L’agnosie visuelle est une incapacité à reconnaître des informations visuelles
antérieurement connues du patient, en l’absence de trouble sensoriel
élémentaire, de trouble du langage, de la mémoire ou de l’intellect.
Impossible (ou très altérée) sur présentation visuelle, la reconnaissance
s’effectue immédiatement par un autre canal sensoriel.
Les premières descriptions de ce syndrome rare ont été effectuées par Münck
chez le chien (1876, 1878), mais c’est à Lissauer (1890) que revient le mérite
de la première observation anatomoclinique chez l’homme.
Lissauer
pensait qu’il existait deux formes principales d’agnosie d’objet : l’agnosie
aperceptive et l’agnosie associative, et il est remarquable de constater qu’un
siècle plus tard, cette distinction garde son actualité.
Puis d’autres
observations d’agnosie d’objet ont été rapportées, et d’autres formes cliniques
ont été identifiées : l’alexie sans agraphie (Déjérine, 1892), l’agnosie des
physionomies (Bodamer, 1947).
Mais les cas purs et typiques restaient exceptionnels et les limites nosologiques du syndrome incertaines,
notamment vis-à-vis de l’aphasie et des troubles intellectuels, et l’existence
de l’agnosie en tant qu’entité autonome s’est trouvée remise en question.
Aujourd’hui, grâce aux apports de la psychologie expérimentale, de
l’imagerie cérébrale fonctionnelle et de la description soigneuse
d’observations démonstratives (études dites en cas unique) en référence aux
concepts théoriques modernes de la perception visuelle, plus personne ne
conteste son existence.
Psychophysiologistes, neurobiologistes, chercheurs
de la neuropsychologie cognitive et ingénieurs en intelligence artificielle
apportent chaque jour des données nouvelles à la compréhension de l’agnosie
visuelle.
Circonstances de survenue
:
L’agnosie visuelle peut exister de façon globale, intéressant l’ensemble des
catégories de stimuli visuels, ou de façon dissociée.
L’agnosie pour les objets
et les images, les troubles de la reconnaissance des couleurs, l’agnosie pour
les symboles graphiques et l’agnosie des physionomies ou prosopagnosie en
représentent alors les aspects principaux.
Le trouble peut survenir d’emblée, ou représenter la forme évolutive d’une
cécité corticale, l’acuité visuelle récupérant progressivement, alors que la
reconnaissance reste perturbée.
Les principales étiologies sont représentées
par les traumatismes craniocérébraux, les séquelles d’anoxie cérébrale ou
d’intoxication par l’oxyde de carbone, les encéphalites. Les accidents
ischémiques bilatéraux de l’artère cérébrale postérieure et les tumeurs
spléniales sont plus rares.
Des manifestations agnosiques s’observent aussi
dans les démences, notamment la maladie d’Alzheimer, mais elles sont, en
règle générale, associées à d’autres troubles cognitifs.
Des observations d’agnosie progressive dans le cadre d’un syndrome
d’atrophie corticale postérieure sont actuellement rapportées.
Comme
pour les autres syndromes cognitifs progressifs, toute la question est de
déterminer les relations de ces troubles avec les démences corticales.
Agnosie pour les objets et les images
(ou agnosie visuelle) :
Le comportement des patients atteints d’agnosie visuelle est très
caractéristique ; ils ne peuvent reconnaître des objets présentés à leur vue,
alors que la palpation ou l’audition d’un bruit caractéristique entraîne une
identification immédiate.
La reconnaissance d’images est encore plus
difficile.
Les patients ne peuvent ni dénommer le stimulus, ni mimer son
usage.
À la suite de Lissauer, il reste habituel de distinguer une agnosie
aperceptive, par défaut de construction d’une représentation perceptive
structurée, et une agnosie associative, par séparation de cette représentation
des unités sémantiques et des représentations antérieures qui lui donnent son
sens.
Mais d’autres formes intermédiaires ont été découvertes. Les modèles
cognitifs modernes reposent sur l’analyse de cas cliniques sélectionnés et sur
les données de la psychologie expérimentale.
Ils postulent une organisation
modulaire des processus de traitement de l’information.
La reconnaissance
visuelle des objets nécessite ainsi l’activation par niveaux successifs de
plusieurs représentations mentales (structurale, sémantique et lexicale),
fonctionnellement indépendantes et dissociables par des tâches spécifiques.
La mise en correspondance des formes cliniques avec ces niveaux de
structuration perceptive a représenté un pas décisif dans la compréhension de
l’agnosie visuelle. Le modèle de Marr, repris et complété à la suite
des constatations de Humphreys et Riddoch en 1987, est le plus connu.
A - Niveau sensoriel - agnosie de formes
:
Le traitement sensoriel des informations visuelles est assuré par un ensemble
fonctionnel : cellules ganglionnaires de la rétine, corps genouillés latéraux,
aires corticales visuelles striées et parastriées ; ce système code en parallèle
les traits physiques élémentaires tels que l’intensité lumineuse, la fréquence
spatiale, la profondeur, et les intègre en utilisant les principes de groupement
et colinéarité.
Les modélisations mathématiques ont montré que la différenciation fondforme
s’élaborait progressivement : l’image est perçue sous la forme de
micro-unités élémentaires, les géons, qui représenteraient les unités
minimales de la perception, comme les traits phonétiques représentent les
unités minimales du langage, et qui sont progressivement assemblés en unités
structurales (traitement perceptif).
À ce stade, le traitement de l’information globale (la forêt) prime en principe
sur celui de l’information locale (les arbres qui la constituent).
Ces premières étapes de l’analyse visuelle aboutissent à la construction d’une
esquisse primaire, appelée 2D dans le modèle de Marr.
Elles ne sont pas
perturbées dans l’agnosie visuelle, mais on a pu identifier une agnosie des
formes, caractérisée par un échec massif à toutes les épreuves de copie,
d’appariement et de reconnaissance de formes visuelles. Les patients
déclarent mal voir et ne rien reconnaître.
Leur comportement rappelle celui
des sujets atteints de cécité corticale, mais ils restent capables d’identifier des
couleurs et de repérer la présence d’objets en mouvement.
Le trouble
s’extériorise aussi dans certaines épreuves : différenciation fondforme
et discrimination des formes différentes (test d’Efron).
Cette
interruption précoce dans le processus de structuration perceptive vaut à
l’agnosie des formes d’être considérée comme un désordre de nature préagnosique, ou comme une agnosie aperceptive de rang inférieur.
B - Niveau structural - construction d’une représentation
structurée - agnosies aperceptives :
Après la réalisation de l’esquisse primaire 2D, le traitement de l’information
visuelle devient beaucoup plus complexe et inclut progressivement les
notions de profondeur et de distance relative ; la perception se structure, mais
reste incomplète, instable et dépend encore du point de vue et de l’angle sous
lequel est observé d’objet ; elle change lorsqu’on se déplace ou qu’on fait
tourner l’objet sur lui-même.
L’image est dite égocentrée. Le terme de niveau
2D1/2 souligne que l’on est à un niveau intermédiaire, entre l’esquisse
primaire 2D et une représentation en relief 3D.
La perturbation de ce niveau serait à l’origine de l’agnosie aperceptive
proprement dite. Les formes les plus caractéristiques ont été rapportées chez
des patients atteints de lésions hémisphériques postérieures droites.
Les patients paraissent perplexes face à l’objet ; ils effectuent des erreurs de
reconnaissance de type morphologique visuel avec des circonlocutions
descriptives de compensation.
Le diagnostic repose sur la perturbation
d’épreuves de reconnaissance perceptive.
On peut aussi utiliser
la batterie Birmingham object recognition battery (BORB), de Riddoch et
Humphreys.
Les troubles les plus évocateurs sont les suivants :
– troubles de copie de dessins ;
– troubles d’appariement d’objets ou de formes identiques ;
– échec aux épreuves dites de décision d’objet ;
– surtout, échec aux épreuves de reconnaissance d’objets présentés sous un
angle de vision insolite, alors que les mêmes objets, présentés sous un angle
de vision habituel, sont correctement identifiés.
L’agnosie d’intégration décrite par Riddoch et Humphreys serait une
agnosie aperceptive de rang supérieur, ou une forme intermédiaire entre
l’agnosie aperceptive et l’agnosie associative.
L’identification des formes
visuelles est extrêmement lente et laborieuse, les formes comportant peu de
détails sont plus vite et mieux reconnues que les formes complexes.
La copie
est possible, mais très lente et servile, c’est-à-dire détail par détail.
Les
patients échouent dans les tâches explorant la structuration perceptive
élaborée (exemple : décision d’objet), tout en restant capable d’apparier des
images d’objets vus sous des angles différents, ce qui suppose un accès au
moins partiel à la représentation 3D.
Le trouble est interprété comme un
défaut d’intégration des détails dans la structure globale de l’image de l’objet.
L’agnosie de transformation est une autre forme d’agnosie aperceptive, de
rang encore supérieur, observée au cours de lésions unilatérales pariétales
droites, et liée au défaut de construction de la représentation 3D.
Celle-ci
est une forme stabilisée et achevée de l’image 2D1/2, intégrant les notions de
volume et d’axes de symétrie ; elle est exocentrée, invariante et indépendante
de la position de l’observateur.
Elle permet la constance de la forme.
C - Accès au niveau sémantique - agnosie associative :
L’étape suivante du processus de reconnaissance visuelle conduit à comparer
la représentation structurale aux représentations prototypiques stockées en
mémoire sémantique.
Selon Charnallet et Carbonnel : « Si un accord se
produit avec l’une de celles-ci, elle est alors activée et donne accès aux
informations sémantiques relatives à l’objet, qui lui sont associées. »
Mais la
façon dont la représentation structurale active ces représentations stockées en
mémoire sémantique reste largement inconnue. Humphreys et al
évoquaient un mode d’activation en cascade, avec des phénomènes de
préactivation catégorielle et d’inhibition, en même temps sérielles et
simultanées.
À partir de simulations informatisées, les théories
connexionnistes proposent des hypothèses d’activation par couches, en nappe
ou en réseau.
L’existence de troubles de reconnaissance spécifiques d’une catégorie de
stimuli, par exemple les objets manufacturés par rapport aux objets
naturels, ou les objets animés par rapport aux objets inanimés, suggère
que les stocks sémantiques sont indépendants les uns des autres, et
indépendants aussi des modalités sensorielles d’accès.
L’agnosie associative est la conséquence d’une atteinte de ces associations visuosémantiques, distincte d’un trouble d’association visuoverbale. Dans les
formes les plus typiques, les patients produisent sans signe de
perplexité ni de recherche mentale des réponses erronées.
Les erreurs sont
presque toujours sémantiques ou n’ont aucun lien avec l’objet.
Les
persévérations sur les réponses précédentes et les circonlocutions bizarres ne
sont pas rares. Les patients ne peuvent mimer l’usage de l’objet ; la
reconnaissance par le toucher est meilleure, mais rarement parfaite.
Le trouble le plus caractéristique est l’incapacité à
apparier des objets ou des images différentes, mais de même usage
fonctionnel et/ou appartenant à la même catégorie sémantique : une lampe et
une bougie ou une montre, un réveille-matin et une pendule, alors que
l’appariement de formes identiques est conservé.
Lorsque les lésions responsables ne sont pas bilatérales, elles intéressent en
règle l’hémisphère gauche, en région pariétale au niveau du gyrus angulaire
et le splenium du corps calleux.
D - Atteinte des stocks sémantiques - agnosie asémantique
:
Chez certains patients présentant des lésions diffuses de type Alzheimer ou encéphalitiques, le trouble de reconnaissance évoque une agnosie associative,
mais s’observe aussi bien en modalité visuelle que tactile et auditive.
Quel
que soit le mode de présentation, les patients ne peuvent définir l’objet, ni
donner son usage.
Non limité au seul canal visuel, ce trouble évoque
davantage une atteinte de la mémoire sémantique qu’une agnosie au sens
strict du terme, mais l’usage a consacré le terme d’agnosie asémantique.
E - Relations visuoverbales et dénomination aphasie optique :
La dernière étape consiste en une activation des représentations lexicales
impliquées dans la verbalisation du stimulus et dépend des aires du langage
de l’hémisphère gauche.
L’aphasie optique, ou anomie visuelle, est une forme frontière de l’agnosie
visuelle.
On l’interprète classiquement comme une dysconnexion calleuse
entre les représentations visuosémantiques et les aires du langage, ou
comme un trouble d’activation du système sémantique spécifique de la
modalité visuelle.
Elle se présente comme un trouble de dénomination sur canal visuel pur et
isolé, les autres épreuves verbales, le mime d’objets et les descriptions de
l’objet faites par le patient attestant de sa bonne reconnaissance visuelle de
l’objet.
F - Agnosie objets-images : facteurs anatomiques
et physiopathologiques
:
La reconnaissance d’objets et d’images met en jeu des systèmes cérébraux
complexes, dont la compréhension a beaucoup bénéficié des travaux récents
de psychologie expérimentale, d’imagerie cérébrale fonctionnelle, et des
modèles théoriques de l’intelligence artificielle.
À partir des relais visuels sous-corticaux et du cortex strié (aire 17 ou V1)
impliqués dans le traitement sensoriel primaire (système géniculocortical),
l’information visuelle est traitée par deux sous-systèmes principaux. Des
constatations expérimentales et des données anatomocliniques
humaines ont conduit à distinguer :
– une voie ventrale occipitotemporale de l’aire V1 vers l’aire V4, la voie du
« quoi », impliquée dans l’identification des objets et de leurs attributs ;
– une voie dorsale occipitopariétale, de l’aire V1 vers l’aire V5, la voie du
« où », impliquée dans le repérage spatial des objets, la détection de leur
position et du mouvement : cette voie interviendrait aussi dans le traitement
des images mentales, mais dans ce cas V1 ne serait pas activée.
La voie ventrale serait la plus directement concernée par les processus
pathologiques de l’agnosie visuelle.
Dans la plupart des observations, les
lésions sont en effet bilatérales et intéressent les confins occipitotemporaux
inférieurs (gyri lingual et fusiforme), de façon moins constante le splenium
du corps calleux et les aires pariétales associatives (gyrus angulaire).
Il ne faut toutefois pas se représenter ces voies comme des entités distinctes et
séparées : dans certaines circonstances pathologiques, la voie dorsale pourrait
pallier partiellement les déficits de la voie ventrale, ce qui pourrait avoir des
implications pour les processus de rééducation.
D’autre part, les deux voies
sont connectées par les autres aires corticales, notamment frontales, et
celles-ci exercent un effet de rétro-information en feed-forward sur les aires
plus perceptives : nous percevons l’objet en fonction de ce que nous savons
déjà de lui, et les données stockées dans le système sémantique modulent le
traitement sensoriel, et peut-être même modifient déjà les conditions de
réception périphérique et de transmission du message visuel.
Le traitement se poursuit ensuite à un niveau plus élaboré dans le cortex inférotemporal qui reçoit les afférences multisynaptiques issues des cortex
striés et parastriés.
Les données électrophysiologiques chez l’animal
indiquent que les neurones inférotemporaux ont un champ récepteur large,
répondent à des stimuli à la fois complexes et spécifiques, et peuvent coder
une information tridimensionnelle.
Le cortex inférotemporal serait ainsi le
support anatomique des processus d’élaboration des structures visuelles
2D1/2 et 3D.
Des données, cette fois comportementales, confèrent aussi au
cortex inférotemporal un rôle dans la confrontation du produit de la
catégorisation perceptive avec les représentations structurales des objets,
antérieurement mémorisées.
L’intégration des informations visuelles avec les
données de position, d’orientation et de mouvement du stimulus dépendrait
de la voie dorsale, occipitopariétale.
L’influence de la spécialisation hémisphérique doit aussi être considérée.
Warrington considère que l’hémisphère droit serait spécialisé dans la
catégorisation et la structuration perceptive (traitement de la forme), quelle
que soit la nature du stimulus.
Pour d’autres auteurs, l’hémisphère droit
serait supérieur dans l’encodage structural des visages, mais l’hémisphère
gauche aurait l’avantage pour la reconnaissance des symboles graphiques.
L’interface perception-sémantique pourrait être traitée dans l’hémisphère
gauche et mettre en jeu de nombreuses régions cérébrales connectées en
réseau : le cortex limbique, le frontal externe et une aire d’association
plurimodale, le gyrus angulaire, ainsi que des connexions
interhémisphériques : l’hypothèse traditionnellement admise pour expliquer
l’agnosie associative est celle d’une dysconnexion entre les systèmes
cognitifs sémantiques de l’hémisphère gauche et les systèmes perceptifs de
l’hémisphère droit, l’hémianopsie latérale homonyme droite, habituellement
associée, empêchant l’information visuelle d’arriver directement au langage.
Toutefois, cette hypothèse ne peut rendre compte de tous les faits cliniques
observés, et l’hypothèse d’un trouble direct de la reconnaissance sémantique
visuelle des objets, peut-être par défaut de catégorisation abstraite, a été
évoquée.
On comprendrait alors la responsabilité prépondérante des
lésions du gyrus angulaire de l’hémisphère gauche, cortex associatif
multimodal, certainement très impliqué dans ces activités de catégorisation.
Les techniques d’imagerie métabolique et fonctionnelle permettent, in vivo,
de vérifier les données théoriques et expérimentales concernant la
participation variable et modulable, en fonction de la tâche réalisée, de
différentes structures cérébrales dans le traitement de l’information visuelle.
En pratique courante, ces techniques peuvent représenter une aide au
diagnostic lorsque l’imagerie morphologique classique (imagerie par
résonance magnétique, scanner X) reste muette devant un patient présentant
des symptômes d’agnosie visuelle.
Alexie sans agraphie ou alexie pure
:
Elle est caractérisée par une perturbation sévère de la lecture coexistant avec
la préservation de l’écriture spontanée et sous dictée et de la capacité à
reconstituer la prononciation d’un mot épelé oralement.
Selon les cas, les
difficultés apparaissent dès l’identification de lettres isolées (alexie littérale),
mais elles peuvent alors s’amender si le sujet en trace le contour avec le doigt
(facilitation kinesthésique) ou prédominent sur les mots (alexie
verbale).
La lecture est lente et laborieuse, caractérisée par un déchiffrage
lettre par lettre, et entachée d’erreurs visuelles dont la fréquence augmente
avec la longueur du mot.
La copie est impossible ou malhabile.
La lecture de
chiffres isolés et la capacité de les comparer (4 est plus grand que 2) seraient
conservées, et traduiraient peut-être l’intervention de l’hémisphère droit non
lésé, alors que la lecture à haute voix de nombres, la lecture des symboles
arithmétiques et le calcul seraient impossibles ou altérés par la lésion de
l’hémisphère gauche.
Des observations récentes font état de capacités résiduelles de reconnaissance
globale et de compréhension de nombreux mots dans des situations où
l’identification explicite du mot n’est pas exigée.
L’hypothèse d’une
activation globale inconsciente des représentations des unités verbales, sans
que soit achevée leur identification complète, a été évoquée.
L’alexie pure est habituellement secondaire à une lésion occipitotemporale
gauche inféro-interne (gyri lingual et fusiforme) ou du cortex
occipitopariétal gauche.
L’hypothèse retenue par Geschwind pour
expliquer ce trouble était celle d’une dysconnexion visuoverbale par atteinte
du cortex occipital gauche et du splénium calleux, analogue aux
dysconnexions visuosémantiques de l’agnosie associative et coloriverbale de
l’anomie des couleurs.
Mais cette hypothèse ne rendait pas compte des cas
sans hémianopsie latérale homonyme (HLH) ou avec une simple quadranopsie, qui autorisent l’entrée d’informations visuelles à gauche, et ne
tenait pas compte du rôle du cortex associatif visuel occipitotemporal, dans
l’intégration perceptive élaborée des stimuli.
La tendance actuelle est plutôt
d’attribuer l’alexie pure à une atteinte du cortex visuel associatif occipitotemporal gauche et/ou de la substance blanche périventriculaire sousangulaire,
perturbant l’intégration des caractères visuels des mots écrits issus
des cortex visuels droit et gauche, et/ou perturbant la transmission de cette
information au gyrus angulaire gauche.
Cette hypothèse est compatible avec
le maintien d’un mode d’activation globale des représentations du mot, sans
identification explicite.
Le déchiffrage lettre par lettre est probablement une
stratégie compensatoire explicite de lecture dont le support anatomique reste
mal connu.
Troubles de la vision et de la reconnaissance
des couleurs
:
Du trouble le plus sensoriel au trouble le plus verbal, l’achromatopsie
cérébrale, l’agnosie des couleurs et l’anomie des noms de couleurs
représentent les trois formes communément admises de troubles de
reconnaissance des couleurs.
Mais les formes associées, transitoires ou
intermédiaires restent les plus fréquentes, et il est donc recommandé de
procéder à un examen complet et très systématique avant de formuler une
hypothèse sur le niveau de reconnaissance colorée perturbé.
A - Achromatopsie cérébrale :
L’achromatopsie cérébrale est un trouble de discrimination des couleurs qui
survient au cours d’une lésion cérébrale acquise, temporo-occipitale
bilatérale, et qui se distingue ainsi aisément des achromatopsies héréditaires,
autosomales récessives ou liées à l’X.
Elle est souvent associée à une
hémianopsie altitudinale et à la prosopagnosie.
Dans les formes complètes,
les patients se plaignent que le monde a perdu ses couleurs, tout est gris,
marron, ou noir et blanc.
La perturbation des tests de discrimination colorée test d’Ishihara et test de Farnsworth-Munsell 100 Hue permet de mettre en
évidence les formes modestes.
La dénomination et la désignation des couleurs
sont perturbées, mais le coloriage, la discrimination des gris et l’imagerie
mentale colorée sont conservés.
Chez les sujets achromatopsiques, des
modifications du comportement en réaction involontaire à des variations
chromatiques et la conservation de capacités de traitement implicite des
données colorées, peut-être par mise en jeu du second système visuel, ont été
récemment rapportées.
Sur le plan anatomique, l’imagerie métabolique ou en résonance nucléaire
montre le plus souvent une atteinte bilatérale des confins temporo-occipitaux,
en règle les gyri lingual et fusiforme.
L’atteinte de l’aire 17 ne paraît pas
obligatoire.
Chez le singe, les travaux de Zeki ont montré l’existence
d’une aire corticale particulière, située en région temporopariétale externe,
dite aire V4, dont les neurones sont organisés en colonnes fonctionnelles et
répondent de façon spécifique à chaque couleur, quelles que soient les
variations de brillance, de luminosité et de nuances colorées de l’objet éclairé.
L’ablation du cortex temporal chez le macaque, en avant de cette aire V4,
reproduit le comportement d’achromatopsie, mais l’ablation du cortex
temporal inférieur moyen n’entraîne pas de trouble.
Il n’est donc pas possible
d’extrapoler pour l’instant du singe à l’homme.
Le rôle des voies et noyaux parvocellulaires dans la discrimination colorée explicite paraît probable.
B - « Agnosie » des couleurs
:
La couleur étant un attribut purement visuel de l’objet, non susceptible d’être
reconnu par un autre canal sensoriel, il n’existe pas, en théorie, d’agnosie
limitée au monde des couleurs.
Mais certains patients non achromatopsiques
présentant des lésions postérieures bilatérales, échouent aux tests
d’association des nuances d’une même teinte et présentent des troubles de
désignation, de dénomination, de coloriage et d’imagerie mentale qui
suggèrent l’existence, chez ces patients, d’un trouble de connaissance de la
couleur, en tant qu’attribut sémantique des objets.
La conservation de
l’imagerie mentale colorée chez les achromatopsiques représente la
dissociation inverse, et l’ensemble de ces constatations suggère que la lésion
cérébrale peut réaliser une séparation entre les processus d’entrée et de
traitement perceptif des couleurs d’une part, et les stocks de représentations
colorées de la mémoire sémantique d’autre part.
Ce qui est assez proche du
concept classique d’agnosie associative.
C - Anomie des couleurs :
L’anomie des couleurs est un trouble de désignation et de dénomination des
couleurs sans trouble de discrimination ni de perception colorée : le patient
n’exprime pas de plainte spontanée car il voit le monde normalement coloré ;
il réussit les tests d’Ishihara et de Farnsworth-Munsell et les épreuves de
coloriage, mais produit des erreurs de dénomination et de désignation.
L’association à l’alexie pure est constante.
Dans la plupart des cas, il s’agit d’une dysconnexion coloriverbale par perte des relations entre le lobe
occipital droit, qui assure les activités de discrimination et d’appariement, et
les aires hémisphériques gauches du langage.
Enfin, il existe de très rares cas
d’aphasie limitée au nom des couleurs suggérant, indépendamment de la
séparation traitement perceptif/stock de représentations colorées
précédemment évoquée, que ce stock peut être séparé du stock de
connaissance des objets n’ayant pas d’association coloriverbale habituelle.
Prosopagnosie
:
La prosopagnosie est plus fréquente que l’agnosie d’objet.
Elle se définit
comme l’incapacité à reconnaître l’identité d’un visage connu, en l’absence
de déficit sensoriel et intellectuel.
Le trouble s’étend aux personnes très
familières (parents, amis), voire au patient lui-même.
En revanche, le sujet
reste capable d’identifier la personne par sa voix, par quelques traits distinctifs
(habillement, stature) ou détails visuels (moustache, grain de beauté).
La
plupart des sujets peuvent déterminer l’âge, le sexe de la personne et
l’expression de son visage, mais sont très gênés pour mémoriser de nouveaux
visages, y compris ceux des soignants qui s’occupent d’eux.
La
prosopagnosie est habituellement permanente, mais un cas temporaire, sous
la forme de métamorphopsies limitées aux visages, a pu être observé.
On
a aussi rapporté des cas de prosopagnosie progressive, s’aggravant lentement
sur plusieurs mois, dans le cadre des atrophies corticales postérieures.
La spécificité de la prosopagnosie a été mise en doute.
Les visages sont des
stimuli très complexes dont le caractère unique dépend d’infimes différences
visuelles ; en outre, la mémoire relative aux individus est très spécifique et
son évocation dépend d’un contexte temporel et spatial.
Ainsi, un certain
nombre d’auteurs avaient-ils apparenté la prosopagnosie, soit à un déficit
perceptif, soit à un déficit gnosique pour les exemplaires de classes
visuellement ambiguës, ou à un déficit mnésique spécialisé.
Mais le
développement récent des connaissances neurobiologiques et les progrès en
psychologie cognitive ont confirmé la spécificité de la prosopagnosie et du
traitement cérébral visuel des visages.
À la suite de Bruce etYoung, on
admet que ce traitement comporte différents niveaux dissociables par la
pathologie.
En théorie, on devrait donc observer autant de formes cliniques que de
niveaux de traitement, mais les essais de fractionnement fin du syndrome à
l’aide de batteries spécifiques, se sont pour l’instant heurtés à
l’extrême variabilité individuelle du trouble, et à l’association des déficits
entre eux.
À la suite de de Renzi et al, on retiendra l’existence de deux
formes principales de prosopagnosie :
– la première est une atteinte du versant perceptif du processus de
reconnaissance des visages, portant sur l’analyse et l’intégration des traits
composant le visage, qui permettent d’aboutir à un percept structuré ; cette
forme de prosopagnosie se traduit généralement par des difficultés dès le stade
d’appariement de visages non familiers, mais peut n’apparaître que lors de
l’extraction d’invariants dans la physionomie (appariement de visages
présentés selon une pose différente ou avec une expression différente) ;
– la deuxième forme isole les processus d’intégration perceptuelle de la
mémoire sémantique relative aux visages ; ces sujets apparient facilement les
visages non familiers, quelles que soient les variations dans la présentation ;
en revanche, ils sont incapables de classer les visages en familiers et non
familiers, de retrouver le nom associé à un visage, ni même de donner une
quelconque information sur la personne (profession, pays d’origine...) ; en
revanche, l’identité de l’individu connue peut être évoquée par d’autres
entrées, notamment son nom.
Certains sujets prosopagnosiques font preuve de capacités d’identification
implicite de visages connus dans des tâches où la reconnaissance explicite de
ces visages n’est pas recherchée (appariement de visages,
apprentissage d’une association nom-visage, interférence et effet priming des
visages connus sur la reconnaissance des noms).
Ces performances implicites
semblent dépendre des stades les plus élaborés de la perception visuelle, où
peuvent déjà exister quelques associations sémantiques.
Pour d’autres
auteurs, elles traduisent un processus mental complet d’identification des
visages déconnecté du champ de conscience.
La prosopagnosie survient dans les suites de lésions occipitotemporales
inféro-internes concernant généralement les gyri fusiforme, lingual et
parahippocampique.
Damasio et al ont proposé de distinguer trois formes
cliniques principales en référence aux lésions cérébrales responsables :
– une agnosie des visages isolée, par lésion bilatérale des cortex associatifs
visuels occipitotemporaux inférieurs ;
– une agnosie associative et amnésique, par lésion bilatérale des aires
temporales antérieures ;
– des déficits partiels et inconstants de la reconnaissance des visages au cours
d’atteintes unilatérales droites.
Les techniques d’imagerie métaboliques par émission monophotonique
(SPECT), émission de positons (PET) ou d’imagerie fonctionnelle en
résonance magnétique (f-IRM) ont confirmé le rôle central joué par le cortex
inféro-temporo-occipital droit dans les processus de reconnaissance des
visages.
D’autres régions cérébrales semblent également activées, de façon plus
sélective, en fonction de la tâche réalisée.
Ainsi, la région inférotemporale gauche et le cortex frontal gauche seraient sollicités dans des
épreuves de catégorisation sémantique et de discrimination des caractères
d’âge et de sexe d’un visage.
Un réseau associant les régions frontale droite,
pariétale droite et cérébelleuse gauche serait particulièrement impliqué dans
les tâches de reconnaissance d’un visage nouveau, alors que pour des visages
familiers, l’activation serait limitée au gyrus lingual gauche et aux gyri
fusiformes droit et gauche.
La prosopagnosie, en tant qu’entité clinique, s’observerait au cours de lésions
bilatérales, ou plus rarement unilatérales droites.
Chez l’enfant
:
Chez l’enfant, les observations d’agnosie visuelle congénitale ou acquise,
secondaire à diverses pathologies infectieuses, tumorales, vasculaires ou
traumatiques sont rares.
Les caractéristiques sémiologiques du déficit gnosique peuvent être difficiles
à préciser et la distinction entre troubles perceptifs et associatifs apparaît
aléatoire.
L’agnosie visuelle est rarement isolée et, en fonction de l’étiologie et de
l’étendue des lésions, le tableau peut s’enrichir d’altérations d’autres
fonctions cognitives et aboutir à un syndrome frontière, tel que le syndrome
de Klüver-Bucy.
D’autre part, le lien qui peut exister entre l’agnosie visuelle
de l’enfant et certains désordres psychiatriques de nature autistique reste
discuté.
Diagnostic différentiel
:
Formes frontières et troubles associés :
Globalement, le diagnostic d’agnosie visuelle reste difficile : les syndromes
purs et typiques sont très rares, la sémiologie évolue avec le temps, les formes
frontières avec d’autres entités sont nombreuses.
Il n’existe pas d’épreuve
pathognomonique, le diagnostic est porté sur un faisceau d’arguments, par
dissociations réciproques.
L’association des divers syndromes neurovisuels
entre eux rend le diagnostic encore plus difficile.
On doit éliminer en premier lieu :
– les troubles neurovisuels primaires qui posent des problèmes de diagnostic
différentiel avec l’agnosie aperceptive ;
– la cécité corticale, dont l’agnosie visuelle est souvent une forme évolutive ;
– la démence, où le trouble de reconnaissance n’est pas limité au seul canal
visuel et s’associe à d’autres troubles cognitifs et comportementaux ;
– l’aphasie, qui peut facilement être confondue avec l’agnosie associative au
cours d’un examen superficiel ; les tâches les plus spécifiques de la
structuration perceptive : appariements, tâches de décision d’objets,
reconnaissance et appariements d’objets présentés en vision insolite et en
vision prototypique, énumération des traits visuels caractéristiques, sont les
plus discriminantes ;
– l’aphasie optique et l’alexie pure représentent enfin de véritables formes
frontières entre l’aphasie et l’agnosie visuelle.
Certains syndromes neurovisuels sont, d’autre part, fréquemment associés à
l’agnosie visuelle :
– l’HLH, le plus souvent droite ;
– l’héminégligence ;
– la désorientation visuelle, caractérisée par des difficultés d’évaluation de la
distance, de la position et de l’orientation des stimuli ;
– les troubles de la mémoire topographique ;
– la simultagnosie, décrite par Wolpert, est un trouble d’interprétation des
scènes et des images complexes : les sujets explorent l’image élément par
élément, reconnaissent ceux-ci individuellement, mais ne les intègrent pas en
un ensemble significatif ; on considère aujourd’hui qu’il s’agit d’un trouble
d’attention visuelle ;
– le syndrome de Balint qui comporte :
– une paralysie psychique du regard, c’est-à-dire une difficulté à orienter
le regard vers un point du champ visuel lorsqu’il est fixé sur un autre point ;
– une ataxie optique qui est une incapacité à coordonner les mouvements
de préhension par le regard ;
– un rétrécissement concentrique du champ de l’attention visuelle ;
– le syndrome bipariéto-occipital de Holmes, très voisin du précédent ;
– le syndrome de Klüver-Bucy, décrit initialement chez le singe après
lobectomie temporale inféroantérieure bilatérale, est également observé en
pathologie humaine.
Considéré comme la conséquence d’une dissociation
entre fonctions visuelles et limbiques, ce syndrome associe placidité,
hypersexualité, activité exploratoire orale exagérée, troubles mnésiques,
aphasie et agnosie visuelle ; il a été rapporté au décours de traumatismes
crâniens sévères, d’accidents vasculaires cérébraux bilatéraux, de
lobectomie temporale partielle bilatérale et même unilatérale gauche.
Parmi les autres étiologies, on retient les syndromes démentiels, les
encéphalopathies postanoxiques et postradiques.
Enfin, les principaux syndromes neurovisuels sont souvent
retrouvés associés entre eux. Parmi les regroupements syndromiques
les plus fréquents, citons :
-
HLH gauche et agnosie aperceptive ;
-
HLH gauche achromatopsie prosopagnosie et troubles de la mémoire
topographique ; alexie pure syndrome de Balint simultagnosie ;
-
et, surtout, HLH droite alexie pure anomie des couleurs agnosie
associative.
Évolution et rééducation
:
En général, l’agnosie visuelle est un syndrome de pronostic réservé : quelques
patients récupèrent assez vite, par exemple après un traumatisme crânien,
mais la plupart gardent un tableau stationnaire pendant plusieurs années,
et l’agnosie visuelle est malheureusement réputée assez résistante à la
rééducation.
Dans l’alexie pure, on peut soit entraîner et optimiser la stratégie de lecture
lettre par lettre, avec accès au sens par la conversion graphème/phonème, soit
entraîner le patient à « contourner » l’obstacle agnosique en utilisant une autre
voie d’accès au système sémantique, en l’occurrence la kinesthésie : on peut
aider les alexiques agnosiques à déchiffrer les lettres en suivant leur contour
avec le doigt.
Mais la lecture ainsi obtenue reste très lente, pénible, dépourvue
du plaisir de lire.
Dans les autres formes d’agnosie visuelle, les méthodes sont
peu définies.
Les exercices de balayage visuel, repérage de cibles, poursuite
de flashes lumineux, déplacements contrôlés de la tête et du regard, etc, sont
surtout utilisés dans l’évolution des hémianopsies et des cécités corticales,
c’est-à-dire des troubles sensoriels primaires.
Peut-être les nouveaux
éléments apportés par la neuropsychologie cognitive et le fractionnement de
l’agnosie en niveaux de structuration successive permettront-ils le
développement de nouvelles méthodes de rééducation, centrées sur le niveau
déficitaire.
On peut proposer de bien réentraîner les niveaux de traitement
inférieurs au niveau perturbé, et entraîner le patient soit à décomposer
mentalement l’objet à reconnaître mais il passe alors par des processus de
reconnaissance analytiques et conscients, effortful soit à rechercher un détail
visuel caractéristique (exemple : long cou pour girafe).
Le contexte
sémantique, la position de l’objet favorisant l’angle de vision prototypique et
le mouvement pourraient aussi aider à sa reconnaissance.
Une ou plusieurs agnosies visuelles ?
Bien que des interrogations demeurent quant à la nature des processus
d’activation mis en jeu, l’organisation de la reconnaissance d’images et
d’objets selon un processus sériel dont les étapes sont dissociables par la
pathologie est admise par les neurobiologistes, les cognitivistes et les néoconnexionnistes.
Cette modélisation peut-elle être étendue aux autres
formes d’agnosie visuelle ?
En d’autres termes, existe-t-il un processus
identique pour la reconnaissance des divers stimuli visuels, même si les
chaînes de traitement sont séparées, ou les processus diffèrent-ils en fonction
de l’information à traiter ?
Un certain nombre d’arguments plaident en faveur
de la première hypothèse.
La mise en jeu simultanée de processus de
traitement global et de processus analytiques en représente un exemple.
Par
exemple, le processus de codage structural des visages aboutit à une
description indépendante du point de vue et de l’expression émotionnelle, qui
peut être appariée à la représentation mémorisée des visages familiers et
activer secondairement le « noeud d’identité personnelle » qui contient
l’information sémantique relative à l’individu.
Ce traitement global des
visages connus s’effectue en parallèle avec d’autres opérations plus
analytiques telle que la détermination de l’âge, du sexe, ou de l’expression du
visage.
En ce qui concerne la reconnaissance des mots écrits, on admet qu’un
traitement visuel global du mot peut activer successivement les
représentations mentales orthographiques, sémantiques et phonologiques.
Cette voie dite lexicale l’emporte par sa rapidité et son efficacité sur le
traitement analytique (lettre par lettre ou syllabe par syllabe) qui s’effectue en
parallèle et conduit aux processus de conversion graphèmes/phonèmes (voie
phonologique).
D’autre part, la conservation de certaines capacités de reconnaissance visuelle
inconsciente, ou implicite, alors que les processus conscients, ou explicites,
sont sévèrement abolis, a été démontrée pour les objets, les images, les
visages, les couleurs et les symboles graphiques.
Les capacités de vision
résiduelle chez les hémianopsiques par mise en jeu d’un second système
visuel, tectopulvinarien, et le syndrome de Riddoch appartiendraient à la
même classe de phénomènes perceptifs indépendants de la nature du
stimulus.
L’existence de la dissociation explicite/implicite dans d’autres
domaines de la neuropsychologie, notamment la mémoire, soulève de
passionnants problèmes théoriques.
Bien que la situation soit moins claire pour la reconnaissance des couleurs,
l’agnosie visuelle retrouverait ainsi une certaine unité physiopathologique.