Manifestations nerveuses des lipidoses
Cours de Neurologie
Historique
:
La première lipidose reconnue fut la maladie de Tay-Sachs
(actuellement appelée gangliosidose à GM2, type B).
Décrite en 1881
par Tay, ophtalmologiste londonien, puis par Sachs en 1887 à New
York, elle survient tôt dans l’enfance.
Les affections voisines ensuite
identifiées furent considérées comme des variantes de la maladie de
Tay-Sachs d’apparition plus tardive et groupées sous le terme
général d’idiotie amaurotique familiale.
Certaines d’entre elles ont
été isolées, sur des critères morphologiques, sous le nom de céroïdelipofuscinoses.
Elles comprennent : la maladie de Bielschowski,
forme infantile tardive, la maladie de Batten-Spielmeyer-Vogt, forme
juvénile, et la maladie de Kufs, forme adulte.
Cette classification était
basée sur l’âge d’apparition des troubles cliniques et sur les
caractères anatomocliniques.
Sur ces mêmes critères ont été
individualisées la maladie de Niemann-Pick et la maladie de
Gaucher.
À partir des années 1930, l’identification chimique des matériels de
surcharge a permis une classification différente.
Ainsi, la maladie de Tay-Sachs est devenue une gangliosidose, la maladie de Niemann-
Pick une sphingomyélinose, la maladie de Gaucher, une
cérébrosidose.
En revanche, dans les maladies de Bielschowsky, de
Batten, de Kufs, la surcharge lipidique n’a pas encore été identifiée,
mais consiste en un dépôt pigmentaire anormal, ayant les
caractéristiques tinctoriales des céroïdes et des lipofuscines.
Plus
tard, on constata qu’un excès de sphingolipides était également
présent dans certaines mucopolysaccharidoses (mucolipidoses) et
dans certaines leucodystrophies (métachromatiques et à cellules
globoïdes).
L’étape suivante a consisté à identifier la cause métabolique de ces
surcharges.
Dans les affections lysosomales et peroxysomales, la
plupart des déficits enzymatiques ont été identifiés.
Depuis, nombre de gènes ont été clonés : la biologie moléculaire a
déjà permis dans certaines affections de caractériser des mutations,
rendant compte parfois, sans toutefois l’expliquer encore, du début
à l’âge infantile, juvénile ou adulte de ces affections.
Il existe des modèles animaux pour certaines de ces affections.
Maladies affectant le lysosome
:
Les lysosomes sont des particules membranaires présentes dans
toutes les cellules.
Ils contiennent des protéines enzymatiques qui
sont synthétisées dans le réticulum endoplasmique et auxquelles
sont ajoutés des résidus oligosaccharidiques dans l’appareil de
Golgi.
Ces protéines comportent des séquences-signal leur
permettant de pénétrer dans le lysosome.
Le lysosome est l’appareil
digestif de la cellule.
Il contient des enzymes hydrolytiques qui
fonctionnent à un pH acide.
Les enzymes lysosomales dégradent les composés membranaires et
toutes les macromolécules biologiques, pour former des constituants
élémentaires qui sont réutilisés ou excrétés par la cellule.
A - BIOCHIMIE :
1- Sphingolipides et sphingolipidoses :
Le déficit enzymatique a été identifié dans les sphingolipidoses.
Les sphingolipides tirent leur nom de la présence d’un aminoalcool
complexe à 18 atomes de carbone, la sphingosine.
La sphingosine
est un D(+) érythro–1,3 dihydroxy–2 amino–4 transoctadécène :
CH3 - (CH2)12 - CH = CH - CH - CH - CH2OH
OH NH2
L’unité de base sur laquelle se bâtissent tous les sphingolipides est
la céramide qui est la N-acylsphingosine : sur le groupement aminé de la sphingosine se fixe, par une liaison amide, le groupement
carboxylique d’un acide gras, en général à très longue chaîne :
CH3 - (CH2)12 - CH = CH - CH - CH - CH2OH
OH NH
CO
R
Sur l’hydroxyle en I de la sphingosine des céramides se fixe un
groupement phosphorylcholine dans le cas des sphingomyélines,
une molécule de galactose ou de glucose dans le cas des
cérébrosides, de galactose sulfate dans le cas des sulfatides, enfin
plusieurs molécules d’hexose ou de leurs dérivés dans le cas des
gangliosides.
La biosynthèse de tous les sphingolipides se fait à partir des
céramides.
Cependant, dans les cas connus et confirmés de sphingolipidoses, c’est sur la voie catabolique des sphingolipides du
système nerveux que se situe le déficit enzymatique.
Ceci
entraîne une surcharge en lipides non dégradés.
2- Autres lipides et neurolipidoses :
Le déficit enzymatique n’a pas encore été caractérisé dans toutes les
affections lysosomales.
Dans les céroïdes lipofuscinoses, il existe une accumulation de
lipopigments dans les lysosomes qui peut avoir plusieurs origines,
dont toutes n’ont pas encore été identifiées.
Les neurolipidoses peuvent être aussi liées à des anomalies du trafic
des lipides, en particulier cellulaires.
Dans la maladie de Niemann-Pick de type C, il existe une anomalie du transport intracellulaire
du cholestérol d’origine exogène, qui s’accumule dans le lysosome
sous forme de cholestérol non estérifié.
B - NEUROPATHOLOGIE :
1- Caractéristiques d’une surcharge lysosomale :
Les cellules surchargées ont leur noyau déjeté en périphérie, avec
un cytoplasme distendu, d’aspect variable selon le type de
surcharge.
Selon le type de surcharge, le cytoplasme est soudanophile et coloré
par le luxol fast blue dit LFB (lipides), coloré par l’acide
périodique Schiff (PAS), ou éosinophile à l’hématéine éosine
(composant glucidique), ou métachromatique : coloration brune ou
rose avec des colorants acides (composés sulfate).
La forte expression cytoplasmique en enzymes lysosomales
(phosphatase acide, bêtagalactosidase) confirme la situation
intralysosomale de la surcharge.
En ultrastructure, la surcharge est bordée par une membrane et
apparaît constituée soit d’un matériel granulaire (glycogénose), soit
de fragments membranaires répartis dans le cytoplasme et dont la
conformation peut orienter le diagnostic, par exemple :
– formations tubulaires dans les surcharges contenant des céramides
(curvilinéaires pour la céramide libre de la maladie de Farber,
incurvées pour les galactosylcéramides de la maladie de Krabbe,
prismatiques pour les sulfatides de la leucodystrophie
métachromatique, hélicoïdales pour les glucosylcéramides de la
maladie de Gaucher) ;
– corps lamellaires en général dans les surcharges contenant des lactosylcéramides (précurseurs communs des glycosphingolipides)
avec des corps lamellaires concentriques dans les gangliosidoses en
général et l’association à des vésicules claires dans les
oligosaccharidoses ;
– corps lamellaires rectilignes et parallèles « zébrés » dans les mucopolysaccharidoses ;
– vésicules contenant un matériel lipidique homogène ou trilamellaire (pathologies du cholestérol).
2- Modalités évolutives
:
Les pathologies lysosomales évoluent selon plusieurs modalités :
formes infantile (précoce), infantile tardive, juvénile et adulte.
Dans
certains déficits (mais pas tous… jusqu’à preuve du contraire), il
existe une forme à expression foetale, en général par une anasarque
non immune, non infectieuse ni chromosomique, parfois sous la
forme d’une atrophie cérébrale congénitale.
L’évolution naturelle des pathologies lysosomales a deux effets
opposés sur le volume cérébral : la surcharge tend à l’augmenter
(ballonisation neuronale et hyperplasie gliale), tandis que la mort
neuronale qui en résulte tend à le diminuer, avec pour effet le
développement d’une atrophie corticale (gyri fins et simplifiés,
ruban cortical mince) et sous-corticale (dilatation ventriculaire a
vacuo et amincissement du corps calleux).
L’aspect du cerveau varie
donc selon la durée de l’évolution.
Les sites de surcharge varient également, mais selon la sévérité de
l’atteinte.
Ainsi, dans les formes sévères (à révélation précoce), la
surcharge est diffuse et implique toutes les structures cérébrales, y
compris celles dont la maturation est tardive, à savoir le cortex
cérébral.
Dans les formes juvéniles ou adultes, moins sévères, la
surcharge implique préférentiellement les structures à maturation
précoce, c’est-à-dire les structures caudales (qui sont fonctionnelles
depuis plus longtemps) : noyaux gris centraux, tronc cérébral,
cervelet et moelle.
De même, dans les cas de diagnostic anténatal
(mais sans expression foetale), la surcharge implique les mêmes
structures caudales, car ce sont les seules ayant atteint la maturité
fonctionnelle (synaptogenèse) à ce stade de développement.
3- Pathologie cellulaire générale
dans les lysosomopathies :
Les événements cellulaires associés aux pathologies lysosomales
sont de trois types :
– les sphéroïdes axonaux qui sont des dilatations axonales distales,
les méganeurites qui sont des dilatations axonales proximales, mais
qui en fait correspondent à une transformation focale du
compartiment axonal en compartiment dendritique, et la perte
neuronale avec gliose secondaire ; la dé(dys)myélinisation n’est pas
constante à toutes les pathologies ;
– les zones de néodendritogenèse correspondent aux zones
d’accumulation de formations membranaires, ce qui suggère que
cela résulte du stockage de glycolipides particuliers ; il s’agit en fait
du ganglioside GM2, qui s’accumule dans les neurones arborant des
aspects de néodendritogenèse, mais pas dans les neurones
dépourvus de zones de néodendritogenèse ;
– l’accumulation semble précéder la formation des néomembranes ;
de même, pendant le développement, il existe une accumulation de
vésicules de GM2 dans les neurones durant la dendritogenèse ; le
GM2 agirait en modifiant la composition de la surface cellulaire, et
donc les réponses focales des récepteurs membranaires aux
stimulations extérieures.
* Sphéroïdes axonaux :
Les sphéroïdes axonaux sont des dilatations axonales situées à
distance du segment proximal de l’axone, pouvant être multiples le
long de l’axone, et présentes y compris dans le bouton synaptique
distal ; elles sont en continuité avec l’axone « normal » et ne
représentent pas une zone de rétraction d’un axone en
dégénérescence.
Quelle que soit la pathologie lysosomale, l’accumulation est
identique : mitochondries, formations tubulovésiculaires, corps
denses.
En revanche, les sphéroïdes ne contiennent pas de cytosomes
de surcharge spécifique, qui eux sont présents dans le péricaryon et
les méganeurites.
Ce type de formation est identique à celles que
l’on retrouve lors des lésions axonales, dans les parties distales, et
qui résultent de l’interruption du transport axonal rétrograde ; dans
les pathologies lysosomales, cette altération du transport rétrograde
pourrait résulter de plusieurs mécanismes :
– l’anomalie lysosomale empêche la dégradation des endosomes
lors de leur transport rétrograde et favorise donc l’accumulation
d’endosomes de grande taille (non dégradés) le long de leur trajet
rétrograde ;
– l’anomalie de la fonction lysosomale altère la fonction de
molécules de transport rétrograde (comme la dynéine) dont on sait
qu’elles se lient aux lysosomes.
Les sphéroïdes axonaux sont spécifiquement présents dans les
neurones acide gamma-amino-butyrique-ergiques, qui ont une
grande activité métabolique et électrique, ce qui implique un
turnover élevé des composants synaptosomaux membranaires et
favorise donc l’accumulation de ces cytosomes en cas de
perturbation de leur trajet rétrograde vers le corps neuronal.
Leur apparition précède la mort neuronale et semble la provoquer
(blocage du transport rétrograde des facteurs de croissance ?).
Ces sphéroïdes axonaux interfèrent sur la propagation de l’activité
électrique et sont susceptibles d’altérer la fonction cérébrale mature
ou au cours du développement ; ainsi, il a été démontré que la
sévérité de l’atteinte neurologique clinique est corrélée à la présence
des sphéroïdes, mais pas à celle de la surcharge du péricaryon ou à
la présence de méganeurites.
* Méganeurites :
Les méganeurites sont des dilatations parasomatiques qui
contiennent des accumulations d’organites identiques à celles
observées dans le soma.
On décrit deux types de méganeurites selon
qu’ils sont couverts ou pas d’épines dendritiques :
– les méganeurites spiny sont couverts d’épines dendritiques, et
donc de synapses, et sont au contact de prolongements neuronaux ;
ils résultent de la néosynthèse de membrane dendritique dans le
segment axonal proximal, avec création de nouvelles synapses ; ce
sont toujours les mêmes types de neurones qui sont capables de
produire ces nouvelles membranes, quelle que soit la pathologie
lysosomale (zones où un transport d’acide ribonucléique messager
a été trouvé) ;
– les méganeurites aspiny : ils n’ont pas d’épines dendritiques, donc
pas de synapses ; ils correspondent à une distension passive de
l’axone par l’accumulation de produits de surcharge.
Dans certaines pathologies on peut rencontrer les deux types, dans
d’autres uniquement un type aspiny (exemple : céroïde
lipofuscinose).
Ces deux types de méganeurites ne surviennent pas indifféremment.
Selon le type neuronal, et lors d’une pathologie de surcharge, vont
apparaître :
– soit des méganeurites spiny : les neurones pyramidaux du
néocortex, les spiny neurones du striatum (télencéphale), les cellules
des grains de la fascia dentata (archicortex), les neurones
multipolaires du claustrum et amygdale (type pyramidal, origine
télencéphalique) ;
– soit uniquement des distensions du soma : cellules de Purkinje,
neurones corticaux non pyramidaux, neurones moteurs du tronc
cérébral et de la moelle, interneurones thalamiques.
* Mort neuronale :
Dans la plupart des pathologies lysosomales, la mort neuronale est
un événement tardif, qui sous-tend l’atrophie corticale, à l’exception
des céroïdes lipofuscinoses pour lesquelles il s’agit d’un événement
précoce.
La mort neuronale est sélective, car touchant de façon très
préférentielle les neurones néocorticaux et parmi eux,
majoritairement, les neurones de la couche IV médiocorticale qui
sont ceux qui reçoivent préférentiellement les afférences thalamiques
glutamatergiques.
L’une des hypothèses est que la mort surviendrait dans un contexte
d’excitotoxicité glutamatergique générée par la modification de la
composition membranaire (riche en gangliosides accumulés).
Une étude récente a démontré le rôle délétère de l’activation microgliale dans la mort neuronale, dans la gangliosidose à GM2.
* Troubles de la myéline :
Il existe fréquemment un retard de myélinisation dans les
pathologies de surcharge, pour lequel interviennent, outre la mort
neuronale et les perturbations de la synaptogenèse, un trouble de la
maturation et de la fonction oligodendrogliale.
Par exemple :
– dans la maladie de Krabbe, toxicité de la sphingosine pour les
oligodendrocytes, dont elle provoque la mort, ce qui altère les
processus de myélinisation ;
– dans la leucodystrophie métachromatique, le lysosulfatide qui
serait responsable de la mort des oligodendrocytes, et serait donc en
cause dans la démyélinisation ;
– dans la gangliosidose à GM2, on a pu constater qu’il existait un
retard de myélinisation affectant les structures à myélinisation
postnatale, pour lequel diverses hypothèses sont avancées :
altération de l’expression des protéines de la myéline, conséquence
de la mort oligodendrogliale, conséquence de la perte neuronale
donc axonale.
C - GANGLIOSIDOSES À GM1
:
C’est une maladie récessive autosomique due à une déficience en
une bêtagalactosidase.
Il en résulte l’accumulation du ganglioside
GM1 dans les cellules nerveuses, et de galactosyloligosaccharides et
de kératan sulfate dans les autres tissus.
1- Forme infantile ou gangliosidose à GM1 type 1,
ou maladie de Norman-Landing ou gangliosidose
généralisée ou pseudo-Hurler :
* Clinique
:
La maladie survient au cours du premier trimestre de la vie.
Le port
de la tête peut être acquis, mais jamais la position assise.
L’arrêt du
développement devient évident dans les 3 à 6 mois.
Quelques
enfants ont des oedèmes du visage et des oedèmes périphériques
dans les premières semaines.
Les troubles de la vue apparaissent au
bout de quelques semaines et se traduisent par un nystagmus
pendulaire.
Une tache rouge cerise au fond d’oeil est présente dans
50 % des cas. Les crises convulsives sont plus tardives.
L’hypotonie
initiale fait place à la spasticité ; des spasmes toniques surviennent
sur un syndrome pyramidal des quatre membres. Une rigidité de
décérébration s’installe au bout de 1 an.
Le décès fait suite à une
défaillance respiratoire ou à une bronchopneumonie.
Les signes les plus caractéristiques ne sont pas neurologiques.
Le
faciès devient dysmorphique avec bosse frontale, épicanthus,
ensellure nasale, hypertrophie gingivale.
L’infiltration cutanéomuqueuse est généralisée.
Une hépatomégalie, puis plus
tard une splénomégalie après 6 mois s’installent.
Une cyphose
dorsolombaire se développe.
Les articulations sont bloquées en
flexion, les doigts boudinés.
* Examens complémentaires
:
Le déficit en bêtagalactosidase acide est trouvé dans les leucocytes,
les fibroblastes d’origine cutanée, les biopsies hépatique et rénale, à
l’aide d’un substrat artificiel permettant un dosage colorimétrique
ou fluorométrique.
On observe une excrétion urinaire
d’oligosaccharides et de glycopeptides.
Des lymphocytes vacuolés
et des cellules spumeuses sont présents dans le sang et dans la
moelle. Le liquide céphalorachidien (LCR) est normal.
L’électromyogramme (EMG) et la vitesse de conduction nerveuse
sont normaux.
Il n’y a pas d’atteinte du système nerveux
périphérique.
Les signes radiologiques sont les plus importants. Ils
sont semblables à ceux d’une mucopolysaccharidose.
Il y a d’abord
une réaction périostée que l’on peut voir dès la naissance et, plus
tard, les métaphyses deviennent épaisses. Une hypoplasie ou un
écrasement de plusieurs vertèbres, à la jonction dorsolombaire, sont
vus vers 6 mois.
Une variante clinique existe, avec présence d’une activité résiduelle
en bêtagalactosidase, une sévère dysostose, et une atteinte minime
du système nerveux.
Le tableau clinique est voisin de celui observé
dans la maladie de Morquio.
* Anatomopathologie
:
Les sites de surcharge varient selon la sévérité de l’atteinte. Ainsi,
dans les formes sévères (à révélation précoce), la surcharge est
diffuse et implique toutes les structures cérébrales, y compris celles
dont la maturation est tardive, à savoir le cortex cérébral.
Dans les
formes juvéniles ou adultes, moins sévères, la surcharge implique
préférentiellement les structures à maturation précoce, c’est-à-dire
les structures caudales : noyaux gris centraux, tronc cérébral, cervelet
et moelle.
De même, dans les cas de diagnostic anténatal, la
surcharge implique les mêmes structures caudales, car ce sont les
seules ayant atteint la maturité fonctionnelle (synaptogenèse) à ce
stade de développement.
La surcharge intraneuronale entraîne la mort neuronale, qui
se traduit macroscopiquement par une atrophie de la structure grise
concernée.
L’augmentation du poids cérébral est liée à la ballonisation neuronale et à l’hyperplasie gliale. Des méganeurites
sont observés dans certaines formes.
Il s’agit de la distension de la
partie proximale de l’axone ou des dendrites, secondaire à
l’accumulation de gangliosides.
La surcharge des cellules gliales
pourrait rendre compte d’une altération des processus de myélinisation.
+ Caractérisation et distribution cellulaire de la surcharge
:
Les cellules surchargées ont leur noyau déjeté en périphérie, avec
un cytoplasme distendu, d’aspect spumeux.
Le cytoplasme apparaît
empli d’un matériel granuleux coloré par les colorants des lipides
(noir Soudan, LFB), par le PAS (sur tissus congelés, non
déparaffinés) et par les marqueurs des enzymes lysosomales
(phosphatase acide, bêtagalactosidase).
Dans la gangliosidose à
GM1, la surcharge des macrophages périphériques est également
colorée par le bleu alcian.
La surcharge est constituée de gangliosides GM1 de structure normale, mais en quantité
anormalement élevée, qui s’accumulent dans le tissu nerveux et
dans les tissus extranerveux.
En ultrastructure, la surcharge neuronale est contenue dans une
vésicule membranaire et se présente sous la forme de corps
cytoplasmiques membranaires, formés d’empilements de lamelles
parallèles ou concentriques.
La surcharge viscérale diffère de celle observée dans les neurones :
elle consiste en des vacuoles vides bordées d’une membrane.
Dans la gangliosidose à GM1, la distribution de la surcharge est
large ; elle implique les tissus extranerveux, notamment dans la
forme infantile.
Sont ainsi concernés les neurones du système
nerveux central et périphérique, les cellules gliales et microgliales,
mais également les hépatocytes et les macrophages des sinusoïdes
du foie, les cellules épithéliales des glomérules rénaux, les
histiocytes de la rate, des follicules ganglionnaires, et de la lamina
propria digestive, les cellules glandulaires des glandes sudoripares,
les fibroblastes et les histiocytes dans la peau, les cellules
endothéliales et les lymphocytes (forme infantile).
Macroscopie :
Le cerveau est habituellement de poids normal, mais une discrète
atrophie peut être notée dans les formes adultes, avec atteinte des
ganglions de la base.
Dans les formes infantiles, une atrophie de la substance blanche et un retard de myélinisation sont rapportés, ce
dernier affectant les structures à myélinisation tardive
(sus-tentorielles).
Microscopie :
La surcharge neuronale est visible sur les coupes en paraffine, mais
elle n’est identifiable que sur les préparations de tissu congelé non
paraffiné, car les techniques de déparaffinage extraient les gangliosides.
En revanche, dans les astrocytes et les macrophages, la
surcharge est identifiable même dans les tissus paraffinés.
La surcharge neuronale est diffuse dans les cas infantiles et juvéniles
(types 1 et 2), où elle est associée à la présence de méganeurites, à
une perte neuronale et à une gliose.
Une démyélinisation n’est
observée que dans les formes à révélation précoce.
Dans les formes
adultes, la surcharge est limitée au striatum et au globe pâle, où elle
est associée à des méganeurites, à une perte neuronale et à une
gliose.
Dans tous les cas, la surcharge dans les tissus extraneurologiques
est difficile à mettre en évidence, du fait de sa grande solubilité dans
les milieux aqueux, et les cellules surchargées apparaissent
distendues et vides.
En ultrastructure, cette surcharge diffère de celle
observée dans les neurones : elle consiste en des vacuoles vides
bordées d’une membrane.
Dans la gangliosidose à GM1, il existe une hépatosplénomégalie
dans le type 1, mais pas d’organomégalie dans les types 2 et 3.
Histologiquement, la surcharge est plus diffuse, quoique moins
marquée dans les types 2 et 3 que dans le type 1 (sont concernés le
foie et la rate, le tube digestif, la peau, le rein, les vaisseaux, la
moelle osseuse, les lymphocytes circulants).
Pathologie foetale
:
Dans les cas de diagnostic anténatal, la surcharge ne peut être
identifiée qu’à l’échelle ultrastructurale, dans les neurones cérébraux
des structures caudales et des plexus digestifs, dans les viscères
(épithélium rénal, macrophages hépatiques, spléniques et moelle
osseuse, endothélium vasculaire), dans le placenta (endothélium
vasculaire, histiocytes des axes villositaires, syncytiotrophoblastes).
Ces lésions sont observées dès la 17e semaine d’aménorrhée, avec
une distribution qui suit le gradient de maturation neuronale :
couches profondes du cortex et cellules de Purkinje (à 22 semaines
d’aménorrhée).
Les gangliosidoses à GM1 ont une expression foetale sous la forme
d’une anasarque foetale.
* Neurochimie
:
Dans la substance grise, et plus précisément dans les neurones, il
existe une accumulation du ganglioside GM1.
L’étude chimique des
corps membraneux cytoplasmiques isolés confirme la présence de
ce ganglioside.
Dans les viscères, cette surcharge s’accompagne d’un
dépôt anormal de glycosaminoglycanes dérivés du kératan sulfate.
La présence de ces mucopolysaccharides a fait classer cette maladie
parmi les mucolipidoses.
Des galactosyloligosaccharides sont
également présents.
Le déficit en bêtagalactosidase acide est présent dans tous les tissus.
* Biologie moléculaire :
Le locus qui code pour la bêtagalactosidase acide est sur le bras
court du chromosome 3 en 3p21-pter.
Le gène codant pour cette bêtagalactosidase acide diffère du gène codant pour une autre
bêtagalactosidase, la galactosylcéramide-bêtagalactosidase qui est
déficiente dans la maladie de Krabbe, et qui est situé sur le chromosome 14.
Il a été cloné.
De nombreuses mutations ont été identifiées, qui ne semblent pas
être les mêmes au Japon et aux États-Unis.
* Conseil génétique :
Le dépistage des hétérozygotes est possible par dosage
enzymatique dans les leucocytes ou les fibroblastes cutanés en
culture.
Le diagnostic prénatal est possible sur culture de fibroblastes
après ponction du liquide amniotique, ou plus précocement après
biopsie des villosités choriales.
Dans la mesure du possible, un dosage en biologie moléculaire
s’avère utile.
2- Gangliosidose à GM1 type 2 ou maladie de Derry :
* Clinique
:
Elle survient dans la deuxième enfance.
Le développement
psychomoteur est normal jusqu’à l’âge de 1 an.
Une ataxie
locomotrice est souvent le premier signe, précédant des mouvements choréoathétosiques.
La détérioration intellectuelle est secondaire,
avec perte de l’intérêt pour l’entourage et perte du langage. Une
spasticité et une rigidité apparaissent, avec des crises convulsives.
L’espérance de vie est de 3 à 10 ans, avec un état grabataire qui peut
durer 2 ans.
Des signes pseudobulbaires sont responsables de
troubles de déglutition.
Il n’y a pas de dysmorphie osseuse ni de
signes de surcharge viscérale.
* Examens complémentaires
:
Le déficit en bêtagalactosidase acide signe la maladie. Des cellules
de surcharge sont trouvées dans le sang et dans la moelle.
La biopsie
de peau et des conjonctives montre des vacuoles intracellulaires
comme dans les mucopolysaccharidoses.
L’atrophie optique est tardive.
Les signes radiologiques osseux sont discrets.
Le scanner cérébral montre une atrophie corticale diffuse.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) met en évidence une
atteinte associée de la substance blanche.
3- Gangliosidose à GM1 de type 3 (forme de l’adulte
ou forme chronique)
:
* Clinique :
La plupart des observations ont été décrites au Japon.
Elles débutent
dans l’adolescence et peuvent survenir au cours de la troisième ou
quatrième décade de vie.
L’atteinte intellectuelle est très modérée ou absente.
Il n’y a pas de
dysmorphie ni d’organomégalie.
Il n’y a pas d’altération rétinienne,
de tache rouge cerise ou d’opacité cornéenne.
L’évolution de la
maladie s’étale sur plusieurs décades.
* Examens complémentaires
:
Le diagnostic repose sur un déficit en bêtagalactosidase acide dans
les leucocytes ou les fibroblastes en culture.
L’activité résiduelle de
l’enzyme est plus élevée que dans les formes à début plus précoce.
Ce déficit en bêtagalactosidase est également trouvé dans le
Morquio B et dans les galactosialidoses.
Dans l’urine, il y a une
quantité excessive de kératan sulfate et de produits contenant du
galactose provenant de glycoprotéines.
Les anomalies de la structure
osseuse peuvent être minimes, mais il a été décrit des compressions
médullaires secondaires aux déformations vertébrales.
* Biologie moléculaire et conseil génétique.
Les mutations semblent être différentes selon les formes cliniques.
Certaines mutations semblent caractéristiques des formes de
l’adulte.
D - GANGLIOSIDOSES À GM2 : MALADIE DE TAY-SACHS,
MALADIE DE SANDHOFF ET AUTRES VARIANTES
Elles se transmettent sur le mode récessif autosomique.
Elles sont
caractérisées, au plan biochimique par une accumulation du ganglioside GM2 dans le système nerveux central.
La cause en est le
plus souvent un déficit en hexosaminidase A, que l’on peut trouver
dans de nombreux tissus.
Une protéine activatrice est également
nécessaire pour hydrolyser le substrat naturel.
L’hexosaminidase A
est faite de deux sous-unités alpha et bêta, localisées chacune sur
différents chromosomes.
Dans la maladie de Tay-Sachs (variante B),
il existe une anomalie de la sous-unité alpha (chromosome 15) dans
une région nécessaire à l’assemblage des sous-unités alpha et bêta,
donc à la formation de l’hexosaminidase A.
Dans la variante 0
(maladie de Sandhoff), il existe une anomalie de la sous-unité bêta
(chromosome 5) qui entraîne un déficit de l’activité des
hexosaminidases A et B (la B étant constituée de sous-unités bêtabêta).
La variante AB est due à une déficience en activateur et n’a
été décrite que pour les formes infantiles.
La forme juvénile est
souvent liée à une variante B1, les mutations observées dans
l’hexosaminidase A ne sont pas liées au site d’assemblage alpha et
bêta, et semblent situées dans une région du gène importante pour
le site catalytique de l’enzyme sur la sous-unité alpha.
1- Forme infantile de gangliosidose à GM2
:
* Gangliosidose à GM2 variante B ou maladie de Tay-Sachs :
Initialement classée (Sachs, 1896 ; Tay, 1881) comme forme infantile
de l’idiotie amaurotique familiale, elle mérite actuellement d’être
individualisée parmi les gangliosidoses à GM2 variante B.
+ Clinique
:
Elle se rencontre plus volontiers dans les familles juives ashkénazes.
Les enfants sont habituellement normaux à la naissance ; le signe le
plus précoce est l’apparition de sursauts inépuisables au bruit
(clonies audigènes) qui sont très spécifiques.
Le retard psychomoteur
s’installe vers 6 mois, avec hypotonie et amaurose.
Des crises
d’épilepsie généralisée tonicocloniques peuvent survenir.
Une hypsarythmie peut se rencontrer.
L’évolution se fait vers une tétraparésie spastique.
L’augmentation rapide du périmètre crânien
traduit la mégalencéphalie.
Les viscères abdominaux sont normaux.
L’enfant décède habituellement vers 3 ou 4 ans, cachectique,
aveugle, dément, dans un état de décérébration.
+ Examens complémentaires :
À l’aide d’un substrat fluorogénique, le dosage de la
N-acétylhexosaminidase dans le sérum (mais aussi dans les
leucocytes) met en évidence un déficit électif en hexosaminidase A,
enzyme thermolabile, contrairement à l’hexosaminidase B.
On peut
le confirmer sur culture de fibroblastes d’origine cutanée.
L’utilisation du substrat naturel montre que l’enzyme déficiente
libère normalement la N-acétylgalactosamine à partir du GM2.
Il est préférable de mettre en évidence la surcharge en ganglioside
du GM2 par incorporation du GM2 radioactif dans les fibroblastes
en culture.
Les modifications du fond d’oeil apparaissent dès la
quatrième semaine : la tache rouge cerise est constante mais non
spécifique.
Il n’y a pas de modification du LCR.
Il n’y a pas de
cellules de surcharge dans la moelle osseuse, mais on peut observer
des lymphocytes vacuolés dans le sang périphérique.
+ Anatomopathologie
:
Dans la gangliosidose à GM2, la surcharge implique les neurones
du système nerveux central et périphérique (plexus digestifs), les
astrocytes et la microglie, les cellules de Schwann et, en
extracérébral, rarement des macrophages dans les sinusoïdes
hépatiques ou dans le stroma des villosités placentaires.
Macroscopie
:
Le cerveau peut apparaître soit atrophique (formes juvéniles et
adultes) voire microcéphalique (formes infantiles évoluées), soit
mégalencéphalique (stade précoce des formes infantiles).
À la coupe,
on observe un amincissement du ruban cortical, parfois ulégyrique,
et une mauvaise différenciation entre le blanc et le gris. Dans les
formes infantiles, on note une démyélinisation dans les cas à
révélation tardive ; l’atrophie touche très sélectivement le cervelet et
plus particulièrement le vermis.
Microscopie :
La surcharge neuronale est visible sur les coupes en paraffine, mais
elle n’est identifiable que sur les préparations de tissu congelé non
paraffiné, car les techniques de déparaffinage extraient les gangliosides.
En revanche, dans les astrocytes et les macrophages, la
surcharge est identifiable même dans les tissus paraffinés.
La surcharge neuronale est diffuse dans les formes infantiles, mais
restreinte aux structures cérébrales caudales (ganglions de la base,
tronc cérébral, cervelet et moelle) dans les formes juvéniles et
adultes.
Ainsi, la surcharge neuronale des formes infantiles est
évidente dans le cortex télencéphalique, associée à la présence de
nombreux méganeurites et à une perte neuronale (sous-tendant
l’atrophie cérébrale et l’amincissement du ruban cortical).
Dans les
formes juvéniles et adultes, il existe une perte des neurones des
grains et des cellules de Purkinje.
La substance blanche télencéphalique et cérébelleuse est pauvre en fibres myélinisées,
alors que les faisceaux du tronc cérébral et de la moelle sont
relativement préservés.
La dégénérescence wallérienne liée à la perte
neuronale corticale ne rend pas compte de l’ensemble des lésions de
la substance blanche, qui peuvent aller jusqu’à la cavitation : il existe
une atteinte sélective des faisceaux à myélinisation tardive, allant de
la démyélinisation à l’absence d’apparition de la myéline.
Pathologie extraneurologique :
Dans tous les cas, la surcharge est difficile à mettre en évidence du
fait de sa grande solubilité dans les milieux aqueux, et les cellules
surchargées apparaissent distendues et vides.
En ultrastructure, cette
surcharge diffère de celle observée dans les neurones : elle consiste
en des vacuoles vides bordées d’une membrane.
Les viscères ne présentent pas de surcharge, hormis dans de rares
macrophages des sinusoïdes du foie et de la moelle osseuse.
Pathologie foetale :
Dans les cas de diagnostic anténatal, la surcharge ne peut être
identifiée qu’à l’échelle ultrastructurale, dans les neurones cérébraux
des structures caudales et des plexus digestifs, dans le placenta
(GM2 type Sandhoff : macrophages dans le stroma villositaire).
+ Neurochimie :
L’accumulation du ganglioside GM2 dans le système nerveux, mais
également à un degré moindre dans les organes viscéraux, est
caractéristique de la maladie.
On trouve également une quantité
anormalement élevée d’une céramide trihexoside, dépourvue
d’acide sialique mais comportant une N-acétylgalactosamine
terminale.
La diminution des cérébrosides et des sulfatides dans la
substance blanche témoigne d’une démyélinisation associée.
Le
déficit en hexosaminidase A est trouvé dans tous les organes.
+ Biologie moléculaire :
La localisation chromosomique du gène est en 15q23-q24.
Le gène a
été cloné.
Les nombreuses mutations identifiées dans la maladie
de Tay-Sachs suppriment toute activité résiduelle de l’enzyme.
+ Conseil génétique
:
La recherche d’hétérozygotes est particulièrement importante dans
les populations à risque.
Elle peut se faire par dosage biochimique
ou par analyse génétique lorsqu’un cas index a été identifié.
Le
diagnostic prénatal, soit biochimique, soit moléculaire, est possible.
*
Gangliosidose à GM2 variante 0 ou maladie de Sandhoff :
+ Clinique
:
L’âge de début, la durée d’évolution et la symptomatologie
neurologique et ophtalmologique sont identiques à ceux de la maladie de Tay-Sachs.
Ce qui la distingue, c’est la possibilité d’avoir
une hépatosplénomégalie et la présence occasionnelle d’altérations
squelettiques en tous points comparables à ce que l’on observe dans
la gangliosidose infantile à GM1.
+ Examens complémentaires :
Il existe à la fois un déficit en hexosaminidases A et B dans le sérum
et dans tous les tissus.
On trouve des oligosaccharides urinaires
contenant de la N-acétylgalactosamine.
La ponction sternale montre
des cellules spumeuses.
On a décrit à l’IRM une légère atrophie
corticale, un laminage du corps calleux et des hypersignaux dans le
putamen, le pallidum, le noyau caudé, le cervelet et le tronc cérébral.
+ Neurochimie :
Sur le plan neurochimique, en plus de l’accumulation de GM2 et de
l’asialoganglioside correspondant (céramide-glucose-galactose-Nacétylgalactosamine)
qui est une céramide trihexoside, un globoside
(céramide-glucose-galactose-galactose-N-acétylgalactosamine)
s’accumule dans la plupart des viscères, particulièrement dans le
rein.
Une diminution des galactocérébrosides traduit là encore une
démyélinisation.
Des corps membraneux cytoplasmiques ont été
isolés. Ils sont également constitués de gangliosides, de cholestérol,
de phospholipides et de glycolipides non sialylés.
Cependant, la
composante gangliosidique est inférieure à celle de la maladie de
Tay-Sachs, alors que la composante glycolipides non sialylés est plus
importante.
+ Biologie moléculaire
:
Le gène de la sous-unité bêta commune aux hexosaminidases A et
B, dont les mutations sont responsables de la maladie de Sandhoff,
est situé en 5q13.
Il a été cloné.
De nombreuses mutations ont été
identifiées.
Les délétions entraînent les formes les plus sévères
lorsqu’elles sont à l’état homozygote.
+ Conseil génétique
:
Le diagnostic des hétérozygotes est possible.
Il peut se faire par
dosage biochimique ou par analyse génétique lorsqu’un cas index a
été identifié.
Le diagnostic prénatal, soit biochimique, soit
moléculaire, est possible.
* Gangliosidose à GM2 variante AB
:
Les signes cliniques sont identiques à ceux de la maladie de Tay-Sachs, mais moins sévères.
Il n’existe pas de déficit en hexosaminidase avec le substrat artificiel
fluorogénique habituellement utilisé.
Les activités enzymatiques sont
mêmes augmentées.
Les études métaboliques avec le substrat
naturel permettent d’identifier le défaut d’hydrolyse du substrat et
par voie de conséquence la surcharge en GM2.
Cette variante est
liée à un déficit en un cofacteur thermostable nécessaire à la
dégradation du substrat naturel.
Ce facteur, localisé en 5q31, peut
être responsable, par des mutations ponctuelles, de cette variante.
L’étude neurochimique montre que les lipides accumulés sont plus
importants que dans la maladie de Tay-Sachs.
La démyélinisation
est comparable.
2- Forme juvénile de gangliosidose à GM2 variante B
et variante B1
:
+ Clinique
:
On distingue une forme d’évolution subaiguë.
Il n’existe pas de
prévalence ethnique.
Elle débute entre 3 et 6 ans, et la détérioration
neuropsychique est sévère et d’apparition rapide.
Il s’agit d’une
encéphalopathie qui se traduit par une perte du langage, des
troubles de la marche dus à une paraplégie spastique, avec signes
pyramidaux et ataxie cérébelleuse.
Une dystonie et une choréoathétose peuvent être rencontrées.
Des crises d’épilepsie tonicocloniques ou myocloniques peuvent survenir en cours
d’évolution.
La détérioration mentale est toujours présente et des
troubles du comportement peuvent survenir.
Une perte de la vision
et des altérations rétiniennes sont inconstantes et tardives : atrophie
optique, dégénérescence maculaire, tache rouge cerise.
Au bout de 3
à 10 ans, le patient décède dans un tableau de rigidité de
décérébration.
Une forme chronique survient plus tardivement vers l’âge de 10 ans
et bon nombre de cas ne sont alors reconnus qu’à l’âge adulte.
Bon nombre de patients sont d’origine ashkénaze.
L’expression
clinique est extrêmement variable, mais des signes d’atteinte de la
corne antérieure de la moelle et des troubles spinocérébelleux sont
prédominants.
Une dystonie progressive et des manifestations
psychiatriques (dépression, psychose hallucinatoire) sont habituelles.
La détérioration intellectuelle n’est pas constante. Le début est
insidieux et la progression est lente.
+ Examens complémentaires
:
Des signes de dénervation à l’EMG sont rencontrés dans la forme
subaiguë, et le LCR est normal.
La neuroradiologie n’est d’aucune
aide pour le diagnostic.
Dans la forme chronique, l’atrophie cérébelleuse peut être vue à
l’IRM.
Le LCR est normal et des électroencéphalogrammes (EEG)
non spécifiques peuvent être observés.
L’EMG est normal.
Le dosage de l’hexosaminidase A signe le diagnostic, mais il faut
savoir que, dans la forme chronique, il peut s’agir d’une variante
dite B1.
Dans ce cas, la mutation qui touche la sous-unité alpha ne
peut être objectivée par le dosage avec le substrat artificiel classique,
mais nécessite l’utilisation d’un autre substrat artificiel, un dérivé
sulfaté du méthylumbelliférone.
Il est donc indispensable, lorsqu’on
suspecte une forme juvénile de gangliosidose à GM2, d’utiliser à la
fois le substrat artificiel classique et le dérivé sulfaté.
Dans tous les
cas, l’activité enzymatique est fortement diminuée mais non
effondrée.
Dans certains cas rares, le profil biologique est celui d’une
maladie de Sandhoff.
Cependant, dans certains cas, il peut persister
une activité résiduelle non négligeable d’hexosaminidase A, alors
que la B est absente.
+
Neurochimie :
L’accumulation de GM2 est moins marquée que dans la maladie de Tay-Sachs.
+ Biologie moléculaire
:
Les mutations correspondant à la variante B sont bien connues. Les
mutations de la variante B1 semblent particulières.
+ Conseil génétique
:
Le dépistage prénatal est possible.
Le dosage enzymatique suffit
dans les formes infantiles.
En revanche, la biologie moléculaire a
tout son intérêt dans les formes juvéniles.
3- Forme adulte de gangliosidose à GM2
:
+ Clinique :
La symptomatologie est semblable à celle de la forme juvénile
chronique. Son début est insidieux et son évolution progressive.
Le
diagnostic peut être évoqué devant une ataxie spinocérébelleuse qui
ferait penser à une maladie de Friedreich atypique, car la
symptomatologie est incomplète, en l’absence de signes
cardiovasculaires et de troubles trophiques osseux (pieds creux,
scoliose).
Des troubles psychotiques ou démentiels sont souvent
rencontrés, ainsi que des signes d’atteinte de la corne antérieure de la moelle, évoquant un syndrome de Wohlfart-Kugelberg-Welander.
Certaines formes peuvent se présenter comme une
dystonie (observation personnelle non publiée).
Une diarrhée
chronique a été observée dans certaines formes de l’adulte ; la
biopsie jéjunale a permis de confirmer le diagnostic par la mise en
évidence de cellules de surcharge.
Modigliani et al ont
diagnostiqué dans ces formes une maladie de Sandhoff.
+ Examens complémentaires
:
Il existe un déficit en hexosaminidase A, mais dans certains cas il ne
peut être objectivé que par le substrat sulfaté.
Le dosage
des hexosaminidases A et B a permis de découvrir des formes
adultes de maladie de Sandhoff.
Une surcharge en GM2, par
incorporation du GM2 radioactif ou fluorescent dans les fibroblastes
en culture, est observée.
+ Biologie moléculaire
:
Certaines mutations de l’hexosaminidase A semblent caractéristiques
des formes de l’adulte ou juvéniles évoluant jusqu’à l’âge adulte.
+ Conseil génétique :
Le conseil génétique et le diagnostic des hétérozygotes sont
possibles.
+ Traitement :
À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement pour la gangliosidose
à GM2.
Des inhibiteurs de la biosynthèse des glycolipides semblent
avoir un effet dans des modèles animaux.
E - MALADIE DE FABRY :
C’est la seule sphingolipidose qui soit liée au sexe.
Elle est
caractérisée par l’accumulation de glycosphingolipides neutres,
céramides di- et surtout trihexosides dont le principal est le
globotriaosyl-céramide (céramide-glucose-galactose-galactose), du
fait d’un déficit en la céramide trihexosidase qui est une
alphagalactosidase A.
+ Clinique :
La maladie apparaît habituellement chez l’enfant ou à l’adolescence.
La forme la plus habituelle est celle qui a été décrite sous le nom
d’angiokeratoma corporis diffusum universale.
La maladie se
caractérise par des crises douloureuses des extrémités
(acroparesthésies), des lésions cutanées (angiokératomes), une
hypohydrose et/ou des dépôts dans la cornée (cornée verticillée).
Les acroparesthésies sont présentes dans 80 % des cas.
Il s’agit de
crises douloureuses, récurrentes des extrémités, à type de brûlures.
Elles sont souvent déclenchées par la chaleur, l’effort physique et la
fièvre.
Les accès varient de quelques minutes à plusieurs jours, et
peuvent s’accompagner de manifestations articulaires, de fièvre et
d’élévation de la vitesse de sédimentation, posant le diagnostic de
rhumatisme articulaire aigu.
Les angiokératomes sont des lésions
punctiformes de couleur rouge sombre, hyperkératosiques,
présentes dans 80 % des cas.
Ils ne s’effacent pas à la vitropression.
Il faut les rechercher dans la région ombilicale, aux fesses et dans les
régions génitales.
Ils ont une distribution grossièrement symétrique
et peuvent toucher les muqueuses et les conjonctives.
Ils peuvent
cependant passer inaperçus et ne sont pas pathognomoniques.
L’examen à la lampe à fente permet de détecter l’anomalie la plus
typique de la maladie de Fabry : la cornée verticillée.
Il s’agit
d’opacités floconneuses, radiaires, asymptomatiques, de teinte grisbrun.
Il y a aussi des dilatations anévrismales portant sur la paroi
des veinules palpébrales et rétiniennes.
Des arthralgies peuvent
apparaître en même temps que les acroparesthésies.
Elles touchent
aussi bien les grosses articulations que les petites . Il n’y a pas de
lésions radiologiques articulaires.
L’atteinte rénale infraclinique est
constante dès l’adolescence, mais les signes d’insuffisance rénale
sévère et d’hypertension artérielle ne se développent qu’à l’âge
adulte.
Des lésions neurologiques d’origine ischémique surviennent
chez un tiers des malades dès la troisième décennie, principalement
dans le territoire vertébrobasilaire, sous la forme d’un déficit auditif
ou de troubles vestibulaires.
On peut également voir, du fait
d’accidents thrombotiques, des signes focaux cérébraux tels une
aphasie, une hémiplégie ou des crises convulsives.
Les premiers
symptômes d’une hypertrophie ventriculaire gauche, d’une valvulopathie ou des troubles de la conduction cardiaque peuvent
apparaître aussi dès la troisième décennie.
La mort survient
habituellement entre 40 et 50 ans par insuffisance rénale, ou accident
vasculaire myocardique ou cérébral (ischémique ou hémorragique).
Il ne faut pas négliger les formes atypiques paucisymptomatiques
de l’adulte.
Elles peuvent se limiter à des lésions rénales évolutives.
Il peut s’agir d’accidents vasculaires cérébraux à répétition, le plus
souvent ischémiques.
Il faut y penser systématiquement chez le sujet
jeune, en l’absence d’autre étiologie patente.
Il faut également
penser à la maladie de Fabry chez tout sujet masculin ayant des
anomalies cardiaques sans étiquette : hypertrophie ventriculaire
gauche sans hypertension artérielle, cardiomyopathie
hypertrophique, avec possible coronopathie, voire troubles de la
conduction cardiaque isolés.
La plupart des femmes hétérozygotes sont asymptomatiques au
cours de leur vie ou ne présentent qu’une atteinte mineure. On ne
les dépiste en général que dans les familles où un cas index a été
diagnostiqué.
Les atteintes cardiaques sont retrouvées dans moins
de 10 % des cas.
L’atteinte la plus fréquente est la cornée verticillée.
+
Examens complémentaires :
C’est essentiellement sur le dosage enzymatique que repose le
diagnostic.
Le taux de l’alphagalactosidase A est en général effondré
dans les leucocytes, dans la culture de fibroblastes cutanés, dans les
cellules rénales obtenues par biopsie.
On trouve en général des céramides di- et trihexosides caractéristiques de la maladie de Fabry
dans le sédiment urinaire et dans le plasma.
Dans les cas atypiques, la recherche d’inclusions intralysosomales
peut être effectuée sur les biopsies de peau, de conjonctive ou de
rein.
Le dosage de l’alphagalactosidase permet le dépistage des
hémizygotes à 100 %, mais peut être plus délicat pour les femmes
hétérozygotes asymptomatiques, qui peuvent garder une activité
enzymatique circulante quasi normale.
+ Anatomopathologie
:
Le déficit en alphagalactosidase A entraîne une accumulation de
céramides di- et trihexosides.
Une part de la symptomatologie est
liée aux lésions vasculaires, secondaires à la surcharge des cellules
endothéliales et des cellules musculaires lisses (thromboses,
dilatations).
Caractérisation et distribution de la surcharge
Le cytoplasme cellulaire apparaît ballonisé et vacuolisé.
La surcharge est mise en évidence dans le tissu congelé ; elle est intracytoplasmique, fortement PAS positive, biréfringente en lumière
polarisée et soudanophile.
En ultrastructure, la surcharge apparaît plus diffuse, car elle affecte
des cellules sans aspect optique de surcharge (cellules musculaires
striées).
Elle est constituée d’amas lamellaires de lipides membranaires
organisés concentriquement ou parallèlement au sein d’une vésicule
membranaire.
Elle peut également se présenter comme des inclusions tubulaires
dans certains types cellulaires (cellules endothéliales, hépatocytes, myocytes striés) et est alors d’aspect proche de celui observé dans la
maladie de Gaucher.
La surcharge intéresse :
– dans les tissus extracérébraux, les cellules musculaires lisses, les
cellules endothéliales du derme, les cellules des glandes sudoripares,
les cellules épithéliales du glomérule rénal, les cellules tubulaires et
les cellules interstitielles du parenchyme rénal, les cellules
histiocytaires de la moelle osseuse, les macrophages tissulaires ;
– dans les tissus nerveux, certains neurones du système nerveux
central, les neurones ganglionnaires digestifs, les astrocytes, les
cellules méningées et les vaisseaux.
La surcharge implique préférentiellement les neurones de
l’amygdale, de l’hypothalamus et du tronc cérébral, et est absente
des neurones des ganglions de la base (thalamus, pallidum et striatum).
La surcharge intéresse également les leptoméninges
(épithélium arachnoïdien, fibroblastes et vaisseaux).
Les lésions cérébrales sont surtout liées à la pathologie vasculaire,
qui entraîne des foyers d’infarctus multifocaux.
Dans la peau, les angiokératomes, qui ne sont pas spécifiques de la
maladie (également présents dans la fucosidose, la sialidose, la
galactosidose, l’aspartylglucosaminurie et la forme adulte du déficit
en alpha-N-acétylgalactosaminidase) et dont l’absence n’exclut pas
le diagnostic, correspondent histologiquement à des foyers de
dilatations et parfois des thromboses des vaisseaux du derme,
surmontés de kératinocytes laminés.
Les vaisseaux pathologiques
sont le siège d’une surcharge des cellules endothéliales, qui ont un
aspect turgescent dans les petits vaisseaux, et des cellules
musculaires lisses périvasculaires.
La surcharge intéresse également
les fibres des muscles piloérecteurs et les cellules des glandes
sudoripares.
Dans le rein, la surcharge implique l’appareil glomérulaire
(turgescence et vacuolisation), le système excréteur et les cellules
interstitielles.
Du fait de la desquamation des cellules tubulaires
distales, la surcharge peut être identifiée dans le sédiment urinaire.
La neuropathie périphérique avec dysautonomie est sous-tendue par
une diminution discrète des fibres myélinisées de petit calibre et par
la présence de cellules surchargées dans les vaisseaux et le périnèvre.
La cardiomyopathie hypertrophique est associée à une surcharge des cardiomyocytes et à des foyers de nécrose du fait des lésions
vasculaires.
Des macrophages surchargés sont trouvés dans les organes du
système réticulohistiocytaire (foie, rate, ganglions).
Pathologie foetale :
Chez les foetus porteurs d’un déficit en alphagalactosidase, la
surcharge n’apparaît qu’à l’échelon ultrastructural et dans les reins
(glomérules et tubules).
+ Neurochimie
:
Le déficit enzymatique conduit à l’accumulation, dans le plasma, les
urines et la plupart des tissus, de glycosphingolipides comportant
un alphagalactose terminal.
La maladie est caractérisée par
l’accumulation de glycosphingolipides neutres, céramides di- et
surtout trihexosides de la série globo (Gb), dont les principales sont
la globotriaosylcéramide et la globotétraosylcéramide (GbOse4Cer)
ou globoside.
La séquence d’oligosaccharides est la suivante pour le globoside GalNac b1 > 3 Gal a1 > 4 Gal b1 > 4 Glc b1 > 1’Cer et la
suivante pour la céramide trihexoside Gal a1 > 4 Gal b1 > 4 Glc b1
> 1’Cer.
Il existe un déficit en céramide trihexosidase qui est une
alphagalactosidase A.
+ Biologie moléculaire :
Le gène de la maladie de Fabry est situé en Xq22.
Il contient sept
exons.
Les réarrangements, duplications et délétions partielles ne
représentent que 3 % des anomalies environ.
Il n’y a aucun exemple
de délétion totale du gène.
Les mutations sont dans plus de 75 %
des cas des mutations ponctuelles (faux-sens ou non-sens) ou des microdélétions.
La plupart surviennent dans les exons 5 à 7 et sont
privées, limitées à une seule famille.
+ Conseil génétique
:
Le diagnostic prénatal peut être effectué à partir d’un prélèvement
de villosités choriales entre la 9e et la 10e semaine de grossesse ou
d’une culture de cellules amniotiques obtenues par amniocentèse
entre la 13e et la 15e semaine de grossesse.
Il est possible de
déterminer le sexe de l’enfant, l’activité enzymatique après culture,
et de procéder à la recherche de la mutation si celle-ci a été
identifiée.
La recherche d’une mutation est indispensable pour le diagnostic
d’hétérozygotes, étant donné l’activité enzymatique souvent
normale chez ceux-ci du fait de l’inactivation aléatoire du
chromosome X.
+ Traitement :
Les manifestations symptomatiques douloureuses peuvent être
traitées par la carbamazépine et les hydantoïnes.
L’hypertension
artérielle doit être contrôlée efficacement.
Son traitement peut
ralentir l’évolution de l’insuffisance rénale.
La dialyse rénale permet
de préparer à la transplantation, qui permet à des patients exempts
de complications cardiovasculaires ou neurologiques sévères une
survie supérieure à 10 ans.
Le traitement enzymatique substitutif vient d’être mis sur pied ; il
semble être efficace d’après un essai en double aveugle.
F - MALADIE DE SCHINDLER :
C’est une maladie récessive autosomique due à un déficit en alpha- N-acétylgalactosaminidase.
C’est une dystrophie neuroaxonale.
+ Clinique :
La forme infantile débute vers l’âge de 15 mois par des troubles de
la marche.
Il apparaît rapidement une détérioration mentale et
motrice, avec des signes pyramidaux, extrapyramidaux et des crises myocloniques.
Il y a une atrophie optique.
L’évolution est rapide
vers un état grabataire avec tétraplégie spastique.
Il n’y a pas de
manifestations viscérales. Le décès survient vers 4 ans.
La forme de l’adulte se caractérise par une dégradation mentale
modérée et par une angiokératose diffuse semblable à celle de la
maladie de Fabry.
Tout peut se limiter à l’angiokératose sans
signes neurologiques.
+ Examens complémentaires :
Le diagnostic repose sur la détermination du déficit enzymatique en alpha-N-acétylgalactosaminidase dans le plasma, les leucocytes et
les fibroblastes en culture.
En chromatographie en couche mince, il
existe un profil anormal d’oligosaccharides et de glycopeptides.
Les
individus touchés éliminent un oligosaccharide urinaire dérivé du
groupe sanguin A, et au moins trois glycopeptides anormaux qui
comportent une alpha-N-acétylgalactosamine terminale ou interne.
Au fond d’oeil, il y a une atrophie optique. Le LCR est normal.
Les
potentiels évoqués du tronc cérébral visuel et sensitivomoteur sont
de basse amplitude. L’électrorétinogramme (ERG) est normal.
La
vitesse de conduction nerveuse est normale.
Il existe une atrophie neuroaxonale sur le plan neuropathologique.
L’IRM met en
évidence une atrophie du cerveau, du cervelet et du tronc cérébral.
L’examen en microscopie électronique, sur les leucocytes, les glandes
exocrines de la peau, montre des éléments de surcharge intralysosomale.
+
Anatomopathologie :
La caractérisation et la distribution de la surcharge requièrent une
analyse ultrastructurale.
Dans les formes neurologiques, la surcharge concerne exclusivement
les terminaisons axonales qui sont dilatées par une accumulation de
formations membranaires, tubulovésiculaires et en fentes, identiques
à celles observées dans les dystrophies neuroaxonales.
Dans les formes non neurologiques, la surcharge est vacuolaire, au
contenu vide hormis quelques dépôts granulofilamenteux.
Dans ce cas, la surcharge est plus diffuse et concerne les cellules
endothéliales, les lymphocytes, et dans la peau les cellules
glandulaires des glandes sudoripares, les fibroblastes, les cellules de
Schwann et les cellules musculaires lisses.
Dans les formes neurologiques, il existe une atrophie cortico-souscorticale
et de nombreuses dilatations axonales dans le cortex et la
substance blanche, sans apparente perte neuronale.
Dans les formes non neurologiques, il existe une vacuolisation
diffuse dans les cellules de la biopsie de peau et dans les
lymphocytes.
+ Neurochimie :
La biochimie se caractérise par un profil anormal d’oligosaccharides
et de glycopeptides.
+ Biologie moléculaire :
Le gène est localisé en 22q13.1-13.2.
Il a été cloné.
Il a une grande
homologie avec celui de l’alphagalactosidase A.
Il y a des mutations
qui semblent caractériser les formes infantiles et adultes.
Le
déficit en alpha-N-acétyl-galactosaminidase est lié à une mutation
qui affecte la stabilité de l’enzyme qui est dégradée dans le
lysosome, rapidement dans les formes neurologiques, un peu moins
dans les formes non neurologiques.