Ostéopathies endocriniennes (en dehors de l’hyperparathyroïdie) Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Les endocrinopathies peuvent, à des degrés divers, être à l’origine
d’un retentissement osseux dont l’importance est variable en
fonction de l’affection considérée.
Les plus fréquemment en cause
sont représentées par l’hypooestrogénie postménopausique,
l’hyperparathyroïdie primitive, ainsi que le syndrome ou la maladie
de Cushing.
La prévalence des deux premières affections citées et
les conséquences osseuses potentielles qu’elles peuvent entraîner
sont telles qu’elles font l’objet de deux questions séparées.
Le retentissement osseux des endocrinopathies était classiquement
évalué histologiquement par le biais de la réalisation d’une
ponction-biopsie osseuse.
Cette procédure traumatique ne saurait
cependant être généralisée.
À l’inverse, parmi les examens non sanglants, la radiographie standard ne fournit que des
renseignements très grossiers quant à l’éventualité d’une raréfaction
osseuse.
Son intérêt principal réside dans sa capacité à mettre en
évidence une éventuelle fracture.
Les progrès dans ce domaine
résultent en grande partie du développement, durant ces
15 dernières années, de la densitométrie osseuse.
La technique
actuelle de référence par absorptiométrie biphotonique à rayons X
(DXA), au prix d’une irradiation négligeable, fournit des résultats
précis et reproductibles.
La densitométrie osseuse a ainsi permis
d’apprécier le retentissement osseux quasi constant d’affections telles
que l’hyperthyroïdie ou de certains hypogonadismes d’origine haute
comme l’anorexie mentale ou l’activité physique intensive.
L’abaissement de la densité minérale osseuse (DMO) au cours de
certaines endocrinopathies devient à présent un élément parmi
d’autres permettant de guider au mieux la thérapeutique.
Dans un
même ordre d’idée, l’amélioration des données densitométriques
après traitement constitue un critère supplémentaire pour évaluer
l’efficacité thérapeutique.
De même, d’autres techniques non
irradiantes, telles que les mesures ultrasonores osseuses, pourraient
être utiles dans cette indication, bien que les données soient pour
l’instant très préliminaires.
Enfin, le développement récent de marqueurs du remodelage osseux fiables tant en ce qui concerne la
formation que la résorption osseuse, ouvre des perspectives
nouvelles quant à la compréhension de la physiopathologie du
retentissement osseux des endocrinopathies.
Cette mise au point a pour but de préciser l’existence d’une atteinte
osseuse au cours des principales endocrinopathies ainsi que du
diabète, en effectuant si nécessaire un bref rappel de l’action osseuse
de chacune des hormones sur le tissu osseux.
Hypophyse :
A - HYPERPROLACTINÉMIE :
Au cours de l’hyperprolactinémie, la DMO est diminuée surtout aux
vertèbres (-20 à -25 %), mais également au col fémoral
ou à l’avant-bras (-2 à -5 %), suggérant une atteinte corticale
et trabéculaire mais prédominant sur l’os trabéculaire.
Les
marqueurs de la résorption osseuse sont augmentés, tandis
que ceux explorant l’ostéoformation sont diminués ou
augmentés selon les études.
Il n’existe pas actuellement
d’argument convaincant pour un rôle propre de
l’hyperprolactinémie.
Le retentissement osseux paraît
principalement lié à l’hypogonadisme secondaire à
l’hyperprolactinémie, comme en témoigne l’absence de diminution
de la masse osseuse chez les femmes avec hyperprolactinémie
gardant des cycles menstruels réguliers.
Il est d’autant plus
marqué que l’hypogonadisme est ancien, mais surtout qu’il s’est
installé de façon précoce dans la vie, notamment pendant la période
d’acquisition de la masse osseuse.
Les quelques études
prospectives réalisées en l’absence de traitement de
l’hyperprolactinémie montrent une perte osseuse progressive
qui, pour certains, ne serait pas accélérée par rapport à une
population contrôle appariée pour l’âge.
Le rôle éventuel sur la
masse osseuse de la sécrétion hypophysaire excessive de
parathormone related peptide (PTHrP) chez les patients ayant un
prolactinome n’est pas déterminé.
L’excès pondéral et
l’augmentation de la sécrétion d’androgènes surrénaliens, parfois
associés à l’hyperprolactinémie, ont un effet plutôt protecteur sur la
masse osseuse.
La normalisation de la prolactinémie permet l’amélioration de la
DMO uniquement si elle est à l’origine de la correction de
l’hypogonadisme.
L’effet le plus net est observé dans les 6 à
12 premiers mois chez les femmes étudiées par Klibanski et al,
mais uniquement après 18 mois de traitement dans le groupe
d’hommes étudiés par Di Somma et al.
La récupération volontiers
plus retardée de la fonction gonadique chez les hommes explique
sans doute les différences observées.
Certains patients gardent une
masse osseuse abaissée malgré la correction des anomalies
hormonales, notamment aux vertèbres, montrant la nécessité
d’un traitement aussi précoce que possible.
B - ACROMÉGALIE :
Les arthralgies sont un signe classique d’évolutivité de
l’acromégalie. Leur disparition sous traitement est en faveur d’un
contrôle satisfaisant de l’hypersomatotropisme.
Cependant, certains
patients présentent des arthropathies des membres et du rachis,
progressivement constituées évoluant en dépit de la correction de
l’excès de growth hormone (GH).
Sur les radiographies standards, il existe une hypertrophie des
parties molles et un élargissement des interlignes articulaires
traduisant la reviviscence de la chondrogenèse.
Les corticales
diaphysaires des os longs, ainsi que des phalanges, sont épaissies et
les houppes phalangiennes sont hypertrophiées.
Il existe une
cyphose rachidienne dans les formes évoluées, une ostéophytose
exagérée, et les corps vertébraux sont élargis.
Les données histomorphométriques et l’élévation des marqueurs de
l’ostéoformation, ainsi que de la résorption osseuse
témoignent de l’existence d’un hyperremodelage osseux.
L’épaisseur
des corticales est augmentée, leur porosité généralement diminuée,
tandis que les données histomorphométriques concernant la masse
osseuse trabéculaire sont plus variables.
L’analyse par
tomodensitométrie quantitative montre une augmentation de la DMO corticale tandis la DMO trabéculaire est normale ou
diminuée.
L’existence ou non d’un hypogonadisme associé
explique certainement pour une grande part les variations observées.
En l’absence d’hypogonadisme, la DMO est augmentée au
radius, au col fémoral, au trochanter, au triangle de Ward,
tandis qu’elle est augmentée ou normale aux vertèbres.
En
présence d’un hypogonadisme, la DMO vertébrale est volontiers
abaissée, corrélée avec l’ancienneté de l’hypogonadisme, tandis
qu’elle est normale au col fémoral ou au radius.
Au total,
l’ostéopénie est peu fréquente aux sites riches en os cortical, mais
retrouvée dans 20 à 45 % des cas aux vertèbres, d’autant plus
fréquemment qu’il existe un hypogonadisme ou que l’acromégalie
n’est plus évolutive.
In vitro, la GH et les insulin-like growth factorr
(IGF) augmentent la prolifération et la différenciation des
ostéoblastes, ainsi que la synthèse de l’alagène.
Dans l’acromégalie,
la GH et l’IGF I plasmatiques sont augmentées, mais il a également
été démontré une augmentation de l’IGF II et de l’IGFBP-5, protéine
de liaison potentialisant l’action des IGF dans la corticale,
expliquant les modifications observées dans cette affection.
C - DÉFICIT SOMATOTROPE :
Elles sont en faveur de
l’existence d’une diminution du contenu minéral osseux chez les
patients présentant un déficit somatotrope, ou beaucoup plus
rarement une résistance périphérique à l’action de la GH (syndrome
de Laron).
L’atteinte est proportionnelle à la sévérité du déficit
et comparable chez les patients ayant un déficit somatotrope isolé
ou associé à d’autres déficits antéhypophysaires suggérant le rôle
propre du déficit en GH dans le retentissement osseux de
l’hypopituitarisme antérieur.
Le retentissement osseux est d’autant
plus important que le déficit s’est installé de façon précoce dans la
vie.
Ainsi, dans l’étude de Longobardi et al, la DMO est
significativement plus basse chez les 18 patients déficitaires depuis
l’enfance que chez les 18 dont le déficit s’est installé à l’âge adulte.
À l’inverse, Toogood et al, étudiant exclusivement des patients
de plus de 60 ans, montrent l’absence de différence significative de
la masse osseuse à tous les sites étudiés, que les patients aient ou
non un déficit somatotrope, confirmant les résultats de Holmes et
al.
Le rôle de la GH dans l’acquisition du pic de masse osseuse
expliquerait l’atteinte plus sévère chez les patients déficitaires depuis
l’enfance.
Un traitement prolongé par l’hormone de
croissance, à une posologie permettant de normaliser l’IGF I
plasmatique, entraîne une augmentation de la DMO au col fémoral,
au trochanter et au rachis, avec un plateau observé après
30 à 36 mois de traitement.
L’effet se maintient plusieurs mois
après l’arrêt du traitement.
On observe néanmoins un effet biphasique avec, les 6 premiers mois, l’absence de variation, voire
une diminution de la masse osseuse.
La GH induit de façon
certaine un hyperremodelage osseux, comme en témoigne
l’élévation dès les premiers mois des marqueurs de l’ostéoformation
et de la résorption.
Cependant, certains auteurs
montrent une prédominance initiale de la résorption, tandis que la
formation osseuse ne devient que secondairement prépondérante,
pouvant expliquer les bénéfices retardés du traitement.
L’augmentation initiale de l’espace de remodelage et de la
proportion d’os non minéralisé explique également certainement la
baisse initiale de la DMO.
Les résultats préliminaires de Valk et
al suggèrent l’intérêt potentiel d’un traitement par
bisphosphonates dans la prévention de la diminution initiale de la
masse osseuse en cas d’ostéoporose sévère.
Le traitement substitutif
est d’autant plus efficace que le déficit en GH est sévère et que les sujets traités sont jeunes.
Il permet de diminuer de 50 %
la fréquence de l’ostéopénie, mais il n’existe pas d’étude
démontrant la diminution du risque fracturaire qui est par ailleurs
accru (X 2,5) chez ces patients.
Enfin, l’étude de Johansson et al
illustre l’influence du sexe dans la réponse de la masse osseuse à un
traitement substitutif par GH.
Alors que les doses de GH nécessaires
pour normaliser l’IGF I plasmatique sont plus élevées chez les
femmes que chez les hommes, l’augmentation de la DMO totale,
vertébrale et du col fémoral, n’est constatée que chez les hommes.
L’impact des oestrogènes dans la sensibilité à la GH reste mal connu
et nécessiterait la réalisation d’une étude contrôlée avec des femmes
recevant ou non une oestrogénothérapie substitutive.
D - DIABÈTE INSIPIDE :
Il existe peu de données cliniques concernant l’éventuel
retentissement osseux du diabète insipide central.
Il a été récemment
montré l’existence d’une diminution de la DMO vertébrale et
fémorale avec diminution de l’ostéocalcine chez les patients
présentant un déficit isolé de la posthypophyse. Les marqueurs de
la résorption osseuse sont normaux ou élevés.
L’atteinte persiste
chez les sujets traités par desmopressine, mais est sensible à un
traitement par bisphosphonates.
Le défaut de production de
certaines prostaglandines (PGE2 et F2a), physiologiquement
stimulées par l’hormone antidiurétique et impliquées dans
l’ostéoformation, est invoqué par les auteurs pour expliquer les
anomalies observées chez leurs patients.
Gonades :
En dehors de la ménopause, d’autres états d’hypogonadisme sont
susceptibles de retentir sur le tissu osseux.
De même, chez l’homme,
les hypogonadismes congénitaux peuvent avoir un retentissement
osseux à l’âge adulte.
A - HYPOGONADISMES FÉMININS
:
1- Hypogonadismes hypogonadotropes
:
Qu’ils soient fonctionnels ou organiques, congénitaux ou acquis, ils
entraînent par le biais de l’hypooestrogénie une diminution de la
masse osseuse, prédominant à l’os trabéculaire mais concernant
également l’os cortical.
Le rôle associé du poids et notamment de la masse maigre, ainsi
que des facteurs nutritionnels, est illustré par l’exemple de
l’anovulation hypothalamique fonctionnelle (AHF), étiologie
fréquente d’hypogonadisme hypogonadotrope fonctionnel chez la
femme.
L’anorexie mentale en est la cause la plus classique et la
plus facilement identifiable.
Un entraînement physique intense et
prolongé, un stress volontiers chronique, des antécédents
d’amaigrissement parfois modérés et/ou anciens sont également des
facteurs étiologiques bien connus.
En dehors de ce contexte,
l’atteinte est également fréquente chez des patientes dont le poids
reste normal mais la masse maigre abaissée.
Les anomalies nutritionnelles sont évidentes dans l’anorexie mentale, mais
également volontiers retrouvées dans les autres étiologies d’AHF
(apports caloriques en apparence normaux mais inadaptés à
l’activité physique, alimentation sélective principalement aux dépens
des lipides).
Une diminution de la masse osseuse trabéculaire, et à un moindre
degré corticale, a été largement démontrée chez les femmes avec
AHF, en dehors du contexte d’anorexie mentale.
Elle est
d’autant plus sévère que les patientes ont été réglées de façon
tardive et que l’hypogonadisme s’est installé de façon précoce dans
leur vie.
La perte osseuse est la plus rapide les cinq premières
années qui suivent l’apparition de l’aménorrhée.
Elle expose les
athlètes avec aménorrhée à un risque accru (multiplié par 2) de
fractures de fatigue, qui cependant respectent le rachis.
La carence
oestrogénique est le principal facteur responsable, comme en
témoignent l’atteinte préférentielle de l’os trabéculaire et les
corrélations négatives observées entre la DMO et la durée de
l’aménorrhée ou les taux plasmatiques d’oestradiol.
Le rôle propre des anomalies du comportement alimentaire et des
carences nutritionnelles est démontré chez les patientes avec
anorexie mentale dont la diminution de la masse osseuse est plus
sévère que chez les patientes avec AHF d’étiologie autre.
Environ
50 % des anorexiques ont une DMO vertébrale à moins de deux
déviations standards en dessous des valeurs normales pour l’âge,
tandis que le risque fracturaire, multiplié par 7 en périphérie, est
également accru aux vertèbres.
La diminution de l’IGF I plasmatique
et de la masse maigre observée chez ces patientes s’ajoute aux
conséquences de l’hypooestrogénie.
La part relative de
l’hypercortisolisme fonctionnel et de la carence vitaminocalcique
observés chez ces patientes reste moins bien déterminée.
Dans l’AHF, le retour spontané des menstruations, volontiers
parallèle à un meilleur équilibre nutritionnel, permet une évolution
favorable de la masse osseuse.
Cependant, l’aménorrhée et des
troubles du comportement alimentaire a minima persistent
volontiers chez ces patientes, même après reprise pondérale.
Le
traitement substitutif oestrogénique ne permet qu’une amélioration
partielle de la masse osseuse, illustrant le caractère
multifactoriel des mécanismes responsables du retentissement
osseux.
2- Hypogonadismes hypergonadotropes
:
Le syndrome de Turner représente l’étiologie la plus fréquente des
hypogonadismes hypergonadotropes congénitaux.
Pendant
l’enfance, la DMO est normale, voire même augmentée dans l’os
trabéculaire chez les enfants qui ont reçu un traitement par hormone
de croissance dont l’objectif est d’améliorer le pronostic de taille
définitive.
La diminution de la masse osseuse par rapport aux
populations contrôles, observée à l’adolescence, en l’absence de
traitement hormonal substitutif, est partiellement prévenue par
la mise en route d’une oestrogénothérapie.
Le traitement substitutif
est d’autant plus efficace sur la masse osseuse qu’il est entrepris de
façon précoce.
Au cours de la ménopause précoce, la masse osseuse reste inchangée
l’année qui suit l’apparition de l’aménorrhée, puis la diminution est
rapide les 2 années suivantes, justifiant la mise en route rapide d’un
traitement substitutif préventif.
B - HYPOGONADISMES MASCULINS
:
Toute atteinte organique hypothalamo-hypophyso-gonadique
entraînant l’absence de puberté ou un développement pubertaire
incomplet est associée à un retard de la maturation osseuse et à une
diminution du pic de masse osseuse.
L’hypogonadisme hypogonadotrope congénital organique, avec
(syndrome de Kallmann) ou sans anosmie, est un modèle d’atteinte
isolée de la fonction gonadotrope.
Il existe chez ces patients une
diminution de la DMO corticale et trabéculaire.
Dans le syndrome de Klinefelter qui représente l’étiologie la plus
fréquente des hypogonadismes hypergonadotropes congénitaux,
l’insuffisance leydigienne n’est que partielle, d’importance variable
d’un sujet à l’autre, expliquant certainement les différences
constatées par les différentes équipes.
Luisetto et al rapportent
chez leurs patients dont l’hypogonadisme n’est que modéré,
l’absence de diminution significative de la DMO vertébrale ou
fémorale par rapport à un groupe contrôle apparié pour l’âge.
D’autres décrivent une atteinte corticale et trabéculaire, d’autant
plus marquée que le taux plasmatique de testostérone est
diminué.
Le retentissement osseux du retard pubertaire, hypogonadisme hypogonadotrope fonctionnel mais réversible, reste controversé.
Finkelstein et al ont montré l’existence d’une diminution de la
DMO vertébrale, fémorale et radiale chez les hommes ayant des
antécédents de retard pubertaire, que les mesures soient corrigées
ou non par rapport au volume osseux, suggérant la nécessité d’un
timing adéquat de la puberté pour l’acquisition d’un pic de masse
osseuse normal.
Ces résultats n’ont pas été confirmés par Bertelloni
et al qui ont montré l’absence de diminution significative de la
DMO vertébrale corrigée par rapport au volume osseux.
L’hétérogénéité des mécanismes physiopathologiques en cause dans
le retard pubertaire explique probablement pour une part les
différences observées. Par ailleurs, le rôle éventuel d’un
traitement androgénique transitoire chez ces patients n’est pas
connu.
Les hypogonadismes acquis à l’âge adulte s’accompagnent d’une
accélération de la perte osseuse, avec diminution de la masse
osseuse trabéculaire mesurée par tomodensitométrie quantitative,
tandis que la DMO mesurée au radius est comparable à celle des
contrôles eugonadiques en faveur d’une atteinte moindre de l’os
cortical.
La mise en oeuvre d’une androgénothérapie chez les sujets
présentant un hypogonadisme congénital entraîne une
augmentation de la DMO de l’os cortical et trabéculaire, l’effet
bénéfique maximal étant observé les 2 ou 3 premières années de
traitement.
L’évolution est d’autant plus favorable que la
diminution initiale de la masse osseuse est importante.
L’androgénothérapie substitutive des patients avec hypogonadisme
acquis permet l’augmentation de la masse osseuse trabéculaire de
14 % dans l’étude de Katznelson et al.
L’obtention d’une masse
osseuse normale après substitution satisfaisante de l’hypogonadisme
reste néanmoins controversée.
Dans l’étude de Wong et al, une
androgénothérapie substitutive permettant l’obtention de taux
plasmatiques normaux de testostérone ne permet pas la correction
complète de la masse osseuse mesurée au col fémoral et au rachis
chez 14 patients ayant un syndrome de Klinefelter.
Des résultats
comparables sont obtenus par Finkelstein et al dans un groupe
de 21 patients avec hypogonadisme hypogonadotrope isolé qui
n’étaient traités en moyenne que depuis 2 ans.
Cependant, dans
l’étude de Behre et al, tous les patients substitués depuis plus de 3
ans, ayant une testostéronémie normale sous traitement, ont une
masse osseuse vertébrale normale pour l’âge, quelle que soit
l’étiologie de l’hypogonadisme.
La durée du traitement substitutif,
l’ancienneté de l’hypogonadisme lors de la mise en route de
l’androgénothérapie et les doses thérapeutiques utilisées
expliquent sans doute les différences observées.
Le rôle des androgènes sur l’os s’explique pour une part par un
mécanisme direct.
Les androgènes ont des récepteurs dans les
ostéoblastes dont ils stimulent in vitro la différenciation.
Ils inhibent
par ailleurs la production d’interleukine 6, cytokine impliquée dans
l’activation des ostéoclastes et la résorption osseuse.
Les androgènes
exercent également un rôle important sur l’os par l’intermédiaire de
leur aromatisation en oestrogènes.
En effet, les rares observations de
résistance aux oestrogènes par anomalie du récepteur, ou de
déficit par mutation inactivatrive du gène de l’aromatase illustrent
le rôle fondamental des oestrogènes sur la maturation et la
minéralisation osseuse chez l’homme.
Les patients décrits sont
de grande taille.
Ils présentent à l’âge adulte un retard de maturation
osseuse, avec absence de soudure des cartilages de conjugaison et
croissance linéaire continue, alors que le développement pubertaire
est terminé, que les androgènes plasmatiques sont normaux (résistance aux oestrogènes) ou augmentés (déficit en aromatase).
Les
marqueurs plasmatiques de l’ostéoformation et de la résorption sont
augmentés.
La DMO est significativement diminuée, avec une
atteinte prédominant sur l’os trabéculaire.
Surrénales :
A - HYPERCORTISOLISMES :
Les glucocorticoïdes (GC) sont à l’origine d’une négativation du
bilan calcique et osseux.
La première est notamment
expliquée par l’inhibition de l’absorption intestinale du calcium (en
partie indépendante de la vitamine D) et de sa réabsorption
tubulaire rénale.
De même, il est maintenant bien démontré que les
GC dépriment la formation osseuse en diminuant la prolifération
des précurseurs ostéoblatiques.
Ils inhibent également leur
différenciation en ostéoblastes matures.
Certaines fonctions de
synthèse des ostéoblastes sont ainsi altérées, telles que la
transcription du gène de l’ostéocalcine et l’expression de la chaîne a
de l’alagène.
La diminution de la formation osseuse résulte
également de mécanismes indirects comme l’inhibition de la
production des hormones sexuelles, tant périphérique que centrale,
mais également l’inhibition de la synthèse de certains facteurs de
croissance ostéoblastiques (IGF I et transforming growth factor
[TGF]bêta).
L’existence d’une augmentation de la résorption osseuse
partiellement expliquée par une hyperparathyroïdie fonctionnelle a
également été suggérée.
La diminution de la sécrétion de luteinizing
hormone (LH), ainsi que des oestrogènes ovariens ou des androgènes
testiculaires, participe également à l’augmentation de celle-ci.
Les
données sur le sujet sont cependant contradictoires dans les
hypercorticismes endogènes, alors que cette éventualité a été bien
démontrée au cours des traitement corticoïdes.
Quoi qu’il en soit,
les états d’hypercortisolisme sont à l’origine d’une déminéralisation
osseuse, avec augmentation du risque fracturaire, tout
particulièrement lombaire, comme l’avait déjà démontré Cushing en
1932.
1- Études transversales :
Les données récentes de la littérature sont en faveur d’un
abaissement de la masse osseuse au cours des syndromes de
Cushing, comparativement aux résultats observés chez des témoins.
L’abaissement lombaire est ainsi de l’ordre de 15 à 20 % en
fonction des auteurs.
Les valeurs exprimées en déviations
standards après ajustement pour l’âge et le sexe (Z-score) sont en
moyenne de -1,5.
Pour certains, la diminution de la DMO serait
plus importante en site trabéculaire que cortical, mais ces résultats
ne sont pas retrouvés par tous les auteurs.
L’intérêt éventuel
des mesures ultrasonores osseuses au cours des hypercortisolismes
n’a fait l’objet que de peu de travaux.
Cette méthode, bien
qu’intéressante, semble cependant moins sensible que la densitométrie osseuse dans cette indication.
Les résultats concernant les marqueurs du remodelage osseux ne
sont pas tous univoques.
Les données relatives à l’ostéocalcine, en
bonne concordance avec la physiopathologie, sont en règle générale
en faveur d’une diminution du taux de la GLA-protéine au cours
des hypercortisolismes, exception faite de l’étude de
Hermus et al.
En ce qui concerne les autres marqueurs de
l’ostéoformation, les conclusions des travaux sont variables.
Ainsi,
les phosphatases alcalines osseuses sont le plus souvent retrouvées
abaissées, alors que les propeptides N et C, terminaux du
proalagène de type I (PINP et PICP), sont habituellement normaux.
Les marqueurs de la résorption osseuse sont élevés pour
certains, normaux, voire même diminués pour
d’autres.
Ces résultats globaux doivent être nuancés, compte
tenu du fait que les marqueurs mesurés ne sont pas toujours les
plus performants.
Ainsi, l’élévation de l’hydroxyprolinurie constatée
par Hermus et al n’est pas obligatoirement le reflet d’une
augmentation du remodelage osseux, compte tenu de la faible
spécificité de ce marqueur.
De même, la normalité du taux du télopeptide carboxyterminal du proalagène de type I (ICTP) peut ne
refléter que la faible sensibilité de ce marqueur.
Les marqueurs
urinaires les plus sensibles et les plus spécifiques, tels que les
fragments peptidiques N et C terminaux des pyridinolines, n’ont
pour l’heure fait l’objet que de peu de travaux.
L’évolution de la DMO après cure radicale de l’hypercorticisme a
été évaluée par Manning et al.
Le délai entre la mesure de la
masse osseuse et l’intervention chirurgicale était au minimum de
1 an, et les résultats ont été comparés avec ceux obtenus dans un
groupe témoin.
Ceux-ci n’étaient pas différents dans les deux
populations étudiées, quel que soit le site de mesure de la masse
osseuse considéré (rachis lombaire, col fémoral, triangle de Ward,
trochanter), suggérant que la perte osseuse au cours des
hypercorticismes est réversible.
Les données longitudinales à ce sujet
sont cependant plus convaincantes pour des raisons méthodologiques.
2- Études longitudinales
:
Quelques cas anciens et sporadiques suggérant une reminéralisation
après traitement radical des hypercortisolismes ont été rapportés.
Les études les plus récentes ont pu confirmer ces données grâce à la
diffusion de la densitométrie osseuse.
Lufkin et al ont ainsi
observé, chez neuf patients, une augmentation significative de la
DMO lombaire (absorptiométrie biphotonique à rayons c),
notamment chez les hommes, à l’issue d’un suivi variant de 3 à
66 mois.
Ces résultats ont été confirmés lors d’études ayant compris
des effectifs plus importants et ayant utilisé la technique de référence
actuelle, à savoir la DXA.
Hermus et al ont démontré, chez
15 patients suivis pendant plus de 1 an, que la DMO lombaire
augmentait en moyenne de 10 %. Le gain était en revanche moindre
au col fémoral (+ 7 %).
À la fin de l’étude, la DMO exprimée en
Z-score n’était néanmoins pas normalisée (-0,65 au rachis lombaire
et -0,98 au col fémoral).
Leong et al ont étudié une paire de
jumeaux homozygotes âgés de 15 ans dont l’un avait un syndrome
de Cushing.
Initialement, la DMO lombaire était normale chez le
jumeau sain et abaissée de 3,2 déviations standards chez celui atteint
du syndrome de Cushing, témoignant du caractère acquis de l’abaissement de la masse osseuse.
Après 27 mois de suivi, la DMO
a augmenté cinq fois plus chez le jumeau atteint traité
chirurgicalement comparativement au jumeau sain.
Seuls Di Somma
et al n’ont pas mis en évidence, après 12 mois, de gain significatif
de masse osseuse chez dix patients atteints d’hypercortisolisme
traités radicalement.
En revanche, la DMO a augmenté de façon
substantielle après un traitement chirurgical associée à la mise en
oeuvre d’une thérapeutique par alendronate (10 mg/j) pendant 1 an,
permettant ainsi une normalisation de la masse osseuse dans huit
cas sur dix.
L’évolution du métabolisme osseux est marquée par une levée
précoce (dès le troisième mois) de l’inhibition de la dépression ostéoblastique, avec augmentation des taux d’ostéocalcine et à un
moindre degré de PICP.
Les résultats concernant les marqueurs
de la résorption osseuse sont variables selon que les taux initiaux
sont normaux ou élevés.
Ainsi, Di Somma et al ont constaté que
la concentration de NTX qui était initialement élevée a diminué de
36 % 1 an après traitement chirurgical.
À l’inverse, Hermus et al
ont remarqué que les taux d’ICTP initialement normaux s’élevaient
au troisième mois (X 3) et diminuaient ensuite progressivement,
pour revenir à la normale après 2 ans.
B - MALADIE D’ADDISON :
La maladie d’Addison peut s’accompagner d’un certain nombre de
manifestations ostéoarticulaires non spécifiques telles que des
arthralgies et des myalgies.
Des calcifications tendineuses et
cartilagineuses visibles radiologiquement ont également été
rapportées, notamment à l’oreille. Concernant le métabolisme
phosphocalcique, une hypercalcémie en règle fruste est parfois
observée.
Celle-ci résulte en partie de la carence en GC, responsable
d’une augmentation de l’absorption intestinale du calcium et d’une
diminution de l’excrétion rénale de celui-ci.
Enfin, une
déminéralisation osseuse pourrait être observée et résulter de
l’utilisation de doses substitutives trop élevées.
En outre, l’absence
ou la diminution de la sécrétion des androgènes surrénaliens jouent
également un rôle.
Enfin, les formes auto-immunes qui sont
actuellement les plus fréquentes peuvent aussi s’accompagner d’une
ménopause précoce contribuant à aggraver la perte osseuse.
Devogelaer et al ont ainsi mis en évidence un abaissement
important de la masse osseuse au radius proximal (Z-score : -2,02)
et distal (Z-score : -1,51), chez des femmes addisonniennes
ménopausées substituées depuis plus de 10 ans.
En revanche, la DMO était normale chez les hommes et les femmes non
ménopausées.
En outre, l’androstènedione, la déhydroépiandrostérone
(DHA), ainsi que le sulfate de DHA étaient abaissés, tant
chez les femmes en période d’activité génitale que chez les patientes
ménopausées.
Des constatations identiques ont également été faites
par Valero et al qui ont mesuré la DMO lombaire en DXA chez
30 patients.
La perte osseuse dans ce travail n’était pas supérieure à
celle observée physiologiquement et le remodelage osseux (PICP et ostéocalcine) était normal.
Ces deux travaux confirment donc une
des hypothèses physiopathologiques précédemment mentionnées.
Une autre étude a été menée à l’aide de la DXA chez 91 patients
qui recevaient une substitution depuis 10,6 ans en moyenne.
Une
diminution de la DMO lombaire ou de la hanche a été notée chez
dix hommes sur 31 (32 %), contre seulement quatre femmes sur
60 (6,6 %).
La seule différence entre les hommes à masse osseuse
normale et à masse osseuse abaissée concernait la dose journalière
d’hydrocortisone qui était plus basse chez les premiers que chez les
seconds, ce qui constitue un argument pour valider une des
hypothèses physiopathologiques préalablement mentionnées.
La
discordance entre ces études pourrait tenir à la méthode et au site
de mesure de la masse osseuse qui n’étaient pas les mêmes
(absorptiométrie monophotonique au radius dans le premier travail
et biphotonique dans les deux autres).
Quoi qu’il en soit, ces
données plaident en faveur de l’utilisation de doses
d’hydrocortisone les plus faibles possible et suggèrent que la densitométrie osseuse pourrait avoir une place afin de s’assurer que
les doses de GC utilisées n’exercent pas d’effet délétère osseux.
C - HYPERPLASIE CONGÉNITALE DES SURRÉNALES
:
Les hyperplasies congénitales des surrénales sont caractérisées par
la présence d’une diminution de la sécrétion de cortisol, avec
augmentation des taux d’adrenocorticotrophic hormone (ACTH) et des
androgènes surrénaliens.
Elles sont liées, dans plus de 90 % des cas,
à un déficit en 21-hydroxylase et plus rarement en 11-hydroxylase.
Leur traitement fait habituellement appel aux GC, dans le but de
diminuer la sécrétion d’ACTH et des androgènes surrénaliens.
Ainsi,
sur le plan théorique, ces affections rares pourraient être à l’origine
d’un retentissement osseux, compte tenu de la dépression
androgénique et de la prescription de GC.
Néanmoins, la plupart
des études sont en faveur d’une normalité de la masse osseuse au
cours des hyperplasies congénitales des surrénales.
Cameron et al
ont ainsi mesuré la DMO du corps entier chez 21 patients ayant un
déficit en 21-hydroxylase.
Les résultats exprimés en Z-score, en
prenant comme population de référence les normes du constructeur,
étaient abaissés.
Les auteurs, en constituant leur propre groupe
témoin, n’ont cependant pas confirmé ces données.
De même, Mora
et al n’ont pas mis en évidence de différence de DMO (rachis
lombaire et corps entier) chez 30 malades et 73 témoins appariés en
âge et en sexe.
Guo et al ont, quant à eux, étudié le remodelage
osseux chez 11 patients ayant une hyperplasie congénitale des
surrénales et 11 témoins.
Une diminution significative du
remodelage osseux a été mise en évidence, tant en ce qui concerne
l’ostéoformation (baisse de l’ostéocalcine et des phosphatases
alcalines osseuses) que la résorption osseuse (diminution du
fragment N terminal de la pyridinoline urinaire), vraisemblablement
en rapport avec le traitement par GC.
La DMO, quel que soit le site,
était également normale dans cette étude.
Dysthyroïdies :
Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle particulièrement
important dans l’homéostasie phosphocalcique et du tissu osseux.
La première mention d’une atteinte osseuse associée à des
perturbations de la fonction thyroïdienne remonte à 1891, avec la
description de von Recklinghausen d’une jeune fille de 25 ans
présentant une hyperthyroïdie évolutive avec multiples fractures
vertébrales.
Depuis cette description originelle, avec les progrès de
la chirurgie thyroïdienne dans un premier temps, puis l’utilisation
des traitements médicaux (antithyroïdiens de synthèse et iode
radioactive) à un stade précoce de la maladie, l’atteinte osseuse est
désormais rarement au premier plan de la présentation clinique des
hyperthyroïdies.
Il n’en demeure pas moins que l’excès d’hormones
thyroïdiennes peut être responsable d’altérations du métabolisme
phosphocalcique et à l’origine d’une perte osseuse qui ne sont pas à
méconnaître dans la prise en charge diagnostique et thérapeutique
des patients atteints d’hyperthyroïdie.
À l’opposé, et sauf chez l’enfant où l’hypothyroïdie congénitale est
à l’origine d’un retard de maturation du tissu osseux et de troubles
de la croissance, l’hypothyroïdie n’est que très rarement responsable
d’anomalies osseuses chez l’adulte.
Enfin, à la fin des années 1980, la question s’est posée du
retentissement osseux éventuel des traitement thyroïdiens et d’une
augmentation du risque fracturaire chez les sujets recevant des
hormones thyroïdiennes au long cours.
Les premières études
avaient en effet montré qu’il existait une diminution du contenu
minéral osseux, notamment au col du fémur, chez les sujets recevant
un tel traitement.
Les travaux les plus récents apparaissent
cependant plus rassurants et ne mettent pas en évidence d’atteinte
osseuse chez les sujets traités, à condition que l’équilibre thyroïdien
soit respecté (ce qui est désormais facilité par le dosage de la thyroid
stimulating hormone [TSH] ultrasensible).
Dans le cas particulier des
traitements à visée suppressive, là également, et à condition
d’utiliser la plus faible dose de L-thyroxine permettant de maintenir
le taux de TSH dans les limites infranormales, la perte osseuse
fémorale apparaît minime et ne semblerait pas influer sur le risque
fracturaire ultérieur.
A - HYPERTHYROÏDIE :
L’atteinte osseuse des états d’hyperthyroïdie est directement la
conséquence de l’action des hormones thyroïdiennes sur les cellules
osseuses et est donc en général bien corrélée à la sévérité du
syndrome clinique.
Elle est caractérisée par une augmentation du
remodelage osseux, parfois à l’origine de perturbations du
métabolisme phosphocalcique du fait de la libération, à partir du
cristal d’hydroxyapatite, des ions Ca++ et PO4
-.
L’hypercalcémie qui
en résulte reste cependant inconstante et le plus souvent modérée.
Elle est retrouvée dans 5 à 30% des cas selon les séries, de manière
plus fréquente (50 %) lorsque le calcium ionisé est mesuré.
Cette
hypercalcémie peut s’accompagner d’une diminution de la sécrétion
de l’hormone parathyroïdienne, du fait du freinage de la fonction
parathyroïdienne par la mobilisation du calcium osseux.
Au plan osseux, les hormones thyroïdiennes sont à l’origine d’une
augmentation de l’espace de remodelage qui est liée à la fois à
l’augmentation du recrutement spatial de nouvelles unités
élémentaires de remodelage (basic multicellular unit [BMU)] et de
leur fréquence d’activation.
Cette dernière est augmentée de près de
160 % avec une hyperactivité ostéoclastique, mais aussi
ostéoblastique, responsable d’une diminution des périodes de
résorption et de formation osseuse, respectivement de 38 % et
79 %.
Il existe de ce fait une balance négative entre résorption et
formation osseuse, avec diminution de l’épaisseur trabéculaire et
augmentation du risque de perforations trabéculaires.
La perte
osseuse qui en résulte est théoriquement réversible, dans la mesure
où, lorsque le turnover retourne à un niveau normal, du fait du
couplage entre formation et résorption osseuse, toutes les BMU en
phase de résorption entrent en phase de formation, et les lacunes
préexistantes sont comblées.
L’analyse quantitative permet de mettre
en évidence une diminution de la masse osseuse trabéculaire
mesurée par le volume trabéculaire osseux iliaque.
L’étude des
paramètres de résorption osseuse montre qu’il existe une hyperrésorption osseuse dont l’intensité est liée au degré de
l’hyperthyroïdie.
Il existe également une augmentation du volume
et des surfaces ostéoïdes, traduisant l’état d’hyperremodelage osseux
(high turnover).
L’hyperostéoïdose n’est cependant que le reflet de
cet hyperremodelage et il n’existe pas de défaut de minéralisation.
En effet, l’épaisseur des liserés ostéoïdes est normale, voire
diminuée, la vitesse d’apposition ostéoblastique étant
significativement augmentée.
La résorption osseuse est
généralement plus marquée dans l’os cortical que dans l’os trabéculaire.
Il existe une augmentation du diamètre des canaux de
résorption, conduisant à une accentuation de la porosité corticale et
à une réduction de l’épaisseur corticale.
Cet état d’hyperremodelage osseux est bien mis en évidence par
l’augmentation des marqueurs biochimiques de la résorption, ainsi
que de la formation osseuse.
Les marqueurs les plus sensibles de
la résorption (pyridinoline et déoxypyridinoline, télopeptides du
collagène de type I) sont augmentés de manière significative au
cours de l’hyperthyroïdie, de même que l’ostéocalcine, qui est
bien corrélée avec les concentrations plasmatiques des hormones
thyroïdiennes.
Au plan densitométrique, une diminution de la DMO, variant de
10 à 20 % par rapport à des sujets de même âge et de même sexe, est
rapportée dans la plupart des études.
Cette diminution a été
initialement documentée à l’extrémité inférieure du radius,
puis, avec le développement des méthodes de mesure telles que la DXA, aux sites axiaux, vertèbres et fémur.
Elle apparaît
favorisée par la carence oestrogénique et est ainsi plus marquée chez
les femmes âgées après la ménopause.
Elle peut conduire à un état
de fragilité osseuse suffisant pour être à l’origine de fractures
osseuses dont la prévalence reste cependant faible en dehors des
hyperthyroïdies prolongées et sévères ou des patients présentant
une fragilité du squelette sous-jacente.
Le traitement médical ou
chirurgical de l’hyperthyroïdie s’associe à une correction rapide de
l’hyperremodelage osseux et à une récupération progressive du
contenu minéral osseux.
Siddiqi et al ont ainsi montré que le
traitement par antithyroïdiens de synthèse s’accompagnait d’un
retour à la normale de l’excrétion urinaire de la pyridinoline et de la
déoxypyridinoline dès le troisième mois de traitement.
Il existait
également, après une augmentation précoce des marqueurs de la
formation osseuse, ostéocalcine et surtout isoenzyme osseuse des
phosphatases alcalines, une diminution progressive de ces
marqueurs qui étaient normaux à la fin de la première année.
Au
plan densitométrique, toutes les études longitudinales les plus
récentes ont rapporté la correction de la densité osseuse
vertébrale et fémorale après retour à un état d’euthyroïdie.
Dans
une étude transversale, Langdahl et al ont montré que des
patients ayant souffert d’hyperthyroïdie présentaient, 4 à 6 ans après
le retour à l’euthyroïdie, des densités osseuses vertébrale, fémorale,
radiale et du corps entier similaires à celles de contrôles de même
âge, et ceci quel que soit le mode de traitement de l’hyperthyroïdie
(chirurgical, médical ou par iode radioactive).
Cette pleine
récupération osseuse peut apparaître en contradiction avec les
résultats de l’étude SOF réalisée aux États-Unis chez 9 704 femmes
âgées de plus de 65 ans, qui a montré qu’un antécédent
d’hyperthyroïdie était associé à une augmentation de 70 % du risque
de fracture du col du fémur.
Il semblerait cependant, sur la base
de travaux ultérieurs de la même équipe, que cette augmentation
du risque fracturaire fémoral soit indépendante de la masse osseuse.
En effet, un suivi longitudinal d’une partie de cette cohorte n’a pas
permis de relier le niveau de la TSH de base et notamment une
diminution du taux de TSH (plus fréquemment rencontrée chez les
patientes ayant des antécédents d’hyperthyroïdie) avec une
diminution significative de la densité osseuse ou une augmentation
de la perte osseuse au cours du suivi.
Il n’en demeure pas moins qu’un antécédent d’hyperthyroïdie doit
être pris en compte dans l’évaluation du risque d’ostéoporose.
De
même, l’évaluation du taux de TSH apparaît justifiée dans le bilan
d’une ostéoporose, surtout chez le sujet âgé, afin de ne pas
méconnaître une hyperthyroïdie fruste et infraclinique.
B - HYPOTHYROÏDIE :
Au contraire de l’hyperthyroïdie, la carence en hormones
thyroïdiennes est rarement associée à une atteinte osseuse chez
l’adulte en dehors de quelques cas sévères.
L’ostéopétrose
myxoedémateuse est alors parfois associée à une augmentation de
l’épaisseur des corticales, une condensation osseuse surtout marquée
au crâne, avec épaississement de la voûte et de la base.
Chez l’enfant, en cas d’hypothyroïdie congénitale, les anomalies
radiologiques touchent toutes les pièces osseuses, témoignant d’un
trouble majeur de la croissance et de la maturation osseuse, d’autant
plus sévère que le déficit s’est installé précocement in utero.
On
retrouve une condensation marquée de la voûte et de la base du
crâne, avec le classique aspect en « lunettes ».
Les vertèbres sont
également touchées, avec hypoplasie vertébrale, présence d’un bec
antérieur sur les vertèbres de la charnière thoracolombaire (D12, L1,
L2), et dans les cas extrêmes, un aspect dit de « vertèbres de
poisson ».
Au niveau des os longs, la dysgénésie épiphysaire est
pratiquement pathognomonique.
Les points d’ossification fémoraux
inférieurs et tibiaux supérieurs sont absents et le diamètre du calcanéus constitue un bon reflet de l’intensité de l’atteinte osseuse.
La carence hormonale a également un profond impact sur la vitesse
de croissance postnatale, avec une cassure nette de la courbe de
croissance chez les enfants non supplémentés.
En cas d’hypothyroïdie marquée, le remodelage osseux est
nettement ralenti, avec une diminution de la fréquence d’activation
des unités de remodelage de 28 % par rapport à la normale.
Les
phases de résorption et de formation sont allongées, respectivement
de 238 et 411 %.
Il existe donc en théorie une balance positive, à
chaque cycle de remodelage, de par la diminution de la profondeur
des lacunes de résorption et de l’augmentation de l’épaisseur trabéculaire.
Cette augmentation reste cependant très modérée du
fait de la faible fréquence de recrutement des unités de remodelage.
De ce fait, pour la plupart des auteurs, les modifications du volume trabéculaire iliaque sont négligeables.
Les surfaces de
résorption ostéoclastique, de même que les surfaces d’apposition
ostéoblastique sont diminuées.
Certains auteurs ont rapporté l’existence d’une hyperostéoïdose avec élévation du volume ostéoïde
en fonction de la durée d’évolution de l’hypothyroïdie.
La vitesse
de calcification appréciée grâce au double marquage à la
tétracycline, est dans l’ensemble normale.
Cet hyporemodelage peut
également être authentifié par les marqueurs de la formation osseuse
avec notamment une diminution significative des taux
d’ostéocalcine.
Au plan densitométrique, les données sont beaucoup plus limitées
par rapport à l’hyperthyroïdie.
Si certaines études ont rapporté
l’existence d’une augmentation de la densité osseuse chez des sujets
présentant un tableau d’insuffisance thyroïdienne ancienne, des
études plus récentes ne mettent pas en évidence, tout au moins aux
vertèbres, de majoration de la densité osseuse.
C - RETENTISSEMENT OSSEUX DES TRAITEMENTS
PAR HORMONES THYROÏDIENNES :
Les traitements par les hormones thyroïdiennes font partie des
traitements hormonaux le plus communément administrés, et tout
particulièrement chez la femme.
Il apparaissait donc parfaitement
légitime de s’interroger sur l’impact osseux potentiel de tels
traitements, d’autant que les premières données indiquaient qu’il
existait une déminéralisation significative chez les patients traités
par hormones thyroïdiennes.
Il est du reste tout à fait clair que
l’administration de doses élevées entraîne les mêmes atteintes
osseuses que l’hyperthyroïdie endogène.
En dehors de ce cas
particulier d’iatrogénie (parfois volontaire), deux situations
thérapeutiques doivent être individualisées : les traitements
suppressifs de l’axe thyréotrope et les traitements substitutifs de
l’hypothyroïdie.
1- Traitements à doses suppressives
:
Le but du traitement est de prévenir la croissance du tissu thyroïdien
anormal par des doses d’hormones thyroïdiennes (en général, la L-thyroxine) suffisamment élevées pour inhiber l’axe thyréotrope.
La TSH est alors indosable et non réactivable lors du test au TRF.
L’indication princeps est représentée par le cancer thyroïdien
différencié hormonodépendant, mais ce type de traitement est
parfois administré en cas de goitre non toxique, voire de nodule
thyroïdien.
Dans de telles situations, l’atteinte osseuse apparaît avant
tout liée au degré de freinage et à l’utilisation de posologies de L-thyroxine supraphysiologiques, voire trop élevées.
Ainsi, la
majorité des études transversales remontant au début des années
1990 ont quasiment toutes rapporté une déminéralisation osseuse,
surtout marquée au fémur, chez les patients
poursuivant un traitement suppressif.
L’atteinte vertébrale était
moins constante et apparaissait plus dépendante de l’âge des sujets,
de leur sexe, de leur statut ménopausique, et surtout de l’existence
d’un antécédent d’hyperthyroïdie.
En revanche, les études plus
récentes utilisant des méthodes de mesure plus fiables telles la DXA,
n’ont pas authentifié de diminution significative de la DMO chez les
patients recevant un traitement à visée suppressive, par rapport aux
contrôles non traités.
Une atteinte fémorale modérée avec
une diminution de 5 à 10% de la densité osseuse est parfois
rapportée dans certaines études.
La signification clinique d’une
telle diminution, en termes de risque fracturaire, apparaît cependant
négligeable, tout au moins chez les sujets ne présentant pas de
facteurs de risque additionnels.
Cette contradiction apparente s’explique avant tout par les
meilleures possibilités d’adaptation et de surveillance des
traitements suppressifs permises par le développement et la
disponibilité récente du dosage ultrasensible de la TSH.
En effet,
auparavant, il pouvait être difficile de différencier les sujets euthyroïdiens de ceux présentant une hyperthyroïdie infraclinique
et, dans la majorité des premières études, les patients étaient de fait
très souvent surdosés.
Les résultats observés peuvent ainsi être
rapprochés des effets osseux qui sont retrouvés expérimentalement
chez le rat, avec une augmentation de la perte osseuse,
préférentiellement fémorale en cas d’administration de doses élevées
de L-thyroxine.
Actuellement, il est beaucoup plus facile de
déterminer quelle doit être la dose minimale permettant de mettre
au repos l’axe thyréotrope tout en n’induisant pas d’hyperthyroïdie infraclinique.
Dans tous les cas, cependant, la surveillance densitométrique des
patients recevant un traitement suppressif de la fonction
thyroïdienne est justifiée, d’autant qu’il s’agit de traitements très
prolongés et/ou s’adressant à des patients âgés déjà déminéralisés.
2- Traitements substitutifs :
Même si les études dans cette situation sont beaucoup moins
nombreuses que dans le cadre des traitements suppressifs, le
traitement thyroïdien, lorsqu’il est administré à doses réellement
substitutives, apparaît sans conséquence sur la densité osseuse.
Un cas particulier est celui de l’initiation de la supplémentation
thyroïdienne chez les sujets présentant une hypothyroïdie profonde.
Chez de tels patients, la mise en route du traitement s’accompagne
en effet d’une période transitoire de perte osseuse rapide, tant
vertébrale que fémorale, qui a été bien documentée par plusieurs
études longitudinales.
Les modifications du remodelage
osseux sont retrouvées précocement, dès la mise en route du
traitement avec, dans l’étude de Coindre et al, une augmentation
des surfaces de résorption au septième jour, alors que les patients
demeuraient encore dans un état d’hypothyroïdie profonde.
De
même, la porosité corticale était plus marquée dès le 14e jour du
traitement.
Dans l’étude de Ribot et al, la perte osseuse était
associée à une augmentation rapide, dès le troisième mois de
traitement, de l’ostéocalcine plasmatique et de l’élimination urinaire
du calcium.
Ces résultats sont expliqués par le ralentissement
considérable (200 à 300 %) du remodelage osseux des sujets
hypothyroïdiens.
L’initiation de l’opothérapie substitutive entraîne
alors une activation et une synchronisation des unités de
remodelage, avec une première phase d’hyperrésorption osseuse, à
l’origine de la perte osseuse observée au cours de la première année
de traitement.
Un suivi ultérieur de ces patients nous a permis
de montrer que ce phénomène était transitoire et qu’il existait, au
cours de la deuxième année, du fait de la synchronisation entre
résorption et formation osseuse, une récupération complète de la
masse osseuse, tout au moins aux vertèbres, puisque la densité
fémorale restait plus basse que celle mesurée en début de traitement.
Dans tous les cas, nous ne disposons actuellement d’aucune étude
faisant état d’une augmentation de l’incidence fracturaire chez les
patients hypothyroïdiens, et il n’existe actuellement aucun argument
basé sur une hypothétique augmentation du risque fracturaire pour
substituer de façon insuffisante des patients présentant une
hypothyroïdie primitive ou secondaire et les exposer à un risque
coronarien accru.
Diabète
:
Le diabète est une affection fréquente, atteignant environ 2 % de la
population.
Divers arguments sont susceptibles d’expliquer
l’existence d’un retentissement osseux au cours du diabète.
En effet, les travaux in vitro sont en faveur de la
présence de récepteurs à l’insuline sur les cellules osseuses.
De plus,
l’insuline agit notamment comme un facteur de croissance et stimule
la synthèse protéique, particulièrement celle du collagène.
Elle
stimule également la production d’IGF I qui est un déterminant
important de l’ostéoformation.
Des mécanismes indirects sont
également à prendre en compte.
Ainsi, les complications du diabète
telles que la neuropathie ou la néphropathie participent à la perte
osseuse.
Il en est de même pour la diminution de l’activité physique
engendrée par la neuropathie ou l’artérite des membres inférieurs.
Une carence surajoutée en vitamine D peut aussi être un facteur
aggravant.
Enfin, le retentissement osseux potentiel est très différent
en fonction du type de diabète considéré : diabète
insulinodépendant (DID) de type I, ou non insulinodépendant
(DNID) de type II.
A - DIABÈTE DE TYPE I :
Les études sont en règle générale en faveur d’un abaissement de la
masse osseuse au cours du diabète de type I.
Celui-ci a été mis en
évidence initialement à l’aide de l’absoptiométrie mono- puis
biphotonique (DPA).
En DPA, le retentissement semble surtout
important à la hanche (-10 %) et aux membres inférieurs (-12 %).
Les travaux les plus récents réalisés à l’aide de la DXA confirment
également ces données.
Ainsi Muñoz-Torres et al ont retrouvé une
diminution de la DMO mesurée chez 94 patients âgés en moyenne
de 30 ans, et ce quel que soit le site considéré.
Les Z-scores moyens
étaient de -0,89 (rachis lombaire), -0,99 (col fémoral) et -1,05
(triangle de Ward). De plus, 19,1 % avaient un T-score inférieur à
-2,5.
Les complications du diabète, et notamment la rétinopathie
proliférative ainsi que la néphropathie, étaient dans cette étude des
facteurs aggravant la raréfaction osseuse.
Ces résultats ont été
confirmés récemment par Rix et al.
Ces derniers auteurs ont en
outre montré que les mesures ultrasonores osseuses, et tout
particulièrement le BUA, pourraient avoir de l’intérêt au cours du
diabète de type I, notamment en cas de polyneuropathie.
La physiopathogénie de l’atteinte osseuse est débattue.
Les quelques
travaux histomorphométriques réalisés font état d’une diminution
du remodelage osseux, ainsi que des indices témoignant de l’activité
ostéoblastique tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Les
résultats concernant les marqueurs du remodelage osseux ne
semblent pas confirmer ces données.
D’une façon générale, leur taux
est situé dans les limites de la normale.
Cependant, Miazgowski
et al ont mis en évidence une augmentation significative des
concentrations sériques d’ostéocalcine, des phosphatases alcalines et
de la pyridinoline urinaire, comparativement à celles observées chez
des témoins. Le rôle pathogénique de l’IGF I, ainsi que des protéines
porteuses (IGFBP), a été démontré par Jehle et al.
Ces auteurs ont
en effet mis en évidence, au cours du DID, une diminution des taux
d’IGF I, d’IGFBP3 et d’IGFBP5, mais une augmentation de ceux
d’IGFBP1.
Ces résultats sont en bonne concordance avec les
travaux histologiques.
L’augmentation de l’IGFBP1 résulterait quant
à elle d’un mauvais contrôle glycémique et serait responsable d’une
augmentation de la dégradation protéique, et par conséquent d’une
fonte musculaire aggravant la perte osseuse.
Enfin, des
facteurs d’ordre génétique sont également à prendre en
considération et le gène du collagène de type 1 a pourrait jouer un
rôle.
Ainsi, Hampson et al ont montré que les sujets ayant le
génotype « Ss » ou « ss » (présence du site de restriction),
comparativement à ceux porteurs du double allèle « SS » (absence
du site de restriction), avaient une DMO au col fémoral diminuée.
Les données longitudinales et fracturaires sont peu nombreuses.
Dans le cadre d’une étude portant sur un effectif réduit (sept
patients), Mathiassen et al ont mis en évidence une perte osseuse
annuelle moyenne au poignet de 0,5 %, c’est-à-dire identique à la
perte osseuse physiologique.
Krakauher et al ont constaté, sur un
effectif plus important et au même site, l’absence de diminution de
la DMO à moyen terme (2,6 ans en moyenne), mais une baisse de la
masse osseuse à long terme (12,5 ans en moyenne) supérieure à celle
normalement attendue.
En effet, durant cette période, le Z-score a
diminué de -0,37 (-0,31 à l’inclusion et -0,68 lors de la visite finale).
Ces résultats doivent cependant être interprétés avec précaution,
compte tenu de la mauvaise reproductibilité de la méthode de
mesure de la masse osseuse utilisée (SPA), du choix du site dont on
connaît la faible variation physiologique, et de l’absence de groupe
contrôle.
Enfin, Melchior et al n’ont pas mis en évidence
d’augmentation du risque fracturaire.
L’étude concernait 748
malades insulinotraités et la population contrôle comportait 25 564
femmes.
Le risque relatif était, chez les femmes diabétiques de 40 à
49 ans, pour les fractures du poignet, de 0,3 (intervalle de confiance
[IC] à 95 % : 0,1-0,5) et de 1 (IC à 95 % : 0,7-2,7) pour les fractures de
hanche.
L’incidence fracturaire augmentait avec l’âge de façon
identique chez les diabétiques et les sujets témoins.
En ne prenant
en compte que les patients pour lesquels le diagnostic avait été porté
avant 30 ans (c’est-à-dire correspondant aux diabétiques de type I),
les conclusions n’étaient pas différentes.
De même, la présence de
complications du diabète, telles que la rétinopathie, la néphropathie
ou la polyneuropathie, n’avait pas d’influence sur les résultats.
B - DIABÈTE DE TYPE II :
Le diabète de type II est deux fois plus fréquent que le diabète de
type I. Il est caractérisé par une surcharge pondérale, un
hyperinsulinisme et un hirsutisme.
L’ensemble de ces éléments
concourent à l’absence de retentissement osseux du DNID, tant en
termes densitométriques qu’en ce qui concerne l’incidence
fracturaire.
Certaines études sont même en faveur d’une
augmentation de la masse osseuse, notamment au col fémoral, au
cours du DNID.
La seule note discordante est due à Krakauher et
al qui ont retrouvé un abaissement de la DMO du poignet
similaire au cours du DID et du DNID.
Cependant, dans le cadre du
suivi longitudinal à long terme, il a été mis en évidence dans cette
étude une absence de perte osseuse chez les patients ayant un
diabète de type II, ce qui en exprimant les résultats en Z-score
correspondait à un gain osseux (Z-score à l’inclusion : -0,95 et
12,5 ans plus tard : +0,16).
Conclusion
:
De nombreuses endocrinopathies sont susceptibles de retentir sur le
tissu osseux par le biais de mécanismes variées.
Exceptionnellement, la
déminéralisation osseuse peut révéler l’endocrinopathie, notamment au
cours des anorexies mentales, et plus rarement des syndromes de
Cushing ou des hyperthyroïdies.
L’évaluation du retentissement osseux
est d’autant plus importante à prendre en considération que certaines
d’entre elles, comme le syndrome de Turner, de Klinefelter ou de Kallmann, sont congénitales.
En outre, les hormones thyroïdiennes sont
parfois utilisées à visée freinatrice afin de prévenir la croissance du tissu
thyroïdien anormal, avec un risque potentiel de déminéralisation, ce
d’autant que ce type de prescription concerne surtout des femmes âgées
dont le risque fracturaire est déjà augmenté.
Signalons enfin que l’évaluation du retentissement osseux de ces endocrinopathies a
largement bénéficié du développement de la densitométrie osseuse et
tout particulièrement de la DXA.
La généralisation du dosage des
marqueurs biochimiques du remodelage osseux a également permis une
meilleure compréhension des mécanismes pathogéniques impliqués, et
ce de façon totalement atraumatique.