L’urine normale est stérile.
La présence de germes dans
l’urine émise par miction ne signifie cependant pas
nécessairement qu’existe une infection de l’appareil
urinaire, car le méat et les premiers centimètres de
l’urètre sont occupés par des germes saprophytes.
Le
prélèvement ne se faisant en routine que par miction
spontanée, on est obligé d’accepter un certain nombre
de germes sans pour autant qu’il s’agisse d’une infection
de l’appareil urinaire.
Ses conditions doivent cependant
être codifiées et le nombre de germes présents par millilitre
d’urine interprété en fonction de leur nombre, de leur
nature et de la présence ou de l’absence de leucocytes.
Diagnostic
:
A - Méthodes de prélèvement
:
1- Examen cytobactériologique
:
Les urines prélevées après toilette locale, en milieu de
jet, doivent être immédiatement étudiées au laboratoire,
ou conservées à 4 °C pour éviter la multiplication des germes.
L’examen cytobactériologique des urines
(ECBU) doit comporter une numération des germes et
des leucocytes par mL. Les valeurs normales sont inférieures
ou égales à 105 colibacilles et 104 leucocytes/mL.
Cependant, si la culture découvre des germes autres que
des saprophytes normaux de l’orifice urétral, le diagnostic
d’infection peut être retenu.
C’est le cas du Pseudomonas, de la famille Klebsiella-Enterobacter-
Serratia, des Moraxella, etc. et cela particulièrement dans
un environnement hospitalier et (ou) après une manoeuvre
urologique.
La présence de leucocytes (> 10 000/mL) est indispensable
pour affirmer l’infection de l’appareil urinaire.
La présence de germes, et notamment de plusieurs
souches simultanément, en l’absence de leucocyturie est
l’expression d’une simple souillure.
Dans certaines cystites au tout début on peut trouver
un nombre de colonies de colibacilles faible, de 102 à
104 par mL.
Un cas de figure particulier est représenté
par l’existence d’une leucocyturie sans germes. Il en est
de nombreuses causes, dominées par un traitement antibiotique
ayant précédé le prélèvement.
Il en est d’autres,
dont la présence d’un calcul ou d’une tumeur urothéliale,
l’infection à des organismes ne poussant pas sur les
milieux usuels (Chlamydiæ, Ureaplasma urealyticum),
une néphrite interstitielle chronique et, enfin, la tuberculose.
2- Bandelettes réactives
:
Les bandelettes réactives détectent la présence de
leucocytes et de nitrites.
C’est une bonne méthode de
débrouillage qui comporte peu de faux négatifs (sensibilité
95 %, spécificité 75 %, valeur prédictive positive
30 à 40 %, valeur prédictive négative 99 %).
Elle doit
cependant être suivie d’un examen cytobactériologique
des urines et d’un antibiogramme.
B - Germes urinaires
:
La plupart des germes responsables des infections spontanées
sont des entérobactéries communautaires, dominées
par Escherichia coli.
Il peut s’agir de Proteus mirabilis et
beaucoup plus rarement d’entérocoques ou de staphylocoques
(notamment S. saprophyticus résistant à la novobiocine).
En cas d’infection iatrogénique, après sondage,
endoscopie, chirurgie ou chez un porteur de sonde, tous
les germes peuvent être en cause, souvent polyrésistants.
C - Cystite ou infection d’un organe plein ?
1- Clinique :
L’invasion tissulaire s’accompagne d’une fièvre > 38 °C,
de frissons, souvent de douleurs et d’une altération de
l’état général.
Il peut exister des signes de gravité témoignant
d’une septicémie : baisse tensionnelle, hypothermie.
Ces formes graves s’observent en cas d’obstacle, ne sont
pas exceptionnelles dans une prostatite aiguë et se
voient sur les terrains immunodéprimés, notamment les
diabétiques.
2- Biologie
:
L’invasion tissulaire s’accompagne de signes d’inflammation
: vitesse de sédimentation (VS) > 20 mm à la
1re heure et protéine C réactive (CRP) > 20 mg/L.
Il
existe souvent une bactériémie, parfois une septicémie.
3- Imagerie
:
L’échographie permet de confirmer l’atteinte du tissu
rénal et (ou) prostatique.
L’urographie intraveineuse ne
montre pas les lésions tissulaires mais peut objectiver
l’anomalie de la voie excrétrice responsable de l’infection.
Si elle trouve une anomalie du haut appareil ou un
reflux vésico-urétéral, l’infection est très probablement
haute.
Tomodensitométrie et scintigraphie ne sont pas
de pratique courante ou systématique.
D - Infections urinaires de la femme
:
1- Cystite :
Ce terme doit être réservé à la femme, car chez un
homme une cystite s’accompagne d’une prostatite.
Les
signes comportent brûlures urinaires, pollakiurie, parfois
hématurie due à un purpura de la muqueuse vésicale,
absence de fièvre, vitesse de sédimentation et protéine C
réactive normales, présence dans les urines de germes et
de leucocytes.
Il faut distinguer les cystites uniques ou
survenant à intervalles très espacés et les cystites récidivant
plus de 3 ou 4 fois dans l’année.
• La cystite aiguë ou à rechutes espacées est une affection
fréquente, en règle due à un colibacille communautaire
sensible à la plupart des antibiotiques urinaires (en
dehors de l’ampicilline et du cotrimoxazole) et n’appelle
pas d’autre examen qu’un examen cytobactériologique
des urines et un antibiogramme.
Le traitement, commencé
avant les résultats de l’examen cytobactériologique peut
être court, limité à 4 j.
Toutefois, au décours d’une cystite
traitée 4 j, la récidive à court terme de la bactériurie peut
indiquer qu’il existait un foyer méconnu de pyélonéphrite.
• Les cystites récidivantes peuvent survenir parce que
le traitement n’était pas adapté. Certaines femmes souffrent
de récidives multiples allant de 2 à 3 dans l’année
jusqu’à une par mois ou plus.
Elles peuvent être dues à
une anomalie de l’appareil urinaire et justifient d’abord
un examen local, surtout si elles sont rythmées par les
rapports sexuels.
Il faut inspecter le méat urétral, ce qui
peut permettre de découvrir des brides hyménéales qui provoquent une béance de l’urètre lors du coït.
Une
goutte de pus à la pression latérale de l’urètre indique
une rétention purulente dans une glande sous-urétrale.
Ces anomalies appellent un petit geste chirurgical.
Si
l’examen local est normal, une urographie avec étude de
la vessie et de l’urètre peut être nécessaire.
Chez une
femme âgée, une échographie, éventuellement une
cystoscopie, doivent rechercher une tumeur vésicale.
2- Pyélonéphrite aiguë
:
Une pyélonéphrite aiguë est une inflammation microbienne
du bassinet associée à l’envahissement de l’interstitium
par des traînées supuratives.
Il faut distinguer la
« pyélonéphrite primitive » (sans lésions urologiques)
de la « pyélonéphrite secondaire » (consécutive à une uropathie ou un obstacle).
Le tableau clinique peut
cependant être très voisin et les lésions du parenchyme
rénal sont semblables (oedème inflammatoire, nappes de
polynucléaires, lésions tubulaires, cylindres leucocytaires
dans les lumières tubulaires et suffusions hémorragiques).
Dans certaines zones, elles évoluent vers la
nécrose avec abcédation.
Des nécroses papillaires peuvent
apparaître, mais surtout en cas d’obstacle avec hyperpression,
ou chez le diabétique.
• La pyélonéphrite primitive simple chez la femme
jeune est une affection fréquente.
Les facteurs favorisants
tiennent à la fois à l’hôte et au germe.
L’hôte : l’élément pathogénique principal à considérer
est la façon dont les germes accèdent de la vessie au haut
appareil.
Selon toute vraisemblance, tout commence par
une infection vésicale, qui peut être asymptomatique,
sans signes cliniques de cystite.
Les germes grâce à
leurs adhésines gagnent le haut appareil et envahissent
la médullaire rénale.
Le germe : il est établi que certaines souches d’entérobactéries,
essentiellement des colibacilles, sont plus uropathogènes que d’autres et notamment les germes
porteurs de fimbriæ.
Clinique et laboratoire : une pyélonéphrite est caractérisée
par l’apparition brutale d’un tableau infectieux sévère
avec fièvre à 40 °C, violents frissons et douleurs lomboabdominales
unilatérales accompagnées de nausées et
parfois de vomissements.
La fosse lombaire est très douloureuse.
Il existe une pyurie et une bactériurie, une
hyperleucocytose, une vitesse de sédimentation élevée
et une élévation de la protéine C réactive.
Les hémocultures
peuvent être positives au même germe que celui
trouvé dans l’urine. Neuf fois sur dix, il s’agit d’E. coli.
En l’absence d’inoculation iatrogénique, ces colibacilles
sont le plus souvent sensibles à la plupart des antibiotiques,
encore que les souches d’emblée résistantes à
l’ampicilline et au Bactrim soient actuellement de plus
en plus fréquentes.
Imagerie : lorsqu’il s’agit d’une première pyélonéphrite
sans antécédent urinaire chez une femme jeune, il est
inutile de demander une urographie intraveineuse, mais
il faut pratiquer des clichés de l’arbre urinaire sans préparation
et une échographie pour ne pas passer à côté
d’un calcul ou d’une dilatation de la voie excrétrice.
L’échographie montre bien les cavités excrétrices quand
elles sont dilatées.
En revanche, en dehors d’un abcès,
elle apporte peu de renseignements sur ce qui se passe
dans le parenchyme rénal.
La tomodensitométrie est un examen intéressant quoique
non absolument nécessaire dans cette forme.
Sa valeur
vient du fait qu’elle montre clairement des images hypodenses
après injection de produit iodé, ou un abcès.
Évolution et pronostic : une pyélonéphrite aiguë primitive
chez une femme jeune est bénigne.
Sous antibiothérapie
adaptée, les urines sont stérilisées en quelques heures, la
fièvre et la douleur cèdent pour disparaître en 3 à 4 j, les
signes biologiques d’inflammation s’effacent en 8 à 15 j.
La persistance d’une leucocyturie aseptique durant 2 ou 3
semaines est banale et n’indique pas un échec du traitement.
• La pyélonéphrite secondaire, compliquée est caractérisée
par une anomalie de l’arbre urinaire entraînant une
stase, facteur favorisant l’infection et son ascension dans
le bassinet puis la médullaire rénale.
Les colibacilles
sont là encore la flore prédominante.
En cas d’infection
à P. mirabilis peuvent se constituer de volumineux calculs
coralliformes, constitués de phosphates ammoniacomagnésiens
(struvite), pétris de germes au sein de leur
matrice protéique.
Le calcul infectieux entretient la stase
et la stase entretient l’infection.
Toutes les uropathies malformatives, le reflux vésicourétéral,
la lithiase rénale, les obstacles cervicoprostatiques,
les vessies neurologiques, etc. peuvent se compliquer
d’une pyélonéphrite, notamment après sondage
ou endoscopie.
L’infection peut être bilatérale et la suppuration
d’urines sous tension fait courir un danger de
septicémie à germes gram-négatifs, avec son risque de
choc et de coagulation intravasculaire disséminée,
d’anurie.
Il peut se constituer des lésions rapidement
mutilantes du parenchyme rénal.
Le drainage de voies
excrétrices est indispensable et urgent, tandis que l’antibiothérapie
parentérale est entreprise simultanément.
Les pyélonéphrites associées à une lésion urologique
sont celles qui comportent le plus de risques de néphrite
interstitielle chronique avec cicatrices corticales si le
traitement chirurgical a été tardif et si l’anomalie de
l’appareil excréteur persiste.
La suppression de la lésion
entretenant l’infection et (ou) l’hyperpression dans la
voie excrétrice, accompagnée et suivie d’un traitement
antibiotique adéquat, est le meilleur moyen de stabiliser
la fonction rénale.
• L’abcès rénal se traduit essentiellement par un tableau
de pyélonéphrite à germes gram-négatifs, soit en apparence
primitive, soit compliquant une lésion urologique
telle une lithiase.
Le tableau clinique ne diffère pas de
celui d’une pyélonéphrite aiguë en dehors du fait que
sous traitement approprié la fièvre et l’hyperleucocytose
persistent plus longtemps, chez un malade dont l’état
général décline.
L’abcès se traduit par un effet de masse d’aspect tumoral
à l’urographie intraveineuse.
L’échographie montre une
cavité à parois épaisses, remplie de liquide, difficile à
distinguer de l’image d’un cancer du rein excavé.
Le
scanner localise parfaitement l’abcès.
Le traitement est essentiellement médical, le même que
celui d’une pyélonéphrite.
Dans certains cas, la cavité
peut être drainée par un cathéter inséré sous échographie
et par lequel on irrigue l’abcès par des antibiotiques.
Les
formes graves peuvent nécessiter une néphrectomie « de
sauvetage ».
E - Infections urinaires chez l’homme
:
Les infections urinaires masculines sont rarement
« primitives ».
Elles justifient donc toujours une enquête uro-radiologique à la recherche d’une anomalie de
l’appareil urinaire.
1- Prostatite aiguë :
Fréquente et facilement méconnue, elle est souvent
consécutive à une infection urétrovésicale à entérobactéries
(essentiellement colibacilles).
Elle peut également
faire suite par voie hématogène à une infection à distance,
staphylococcique ou autre.
Le diagnostic se pose chez un homme chez qui apparaît
brusquement une fièvre à 40 °C accompagnée de frissons
et d’un grand malaise général. Des signes de cystite, des
brûlures urinaires, l’émission d’urines purulentes, une
épididymite, orientent rapidement vers le diagnostic et
conduisent à un examen cytobactériologique des urines.
La dysurie peut aller jusqu’à la rétention d’urine complète
qui interdit le sondage par voie urétrale et impose un
drainage par cathéter sus-pubien.
Cependant, ces signes peuvent manquer et conduire à un
diagnostic de « grippe », avec ce que cela implique de
retard de traitement.
C’est dans ces prostatites négligées
que peut apparaître un choc à gram-négatif et plus tard
des localisations secondaires, sous forme par exemple
d’une spondylodiscite à colibacilles.
Au toucher rectal (doux pour ne pas provoquer de
décharge bactériémique), la prostate est douloureuse et
oedématiée.
Le diagnostic se fonde sur la présence de
germes dans les urines ou à l’écoulement urétral et
l’existence de signes d’inflammation (vitesse de sédimentation
et protéine C réactive).
Tout frisson impose
des hémocultures et la recherche d’une coagulation intravasculaire disséminée débutante (thrombopénie).
Une prostatite impose une échographie de tout l’appareil
urinaire comportant un examen par sonde endorectale
à la recherche de calcifications et d’abcès.
Après
quelques jours de traitement, une urographie intraveineuse
et une étude du bas appareil doivent être faites, en
particulier de l’urètre.
2- Prostatite chronique
:
Les prostatites chroniques font suite à une prostatite
aiguë ou apparaissent progressivement sans que l’on puisse
en dater le début.
Elles sont associées à des lésions
infectieuses de l’urètre et des voies spermatiques que
montrent les examens uro-radiologiques.
Au toucher, la
prostate est hypertrophique, parfois oedémateuse ou pseudo-adénomateuse et surtout douloureuse.
Un soigneux
examen uro-radiologique du canal urétral est important, car on découvre souvent un rétrécissement de l’urètre.
L’examen des urines donne des résultats divers, tantôt
mettant en évidence un germe, tantôt négatif.
Le traitement au moment des poussées est analogue à
celui d’une prostatite aiguë.
Les formes chroniques,
sans germe mis en évidence, répondent parfois à des
traitements antibiotiques et anti-inflammatoires prolongés.
Il vient souvent un moment où la part psychologique et
la part organique des troubles de « prostatisme » devient
difficile à faire.
F - Infections rénales et immunodépression
:
1- Pyélonéphrites des diabétiques
:
Les diabétiques ont souvent une bactériurie asymptomatique
qui, en raison de la glycosurie, de la parésie vésicale
et des troubles des fonctions granulocytaires de ces
malades, peut se compliquer d’une pyélonéphrite sévère,
souvent septicémique.
Une complication particulière à ce terrain est la nécrose
papillaire.
Le tableau est celui d’une pyélonéphrite
grave, septicémique, pas toujours douloureuse, car il
existe une neuropathie autonome.
Deux signes peuvent
attirer l’attention : des hématuries macroscopiques et
l’élimination dans les urines de fragments tissulaires.
L’étude histologique de ces fragments nécrotiques
recueillis par tamisage des urines permet d’affirmer le
diagnostic.
La pyélonéphrite diabétique peut entraîner une acidocétose.
Souvent grave, elle impose l’hospitalisation en
réanimation.
2- Pyélonéphrites des transplantés rénaux
:
Les transplantés rénaux sont susceptibles de faire des
pyélonéphrites, surtout dans les deux mois suivant la
transplantation.
Le rein transplanté étant coupé de ses
connexions nerveuses, la pyélonéphrite peut être indolore.
Cette infection peut favoriser un rejet du transplant.
3- Pyélonéphrites du sujet âgé
:
Les vieillards, surtout alités, ont fréquemment des pyélonéphrites
aiguës, qu’ils soient porteurs d’une hypertrophie
prostatique ou qu’ils n’aient aucune anomalie urologique.
Les signes sont souvent graves : 30% des septicémies du
vieillard sont d’origine urinaire, surtout en milieu hospitalier.
Le diagnostic peut ne pas être fait rapidement en
raison de l’absence de douleurs lombaires ou de troubles
de la conscience.
Toute fièvre chez un vieillard alité
doit, entre autres examens, motiver une uroculture.
L’évolution de ces septicémies urinaires des gens âgés
est assez souvent mortelle, surtout si l’on n’y pense pas
et si le traitement est tardif.
4- Pyélonéphrites de la femme enceinte
:
La grossesse est un état physiologique d’immunodépression
acquise.
Une femme enceinte perd les
capacités normales d’élaboration d’anticorps sériques et
urinaires dirigés contre les entérobactéries.
Les pyélonéphrites
gravidiques surviennent essentiellement chez des femmes porteuses d’une bactériurie asymptomatique,
qui devrait être l’objet d’un dépistage et d’un traitement
systématiques au cours de la grossesse.
La fièvre et l’infection
entraînent des contractions utérines qui peuvent
aboutir à un accouchement prématuré.
Les antibiotiques
autorisés chez une femme enceinte sont en nombre
restreint.
Ce sont essentiellement les bêtalactamines.
G - Infections urinaires chez l’enfant
:
Les infections urinaires de l’enfant forment un problème
à part.
Le recueil de l’urine est difficile chez le nouveau-né
et nécessite des poches, source de souillures.
Il y a là
parfois l’indication d’un prélèvement par ponction vésicale sus-pubienne par une main exercée.
La flore est dominée
par le colibacille chez les filles. Chez le garçon il ne
représente que 40 % des isolats.
En effet le prépuce
contient une réserve de germes, notamment des Proteus.
1- Infections urinaires néonatales
:
Une infection urinaire peut exister à la naissance, pas
toujours expliquée par une uropathie malformative.
Elle
survient surtout chez les garçons et se traduit par une
perte de poids, une cyanose, un ictère, un gros foie et
parfois une méningite.
Les hémocultures sont positives
dans 30 % des cas.
Ces formes septicémiques peuvent
être graves et appellent un traitement précoce.
La
recherche d’une uropathie malformative est systématique.
2- Infections urinaires de l’enfant
:
Cette rubrique est dominée par la fréquence des uropathies
malformatives et plus particulièrement du reflux vésicourétéral.
Cependant il faut savoir que chez la petite fille
existent des cystites simples, expliquées par l’hygiène
approximative de cet âge.
Les infections survenant chez le garçon sont pour la
plupart dues à une anomalie urologique.
Toute infection
urinaire fébrile de l’enfant exige échographie, urographie
intraveineuse et cystographie rétrograde.
Cette dernière
peut être faite par une technique isotopique (99m Technétium-DMSA pour Di-mercapto-succinic acid).
Elle irradie
très peu et permet une observation prolongée pour
détecter un reflux intermittent.
Le reflux vésico-urétéral est la malformation la plus
fréquente.
La première pyélonéphrite sur reflux peut
entraîner des cicatrices corticales.
Toute pyélonéphrite
sur reflux appelle un traitement immédiat et prolongé
suivi d’une intervention anti-reflux.
Le maintien de la
stérilité des urines doit être vérifié régulièrement.
Un
reflux négligé accompagné d’infection urinaire expose à
des cicatrices, à l’arrêt de la croissance du rein et, plus
tard, à une néphrite interstitielle chronique.
L’infection peut être due à n’importe quelle malformation
des voies excrétrices, notamment chez les garçons.
Ce sont les obstacles de la jonction pyélo-urétérale, ceux
de la jonction urétéro-vésicale et les valves de l’urètre
postérieur, facilement méconnues et responsables d’une
vessie de lutte surmontée d’une dilatation des voies
excrétrices.
Traitement
:
Le traitement fait appel à des antibiotiques : bactéricides
; ayant une absorption rapide, un pic plasmatique
précoce, une élimination urinaire prédominante et de
fortes concentrations dans le rein et les urines ; couvrant
le spectre de la majorité des germes habituels des infections
urinaires ; ne sélectionnant pas rapidement les
souches résistantes ; bien tolérés.
À ces propriétés générales
s’ajoutent des considérations de voies d’administration
(orale ou parentérale) et de prix.
Les principaux
antibiotiques utilisés dans les infections urinaires sont
analysés dans le tableau.
A - Cystite
:
Une cystite primitive de la femme jeune appelle un
traitement court, de 3 à 4 j, avec un antibiotique approprié.
Un autre mode de traitement consiste à prescrire une
seule prise d’un antibiotique à élimination urinaire
prolongée (2 comprimés de péfloxacine ou un sachet
de fosfomycine).
Les cystites récidivantes (plus de 4 par an) sont l’indication
d’un traitement « prophylactique », consistant en la
prise, 3 soirs par semaine au coucher, d’une petite dose
(subinhibitrice) d’un antibiotique, tel l’acide pipémidique
(Pipram faible), ou d’un nitrofurane (Furadantine),
pendant 6 mois à un an.
B - Pyélonéphrite
:
Le traitement ne doit être entrepris qu’après des prélèvements
d’urines et des hémocultures qui permettent
ensuite d’adapter l’antibiothérapie en fonction de l’antibiogramme
et du terrain.
Avant les résultats, on entreprend
une antibiothérapie double associant un aminoglycoside
et un autre antibiotique, bactéricide sur les
entérobactéries, à élimination urinaire prédominante et
fortement concentré dans le rein.
Les antibiotiques
répondant à ces critères sont les quinolones fluorées (les
plus largement utilisées) mais également les céphalosporines
de 3e génération, l’association amoxicilline +
acide clavulanique, ou ticarcilline + acide clavulanique,
ou encore l’aztréonam.
Au bout de 4 j de bithérapie, la patiente doit être laissée
en monothérapie par voie orale pendant une dizaine de
jours pour s’assurer de la stérilisation du parenchyme
rénal.
La surveillance bactériologique des urines est
faite dans le mois suivant la fin du traitement pour dépister
la réapparition éventuelle d’une bactériurie.
Sous antibiotiques, on assiste à une défervescence rapide,
en 3 ou 4 j, avec disparition de la douleur lombaire.
Si
les urines sont stériles en quelques heures, la leucocyturie
régresse plus lentement.
La persistance de la fièvre
après 5 à 6 j, ou la récidive à court terme de la pyélonéphrite
doit conduire à discuter un abcès rénal passé
inaperçu ou encore une cause urologique responsable de l’infection.
C’est là qu’il faut demander une urographie
intraveineuse, ou une tomodensitométrie suivie d’un
temps urographique et éventuellement une cystographie
rétrograde à la recherche d’un reflux.
Dans certains cas,
la persistance de la fièvre au delà du 5e j en dépit
d’urines stériles témoigne d’une allergie médicamenteuse
et peut nécessiter un changement d’antibiotique.
Dix à 15 jours après l’arrêt du traitement, il faut vérifier
que les urines sont toujours stériles, que la leucocyturie
continue de diminuer et que vitesse de sédimentation et
protéine C réactive sont redevenues normales.
La réapparition
d’une pyurie, même asymptomatique, conduit à
rechercher une anomalie urologique et (ou) un foyer
suppuré à traiter.
S’il existe une résistance microbienne
aux antibiotiques antérieurement utilisés, il faut
reprendre le traitement, guidé par le nouvel antibiogramme.
C - Prostatite aiguë
:
Le traitement comporte au début une double antibiothérapie
par voie veineuse, associant un aminoglycoside
à un antibiotique bactéricide à bonne pénétration prostatique
(trimétroprime-sulfaméthoxazole ou quinolone
fluorée).
On y associe en général un anti-inflammatoire
non stéroïdien.
La phase aiguë passée, le traitement par
voie orale doit être poursuivi pendant longtemps, c’est-à-
dire 1, voire 2 mois, car le tissu prostatique est difficile à
stériliser.
Un traitement trop court expose à des poussées
de réchauffement et au passage à la prostatite chronique.
D - Prostatite chronique
:
Le traitement est difficile, car on ne trouve souvent pas
de germes permettant de faire un antibiogramme.
Après
avoir affirmé l’absence de cause urologique, on prescrit
habituellement un antibiotique urinaire au long cours.
E - Cas particulier de l’enfant
:
Tous les antibiotiques autorisés chez l’adulte ne sont pas
utilisables chez l’enfant.
Les fluoroquinolones sont
interdites avant la fin de la croissance. L’acide nalidixique
est parfois responsable d’un oedème cérébral et
doit être évité chez le nourrisson.
• Cystite simple de la fillette : un court traitement par amoxicilline ± acide clavulanique, Nitrofurantoïne ou
Bactrim est suffisant.
Il faut instruire la famille de vérifier
la toilette locale et d’indiquer à l’enfant comment s’essuyer
d’avant en arrière après les selles.
• Cystite simple mais récidivante : le traitement prophylactique
est conduit selon les mêmes modalités que chez
l’adulte, en utilisant l’un des antibiotiques suivants : Nibiol, Furadantine, Bactrim.
• Pyélonéphrite : le traitement d’attaque comporte
plusieurs jours d’une association aminoglycoside +
céphalosporine.
La voie veineuse est nécessaire les premiers jours.
La durée du traitement est de 5 j pour
l’aminoglycoside, de 10 j pour la céphalosporine.
En cas de
septicémie on recommande une bithérapie d’au moins 15 j.
• Malformation de l’appareil urinaire : le traitement
d’attaque de la phase aiguë doit être suivi d’un traitement
d’entretien pour garder les urines stériles jusqu’à
la chirurgie correctrice.
Nombre d'affichage de la page 265 |