Introduction
:
A - DU SYNDROME DE KARTAGENER
À LA DYSKINÉSIE CILIAIRE
PRIMITIVE
:
En 1976, Afzelius montre qu’une
immobilité ciliaire liée à une absence des
bras de dynéine des cils respiratoires est à
l’origine de la triade clinique associant
bronchectasies, situs inversus et sinusite
chronique, connue de longue date (1933)
dans le cadre du syndrome de Kartagener.
La stérilité observée chez la majorité des
individus de sexe masculin est expliquée par
la similitude entre cils et flagelle du
spermatozoïde.
La mise en évidence d’autres
anomalies ultrastructurales du cil, ou parfois
de la seule motilité ciliaire, et l’observation
de ces anomalies en dehors d’un situs
inversus ont amené à regrouper ces
pathologies relativement homogènes dans
leur expression respiratoire sous le terme de
dyskinésie ciliaire primitive (DCP).
B - SITUS INVERSUS ET DYSKINÉSIE
CILIAIRE PRIMITIVE
:
Seule la moitié des DCP s’accompagne de
situs inversus, total ou partiel.
La
malposition viscérale serait due à une
rotation aléatoire, théoriquement sous
contrôle de cellules monociliées
primitives. Certains des gènes mutés dans
la DCP pourraient aussi avoir un rôle dans
la latéralisation des organes.
Chez
l’homme, le situs inversus serait plus
fréquemment associé à des anomalies des
bras externes de dynéine.
Rappelons enfin
que toutes les hétérotaxies ne s’accompagnent
pas d’une anomalie ciliaire.
C - DYSKINÉSIE CILIAIRE SECONDAIRE
:
Nombre d’agressions virales ou
environnementales altèrent l’efficacité
globale de l’épuration des voies aériennes
et sont parfois responsables
d’anomalies ultrastructurales ciliaires.
Ces
anomalies, polymorphes et variables d’un cil
à l’autre chez le même sujet, concernent le
plus souvent les microtubules ou
l’orientation du cil, plus rarement les bras
de dynéine.
Ces dyskinésies ciliaires
acquises, autoentretenues par la persistance
d’infections bactériennes, notamment à
l’étage rhinosinusien, compliquent parfois la
démarche diagnostique.
Épidémiologie :
L’existence de tableaux frustes, un sousdiagnostic
certain, suspecté au vu d’un
certain nombre de DCP seulement reconnues
à un âge avancé et le manque de registres
nationaux expliquent la fréquence
relativement imprécise de la DCP, estimée à
environ 1 sur 15 000 naissances, double
de celle du syndrome de Kartagener.
Génétique :
La DCP est une pathologie héréditaire, de
transmission autosomique récessive sans
prédisposition de sexe ni de race.
Les
premières mutations identifiées ont été
récemment décrites chez un enfant atteint
de DCP par absence des bras externes de
dynéine ; le gène concerné code pour une
chaîne intermédiaire de dynéine
axonémale.
Des mutations de ce gène
n’ont cependant pas été retrouvées chez
d’autres sujets présentant le même
phénotype ultrastructural, confirmant une
hétérogénéité génétique qui n’est pas
surprenante au vu du grand nombre de
protéines axonémales.
Un diagnostic
anténatal est encore impossible dans l’état
actuel des connaissances.
Des mutations de
gènes codant pour d’autres dynéines
axonémales sont également responsables du situs inversus dans les modèles de souris iv
(inversus viscerum) et lgl (legless).
Ultrastructure
et mobilité ciliaire
:
Il n’y a pas de différence ultrastructurale
entre le cil nasal et le cil bronchique, ni
entre celui de l’enfant et de l’adulte.
A - LOCALISATION
:
Les cellules ciliées sont présentes au niveau
des épithéliums des voies aériennes
supérieures (cavités nasales, sinus et
pharynx) et inférieures (de la trachée aux
bronchioles terminales), de l’oreille moyenne
(trompes d’Eustache), des voies génitales
(canaux déférents, muqueuse de l’endomètre
et des trompes), du canal épendymaire du
cerveau et de la moelle épinière.
Des
structures proches de celles du cil existent
aussi dans le flagelle du spermatozoïde et
dans les cellules sensorielles.
Enfin, il est
banal d’observer dans tous les tissus des cils
rudimentaires au cours du développement
embryonnaire.
La cellule ciliée, cellule hautement
différenciée, est caractérisée par la présence
à sa partie apicale de prolongements
cytoplasmiques : chaque cellule ciliée
comporte environ 200 cils, dont la longueur
(5-7 µm) se réduit vers le poumon profond
(2-3 µm).
B - LE CIL
:
Le cil est une extension cellulaire ultraspécialisée d’un diamètre moyen de
0,3 µm, constituée par un axonème
comportant neuf doublets de microtubules
périphériques disposés en anneau autour
d’une paire centrale (aspect « 9 + 2 »).
Les
deux microtubules centraux sont complets,
non jointifs et entourés d’une gaine, alors
que les doublets périphériques sont
constitués d’un microtubule complet A et
d’un microtubule incomplet B, fusionnés sur
une partie de leur circonférence.
– Les microtubules A et B sont constitués de
dimères de tubuline a et b qui se
polymérisent sous forme de protofilaments
linéaires organisés autour d’une cavité
centrale.
Les doublets périphériques sont
reliés entre eux par des liens de nexine et à
la paire centrale par des ponts radiaires.
Ces
structures d’interconnexion se répètent sur
toute la hauteur des microtubules selon une
périodicité régulière : 32 nm pour les ponts
radiaires, 86 nm pour les liens de nexine.
– Les bras de dynéine, accrochés le long des
microtubules A à intervalles réguliers,
possèdent l’activité adénosine triphosphatasique
(ATPasique) indispensable au
battement ciliaire.
Il existe un seul type de
bras de dynéine externe, composé de deux
têtes globulaires chez l’homme, alors que les
bras de dynéine internes ont une structure
plus complexe.
Les bras de dynéine externes
et internes sont des complexes multiprotéiques
formés d’une vingtaine de
polypeptides, les dynéines axonémales.
Celles-ci se répartissent en trois familles : les
chaînes lourdes (DHC), protéines instables
de hauts poids moléculaires (300 à 450 kDa)
codées par des acides ribonucléiques
messagers (ARNm) d’au moins 14 000 bases
et qui supportent les propriétés ATPasiques ;
les chaînes intermédiaires (DIC), protéines
de 100 à 150 kDa codées par des ARNm d’au
moins 2 000 bases et qui participent à
l’assemblage et à l’ancrage des bras sur le
microtubule A ; les chaînes légères (DLC)
dont la fonction est encore peu connue.
Chez
l’homme, chaque bras de dynéine comporte
deux DHC, au moins deux DIC et au moins
huit DLC.
Les bras de dynéine sont les moteurs
moléculaires du mouvement ciliaire.
L’alternance de fixation puis d’hydrolyse
d’ATP sur la dynéine provoque la formation
puis la rupture de ponts transitoires entre
les bras de dynéine et le microtubule B
adjacent, déplaçant les microtubules.
Dans
les cils, la force tendant à faire glisser les
doublets périphériques les uns par rapport
aux autres est convertie en incurvation de
l’axonème.
Les bras internes seraient
responsables de l’initiation du battement
ciliaire alors que les bras externes en
augmenteraient la vélocité.
– L’axe du doublet central est aligné sur
celui du corpuscule basal, faisant avec lui
un angle inférieur à 15°, l’ensemble étant
sensiblement perpendiculaire à celui du
battement ciliaire.
Cet alignement est
nécessaire à l’efficacité du battement.
L’axe
du doublet central est utilisé pour évaluer
l’orientation des cils issus d’une même
cellule.
– L’extrémité distale du cil est rétrécie et
condensée, correspondant à la terminaison
des microtubules.
La pointe du cil porte sur
la face externe de sa membrane trois à sept
griffes qui permettent au cil d’accrocher le
tapis muqueux.
– L’extrémité proximale du cil émerge du
corpuscule basal, qui dérive de structures
centriolaires.
Il est formé de triplets de
microtubules, les doublets périphériques
étant associés à ce niveau à un microtubule
supplémentaire C.
– La racine du cil est ancrée dans la cellule
par des microfilaments naissant en partie du
corpuscule basal et orientés dans le sens du
flux muqueux.
C- MOUVEMENT CILIAIRE :
Le battement ciliaire propulse le mucus des
voies aériennes inférieures jusqu’aux gros
troncs bronchiques où le réflexe de toux
achève d’expulser les sécrétions.
Les
particularités rhéologiques du mucus,
constitué d’une phase solide et d’une phase
liquide, sont essentielles au fonctionnement
de l’escalator mucociliaire.
Les
glycoprotéines de la phase solide du mucus,
classiquement supposées être localisées à
l’interface avec l’air, semblent en fait plonger
dans la couche profonde du mucus.
Le mouvement du cil se décompose en une
phase active de propulsion, rapide et brève,
et une phase lente de récupération.
La phase
de propulsion se développe dans un plan
perpendiculaire à celui de l’épithélium,
légèrement orienté sur la gauche, tandis que
la phase de récupération s’effectue
latéralement selon un mouvement
antihoraire, les cils étant couchés sur un axe
droit par rapport à l’axe de propulsion
.
L’asymétrie de ce mouvement serait
l’un des facteurs participant à la
latéralisation des organes.
La coordination de plusieurs cellules ciliées
est nécessaire à une propulsion efficace, le
mouvement général prenant l’aspect de
vagues successives ou ondes métachrones,
qui intéressent successivement différentes
zones d’épithélium, activées de proche en
proche par contiguïté.
Ces ondes progressent
de façon hélicoïdale sur la surface
bronchique à raison de 2 à 20 par minute.
D - FRÉQUENCE DU BATTEMENT
CILIAIRE :
La fréquence du battement ciliaire est
étudiée à partir de prélèvements frais de
muqueuse nasale ou bronchique.
Dévascularisation, dénervation et absence
du mucus peuvent modifier la cinétique
physiologique.
In vitro, les valeurs
normales sont habituellement comprises
entre 11 et 16 Hz, parfois plus basses
(7 à 8 Hz) : l’interprétation doit prendre
en compte les conditions de prélèvement,
les techniques de mesure et les normes du
laboratoire. Sexe et âge ont une incidence
légère ou nulle suivant les auteurs.
E - RÉGULATION INTRACELLULAIRE
DU BATTEMENT CILIAIRE
:
Le battement ciliaire est une activité
spontanée dont la fréquence peut être
augmentée dans un certain nombre de
conditions plus ou moins physiologiques :
stimulation neurovégétative (bêtaadrénergique
ou muscarinique), cytokines
(tumor necrosis factor a [TNFa], interleukine
1 b), modifications de la pression
totale ou partielle en O2, adjonction
d’éthanol.
La régulation intracellulaire de
l’activité ciliaire fait intervenir le monoxyde
d’azote, comme le montrent les effets
négatifs des inhibiteurs de la NO synthase
sur ces modifications de fréquence et la
détection de eNO synthase (NOS III) à
proximité de l’activité guanylcyclase soluble
et de la protéine kinase G.
Inversement, il est possible mais non
démontré que le battement ciliaire soit l’un
des facteurs stimulant l’activité de la eNOS,
détectée à la base du cil : la DCP est en
effet l’une des très rares pathologies où
malgré l’inflammation locale, la production
de NO nasal et bronchique est diminuée.
L’hétérogénéité des defects constitutionnels
rend improbable une explication génétique
à l’origine de cette moindre production de
NO dans la DCP.
Présentation clinique
:
Chez l’enfant, les DCP associent
classiquement des infections des voies
aériennes hautes et basses.
Les
manifestations oto-rhino-sinusiennes sont
souvent au premier plan durant les
premières années et l’absence de toute
atteinte des voies aériennes supérieures rend
le diagnostic de DCP improbable.
A - MANIFESTATIONS
OTO-RHINO-SINUSIENNES :
La rhinite chronique, souvent mucopurulente,
est le signe le plus constant chez le
nourrisson, persistante après l’adénoïdectomie
souvent précocement proposée dans
ces tableaux d’infections répétées.
Elle est
associée dès le plus jeune âge à une pansinusite et la persistance d’opacités
radiologiques après le développement des
cavités maxillaires est une constatation
habituelle dans la DCP.
La constatation de
polypes est dépendante de l’âge, retrouvés
chez 15 % d’une série pédiatrique d’enfants
de moins de 15 ans.
L’otite séreuse ou la persistance d’une
otorrhée après la pose de drains transtympaniques sont des signes
évocateurs.
L’hypoacousie de transmission
est très fréquente, à un niveau qui, le plus
souvent, ne retentit pas sur l’apprentissage
du langage (-20 dB).
Lorsque la perte
d’audition est supérieure, la pose d’aérateurs transtympaniques reste discutée du fait du
risque d’otorrhée chronique. Le
cholestéatome est rare.
Dans une série de 108 enfants d’âge moyen
inférieur à 5 ans et explorés pour des
infections respiratoires récidivantes
survenant à fréquence mensuelle durant un
semestre au moins, une anomalie
constitutionnelle du cil a été découverte six
fois : la collaboration avec le spécialiste
oto-rhino-laryngologiste (ORL) dans la
démarche diagnostique et la prise en charge
otologique est essentielle dans la DCP.
B - MANIFESTATIONS RESPIRATOIRES :
1- Chez le nouveau-né :
Les signes néonataux sont fréquents, mais
peu spécifiques. Rétrospectivement, ils
sont retrouvés dans 30 % à plus de 90 % des
cas : détresse respiratoire transitoire sans
explication obstétricale, atélectasie,
polypnée précoce, toux néonatale.
La
présence d’un situs inversus ou
d’antécédents familiaux et, dans une
moindre mesure, d’une rhinite précoce
facilitent l’évocation du diagnostic.
Cependant, les explorations spécifiques à cet
âge sont de réalisation difficile et l’évolution
transitoirement favorable deces
manifestations néonatales retarde l’étape
diagnostique.
2- Chez le nourrisson :
La symptomatologie est peu spécifique,
dominée par l’expression d’une bronchopathie sécrétante et plus ou moins
sifflante surtout sensible à l’antibiothérapie.
La collaboration avec le kinésithérapeute
permet parfois de suspecter l’aspect
purulent des sécrétions en provenance de
l’arbre pulmonaire.
Il est rare que soient
retrouvés à ce stade des arguments pour une
suppuration chronique (hippocratisme,
retard de croissance).
3- Chez l’enfant et le grand enfant
:
Le tableau est celui d’une bronchopathie
chronique d’abord modérément obstructive.
Une présentation habituelle est celle d’un
asthme atypique, caractérisé par la mauvaise
réponse aux thérapeutiques inhalées et
surtout l’existence d’une bronchorrhée.
L’expectoration spontanée purulente
(crachat) est inhabituelle chez l’enfant et sa
constatation doit conduire à la discussion
d’une DCP.
Le risque évolutif est
l’apparition de bronchectasies diffuses et une
dégradation du capital pulmonaire.
Cependant, l’évolution naturelle est variable
d’un enfant à l’autre, d’abord dépendante
de la qualité de la prise en charge.
Elle serait
sans rapport avec le type d’anomalie ultrastructurale pour certains, mais il est
à remarquer que les DCP rapportées à une
désorientation ciliaire concernent le plus
souvent des populations adultes, peut-être
plus tardivement symptomatiques dans ce
cas.
Un cas d’hémoptysie a été rapporté,
sans doute consécutive aux lésions
bronchiques.
C - SIGNES EXTRARESPIRATOIRES LIÉS
À L’ANOMALIE CILIAIRE :
HYPOFERTILITÉ
Bien que la plupart des individus masculins
atteints de DCP présentent une stérilité par
immobilité des spermatozoïdes, la
discordance qui peut exister chez le même
individu entre l’ultrastructure ciliaire et
flagellaire laisse penser que les gènes
contrôlant la structure des axonèmes du cil
et du flagelle sont au moins en partie
différents.
Cette hypofertilité est accessible
aux techniques de procréation assistée par
micro-injection : ce point peut être abordé
avec optimisme avec l’adolescent et la
famille.
Le retentissement des anomalies
ciliaires sur la fertilité des sujets de sexe
féminin reste controversé.
D - PATHOLOGIES
EXTRARESPIRATOIRES ASSOCIÉES :
Un certain nombre de malformations
cardiaques plus ou moins liées à une
malrotation viscérale ont été décrites
(transposition corrigée des gros vaisseaux)
. Une échographie à la recherche de
malformations complexes est légitime
devant un syndrome de Kartagener.
Il est difficile d’affirmer que l’incidence des
nombreuses malformations rapportées dans
les observations de DCP est supérieure à
celle observée dans la population générale :
atrésie des voies bilaires et polysplénie,
atrésie de l’oesophage, comitialité,
hydrocéphalie : sauf point d’appel
clinique, aucun bilan extrarespiratoire n’est
proposé systématiquement chez l’enfant.
Démarche diagnostique
:
Suivant le degré de suspicion, naturellement
élevé en cas d’antécédents familiaux dans la
fratrie ou de situs inversus, la démarche
diagnostique ira plus ou moins rapidement
aux explorations spécifiques.
A - ENCOMBREMENT CHRONIQUE SANS
ORIENTATION ÉTIOLOGIQUE
INITIALE :
Les arguments pour proposer une
exploration ciliaire sont l’association des
éléments suivants.
1- Dilatation des bronches (DDB)
d’évolution progressive
:
La présentation initiale est celle de
bronchites grasses, parfois sifflantes, surtout
sensibles à l’antibiothérapie, compliquant
chaque infection rhinopharyngée et
s’accompagnant fréquemment de foyers non
rétractiles. Les signes auscultatoires
comportent d’abord des râles bronchiques et sous-crépitants plus ou moins localisés, puis
s’enrichissent en ronchus et crépitants
persistant après l’antibiothérapie lorsque les
lésions sont installées.
Les DDB plurifocales apparaissent
secondairement et caractérisent les formes
tardivement identifiées ou insuffisamment
prises en charge.
L’atteinte du lobe moyen
serait peut-être plus fréquemment retrouvée
dans la DCP que dans les autres étiologies
de DDB.
La réalisation d’une endoscopie
bronchique permet théoriquement de
réaliser les biopsies à visée diagnostique,
mais l a complexité des analyses ultrastructurales ne permet pas toujours un
examen ciliaire lors du bilan initial.
L’aspect
endoscopique est celui d’une inflammation
diffuse non spécifique avec épaississement
de la muqueuse et sécrétions purulentes en
période infectée.
2- Pathologie oto-rhino-sinusienne
ayant débuté précocement dans
l’enfance
:
Rhinite perannuelle, otite séreuse rebelle,
sinusite chronique avec opacité bilatérale des
sinus maxillaires.
3- Négativité des explorations
habituelles :
Mucoviscidose, déficit immunitaire, séquelle
de virose, déficit en alpha-1-antitrypsine,
reflux gastro-oesophagien sévère.
B - EXPLORATIONS SPÉCIFIQUES :
1- Étude de la clairance mucociliaire
nasale
:
Elle étudie à l’étage ORL les compétences de
l’escalator mucociliaire.
L’examen consiste à
déposer une particule de saccharine de 1 à
2 mm sur le cornet inférieur et à noter le
délai d’apparition d’une sensation sucrée :
supérieur à 1 heure, il affirme un trouble
global de la clairance mucociliaire nasale qui
conduit aux explorations ciliaires
proprement dites.
Cet examen de dépistage
non spécifique mais très sensible demande
une bonne coopération du sujet
(immobilisation prolongée, absence de
reniflement) et n’est pas de réalisation
courante chez l’enfant.
Indépendante de
l’âge, une méthode isotopique (albumine
marquée au 99mTc) a été proposée mais
reste peu utilisée en pratique courante.
Elle
serait cependant applicable chez le
nouveau-né.
2- Étude du battement ciliaire :
L’étude du battement ciliaire est effectuée
sur des fragments de muqueuse nasale ou
bronchique étudiés à l’état frais, au mieux
dans les 2 heures suivant le geste : une
étroite coopération entre anatomopathologiste
et clinicien est indispensable.
Le prélèvement doit être effectué en dehors
de toute période d’infection, qui peut être
responsable d’une diminution de la
fréquence du battement ciliaire, voire d’une
disparition des cellules ciliées.
Certains
auteurs proposent d’étudier la fonction
ciliaire après ciliogenèse afin de limiter le
risque de perturbations seulement liées à
une inflammation locale.
L’activité ciliaire
peut être évaluée par différentes méthodes :
stroboscopie électronique, microcinématographie
ou photo-oscillométrie.
Outre la
fréquence du battement ciliaire, l’examen
apprécie la richesse en cellules ciliées
battantes et le synchronisme du battement
(visualisation de l’onde métachrone).
En
dehors d’un tableau clinique évocateur, la
constatation d’un battement normal
dispense le plus souvent des explorations ultrastructurales.
Cependant, il existe des cas
de désorientation ciliaire isolée avec
fréquence de battement normale ou des
anomalies ultrastructurales ne concernant
pas la totalité des cils, justifiant de
poursuivre les investigations ciliaires face à
une forte suspicion clinique sans autre
étiologie retrouvée.
3- Microscopie électronique
:
L’ultrastructure ciliaire est analysée selon les
techniques classiques de microscopie
électronique, sur des fragments tissulaires
contenant de nombreuses cellules ciliées
orientées dans le même plan.
L’analyse
quantitative de l’ultrastructure ciliaire porte
sur au moins 50 coupes transversales
d’axonèmes bien positionnés, provenant de
plusieurs cellules ciliées.
L’implantation des
corpuscules basaux, l’orientation des cils les
uns par rapport aux autres, l’extrémité apicale et la longueur des cils sont
également étudiées.
Les résultats sont
exprimés de manière quantitative ( % de cils
anormaux/nombre de cils étudiés) et
qualitative (type de l’anomalie dominante :
unique ou polymorphe).
Chez le sujet sain,
jusqu’à 5 % des cils peuvent être anormaux,
comportant essentiellement des
microtubules surnuméraires ; les
anomalies des bras de dynéine et des liens
sont en revanche rares en l’absence de
pathologie respiratoire.
Les viroses peuvent
être responsables d’anomalies ultrastructurales
transitoires : aplasie ou longueur
anormale du cil, désorientation,
anomalie des microtubules ou du corpuscule
basal.
Les anomalies ciliaires des DCP sont
homogènes, touchant la majorité des cils
(sauf pour les anomalies du complexe
central qui ne concernent jamais plus de
50 % des cils).
Chez de rares patients atteints
de syndrome de Kartagener, aucune
anomalie ciliaire ou flagellaire n’est
détectable.
Dans le cadre des DCP, un grand
nombre d’anomalies ciliaires ont été décrites,
laissant penser que plusieurs gènes peuvent
être impliqués.
La mutation d’un gène
impliqué dans la synthèse des protéines axonémales est susceptible d’induire une
anomalie pouvant retentir sur la structure
ou la fonction ciliaire.
L’anomalie ultrastructurale la première décrite et la plus
fréquente est l’absence de bras de dynéine,
mais une vingtaine d’autres anomalies
axonémales ont été depuis recensées.
C - EXPLORATIONS NON INVASIVES :
MESURE DU MONOXYDE D’AZOTE
Le NO est un gaz normalement produit dans
les voies aériennes par de nombreux types
cellulaires, au niveau alvéolaire, bronchique
et rhinosinusien.
La production de NO est
augmentée dans un certain nombre de
processus inflammatoires, dont l’asthme
chez l’enfant.
La DCP est l’une des très
rares conditions où le NO nasal et
bronchique est en revanche considérablement
diminué pour des raisons mal
élucidées, mais qui sont possiblement liées
au défaut d’activité ciliaire.
La mesure du
NO nasal et bronchique pourrait être un
moyen non invasif participant à la démarche
diagnostique dans la DCP de l’enfant.
Suivi de l’enfant atteint
de dyskinésies ciliaires
primitives :
A - SUIVI MULTIDISCIPLINAIRE :
Le suivi d’un enfant atteint de DCP est
effectué conjointement par le médecin de
famille, le spécialiste ORL, le fonctionnaliste
respiratoire et le pneumologue pédiatre. Le
risque auditif nécessite en particulier une
prise en charge orientée dès le plus jeune
âge.
La fréquence du suivi pneumologique
est adaptée à l’état de l’enfant et à la compliance familiale : il surveille la
croissance, la fréquence des phases
d’exacerbation et s’assure de la bonne
compréhension et surtout de la régularité
des traitements, dont il faut réexpliquer
l’intérêt.
Des programmes d’éducation sur
support vidéo ont été réalisés dans les pays
anglo-saxons.
B - EXAMENS :
1- Imagerie
:
Plus sensible que le cliché thoracique
standard, la tomodensitométrie permet de
dépister l’éventuelle progression des lésions,
et particulièrement le développement de
bronchectasies bilatérales.
Une analyse
transversale à différentes étapes de la
maladie détaille l’évolution des lésions
radiologiques jusqu’à l’âge adulte :
épaississement des parois bronchiques
rapidement associé à une distension,
troubles de ventilation segmentaires,
dilatations bronchiques.
Lorsqu’une DDB
localisée est suspectée, le bilan est complété
d’une endoscopie trachéobronchique, pour
certaines équipes d’une scintigraphie de
ventilation-perfusion, afin de vérifier le
caractère localisé des lésions, préalable à la
discussion d’un éventuel geste chirurgical.
2- Épreuves fonctionnelles
respiratoires
:
L’étude des fonctions respiratoires retrouve
un syndrome obstructif d’évolution
progressive : l’âge tardif de diagnostic est
corrélé à l’altération fonctionnelle, tandis
que le suivi prolongé des fonctions
respiratoires chez des enfants bénéficiant
d’un traitement médical et kinésithérapique
adapté montre une stabilité satisfaisante sur
5 à 15 ans de recul.
L’importance de
l’obstruction (volume expiratoire maximal
seconde [VEMS] 63 % chez Hellinckx, 72 %
chez Ellerman) et la stabilité des
perturbations dans ces groupes d’enfants
suivis longitudinalement laissent supposer
une dégradation précoce lorsque les lésions
ne sont pas reconnues et invitent à une
démarche diagnostique active dès le plus
jeune âge.
Atélectasies fixées et lobectomie
expliquent la réduction sensible de la
capacité vitale dans ces populations, tandis
que la diffusion reste normale.
La
réactivité bronchique n’est pas régulièrement
étudiée, mais une certaine réversibilité
sous bronchodilatateurs, comprise entre 5
et 13 %, est en faveur d’un bronchospasme
sous-tendu par l’inflammation des
voies aériennes.
Les perturbations
gazométriques sont tardives et ne
concernent pas les populations pédiatriques.
3- Bactériologie
:
L’examen cytobactériologique des crachats
(ECBC) quantitatif chez ces enfants
sécrétants et entraînés à l’expectoration
reflète la flore bronchique.
Les surinfections
à pneumocoque, Haemophilus, staphylocoque
sont les plus fréquentes.
L’ECBC permet
d’adapter l’antibiothérapie lorsqu’un germe
résistant est isolé : la présence de
Pseudomonas, moins délétère dans la DCP
que dans la mucoviscidose, pose cependant
chez certains patients les mêmes problèmes
d’infection chronique sans réelle possibilité
d’éradication.
Lorsque le traitement au long
cours repose sur une antibiothérapie
intermittente, l’ECBC prend une place
décisive dans l’indication d’une cure
antibiotique.
Thérapeutiques :
Elles reposent essentiellement sur
l’antibiothérapie et la kinésithérapie de
drainage bronchique.
A - KINÉSITHÉRAPIE RESPIRATOIRE :
Le drainage bronchique est un temps
fondamental de la prise en charge chez
l’enfant atteint de DCP : effectuée par un
kinésithérapeute entraîné aux techniques de
drainage bronchique par accélération du
flux, nécessitant la participation active de la
famille puis de l’enfant, elle permet de
drainer l’arbre aérien et d’acquérir un réflexe
de toux efficace qui pallie le défaut
d’épuration mucociliaire.
Plusieurs
techniques sont applicables, les équipes
anglo-saxonnes donnant la préférence aux
manoeuvres d’expectoration active aidées
par l’application d’une pression positive
intermittente.
Les séances doivent être
biquotidiennes et prolongées (30 min)
lorsque l’antibiothérapie est intermittente.
Elles sont adaptées aux phases d’exacerbation
dans les schémas proposant une
antibiothérapie alternée, mais jamais
inférieures à trois séances hebdomadaires.
L’activité sportive est recommandée dans le
double but de favoriser le drainage
bronchique et de conserver une adaptation à l’effort profitable à l’épanouissement de
l’enfant.
De plus, la bronchodilatation posteffort
a été montrée comme supérieure à
celle induite par les bêta-2 chez l’enfant
atteint de DCP.
B - ANTIBIOTHÉRAPIE :
Suivant les équipes, une antibiothérapie
séquentielle ou à la demande est proposée.
Dans ce dernier cas, un suivi bactériologique
mensuel par ECBC permet de choisir le
moment d’une cure prolongée sur 15 jours,
proposée par certaines équipes lorsqu’un
germe est retrouvé à deux reprises, même
en l’absence de signe clinique : cette
stratégie qui nécessite une surveillance
stricte permet chez le grand enfant et le
jeune adulte de conserver des fonctions
respiratoires stables.
L’antibiothérapie alternée autorise une
surveillance bactériologique plus souple.
Ce
schéma semble préférable chez l’enfant de
moins de 5 ans, plus exposé aux infections
virales et à un risque de surinfection
bactérienne : le pronostic fonctionnel à long
terme dépend sans doute de cette prise en
charge précoce.
Il est souvent possible, et
peut-être même utile, afin de favoriser
l’observance à long terme, de suspendre les
cures durant les périodes estivales.
Aucun
travail n’étudie la meilleure stratégie
antibiotique et l’habitude va souvent à des
cures alternées de 10 jours en proposant des
molécules réputées efficaces contre les germes
de surinfection bronchique courants : amoxicilline-acide clavulanique,
céphalosporine, sulfamide-triméthoprime.
Lorsque Pseudomonas aeruginosa (pyocyanique)
est retrouvé, une cure intraveineuse
et parfois des nébulisations antibiotiques
(colimycine, tobramycine) sont indiquées.
C - PRISE EN CHARGE ORL :
Sous la responsabilité du spécialiste ORL
pédiatrique, sont discutées la place de
l’adénoïdectomie, l’amygdalectomie, la pose
de drains transtympaniques, la chirurgie
sinusienne, l’appareillage auditif.
D - MESURES ENVIRONNEMENTALES
ET VACCINATIONS :
L’éviction du tabagisme passif contribue à
réduire le risque d’inflammation non
spécifique, limite l’aggravation des lésions
ciliaires et l’hypersécrétion muqueuse.
Outre
le calendrier vaccinal habituel, incluant la
rougeole, une vaccination antigrippale doit
être proposée annuellement chez l’enfant
atteint de DCP.
L’intérêt de la vaccination antipneumococcique dans cette population
non exposée à un risque de pneumococcie
invasive n’est pas évalué.
E - THÉRAPEUTIQUES INHALÉES :
L’importance des phénomènes inflammatoires,
la présentation clinique souvent
sifflante de la DCP chez l’enfant, la
réversibilité significative observée sous
bronchodilatateurs dans certaines études
justifient l’essai des thérapeutiques inhalées.
Le bénéfice des glucocorticoïdes inhalés au
long cours dans la DCP n’est pas évalué,
mais la lutte contre une inflammation
chronique susceptible d’aggraver
l’hyperréactivité bronchique est légitime.
Le
suivi fonctionnel permet d’évaluer l’efficacité
objective des bronchodilatateurs
adrénergiques et anticholinergiques, actifs
sur les gros troncs bronchiques.
Signalons
que l’administration de bêta-2 stimulants
n’induit ni tachyphylaxie, ni exacerbation de
l’hyperréactivité bronchique chez les
patients atteints de DCP.
F - AUTRES THÉRAPEUTIQUES :
Sous forme orale, les mucolytiques et
expectorants n’ont pas leur place dans la
prise en charge au long cours.
Des
nébulisations d’ADNase ont amélioré au
plan clinique et fonctionnel un enfant
bronchorrhéique et leur place est discutée
dans la DCP.
Plus récemment, il a été
montré par scintigraphie une amélioration
de la clairance pulmonaire durant la toux
après nébulisation d’uridine triphosphate
(UTP) ; le mode d’action pourrait reposer
sur l’activation de la protéine transmembranaire
CFTR, modifiant les propriétés
rhéologiques du mucus et favorisant
l’efficacité du réflexe tussigène.
Chirurgie :
La place de la chirurgie dans la DCP se
limite aux résections de lobes détruits et
source de suppuration chronique,
permettant de soulager le patient d’une
bronchorrhée invalidante.
Dans cette
pathologie diffuse, la décision doit être
soigneusement évaluée par une équipe
médicochirurgicale pédiatrique entraînée.
Les indications de transplantation
pulmonaire ou cardiopulmonaire sont
exceptionnelles, concernent des patients
adultes le plus souvent atteints également
de cardiopathies associées.
Une
transplantation d’un lobe a été effectuée avec
succès chez une jeune adulte.
Conclusion et perspectives :
Malgré un trouble majeur du fonctionnement
de l’escalator mucociliaire, la DCP est
accessible à un traitement médical : celui-ci est
astreignant, mais permet de conserver un
capital pulmonaire et une qualité de vie
satisfaisants.
La précocité du diagnostic est
l’un des facteurs réduisant la morbidité de la
maladie et repose d’abord sur la reconnaissance
de signes d’appel initialement peu spécifiques,
pourtant fréquemment présents dès la période
néonatale.
La mesure du monoxyde d’azote
dans l’air expiré pourrait aider au dépistage de
la DCP dont le diagnostic repose sur
l’affirmation des anomalies de la structure et de
la fonction ciliaire.
Les progrès attendus sont
génétiques, avec l’identification des gènes
contrôlant la synthèse des protéines axonémales et ouvrant peut-être la voie aux
thérapies géniques.
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