Maladies tropicales oto-rhino-laryngologiques (Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Corps étrangers laryngo-trachéo-bronchiques :
Il s’agit d’un accident universel qui n’épargne pas les enfants sous
les tropiques.
L’endoscopie occupe une place centrale dans la prise
en charge.
Elle exige un plateau technique instrumental et
anesthésique approprié.
Sous ce rapport, la prise en charge d’un
enfant porteur d’un corps étranger (CE) des voies respiratoires
inférieures en zone tropicale connaît de nombreuses contraintes.
L’étude des CE laryngo-trachéo-bronchiques permet d’évoquer
quelques aspects de l’exercice de l’ORL pédiatrique en milieu
tropical.
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
1- Fréquence
:
L’inhalation d’un CE est un accident fréquent qui n’épargne aucune
couche sociale.
Elle est cependant difficile à déterminer car beaucoup
de malades n’arrivent pas à l’hôpital.
2- Âge et sexe
:
Il n’y a pas de particularité par rapport à la littérature.
L’accident
est, ici aussi, plus souvent noté chez le garçon que chez la fille.
Il en est de même pour l’âge : 60 % des CE surviennent entre 1 et
3 ans.
3- Nature du corps étranger :
On note une prédominance des CE organiques de type alimentaire :
près de 75 % des cas dans plusieurs séries ouest-africaines (Diop, Ijaduola, Omanga).
En dehors de l’arachide, on retrouve
aussi les éléments corporels du poisson (arêtes, vertèbres et écailles).
La nature des CE épouse, ici comme ailleurs, les habitudes
alimentaires et l’environnement.
Le caractère putrescible de
l’arachide explique les formes traînantes diagnostiquées au stade de
pneumopathie unilatérale persistante.
4- Répartition topographique :
La grande fréquence des CE laryngés est remarquable dans nos
séries africaines.
Cette fréquence est de 45 % ou 50 % pour Diop.
Ijaduola, au Nigeria, rapporte 12 cas de CE laryngés colligés
sur une période de 2 ans.
B - ASPECTS CLINIQUES ET RADIOLOGIQUES :
1- Données cliniques
:
La longueur du délai d’admission est l’élément dominant dans nos
contrées.
Trente-deux à 40 % des enfants seulement sont reçus dans
les 24 premières heures qui suivent l’accident.
La notion de syndrome de pénétration tourne autour de 90 % des
cas, conformément aux données de la littérature.
La symptomatologie dominante est une dyspnée laryngée parfois
sévère.
En dehors de ce tableau, l’enfant est reçu avec une symptomatologie
moins évocatrice faite d’accès de toux ou d’une pneumopathie qui
n’évolue pas favorablement sous un traitement médical bien mené.
L’enfant est alors adressé à l’ORL par le service de pédiatrie.
2- Données radiologiques :
La radiographie est rarement pratiquée en urgence.
Elle a toujours
présenté un intérêt dans les cas de CE qui ont séjourné pendant
longtemps dans les voies respiratoires.
Les images rencontrées sont
variées, unilatérales, à type de suppuration d’une base pulmonaire
ou d’opacité de tout un champ pulmonaire.
C - DIAGNOSTIC :
1- Diagnostic positif
:
Si le diagnostic de CE du larynx pose moins de problème du fait de
son tableau bruyant, il n’en est pas de même pour le CE de siège
bronchique.
C’est là que l’interrogatoire revêt toute son importance.
Il recherche
une notion de syndrome de pénétration.
Ainsi, nos indications de
bronchoscopie sont élargies à des tableaux moins évocateurs de CE.
Le doute doit imposer l’endoscopie.
2- Diagnostic différentiel :
* Papillomatose laryngée juvénile
:
Pathologie tumorale bénigne de l’enfant, son tableau clinique
classique est fait d’une dysphonie intermittente permanente
s’aggravant progressivement.
La forme dyspnéisante vue tardivement pose des problèmes diagnostiques avec un CE des voies
respiratoires inférieures.
Il est habituel, dans ces cas, de réaliser une
trachéotomie, la laryngoscopie directe précisant secondairement le
diagnostic.
* Laryngites aiguës dyspnéisantes :
Il n’y a pas de syndrome de pénétration.
Dans ce cadre, la dyphtérie,
non encore éradiquée dans nos régions, doit retenir l’attention.
Il y a
quelques années, les ORL pratiquaient fréquemment la trachéotomie
pour croup.
Il est habituel aussi, dans un service de pédiatrie, que le tableau
clinique de CE fasse évoquer un asthme et soit traité comme tel.
Nous citons l’angiome sous-glottique, l’épiglottite, affections plutôt
rares.
D - TRAITEMENT :
Le traitement de tout CE laryngo-trachéo-bronchique repose sur
l’endoscopie.
L’endoscopie s’est avantageusement imposée aux
autres méthodes de traitement, en particulier l’extraction sanglante.
Les progrès réalisés aussi bien dans le domaine de l’instrumentation
que de l’anesthésie ont amélioré le pronostic de cette affection.
L’examen endoscopique obéit à des règles précises fondées sur le
couple qualité du matériel-qualité de l’anesthésie.
1- Endoscopie
:
Elle pose dans nos régions une double problématique, instrumentale
et anesthésique.
* Instrumentation
:
Elle est fragile et onéreuse.
La nécessité de l’utilisation d’un matériel
d’endoscopie performant se heurte aux réalités d’un pays pauvre
(acquisition, entretien, renouvellement).
* Anesthésie :
Il y a quelques années encore, les tentatives d’extraction étaient
effectuées sous anesthésie locale.
Aujourd’hui, l’anesthésie générale
est de mise.
Cependant, l’équipe d’anesthésie est le plus souvent
composée d’auxiliaires anesthésistes dont la compétence est limitée
par le niveau de formation.
2- Extraction du corps étranger
:
Elle est réalisée sous anesthésie générale.
Une laryngoscopie directe
au Mac Intosh est pratiquée.
Cet examen affirme la réalité du CE.
L’extraction est alors effectuée avec une pince à CE si la localisation
est laryngée. Si tel n’est pas le cas, la bronchoscopie est pratiquée.
Les difficultés d’extraction tiennent à la nature et au volume du CE.
3- Place de la trachéotomie :
Elle est importante, en pratique tropicale, dans le traitement des CE laryngo-trachéo-bronchiques.
Compte tenu des difficultés citées
précédemment (retard diagnostique, qualité du plateau technique,
qualification du personnel), les indications de trachéotomie sont très
larges.
Réalisée en urgence, la trachéotomie sauve l’enfant d’une
asphyxie aiguë (trachéotomie de sauvetage).
Même lorsque l’enfant
présente une dyspnée modérée, nous réalisons la trachéotomie de
manière délibérée, en attendant de réunir les conditions matérielles
et anesthésiques de l’endoscopie (trachéotomie d’attente).
La
trachéotomie permet ainsi l’intubation sous-corporéale et l’extraction
du CE en toute sécurité (trachéotomie d’intubation).
De même, une
trachéotomie peut être effectuée après un acte endoscopique difficile
dans le but de prévenir une obstruction laryngée par un oedème postendoscopique (trachéotomie de sécurité).
L’intervention n’est
pas dépourvue de morbidité (pneumopathie, prolongation de la
durée d’hospitalisation, cicatrice cervicale, etc).
Elle permet
cependant de réduire le taux de mortalité de manière considérable,
autour de 2 %.
Carcinologie cervicofaciale :
Les cancers cervicofaciaux sont caractérisés par leur universalité.
Ils
sont développés aux dépens des voies aérodigestives supérieures
ou des structures avoisinantes, qu’elles soient glandulaires, osseuses,
musculaires, nerveuses ou cutanées.
Le cancer du larynx occupe une place particulière dans leur groupe.
En pratique tropicale, il constitue un modèle d’étude, du fait des
nombreux et divers problèmes qu’il pose, tant dans le domaine du
diagnostic que dans celui du traitement.
A - CANCER DU LARYNX :
1- Épidémiologie :
La fréquence de ce cancer est difficile à estimer. Les raisons de cette
imprécision tiennent à la fois à la nature disparate des centres de
traitement, mais surtout à l’absence des registres nationaux du
cancer régulièrement tenus et fiables.
Si, comme ailleurs, le sexe masculin est le plus touché, le jeune âge
des sujets est remarquable en milieu tropical.
L’usage du tabac et de
l’alcool est certes retrouvé, mais pour des raisons économiques et
religieuses, dans près d’un tiers des cas, l’interrogatoire ne note
aucun de ces deux facteurs.
Force est donc de retenir d’autres
facteurs favorisants tels que l’inhalation de poussières irritantes, un
mauvais état nutritionnel, des habitudes alimentaires locales...
2- Clinique :
L’histoire de la maladie et la symptomatologie fonctionnelle attirent
d’emblée l’attention sur l’origine laryngée des troubles.
Il en est ainsi
de la dysphonie, mais surtout de la dyspnée.
La dyspnée constitue
une circonstance de découverte presque habituelle.
Elle est conforme
à l’histoire naturelle du cancer.
Elle peut être sévère au point
d’indiquer une trachéotomie.
L’examen clinique, centré sur la laryngoscopie indirecte, constitue
une étape essentielle.
Il précise les caractères d’une masse endolaryngée : aspect macroscopique, siège (si possible), taille,
extension, troubles de la mobilité, existence d’une adénopathie,
évaluation de l’état général, etc.
3- Diagnostic :
* Diagnostic différentiel :
+ Tuberculose laryngée
+ Cancer de l’hypopharynx :
La localisation hypopharyngée d’un cancer lui confère un pronostic
particulièrement mauvais.
Le profil épidémiologique étudié par Ndiaye au Sénégal révèle les éléments suivants :
– l’âge moyen est de 31 ans ;
– le sexe féminin prédomine avec près de 60 % ;
– l’anémie ferriprive est quasi constante.
Les causes de cette anémie
en milieu tropical sont multiples : parasitoses, grossesses répétées,
hémorragies du post-partum, malnutrition, géophagie, etc ;
– l’alcool et le tabac ne semblent pas jouer le même rôle que dans
les cancers de l’hypopharynx observés en Occident.
Au plan clinique :
– une dysphagie sévère, voire une aphagie et une dyspnée laryngée
sont les deux principaux motifs de consultation ;
– si l’examen endoscopique est réalisé, il met en évidence une
localisation prédominant à la paroi postérieure de l’hypopharynx.
Bien souvent, tout l’hypopharynx est intéressé, avec même une
extension vers la jonction pharyngo-oesophagienne ;
– l’atteinte ganglionnaire est plutôt discrète ;
– il s’agit, bien entendu, dans la très grande majorité des cas, d’un
carcinome malpighien.
Au plan thérapeutique, peu de ressources sont disponibles en dehors
du traitement symptomatique (trachéotomie et gastrostomie).
La
radiothérapie s’avère peu utile.
Aussi n’est-il pas étonnant que la survie globale à 3 ans soit nulle.
4- Approche en pratique :
* Étape préthérapeutique :
La trachéotomie en urgence peut être réalisée dès l’admission du
malade.
L’imagerie médicale est en général réduite à la radiographie
standard.
Rares sont les centres disposant d’un scanner.
Le bilan biologique est également réduit dans la plupart des cas au
bilan standard.
Celui-ci révèle une éventuelle anémie, un diabète
mal équilibré ou d’autres tares.
L’endoscopie connaît d’abord des contraintes anesthésiologiques.
Les anesthésistes habituels sont plutôt des auxiliaires dont la
compétence est limitée par la nature de leur formation. D’autre part,
les drogues (anesthésiques) font défaut du fait de leur coût.
Les
contraintes sont également instrumentales : l’instrument
endoscopique habituel est représenté par le laryngoscope de
l’anesthésiste (Mac Intosh).
Enfin, l’endoscopie connaît des
contraintes organisationnelles.
L’acte endoscopique, en effet, pour
de multiples raisons, n’est pas aisé à rééditer.
Pour beaucoup de
patients, l’examen endoscopique est réalisé le jour même de
l’intervention (laryngectomie).
Par voie de conséquence, la
confirmation histologique est le plus souvent postopératoire et porte,
soit sur l’examen d’une pièce de laryngectomie, soit sur le produit
d’une biopsie dont la lecture a été particulièrement retardée.
La classification TNM (T : tumor ; N : node ; M: metastase) retenue
présente également des limites évidentes. Elle est établie sur des
bases essentiellement cliniques (avant d’être confortée par un
résultat histologique obtenu tardivement).
Globalement, cette
classification est dominée par des formes T3-T4 qui peuvent
représenter jusqu’à 75 % des séries.
* Étape thérapeutique :
Le traitement est à visée curative.
Il est chirurgical et/ou radiothérapique.
Si la première laryngectomie totale est plus que centenaire (après
avoir été en effet réalisée à Vienne, en 1874 par Billroth), dans
plusieurs pays tropicaux elle est une pratique récente : deux ou trois
décennies.
Le Sénégal, à titre d’exemple, reçoit encore des patients
ne pouvant être opérés dans leur pays.
La laryngectomie est partielle
ou totale.
Chez des patients porteurs pour la plupart de lésions de
type T3 ou T4, le choix de la technique est en réalité peu large.
On
fait volontiers et nécessairement une laryngectomie totale ; le
pourcentage de laryngectomie partielle atteint rarement 10 %.
Le cas des patients subissant une trachéotomie en urgence est
particulier.
Il est particulier, non pas tant par sa fréquence que par
les considérations techniques qu’elle implique.
La fréquence de cette
trachéotomie peut avoisiner selon les cas 60 % dans des séries de
cancer du larynx.
Outre la morbidité qu’elle engendre, la
trachéotomie d’urgence chez un malade porteur d’un cancer du
larynx constitue un facteur de mauvais pronostique, parce que
favorisant la récidive.
Robson propose une désobstruction
tumorale au laser pour prévenir une telle situation, tandis que de
nombreux auteurs proposent une laryngectomie totale en urgence.
En milieu tropical, il est plus simple de réaliser une trachéotomie.
Celle-ci doit être haute et donc sus-isthmique. Son orifice est compris
dans la pièce de laryngectomie secondaire. Celle-ci est aussi
précoce que possible.
Elle peut enfin, dans des circonstances
précises, emporter un lobe thyroïdien.
Le traitement peut être palliatif.
C’est le cas lorsque l’on a un patient
refusant obstinément l’intervention, un patient présentant un
mauvais état nutritionnel, une adénopathie fixée aux muscles
postérieurs.
Le traitement repose alors sur la réalisation d’une
trachéotomie avec ou sans irradiation.
*
Suivi
:
Il n’est pas toujours aisé.
Les patients vivent en général loin du ou
des centres de traitement nationaux.
D’autre part, nous l’avons dit,
l’absence de discipline altère la qualité du suivi.
Enfin, des difficultés
économiques objectives limitent les possibilités de déplacement pour
répondre aux rendez-vous fixés.
Dans ces conditions, volontairement résumées, le cancer du larynx
présente un mauvais pronostic.
Il a l’avantage, si l’on peut dire,
d’offrir un modèle d’étude et d’approche des cancers des voies aérodigestives supérieures dans des pays à ressources limitées, au
double plan de la formation et des soins.
B -
PATHOLOGIE TUMORALE THYROÏDIENNE :
La prise en charge des tumeurs du corps thyroïde sous les tropiques
a, pendant longtemps, été dévolue aux chirurgiens généralistes.
Actuellement, comme partout ailleurs, l’ORL occupe une place
centrale dans cette prise en charge, les complications nerveuses de
la chirurgie thyroïdienne relevant presque exclusivement de sa
compétence.
Cette prise en charge se doit d’être réaliste, c’est-à-dire tenir compte
de l’environnement socioéconomique des patients, du plateau
technique existant, du déficit en personnel médical et paramédical.
1-
Épidémiologie :
Les tumeurs du corps thyroïde affectent avec prédilection les sujets
de sexe féminin.
Le sex-ratio va jusqu’à 8 femmes pour 1 homme
dans certaines séries.
Cette pathologie peut se retrouver à tous les
âges mais concerne essentiellement la tranche d’âge comprise entre
30 et 50 ans.
L’âge moyen de survenue des cancers est d’environ 40
ans.
Parmi ces tumeurs, les goitres multinodulaires endémiques relèvent
souvent d’un déficit iodé.
Ils sont tellement fréquents dans certaines
régions qu’ils constituent un critère de beauté.
La répartition histologique n’a rien de particulier.
Il s’agit de
tumeurs bénignes dans près de 90 % des cas.
2-
Aspects cliniques :
Ces aspects cliniques sont variés.
*
Nodule isolé :
Il n’a aucune particularité, si ce n’est sa présence au cou.
Il est de
taille variable.
Il n’a aucune incidence sur le fonctionnement
glandulaire.
Il n’implique aucun signe de compression.
*
Goitre multinodulaire endémique isolé :
Il est habituellement volumineux et euthyroïdien, évoluant depuis
plusieurs années.
Il est plus ou moins bien toléré, mais peut
entraîner des manifestations de compression respiratoire, digestive
et/ou nerveuse.
Il est multihétéronodulaire.
*
Goitre associé à des signes particuliers
:
– Adénopathie(s) cervicales(s).
– Signes de compression respiratoire et/ou digestive, cliniques
et/ou paracliniques.
– Goitre basedowifié.
Les signes d’hyperthyroïdie doivent être
contrôlés par le traitement médical.
– Signes sympathiques : diarrhée.
3-
Diagnostic :
*
Diagnostic positif :
Il repose sur l’examen clinique qui affirme le caractère mobile avec
la déglutition de la masse cervicale médiane généralement
asymétrique et d’un volume respectable.
La radiographie thoracique prenant le cou de face et de profil
recherche un goitre plongeant ou une réduction de la lumière
trachéale.
L’échographie cervicale permet de visualiser des nodules de petite
taille, de déterminer le caractère plein ou liquidien de ce nodule, et
parfois de donner des orientations sur la nature bénigne ou maligne.
Cette échographie peut être couplée à la ponction cytologique d’un
ou de plusieurs nodules suspects.
Sa lecture nécessite un cytologiste
averti.
Elle n’a de valeur que positive.
La scintigraphie thyroïdienne à l’iode 131 chez l’adulte et à l’iode
121 chez l’enfant affirme le caractère froid, chaud, homo- ou
hétérogène du ou des nodules.
L’ensemble de ces examens complémentaires n’est pas toujours
nécessaire, de même que le dosage des hormones thyroïdiennes, de
la thyroid stimulating hormone (TSH), de la calcitonine...
Tout dépend
du contexte socioéconomique, du plateau technique disponible et
de l’indication retenue.
Seul l’examen anatomopathologique sur
pièce d’exérèse demeure indispensable.
*
Diagnostic différentiel
:
Il s’agit essentiellement :
– du kyste du tractus thyréoglosse qui est mobile avec la protraction
de la langue, généralement haut situé mais pouvant siéger sur un
trajet allant de la base de la langue à la base du cou.
La sanction
thérapeutique est chirurgicale ;
– de l’extension d’un cancer des voies aérodigestives supérieures à
la thyroïde.
Ici, il existe des signes fonctionnels respiratoires et/ou
digestifs chez un patient à l’état général précaire, ayant parfois des
antécédents alcoolotabagiques. L’examen au miroir et l’endoscopie
permettent de rattacher l’infiltration thyroïdienne à sa cause.
4-
Traitement
:
Il s’agit ici d’aborder, pour l’essentiel, le traitement chirurgical.
*
Méthodes :
L’intervention de base est représentée par la lobo-isthmectomie
empiétant sur le lobe opposé.
L’évidement cervical peut être radical, de type traditionnel (radical
neck dissection) ou fonctionnel, complet ou partiel.
*
Indications :
Elles sont précédées d’un bilan préthérapeutique faisant appel à
l’examen clinique et à une visite préanesthésique.
Ce bilan permet
de juger de l’opérabilité du patient sur les plans technique et
anesthésique.
Les indications dépendent de l’environnement, des désirs du
malade, du plateau technique existant, du chirurgien, de
l’éloignement et des difficultés de réadmission.
Plusieurs cas de figure peuvent se présenter.
Nous en évoquons
quelques-uns.
– Premier cas : nodule froid thyroïdien isolé.
C’est l’indication d’une lobo-isthmectomie empiétant sur le lobe opposé.
La pièce de loboisthmectomie
fixée est confiée à l’histopathologiste.
S’il s’agit d’une
tumeur bénigne, le traitement se résume à ce geste.
En cas de
tumeur maligne primitive autre que le lymphome, une totalisation
est réalisée, associée à un évidement sus-claviculaire et récurrentiel
bilatéral.
– Deuxième cas : nodule froid thyroïdien s’accompagnant d’une ou
de plusieurs adénopathies.
Il s’agit probablement d’un cancer.
D’emblée, il faut réaliser une thyroïdectomie totale associée à un
évidement radical ou fonctionnel complet ipsilatéral et d’un
évidement sus-claviculaire et récurrentiel controlatéral.
Dans tous les cas de cancer (carcinome), une opothérapie freinatrice
est de mise.
L’irathérapie peut être instituée si elle est réalisable.
La
radiothérapie, quand elle existe, est réservée aux carcinomes
indifférenciés.
La trachéotomie trouve son indication dans les gros
goitres anciens susceptibles de déterminer une trachéomalacie
postopératoire.
Cette trachéomalacie peut être suspectée sur des
arguments anamnestiques (ancienneté du goitre), radiologiques
(déviation trachéale et surtout réduction de la lumière trachéale) et
opératoire (aspect de la texture de la trachée).
Cette trachéotomie est
réalisée à la fin de l’intervention.
Le type de thyroïdectomie dans les goitres multihétéronodulaires
est en revanche variable.
Mais quel que soit le type d’exérèse
réalisé, il est toujours impératif de repérer et de contrôler les nerfs
récurrents, les glandes parathyroïdes et les nerfs laryngés externes.
C -
TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES :
À l’instar de nombreux pays, la pathologie des glandes salivaires
fait l’objet d’une prise en charge par les ORL sous les tropiques.
Si
cette prise en charge n’est pas exclusive, elle est du moins centrale.
L’ORL participe au double processus diagnostique et thérapeutique.
L’étude des tumeurs de la glande parotide et de la glande sousmaxillaire
offre à cet égard un intérêt singulier.
1-
Aspects cliniques
:
L’interrogatoire précise :
– la durée d’évolution de la symptomatologie clinique.
Elle est
variable, allant de 6 à 40 ans dans les séries tropicales ;
– l’existence ou non de signes fonctionnels, en particulier de la
douleur qui doit évoquer le cancer.
L’examen physique note avec précision l’aspect du revêtement
cutané, parfois ulcéré, le siège et l’extension de la tumeur.
Dans
quelques séries, des tumeurs géantes ont été décrites : parotidienne, sous-mandibulaire.
Ces tumeurs peuvent engendrer
un torticolis.
2-
Examens paracliniques :
Ils occupent une place modeste en pratique tropicale.
Ils
n’influencent que rarement le diagnostic de présomption et l’attitude
thérapeutique.
L’imagerie se résume à la radiographie standard demandée dans le
cadre du bilan préopératoire.
La ponction cytologique a certes des adeptes, mais il faut lui préférer
l’examen histologique d’une pièce opératoire.
Bien entendu, une lecture extemporanée ne peut être que souhaitée.
Rares sont cependant les pays tropicaux qui disposent de
l’infrastructure appropriée.
3-
Formes cliniques :
*
Formes topographiques
:
Les séries tropicales offrent un pourcentage de localisation
parotidienne plus petit (60 %) qu’il ne l’est habituellement à travers
la littérature.
En ce qui concerne les localisations extraparotidiennes,
la glande sous-maxillaire, le palais, la glande sublinguale, la lèvre et
la joue sont les plus concernés.
*
Formes histologiques :
En tête, nous retrouvons l’adénome pléomorphe, pour toutes les
localisations.
Cependant, la fréquence des tumeurs malignes
« vraies » (cylindrome, tumeur mucoépidermoïde, carcinome sur
adénome pléomorphe, épithélioma) semble moins élevée que celle
notée dans la littérature, notamment pour les localisations
extraparotidiennes.
4-
Diagnostic :
*
Diagnostic positif :
S’il arrive à un clinicien averti de pressentir la nature d’une tumeur
salivaire, il appartient à l’histologiste d’en fournir la certitude et de
faire la preuve de sa nature.
Ainsi, la classification est établie selon
l’OMS.
*
Diagnostic différentiel
:
Le diagnostic d’une tumeur salivaire se pose avec diverses
pathologies.
+
Lithiase salivaire :
La rareté des lithiases parotidiennes s’oppose à la fréquence de la
lithiase sous-mandibulaire. Diop, dans sa série de 39 cas de sousmaxillectomies,
retrouve 23 cas (76 %) de lithiase.
+
Tuberculose salivaire
:
Le mérite revient à Paoli qui, en 1893, a présenté le premier cas de
tuberculose parotidienne.
La rareté de cette affection est démontrée
par les chiffres de Guerrier qui, en 1943, n’avait recueilli que 36 cas
dans la littérature.
En revanche, dans l’étude de la tuberculose
ganglionnaire, Diop a retrouvé une atteinte du territoire sousmandibulaire
dans 13 cas (25 %), ce qui peut prêter à confusion avec
une tumeur sous-mandibulaire.
+
Adénopathie
:
L’atteinte ganglionnaire parotidienne et/ou sous-mandibulaire peut
constituer la première localisation d’un cancer des voies
aérodigestives supérieures, posant l’épineux problème des
adénopathies primitives.
+
Kyste de la région parotidienne
:
Dans les pays où le sida existe à l’état endémique, les formations
kystiques de la région parotidienne, dans leur forme bilatérale,
doivent faire effectuer des examens sérologiques.
5-
Traitement :
L’exérèse chirurgicale est la seule modalité thérapeutique des
tumeurs salivaires avérées.
Pour les tumeurs malignes, un curage ganglionnaire est effectué.
En
présence d’adénopathie, la chirurgie et la radiothérapie ne sont pas
en compétition, mais complémentaires.
*
Chirurgie
:
+
Tumeurs de la parotide
:
Deux types de parotidectomie sont proposés : la parotidectomie
superficielle dite latérofaciale et la parotidectomie totale conservant
le nerf facial.
À côté de ces deux types, il existe un certain nombre
d’indications de parotidectomie totale emportant le nerf facial.
La discussion concerne essentiellement les tumeurs d’allure bénigne,
représentées dans leur majorité par l’adénome pléomorphe.
De nombreux auteurs sont partisans de la parotidectomie totale
conservatrice.
Les raisons sont en partie liées aux conditions
d’exercice.
Cette attitude « maximaliste » comporte au moins trois
inconvénients : allongement du temps opératoire, dépression rétromandibulaire postopératoire, apparition d’un syndrome de
Frey.
Elle a cependant l’avantage (pensons-nous) de réduire le taux
de récidives.
+
Tumeurs de la glande sous-mandibulaire :
La sous-maxillectomie totale par voie cervicale est l’intervention de
base.
*
Radiothérapie :
La radiothérapie postopératoire trouve son indication dans les
cancers des glandes salivaires en tant qu’adjuvant à la chirurgie.
Les problèmes techniques sont réels dans de nombreux pays ne
disposant ni de services de radiothérapie, ni de radiothérapeutes.
D -
LYMPHOME DE BURKITT :
Le lymphome de Burkitt (LB) est un lymphome malin non
hodgkinien (LMNH) qui a été décrit pour la première fois en Afrique
de l’Est, plus précisément en Ouganda, en 1958, par Denis Burkitt.
D’abord considéré comme une maladie exclusive de l’enfant africain,
il est, à l’heure actuelle, rencontré à travers tous les continents.
La grande originalité du modèle africain réside dans sa relation avec
l’herpès virus d’Epstein-Barr (EBV).
1-
Épidémiologie :
*
Âge et sexe
:
L’affection survient en zone d’endémie avec une plus grande
fréquence chez les enfants âgés de 4 à 8 ans.
Diop note un âge
moyen de 7 ans, avec un pic dans la tranche d’âge comprise entre 5
et 10 ans.
Après 10 ans, la fréquence diminue considérablement et il
est rare, voire exceptionnel, de diagnostiquer un LB après 20 ans en
zone d’endémie.
La prédominance du sexe masculin est rapportée par la plupart des
auteurs (Medji, O’Connor).
Cependant, cette prédominance
masculine mérite d’être nuancée, car si elle est nette dans le cas des
localisations maxillofaciales, le sex-ratio est égal à 1 pour ce qui est
des formes abdominales.
*
Répartition géographique
:
Le LB sévit dans une zone allant de la côte est à la côte ouest,
réalisant une véritable « ceinture tumorale » entre l’Afrique
australe et le Maghreb.
Cette zone est caractérisée au plan climatique
par une forte pluviométrie, une température supérieure à 15 °C, et
une basse altitude ne dépassant pas 1 500 m.
C’est la zone dite de
grande incidence du LB.
On retrouve des foyers de LB également
dans des zones dites d’incidence intermédiaire (Maghreb) et
d’incidence basse (Amérique et Europe).
Ces différents modèles
présentent de nettes différences cliniques et étioépidémiologiques.
*
Facteurs favorisants :
Le modèle africain du LB sévit dans des régions marquées par une
forte endémicité palustre et amarile, sans oublier les parasitoses
multiples et la malnutrition.
Le génome de l’EBV a été retrouvé dans les cultures de cellules
tumorales provenant du LB.
De même, le titrage des anticorps anti-EBV est très élevé chez les enfants africains porteurs de LB.
La
notion de lymphome viro-induit fait ainsi toute l’originalité du
modèle africain du LB.
Cependant, l’EBV est un virus universel qui
a également été retrouvé dans d’autres cancers aussi divers que les
cancers des glandes salivaires, du cavum, du thymus et du larynx
(Henle).
Pour de nombreux auteurs, l’EBV agirait en tant que cofacteur dans
une zone où les stimulations antigéniques sont multiples
(paludisme, fièvre jaune, autres maladies infectieuses).
Au plan cytogénétique on note, indépendamment du statut
sérologique, une translocation chromosomique, entre d’une part le
chromosome 8 et les chromosomes 22, 14 et 2 d’autre part.
2-
Aspects cliniques :
Le délai de consultation est moins long que d’ordinaire dans les
pays tropicaux, compte tenu du temps de doublement de la tumeur
de 100 % en 24 heures.
Le problème est, généralement, celui d’un
enfant reçu en consultation pour une tuméfaction de la face.
Schoeder note cette localisation dans 90 % des cas en zone
d’endémie, tandis que Diop l’estime à 94 %.
Les répercussions de cette tumeur sur la gencive et les dents
orientent la famille dans un premier temps vers un dentiste, et il
n’est pas rare de retrouver une notion d’extraction dentaire dans les
antécédents.
L’extension tumorale à partir du maxillaire se fait vers
le haut, avec envahissement de l’orbite et comblement de la fosse
nasale, dont la pyramide est aplatie.
Si rien n’est fait, et c’est souvent
le cas, la lésion se bilatéralise et détermine un exorbitisme
spectaculaire réalisant le classique « faciès de batracien ».
La
peau en regard de la tuméfaction n’est pas ulcérée, sauf s’il y a eu
un geste intempestif, mais distendue et parcourue par un fin lacis
veineux de coloration bleuâtre sur une peau noire.
Il faut souligner les cas de localisation orbitaire isolée souvent pris à
tort pour un rétinoblastome et traités comme tel.
Les localisations
abdominales sont une cause commune de paraplégie infantile en
milieu tropical.
Il s’agit, soit d’une masse ganglionnaire
mésentérique, soit d’une masse ovarienne chez la petite fille.
L’atteinte ganglionnaire cervicale peut, à elle seule, résumer le
tableau clinique en dehors de toute manifestation maxillofaciale ou
abdominale.
Les atteintes extra-cervico-faciales jonchent des organes aussi divers
que la moelle épinière, les méninges, les testicules, les seins, la rate,
le foie, le squelette.
3-
Diagnostic :
*
Diagnostic différentiel :
L’aspect clinique du LB est très évocateur à la phase où sont reçus
ces enfants.
L’améloblastome et la dysplasie fibreuse (entre autres dystrophies
tissulaires) sont souvent évoqués.
Quant au rétinoblastome, il s’agit d’un diagnostic souvent évoqué
par les ophtalmologistes recevant des enfants porteurs de
localisation orbitaire isolée de LB.
Il n’est d’ailleurs pas rare que ces enfants subissent une exentération
avant d’être orientés dans un service d’ORL devant une formidable
poursuite évolutive.
Par ailleurs, c’est le problème diagnostique d’une adénopathie
cervicale chronique que posent les formes à début ganglionnaire
pour lesquelles une biopsie ganglionnaire doit être effectuée.
*
Diagnostic de certitude
:
Le diagnostic histologique de LB n’est établi dans bon nombre de
cas qu’a posteriori, c’est-à-dire après mise en route d’une
chimiothérapie à base de cyclophosphamide.
L’impossibilité de
disposer rapidement d’une lecture histologique, le médecin pouvant
rester 15 jours, voire 1 mois, sans que les résultats ne lui
parviennent, conduit à une telle situation une fois que la biopsie est
réalisée.
La réponse positive à cette chimiothérapie, que l’on pourrait
qualifier d’épreuve, représente aussi bien un test diagnostique que
thérapeutique.
L’histologie vient confirmer plus tard le diagnostic, en montrant des
plages monotones de cellules lymphoréticulocytaires indifférenciées,
abondantes, avec des bandes de macrophages pourvus de
cytoplasme abondant et clair contenant des cellules et des débris
cellulaires, le tout réalisant l’aspect de « ciel étoilé » si caractéristique
du LB.
Le bilan d’extension est généralement limité aux radiographies
standards de la face et complété éventuellement par une
échographie abdominale isolée faute de scanner qui, même quand il
existe, est souvent hors de prix.
Quant aux enquêtes virologiques et cytogénétiques, elles ne sont pas
véritablement une préoccupation de tout premier ordre en milieu
tropical, compte tenu des nombreuses difficultés rencontrées dans
ce domaine.
4-
Traitement :
Dans les années 1960, la chirurgie était le seul traitement proposé
aux enfants porteurs de LB.
Bien sûr, elle était marquée par une
poursuite évolutive et un décès à 100 %.
Sa place est limitée à l’heure
actuelle à la biopsie et à la résection d’un noyau tumoral résiduel
après chimiothérapie.
Elle est cependant nécessaire dans les formes
digestives isolées dont l’exérèse complète, autant que possible
associée à la chimiothérapie, influence positivement le pronostic.
Elle
est enfin nécessaire pour, à travers une trachéotomie, assurer la
liberté des voies aériennes dans certains cas.
L’extrême chimiosensibilité du LB place la chimiothérapie au
premier plan de son traitement.
Le cyclophosphamide est la molécule de base dans ce traitement,
seul ou en association avec d’autres molécules dans des protocoles
très variés en fonction des écoles : cyclophosphamide-oncovinprednisone
(CHOP), cyclophosphamide-oncovin-prednisoneadriamycine
(COPAD), bléomycine-adriamycine-cyclophosphamideoncovin-
prednisone (BACOP).
Ces différents protocoles modernes
de polychimiothérapie sont souvent très lourds et très onéreux pour
des familles provenant des couches les plus pauvres de la
population.
Ainsi la plupart des enfants ne bénéficient pas de polychimiothérapie correcte.
Diop note une rémission totale
seulement dans 29 % des cas et déplore 52 % de décès survenus en
cours d’hospitalisation.
La prophylaxie méningée avec injection intrathécale de méthotrexate et de corticoïdes par voie de ponction
lombaire est recommandée par de nombreux auteurs dans les
formes diffuses.
Le suivi des enfants traités se heurte à un écueil représenté par
l’éloignement de la famille du centre de traitement.
Ainsi, la plupart
d’entre eux sont perdus de vue dès la première cure (Debrie).
En l’absence de traitement, le décès survient très rapidement, au
bout de quelques semaines.
La polychimiothérapie bien conduite
permet cependant une survie de 80 à 85 % à 10 ans dans les formes
isolées.
Cette survie tombe à 50 %, voire 25 % dans les formes
diffuses.
Parmi les facteurs pronostiques qui ont une signification péjorative,
il faut noter :
– le jeune âge de l’enfant ;
– le titrage élevé des anticorps anti-EBV ;
– le volume tumoral important ;
– une récidive survenant dans un délai inférieur à 6 mois.