Introduction
:
L’examen cytologique des prélèvements endobronchiques présente
aujourd’hui un regain d’intérêt consécutif à l’augmentation de
fréquence des cancers bronchopulmonaires mais également des
pathologies inflammatoires microbiennes et virales, allergiques ou
environnementales, des pneumopathies opportunistes chez les
patients immunodéprimés, des pneumopathies iatrogènes chez les
patients soumis à un traitement physique ou chimique
anticancéreux.
Il faut y ajouter une demande accrue de la part des
patients et des médecins pour des examens peu invasifs et à réponse
rapide.
Ainsi, dans de multiples indications, ce type d’examen, isolé
ou associé à la biopsie bronchique, de réalisation simple et rapide,
constitue un appoint appréciable dans l’établissement du bilan
diagnostique.
Complémentaire de la biopsie et souvent effectué au
cours de la même endoscopie, il prend tout son intérêt lorsque la
lésion endobronchique n’est pas accessible à la biopsie ou que
celle-ci est contre-indiquée, par exemple en raison d’un état
d’hypocoagulabilité.
Il offre en outre aujourd’hui la possibilité de
mise en oeuvre de techniques d’immunomarquage.
Nous étudierons
les différents types de prélèvements endobronchiques destinés à un
examen cytologique : expectorations, aspirations et lavages
bronchiques, brossages bronchiques in situ.
Les lavages alvéolaires
et les ponctions transpariétales ne seront pas traités.
Si la procédure n’a pas fondamentalement changé depuis la mise en
place de la méthode, une modification d’importance est survenue
au cours des 10 dernières années dans la gestion de l’examen,
comparable à celle qui a pu être observée à la même époque dans
les autres domaines de la cytologie : c’est la nécessité impérative de
contrôler la qualité de l’analyse, à tous les stades de sa réalisation.
Ce contrôle de qualité doit être mis en oeuvre non seulement dans le
cadre de l’analyse au laboratoire, mais aussi lors des deux phases
trop souvent négligées jusqu’ici que sont le prélèvement sur le
patient et les conditions de son acheminement jusqu’au laboratoire d’une part, le retour du compte rendu du pathologiste vers le
clinicien et l’assurance de sa cohérence par rapport au contexte
clinique et aux autres investigations d’autre part.
Cette circulation
de l’information clinicien-pathologiste-clinicien, ou si l’on préfère
« phases préanalytique, analytique et postanalytique », trouve donc
sa place dans le cadre de l’ancien chapitre de techniques dont il
élargit singulièrement la portée.
Phase préanalytique :
La méthode habituelle est le recueil in situ effectué par brossage de
la lésion ou par aspiration.
Rappelons que, du fait de l’exiguïté du
matériel endoscopique utilisé, un brossage peut atteindre une
division bronchique plus périphérique qu’une biopsie.
À titre
accessoire, un petit lavage de la zone atteinte peut être proposé.
Les
produits d’expectoration ne sont plus utilisés que dans des
circonstances rares ou à titre de complément d’investigation.
A - PRÉPARATION DU MATÉRIEL :
1- Matériel de recueil du prélèvement par brossage
:
Le brossage bronchique est effectué sous contrôle de la vue au cours
de la fibroscopie.
En raison de la nécessité d’une fixation immédiate, le clinicien doit avoir préparé, avant d’entreprendre la fibroscopie,
l’ensemble du matériel nécessaire au recueil et à la fixation du
prélèvement, c’est-à-dire :
– plusieurs lames de verre sur lesquelles il a mentionné, à une
extrémité, au crayon papier ou au crayon diamant, le nom ou le
numéro d’identification du patient (éviter le crayon feutre qui
s’efface ensuite lors de la fixation) ;
– le produit fixateur, généralement disponible sous forme de spray
(laque fixante à base d’alcool éthylique) ;
– la prescription précisant les renseignements cliniques.
2- Matériel de recueil en milieu liquide :
Le liquide dit « milieu de survie » est constitué d’albumine bovine à
22 %, diluée au quart dans du sérum physiologique.
Ce milieu peut
être préparé à l’avance (maximum 2 ou 3 jours) et conservé au froid
à + 4 °C ou demandé au laboratoire au moment de l’emploi.
B - RECUEIL :
1- Produit de brossage
:
Le prélèvement est effectué à travers un fibroscope selon les
modalités habituelles d’utilisation, de stérilisation et de
décontamination.
Le brossage est réalisé par mouvements de va-etvient
et de rotation de la brosse au contact de la lésion si celle-ci a
été visualisée, de l’aire radiologiquement suspecte dans les autres
cas.
La brosse est ensuite rétractée dans sa gaine et l’ensemble retiré
du fibroscope.
Les précautions classiques d’hygiène et de sécurité
doivent être prises comme pour tout produit frais potentiellement
contaminant.
L’étalement consiste en la récupération des éléments cellulaires et
doit être très minutieux.
Le préleveur doit étaler les sécrétions
recueillies par la brosse sur au moins deux ou trois lames afin de
permettre ensuite la réalisation de plusieurs colorations au
laboratoire.
L’étalement commence à l’extrémité opposée à celle
portant les indications d’identité du patient et se poursuit sur la
surface la plus étendue possible de la lame.
Les étalements doivent
être faits d’un seul mouvement, selon la longueur de la lame, jamais
en tournant ; ils doivent être aussi homogènes que possible, pas trop
appuyés (les cellules bronchiques, comme toutes les cellules
cylindriques, sont fragiles et s’écrasent facilement).
La fixation doit être aussi rapide que possible (< 30 secondes).
Elle
doit être polyvalente, de façon à permettre ensuite au laboratoire la
réalisation des différentes colorations qui seront déterminées par le
pathologiste en fonction du contexte clinique.
Pour la recherche de cellules anormales, à titre systématique, il faut
effectuer au moins :
– une lame fixée avec la laque (pour coloration de Papanicolaou) ;
– une lame fixée à l’air (pour coloration de May-Grünwald-Giemsa
[MGG]).
Pour la recherche de parasitose, éventualité fréquente chez les
patients immunodéprimés, une lame séchée à l’air supplémentaire
est nécessaire (coloration par le PAS [acide périodique Schiff]), le
mucicarmin ou la coloration de Gomori Grocott selon les cas).
Pour les immunomarquages, une dizaine d’étalements sont
nécessaires ; ils doivent être, aussi rapidement que possible, congelés
(conservation à - 20 °C).
2- Produit de brossage en milieu liquide
:
Lorsque le clinicien ne souhaite pas effectuer lui-même les
étalements, et seulement à condition que le transport du
prélèvement au laboratoire puisse être rapide (< 30 minutes), il est
possible de recueillir les sécrétions par agitation de la brosse dès son
retrait dans la solution dite « milieu de survie » citée plus haut.
Ce
milieu n’est pas un fixateur, mais seulement un conservateur
temporaire (la fixation n’a lieu qu’après concentration, au
laboratoire).
C’est pourquoi, dans ces conditions, le transport au
laboratoire doit être organisé et rapide (délai inférieur à 2 heures).
Remarque : le nombre des colorations est limité par le nombre
d’étalements.
Il est impératif que le nombre d’étalements fournis par
le pneumologue soit suffisant pour permettre l’exploitation optimale
de l’échantillon.
Tout récemment, une autre méthode de recueil en milieu liquide a
été proposée : la méthode dite en « couches minces » (ThinPrept).
La méthode, validée pour les frottis cervicovaginaux, est en cours
d’évaluation pour les frottis non gynécologiques.
Elle n’est donc pas
encore appliquée en routine.
3- Produits d’aspiration
:
Ils sont recueillis puis dilués dans du sérum physiologique.
Ils sont
ensuite gérés comme les brossages en milieu liquide, c’est-à-dire,
n’étant pas fixés, transmis aussi rapidement que possible au
laboratoire.
Ils sont fiables et permettent de recueillir des cellules
provenant de lésions trop distales pour être accessibles au fibroscope
et au brossage in situ.
4- Produit de lavage
:
Le lavage in situ est une alternative au brossage.
Il consiste à
« laver » le territoire à explorer avec une petite quantité de sérum
physiologique que l’on récupère aussitôt après, par aspiration.
Pour
certains auteurs, il permettrait de disposer assez facilement, après
inclusion en paraffine du culot de centrifugation, de coupes
histologiques dont la fiabilité dans la détection des cancers serait
supérieure de 6,5 % à celle des étalements.
5- Expectorations :
Il a été montré depuis longtemps que ce mode de recueil est très
peu performant.
Il n’est plus, à l’heure actuelle, appliqué que dans
certaines conditions particulières : expectoration très abondante
(cancers bronchioloalvéolaires), impossibilité matérielle ou clinique
d’effectuer une fibroscopie.
Dans ce type de recueil, la rentabilité de l’examen de frottis par
étalements est très faible.
Si cette méthode est choisie, les crachats
doivent être recueillis dans des conditions rigoureuses (crachats
profonds), parfois après induction, fixés immédiatement (le
patient crache dans le flacon renfermant le fixateur) et ensuite, au
laboratoire, inclus en paraffine comme des biopsies.
C - ACHEMINEMENT AU LABORATOIRE DE PATHOLOGIE :
Pour les échantillons non fixés, l’acheminement doit être organisé à
l’avance.
Le délai de transport ne doit pas excéder 30 minutes.
Le
transport par courrier ne permet donc pas de gérer ces prélèvements
dans de bonnes conditions.
Il vaut mieux, si c’est nécessaire, préférer
les techniques permettant au clinicien préleveur d’assurer lui-même
la fixation.
Les échantillons fixés peuvent être transmis par courrier sans aucun
inconvénient.
Phase analytique au laboratoire :
Les gestes à accomplir à l’arrivée du prélèvement au laboratoire
constituent une étape importante.
À tous les stades, les précautions
habituelles d’hygiène et de sécurité doivent être prises, comme pour
tout prélèvement frais potentiellement contaminant.
A - ENREGISTREMENT :
Qu’il soit manuel ou informatisé, c’est à ce stade que doivent être
effectuées les opérations suivantes :
– saisie avec contrôle de la cohérence entre l’identité mentionnée
sur le prélèvement et celle de la prescription (nom, notion de côté et
de niveau...) ;
– vérification de la présence de renseignements cliniques
(indispensables pour l’appréciation du degré d’urgence et le choix
des techniques) ;
– recherche d’antériorité dans les archives du laboratoire ;
– établissement de la feuille de paillasse, document interne au
laboratoire, qui accompagne le prélèvement dans son cheminement
vers le secteur technique et qui précise les techniques à mettre en
oeuvre.
B - CONCENTRATION ET FIXATION :
Tout prélèvement non fixé doit être pris en charge dès son arrivée
au laboratoire.
Les prélèvements fixés peuvent attendre, afin d’être
insérés dans le travail de routine.
Les prélèvements non fixés, communiqués en milieu liquide, sont
l’objet d’une centrifugation ou cytocentrifugation à 600 tours/mn
pendant 10 minutes, puis d’une fixation immédiate : une lame à l’air
(pour la coloration de MGG), une lame au spray (pour la coloration
de Papanicolaou), une ou deux lames de réserve, de préférence à
l’air.
Lorsque l’échantillon est centrifugé, il est intéressant d’inclure en
paraffine une partie du culot, après fixation au Bouin, afin de
permettre la réalisation de coupes histologiques qui, le cas échéant,
se prêteront mieux que les étalements aux immunomarquages.
Les prélèvements fixés passent directement vers le poste de
colorations du laboratoire.
– Crachats : certains auteurs défendent encore la fiabilité des
produits d’expectoration homogénéisés versus la méthode pick and
smear (tri des particules cohérentes dans le mucus) dans le dépistage
des cancers ou pour étayer le diagnostic d’asthme.
D’autres
ont proposé d’homogénéiser des expectorations induites pour
effectuer des colorations histochimiques ou des immunomarquages.
– Si des immunomarquages sont envisagés, prévoir le nombre de
lames nécessaires (au moins deux par réaction) et les conserver au
congélateur à - 20 °C, enveloppées individuellement dans du papier
d’aluminium.
C - COLORATIONS :
– Colorations de routine : il est nécessaire d’effectuer
systématiquement une coloration de Papanicolaou et une coloration
de MGG.
La première est plus adaptée à la mise en évidence de
cellules carcinomateuses épithéliales, la seconde à celle des
phagocytes mononucléés (macrophages) et des cellules lymphoïdes.
– Elles sont complétées, à la demande, par diverses colorations cytochimiques :
– coloration de PAS pour la mise en évidence de mucosubstances,
de glycogène, d’éléments mycéliens ;
– coloration par le bleu Alcian pour la recherche de
mucosubstances ;
– coloration de Perls pour la mise en évidence de dépôts
ferriques ;
– coloration de Gomori Grocott pour la recherche de parasites et
notamment de kystes de Pneumocystis.
D - IMMUNOMARQUAGES :
Ils se font sur les frottis conservés au congélateur à - 20 °C, fixés à
l’acétone au moment du marquage.
Un panel d’anticorps est généralement nécessaire.
Les techniques
sont délicates, nécessitant une mise au point préalable avec des
lames de diagnostic connu : des lames témoins sont indispensables.
Les indications les plus habituelles concernent l’identification des
tumeurs malignes indifférenciées.
Toutefois, les immunomarquages
en cytologie bronchique sont loin d’avoir la même importance que
pour les lavages alvéolaires.
Certains auteurs effectuent des marquages sur des crachats
homogénéisés et mucolysés (marqueurs de la carcinogenèse).
Ces
méthodes ne sont pas utilisées en pratique courante.
Les résultats sont plus fiables sur les coupes effectuées à partir du
culot de centrifugation d’un brossage communiqué en milieu liquide
que sur les étalements cytologiques.
Ces techniques peuvent être effectuées rétrospectivement, au fur et
à mesure de l’apparition sur le marché de nouveaux anticorps, à
condition de disposer du nombre de lames nécessaire.
Les immunomarquages sur frottis sont beaucoup moins fiables que
sur les biopsies.
Il est raisonnable d’y renoncer lorsque des biopsies,
effectuées en même temps que le brossage, sont disponibles.
E - DIAGNOSTIC :
1- Histologie normale
:
L’épithélium respiratoire bronchique est un épithélium monostratifié
(toutes les cellules qui le composent sont en contact avec la lame
basale).
Cet épithélium comporte trois types cellulaires : les cellules
ciliées, les cellules caliciformes et les cellules de réserve.
Les cellules ciliées sont les plus nombreuses.
Elles ont un cytoplasme
cylindrique, un noyau central ou basal.
Elles sont munies, à leur
pôle apical, d’une bordure de cils vibratiles.
Ces cils, en mouvement
permanent, remontent le mucus et les particules qu’il inclut jusqu’au
carrefour aérodigestif.
Les cellules caliciformes sont mucosécrétantes et comportent une
volumineuse vacuole refoulant le noyau vers le bas.
Les cellules
sécrètent le film muqueux permanent dans lequel viennent
s’impacter les particules étrangères inhalées et qui est ensuite
éliminé par les cellules ciliées.
Les cellules de réserve ont un rôle dans la régénération
permanente de l’épithélium.
Elles sont susceptibles de maturer soit
vers une cellule ciliée, soit vers une cellule caliciforme.
Elles sont
implantées dans les interstices laissés libres à la partie basale des
cellules ciliées et caliciformes.
Elles sont de petite taille.
2- Cytologie normale :
Sur le plan cytologique, on retrouve les mêmes types cellulaires.
La
reconnaissance de ces types nécessite toutefois des prélèvements de
bonne qualité et une technique rigoureuse permettant l’observation
de limites cytoplasmiques nettes et d’une texture chromatinienne
bien visible.
La cellule bronchique ciliée sur étalement direct apparaît petite.
Elle
est cylindrique, à noyau régulier, avec un noyau en position basale ou centrale de petite taille, qui apparaît plus large que les limites
cytoplasmiques, donnant un aspect en fuseau.
L’étalement direct
peut détruire les cils et entraîner des chevauchements cellulaires
faisant croire à des plurinucléations.
Sur frottis cytocentrifugés
, les cellules ont une taille multipliée par deux ou trois et
apparaissent plus grandes.
Le rapport nucléocytoplasmique est
respecté. Les cils sont facilement repérables, étalés en éventail.
Le
noyau renferme un nucléole unique de petite taille. Un phénomène
particulier à la cellule bronchique ciliée doit être bien connu : la ciliocytophtorie.
La nature exacte de ce phénomène (virale, artéfactielle, autre) n’est pas certaine.
Elle aboutit à la coupure d’une
cellule ciliée en deux parties : l’une comportant le noyau et la moitié
du cytoplasme, l’autre comportant les cils et l’autre moitié du
cytoplasme.
La partie sans cils peut faire penser à une cellule
maligne puisqu’elle possède un rapport nucléocytoplasmique élevé,
et se retrouve isolée.
Il faut alors éviter le diagnostic de
malignité en recherchant les amas de cils adjacents qui signent la
bénignité et en vérifiant l’absence de gros nucléoles.
Par ailleurs, de
tels aspects peuvent également se confondre avec certains
protozoaires (flagellés), impliqués dans les asthmes.
La cellule bronchique caliciforme est très difficilement visible sur les
étalements directs car cette procédure détruit facilement, en la
faisant exploser, la vacuole de mucosécrétion.
Sur frottis cytocentrifugés, elle est bien mieux préservée.
C’est une
cellule plus volumineuse que les cellules ciliées adjacentes, de forme
globuleuse en amphore.
Le cytoplasme renferme de multiples petites
vacuoles de mucosécrétion tassées les unes contres les autres aux
limites bien visibles.
Le noyau est ovale ou rond, pâle, refoulé dans
la partie basale de la cellule.
Ces cellules sont toujours isolées, sans
formation d’amas.
Elles sont toujours au voisinage de cellules ciliées.
La cellule de réserve (encore appelée « cellule basale bronchique »)
n’est identifiable que sur brossage ou sur frottis cytocentrifugé.
Il
s’agit d’éléments cubiques, de petite taille, à rapport nucléocytoplasmique élevé.
Les noyaux sont denses, hyperchromatiques, mais particulièrement réguliers en forme et en taille.
Le cytoplasme est très peu abondant, fortement colorable,
basophile.
On retrouve le plus souvent ces éléments mêlés à des
amas de cellules ciliées et à des cellules caliciformes normales.
D’autres éléments cellulaires sont également fréquemment
rencontrés.
Les cellules malpighiennes de contamination sont
particulièrement fréquentes.
Elles proviennent de l’épithélium malpighien muqueux recouvrant une partie des voies aériennes
supérieures, ainsi que la sphère buccale.
Il s’agit de cellules malpighiennes à cytoplasme polygonal de grande taille, à noyau
rond, petit.
Le cytoplasme est étendu, bien limité, éosinophile. Les
histiocytes macrophages sont des éléments ronds ou ovales
de 10 à 25 µm de diamètre.
Le cytoplasme est de grande taille,
parfois basophile et muni d’expansions périphériques, difficilement
visible.
Le cytoplasme comporte parfois des granulations traduisant
une activité macrophagique.
Ces cellules ont des noyaux
ronds ou ovales, réniformes, de 4 à 5 µm de diamètre, situés le plus
souvent en périphérie du cytoplasme.
Leur présence, dans un
crachat ou une expectoration, signe l’origine profonde, alvéolaire du
prélèvement.
On peut enfin retrouver quelques cellules
inflammatoires (polynucléaires neutrophiles ou éosinophiles,
lymphocytes).
En petit nombre, leur présence est pratiquement
physiologique, notamment chez le fumeur.
Le fond des préparations est, le plus souvent, obscurci par un
abondant matériel muqueux disposé en amas.
Assez souvent, on
peut observer des spirales de Curshman.
Ces corps spiralés,
constitués par une coagulation de mucus, comportent un axe central
dense et une zone périphérique pâle, mal limitée.
Ils sont plus
fréquents dans toutes les pathologies induisant une accumulation
de mucus : asthme, bronchopathie chronique, tumeur sur l’arbre
bronchique.
On les observe aussi chez les fumeurs, même après une
longue période de sevrage.
La pollution atmosphérique semble
également être un facteur favorisant indépendant.
Enfin, on peut exceptionnellement repérer dans le fond des
préparations des insectes microscopiques, de type acariens.
Si leur
implication dans les phénomènes allergiques est connue de façon
générale, la signification pathologique de leur présence n’est pas
encore précisée.
3- Cytologie réactionnelle et inflammatoire
:
Comme tout revêtement épithélial exposé aux agressions extérieures,
le revêtement bronchique peut être agressé et est capable de
régénération.
Nous verrons donc apparaître sur les prélèvements
cytologiques les éventuels agents agresseurs, des éléments
respiratoires en voie de lyse, puis un granulome de détersion et,
enfin, des éléments régénératifs.
* Agents pathogènes
:
Les agents agresseurs sont essentiellement représentés par des
micro-organismes.
Les germes sont particulièrement fréquents et
assez facilement identifiables sous forme de bacilles et de cocci.
Toutefois, leur caractère pathologique est impossible à confirmer par
le seul examen cytologique, de même que leur identification précise
qui relève de l’activité du laboratoire de bactériologie.
Les virus à tropisme respiratoire sont également nombreux :
adénovirus, virus respiratoire syncytial, rougeole, cytomégalovirus.
Il est possible de reconnaître, sur certains éléments, leurs effets
cytotoxiques cytopathogènes.
Mais, là aussi, c’est le laboratoire de
biologie qui assure le typage exact.
Parmi les mycoses, on peut reconnaître assez facilement le Candida albicans, sous forme de filaments segmentés et ramifiés et de spores
de petite taille, Aspergillus fumigatus sous forme de filaments, plus
épais que ceux du Candida albicans, septés et caractéristiques par
leurs branchements à 45°.
Les filaments septés et branchés à 90° de
la mucormycose sont également possibles à observer.
Mais, en tout
état de cause, le diagnostic cytologique se borne à préciser
l’existence d’une mycose.
Le typage exact relève du laboratoire de
mycologie.
Pneumocytis carinii est parfois observé sur les prélèvements
cytologiques endobronchiques.
En coloration de MGG, on observe des amas violets, nuageux, spumeux, contenant la silhouette des
kystes.
Après une coloration de Gomori Grocott, on voit
mieux les kystes cernés de noir et renfermant un amas de parasites
sous forme d’un point noir central.
Stranguloïdes stercoralis enfin, de par son transit bronchique,
peut également être identifié.
On observe alors des larves filariformes à extrémités effilées.
Parmi les agents agresseurs, on pourra éventuellement identifier des
particules d’amiante, le plus souvent sous forme de corps
ferrugineux.
La fibre allongée est enduite d’un matériel protéicoferrique Perls positif.
La présence de ces corps ferrugineux
indique une exposition, mais ne permet pas sa quantification.
Enfin, il faut également insister sur la nécessité de connaître certains
contextes ou circonstances cliniques, qui peuvent entraîner des
difficultés diagnostiques quand on les méconnaît.
C’est notamment
le cas des radiations ionisantes lors de radiothérapies à champ
thoracique ou des hyperpressions lors de ventilations artificielles
assistées à pression d’oxygène (PO2) élevée.
Nous y reviendrons
plus loin.
* Cytologie des éléments agressés
:
Quelle que soit la cause de l’agression, celle-ci peut être létale ou
non, spécifique ou non. Les cellules, objets d’une agression non
spécifique, non létale, qualifiées de « cellules irritées » se
traduisent, sur le plan cytologique, par une augmentation de la taille
du cytoplasme avec un rapport nucléocytoplasmique conservé.
On
observe des bi- ou des multinucléations avec des noyaux
monomorphes.
Il existe également des multinucléolations. Au
niveau des cellules ciliées, la plaque ciliée disparaît et l’on peut
observer des vacuolisations cytoplasmiques.
On doit rapprocher de
ce contexte les phénomènes de ciliocytophtorie.
Au niveau des cellules caliciformes, on observe une fragilisation
cytoplasmique avec de nombreux noyaux nus et la perte de vacuole
de mucosécrétion.
Certaines cellules présentent des altérations spécifiques de leur
agent agresseur.
C’est essentiellement le cas des infestations virales
qui sont susceptibles de produire des altérations aisément
reconnaissables.
Les multinucléations sont les plus
fréquentes.
Lors d’infestation par le virus de l’herpès, les noyaux
sont multiples, emboîtés, vitreux, agglomérés les uns aux autres.
Lors d’infestation par le virus respiratoire syncytial, les cellules
infectées deviennent géantes et comportent une quinzaine de
noyaux.
L’hyperchromatisme nucléaire et l’hypernucléolation sont
également susceptibles d’apparaître.
On retrouve aussi des inclusions cytoplasmiques et surtout des inclusions nucléaires plus
spécifiques.
C’est notamment le cas de l’inclusion nucléaire unique
à halo clair du cytomégalovirus.
Quand l’agression est létale, les éléments atteints sont lysés en voie
de nécrose avec des noyaux condensés, pycnotiques désagrégés et
des cytoplasmes rétractés coagulés.
* Aspect cytologique de la détersion
:
Comme après chaque agression et lyse cellulaires, apparaît un
granulome de détersion chargé d’éliminer les débris cellulaires.
Celui-ci peut être aspécifique, constitué de polynucléaires
neutrophiles ou éosinophiles, de lymphocytes et d’histiocytes.
Il
peut également être spécifique. Certains agents pathogènes ou
processus inflammatoires entraînent, en effet, la formation d’un
granulome de détersion morphologiquement particulier.
C’est
essentiellement le cas de la tuberculose et de son granulome épithélioïde et gigantocellulaire.
Sur le plan cytologique, sans retrouver une disposition folliculaire,
on retrouve toutefois une constitution évocatrice du granulome,
associant des cellules épithélioïdes et des cellules géantes.
Les
cellules épithélioïdes, de petite taille par rapport aux cellules
bronchiques ciliées, ont un noyau pâle en « semelle de chaussure »
et des cytoplasmes abondants mal définis, éosinophiles.
Les cellules
géantes, de type Langhans, sont multinucléées avec plusieurs
noyaux périphériques, à disposition en « fer à cheval ».
Ces éléments
cytologiques sont très évocateurs. Bien que certains auteurs les
considèrent comme pathognomoniques, ils posent toutefois un
problème de diagnostic différentiel avec d’autres affections granulomateuses, notamment la sarcoïdose, que seuls des examens
biologiques, histologiques et microbiologiques régleront.
* Aspect cytologique de la régénération épithéliale
:
La régénération et le renouvellement continu de l’épithélium
respiratoire se font à partir des cellules de réserve.
Celles-ci sont
capables de se multiplier : il apparaît alors un état transitoire appelé
« hyperplasie des cellules de réserve ».
Ces cellules sont ensuite
capables de se différencier, plus ou moins complètement, plus ou
moins rapidement, et de façon plus ou moins harmonieuse en ce
qui concerne le rapport numérique entre cellules ciliées et cellules
caliciformes.
Ces cellules de réserve sont également capables
d’évoluer vers un phénomène métaplasique aboutissant au
remplacement de l’épithélium cylindrique cilié normal par un
épithélium malpighien.
L’hyperplasie des cellules de réserve, étape initiale de la
régénération, se traduit par l’apparition, sur les préparations
cytologiques, d’amas plus ou moins volumineux denses, assez
cohésifs, sans chevauchement nucléaire.
Ces amas sont constitués
de cellules de petite taille, à cytoplasme peu visible, très basophile
et à noyau dense, à rapport nucléocytoplasmique élevé.
Il faut
insister ici sur l’extrême régularité de la forme et de la taille de ces
éléments.
Pour confirmer la nature régénérative de ces cellules de réserve, il est nécessaire de rechercher à leur périphérie des ébauches
de cellules cylindriques respiratoires mucosécrétantes ou ciliées, ou
bien des ébauches d’une maturation malpighienne métaplasique.
L’aspect cytologique de la métaplasie malpighienne est
essentiellement constitué par la présence d’amas cellulaires, cohésifs
monocouches.
Ces amas sont formés de cellules polygonales, à
limites nettes, de taille variable selon le degré de maturation.
Ces
cellules restent toujours de plus petite taille que les cellules malpighiennes de contamination.
Leurs noyaux sont réguliers avec
une chromatine fine.
4- Cytologie tumorale maligne :
Comme le montre la classification de l’Organisation mondiale de la
santé, les tumeurs bronchopulmonaires sont de type histologique
extrêmement varié.
Les tumeurs malignes regroupent des
carcinomes épidermoïdes, des carcinomes neuroendocrines, des
adénocarcinomes, des carcinomes indifférenciés à grandes cellules,
des carcinomes adénosquameux, des tumeur carcinoïdes.
On peut
également retrouver des tumeurs identiques à celles des glandes
salivaires (carcinomes adénoïdes kystiques, mucoépidermoïdes), des
tumeurs à différenciation conjonctive, et enfin des localisations
d’hémopathies.
Même si des tumeurs rares font régulièrement l’objet
de publications, en pratique quotidienne, quatre tumeurs
sont le plus souvent rencontrées : le carcinome épidermoïde et ses
précurseurs (25 à 40 %), le carcinome indifférencié à petites cellules
(20 à 25 %), le carcinome indifférencié à grandes cellules (10 à 15 %)
et l’adénocarcinome (25 à 40 %). Ces quatre types histologiques
réalisent environ 90 % des tumeurs bronchopulmonaires malignes.
Le typage cytologique des tumeurs bronchogéniques est donc
dominé par l’identification de ces quatre types, et surtout d’un de
ces types, le carcinome indifférencié à petites cellules.
Celui-ci en
effet requiert un abord thérapeutique entièrement différent des
autres au point que l’on parle parfois de façon simplificatrice de
carcinome à petites cellules et de carcinome non à petites cellules.
L’examen cytologique permet un typage histologique fiable. La
spécificité varie selon le type histologique.
Elle est de 100 %
pour le carcinome indifférencié à petites cellules, de 98,8 % pour
les carcinomes épidermoïdes, de 91,6 % à 70% pour les
adénocarcinomes.
La spécificité du diagnostic cytologique de
carcinome indifférencié à petites cellules versus carcinome non à
petites cellules est de 97,7 %.
Toutefois, l’exactitude du typage peut être mis en défaut, notamment
quand des tumeurs non épidermoïdes infiltrent seulement le chorion
muqueux et suscitent une métaplasie atypique du revêtement de
surface.
Les élément observés font alors évoquer à tort une
différenciation épidermoïde.
Par ailleurs, il faut également souligner le fait que les tumeurs bronchogéniques sont souvent polymorphes et composées de types
histologiques différents (tumeurs composites).
Il n’est donc pas
étonnant de retrouver certaines contradictions entre le diagnostic
évoqué sur la cytologie ou la biopsie endobronchique et le diagnostic
retenu après examen de la totalité de l’étendue de la tumeur.
Enfin, on note que les aspects observés sur les préparations
cytologiques et donc les diagnostics posés dépendent beaucoup de
la méthode de recueil utilisée.
En cas de prolifération tumorale, en
effet, les cellules florides, morphologiquement bien identifiables,
sont situées dans la profondeur de la lésion, alors que les cellules
plus superficielles sont souvent en voie de nécrose et difficiles à
typer.
Le produit d’expectoration ne contient en général que des
cellules superficielles.
Le produit d’aspiration contient davantage de
cellules situées dans la profondeur de la lésion.
C’est le produit de
brossage qui ramène la plus grande quantité de cellules
contributives, morphologiquement diagnostiques.
* Cytologie du carcinome épidermoïde infiltrant
:
Le carcinome épidermoïde infiltrant desquame en placards et en
cellules isolées.
La présence de ces cellules isolées est indispensable
au diagnostic.
On peut également voir sur la préparation
cytologique des images de cannibalisme (cell in cell).
La présence de
perles (enroulement concentrique de cellules malpighiennes) est
spécifique de cellules malpighiennes, mais non d’une tumeur
maligne.
Les cytoplasmes des cellules tumorales peuvent être
kératinisés ou pas.
Sur coloration de Papanicolaou, elles
apparaissent donc soit orangées ou jaunes ou rouges, soit bleutées.
Les contours cytoplasmiques sont nets, bien limités.
Elles sont de
forme et de taille variées.
On trouve également certaines cellules
défiant toute description, comparées à des fibres végétales, à des
têtards.
Les caractères nucléaires indispensables au diagnostic de
malignité sont représentés par une augmentation du rapport nucléocytoplasmique et par une très grande irrégularité de forme,
de taille.
L’hyperchromatisme est de règle.
Les nucléoles sont plus
ou moins visibles.
La présence ou l’absence de mitoses n’a pas de
signification diagnostique.
Les différents critères cytologiques observés dépendent en fait du
type d’examen concerné.
Sur produit d’expectoration, les cellules le
plus souvent observées sont des cellules très superficielles, non
viables.
En revanche, sur produit d’aspiration et surtout sur remise
en suspension de liquide de brossage, s’observent des cellules plus
profondes, viables, et donc comportant des altérations
morphologiques bien reconnaissables.
La kératinisation éventuelle
est visible sur tous les types de prélèvements, de même que la
pycnose.
L’augmentation du rapport nucléocytoplasmique n’est
réellement interprétable que sur produit d’aspiration ou de brossage,
de même que la présence de placards.
Enfin, l’existence
d’irrégularités de contours de la membrane et d’affinité tinctoriale
de la chromatine, ainsi que la présence de nucléoles, ne peuvent être
établies que sur des cellules bien conservées, c’est-à-dire des cellules
profondes comme celles récupérées par l’aspiration ou le brossage.
* Cytologie des précurseurs des carcinomes épidermoïdes :
On reconnaît actuellement, dans l’histogenèse de ces types de
tumeurs, la séquence d’événements suivants.
L’épithélium est
d’abord le siège d’une hyperplasie des cellules de réserve, puis
d’une métaplasie.
Au fil du temps et des agressions répétées, cette
métaplasie devient irrégulière, associant une désorganisation de
l’architecture du revêtement malpighien, et des atypies cytologiques
isolées.
Plus ces dernières caractéristiques sont marquées et plus on
se rapproche d’une lésion de carcinome in situ.
Sur le plan
cytologique, il n’existe pas de critère fiable permettant de
différencier des cellules malpighiennes atypiques provenant d’un
carcinome infiltrant de cellules malpighiennes atypiques provenant
d’un carcinome in situ.
* Carcinome indifférencié à petites cellules :
Cette tumeur, qui appartient au groupe des tumeurs
neuroendocrines, a pour particularités une petite taille de ses
éléments constitutifs et une très grande fragilité.
Les éléments
desquament en amas peu cohésifs et sont souvent superposés,
moulés les uns contre les autres. On peut voir des images de cell in
cell.
Les cytoplasmes sont petits, formant une frange périphérique
basophile à peine visible.
Dans sa forme oat cell, le cytoplasme a une
taille à peine supérieure à celle d’un lymphocyte.
Ce sont surtout
les critères nucléaires qui permettent le diagnostic définitif.
Le
rapport nucléocytoplasmique est élevé. Les noyaux ont tendance à
se superposer et à former des emboîtements très caractéristiques,
bien visibles en coloration de MGG.
La chromatine est finement
granuleuse, la membrane nucléaire a des contours irréguliers.
On
peut voir des nucléoles, mais la présence de gros nucléoles bien
visibles doit faire mettre en doute le diagnostic.
Enfin, de par la
fragilité de ces cellules, on retrouve souvent des noyaux nus ou
écrasés sous forme de stries nucléaires, assez évocatrices.
* Cytologie de l’adénocarcinome
:
Quel que soit le type histologique exact de l’adénocarcinome, son
aspect cytologique reste relativement monomorphe.
La
desquamation observée réalise de gros amas, des papilles, des glandes, des morules tridimensionnelles contenant 10 à 20 cellules.
Ces amas tridimensionnels sont indispensables au diagnostic.
Les
cytoplasmes tumoraux sont de grande taille, polygonaux ou
cylindriques.
Ils peuvent avoir un aspect très voisin de celui de
cellules ciliées normales.
Toutefois, l’absence de cils et les critères
nucléaires permettent de les reconnaître.
L’aspect des noyaux est
effectivement celui d’une cellule tumorale : le rapport nucléocytoplasmique est très élevé.
La chromatine est claire,
discrètement granulaire. Les nucléoles sont volumineux, parfois
multiples.
* Cytologie du carcinome indifférencié à grandes cellules :
Ce type de carcinome doit être considéré comme un groupe formé
de l’exclusion des trois autres types histologiques.
Il recouvre des
tumeurs indifférenciées, à grandes cellules, donc non à petites
cellules, qui n’ont aucun critère de différenciation permettant de les
individualiser comme carcinome épidermoïde ou adénocarcinome.
Ces éléments desquament en petits amas, sans superposition et sans
formation de papilles ou d’amas tridimensionnels comme dans les
adénocarcinomes.
Les cytoplasmes sont de grande taille, souvent de
dimension très variée, pâles, éosinophiles ou basophiles.
Les
contours cytoplasmiques peuvent être réguliers ou au contraire
encochés.
Par définition, on ne retrouve pas de secteur de
kératinisation sur la coloration de Papanicolaou ou de secteur de
mucosécrétion après coloration par le PAS ou le bleu Alcian.
Les
noyaux sont très volumineux avec des nucléoles nettement visibles.
Le rapport nucléocytoplasmique est augmenté.
Il existe parfois des
cellules multinucléées, géantes.
5- Diagnostic différentiel :
* Carcinome épidermoïde :
La découverte de cellules malpighiennes atypiques doit faire
rechercher, dans l’anamnèse du patient, une circonstance clinique
connue pour induire des métaplasies malpighiennes atypiques, telles
qu’une ventilation assistée, une radiothérapie, une chimiothérapie.
Il convient également de garder à l’esprit que ces cellules atypiques,
observées sur produit d’aspiration ou d’expectoration, peuvent ne
pas provenir de l’arbre bronchique mais d’une lésion des voies
aériennes supérieures ou de la cavité buccale.
Il faut aussi envisager la possibilité d’une métaplasie atypique
réactionnelle à une lésion située dans le chorion muqueux que
celle-ci soit inflammatoire, notamment tuberculeuse, ou tumorale
(tumeur à cellules granuleuses, carcinome non épidermoïde,
lymphangite carcinomateuse métastatique).
Enfin, dans le cas où la malignité et la topographie bronchique sont
certaines, la distinction entre lésion in situ et infiltrante ne peut être
faite.
*
Adénocarcinome :
Certaines pathologies non tumorales, notamment les dilatations
chroniques de bronches et l’asthme, induisent une modification du
revêtement épithélial bronchique avec une hyperplasie des cellules
bronchiques.
Celles-ci desquament en amas papillaires, très bien
organisés, comportant en périphérie une palissade nucléaire.
Au
milieu de cellules essentiellement mucineuses, on retrouve quelques
cellules ciliées traduisant la bénignité.
Ces cellules, de plus, ne
comportent pas les critères nucléaires de malignité de
l’adénocarcinome.
Les phénomènes de ciliocytophtorie peuvent également faire errer
le diagnostic.
Les cellules bronchiques irritées, réactionnelles,
peuvent ressembler à des cellules adénocarcinomateuses de par leur
noyau augmenté de volume, leur chromatine irrégulière, leur
nucléole proéminent.
La présence de cellules ciliées dans les amas
suspects est en pratique un argument important en faveur de la
bénignité, même si certains auteurs ne le considèrent pas comme
formel.
Certaines infestations virales peuvent induire des
anomalies nucléaires particulièrement marquées.
La présence
d’inclusions nucléaires, de noyaux clarifiés, moulés les uns contre
les autres, permettent de reconnaître la nature virale et non tumorale
des atypies observées.
Le type exact de l’adénocarcinome, son
caractère primitif ou secondaire, ne peuvent être affirmés par
l’examen cytologique. Les études immunocytologiques ne
permettent pas non plus ce diagnostic.
* Carcinome indifférencié à petites cellules
:
L’aspect cytologique de ce type de tumeur peut éventuellement faire
discuter le diagnostic de localisation lymphomateuse.
Cette
distinction n’est pas toujours réalisable sur prélèvement cytologique.
L’argument de fréquence est en faveur d’un carcinome à petites
cellules, mais un tel diagnostic différentiel nécessite, en règle
générale, un matériel biopsique avec éventuelle étude immunohisto-chimique.
Le diagnostic différentiel le plus souvent requis en
pratique est celui de la distinction entre carcinome à petites cellules
et hyperplasie des cellules de réserve.
Les amas cellulaires observés
dans le carcinome indifférencié à petites cellules sont peu cohésifs,
alors que ceux des hyperplasies des cellules de réserve sont au
contraire très cohésifs.
L’anisocaryose est notable en cas de
carcinome indifférencié à petites cellules, alors que les cellules de
réserve, même hyperplasiques, restent toujours très régulières et
monomorphes.
Le signe majeur diagnostique du carcinome
indifférencié à petites cellules, la présence de noyaux emboîtés les
uns contre les autres où se chevauchant, n’est jamais rencontré dans
les hyperplasies des cellules de réserve.
De même la pycnose, la
nécrose et la présence de stries nucléaires sont spécifiques du
carcinome à petites cellules.
Enfin, le dernier critère diagnostique
majeur consiste en la présence de faits de continuité morphologiques
entre les cellules de réserve et des éléments cylindriques ou métaplasiques voisins.
Ces faits de passage n’existent pas dans le
cas de carcinome indifférencié à petites cellules.
F - COMPTES RENDUS :
Comme pour tout examen cytologique, le diagnostic fait l’objet d’un
compte rendu en clair, avec description et conclusion.
Il doit
comporter une appréciation de la qualité de l’échantillon, une
description des éléments cellulaires et du fond des préparations.
La conclusion permet généralement de trancher entre processus
inflammatoire et processus tumoral. En outre, il est souvent possible
d’évoquer le type de la tumeur.
Dans ces conditions, la classification
choisie doit suivre d’aussi près que possible la classification
histologique.
Mais un compte rendu d’examen cytologique n’est pas, par principe,
aussi formel qu’un compte rendu histologique qui, seul, apporte une
information précise sur l’architecture de la lésion.
La conclusion est généralement exprimée sous la forme : « aspect
évocateur de... ».
Le compte rendu est signé en toutes lettres par le
médecin anatomo-cyto-pathologiste qui engage alors sa
responsabilité.
Phase postanalytique au laboratoire
:
Comme la phase préanalytique, cette étape a souvent été négligée.
Après la validation du résultat, certaines démarches sont encore à
accomplir :
– désinfection, décontamination et élimination des déchets et
reliquats de prélèvements selon la réglementation en vigueur (décret
N°97-1048 publié au Journal officiel du 18 novembre 1997) ;
– vérification de l’envoi du compte rendu au médecin demandeur ;
– archivage des lames, des blocs d’inclusion et des comptes rendus,
selon la législation en vigueur en France : conservation de toutes les
lames au moins 10 ans et des comptes rendus au moins 30 ans
(décret 88-280 du 24 mars 1988 pour l’application du 7e paragraphe
de l’art L761-11 du Code de santé publique, Annexe 7, p 1 577), dans
des conditions permettant leur récupération à la demande et leur
utilisation ultérieure.
Contrôle de qualité :
Chacune des étapes de la technique et de l’interprétation peut être à
l’origine d’erreurs de diagnostic.
Le risque est minimisé lorsque
les problèmes sont bien appréhendés, mais la principale difficulté
réside dans l’inévitable interaction entre les deux équipes de
disciplines différentes : la pneumologie et l’anatomie-cytologie
pathologiques.
Le contrôle de qualité est l’assurance d’une qualité
optimale et constante, comparativement aux standards en vigueur.
Le pneumologue doit prévoir avant le prélèvement :
– tout le matériel nécessaire au recueil (lames, crayon, fixateur,
flacon bien étanche) ;
– la prescription et les renseignements cliniques ;
– le choix du laboratoire en charge de l’examen et l’acheminement
rapide vers celui-ci (coursier, poste...) ;
– la conservation au froid (+ 4 °C) si le transport doit être
légèrement différé (par exemple pour regrouper les prélèvements
de deux patients au cours de la même séance de bronchoscopie).
Ces précautions conditionnent la qualité de l’interprétation.
Le pathologiste doit, de son côté :
– dès l’enregistrement : contrôler la cohérence prescription-identité
sur le prélèvement et faire le choix des techniques en fonction des
renseignements cliniques (immunomarquages, recherche de
parasites par colorations spéciales...) ;
– au cours de la technique : respecter les précautions d’hygiène et
de sécurité (gants, lunettes, masque pour la cytocentrifugation),
respecter tous les protocoles, contrôler régulièrement la qualité des
colorations ;
– lors de l’interprétation : comparer l’aspect actuel et l’antériorité
éventuelle, contrôler les cohérences clinique-aspects cytologiques,
cytologie-histologie si une biopsie est communiquée, comme cela est
fréquent, en même temps que le brossage.
En particulier, il n’est pas exceptionnel que, au cours de l’évolution,
deux brossages successifs affectent des types cytologiques différents,
par exemple cancer d’aspect épidermoïde après un aspect de cancer
à petites cellules.
De telles constatations doivent être discutées ; elles
peuvent correspondre à une tumeur composite, une tumeur
modifiée par radiothérapie, etc.
La conduite à tenir peut être en
partie fonction de l’interprétation qui a été proposée.
Conclusion
:
L’étude cytologique endobronchique est un examen de réalisation rapide
et relativement simple.
Elle a donc été dans un premier temps
largement utilisée comme méthode de dépistage de masse.
Dans ce cadre, exploitant les produits d’expectoration, elle se révéla
cependant peu efficace, ne détectant que 43 % des carcinomes épidermoïdes, 10 % des carcinomes à grandes cellules et aucun
adénocarcinome, aucun carcinome indifférencié à petites cellules
(Cooperative Early Lung Cancer Group, National Cancer Institute.
Early Lung cancer detection, summary and conclusions.
Am Rev
Respir dis, 1984 ; 130 : 565-70).
Son utilisation actuelle privilégie les lavages endobronchiques et
surtout les produits de brossage. Dans ce cadre, l’étude cytologique
complète l’examen histologique du prélèvement biopsique quand
celui-ci est réalisable.
Mais elle peut également s’y substituer dans le
cas de lésions non accessibles parce que trop périphériques ou parce
qu’il existe une contre-indication clinique (notamment un trouble de
l’hémostase).
Son utilisation dans ce cadre est en nette augmentation,
d’autant que sa spécificité sous réserve d’un contrôle de qualité
rigoureux est bonne, permettant le diagnostic positif et le diagnostic du
type histologique de 100 % des carcinomes indifférenciés à petites
cellules, de 98 % des carcinomes épidermoïdes, de 70 à 90 % des
adénocarcinomes.
Ces résultats, cependant, ne peuvent être atteints que si l’interprétation
utilise des critères morphologiques stricts permettant d’éviter les faux
diagnostics positifs, notamment dans le cas des lésions inflammatoires
et virales.
Cette interprétation doit par ailleurs être impérativement
éclairée par la connaissance du contexte clinique, et notamment de
certaines circonstances « pièges », sources habituelles d’erreurs :
antécédent de radiothérapie, de chimiothérapie et de ventilation
assistée.
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