Obligatoire depuis 1994, la consultation d’anesthésie est un moment fondamental du processus de prise en
charge des patients chirurgicaux.
C’est en effet à l’issue de cette consultation que sont déterminés non
seulement la stratégie anesthésique mais aussi les autres volets du champ d’action des anesthésistes : la maîtrise de
certains risques opératoires (hémorragique, thrombotique, septique), l’analgésie postopératoire, mais aussi
l’anticipation de la phase postopératoire et de ses complications éventuelles.
Une telle planification ne peut être
envisagée qu’après une évaluation préopératoire rigoureuse et éventuellement une préparation spécifique de
certains patients.
Enfin, une information précise et un consentement éclairé sur les modalités de l’anesthésie et ses
suites ne peuvent être fournis qu’une fois l’état préopératoire du patient exactement évalué et la période périopératoire planifiée.
Introduction
:
Si le but de la consultation chirurgicale est
d’obtenir la suppression d’une pathologie donnée,
celui de la consultation d’anesthésie reste plus
confus tant dans l’esprit des patients que dans celui
des autres praticiens.
Ceci d’autant plus que
l’anesthésie n’est pas un but en soi mais n’est qu’une
action réversible destinée à rendre possible un acte
médical ou chirurgical.
Dans cette optique, le but de
cette consultation devrait donc être de planifier les
modalités pratiques de la technique anesthésique la
plus adaptée à la réalisation de l’acte chirurgical tout
en préservant la sécurité du patient au cours de cet
acte.
Ce souci de sécurité a conduit à la réalisation de
très nombreuses études sur la mortalité « liée à
l’anesthésie » ; ces études ont permis d’une part
d’identifier un certain nombre de « morts évitables »
liées à certaines complications de l’acte anesthésique
et d’autre part ont conduit à une réflexion poussée
sur le devenir des patients dans les suites des actes
chirurgicaux. De cette démarche, trois conclusions
majeures ressortent :
– les complications graves peropératoires
peuvent être réduites par un environnement
technique performant et une planification des
difficultés anesthésiques et chirurgicales ;
– le devenir des patients « à risque » est
intimement lié au déroulement de la période périopératoire, à la survenue de complications
postopératoires et à leur gestion médicale ;
– la mortalité et la morbidité survenant dans les
heures ou les jours après un acte chirurgical
(c’est-à-dire précoces) sont en partie déterminées à
l’avance par une évaluation préopératoire
rigoureuse.
Plus récemment, des travaux
encourageants ont laissé entrevoir que les patients
opérés et à haut risque chez lesquels les
complications périopératoires avaient été évitées maintenaient cet avantage en
termes de survie, également à moyen et long terme.
Ces conclusions ont conduit à l’élaboration d’un
cadre réglementaire définissant les conditions de
déroulement de l’anesthésie et notamment
l’organisation de la consultation d’anesthésie.
Elles
ont également introduit l’idée que si la portée d’un
acte chirurgical ne peut être évaluée indépendamment
de l’état de santé du patient, son devenir
est intimement lié au déroulement de la période périopératoire.
Le concept de « médecine périopératoire » découle de cette nécessité
d’optimiser l’état des patients tant en pré- qu’en
postopératoire.
Les médecins anesthésistes en sont
les principaux acteurs et la consultation d’anesthésie
en est l’une des pierres angulaires.
Pourquoi une consultation
d'anesthésie ?
La consultation d’anesthésie a pour but de
planifier les tâches de l’anesthésiste et d’anticiper ses
difficultés.
Les buts de la consultation d’anesthésie
correspondent donc à ce que l’on est en droit
d’attendre d’un anesthésiste en 2002 : assurer non
seulement la sécurité anesthésique mais aussi la
sécurité opératoire, organiser et surveiller l’analgésie,
prévenir et gérer les complications postopératoires,
et enfin réaliser l’information du patient.
Réduire les risques :
La sécurité du patient au bloc opératoire est en
partie sous la responsabilité du médecin
anesthésiste.
Celle-ci comprend tout autant
l’anticipation et la maîtrise des complications des
techniques anesthésiques ou chirurgicales (en
particulier hémorragie) que le traitement d’un état
pathologique intercurrent.
A - Risques liés à l’anesthésie
:
On désigne par accident d’anesthésie une
complication directement due à l’acte anesthésique
et non imputable à une pathologie préexistante.
Ces
accidents surviennent pendant ou peu de temps
après l’anesthésie et sont principalement dus à deux
types d’étiologie : défaillance respiratoire et
allergie.
Le dépistage de l’intubation difficile et
l’évaluation du statut allergique sont donc deux
éléments fondamentaux de la consultation
d’anesthésie.
1- Accès aux voies aériennes supérieures Dépistage de l’intubation difficile
:
Les accidents respiratoires représentent les deux
tiers des accidents peranesthésiques.
Ces
complications conduisent à la mort ou à des
séquelles neurologiques postanoxiques dans 85%
des cas.
Ces accidents graves sont dus la plupart
du temps à une ventilation inadaptée ou à un défaut
de contrôle des voies aériennes.
Ainsi, en
France, la responsabilité directe ou indirecte de
l’intubation difficile est retrouvée dans un tiers des
accidents d’anesthésie, ce qui en fait la première
cause de morbidité et de mortalité peranesthésiques.
De plus, dans 15 à 30% de ces accidents,
cette intubation difficile n’avait pas été prévue.
La prédiction de l’intubation difficile est donc le
préalable indispensable à la stratégie de prise en
charge des voies aériennes supérieures car elle
permet de prévoir une technique anesthésique
adaptée (anesthésie locorégionale, anesthésie avec
maintien d’une ventilation spontanée...) ou une technique de contrôle des voies aériennes
supérieures particulière (fibroscopie, ventilation transtrachéale...).
À l’anamnèse, les conditions d’intubation lors des
précédentes anesthésies sont recherchées, de même
que les pathologies ou antécédents pouvant
modifier l’exposition glottique : antécédents de
chirurgie maxillofaciale, maladie rhumatismale
limitant la mobilité de l’articulation atloïdo-occipitale,
cancer otorhinolaryngologique...
Une sténose
trachéale est évoquée en cas d’antécédents
d’intubation prolongée ou de trachéotomie.
Outre des séquelles de chirurgie maxillofaciale ou
une dysmorphie faciale, l’examen clinique recherche
les éléments validés comme étant prédictifs d’une
intubation difficile : un cou court, une proéminence
des incisives, une petite ouverture de bouche ou une
obésité.
Un examen oropharyngé est pratiqué afin de
déterminer la classe de Mallampati du patient.
Modifiée par Samsoon et al, la classification de
Mallampati permet de prédire la qualité de la
laryngoscopie en fonction de la visualisation des
structures oropharyngées.
La mobilité du rachis
cervical est appréciée de même que celle de
l’articulation atloïdo-occipitale par la mesure de la
distance thyromentonnière.
Les performances de ces
différents signes varient selon la population étudiée.
Ainsi, le plus usité d’entre eux, le signe de Mallampati, a une sensibilité et une valeur prédictive
positive élevées dans l’étude princeps qui n’ont pas
été retrouvées par la suite dans d’autres études.
Malgré tout, ces études retrouvaient une bonne
sensibilité et une bonne spécificité au signe de Mallampati.
L’association de plusieurs signes
prédictifs d’intubation difficile permet d’améliorer la
spécificité de l’examen clinique, expliquant
pourquoi certains ont mis au point des scores
incluant plusieurs critères.
Ces scores ne semblent
cependant pas plus performants que la combinaison
de la classification de Mallampati avec la distance
thyromentonnière et l’ouverture de bouche.
Les examens paracliniques (en particulier les
radiographies de la face et du cou) ne font pas partie
des examens de routine de dépistage de l’intubation
difficile.
Ces examens morphologiques peuvent
être utiles dans la pathologie rhumatologique ou
neurochirurgicale.
Certains contextes cliniques particuliers rendent
plus fréquente l’intubation difficile.
C’est le cas, par
exemple, du diabète qui peut entraîner une ankylose
de l’articulation temporomaxillaire.
Celle-ci est
prévisible par le « signe du prieur », c’est-à-dire par
l’impossibilité d’étendre les mains lors du signe de la
prière en raison d’une ankylose des articulations interphalangiennes.
Une pathologie cervicofaciale
peut modifier les rapports anatomiques et
provoquer une immobilité, désirée ou non, du rachis
cervical, comme dans le cas du polytraumatisé
porteur d’un collier cervical.
2- Prédiction du risque allergique
:
Les curares sont les principales substances mises
en cause lors des accidents allergiques et sont
responsables d’environ deux tiers des chocs
anaphylactiques.
Le latex est la deuxième substance
la plus fréquemment mise en cause, et la fréquence
des accidents allergiques dus à cette substance a
significativement augmenté au cours des dix
dernières années.
La fréquence des accidents
allergiques aux morphiniques et aux hypnotiques
est très faible malgré une très large utilisation.
La
consultation d’anesthésie permet de rechercher un
antécédent d’allergie vraie, mais aussi de reconnaître
des groupes à risque.
Cette enquête allergique ne
permet de proposer une conduite préventive que
dans de très rares cas mais peut conduire à la
réalisation d’un bilan allergologique afin
d’identifier avec certitude le ou les allergènes.
Si le
produit en cause est connu, il doit naturellement être
écarté du protocole anesthésique.
Dans le cas
contraire, une consultation d’allergoanesthésie
permet de tester les produits suspects. En cas
d’urgence, il est recommandé d’éliminer les
curarisants, d’opter si possible pour une technique
d’anesthésie locorégionale et d’utiliser du matériel
sans latex naturel.
L’allergie aux curares peut être observée même
en l’absence d’antécédents anesthésiques, donc de
contact avec un curarisant.
Ceci est retrouvé chez
30% des patients ayant fait un choc anaphylactique
aux curares.
On pense que ces patients se sont
sensibilisés lors de contacts répétés avec des
produits contenant des radicaux ammoniums
quaternaires tels que les produits ménagers.
C’est
ainsi qu’un patient allergique aux curares conservera
sa vie durant un taux d’anticorps élevé et des tests
cutanés positifs, confirmant ainsi que son système
immunitaire est perpétuellement stimulé.
L’existence de signes cliniques d’intolérance au
latex (prurit de contact, oedème...) doit faire réaliser
un bilan allergologique.
L’exposition professionnelle
au latex (professions médicales) conduit à une
prévalence d’allergie au latex estimée entre 6 à
10 %.
Des signes cliniques d’intolérance doivent
donc toujours être recherchés dans ce cas.
Une
prévalence de 40 à 60% de sensibilisation au latex
a été retrouvée chez les enfants atteints de
malformations urogénitales (spina bifida) en raison
des sondages multiples et des interventions
itératives dont ils ont été l’objet .
Certaines allergies croisées sont évocatrices d’une
allergie au latex.
En effet, certaines protéines
allergisantes (hévamines A et B) sont des lysozymes
trouvés dans de nombreux végétaux (pollens, ficus)
et certains fruits exotiques (banane, avocat, kiwi,
châtaigne...).
Ces réactions croisées existeraient dans
50%des cas d’allergie au latex.
B - Risques liés à l’acte opératoire :
1- Risque hémorragique :
Dans une enquête récente réalisée dans un centre
hospitalier pluridisciplinaire français, les hémorragies peropératoires étaient responsables de 30% de la
mortalité précoce liée à l’anesthésie.
Pour être
traitées efficacement, les complications
hémorragiques doivent être anticipées lors de la
consultation d’anesthésie.
Il est en effet possible
d’estimer le saignement prévisible pour une
intervention donnée, de déterminer pour chaque
patient un seuil transfusionnel, de rechercher des
troubles de coagulation et de planifier la transfusion.
L’estimation du saignement périopératoire
prévisible est basée au mieux sur des enquêtes
réalisées dans l’établissement ou à défaut sur
l’expérience de l’anesthésiste.
Le praticien, en
décidant d’un seuil transfusionnel adapté à l’état de
santé du patient et en connaissant son hématocrite,
peut déterminer le saignement maximal
envisageable sans recours à la transfusion.
Ainsi, en
appliquant la formule de Mercuriali, un homme
de 80 kg entrant à l’hôpital avec un hématocrite de
45 %, chez lequel on admet pouvoir tolérer un
hématocrite de 30 %, peut perdre, sans nécessiter de
transfusion :
saignement tolérable (en mL de globules rouges)
= VST {Hte% initial (j-1) - Hte% final (j+5)}où VST
est le volume sanguin total (70 mL/kg chez l’homme
et 65 mL/kg chez la femme)
saignement tolérable = (70 mL ´ 80) ´
[(45-30)/100] = 840 mL de globules rouges
Un concentré de globules rouges (CGR) ayant un
volume moyen de 250 mL et un hématocrite moyen
de 60 % ; 1 CGR = (250 ´ 60 %) = 150 mL de
globules rouges ; le patient peut donc tolérer sans
nécessiter de transfusion à peu près 2 500 mL de
sang à 30% d’hématocrite ou encore entre 5 et 6
CGR.
Si l’on estime le saignement périopératoire
supérieur à ce chiffre et si le patient peut le tolérer, il
faut envisager une transfusion autologue
programmée (TAP).
Dans certaines situations,
l’injection d’érythropoïétine recombinante peut
améliorer le nombre et les possibilités de
prélèvements d’un programme de TAP, voire être
mise en oeuvre sans TAP.
Dès qu’une transfusion périopératoire paraît possible, un bilan
prétransfusionnel minimal doit être prescrit
(détermination du groupe sanguin et recherche
d’agglutinines irrégulières) ; ce bilan ne doit en aucun
cas être systématique, un grand nombre d’actes
chirurgicaux chez des patients sans antécédents ne
comportant aucun risque hémorragique.
La recherche d’un trouble de coagulation est
basée sur l’interrogatoire bien plus que sur la
prescription de tests de coagulation, ceux-ci étant
réservés à des situations particulières (pathologie
connue de l’hémostase, traitement anticoagulant,
enfant avant l’âge de la marche...).
En effet, la prescription systématique de tests biologiques ne
permet pas de prédire les complications
hémorragiques périopératoires chez des patients
dont ni l’interrogatoire ni l’examen clinique ne sont
évocateurs d’une anomalie de l’hémostase.
L’arrêt des médicaments interférant avec
l’hémostase est une situation délicate devant être
discutée au cas par cas selon le potentiel
hémorragique de l’intervention et le risque lié à
l’arrêt du traitement.
L’anesthésiste joue alors
souvent le rôle d’intermédiaire entre le patient, le
chirurgien et le cardiologue et est en général conduit
à prendre la décision en cas de situation difficile.
2- Risque thrombotique
:
La période périopératoire est à haut risque
thrombotique.
À chaque acte chirurgical correspond
un niveau de risque différent (risque chirurgical).
Le
risque chirurgical peut de plus varier selon
l’opérateur et le centre.
Ces différences sont d’ordre
technique, comme la durée et le degré de luxation
de hanche lors de l’arthroplastie de hanche ou la
pose et la repose du garrot en fin d’arthroplastie de
genou.
À ce risque thrombotique lié à l’acte
opératoire, s’ajoute le risque lié à la pathologie du
patient.
En orthopédie, seul l’âge apparaît comme
facteur indépendant, parfois associé au sexe et à
l’obésité. En revanche, en chirurgie digestive, les
facteurs liés au patient tels le cancer, l’âge, les
antécédents de thrombose et l’obésité prennent un
poids particulier.
La connaissance des facteurs de
risque thrombotique permet d’estimer le besoin de
prévention et de choisir la meilleure option
préventive.
Les héparines et surtout les héparines de
bas poids moléculaires sont aujourd’hui le principal
élément de la prévention.
3- Risque septique :
Le risque infectieux est permanent en chirurgie.
On retrouve, dans plus de 90 % des plaies
opératoires, des germes pathogènes lors de la
fermeture mais certains actes opératoires exposent à
un risque accru, soit par les conséquences très
graves de l’infection postopératoire (prothèse), soit
par la fréquence des complications infectieuses
(chirurgie digestive).
L’antibioprophylaxie a
largement démontré son efficacité à diminuer le
risque d’infection postopératoire et doit être prescrite
dès la consultation préanesthésique car son
efficacité est maximale lorsque l’antibiotique est
injecté en préopératoire immédiat.
La consultation
d’anesthésie représente un moment privilégié pour
décider de la prescription d’une antibioprophylaxie
en chirurgie.
En fonction du type d’acte chirurgical
prévu et du risque infectieux qui s’y rapporte, il est
décidé de la nécessité ou non d’une antibioprophylaxie
et de sa nature.
D’éventuels antécédents
allergiques pouvant modifier le choix de la molécule
antibiotique sont recherchés.
C - Risques liés au terrain
:
Complications postopératoires
De nombreuses complications peuvent survenir
en phase postopératoire.
Elles peuvent être dues aux
aléas des techniques chirurgicales, comme un
lâchage de suture, ou à l’évolution d’une pathologie
préexistante telle qu’une néoplasie ou une
insuffisance cardiaque.
Enfin, certaines d’entre elles
surviennent, sans rapport avec un échec de la
technique chirurgicale, sous forme d’une défaillance
d’organe favorisée par la combinaison de
l’anesthésie et de la chirurgie.
La probabilité de
survenue de ce type de complications est prévisible
par un examen préopératoire et définit, en chirurgie
réglée, le risque opératoire.
La consultation d’anesthésie ne peut plus, en
2002, se contenter d’envisager le devenir du patient
pour les 24 ou 48 premières heures postopératoires.
En effet, d’une part les complications peuvent
survenir dans un délai plus long et d’autre part, le
déroulement de la période périopératoire peut conditionner le devenir du patient
dans les années à venir.
Ainsi, la survenue d’une insuffisance
coronarienne aiguë postopératoire multiplie par 14 la probabilité de
complications cardiovasculaires dans les 2 ans.
La prévention des complications postopératoires
est donc un double enjeu, à la fois de prévention
précoce et à long terme.
Des moyens efficaces
existent dans ce cadre. Ainsi, l’instauration
préopératoire d’un traitement anti-ischémique
spécifique chez le patient à risque, poursuivi en per et
postopératoire immédiat, diminue par deux la
fréquence des ischémies myocardiques postopératoires
ainsi que la mortalité à moyen et long
terme.
De la même manière, la survenue d’une
complication respiratoire postopératoire multiplie
par 30 la mortalité hospitalière et une préparation
du patient à risque est en mesure de diminuer la
fréquence de ces complications.
L’acte opératoire est donc, pour certains patients,
un tournant évolutif dans l’histoire de leur maladie.
Ils doivent donc bénéficier d’un suivi spécifique
durant toute leur hospitalisation.
Au cours de la
consultation d’anesthésie, une évaluation du patient
est réalisée, éventuellement complétée par des
explorations paracliniques.
La période périopératoire
est planifiée et le délai préopératoire est
éventuellement mis à profit pour préparer le patient
à l’intervention.
1- Évaluation
:
La probabilité de survenue des différentes
complications postopératoires est prévisible par un
examen préopératoire, et définit, en chirurgie réglée,
le risque opératoire.
Elle est conditionnée d’une part
par l’état de santé du patient et d’autre part par la
nature de l’acte chirurgical envisagé.
Connaître cette
probabilité permet de définir un niveau de risque
associé à l’acte chirurgical envisagé.
Ceci conduit
parfois à reconsidérer l’indication chirurgicale. Mais
cela permet également d’abaisser ce niveau de
risque en optimisant le traitement d’une pathologie
préexistante et peut nécessiter parfois de différer
l’intervention chirurgicale.
Enfin, connaître le niveau
de risque et sa nature permet de choisir la technique
anesthésique et le mode de surveillance per- et
postanesthésique les mieux adaptés au patient.
Toutes les décisions qui sont prises au terme de
l’évaluation préopératoire le sont en fonction du rapport
bénéfice/risque estimé, ce qui explique que la contre-indication
absolue à l’anesthésie générale n’existe pas.
Tout patient, quel que soit son état de santé,
peut être anesthésié pour un acte chirurgical d’intérêt vital ; et
inversement, un risque modéré peut suffire à contre-indiquer une
chirurgie à objectif fonctionnel ou esthétique.
* Déterminants du risque opératoire
De nombreuses études épidémiologiques sur de
larges cohortes de malades se sont attachées à identifier les grands
cadres pathologiques associés à une surmortalité postopératoire.
Toutes concordent sur les déterminants majeurs du
risque opératoire.
L’âge avancé est un facteur de risque retrouvé
par la totalité des études épidémiologiques l’ayant analysé, et ce
même après ajustement en fonction des pathologies associées.
La vieillesse est donc un facteur de risque
majeur, même en l’absence de toute pathologie associée.
La cardiopathie ischémique est un facteur de
risque cardiovasculaire majeur, particulièrement après un infarctus
du myocarde, et ce d’autant plus que cet infarctus est récent.
L’angor stable
peu invalidant ou la suspicion de coronaropathie
ischémique sont des situations complexes pour
lesquelles des recommandations pour l’évaluation
préopératoire ont été établies par l’American Heart
Association et l’American College of Cardiology.
L’évaluation et la préparation du patient se font
en fonction du type de chirurgie, de l’existence d’un geste de
revascularisation dans les 5 ans et d’indicateurs cliniques classés
en majeurs, intermédiaires ou mineurs.
L’insuffisance cardiaque est un facteur de risque
cardiovasculaire majeur retrouvé par toutes les
études portant sur l’analyse de ce risque L’insuffisance cardiaque est également un facteur
de risque de complications respiratoires, ainsi que
d’insuffisance rénale postopératoire.
L’insuffisance rénale est un facteur de risque de
mortalité toutes causes confondues ainsi que
d’insuffisance rénale postopératoire.
La bronchopneumopathie chronique obstructive
(BPCO) est un facteur de risque de morbidité
respiratoire postopératoire majeur retrouvé par
toutes les études portant sur l’analyse de ce risque.
Le diagnostic de cette affection est clinique ; en
effet, l’existence préopératoire d’une expectoration
purulente est mieux corrélée au risque de
complications postopératoires que ne le sont les
données des épreuves fonctionnelles respiratoires,
ou des gaz du sang.
Le type de chirurgie est un élément fondamental
du risque opératoire.
Trois types de chirurgie sont associés à une
mortalité et une morbidité postopératoire significativement plus
élevées :
les chirurgies vasculaires, thoraciques et
abdominales.
La chirurgie en urgence est également
assortie d’un risque accru.
L’existence d’une pathologie évolutive est un
facteur de risque de mortalité majeur qui est bien mis
en évidence par l’étude sur le risque chirurgical dans
les hôpitaux nord-américains de la Veterans Administration portant sur le suivi
à 30 jours de 87 078 actes de chirurgie non cardiaque.
Parmi
les dix variables les plus significatives du risque de
mortalité postopératoire apparaissent trois
marqueurs d’une pathologie évolutive :
l’hypoalbuminémie, retrouvée comme facteur de
risque dans les neuf types de chirurgie étudiés, un
cancer métastasé retrouvé dans huit types de
chirurgie sur neuf et enfin la perte de poids récente
retrouvée dans six types de chirurgie sur neuf.
D’autres facteurs déterminent à un moindre degré
le risque opératoire.
Le diabète n’est pas identifié comme facteur de
risque indépendant par toutes les études portant sur
la morbidité périopératoire.
Pedersen l’identifie comme facteur de risque de
mortalité en chirurgie majeure, mais ne le retient pas dans son
modèle final.
Lee le retient parmi les six
indicateurs du score de Goldman révisé. Novis,
reprenant six études recherchant le diabète comme
facteur de risque d’insuffisance rénale, ne le
retrouve identifié comme tel que dans une seule
étude.
Cependant, il est maintenant admis que le
diabète est un facteur de mortalité quand il
s’accompagne d’une dysautonomie ; celle-ci doit
donc être recherchée en préopératoire.
L’obésité est un facteur de risque retrouvé par
une seule étude, avec un impact sur la morbidité
qualifié de faible.
L’étude de la Veterans
Administration, qui est la plus large étude de
morbidité et de mortalité postopératoires, n’identifie
pas l’obésité comme un facteur de risque.
Néanmoins, l’anesthésie de l’obèse pose un certain
nombre de problèmes techniques qui méritent d’être
planifiés à l’avance.
Notamment, l’obésité rend la
ventilation et l’intubation plus difficiles et a des
conséquences majeures sur la mécanique ventilatoire.
Le tabagisme est un facteur de risque retrouvé
par une seule étude, avec un impact sur la
morbidité respiratoire qualifié de faible.
Cette même
étude l’identifie comme un facteur de risque de
morbidité cardiaque quand il existe des antécédents
d’infarctus du myocarde, même anciens.
L’hypertension artérielle est identifiée par
certaines études comme un facteur de risque
d’insuffisance rénale.
Elle est dans certains
travaux un facteur de risque de morbidité
cardiovasculaire.
* Classifications et scores
La classification ASA est un score introduit en
1941 et adopté par l’American Society of
Anesthesiologists en 1962 pour faciliter les
statistiques en anesthésie, et non pour estimer le
risque opératoire.
Elle est cependant largement
utilisée pour appréhender le risque de façon globale,
car elle est corrélée au risque par la totalité des
études épidémiologiques l’ayant analysée, quels que
soient les types de complications étudiés.
Chez le bronchopathe chronique, la classification
ASA est un meilleur prédicteur du risque opératoire
que les épreuves fonctionnelles respiratoires.
De
même, la classification ASA semble être plus à même
de prédire la mortalité postopératoire que des scores
complexes, prévus à cet effet.
L’index de Goldman est l’un des
plus anciens scores utilisés pour prédire les
complications cardiovasculaires graves, c’est aussi le
plus utilisé.
Il a été créé après l’analyse des données
recueillies chez 1 001 opérés de plus de 40 ans en
chirurgie non cardiaque au Massachusetts General
Hospital de Boston.
Neuf variables sont nécessaires,
une importance relative leur étant attribuée sous
forme de points.
Le total des points permet
d’attribuer au patient une des quatre classes depuis
la classe 1 (entre 0-5 points) à la classe 4 (> 25 points)
avec un risque de morbidité périopératoire de nature
cardiaque inférieur à 1% en classe 1 et atteignant
78%en classe 4.
Cet index a été validé par plusieurs
études prospectives en Amérique du Nord et en
Europe avec des variations de morbidité observées
selon les centres.
Une étude portant sur 474 opérés
à haut risque cardiovasculaire ne l’identifie pas
comme facteur de risque indépendant après analyse multivariée.
L’index de Detsky est une
modification de l’index original de risque cardiaque
de Goldman obtenue en 1986 en incorporant
d’autres variables comme l’angor classes III et IV de
la classification de la Société cardiovasculaire
canadienne, l’angor instable et les antécédents
d’oedème pulmonaire.
Enfin, le score de Goldman a
été modifié en 1987 en compilant les observations
de quatre études, puis révisé et simplifié en 1999
après une vaste démarche d’analyse sur 4 315
patients puis de validation sur 2 893 patients.
Ces scores sont les plus répandus et les plus usités.
Un grand nombre d’autres ont été proposés ; tous
présentent les mêmes défauts : une morbidité variable selon les centres et les types de chirurgie et
une inaptitude à quantifier les niveaux de risque
faible.
2- Préparation :
Une préparation du patient préalablement à l’acte
chirurgical permet de réduire la durée d’hospitalisation
et la durée de séjour en soins intensifs et de prévenir des complications
postopératoires graves.
* Préparation des patients avec bronchopathie
chronique obstructive
Chez le patient ayant une BPCO, les manoeuvres
d’expansion pulmonaire préopératoire comme la
kinésithérapie respiratoire ou une ventilation non
invasive réduisent le risque de complications
respiratoires postopératoires.
Un traitement bronchodilatateur doit être institué chez les patients
présentant un syndrome obstructif, et une
surinfection bronchique doit être traitée.
Le sevrage tabagique n’a d’intérêt que s’il est
débuté au moins 8 semaines avant la date de
l’intervention car paradoxalement, les complications
respiratoires sont plus fréquentes lorsque la durée de
sevrage est inférieure à cette durée.
* Préparation des asthmatiques
L’hyperréactivité bronchique est un problème
constant chez l’asthmatique.
Elle peut être à l’origine
d’un bronchospasme peranesthésique qui est une
crise d’asthme particulière en raison de sa sévérité et
de son mode de déclenchement.
Bien que cette
complication puisse également survenir de façon
inopinée chez des patients asymptomatiques, son
intensité est globalement corrélée à la gravité
symptomatique de l’asthme.
Enfin, la technique
anesthésique peut avoir un effet sur la bronchomotricité
et interagir avec les médicaments
antiasthmatiques.
L’évaluation préopératoire d’un asthmatique est
essentiellement clinique et cherche à répondre à
deux questions principales : existe-t-il une
obstruction bronchique intercritique ?
À quel niveau
de réactivité se situe l’arbre aérien du patient ?
La conclusion de cette évaluation permet de
décider ou non de l’intensification d’un traitement
dans les jours précédant l’intervention (corticothérapie
inhalée ou orale), d’une médication spécifique
dans les instants précédant l’induction anesthésique,
et enfin guide le choix de la technique anesthésique
(choix préférentiel de l’anesthésie locorégionale).
* Optimisation des coronariens
La revascularisation myocardique avant un acte
chirurgical diminue le risque cardiovasculaire.
Il
n’est cependant pas légitime d’entreprendre une
revascularisation dans le seul souci de réduire le
risque car elle expose à un risque propre qui
s’additionne à celui de la chirurgie non
coronarienne.
Elle ne doit être effectuée que
lorsqu’elle est de toute façon nécessaire, même en
l’absence de tout acte chirurgical.
L’intensification de
la prise en charge périopératoire après réévaluation
est l’attitude recommandée.
L’utilisation périopératoire des bêtabloquants a
prouvé son efficacité chez le patient à risque.
* Optimisation des thérapeutiques intercurrentes
La consultation d’anesthésie a également pour
rôle de recenser les traitements pris par le patient et
pouvant interférer avec l’anesthésie.
Deux types
d’interactions sont principalement décrits : les
interactions pharmacocinétiques liées à une
modification de l’absorption, de la distribution, de la
transformation ou de l’excrétion d’un médicament
par un autre et des interactions pharmacodynamiques
liées aux modifications des paramètres
physiologiques par le traitement de fond du patient.
Les interactions les plus fréquentes sont d’ordre
pharmacodynamique et portent essentiellement sur
le système cardiovasculaire.
C’est ainsi que la prise
d’inhibiteur de l’enzyme de conversion augmente le
risque d’hypotension artérielle induite par les agents
anesthésiques.
Les médicaments présentant des
risques d’interaction pharmacocinétique agissent
principalement au niveau de la biotransformation
hépatique et de l’élimination urinaire.
3- Envisager la période postopératoire
:
L’analgésie postopératoire, notamment par voie
péridurale, réduit la survenue de complications
pulmonaires et pourrait jouer un rôle dans la
survenue des ischémies myocardiques chez les
malades à risque.
De plus, pour un certain
nombre d’actes chirurgicaux, l’incidence des
douleurs chroniques dans la zone opératoire peut
être diminuée par une analgésie per- et
postopératoire adaptée.
Le choix de l’analgésie
postopératoire est donc conditionné par une parfaite
connaissance de la chirurgie envisagée et du terrain
du patient.
De plus, une bonne information du
patient est nécessaire pour une bonne adhésion à la
technique employée (analgésie autocontrôlée,
anesthésie locorégionale).
La consultation
d’anesthésie est donc le meilleur moment pour
planifier et expliquer l’analgésie postopératoire.
L’éventualité d’un séjour en soins intensifs ou en
réanimation doit être planifiée pour des raisons
évidentes de disponibilité de place et une
information appropriée doit être délivrée au patient.
Information
:
L’information est un devoir de tout praticien
envers son patient.
Ceci étant, il est difficile de
délivrer une information exhaustive de tous les
risques possibles.
Il paraît donc cohérent de
s’intéresser à deux types de risques : les risques liés à
des événements fréquents, fussent-ils bénins
(nausées/vomissements postopératoires, frissons postanesthésiques) mais également les risques
d’événements rares, mais d’une gravité particulière
et ce, paradoxalement, d’autant plus que l’acte
chirurgical et l’anesthésie qui l’accompagne
comportent un risque faible.
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