Indications
:
À la surface de la plaie, l’Aquacelt interagit immédiatement avec
les exsudats formant un gel cohésif, créant un milieu humide
favorable à la cicatrisation tout en contrôlant l’excès de fluide.
Ce
produit, comme les alginates, est indiqué dans la détersion et le
bourgeonnement des plaies exsudatives.
Des études contrôlées dans
le traitement des escarres, des brûlures et des ulcères de jambe ont
été réalisées mais ne sont pas encore publiées.
4- Avantages
:
Ce pansement n’adhère pas à la plaie et se change de façon indolore.
Comme pour les HC, le remboursement s’effectue conformément au TIPS dans le cas du recouvrement des escarres, des ulcères et des
brûlures sur la base de 0,20 F/cm2.
5- Inconvénients :
Ils ne constituent que des pansements primaires et doivent être
recouverts d’un pansement secondaire qui augmente le prix du soin.
En revanche, comme ils peuvent rester plus longtemps en place, le
coût d’un traitement par hydrofibre sera moins cher qu’avec certains
alginates.
6- Contre-indications :
Les plaies sèches ou peu sécrétantes ne doivent pas recevoir ce type
de pansement.
F - HYDROCELLULAIRES ET MOUSSES :
1- Présentation et composition
:
Ces pansements se composent d’une couche hydrophile, le plus
souvent en polyuréthanne, associée à un film ou à une couche
externe imperméable aux liquides et dans certains cas une masse
adhésive hypoallergénique.
On trouve dans le commerce des
pansements de tailles variables mais aussi des coussinets
(sphériques ou tubulaires) pour les plaies creuses rondes ou
oblongues.
2- Mode d’emploi
:
Présentés sous leur forme sans adhésif, ces pansements peuvent être
utilisés même si la peau autour de la plaie n’est pas parfaitement
saine (eczéma, irritation, macération).
On les recouvre ensuite avec
un pansement secondaire (film ou compresse et bande élastique).
Quand elles peuvent être supportées, les formes avec adhésifs
fournissent des pansements primaires et secondaires.
Après
nettoyage préalable de la plaie avec du sérum physiologique ou de
l’eau, le pansement est découpé pour dépasser la lésion de quelques
centimètres en périphérie.
Le rythme des changements de
pansement est fonction de l’importance de l’exsudat, variant de 3 à
8 jours environ.
3- Indications :
Ces pansements, très absorbants comme les alginates, maintiennent
l’humidité au niveau de la plaie, respectent l’écosystème de la plaie
et empêchent les contaminations par des germes extérieurs.
Ils sont
indiqués lorsque la plaie est déjà partiellement détergée mais surtout
au stade de bourgeonnement des plaies et jusqu’à l’épidermisation
complète.
Des études ont été réalisées dans les ulcères de jambes et
les escarres, dans les sites donneurs de greffe et dans les
plaies chirurgicales suturées.
4- Avantages :
Ce sont des pansements très confortables, qui évitent la macération
et les odeurs que l’on peut observer avec les HC, car il n’y a pas de
délitement du pansement.
Il est possible de prendre une douche
avec les pansements hydrocellulaires adhésifs.
Les changements de
pansement sont indolores car le pansement n’adhère jamais à la
plaie, même si celle-ci est peu exsudative.
Le remboursement est
conforme au TIPS sur la base d’environ 0,20 F/cm2 pour les formes
en plaques.
5- Inconvénients
:
Sous leur forme non adhésive, les hydrocellulaires nécessitent la
pose d’un pansement secondaire pour les recouvrir.
6- Contre-indications
:
Comme les pansements précédents, ces matériels ne doivent pas être
choisis dans le cas de plaies sèches ou peu sécrétantes.
G - HYDROGELS :
1- Présentation et composition :
Les hydrogels sont des polymères insolubles avec des sites
hydrophiles, contenant plus de 80 % d’eau. Actuellement, le
polymère est essentiellement de la CMC.
Les hydrogels se
présentent sous forme de plaque translucide ou de gel amorphe,
plus ou moins cohésif, incolore ou jaune pâle.
Pour les formes en
plaque, la quantité d’eau qu’ils peuvent libérer dans la plaie est
fonction de leur épaisseur.
Les formes en gel semblent plus efficaces
pour relarguer de l’eau au niveau des plaies.
2- Mode d’emploi
:
Le gel à base de CMC est appliqué en couche épaisse sur la plaie
préalablement nettoyée.
L’adjonction d’un pansement secondaire,
qui peut être un HC ou un film de polyuréthanne, s’avère nécessaire.
Les compresses de gaze classiques ne sont pas indiquées car l’eau
contenue dans l’hydrogel ira alors s’absorber dans le pansement
secondaire et non dans la plaie.
Le changement de pansement peut
être espacé de quelques jours (3-4 jours).
3- Indications :
Destinés aux plaies plutôt sèches, les hydrogels sont utilisés pour la
détersion et la cicatrisation des plaies peu ou pas exsudatives.
Ils
comptent parmi les produits les plus efficaces pour ramollir une
plaque de nécrose dans le cas d’une escarre et remplacent
avantageusement les compresses imbibées de sérum physiologique
que l’on changeait trois fois par jour.
Des études multicentriques
randomisées concernant les hydrogels ont été publiées ou sont en
cours de l’être dans les escarres, les ulcères de jambe, les sites
donneurs de greffe, les brûlures.
4- Avantages :
Ils apportent de l’eau au niveau des plaies qui ne sont pas
spontanément exsudatives, permettant une cicatrisation en milieu
humide.
5- Inconvénients :
Les hydrogels ne possèdent pas un très fort pouvoir absorbant. Leur
remboursement par le TIPS est en cours.
6- Contre-indications
:
Les plaies fortement exsudatives ne doivent pas être traitées avec
les hydrogels.
H - PANSEMENTS AU CHARBON
:
1- Présentation et composition
:
Ces pansements contiennent une couche de charbon et des métaux
(cuivre, argent) qui favorisent le drainage des bactéries.
Le charbon
est enveloppé dans une feuille de non-tissé, non adhérente aux
plaies (Actisorb Plust), ou associée à un pansement
hydrofibre (Carboflext).
Des compresses de taille variable, sont
disponibles à l’hôpital et en ville.
2- Mode d’emploi
:
Ces pansements s’appliquent secs ou parfois humidifiés avec du
sérum physiologique sur les plaies.
Ils doivent être recouverts d’un
pansement secondaire.
3- Indications :
Ils peuvent être indiqués comme pansement primaire ou secondaire
pour les plaies en détersion, les plaies infectées ou malodorantes, et
en particulier les plaies cancéreuses (cancers cutanés, cancers
envahissant la peau et métastases cutanées).
4- Avantages
:
Ils « absorbent » les odeurs et réduisent les exsudats modérés ou
plus importants quand ils contiennent un hydrofibre.
5- Inconvénients :
Ils nécessitent une couverture par un pansement secondaire ou un
adhésif.
En outre, il n’existe pas d’étude contrôlée publiée mais des
études de cas cliniques.
I - TULLES ET INTERFACES :
1- Présentation et composition
:
Nous disposons de deux catégories de tulles et interfaces.
Les premiers sont enrichis en antibiotiques, en antiseptiques ou en
« facteurs de cicatrisation ».
Leur emploi n’est pas sans danger. Ils
risquent de créer des sensibilisations à ces antibiotiques.
Les
antiseptiques, en détruisant les germes banals qui colonisent
l’escarre (sans nuire à sa cicatrisation) sélectionnent des germes
résistants beaucoup plus nocifs, en outre ils sont in vitro
cytotoxiques pour les cellules en croissance.
L’iode provoque de
fréquentes intolérances et sa résorption perturbe la glande thyroïde.
Les seconds, considérés comme « non médicaux » sont des tulles et
des interfaces imprégnés de matières grasses neutres
hypoallergéniques comme la vaseline ou la paraffine.
De conception
plus récente, les interfaces en fibres synthétiques ont des mailles plus
petites et n’adhèrent pas du tout à la plaie (Adaptict).
Elles sont
parfois composées de silicone (Mépitelt).
2- Mode d’emploi :
Ces pansements sont appliqués directement sur la plaie et recouverts
d’un pansement secondaire absorbant (compresses de gaze,
pansement américain...).
Il faut les changer tous les jours ou tous les
2 jours, quel que soit le stade de la plaie.
3- Indications
:
Leur faible pouvoir absorbant les fait réserver aux plaies peu
exsudatives (dermabrasion, plaies des épidermolyses bulleuses,
brûlures, plaies superficielles ou en voie d’épidermisation...).
On les
utilise au cours des phases de bourgeonnement et d’épidermisation,
en particulier sur des zones privées d’épiderme ou à la phase ultime
de la cicatrisation d’une escarre.
Les études contrôlées concernant
ces produits n’ont pas encore été effectuées.
4- Avantages
:
Ce sont des produits peu coûteux. Seuls sont actuellement
remboursés ceux contenant un « principe actif ».
La prise en charge
des produits imprégnés de produits neutres est à l’étude.
5- Inconvénients :
Les mailles de ces tulles sont souvent assez larges et le
bourgeonnement se fait au travers de celles-ci, entraînant un risque
d’arrachage des bourgeons charnus avec hémorragie lors des
changements de pansement.
Les tulles se révèlent souvent
douloureux lors du changement de pansement en raison de
l’adhérence des bourgeons aux mailles de celui-ci.
6- Contre-indications
:
On ne doit pas employer ces produits dans le cas de plaies très
exsudatives.
J - PANSEMENTS OSMOTIQUES :
1- Présentation et composition :
Le dextranomère (Débrisant) a obtenu il y a déjà quelques années
une AMM pour la détersion des plaies chroniques.
Il existe sous
forme de poudre ou de pâte.
L’Hypergelt initie une nouvelle
génération de pansements osmotiques.
C’est un gel de CMC
contenant du chlorure de sodium hyperosmolaire à 20 %.
2- Mode d’emploi
:
Ces produits doivent être appliqués directement sur la plaie.
Il faut
impérativement protéger la peau périphérique avec une pâte à l’eau
en couche épaisse pour éviter une éventuelle irritation par
les produits.
Les renouvellements doivent être quotidiens.
3- Indications :
Ce sont de bons produits de détersion des plaies nécrotiques.
L’Hypergelt est indiqué en cas de plaie sèche également.
4- Inconvénients :
Dans le cas du Débrisant, le malade ressent parfois douleur ou
inconfort local quelques heures après son application.
Par ailleurs,
ce produit est un peu difficile à retirer de la plaie.
Ayant obtenu une
AMM, il est remboursé.
L’Hypergelt ne présente pas les mêmes inconvénients, ni douleur,
ni difficultés au nettoyage de la plaie.
En revanche, il n’est pour
l’instant pas remboursé.
Dans les deux cas, les pansements doivent être refaits tous les jours.
5- Contre-indications
:
Le pansement osmotique ne doit pas être employé en dehors de la
phase de détersion des plaies.
K - ENZYMES :
1- Présentation et composition
:
Incorporée dans un excipient gras, l’Elaset est actuellement
l’enzyme protéolytique le plus utilisée en France.
2- Mode d’emploi :
Il est souhaitable de renouveler deux fois par jour l’application de
ce pansement, si l’on tient compte de la demi-vie de l’enzyme.
La
peau autour de la plaie doit être protégée avec une pâte à l’eau. Un
pansement secondaire à base de compresses de gaze suffit en
général.
3- Indications :
La détersion des plaies nécrotiques et fibrineuses.
Il n’existe aucune
étude publiée sur ce produit qui est très largement utilisé.
4- Avantages :
Son excipient gras permet de maintenir une atmosphère humide
pendant 24 heures au niveau de la plaie.
Ce produit a obtenu une
AMM et le remboursement pour la détersion des plaies chroniques.
5- Inconvénients
:
Il existe parfois quelques irritations en périphérie de la plaie.
Les
pansements doivent être refaits tous les jours.
Conclusion, perspectives d’avenir :
Les pansements et biomatériaux dont nous disposons actuellement en
France pour le traitement des plaies n’ont aucune action spécifique sur
les phénomènes de cicatrisation ni sur le raccourcissement du temps de
fermeture des plaies.
Ils optimisent en revanche la cicatrisation
naturelle en milieu humide, améliorent le confort des malades et aident
les infirmières dans la gestion des pansements en permettant leur
espacement. Les recherches actuellement en cours nous permettent
d’espérer que, dans un avenir proche, nous disposerons de substances
qui pourront réellement interférer avec la cicatrisation.
Il s’agit en
premier lieu des facteurs de croissance (PDGF-bb, GM-CSF...) issus du
génie génétique. Le plus souvent incorporés dans des gels, certains sont
commercialisés aux États-Unis mais aucun n’a pour l’instant d’AMM
en France pour l’indication « cicatrisation ».
Des essais cliniques sont
conduits actuellement dans différentes indications : plaies diabétiques,
ulcères de jambe, escarres. Ils doivent s’appliquer sur des plaies
détergées au préalable.
En second lieu, des produits contenant de l’acide hyaluronique sont developpés en Italie et commercialisés dans différents
pays européens.
Il s’agit de crèmes, de tulles imprégnés ou de
pansements à base d’acide hyaluronique estérifié (Hyafft).
Des essais
cliniques sont en cours dans les plaies de cicatrisation difficile.
Les
substituts cutanés représentent une troisième voie de recherche
prometteuse.
Il s’agit de matrice de collagène habitée ou non par des
cellules cutanées autologues ou hétérologues (fibroblastes et/ou kératinocytes) constituant parfois de véritables équivalents de peau.
Il
existe également des équivalents d’épiderme avec des kératinocytes
autologues cultivés sur des supports variables (Vivodermt ou autre).
Certains de ces produits sont en développement en Europe et aux États-Unis, essentiellement pour le traitement des brûlés dont les pertes de
substance sont étendues et qui nécessitent des greffes sans avoir de zone
donneuse de surface suffisante.
Des essais sont également en cours dans
le traitement des ulcères, des escarres et des plaies du pied diabétique
sans qu’on puisse pour l’instant conclure sur leur réel bénéfice.
Il s’agit
peut-être des pansements de demain, mais peut-on encore ici parler de
pansement ?