En 1969, Young, Asbury, Adams et Corbett signalent le cas d’un
patient porteur d’une neuropathie aiguë limitée aux fibres du
système nerveux autonome et évoluant vers la guérison complète.
Ce cas de polyneuropathie inflammatoire aiguë spontanément
curable n’est pas sans rappeler l’évolution du syndrome de Guillain-Barré.
De même que, pour ce dernier, le nom de Strohl, coauteur de
la publication initiale, n’a pas été retenu, la pandysautonomie aiguë
est couramment dénommée « syndrome de Young et Adams ».
Historique. Classification
:
En 1975, Young, Asbury, Corbett et Adams décrivent en détail,
dans la revue Brain, leur cas initial.
Ils indiquent à ce propos que
quelques cas ont été publiés depuis 1969.
Ont été également
signalées des formes subaiguës avec régression incomplète, une
forme à prédominance cholinergique, un cas en relation avec une
mononucléose infectieuse.
Le cas de Young et al est
exemplaire : un homme de 49 ans, ressentant depuis 1 mois une
somnolence, une fatigue, une diminution de résistance à l’exercice,
puis quelques syncopes orthostatiques avec céphalées, se plaignait
de sécheresse buccopharyngée avec agueusie et dysphagie aux
solides, d’absence de sudation sur tout le corps, de troubles
génitosphinctériens avec incontinence et de constipation rebelle.
Les
pupilles étaient aréactives. La tension artérielle était imprenable en
position debout.
La protéinorachie était élevée. Un traitement par
fludrocortisone fut institué.
L’année suivante, la récupération était
complète.
Depuis 1975, les observations se sont multipliées concernant des pandysautonomies aiguës pures, associées à des troubles sensitifs
ou consécutives à des infections.
Dans une étude clinique et neurophysiologique de 27 cas suivis
pendant 3 ans, des arguments plaident en faveur d’une maladie dysimmune.
Les patients sont plus souvent de sexe féminin avec un
âge moyen de 45 ans (âges extrêmes 7 et 75), le début aigu ou
subaigu est le plus souvent précédé d’une infection virale des voies
aériennes supérieures.
La protéinorachie est modérément élevée.
La norépinéphrine plasmatique diminue en position debout.
La
manoeuvre et le test de Valsalva sont modifiés.
Des infiltrats mononucléés sont présents dans l’épinèvre.
L’évolution est
régressive, parfois incomplètement.
Compte tenu du caractère
souvent dissocié de la sémiologie (avec souvent prédominance des
atteintes cholinergiques ou adrénergiques et sudoromotrices), le
terme de « neuropathie idiopathique autonome » est préféré à celui
de « pandysautonomie ».
Il est attribué à une neuropathie
autonome pré- ou postganglionnaire proche des neuropathies
inflammatoires aiguës, polyradiculonévrites aiguës surtout.
Webb et al, puis Young, proposent une classification en trois et
même quatre types :
– type I : pandysautonomie pure ;
– type II : dysautonomie cholinergique observée plutôt chez l’enfant
et parfois comme complication de l’atropinisme ou du botulisme ;
– type III : dysautonomie associée à une neuropathie sensitive
subaiguë, d’évolution souvent grave, ne récupérant pas entièrement
ou évoluant vers la mort ;
– type IV : formes souvent modérées ou infracliniques, décelées au
cours de neuropathies variées, affections auto-immunes, causes
toxiques et autres.
Il paraît plus près de la réalité de séparer trois groupes principaux :
– la pandysautonomie aiguë pure (ou syndrome de Young et
Adams) ;
– les formes dissociées de pandysautonomie (ou de neuropathie
idiopathique autonome) réunissant :
– les dysautonomies cholinergiques pures ;
– les pseudo-obstructions intestinales ;
– le syndrome de tachycardie posturale ;
– les défaillances baroréflexes ;
– les formes associées de pandysautonomie aiguë (ou
pandysautonomie « plus ») réunissant :
– les pandysautonomies avec neuropathie sensitive subaiguë ;
– les formes avec atteinte hypothalamique ;
– les formes avec atteinte du tronc cérébral.
Pandysautonomie aiguë pure
ou syndrome de Young et Adams
:
Depuis la description initiale de Young et al, divers cas de pandysautonomie pure ont été rapportés.
A - SÉMIOLOGIE :
1- Début
:
Le début est d’installation progressive en 1 mois environ chez un
adulte jeune, plus souvent de sexe féminin.
Un épisode infectieux a
parfois précédé de quelques semaines : rhinopharyngite, rubéole,
mononucléose infectieuse, virus d’Epstein-Barr.
2- Symptômes
:
Les symptômes sont dominés par l’hypotension orthostatique, à
l’origine de malaises en position debout ou même assise, survenant
sans modification du rythme cardiaque, de syncopes accompagnées
ou précédées de troubles visuels.
Sont également ressentis : une
sécheresse de la bouche, de la langue et du pharynx entraînant des
difficultés à la déglutition des solides ; une sensation de sécheresse
oculaire avec brûlures des paupières ; une perte de sudation sur
l’ensemble du corps avec intolérance à la chaleur ; des troubles
urinaires avec incontinence ; des troubles sexuels avec perte de
l’érection et de l’éjaculation.
Les troubles digestifs sont également
importants : nausées, vomissements, douleurs abdominales et
surtout constipation ou diarrhée. Parfois une asthénie importante et
un amaigrissement sont présents.
Cependant, comme le remarque Young, l’installation des troubles
est habituellement subaiguë et demande plusieurs semaines pour
atteindre son expression maximale.
Les symptômes
cardiovasculaires, gastro-intestinaux et urinaires sont au début
modérés et apparaissent non spécifiques, si bien que le diagnostic
est souvent retardé.
On signale également un début trompeur
psychiatrique avec, dans six cas, des manifestations hystéroépileptiques,
une anorexie nerveuse, une névrose hypocondriaque,
sous-tendues par une instabilité émotionnelle.
L’examen clinique confirme l’importance de l’hypotension
orthostatique qui survient sans modification du rythme cardiaque,
la tension artérielle s’effondrant en position debout.
Il est nécessaire
de prendre la tension en position debout avec le bras à l’horizontale
afin d’éliminer tout effet hydrostatique.
Les pupilles sont dilatées et
non réactives à la lumière.
Les larmes sont taries, de même que la
sudation.
La piloérection est absente. Les réflexes tendineux sont le
plus souvent présents.
Les fonctions sensitivomotrices et les
fonctions supérieures sont intactes. Une hyperprotéinorachie est
souvent notée, de l’ordre de 0,80 à 1 g/L.
L’électromyogramme est
normal.
L’ensemble de ces manifestations dépend d’une paralysie complète
des activités sympathiques et parasympathiques mais il
est des cas où les fonctions sympathiques ou parasympathiques ne
sont pas totalement perturbées.
3- Évolution :
L’évolution est dans l’ensemble favorable.
La récupération est en
général complète après quelques mois ou une année.
La mort est
exceptionnelle, due à un arrêt cardiaque.
Une pancréatite aiguë a
été signalée.
B - TRAITEMENT :
Le traitement est essentiellement représenté par la fludrocortisone à
une posologie de l’ordre de 1 mg/kg/j poursuivie pendant plusieurs
mois.
Se basant sur les parentés éventuelles avec le syndrome de Guillain-Barré, on a traité un cas de pandysautonomie aiguë par des
immunoglobulines (Ig) par voie veineuse à une posologie de
0,4 g/kg/j et obtenu une amélioration dès le troisième jour.
L’intérêt des immunoglobulines a été récemment confirmé (Quann
D, Rich MM, Bird SJ.
Acute idiopathic dysantonomia :
Electrophysiology and response to intravenous immunoglobulin.
Neurology 2000 ; 54 : 770-771).
Un traitement symptomatique par 400 mg de L-thréo-3,4- dyhydroxyphénylsérine (L-DOPS, précurseur de la noradrénaline) a
été suggéré.
L-DOPS avait entraîné dans un cas une amélioration
de l’hypotension orthostatique et une élévation de la noradrénaline
plasmatique.
Cependant, malgré l’amélioration clinique, les biopsies
de la muqueuse rectale n’avaient montré aucune régénération des
fibres nerveuses adrénergiques.
Le méthylsulfate d’amézinium, agent sympathomimétique indirect,
aurait un effet sur l’hypotension orthostatique.
Formes dissociées
de pandysautonomie
(ou de neuropathie idiopathique
autonome)
:
Divers syndromes plus ou moins dissociés sont rattachés à la pandysautonomie.
A - FORME PARASYMPATHIQUE PURE :
Encore dite « forme cholinergique », cette atteinte dissociée porte
sur les fibres cholinergiques postganglionnaires.
Elle survient plutôt
chez le sujet jeune ou chez l’enfant, plutôt dans le sexe féminin.
Ces formes ont été individualisées dans plusieurs publications.
Le début est aigu, marqué parfois par une salivation excessive
transitoire et par une hypersudation.
Les symptômes sont donc ceux d’une perte des activités
parasympathiques : absence de sécrétions lacrymale, nasale et oropharyngée, avec nausées, vomissements ; troubles de la motilité
gastro-intestinale avec douleurs abdominales, aréflexie pupillaire à
la lumière, perte de l’érection, hypotonie vésicale avec diminution
de la vidange de la vessie.
En revanche, l’hypotension orthostatique
est absente.
Le liquide céphalorachidien est normal.
L’évolution se fait sur un mode chronique et, habituellement, la
récupération est incomplète.
Les corticostéroïdes sont peu efficaces.
Le carbachol est proposé pour traiter l’hypotonie vésicale et gastrointestinale.
Le diagnostic différentiel se pose souvent avec un
syndrome de Gougerot-Sjögren, avec une obstruction intestinale ou
encore une intoxication botulique.
B - PSEUDO-OBSTRUCTION INTESTINALE :
Cette forme localisée de neuropathie autonome évolue par épisodes
de parésie gastrique et d’occlusion intestinale subaiguë, sans
qu’aucune obstruction ne soit mise en évidence par les examens digestifs.
Les anomalies du système autonome sont souvent
localisées au système gastro-intestinal mais parfois plus diffuses,
avec en particulier une hypotension orthostatique.
La pseudo-obstruction intestinale est idiopathique dans la moitié des
cas.
Dans les autres cas, elle est secondaire au diabète, à certaines
neuropathies et surtout au cancer bronchique à petites cellules.
Des
anticorps anti-Hu sont présents et réagissent avec les neurones
myentériques et avec les plexus sous-muqueux.
C - SYNDROME DE TACHYCARDIE POSTURALE :
Cette autre manifestation de neuropathie autonome localisée
survient surtout chez des femmes jeunes, entre 20 et 50 ans, et
représente une forme « atténuée » de pandysautonomie aiguë.
La
sémiologie est faite d’une tachycardie survenant en orthostatisme,
associée à des éblouissements, des palpitations, une trémulation, une
impression d’angoisse et des nausées.
Dans la moitié des cas, le
syndrome est postviral.
Une dysfonction autonome est associée dans
la moitié à deux tiers des cas, comportant des troubles sudoraux et
adrénergiques distaux, respectant l’innervation cardiaque
adrénergique.
Les patients sont souvent hypersensibles aux bêtaagonistes
comme l’isoprotérénol.
D - ACCÈS DE DÉFAILLANCE BARORÉFLEXE :
Ce syndrome est dû à une atteinte autonome des barorécepteurs et
du sinus carotidien.
Il est caractérisé par des accès de labilité de la
pression artérielle, tantôt hypertension, tantôt hypotension,
accompagnés de céphalées, de sudation et de labilité émotionnelle
.
Le trouble tensionnel dure 3 à 30 minutes. Le rythme
cardiaque est incapable de suivre les variations tensionnelles. Les
chiffres de tension vont jusqu’à 28-10.
L’origine est variée : lésions
bilatérales du noyau solitaire, chirurgie ou radiothérapie du cou, paraganglions.
La clonidine réduit considérablement la fréquence
des accès.
Exploration des pandysautonomies
aiguës
:
Une série de tests cliniques confirme l’atteinte généralisée du
système nerveux autonome.
A - PUPILLES :
La cocaïne à 4 % entraîne une réponse pupillaire sympathique avec
myosis, en bloquant la récupération de noradrénaline libérée par les
terminaisons sympathiques du muscle de l’iris.
Après dénervation,
aucune transmission ne se produit et aucune réponse n’est observée.
De même, la constriction du sphincter de l’iris après métacholine est
anormale du fait d’une hypersensibilité parasympathique de
dénervation.
La pratique de tests a permis parfois de rattacher à une pandysautonomie aiguë une presbytie précoce avec anisocorie
précédant de plusieurs mois l’installation des troubles.
L’absence de
contraction pupillaire à la cocaïne et l’hypersensibilité à la métacholine prouvaient un blocage postganglionnaire sympathique
et parasympathique de l’innervation de l’iris.
La pupillométrie par capteurs infrarouges mesure dans l’obscurité
les réactions pupillaires à des stimulations d’intensité variable.
B - TESTS CUTANÉS :
L’histamine intradermique provoque normalement une triple
réponse par stimulation des fibres amyéliniques de petit calibre. Le
réflexe d’axone libère une substance vasodilatatrice, créant une zone
d’érythème.
L’absence de sécrétion sudorale, habituellement évidente
cliniquement, peut être confirmée par diverses méthodes :
colorimétrique ancienne (quinizarine, iodine, bleu cobalt), injection
de substances cholinomimétiques, iontophorèse de pilocarpine
stimulant les glandes sudoripares.
C - EXPLORATION CARDIOVASCULAIRE :
Il s’agit surtout de la manoeuvre de Valsalva ou plus simplement du
rapport de Valsalva.
La manoeuvre de Valsalva proprement dite étudie le fonctionnement
des barorécepteurs.
Sa réalisation nécessite l’enregistrement intraartériel
de la pression artérielle en même temps que celui de la
fréquence cardiaque,.
Le patient doit maintenir pendant 10 à
15 secondes une pression de 40 mmHg dans une colonne de mercure
au cours d’une expiration forcée.
Les modifications de la pression
artérielle et de la fréquence cardiaque sont enregistrées pendant
l’épreuve.
Quatre phases principales sont distinguées
successivement :
– phase I : l’augmentation de la pression intrathoracique est
transmise à l’aorte ; il en résulte une élévation de la pression
artérielle avec bradycardie ;
– phase II : le retour veineux au coeur diminue et entraîne une baisse
de la pression artérielle alors qu’une tachycardie par sympathique
cardiaque (ou baisse de l’activité parasympathique) apparaît ; si la
manoeuvre se prolonge, la pression se stabilise, de même que la
fréquence cardiaque ;
– phase III : à l’arrêt de la manoeuvre de Valsalva, la pression
intrathoracique est réduite et l’on enregistre une chute brutale de la
pression avec tachycardie modérée ;
– phase IV : un rebond hypertensif (overshoot) a lieu, attribué soit à
une vasoconstriction réflexe, soit à une augmentation du travail
cardiaque ; une bradycardie accompagne cette poussée tensionnelle.
Une dysautonomie se caractérise par une chute progressive de la
pression artérielle moyenne supérieure à 50 % de la normale au
cours de la phase II, une absence de rebond en phase IV et une
fréquence cardiaque moindre en phase II qu’en phase IV.
Dans certains cas observés en cardiologie, aucune réponse à la
manoeuvre de Valsalva n’est obtenue accompagnant une dénervation
vagale et sympathique.
Le rapport de Valsalva est un test quantitatif simple non invasif,
limité à l’étude des modifications de la fréquence cardiaque au cours
de la manoeuvre de Valsalva.
Chez le sujet normal, la manoeuvre de
Valsalva induit une modification tensionnelle et du rythme
cardiaque qui peut être absente en cas de dysautonomie.
Cette
épreuve est parfois normale chez certains patients qui n’ont pas de
rebond de pression artérielle en phase IV.
Le rapport de Valsalva étudie les modifications du rythme cardiaque
et reflète l’intégrité vagale et des barorécepteurs.
Au cours de la
mesure, l’augmentation de la pression intrathoracique s’associe à
une tachycardie due à une inhibition vagale induite par la baisse de
pression artérielle.
Après l’arrêt de l’effort, il se produit une
bradycardie réflexe par stimulation vagale.
Le sujet souffle dans un embout relié à un manomètre et maintient
une pression de 40 mmHg durant 15 secondes.
L’électrocardiogramme
est enregistré en continu pendant ce temps. Les
intervalles R-R sont mesurés.
La manoeuvre est répétée trois fois
avec des intervalles de 2 à 3 minutes.
Le résultat est exprimé sous la
forme du rapport de Valsalva : rapport du plus long intervalle R-R
après la manoeuvre (reflétant la bradycardie rebond après la
relaxation) sur le plus court intervalle R-R pendant la manoeuvre
(reflétant la tachycardie pendant l’effort).
Seule la meilleure des trois
mesures est prise en compte.
Les valeurs normales dépendent de
l’âge (chez le sujet jeune, inférieures à 1,04).
La réponse cardiaque à l’orthostatisme ou head-up tilt entraîne
une hypotension artérielle sévère.
Normalement lors du passage en
orthostatisme (actif ou passif), la pression systolique n’est pas
modifiée (chute inférieure à 10 mmHg) alors que la diastolique
augmente.
L’activité vagale diminue, mais l’activité parasympathique
est accrue dans les muscles.
Les taux de norépinéphrine et de rénine sont augmentés dans la veine rénale.
Les résistances périphériques et le tonus veineux s’élèvent.
Chez le
sujet normal, l’enregistrement électrocardiographique continu
montre, en orthostatisme, une tachycardie maximale vers le
15e battement, puis une bradycardie vers le 30e battement.
La
tachycardie réflexe est abolie par l’injection d’atropine, mais pas par
le propranolol.
Cette manoeuvre étudie le rapport 30/15 (rapport de l’intervalle R-R
pris aux environs du 30e battement après un lever actif sur celui
pris autour du 15e battement).
L’augmentation du pouls varie, selon
l’âge, de 11 à 29 battements/min et le rapport 30/15 doit être
supérieur à 1,04.
En cas d’atteinte parasympathique, la fréquence
cardiaque augmente peu ou pas en orthostatisme, et la tension
artérielle s’abaisse.
Une perfusion de noradrénaline illustre la loi de Cannon selon
laquelle un organe dénervé est hypersensible à ce transmetteur.
Le test au froid (cold pressor test), peu quantifiable, est la survenue
d’hypertension et de tachycardie après immersion d’une main dans
l’eau glacée.
La réponse s’effectue par les fibres efférentes
sympathiques vasoconstrictrices.
D - BIOPSIE NERVEUSE :
La biopsie nerveuse faite pendant la période de régression montre
un déplacement vers la gauche de la courbe du diamètre des fibres
amyéliniques, avec une augmentation de nombre des fibres
amyéliniques de très petit calibre signant la régénération.
Dans
un cas qui comportait une perte sélective des fibres myéliniques de
petit calibre et des fibres amyéliniques, l’étude in vitro des
potentiels d’action du nerf sural montrait l’absence totale de
potentiels de fibres C.
Dans un autre cas, la biopsie du nerf sural montrait une
importante réduction de la densité des fibres acétylcholinestérases
positives qui sont en corrélation directe avec la fonction des fibres
sympathiques postganglionnaires.
Physiopathologie
:
La physiopathologie de la pandysautonomie aiguë n’est pas
définitivement établie.
L’hypothèse d’une atteinte secondaire des fibres du système nerveux
autonome, par exemple par un virus neurotrope, a été soulevée en
présence de formes secondaires à une mononucléose infectieuse
ou à un zona.
Une polynévrite autonome inflammatoire, sorte de syndrome de Guillain-Barré limité aux fibres sympathiques et parasympathiques,
est possible du fait de la protéinorachie élevée, de la curabilité
spontanée et aussi de la coexistence fréquente de dysautonomie et
d’hypotension orthostatique dans le syndrome de Guillain-Barré.
Cependant les altérations morphologiques des nerfs sont différentes
dans les deux affections.
Beaucoup d’arguments sont en faveur d’une neuropathie dysimmune : expérimentalement, des troubles vasomoteurs
surviennent chez le lapin immunisé par des extraits de ganglions
sympathiques.
De même ont été mis en évidence, sur des biopsies
cutanées par immunofluorescence, des anticorps IgG contre les
fibres cholinergiques postganglionnaires.
Par ailleurs, la pandysautonomie aiguë est comparable à la maladie
expérimentale auto-immune du lapin provoquée par injection de
tissu sympathique humain mélangé à de l’adjuvant de Freund,
qui entraîne une maladie animale régressive avec troubles
vasomoteurs et anticorps antitissu sympathique.
Les lésions de cette
neuropathie autonome expérimentale comportent des infiltrations
lymphocytaires des ganglions sympathiques.
Enfin l’activité des
immunoglobulines est en faveur d’une dysimmunité.
Un des intérêts de la pandysautonomie est d’illustrer le fait que le
système nerveux autonome est une entité.
Il s’agit d’une notion
théorique admise mais qui n’a jamais été définitivement prouvée.
Or cette atteinte globale paraît être un argument de valeur le
confirmant.
Formes associées
de pandysautonomie aiguë
:
A - PANDYSAUTONOMIE AIGUË AUTONOME ET SENSITIVE
(OU TYPE III)
:
C’est une sorte de pandysautonomie « plus » marquée
par des lésions axonales des nerfs sensitifs et l’absence de potentiels
sensitifs sur les nerfs périphériques.
Des troubles sensitifs distaux
sont habituels.
De tels cas ont été rapportés à plusieurs reprises.
Cette forme se différencie des autres types par la sévérité de son
évolution.
La récupération est habituellement incomplète. De
même, une évolution fatale n’est pas exceptionnelle.
L’autopsie
met alors en évidence des lésions dégénératives des nerfs
périphériques, des racines postérieures et des ganglions, des
colonnes postérieures.
Cependant, les neurones du système
autonome n’ont pas été examinés.
Satake et al ont observé un patient de 30 ans se plaignant de
paresthésies généralisées intenses avec hypotension orthostatique,
troubles urinaires et gastro-intestinaux, anhidrose, hypoesthésie du
corps entier respectant la face, absence de potentiels sensitifs.
Le
décès se produisit par insuffisance cardiaque.
L’autopsie montrait
une démyélinisation des cordons postérieurs, une atrophie des
racines dorsales, une raréfaction des neurones ganglionnaires
sympathiques.
En revanche, le tractus intermediolateralis était
normal.
De ce fait, les lésions du système autonome semblent
essentiellement localisées aux ganglions sympathiques.
Ces
constatations diffèrent de celles de Toghi et al qui considèrent
que les lésions du système autonome prédominent dans le nerf
périphérique.
Mais elles confirment celles de Stoll et al selon
lesquelles les lésions, faites d’infiltrats lymphocytaires et de
dégénérescence, prédominent dans les ganglions sensitifs et autonomes.
Les faits semblent indiquer que les lésions des pandysautonomies aiguës autonomes et sensitives, sont causées par
des ganglionopathies plutôt que par des neuropathies.
B - FORMES AVEC ATTEINTE
HYPOTHALAMOHYPOPHYSAIRE :
Des atteintes centrales du système autonome accompagnent parfois
une pandysautonomie indiquant une participation de
l’hypothalamus.
Un cas est associé à un syndrome de sécrétion
inappropriée d’hormone antidiurétique chez une enfant.
Inone et
al décrivent l’association à un syndrome aménorrhée-galactorrhée
avec anorexie sévère tandis que la résonance magnétique nucléaire
montre une dilatation du IIIe ventricule.
C - FORMES AVEC ATTEINTE DU TRONC CÉRÉBRAL
:
Elles paraissent exceptionnelles, comportant une atteinte bulbaire et
une ataxie, une incoordination.
Un titre élevé d’anticorps antivirus
d’Epstein-Barr était présent dans le sérum.
Pandysautonomies au cours
de maladies caractérisées
:
Des tableaux cliniques proches de la pandysautonomie s’observent
dans diverses affections systémiques, dysimmunes ou toxiques.
Elles
entrent dans le cadre du diagnostic différentiel.
A - AMYLOSE
:
L’amylose primaire est parfois de diagnostic difficile.
Elle est due au
dépôt de fibrilles amyloïdes avec fragments de chaînes légères
d’immunoglobulines kappa et lambda. Les manifestations cliniques
traduisent le dépôt anormal dans divers organes : coeur, reins,
appareil digestif, appareil respiratoire, peau.
Une neuropathie
périphérique distale est présente dans 15 à 20 % des cas.
Elle précède
parfois de plusieurs mois les autres manifestations, avec une atteinte
prédominante des pieds.
La sémiologie dysautonomique
accompagne et souvent précède la neuropathie sensitive avec
hypotension orthostatique, troubles urinaires, impuissance et
diarrhée.
Cependant, des éléments différentiels sont présents,
marqués surtout par des troubles de la sensibilité douloureuse et
thermique.
L’évolution est progressive.
La mort est due à une
insuffisance cardiaque ou rénale.
Les traitements médicamenteux
sont inefficaces.
Une greffe hépatique est la seule thérapeutique
active. Une protéine monoclonale (M component) est décelée dans
deux tiers des cas et une plasmocytose osseuse dans la moitié des
cas.
La raison d’une atteinte prédominante des fibres de petit calibre
est mal connue.
Une compression mécanique isolée par le dépôt
amyloïde ne suffit pas à produire une dégénérescence élective de
ces fibres amyéliniques, d’autant que les compressions
expérimentales lèsent seulement les fibres de grand calibre.
De
même un facteur ischémique est incertain car, ici encore, les fibres
de grand calibre sont plus sensibles à l’ischémie que celles de petit
calibre.
B - PANDYSAUTONOMIE PARANÉOPLASIQUE
:
La pandysautonomie paranéoplasique est également proche et à
différencier.
Le début est aigu ou subaigu.
L’atteinte sympathique et
parasympathique est au premier plan avec hypotension
orthostatique, pseudo-obstruction gastro-intestinale, anomalies des
réflexes pupillaires. Une neuropathie sensitive et même
sensitivomotrice est parfois associée.
La dysautonomie précède
souvent de plusieurs mois (12-18 mois) la découverte de la néoplasie
qui est en général un cancer bronchique à petites cellules, un cancer
de l’estomac, du pancréas ou du testicule.
Le premier cas de pandysautonomie paranéoplasique a été rapporté par Chiappa et
Young, chez un sujet présentant des vomissements avec
hypotension orthostatique et autres troubles autonomes, chez lequel
l’autopsie montre un cancer bronchique à petites cellules.
Young
tire un argument de tels patients en faveur de l’origine dysimmune
des pandysautonomies qui pourraient être liées à l’effet d’anticorps
anti-Hu sur le système autonome.
C - BOTULISME B :
Le botulisme B, variante atténuée de botulisme, s’accompagne d’une
dysfonction cholinergique.
Le début se fait, le lendemain de
l’ingestion d’aliments contaminés, par des nausées, des
vomissements, une vision trouble. Les symptômes les plus
importants sont une diminution des sécrétions lacrymale et salivaire,
une parésie ou une paralysie de l’accommodation, avec anomalies
pupillaires, des crampes abdominales, une constipation rebelle.
Cependant, l’évolution est favorable et bénigne bien que
l’amélioration soit lente, demandant 2 à 3 mois.
D - INTOXICATION PAR LA BELLADONE :
La belladone (Atropa belladonna L) est un bloqueur du système
nerveux parasympathique.
L’intoxication se produit après ingestion
de baies chez les enfants, après utilisation de cigarettes de datura
(chez des asthmatiques ou chez des toxicomanes) ou encore après
absorption d’aliments contaminés (animaux ayant consommé des
baies : escargots, lapins, merles, grives).
Les symptômes sont surtout
une vision trouble, une sécheresse de la bouche et de la peau, un
érythème souvent fébrile, une dilatation pupillaire et parfois
l’installation d’un état confusionnel.
Cependant la régression est de
règle.
La sémiologie est résumée dans la formule « Hot as a hare,
blind as a bat, dry as a bone, red as a beet, mad as a wet hen » (Chaud
comme un lièvre, aveugle comme une chauve-souris, sec comme un
os, rouge comme une betterave, fou comme une poule mouillée).
Conclusion
:
Ainsi la pandysautonomie aiguë illustre l’indépendance du système
nerveux autonome.
Cette affection doit être reconnue devant la
survenue rapide d’altération isolée des activités sympathiques et
parasympathiques.
Bien que la parenté avec la polyradiculonévrite
aiguë de Guillain-Barré ne soit pas unanimement admise, son évolution
en est proche et la thérapeutique doit s’inspirer du traitement de cette
dernière.