Hyperexcitabilité neuromusculaire
Cours de Neurologie
Introduction
:
L’hyperexcitabilité neuromusculaire groupe des formes très
hétérogènes d’anomalies de la contraction musculaire.
Certains types
d’hyperexcitabilité sont traditionnellement exclus, notamment les myotonies et paramyotonies, la spasticité, la tétanie, la rigidité de
l’hyperthermie maligne, ainsi que diverses formes secondaires
(tétanos, intoxication par la strychnine ou par certains venins).
Ne sont arbitrairement envisagés ici que les hyperactivités
d’origine probablement centrale, dominées par le syndrome de
l’« homme raide », les hyperexcitabilités dont le point de départ est
périphérique qu’on les nomme syndrome d’Isaacs ou
neuromyotonie, la sémiologie complexe du syndrome de Schwartz-Jampel.
D’autre part, les crampes musculaires vraies, appellation
réservée aux contractures douloureuses paroxystiques avec activité
électrique, sont formellement séparées des contractures musculaires
dont l’origine n’est pas une dysfonction nerveuse mais une anomalie
métabolique musculaire.
On estime désormais que les principales hyperexcitabilités
neuromusculaires continues (syndrome de l’« homme raide » et neuromyotonie) sont de nature immunologique liées l’une à des
autoanticorps enzymatiques (acide glutamique décarboxylase),
l’autre vraisemblablement, bien que non encore prouvé, à une
canalopathie (rôle possible du canal potassium voltage-dépendant).
Hyperactivité d’origine centrale
:
A - SYNDROME DE L’« HOMME RAIDE »
:
Le syndrome de l’« homme raide » (stiff-man syndrome ou stiffperson
syndrome) est une maladie neurologique rare, caractérisée par
une rigidité variable et progressive des muscles surtout axiaux et
proximaux, entrecoupée de spasmes douloureux déclenchés par les
mouvements, les bruits, les émotions.
L’association fréquente à des
maladies immunologiques et à un diabète de type I a fait récemment
reconsidérer la pathogénie de l’affection.
La première description est celle de Moersch et Woltman en 1956,
confirmée par la publication de cas similaires.
En 1963, Howard
montra l’effet spécifique du diazépam sur la rigidité, ce qui évoquait
une origine spinale.
Il nota également l’association à un diabète
sucré.
En 1967, Gordon, dans une revue de la littérature, proposa
des critères de la maladie : douleur et raideur axiales prodromiques,
rigidité progressive axiale et proximale par cocontraction des
muscles agonistes et antagonistes, spasmes douloureux induits par
des stimulations soudaines, diminution de l’activité musculaire
pendant le sommeil, normalité des autres fonctions du système
nerveux, anomalies électromyographiques comportant une activité
motrice continue supprimée par bloc nerveux ou neuromusculaire
et par anesthésie générale, sensibilité au diazépam.
En 1989, Lorish
et al ajoutèrent le critère de rigidité rachidienne permanente
essentiellement en hyperlordose.
Enfin, à la suite de Solimena et
al, l’origine auto-immune a été déterminée.
1- Sémiologie
:
La maladie survient le plus souvent chez un adulte jeune.
Le début est fait d’une rigidité musculaire ou de spasmes légers et
intermittents portant d’abord sur des groupes musculaires isolés.
La
rigidité prédomine habituellement sur les muscles paravertébraux,
sur les muscles du tronc et de la nuque, sur les muscles abdominaux,
les muscles proximaux des membres.
Ainsi s’installe une sorte
d’induration lombaire évoluant pendant des années, une rigidité des
muscles du thorax limitant les mouvements respiratoires, une
rigidité des muscles de la nuque. Plus rarement le début est distal.
La rigidité atteint alors les muscles du mollet, et gagne peu à peu
les muscles axiaux du tronc.
La face est en général indemne, ce qui
sépare ces cas du tétanos.
Parfois, le début est fait de spasmes
brusques et intenses localisés à un groupe musculaire.
D’autres fois,
il s’agit de crampes des muscles abdominaux évoluant pendant
plusieurs années.
Ces spasmes d’apparition brusque disparaissent
assez rapidement mais persistent parfois pendant plusieurs jours.
Le tableau clinique complet se constitue en quelques
années, associant une rigidité musculaire et des accès de spasme.
La rigidité est d’apparition progressive. Les muscles deviennent peu
à peu durs « comme des planches », d’une dureté intense qui résiste
à la succinylcholine.
En revanche, elle cède, tout au moins
partiellement, sous l’effet du diazépam.
Elle est permanente sauf
parfois sous l’effet de l’exercice.
Tous les muscles peuvent être
atteints par la rigidité, souvent de façon symétrique, aussi bien les
muscles axiaux que ceux des ceintures ou des extrémités.
Le rachis est concave en hyperlordose.
Les déformations rachidiennes sont
indispensables au diagnostic selon Lorish et al.
Il s’agit le plus
souvent d’hyperlordose lombaire. Lorsque la rigidité prédomine sur
la région cervicoscapulaire un « haussement d’épaule » permanent
persiste, le cou plongeant dans le thorax.
Dans les cas évolués, une
hypertrophie des muscles paraspinaux survient et la rigidité en
hyperlordose persiste pendant le sommeil.
L’expansion du thorax
est limitée.
Les muscles des ceintures et les muscles abdominaux
sont rigides.
Les membres inférieurs sont souvent en rotation interne
et en adduction (avec contraction des muscles agonistes et
antagonistes), parfois en flexion. Les pieds sont en varus équin.
Aux
membres supérieurs, l’attitude en « main d’accoucheur » est parfois
réalisée.
Les patients signalent parfois une faiblesse étendue aux
muscles qui paraissent respectés.
La démarche est enraidie. Le
patient ne peut lacer ses chaussures, s’asseoir dans son lit.
Il redoute
de traverser sans aide un espace libre.
Les mouvements des
articulations sont limités, sans altération du jeu articulaire ni
anomalies radiologiques.
On signale tout au plus, dans les cas
évolués et chez les sujets âgés, des aspects d’ostéoporose. De même
n’existe aucun signe neurologique.
Les réflexes sont normaux,
parfois vifs. On n’a jamais signalé de myotonie ni de fasciculations
musculaires.
Les spasmes musculaires douloureux se produisent par accès.
Ils
surviennent au début de la maladie ou au contraire à une phase
tardive.
Leur déclenchement est favorisé par divers facteurs :
émotion, bruit, froid, palpation ou mobilisation des muscles.
L’accès,
souvent précédé par une sensation de crainte de celui-ci, débute par
des douleurs d’intensité variable mais parfois atroces.
Les spasmes
ont l’allure de crampes violentes pouvant faire évoquer les
redoublements de contracture du tétanos avec opisthotonos.
Leur
intensité est parfois telle qu’elle entraîne une chute d’une seule pièce
ou des fractures.
De véritables secousses myocloniques caractérisent
le jerking stiff-man syndrome.
La durée et la reproduction des accès
sont assez anarchiques.
Parfois leur durée dépasse plusieurs jours.
Ils peuvent, par la fréquence de leurs récidives et par l’intensité des
phénomènes douloureux, aboutir à un état d’invalidité.
Des sueurs
profuses sont fréquentes pendant les spasmes, de même qu’une
élévation de la tension artérielle et des signes hyperadrénergiques :
palpitation, tachycardie.
L’évolution générale se fait dans l’ensemble de façon régulière et
progressive.
La rigidité s’accentue et l’impotence motrice augmente.
Le sujet devient un véritable « homme de bois ». Il se déplace
entièrement soudé, en une seule pièce.
La mort survient
habituellement par dénutrition et par cachexie en quelques années,
6 à 15 ans en moyenne. On signale des évolutions rapides de
quelques mois ou, inversement, des formes lentes où la survie se
maintient après 20 ans.
L’arrêt brusque des benzodiazépines peut
entraîner une mort brutale par spasmes respiratoires.
Dans d’autres
cas, l’hyperactivité sympathique due à la perte de l’inhibition GABAergique (GABA : acide gamma-amino-butyrique) sur le
tractus intermediolateralis entraîne une dysautonomie fatale subite
avec hyperthermie, tachypnée, tachycardie, hypertension artérielle,
dilatation pupillaire.
La rigidité néonatale congénitale, encore dite stiff-infant syndrome,
se manifeste par une détresse respiratoire liée à la rigidité
musculaire généralisée débutant aux muscles cervicaux et s’étendant
au tronc, avec parfois une hypertrophie musculaire.
Les troubles
débutent dans le deuxième mois. Si la mort ne survient pas après
2 ans, la rigidité tend à diminuer.
L’électromyogramme montre une activité continue de potentiels
d’unités motrices normales en dépit des efforts de relaxation.
L’activité est synchrone dans les muscles agonistes et antagonistes
lors du mouvement volontaire.
Les potentiels sont de forme
normale, sans myokymies ni fasciculations.
L’activité disparaît
pendant le sommeil.
Elle est abolie après anesthésie générale,
rachianesthésie, bloc nerveux ou neuromusculaire ou après injection
intraveineuse de diazépam.
Le liquide céphalorachidien (LCR) comporte, dans 60 % des cas, une
bande oligoclonale ou une élévation des immunoglobulines G.
Dans un tiers des cas, il existe un diabète sucré de type I.
Des
anomalies du métabolisme glucidique sont fréquentes : glycosurie
sans hyperglycémie, courbe d’hyperglycémie provoquée de type prédiabétique, évolution ultérieure vers un diabète sucré, hérédité
diabétique.
De nombreuses autres maladies auto-immunes sont
associées : thyroïdite de Hashimoto, maladie de Basedow,
myasthénie, insuffisance surrénale, vitiligo, anémie de Biermer.
Environ 40 % des patients ont au moins une maladie auto-immune.
Des anticorps anti-GAD (acide glutamique décarboxylase, enzyme
synthétisant le GABA en transformant l’acide glutamique en GABA)
sont présents dans 40 à 80 % des cas dans le sang et le LCR.
De même, des anticorps anticellules pancréatiques ont été trouvés
chez des patients non diabétiques, et leur antigène est commun à
celui du GAD.
D’ailleurs, les cellules bêta du pancréas endocrine
contiennent de grandes concentrations de GABA.
Ceci montre
l’intérêt de la détection de hauts titres d’anticorps antipancréatiques.
La présence d’anticorps anti-GAD est cependant inconstante, faisant
apparaître des sous-groupes de syndrome de l’« homme raide » :
– forme auto-immune, plutôt féminine, associée à une maladie autoimmune,
diabète surtout, avec présence d’anticorps anti-GAD,
anticellules bêta du pancréas et antiorganes (thyroïde, estomac) ;
– forme paranéoplasique, plutôt masculine, avec uniquement autoanticorps non spécifiques (antinucléaires, antimuscles, protéine
sans doute antisystème nerveux) ou surtout antiamphiphysine ;
– forme idiopathique avec uniquement anticorps non spécifiques
mais sans anticorps anti-GAD.
Ceci laisse penser à certains que les anticorps anti-GAD ne sont pas
spécifiques et surtout ne sont pas indispensables au diagnostic,
encore qu’une méthode simple d’immunoprécipitation de 125I
recombinant GAD soit d’un apport utile.
Peu de cas ont été autopsiés et les lésions ne sont pas significatives.
L’encéphale est normal.
Les muscles sont normaux ou peu altérés.
2- Pathogénie
:
Elle est restée longtemps inconnue.
Les hypothèses successives de
myosite fibreuse, d’atteinte de la jonction neuromusculaire, d’origine
psychique n’ont pas reçu confirmation.
En revanche, la notion d’une
hyperactivité d’origine centrale a été développée.
Un point de départ spinal dépendrait d’une altération du circuit de Renshaw réduisant l’inhibition récurrente des motoneurones alpha
et produisant une hyperactivité motrice.
Cependant les études
neuropharmacologiques en particulier de la transmission
cholinergique ont infirmé cette hypothèse.
Une hyperactivité gamma
a également été soupçonnée.
Ceci expliquerait l’effet des blocs
anesthésiques qui réduisent l’hyperactivité sans entraîner de
paralysie, ce qui serait lié à la sensibilité plus importante des
neurones gamma que celle des neurones alpha aux anesthésiques
locaux.
Une origine supraspinale est suspectée en raison de la diminution
de la rigidité lors du sommeil, de l’altération des tracés de sommeil,
de désordres de la personnalité et d’altération des neurotransmetteurs.
Un déséquilibre entre système catécholaminergique
hyperfonctionnel et système GABAergique normal du tronc cérébral
est invoqué.
Un argument est l’aggravation sous l’action de la
dopamine et l’amélioration par le diazépam.
Enfin, l’excrétion
urinaire du 3 méthoxy-4-hydroxyphénylglycol est augmentée, ce qui
témoigne d’un métabolisme cérébral augmenté de la norépinéphrine.
Ces deux hypothèses, d’hyperfonction spinale du système gamma
et d’hyperfonction supraspinale, ne s’excluent pas obligatoirement.
On a proposé un désordre central des voies contrôlant et modifiant
l’activité gamma et les systèmes d’alarme nociceptifs, par
désinhibition due à une diminution d’activité des circuits
supraspinaux utilisant des médiateurs GABAergiques.
La notion d’une origine auto-immune a peu à peu été étayée :
coexistence fréquente de maladies auto-immunes, élévation des
anticorps anti-GAD dans le sérum et le LCR.
Certains de ces cas, paranéoplasiques, sont à rapprocher
d’encéphalomyélites paranéoplasiques avec rigidité.
3- Traitement
:
D’innombrables thérapeutiques ont été proposées afin de vaincre la
rigidité et les spasmes, la plupart ne sont pas efficaces.
On a ainsi
utilisé des anti-inflammatoires (corticoïdes surrénaux,
phénylbutazone), des anti-infectieux, des médicaments à visée
psychiatrique (tranquillisants, psychothérapie, électrochocs) des
méthodes physiothérapiques, la rachianesthésie. Un certain degré
de relâchement a été obtenu grâce à la d-tubocucarine, à la
zoxazolamine, au vigabatrine.
Les seuls traitements médicamenteux actifs sont les benzodiazépines
et, en particulier, le diazépam.
Toutefois, l’efficacité de ce produit est
inconstante.
Il agirait sur les récepteurs GABAergiques.
Le baclofène
et le valproate, autres substances GABAergiques, sont également
préconisées.
Les thérapeutiques immunosuppressives sont justifiées.
Les
plasmaphérèses et la corticothérapie ont été parfois efficaces.
Les immunoglobulines à forte dose par voie veineuse sont une
indication de choix.
L’azathioprine n’a pas encore fait sa preuve.
B - FORME À PRÉDOMINANCE DISTALE :
La forme à prédominance distale ou stiff-legs syndrome est
essentiellement marquée par des spasmes distaux des membres
inférieurs.
L’origine en serait une atteinte des interneurones
spinaux.
Le début se fait entre 20 et 50 ans par des spasmes
douloureux des pieds ou des mollets.
Le profil immunologique
diffère des formes précédentes.
Les autoanticorps anti-GAD ne sont
présents que dans 15 % des cas.
De même, la synthèse
d’immunoglobulines intrathécale est rare.
L’électromyogramme est
caractérisé par des décharges groupées de diverses unités motrices,
moins régulières que dans la forme axiale.
Ces formes répondent
mal au traitement.
L’évolution est marquée par des rémissions et
des rechutes.
C - ENCÉPHALOMYÉLITE PROGRESSIVE AVEC RIGIDITÉ
MUSCULAIRE PERSISTANTE ET CRAMPES
INTERMITTENTES :
Cette forme, rare, est caractérisée par une rigidité progressive des
muscles du tronc et des membres, avec atteinte du tronc cérébral,
myoclonies et spasmes.
L’évolution est le plus souvent
fatale en 2 à 3 ans avec troubles bulbaires.
Les lésions sont celles
d’une encéphalomyélite subaiguë affectant surtout la substance grise
(polioencéphalite).
Les lésions prédominent sur le lobe limbique, le
tronc cérébral et la moelle. Une ganglionite dorsale est présente.
Les interneurones spinaux inhibiteurs sont particulièrement lésés, ce qui
est à l’origine de la rigidité.
L’origine est parfois paranéoplasique.
Le cancer primitif n’est pas toujours décelé.
Les encéphalomyélites paranéoplasiques avec stiff-man syndrome,
consécutives à des cancers du sein ou bronchiques à petites cellules,
s’accompagnent d’anticorps antiamphiphysine.
L’amphiphysine est une protéine associée aux vésicules synaptiques.
Hyperexcitabilité d’origine
périphérique :
A - SYNDROMES D’ACTIVITÉ MUSCULAIRE CONTINUE
GÉNÉRALISÉE (NEUROMYOTONIE)
:
Ce terme imprécis regroupe les divers syndromes d’hyperactivité
neuromusculaire d’origine périphérique décrits sous des
appellations multiples : myokymies ondulantes, syndrome de
myokymies myotonie hyperhidrose de Gamstorp et Wolfahrt,
syndrome d’activité continue des fibres musculaires d’Isaacs,
neuromyotonie de Mertens et Zschocke, pseudomyotonie,
Amardillo syndrome ou syndrome du tatou, « quanta squander »
ou gaspillage des quanta dans la jonction neuromusculaire.
Le terme
ancien (1890) de « chorée fibrillaire de Morvan » s’applique à
certains de ces cas comportant une atteinte encéphalique.
L’origine de la maladie est actuellement mieux connue : anomalie
des canaux ioniques membranaires, mécanisme auto-immun.
1- Sémiologie de l’activité musculaire continue
:
Les syndromes d’activité musculaire continue surviennent à tout
âge.
Exceptionnels chez le nouveau-né, ils débutent plus souvent
chez un adulte jeune avec une faible prédominance masculine.
Dans
la majorité des cas, il s’agit d’une affection sporadique.
La
sémiologie est très variable dans son intensité, l’élément commun
étant une contraction musculaire involontaire persistant pendant le
sommeil.
Lorsque celle-ci est modérée elle associe des myokymies, des
contractures lors de la contraction volontaire, une hyperhidrose.
Au
minimum, des fasciculations et des myokymies, permanentes,
diurnes et nocturnes, débutent sur les membres inférieurs puis se
généralisent.
Des crampes des extrémités déclenchées par la
contraction sont souvent associées.
Elles entraînent parfois un
spasme carpopédieux ressemblant à une contraction tétanique, à
l’origine de l’appellation erronée de tétanie normocalcique.
Dans les formes de faible intensité, l’hypertonie ne survient que dans
des conditions particulières, notamment après une contraction
volontaire énergique.
Celle-ci entraîne une rigidité du segment qui
vient de se contracter et l’impossibilité puis la lenteur de sa
décontraction à l’origine d’un aspect pseudomyotonique avec une
véritable crampe qui dure une trentaine de secondes puis disparaît.
Ce phénomène est net lors de la fermeture forcée de la main qui ne
peut se décontracter. Une quinte de toux peut entraîner une
contracture buccopharyngée et des accès de suffocation dramatiques
durant 10 à 30 secondes.
Une grimace forcée provoque un rictus
avec fermeture des paupières qui cède progressivement.
À un degré de plus s’installe une raideur progressive et permanente
des membres inférieurs, entraînant une marche laborieuse et parfois
douloureuse.
Dans certains cas sont signalés des secousses des
jambes, des spasmes laryngés.
La raideur permanente est
accompagnée dans la moitié des cas d’une sudation excessive qui
n’est pas seulement secondaire à l’activité musculaire continue, mais
fait sans doute intervenir des mécanismes cholinergiques centraux.
Dans les formes majeures apparaît une contracture globale et
intense.
Le sujet est dans une posture très anormale qui le fait
comparer à un « chevalier en armure ».
Un enraidissement
permanent entraîne une flexion des poignets avec extension des
doigts, pieds en varus équin, parfois stridor laryngé.
Il est rare que
l’hypertonie musculaire diminue au mouvement, le plus souvent des
recrudescences se font à la contraction volontaire.
Son siège est en
définitive plus distal qu’axial, entraînant une déformation pseudospastique des extrémités.
Dans les formes intenses, la raideur
atteint toute la musculature, les muscles durs et rigides faisant saillie
sous la peau.
Les réflexes tendineux sont parfois diminués ou abolis.
Cette
aréflexie est due soit à l’association à une neuropathie, soit à une
inhibition du réflexe d’étirement en raison de l’activité musculaire
continue.
En effet, les réflexes réapparaissent après traitement. Une
hypertrophie musculaire due à l’activité permanente est présente
dans un quart des cas.
2- Électromyographie :
L’électromyogramme enregistre de façon caractéristique des
décharges neuromyotoniques.
Une décharge neuromyotonique est
une bouffée de potentiels d’unité motrice pulsant à une fréquence
interne élevée de 130 à 300 Hz, durant de 0,1 à quelques secondes, à
début et fin abrupts.
L’amplitude est en général décroissante.
Les
décharges surviennent spontanément ou sont déclenchées par le
mouvement de l’aiguille, l’effort volontaire, l’ischémie ou la
percussion du nerf.
La décharge neuromyotonique est facile à différencier de l’averse myotonique (non spontanée mais provoquée
par le mouvement ou la stimulation mécanique, d’amplitude
croissante puis décroissante, à une fréquence de 20 à 80 Hz,
accompagnée d’un bruit d’avion en piqué) et de la décharge
répétitive complexe (potentiels d’action de morphologie complexe
se répétant à une fréquence stable qui se situe entre 40 et 200 Hz,
d’amplitude constante, à début et fin brusques).
Il est à noter que,
dans la nomenclature électromyographique, le terme de « décharge
répétitive complexe » est actuellement utilisé et préféré à d’autres
termes pouvant prêter à confusion comme celui d’« averses
pseudomyotoniques ».
L’intrication de décharges myokymiques, de
potentiels de fasciculations et de décharges neuromyotoniques,
même en l’absence de toute contraction volontaire, donne parfois au
tracé l’aspect d’une activité continue atteignant le stade
interférentiel.
3- Évolution :
Elle est difficile à systématiser car très variable.
Parfois, elle est
marquée par la survenue d’autres signes tels qu’un fréquent
amaigrissement, dû à une augmentation du métabolisme basal
indépendante de toute hyperthyroïdie, secondaire au travail
musculaire excessif qui est fourni, parfois une aréflexie, une
amyotrophie surtout distale.
Mais, si chez certains patients, la
contracture devient permanente à la longue, il est des cas où, après
des années, toute contracture et toute hyperactivité musculaire ont
disparu spontanément, y compris les anomalies immunologiques
avec anticorps anticanaux potassium voltage-dépendant.
4- Physiopathologie
:
* Point de départ de l’hyperactivité :
Une origine musculaire, bien que l’hyperactivité soit déclenchée par
la contraction, est peu probable étant donné l’abolition de
l’hyperactivité par le curare, par la toxine botulique ou par la succinylcholine.
Un point de départ sur la jonction neuromusculaire
avait été évoqué par Isaacs qui parlait de « gaspillage des quanta »,
ce qui a été infirmé par les études de microélectrodes des potentiels
miniatures de plaque.
D’autres arguments ont été une
augmentation des fentes postsynaptiques, l’association à un
thymome et surtout à une augmentation des anticorps
antirécepteurs d’acétylcholine évoquant une facilitation paradoxale
en quelque sorte inverse de la myasthénie.
Dans ces cas coexistaient
d’ailleurs des phénomènes d’hypercholinergie centrale.
Cependant,
une origine centrale est peu probable du fait de la persistance de
l’activité spontanée après anesthésie générale, sommeil ou bloc
nerveux proximal.
Beaucoup d’éléments sont en faveur d’une atteinte axonale
terminale, en particulier la provocation de postdécharges par
stimulation électrique ou percussion du nerf électivement sensible
aux stimuli mécaniques, l’aspect des décharges spontanées identique
à celui des potentiels d’unités motrices normaux.
Toutefois, dans
quelques cas, les blocs nerveux périphériques font disparaître
l’activité musculaire.
Ce fait indiquerait que le générateur de
l’activité musculaire se situerait tout au long du nerf et
probablement aussi dans la corne antérieure de la moelle épinière.
Enfin, si certaines études en microneuronographie ont montré une
hyperexcitabilité à la fois des fibres motrices mais aussi des fibres
sensitives à partir desquelles des décharges répétitives ont été
mises en évidence, d’autres ne le confirment pas.
* Origine auto-immune :
Elle est basée sur les notions suivantes :
– association fréquente à des maladies auto-immunes (thymomes
avec ou sans myasthénie, neuropathies avec anticorps
antigangliosides, plasmocytome et paraprotéinémie IgM, cancer
bronchique, traitement par D-pénicillamine) ;
– anomalies immunologiques (anticorps anti-thyroïdiens, bandes oligoclonales dans le LCR avec taux élevé d’Ig G) ;
– augmentation de la résistance à la tubocurarine de la jonction
neuromusculaire et libération de neurotransmetteurs par les canaux
potassium après injection chez l’animal d’IgG des patients ;
– effet des plasmaphérèses.
L’augmentation de libération de neurotransmetteurs paraît être liée
à l’effet des anticorps sur les canaux potassium qui n’assureraient
plus la stabilisation des potentiels membranaires.
L’augmentation de
résistance à la tubocurarine serait due à une action plutôt présynaptique des anticorps, leur cible étant représentée par les
canaux potassium d’activation lente.
Les preuves d’une activité anticorps dirigée contre les canaux
potassium de la partie terminale des nerfs périphériques ont été
données en étudiant par microélectrode la résistance à la tubocurarine chez la souris traitée par IgG de six patients
neuromyotoniques.
Les anticorps anticanaux potassium voltagedépendant
marqués par la Ia-dendrotoxine jouent très
vraisemblablement un rôle par un mécanisme de blocage ou de
réduction de nombre.
Les anticorps sont augmentés chez trois
patients.
Ils diminuent après échanges plasmatiques.
Le transfert
d’IgG chez la souris provoque des phénomènes neuromyotoniques.
Chez l’animal, les quanta d’acétylcholine augmentent de 20 % dans
le diaphragme tandis que la durée des potentiels d’action du nerf
sciatique poplité externe augmente de plus de 90 %.
De même les
potentiels d’action des neurones des ganglions rachidiens
postérieurs en culture ont une activité répétitive augmentée de 10 à
70 %.
Tous ces effets sont analogues à ceux provoqués par
l’aminopyrine.
Plus récemment, un moyen nouveau de détection des anticorps
par histo-immunochimie a été proposé : production d’anticorps
anticanal potassium voltage-dépendant.
L’hétérogénéité des sousunités
des canaux potassium pourrait expliquer les variations
cliniques.
Il est ainsi probable que la neuromyotonie soit une
canalopathie d’origine auto-immune encore que tous les mécanismes
en jeu ne soient pas encore déterminés.
Toutefois il n’est pas déterminé comment le blocage des canaux
potassium voltage-dépendant modifie les propriétés axonales, quels
sont les canaux bloqués et où est le site des activités motrices
ectopiques au cours des neuromyotonies.
Les canaux potassium
lents prédominent sur les noeuds de Ranvier et sont aisément
accessibles aux anticorps. Mais ils sont trop lents pour modifier les
propriétés force-durée.
Les canaux rapides sont de localisation paranodale et peu accessibles aux anticorps, et participent peu au
maintien du potentiel de repos transmembranaire.
5- Classification des syndromes d’activité musculaire
continue :
Les variétés de syndromes d’activité musculaire continue sont
nombreuses, sporadiques ou familiales.
* Formes sporadiques :
Ce sont les plus fréquentes.
Certaines s’associent à une neuropathie
périphérique. Le plus souvent, il s’agit de neuropathies
inflammatoires à type de syndrome de Guillain et Barré.
Certaines formes comportent des manifestations centrales, insomnie
majeure, troubles neuropsychiques d’évolution sévère.
Elles
correspondent à l’ancienne chorée fibrillaire de Morvan pour
laquelle une cause mercurielle n’est pas exclue et des anticorps anticanal potassium voltage-dépendant ont été mis en évidence.
Dans certains cas, une étiologie précise est trouvée.
Les sels d’or utilisés au cours de la polyarthrite rhumatoïde sont
parfois responsables d’une neuropathie axonale au cours de laquelle
des myokymies sont fréquentes.
Ces myokymies s’accompagnent de
trains de décharges spontanées d’unités motrices ou de multiplets.
Leur présence est un élément de diagnostic avec les neuropathies de
la polyarthrite rhumatoïde qui n’en comportent pas.
Des cas de myokymies ont également été signalés après intoxication
mercurielle, après intoxication par le 2-4 dichlorophénoxyacétique,
après traitement par la pénicillamine.
L’association à des tumeurs intrathoraciques est connue : carcinomes
bronchiques, thymomes essentiellement.
La chorée
fibrillaire de Morvan est parfois considérée comme la manifestation
paranéoplasique d’un thymome associant les signes traditionnels
de la chorée fibrillaire (neuromyotonie, dysautonomie, hyperhidrose,
insomnie, encéphalopathie) et de myasthénie à une élévation des
anticorps antirécepteurs d’acétylcholine et anticanaux potassium
voltage-dépendant curable par échanges plasmatiques,
thymectomie et immunosuppresseurs.
Dans un cas de myasthénie séropositive, la thymectomie pour
thymome malin fut suivie d’une neuromyotonie avec anticorps
anticanal potassium voltage-dépendant.
La neuromyotonie fut
améliorée par des échanges plasmatiques.
Une neuromyotonie est parfois révélatrice d’un lymphome
hodgkinien et sensible à la chimiothérapie.
Dans un cas, une
septicémie à Staphylococcus aureus à point de départ épidural a
déclenché une réaction immunitaire transitoire avec anticorps
anticanaux potassium voltage-dépendant à l’origine d’une
neuromyotonie transitoire.
* Formes héréditaires :
Plus rares, souvent associées à une neuropathie axonale, elles
répondent à une transmission autosomique dominante.
Comme
les précédentes elles sont tantôt isolées, tantôt associées à des
neuropathies périphériques surtout maladie de Charcot-Marie.
On connaît également l’association à certaines ataxies périodiques
parfois sensibles aux inhibiteurs de l’anhydrase carbonique.
Des mutations du gène du canal K + voltage-dépendant sont
connues chez la drosophile entraînant des mouvements
spontanés, de même que chez le rat avec secousses de la tête et
des membres.
Chez l’homme, une mutation ponctuelle du gène de
la sous-unité a du canal potassium voltage-dépendant, localisé sur
le chromosome 12 (12 p) serait à l’origine d’épisodes d’ataxie avec
neuromyotonie périphérique.
Ces formes héréditaires seraient en
relation avec une modification de fonction des canaux potassium
plutôt qu’avec leur destruction.
6- Traitement :
La phénytoïne et la carbamazépine sont souvent mais pas toujours
efficaces.
La phénytoïne aurait un effet de stabilisation
membranaire.
La carbamazépine agit probablement en diminuant la
conductance membranaire du sodium.
En cas d’échec ou de mauvaise tolérance, le dantrolène, le
valproate de sodium sont parfois actifs.
Enfin l’efficacité des
plasmaphérèses et des immunosuppresseurs s’expliquerait par
une action sur d’éventuels facteurs immunitaires.
B - HYPERACTIVITÉS MUSCULAIRES FOCALES :
Elles sont en général secondaires à une atteinte localisée d’un tronc
nerveux ou d’une formation nerveuse.
Les myokymies faciales caractérisées par des mouvements
vermiculaires sont en général unilatérales et secondaires à des
lésions du tronc cérébral (tumeurs, démyélinisation pontine de
la sclérose en plaques) ou à des polyradiculoneuropathies
inflammatoires.
L’électromyogramme enregistre des bouffées
indépendantes et régulières d’unités motrices avec des décharges de
25 à 60 Hz durant 0,5 à 3 secondes.
Le syndrome de la fossette hypothénarienne est fait d’une
empreinte spontanée et intermittente, souvent bilatérale, des muscles
du bord cubital de la main, spécialement du muscle petit palmaire.
L’électromyogramme montre des recharges intermittentes de
potentiels battant entre 1,5 et 13 Hz durant pendant 1 à 2 minutes.
Cette activité est abolie par bloc nerveux cubital au poignet.
L’étiologie est inconnue.
Le point de départ se ferait dans la branche
superficielle terminale du nerf cubital au poignet.
Les myokymies postradiques sont fréquentes après irradiation du
plexus brachial.
Le plus souvent, la lésion est une plexopathie non seulement
brachiale mais lombosacrée.
Parfois il s’agit d’une myélopathie ou
d’une polyradiculopathie postradique.
La présence de myokymies
est un élément de différenciation avec les plexopathies brachiales
secondaires à des métastases de cancer du sein.
D’autres formes de neuromyotonie postradiques sont connues.
Ainsi, la neuromyotonie oculaire est caractérisée par une diplopie
spontanée ou succédant à un mouvement oculaire excentré.
Ce
trouble survient souvent, mais pas toujours, après irradiation de la
région de la selle turcique.
Il est en général amélioré par la carbamazépine. Les neuromyotonies postradiques portent
également sur les nerfs crâniens, facial, bulbaires et
même trigéminal moteur.
Les myokymies accompagnant certaines hypertrophies de
dénervation s’observent surtout dans le territoire du nerf sciatique.
Les myokymies multifocales, associées à des hypertrophies
musculaires localisées, seraient transitoirement réduites par la
volonté mais insensibles à la carbamazépine.
Syndrome de Schwartz-Jampel
ou chondrodystrophie myotonique :
Ce syndrome, de sémiologie complexe, réunit des éléments de
classement malaisé.
Il a été individualisé par un pédiatre, Schwartz,
et un ophtalmologiste, Jampel, en 1962 puis par un neurologue,
Aberfeld, en 1965.
La transmission est de type autosomique
récessif avec une fréquente consanguinité parentale.
L’anomalie
génétique porte sur le chromosome 1 (1p34-p36.1).
1- Sémiologie :
Le diagnostic est parfois soupçonné dès la naissance devant un
aspect particulier de la face, une raideur musculaire, des hernies
inguinales ou ombilicales, des malformations coxales, des pieds en
varus équin.
Mais il se fait en général dans la première enfance, les
éléments sémiologiques se schématisent de la façon suivante.
À la face s’associent un rétrécissement de la fente palpébrale dans le
sens vertical et horizontal classé tantôt ptosis, tantôt
blépharophimosis, tantôt blépharospasme dû à une activité continue
de l’orbiculaire, des anomalies oculaires inconstantes : cataracte,
subluxation du cristallin, myopie, strabisme, microcornée, une
implantation basse des oreilles et des cheveux, un front bas et lisse,
des joues rondes et saillantes, une bouche petite avec lèvres pincées,
un menton fuyant creusé et plissé par hyperactivité musculaire, une
petite mâchoire inférieure, un nez parfois épaté, une mimique
pauvre, un air triste, « vieillot ».
Un nanisme chondrodystrophique est le second élément : retard
statural rapidement constitué puis stabilisé, malformations multiples
(microcéphalie, parfois platybasie, voûte ogivale, aplasie laryngée
avec voix nasillarde aiguë ; cou court, thorax en « carène », épaules
en avant, clavicules sinueuses, cyphoscoliose avec platyspondylie,
hernie inguinale ou ombilicale, bassin triangulaire, anomalies
coxales, os longs en « haltère », pieds en varus équin), parfois
souffles cardiaques, hyperthermie maligne, hypogonadisme, déficit
en IgA.
Le syndrome musculaire associe une hypertrophie diffuse, surtout
chez le garçon, avec aspect herculéen, mais parfois une atrophie
distale, une raideur des muscles tendus, fermes, limitant l’ampleur
des mouvements avec marche enraidie penchée en avant, genoux
fléchis, une myotonie parfois spontanée parfois mécanique, un taux
de créatine kinase parfois élevé.
La rigidité musculaire persiste au
repos et durant le sommeil.
L’association d’hyperactivité continue et
de myotonie vraie est très particulière au syndrome de Schwartz-
Jampel et unique.
2- Électromyogramme :
Une activité continue de haute fréquence avec des décharges de bas
voltage est présente au repos et augmente au mouvement volontaire ou à la percussion.
Elle persiste pendant le sommeil et l’anesthésie
générale.
Elle est réduite par les blocs neuromusculaires de façon
inconstante.
Une myotonie vraie est habituellement associée, sous formes
d’averses mais parfois permanente.
Un tracé myogène a été signalé.
3- Physiopathologie :
Elle est mal connue. Une anomalie de canaux ioniques a été
soupçonnée : incapacité de la membrane musculaire à maintenir un
gradient sodium-potassium normal réduisant le potentiel de
membrane de repos.
Des anomalies du canal sodium et surtout une
diminution de la conductance du chlore ont été signalées, ainsi
qu’une augmentation de la concentration intracellulaire du calcium
au repos.
In vitro, la procaïnamide réduit l’hyperexcitabilité sans
doute par blocage de l’ouverture des canaux sodium.
Des anomalies
du réticulum sarcoplasmique sont visibles en ultrastructure.
Crampes et contractures
:
Ces cas répondent à une nomenclature précise.
Le terme de spasme
est abandonné, celui de myalgie ne recouvre aucun état
d’hyperactivité.
Les crampes sont souvent confondues avec les
contractures qui dépendent rarement d’une hyperactivité
nerveuse.
A - CRAMPES MUSCULAIRES :
Le terme de « crampe » correspond à une contraction musculaire
involontaire douloureuse, traduite par une induration visible et
palpable, de début brutal, cédant en quelques secondes ou quelques
minutes, survenant au repos ou lors d’un exercice modéré, laissant
parfois persister un endolorissement durable.
Une décharge
électrique l’accompagne constamment, faite de potentiels de
fasciculations au début puis de potentiels d’unités motrices de haute
fréquence (200 à 300 Hz) s’étendant parfois à l’ensemble du muscle.
Ces crampes vraies, électriquement actives, marquées par une
décharge de haute fréquence, sont l’expression d’une hyperactivité
neuromusculaire dont le point de départ dans le système nerveux
est mal déterminé.
1- Variétés de crampes :
Cliniquement, leur origine apparaît neurogène périphérique, ne
serait-ce qu’en raison de leur fréquence dans les atteintes
dégénératives de la corne antérieure. Elles sont particulièrement
observées au début de la sclérose latérale amyotrophique.
Ces
crampes précoces précèdent souvent l’amyotrophie, parfois de
plusieurs années.
Il faut savoir leur donner toute leur valeur, en
particulier lorsque s’associent des crampes avec quelques
fasciculations aux membres inférieurs et une atrophie de l’extrémité
des membres supérieurs avec fasciculations et hyperréflectivité.
Leur
diffusion est souvent importante.
Elles disparaissent avec la
progression de la maladie lorsque la dénervation est évoluée.
Les
crampes ont également une valeur diagnostique importante dans la
révélation de l’amyotrophie bulbospinale liée à l’X de type Kennedy.
Parmi les affections des nerfs périphériques, les polynévrites sont
souvent à l’origine de crampes.
Mention particulière doit être faite
des neuropathies diabétiques au cours desquelles les crampes
répondent à certains caractères : survenue dans le décubitus, au
début de la nuit, accompagnées souvent d’impatiences des membres
inférieurs, à type de syndrome de jambes sans repos prédominant
sur les mollets.
On en rapproche les crampes des neuropathies
urémiques.
C’est sans doute dans le cadre des crampes électriquement actives
qu’entrent les très fréquentes et très banales crampes essentielles qui
surviennent souvent de façon sporadique chez des sujets
apparemment indemnes de toute affection pathologique et sans
cause précise.
Leur place est mal déterminée.
Leur origine
périphérique ou centrale est soupçonnée en raison de leur
suppression par anesthésie du tronc nerveux.
Toutefois, une
stimulation en aval du bloc fait réapparaître la crampe.
D’autres fois
les crampes sont familiales et répondent à une transmission
autosomique dominante.
On rapproche des crampes essentielles la rare « maladie des
crampes » de Wernicke et Wilder.
Il s’agit d’un véritable état de mal
survenant chez des hommes adultes après un épisode de
surmenage. Les crampes sont localisées aux membres inférieurs et à
la paroi abdominale et évoluent pendant plusieurs mois ou plusieurs
années.
Elles s’accompagnent parfois de signes neuropathiques
frustes : paresthésies, hyporéflexie.
En revanche, la maladie des
muscles « ondulants » (rippling muscle disease), liée à une anomalie
du chromosome 1, ne comporte aucune traduction électrique.
2- Physiopathologie
:
La physiopathologie des crampes est mal comprise.
Une origine
dans le périkaryon est plausible en raison de la fréquence des
crampes au cours de la sclérose latérale amyotrophique, dans la
coexistence de fasciculations, de l’abolition de certaines crampes par
rachianesthésie.
Cependant, un point de départ périphérique est
également possible, dans les rameaux nerveux distaux
intramusculaires car d’autres crampes sont déclenchées par une
stimulation distale à un bloc nerveux périphérique alors qu’elles ne
surviennent pas sur un muscle curarisé.
Le rôle des afférences
amyéliniques est également soupçonné.
La libération périphérique
de substances algogènes, potassium, lactates, stimulerait les fibres
de petit calibre ce qui faciliterait les motoneurones correspondant et
créerait une contraction soutenue.
Celle-ci consomme de l’acide
adénosine triphosphorique (ATP) dont l’épuisement est à l’origine
d’une contracture qui, par un effet de garrot interne, entraînerait
une ischémie, créant une sorte de cercle vicieux.
D’ailleurs, certaines
crampes sont améliorées par stimulation transcutanée, parfois même
subliminaire, des fibres IA nées des récepteurs de Golgi, ce qui
inhiberait la décharge responsable de la crampe.
Ce fait expliquerait
que certaines crampes soient déclenchées lorsque le muscle est en
position raccourcie, les fuseaux étant silencieux, et que d’autres
crampes soient améliorées par étirement ou massage.
Des crampes authentiques surviennent lors de désordres
métaboliques comportant une hypo-osmolarité extracellulaire (coup
de chaleur, déshydratation, vomissements, diarrhée, hyponatrémie,
dialyse rénale, grossesse).
Ces crampes disparaissent après
correction électrolytique.
Cependant, leur point de départ nerveux
ou musculaire n’est pas déterminé.
Les crampes des endocrinopathies, dysthyroïdie, insuffisance surrénale, les crampes
médicamenteuses (bêta-1 et -2 adrénergiques, nifédipine,
ciclosporine, clofibrates) sont de mécanisme complexe.
3- Crampes et fasciculations bénignes :
Ces formes fréquentes, notamment chez des sujets anxieux, associent
des crampes, des fasciculations, des myokymies.
Cependant,
aucune faiblesse musculaire n’est présente ni aucune anomalie
neurologique.
L’électromyogramme ne montre pas de signes de
dénervation et les vitesses de conduction nerveuse sont normales.
L’évolution est parfois assez prolongée mais reste stable, sans
aggravation.
Une forme également bénigne survenant chez des sujets ayant eu
antérieurement une poliomyélite antérieure aiguë a pour intérêt
d’indiquer qu’un dysfonctionnement mineur du motoneurone peut
être l’origine de crampes et de fasciculations sans gravité.
B - CONTRACTURES MUSCULAIRES :
Les crampes sont à séparer formellement des contractures, souvent
confondues avec elles.
La contracture musculaire, terme peu
explicite définissant en principe une crampe dite « silencieuse »,
c’est-à-dire sans traduction électrique, est un raccourcissement
douloureux involontaire du muscle, survenant essentiellement pendant un exercice, liée à un épuisement énergétique entraînant
un défaut de relaxation musculaire, en général dû à un trouble du
métabolisme glycolytique ou mitochondrial.
Ceci explique que le
muscle soit électriquement silencieux sans potentiels d’action.
Cependant, parmi les contractures doivent être individualisées, à
côté des contractures algiques (dont certaines correspondent aux
crampes ou au syndrome de l’« homme raide ») et des contractures analgiques (myostatiques ou myotatiques), les contractures
antalgiques qui ont pour effet de réduire une douleur à point de
départ le plus souvent articulaire, s’accompagnent d’une activité
électrique positionnelle et sont de nature nociceptive, correspondant
à un réflexe en flexion passant par voie spinale polysynaptique.
Les syndromes d’hyperactivité neuromusculaire sont ainsi
hétérogènes, autant dans leur expression sémiologique associant à
des degrés divers douleurs, rigidité, crampes, myokymies,
fasciculations, postures anormales que dans leur évolution, tantôt
bénigne tantôt sévère.
Cependant, un mécanisme dysimmun est
désormais établi dans les variétés les mieux individualisées.