Les neuropathies focales sont des atteintes du système nerveux
périphérique, définies par une distribution de troubles
sensitivomoteurs localisés classiquement à un tronc nerveux, mais
en raison de leur organisation fasciculaire, elles peuvent intéresser
également un plexus ou des racines.
L’analyse sémiologique précise de la topographie des signes
sensitivomoteurs au niveau des membres, la présence d’un signe de
Tinel à la percussion du nerf ou une hypertrophie nerveuse localisée
permettent de différencier, dans la plupart des cas, une atteinte
tronculaire d’une lésion plexique ou radiculaire.
Toutefois, dans le
diagnostic différentiel des atteintes focales, il convient de citer les
atteintes du système nerveux central « pseudopériphériques »,
médullaires ou corticales.
L’étude du mode d’évolution aigu
(vascularite, compression), subaigu (inflammatoire), ou chronique
(neuropathie canalaire), l’atteinte concomitante d’autres organes et
un certain nombre d’examens complémentaires permettent de
préciser, dans la plupart des cas, l’étiologie.
Le bilan biologique peut comporter en particulier la recherche d’un
diabète, d’une gammapathie monoclonale, d’une activité anticorps
spécifique ou bien encore la détection d’une anomalie génétique par
analyse moléculaire.
L’examen électrophysiologique permet de
préciser un niveau d’atteinte radiculaire ou tronculaire, la présence
d’un processus neurogène plus diffus et, surtout, d’approcher la
nature du processus pathologique axonal ou démyélinisant.
L’examen du liquide céphalorachidien, à la recherche d’une
dissociation albuminocytologique, oriente vers une participation
radiculaire.
Des examens radiologiques peuvent être proposés :
radiographies standards avec, en particulier, la recherche d’un cal
osseux ; examen tomodensitométrique (TDM), ou actuellement par
résonance magnétique (IRM), permettant de rechercher plus
aisément une tumeur localisée, une atteinte plexique ou bien un
conflit discoradiculaire.
La biopsie neuromusculaire n’est indiquée
que dans la recherche de diagnostics lésionnels précis tels que la
lèpre, les vascularites ou la sarcoïdose, ou encore certains types de
neuropathies démyélinisantes.
Mécanisme des atteintes focales
:
A - LÉSIONS COMPRESSIVES ET NEUROPATHIES
CANALAIRES :
Certains facteurs favorisant les atteintes compressives sont liés soit
à une augmentation du volume des troncs nerveux comme dans la
lèpre, l’acromégalie ou certaines formes de neuropathie
inflammatoire hypertrophique ; soit à une anomalie des fibres
comme dans les neuropathies diabétiques ou les neuropathies par
hypersensibilité à la pression ; soit enfin à des anomalies locales
telles que les rétrécissements congénitaux, les bandes fibreuses, les
exostoses ou les ostéoarthroses.
On distingue depuis Seddon dans les lésions compressives trois
degrés différents :
– la neuropraxie qui est le fait d’une démyélinisation paranodale des
fibres de gros calibre, s’accompagnant électrophysiologiquement
d’un bloc de conduction réversible et n’entraînant qu’un déficit
moteur transitoire spontanément régressif après une durée variant
de 3 à 10 semaines ;
– l’axonotmésis est une lésion axonale avec dégénérescence
wallérienne distale respectant la lame basale entourant la fibre ; ce
type de lésion est induit par les traumatismes importants, souvent
par écrasement ; la récupération est beaucoup plus longue
puisqu’elle se fait par régénération axonale ;
– la neurotmésis : les lésions sont beaucoup plus importantes et
irréversibles, puisqu’il y a interruption totale au niveau de l’axone
et du tissu de soutien ; ce type de lésion résulte d’étirement ou de
plaie ; elle est source de névromes.
La physiopathologie des neuropathies canalaires est complexe : elle
procède de lésions de compression chronique associant des lésions
de démyélinisation et de fibrose fasciculaire.
B - LÉSIONS ISCHÉMIQUES :
Elles résultent de l’occlusion de petits vaisseaux épineuraux qui
entraîne la dégénérescence wallérienne des grosses fibres en aval de
la zone d’ischémie. D’un point de vue sémiologique, une
mononévrite isolée peut être la seule manifestation neurologique
d’une vascularite nécrosante.
C - LÉSIONS INFLAMMATOIRES :
Les neuropathies inflammatoires sont caractérisées par l’infiltration
de cellules mononucléées endoneurales, associée à une réaction
périvasculaire et à des lésions élémentaires des fibres de
démyélinisation segmentaire, voire parfois de dégénérescence
axonale.
Les facteurs déclenchants peuvent être bactériens comme
dans la lèpre ou la maladie de Lyme, viraux comme dans l’affection
du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ou bien inconnus
comme le diabète ou la sarcoïdose.
D - LÉSIONS PAR INFILTRATION TUMORALE :
L’infiltration des tronc nerveux est beaucoup plus rare que celle des
racines, en particulier dans un contexte de pathologie néoplasique.
Dans les cas de neuropathies par infiltration lymphomateuse,
leucémique ou métastatique, l’infiltration lèse la continuité des
fibres, induisant des lésions de dégénérescence axonale.
Atteintes focales du membre supérieur
:
A - NERF DU SUS-SCAPULAIRE :
Le nerf du sus-scapulaire est la seule branche issue du tronc
primaire supérieur, constituée de la réunion des cinquième et
sixième racines cervicales.
Il pénètre dans la fosse sus-épineuse,
après avoir traversé l’échancrure coracoïdienne formée par le
ligament coracoïdien, et se termine dans les muscles sus- et sousépineux
; c’est un nerf purement moteur.
Le déficit moteur porte
essentiellement sur la rotation externe et l’abduction du bras.
L’atteinte du nerf sus-scapulaire est le plus souvent d’origine posttraumatique
; c’est en effet la branche la plus haute du tronc primaire
du plexus brachial, zone le plus fréquemment touchée dans les
lésions d’étirement.
Il faut noter également une possibilité d’atteinte canalaire alors que le nerf traverse l’échancrure coracoïdienne.
L’atteinte, dans ce cas, intéresse le sus- et le sous-épineux.
Des
causes moins classiques ont été décrites : les compressions par
adénopathies, ainsi qu’une atteinte du nerf dans le cadre d’un
syndrome de Parsonage-Turner.
B - NERF DU GRAND DENTELÉ :
Le nerf du grand dentelé est formé d’axones nés des racines des
cinquième, sixième et septième cervicales.
Après être descendu dans
le cou où il engage des rapports avec les scalènes, il descend le long
de la paroi thoracique et donne donc des branches au muscle grand
dentelé.
La paralysie est apparente lorsque le patient prend un appui le bras
tendu, en antépulsion, on voit que l’omoplate se décolle.
L’atteinte
du grand dentelé est le plus souvent en rapport avec des séquelles
de thoracotomie, de résection de la première côte, de chirurgie
radicale dans le cadre d’un cancer de sein.
Son atteinte dans une
lésion du plexus brachial témoigne de lésions très proximales.
L’atteinte de ce nerf peut également s’intégrer dans un syndrome de Parsonage-Turner.
Le pronostic des atteintes de ce nerf est
incertain.
C - NERF CIRCONFLEXE :
Le nerf circonflexe est l’une des deux branches terminales du tronc
secondaire postérieur du plexus brachial, ses fibres sont issues des
cinquième et sixième cervicales.
Le nerf innerve le deltoïde et la
région cutanée qui recouvre ce muscle.
L’atteinte s’exprime par une
abduction du bras qui est limitée, la zone d’anesthésie siège
classiquement à la face externe et postérieure du moignon de
l’épaule.
L’atteinte du nerf circonflexe est le plus souvent en rapport
avec un traumatisme de l’épaule, en particulier lors de luxation antéro-interne ; l’étirement de ce nerf est fréquent.
Les hématomes
de l’espace quadrilatère peuvent comprimer le nerf.
Enfin, il faut
savoir également que l’atteinte de ce nerf a été rapportée dans le
cadre du syndrome de Parsonage-Turner.
D - NERF MUSCULOCUTANÉ :
Le nerf musculocutané est issu du tronc secondaire antéroexterne
du plexus brachial, lui-même constitué d’axones des cinquième,
sixième et, à un moindre degré, septième racines cervicales.
Il
chemine dans l’aisselle, puis passe entre le biceps et le brachial
antérieur ; au coude, il devient sous-cutané et innerve la partie
externe de l’avant-bras.
L’atteinte de ce nerf se traduit par une
diminution de la flexion de l’avant-bras sur le bras, le principal
diagnostic différentiel est celui d’une atteinte radiculaire C5 ou C6.
La présence de troubles sensitifs au niveau de la face externe de
l’avant-bras est un élément discriminant.
L’atteinte traumatique est
classique ; plus qu’une atteinte par traumatisme direct, les lésions
d’étirement avec hyperextension de l’avant-bras sur le bras ont été
incriminées.
E - NERF RADIAL :
Ce nerf prolonge le tronc postérieur du plexus brachial, lui-même
recevant une innervation des cinquième, sixième, septième et
huitième racines motrices cervicales.
Après avoir quitté la région
axillaire, le nerf radial contourne la partie postérieure de la diaphyse
humérale et est en contact étroit avec l’os ; c’est là son principal site
de vulnérabilité.
Il donne à ce niveau des branches pour le triceps et
une branche cutanée destinée à la face postérieure de l’avant-bras.
Arrivé au coude, le nerf radial donne ses deux branches terminales :
le nerf interosseux postérieur et la branche cutanée dorsale de la
main.
Dans le diagnostic des pseudoparalysies radiales, il est important
de mentionner les atteintes radiculaires de C7 qui respectent
toujours le long supinateur et entraînent un déficit modéré au
niveau des muscles radiaux.
D’un point de vue étiologique, les atteintes compressives dominent :
les plus fréquentes se situent au niveau de la gouttière humérale,
secondaires à des états de profonde ébriété ou à la prise importante
d’hypnotiques.
Des cas de compression au décours d’anesthésie ou
de fracture de l’humérus ont également été rapportés.
La paralysie
radiale dans ce cas est totale, les troubles moteurs respectent
toutefois le triceps, les troubles sensitifs intéressent le dos de la main,
le réflexe styloradial est aboli classiquement.
L’atteinte compressive de la branche superficielle du radial au
poignet est responsable de paresthésies du dos de la main, elle peut
être en rapport avec un traumatisme de l’extrémité du radius ou le
port de menottes trop serrées.
À côté de ces causes classiques de
compression, il a été décrit des cas de lipomes comprimant le nerf
interosseux postérieur, à la partie proximale de l’avant-bras, ou
d’hématomes comprimant le nerf radial.
L’atteinte canalaire du nerf interosseux postérieur, quand le nerf
pénètre le muscle supinateur sous l’arcade de Fhrose, est classique.
Cliniquement, on note la présence de douleurs profondes à la face
antérieure de l’avant-bras, une déviation radiale du poignet due à
un déficit du cubital postérieur, un déficit de l’extenseur commun
des doigts, du long adducteur et de l’extenseur de l’index.
L’absence
de signe sensitif est remarquable. L’exploration chirurgicale est
parfois nécessaire.
L’atteinte du nerf radial peut s’intégrer dans un processus plus
général comme la périartérite noueuse, la lèpre, la sarcoïdose ou la
classique intoxication au plomb.
Une atteinte douloureuse du nerf
interosseux postérieur peut être l’unique manifestation d’un
syndrome de Parsonage-Turner.
F - NERF MÉDIAN
:
Il est formé par la réunion des troncs secondaires antéroexterne et
antéro-interne du plexus brachial au niveau du muscle petit
pectoral.
Le contingent radiculaire participant à la formation du nerf
médian provient des cinquième, sixième, septième, huitième racines
cervicales et première dorsale.
Le nerf médian ne donne pas au bras
de branche motrice importante ; en revanche, au niveau de la partie
supérieure de l’avant-bras, il innerve le muscle rond pronateur ainsi qu’une partie des muscles fléchisseurs du poignet.
Le nerf
interosseux antérieur est une branche motrice pure qui naît juste
après le passage du nerf au travers des deux chefs musculaires
constituant le rond pronateur et innerve le long fléchisseur propre
du pouce, le fléchisseur commun profond des deuxième et troisième
doigts, ainsi que le carré pronateur.
Au poignet, le nerf médian passe
dans le canal carpien et innerve les muscles court abducteur du
pouce et l’opposant du pouce.
D’un point de vue sensitif, il innerve
la peau de la paume de la main, ainsi que les phalanges de la face
palmaire des doigts.
Parmi les causes des atteintes du médian, les atteintes canalaires sont
marquées par deux syndromes.
– Le nerf médian peut être comprimé dans la partie haute de
l’avant-bras, alors qu’il passe entre les deux chefs du rond pronateur.
L’atteinte se manifeste par une douleur au niveau du rond
pronateur, aggravée par la pronation forcée et un déficit qui se limite
classiquement au nerf interosseux antérieur dont l’atteinte est très
particulière puisqu’il n’existe pas de trouble sensitif et que le déficit
musculaire épargne les muscles thénariens innervés par le médian.
Les patients sont surtout symptomatiques au niveau de la difficulté
de la pince pouce-index.
Cette atteinte focale au niveau du rond
pronateur doit être un diagnostic d’élimination ; le repos, les
infiltrations d’anti-inflammatoires ou d’anesthésiques locaux
donnent des résultats satisfaisants dans la plupart des cas.
– L’atteinte focale du nerf médian au niveau du canal carpien est la
cause la plus fréquente des neuropathies canalaires.
Des facteurs
favorisants ont été décrits comme l’arthrite rhumatoïde, certaines endocrinopathies, des traumatismes professionnels.
Des atteintes
aiguës, secondaires à des traumatismes du poignet ou à des
hématomes chez des patients hémophiles ou sous traitement
anticoagulant, ont été rapportées.
L’entité se caractérise par des acroparesthésies survenant pendant la nuit ou lors d’activités
manuelles répétitives ; des douleurs peuvent également siéger au
niveau du territoire palmaire du médian ou même au niveau de
l’avant-bras et du bras, pouvant en imposer pour une atteinte
radiculaire.
L’hypoesthésie intéresse classiquement la partie distale
des trois premiers doigts, le déficit moteur au niveau des muscles thénariens du médian ne survient pas précocement.
Le traitement
est essentiellement chirurgical, les infiltrations étant un traitement
palliatif.
Les atteintes compressives du médian haut situées sont secondaires
à des traumatismes et s’associent le plus fréquemment à d’autre
nerfs comme le radial ou le cubital.
D’un point de vue sémiologique,
elles comportent une atteinte de la pronation et de la flexion radiale
du carpe.
Bien que les causes focales d’atteinte du médian au niveau du canal
carpien soient très fréquentes, il convient d’avoir toujours à l’esprit
qu’une atteinte focale peut s’intégrer dans un processus neurogène
plus diffus comme un diabète, une périartérite noueuse, une forme
multinévritique de neuropathie démyélinisante, une atteinte focale
d’un syndrome de Parsonage-Turner (nerf interosseux antérieur),
une neuropathie par hypersensibilité à la pression, et même une
tumeur.
G - NERF CUBITAL :
Le nerf cubital naît dans l’aisselle du tronc secondaire antérointerne
du plexus brachial, lui-même formé de fibres provenant des
septième et huitième racines cervicales, ainsi que de la première
dorsale.
Au niveau du tiers inférieur du bras, le nerf cubital traverse
la cloison intermusculaire atteignant ainsi la gouttière olécrânienne.
À ce niveau, le nerf cubital donne sa première branche destinée au
muscle cubital antérieur, ainsi qu’aux chefs internes des fléchisseurs
communs profonds des quatrième et cinquième doigts.
Le nerf
chemine dans la gouttière olécrânienne où il est particulièrement
exposé aux traumatismes et compressions, puis descend dans
l’avant-bras où il donne la branche cutanée dorsale de la main ;
après sa traversée du poignet au niveau du tunnel de Guyon, le nerf
cubital se divise en deux branches : une branche motrice qui innerve
les muscles de l’éminence hypothénar, les interosseux et l’adducteur
du pouce, ainsi qu’une branche sensitive qui innerve la partie
interne de la paume de la main.
Le diagnostic étiologique d’une atteinte cubitale dépend du siège de
la lésion ; elle doit être en particulier différenciée d’une atteinte
médullaire focale, radiculaire ou plexique brachiale inférieure
(syndrome de Pancoast et Tobias).
L’atteinte est le plus souvent de nature compressive. Bien que les
lésions de compression puissent intéresser la partie proximale du
nerf au bras (paralysie de position, cannes anglaises), les sites les
plus fréquents sont le coude et le poignet.
L’atteinte du cubital au coude est le plus souvent d’origine
traumatique, classiquement l’atteinte survient des années après un
traumatisme du coude ayant entraîné une déformation en cubitus
valgus.
Plus rarement, des séquelles d’une ostéoarthrite ou des
bandes fibreuses aponévrotiques enserrant le nerf au sein du
fléchisseur du carpe peuvent être en cause.
D’un point de vue
sémiologique, on peut noter des douleurs au niveau du coude et de
l’avant-bras, des paresthésies sur les quatrième et cinquième doigts,
et un déficit des interosseux et des muscles hypothénariens.
L’examen électrophysiologique est très important pour mettre en
évidence une atteinte focale au coude.
Deux types d’interventions
chirurgicales peuvent permettre de soulager le patient : la neurolyse
et la transposition.
Les lésions du cubital à la main dans le canal de Guyon sont
beaucoup plus rares.
Elles sont secondaires à des traumatismes
professionnels ou sportifs (cyclistes), des séquelles de fractures du
carpe ou bien de kystes synoviaux.
Différents niveaux lésionnels
intéressant le tronc nerveux ou ses branches ont été décrits, fondés
sur des données cliniques et électrophysiologiques.
D’un point de vue sémiologique, le déficit intéresse les petits
muscles de la main, épargnant le fléchisseur cubital du carpe et les
fléchisseurs profonds des quatrième et cinquième doigts.
Des
examens morphologiques radiologiques scanographiques ou par
IRM de poignet permettent de préciser la qualité des lésions.
D’un
point de vue thérapeutique, on conseille la suppression d’un
éventuel facteur favorisant ; l’exploration chirurgicale est à retenir
en l’absence d’amélioration clinique.
L’étiologies des atteintes non compressives intéressant le nerf cubital
est très variée : diabète, lèpre, vascularites, forme focale de
neuropathie démyélinisante idiopathique ou génétique, atteinte
ischémique secondaire à la réalisation d’un shunt artérioveineux
chez des patients dialysés intéressant le médian, tumeurs nerveuses.
Atteintes focales du membre inférieur
:
A - NERF SCIATIQUE :
Branche du plexus lombosacrée formé des axones provenant des
quatrième et cinquième racines lombaires et des première, deuxième
et troisième racines sacrées.
Il suit dans un premier temps, un trajet
dans le petit bassin, puis quitte le pelvis par la grande échancrure
sciatique où il passe dans le canal sous-pyramidal situé entre le bord
inférieur du pyramidal et le bord supérieur du petit ligament
sacrosciatique.
Le nerf est accompagné du nerf fessier supérieur qui
innerve le moyen fessier, du nerf fessier inférieur qui innerve le
grand fessier ainsi que du nerf cutané postérieur de la cuisse.
L’atteinte conjointe de ces nerfs est d’une grande importance
localisatrice dans le diagnostic d’une paralysie sciatique, signant une
origine intrapelvienne.
Le nerf sciatique passe ensuite entre le grand
trochanter et l’ischion, puis dans la cuisse ; le nerf chemine
profondément entre les muscles demi-tendineux et demimembraneux
en dedans et le muscle biceps en dehors ; au tiers
inférieur de la cuisse à un niveau très variable, il se bifurque en nerf
sciatique poplité externe et nerf sciatique poplité interne.
Ces deux
troncs divergent dans la partie haute du creux poplité.
D’un point de vue sémiologique, la paralysie du tronc du sciatique
entraîne une paralysie de la jambe et du pied, s’accompagnant d’une importante atrophie.
Les muscles postérieurs de la cuisse sont
également déficitaires, entraînant un déficit de flexion de la jambe
sur la cuisse. Les troubles sensitifs intéressent les territoires respectifs
des nerfs tibiaux postérieurs et sciatique poplité externe.
À côté des atteintes complètes décrites précédemment, il existe des
atteintes partielles qui, le plus souvent, donnent des tableaux de pseudoparalysie du sciatique poplité externe. Les examens
complémentaires, en particulier radiologiques par IRM, participent
au diagnostic différentiel.
D’un point de vue étiologique, la plupart des lésions responsables
d’atteinte sciatique sont d’origine traumatique par étirement, dans
le cadre de fracture du bassin ou de complication de la chirurgie
orthopédique pour prothèse totale de hanche.
On a rapporté des
compressions externes du tronc du sciatique par des hématomes
compliquant des traitements anticoagulants ou par des tumeurs
(lipome, sarcome, schwannomes et lymphomes) qui peuvent siéger
aussi bien au niveau du petit bassin que de la cuisse.
Le syndrome du pyramidal est une atteinte canalaire controversée.
Compte tenu des rapports très étroits qu’entretiennent le nerf
sciatique et le muscle pyramidal, certains auteurs ont décrit une
atteinte particulière, se traduisant par des douleurs au niveau de la
partie postéroexterne de la fesse, irradiant parfois jusqu’au pied.
Certaines manoeuvres d’examens, comme la manoeuvre de Lasègue,
exagèrent ce conflit.
Le traitement chirurgical associant neurolyse et
libération des adhérences est très discuté ; les traitements locaux à
base d’infiltration par la xylocaïne peuvent être proposés.
B - NERF SCIATIQUE POPLITÉ EXTERNE :
Il naît à la partie supérieure du creux poplité, passe derrière la tête
du péroné, contourne le col du péroné et se divise au-dessous en ses
deux branches terminales, les nerfs tibial antérieur et musculocutané.
L’atteinte complète de ce nerf se traduit par une paralysie de la
flexion dorsale et de l’éversion du pied ; le déficit sensitif s’étend
sur la face antérolatérale de la jambe et le dos du pied.
L’atteinte du
nerf tibial antérieur se caractérise par un déficit sensitif du dos du
premier espace intermétatarsien et du muscle jambier antérieur. Son
atteinte est le plus souvent associée à un syndrome des loges
secondaire à un oedème postischémique.
L’examen électrophysiologique
a une valeur localisatrice lésionnelle très importante.
Des explorations morphologiques (échographie, radiographies, IRM)
sont parfois nécessaires.
Les atteintes les plus fréquentes sont d’origine compressive, compte
tenu de la localisation superficielle du nerf au col du péroné.
Elles
sont secondaires à des comas, à des anesthésies en particulier
d’interventions cardiovasculaires, ou à des causes traumatiques
intéressant le genou ou même la cheville.
Des tumeurs ont été
rapportées. Les causes non compressives incluent les vascularites, le
diabète, la lèpre et les paralysies de position d’origine tomaculaire.
C - NERF SCIATIQUE POPLITÉ INTERNE :
Il naît à un niveau variable au niveau de la cuisse ; après l’anneau
du soléaire, il devient nerf tibial postérieur et descend dans la jambe,
appliqué contre le muscle jambier postérieur en avant ; à la face
interne de la cheville, il chemine dans le canal tarsien qui comporte
une partie rétromalléolaire et sous-malléolaire où le nerf se divise
en nerfs plantaires externe et interne.
Cliniquement, l’atteinte est marquée par un déficit de la flexion
plantaire, la voûte plantaire est affaissée, l’atrophie musculaire porte
sur la loge postérieure de la jambe.
Le réflexe achilléen est aboli.
L’atteinte doit être différenciée d’une atteinte radiculaire de la
première sacrée ou d’une atteinte plexique lombosacrée.
Les lésions proximales au niveau du creux poplité sont rares ; elles
sont représentées par les anévrismes de l’artère poplitée, les tumeurs
nerveuses, les kystes synoviaux.
Des atteintes focales s’intégrant
dans des atteintes démyélinisantes acquises ont été décrites au
niveau de la jambe.
Au niveau du pied, on décrit une atteinte canalaire, le syndrome du
canal tarsien, se traduisant par des douleurs et des paresthésies de
la plante du pied déclenchées soit par la marche, soit lors de
l’inversion du pied.
Les troubles sensitifs dominent le tableau et
siègent dans le territoire des nerfs plantaires.
Un signe de Tinel peut
être évoqué à la percussion du canal tarsien.
Les circonstances
favorisantes sont des traumatismes répétés de la cheville, des
séquelles de fractures au niveau de la cheville, la ténosynovite du
jambier postérieur.
Le traitement repose sur l’infiltration intracanalaire ou éventuellement, en cas d’échec, l’exploration
chirurgicale.
Il convient de citer la maladie de Morton qui témoigne de la
compression d’un nerf digital plantaire quand il traverse la partie
antérieure de l’espace intermétatarsien ; des facteurs
microtraumatiques sont souvent retrouvés.
La douleur typiquement
en éclair siège au niveau du troisième ou du deuxième espace et
irradie vers les orteils adjacents.
D - NERF FÉMORAL :
Ce nerf est issu du plexus lombaire situé au sein du psoas et formé
par les deuxième, troisième et quatrième racines lombaires ; il
chemine dans le canal inguinal, puis se divise en branches
terminales qui innervent le quadriceps ainsi que la face antérieure
de la cuisse et la région antéro-interne de la jambe (nerf saphène
interne).
Cliniquement, l’atteinte peut être douloureuse, le déficit moteur
intéresse le quadriceps ; le réflexe rotulien est aboli et le déficit
sensitif est limité à la face antéro-interne de la jambe.
Parmi les
examens complémentaires importants, il faut citer le scanner du
petit bassin et l’IRM qui permettent de déceler un envahissement
tumoral, un abcès ou un hématome.
D’un point de vue étiologique, différentes causes ont été rapportées :
les hématomes compliquant les traitements anticoagulants ou la
rupture d’anévrisme de l’aorte, les atteintes postopératoires dans la
chirurgie du petit bassin, des causes générales comme la polyradiculoplexopathie diabétique, ou les vascularites nécrosantes.
Il convient de citer l’atteinte canalaire du nerf saphène interne qui
peut être comprimé au niveau du canal de Hunter limité en arrière
par l’aponévrose du grand adducteur, le vaste interne..., le plus
souvent en avant et l’aponévrose de Hunter en dedans.
L’atteinte
touche l’homme présentant un genu varum.
E - NERF FÉMOROCUTANÉ :
Formé des deuxième et troisième racines lombaires, ce nerf quitte le
petit bassin et passe dans un canal ostéofibreux limité par l’arcade
crurale en haut, le muscle iliaque en bas et l’épine iliaque
antérosupérieure en dedans.
Cliniquement, l’atteinte se traduit par
des dysesthésies douloureuses siégeant à la partie antéroexterne de
la cuisse.
Le nerf peut être comprimé par une tumeur rétropéritonéale ou pelvienne ; il est le plus souvent vulnérable à
son émergence au-dessous de l’arcade crurale par un ganglion, une
atteinte pagétique de l’aile iliaque, une compression par des
ceinturons ou bandages herniaires.
Un diabète doit également être
recherché.
F - NERF OBTURATEUR :
Il naît des deuxième, troisième et quatrième racines lombaires.
Il
traverse le psoas à son bord interne et quitte le petit bassin par le
trou obturateur ; il descend dans la région des adducteurs où il
donne ses branches terminales.
Le trouble moteur porte sur les
adducteurs de la cuisse ; l’hypoesthésie intéresse la face interne de
la cuisse ; des douleurs névralgiques peuvent exister.
Les touchers
pelviens associés aux explorations radiologiques du petit bassin sont
nécessaires.
Le nerf peut être comprimé ou lésé par des tumeurs du petit bassin,
des lésions traumatiques à l’occasion de fractures du petit bassin,
d’interventions chirurgicales génito-urinaires ou orthopédiques sur
la hanche.
Atteintes plexiques
:
Le diagnostic des atteintes plexiques est difficile. Les plexus le plus
souvent atteints sont les plexus brachial et lombosacré ; l’atteinte du
plexus cervical est plus rare et peu symptomatique (paralysie
phrénique).
A - NEUROPATHIES DU PLEXUS BRACHIAL
:
Le plus souvent d’origine traumatique par un mécanisme
d’étirement, elles touchent la partie supérieure du plexus et se
traduisent par un déficit intéressant le deltoïde, le biceps, le long
supinateur et les sus- et sous-épineux.
Quand elles sont plus sévères,
elles peuvent toucher l’ensemble du plexus.
Des causes tumorales sont à suspecter, surtout quand il existe une
atteinte du tronc inférieur.
Les plus classiques sont les métastases de
cancer de sein ou les tumeurs de l’apex pulmonaire.
Les atteintes radiques sont d’évolution plus chronique, non douloureuses et
remarquables par la présence de fasciculations et de myokimies.
Le syndrome de Parsonage et Turner, d’étiologie inconnue mais de
mécanisme inflammatoire, se traduit par des douleurs intenses
diurnes et nocturnes durant 1 à 2 semaines, suivies de l’installation
d’une paralysie avec amyotrophie.
La régression, parfois avec
séquelles, est habituelle ; des récidives sont possibles.
Des formes
familiales ont été décrites.
Le syndrome de la traversée thoracobrachiale est une cause classique
d’atteinte canalaire intéressant le tronc inférieur du plexus brachial.
Il touche le plus souvent les femmes, est d’évolution chronique et se
manifeste par des douleurs qui portent sur la nuque, l’épaule, la
partie supérieure du bras ; on note une amyotrophie et un déficit
des petits muscles de la main et des fléchisseurs du carpe ; enfin, il
existe une hypoesthésie du bord cubital de la main et de la face
interne de l’avant-bras.
Cette atteinte est favorisée par la présence
d’une côte cervicale supplémentaire ou de bandes fibreuses étendues
des apophyses transverses aux tubercules du scalène de la première
côte.
Le diagnostic est suspecté sur les radiographies et peut être
confirmé par l’IRM.
Le traitement est chirurgical.
B - NEUROPATHIES DU PLEXUS LOMBOSACRÉ
:
Elles sont suspectées, sur des douleurs, par un déficit moteur
intéressant le psoas, les adducteurs de la cuisse et le quadriceps et
une aréflexie rotulienne.
Elles nécessitent le plus souvent le recours
à des examens morphologiques, TDM ou IRM.
Elles sont le plus
souvent compressives et de natures très diverses : hématomes du
psoas compliquant les traitements anticoagulants ou parfois
l’hémophilie, anévrismes de l’aorte ou des artères iliaques,
envahissement néoplasique de tumeurs provenant de la prostate, de
l’utérus, du tractus intestinal, postradiques, voire enfin par
traumatismes chirurgicaux ou obstétricaux.