Introduction
:
Le bilan de l’état lésionnel et hémodynamique d’artères des
membres atteintes par l’athérosclérose est souvent réalisé grâce à
l’échodoppler seul.
Un tel bilan n’est pas interprétable s’il ne
comporte pas les valeurs de la pression artérielle de membre.
Actuellement, les paramètres hémodynamiques des membres
évoluent de l’appréciation du risque local vers l’évaluation du
risque cardiovasculaire plus général, véritable critère de
morbimortalité.
Pression artérielle des membres
:
A - MÉTHODES DE MESURE
:
La pression artérielle systolique est mesurée grâce à une sonde
doppler placée en regard d’une artère ; la fréquence d’émission des
ultrasons est de 7MHz dans le cas d’une artère sous-cutanée et de
petit diamètre (pédieuse).
L’appareil doppler est un système
portable sans enregistreur.
Le manchon de contrepression est placé
au niveau d’intérêt (tiers inférieur de jambe, premier orteil).
La
largeur du manchon doit être au moins supérieure de 20 % par
rapport au diamètre du segment de membre concerné. Les
recommandations sont une largeur de 13 cm pour le bras et la
cheville, de 2 cm pour le premier orteil.
La mesure de la pression artérielle au premier orteil ou au niveau
d’un doigt est classiquement réalisée grâce à la photopléthysmographie ou à la pléthysmographie
avec jauge de contrainte au mercure placée autour de la pulpe.
L’expression du
volume digital précède le gonflage du manchon.
Deux à trois
mesures sont effectuées.
B - RÉSULTATS
:
L’indice de pression systolique (IPS) est le rapport de la pression
systolique mesurée au membre inférieur à la pression systolique
du bras.
Au niveau de la jambe, la valeur moyenne de ce
rapport est de 1,0 (déviation standard = 0,15).
Sa valeur normale se
situe entre 0,90 et 1,30. Pour les études épidémiologiques, la valeur
pathologique de l’IPS de cheville est admise lorsqu’elle est soit
inférieure ou égale à 0,90, soit inférieure ou égale à 0,80. La
spécificité de l’IPS est de 100 % dans toutes les études.
C’est sa
sensibilité qui est à considérer.
Les études épidémiologiques qui
retiennent 0,90 comme valeur-seuil s’adressent à des populations
de patients symptomatiques, recrutés en milieu hospitalier, parmi
lesquels la prévalence de la maladie artérielle est la plus élevée.
En
revanche, les études retenant 0,80 comme valeur-seuil s’adressent
à une population de sujets plus jeunes, moins souvent
symptomatiques et non sélectionnés.
1- Relation avec l’état hémodynamique local
:
Afin d’accorder la valeur qu’il convient à la pression artérielle
distale (PAD) pour les études épidémiologiques, il est important
de connaître sa reproductibilité et les conditions qui peuvent
s’accompagner d’une variabilité : la variance la plus faible est
obtenue en choisissant la PAD de cheville la plus haute (selon le
site pédieux, tibial postérieur ou péronier du capteur doppler)
divisée par la moyenne des pressions systoliques humérales.
Dans la population générale, la PAD varie avec l’âge.
Chez les
sujets exempts de lésions artérielles, l’IPS moyen est de 1,1 ; les
limites pour le dixième percentile sont à 0,88 ; elles s’abaissent au
seuil de 0,76 au-delà de 75 ans.
L’IPS doit être mesuré chez tout
nouveau malade suspect d’artériopathie. Lors de la surveillance,
une variation de plus de 0,15 de la valeur de l’IPS peut traduire un changement
de l’état hémodynamique dont il faut identifier la cause ; dans le
cas d’une aggravation clinique, une diminution de 0,10 suffit à
évoquer une détérioration hémodynamique.
Chez le sujet
exempt de lésions artérielles, les paramètres de la pression
digitale sont :
– pression systolique 110 à 120 mmHg (1ds = 5 à 20) ;
– indice de pression systolique : 0,65 à 1 ;
– gradient de pression cheville-orteil = 30 à 40 mmHg
(1ds = 12).
Selon les stades
cliniques de l’artériopathie, les valeurs de pression digitale sont au stade I = 85 mmHg et 0,60 ; au stade
II = 63 mmHg et 0,42 ; aux stades III et IV = 33 mmHg et 0,22.
Un état d’ischémie critique chronique est caractérisé au plan
hémodynamique par une diminution de la pression systolique de
cheville en dessous de 50 mmHg et de la pression systolique
d’orteil en dessous de 30 mmHg.
2- Relation avec le risque cardiovasculaire
:
L’artériopathie des membres est associée à un risque de mortalité
précoce élevé.
La valeur de la PAD peut être considérée comme un
indicateur d’athérosclérose généralisé.
Une étude épidémiologique
d’observation concernant 7000 patients de plus de 65 ans est en
cours en Allemagne afin de préciser, grâce à la valeur de la PAD, la
prévalence de l’artériopathie et le risque de morbidité et
mortalité.
Ce paramètre fait partie des critères actuels
d’appréciation du risque cardiovasculaire : PAD, rigidité artérielle,
test protéine C réactive.
Une étude a
suivi une cohorte de 353 sujets (50 à 89 ans) pendant 10 ans en
mesurant la PAD avec un questionnaire de douleurs des membres
inférieurs ; une
valeur inférieure à 0,9 de l’IPS est associée de façon indépendante
à une mortalité précoce toute cause confondue : RR = 3,4 (95 % IC
2 à 5,9) si IPS = 0,5, RR = 2,1 (1,3 à 3,3) si IPS = 0,51 à 0,80 ; le risque est
comparable quel que soit l’âge.
Une étude
prospective a été réalisée aux Pays-Bas avec suivi de
3649 sujets (âge moyen 59 ans ; 40-78), pendant une durée moyenne
de 7,2 années. Parmi les 458 sujets ayant une artériopathie
(IPS < 0,95), 32,2 % d’entre eux (148 sujets) avaient un IPS en
dessous de 0,70 ; le risque de mortalité cardiovasculaire de ce sousgroupe
(IS < 0,7) est de 2,3 comparé à un risque de 1,2 pour le
groupe IS entre 0,7 et 0,95.
3- Relation
avec les paramètres fonctionnels :
Certains travaux
tentent d’établir une relation entre la valeur de la PAD d’un membre
et la fonction de celui-ci.
Un travail
effectué à partir de 939 patients claudicants n’aboutit pas à établir de
relation entre l’abaissement de la PAD de repos ou consécutive à
l’effort, et la distance de claudication ; l’une des conclusions est
que la décision thérapeutique au stade de claudication doit être
prise d’après la gêne fonctionnelle et non d’après la valeur de la
PAD.
Une autre étude prend en compte la fonction des membres
inférieurs en mesurant la vitesse de marche, l’accélération, la
capacité de marche durant 6 minutes, l’équilibre ; la conclusion
est que l’abaissement de la PAD des membres inférieurs est corrélé
avec les paramètres de fonction des membres plus qu’il n’est
corrélé avec la distance de marche ; la mesure de la PAD permet
d’identifier les sujets dont la fonction des membres inférieurs est
altérée. Une étude de cohorte concerne 847 femmes âgées de plus
de 65 ans, suivies tous les 6 mois pendant 3 ans ; outre la mesure
de la PAD, la fonction des membres inférieurs est définie par leur
possibilité à marcher un quart de mile, le nombre de « blocks » et
d’étages effectués la semaine passée, la vitesse de marche sur
4 mètres, la possibilité d’effectuer cinq mouvements assis-debout ;
les femmes présentant un IPS inférieur à 0,6 ont une altération
significative de la vitesse de marche et du nombre de blocks
comparées à celles qui ont un IPS au-dessus de 0,90. Un travail a tenté
d’évaluer le rôle des podomètres au stade de claudication ;
50 patients claudicants ont répondu à des questionnaires
d’évaluation de la fonction physique, ont subi des tests de mesure
de la PAD de repos et postexercice, de mesure de la distance
maximale de marche ; l’activité physique quotidienne mesurée par
les podomètres est corrélée modérément avec les mesures de
pression, la distance de marche et la fonction physique.
Un holter de marche a été mis au point, le système PADHOC ;
un capteur ultrasonore est fixé à chacune des malléoles internes,
permettant de mesurer les paramètres de la marche ; ce test
présente de l’intérêt pour les malades qui ont des difficultés à
marcher sur un tapis roulant ; il donne accès à des paramètres
quantifiant le handicap engendré par l’artériopathie.
Un travail
s’est donné pour objectif d’étudier la relation entre la compliance
artérielle et les paramètres conventionnels d’artériopathie ; chez
43 patients artériopathes et 16 sujets contrôle de même âge les
mesures suivantes ont été pratiquées : PAD, compliance des artères
centrales et périphériques ; la compliance des artères centrales et
périphériques est abaissée de façon comparable dans les deux
groupes ; l’abaissement de la compliance des artères périphériques
est corrélé avec l’abaissement de la PAD chez les artériopathes.
Étant donné les multiples intérêts que représente la PAD des
membres inférieurs chez l’artériopathe, tout examen échodoppler
artériel qui ne s’accompagnerait pas de la mesure de la pression
artérielle distale doit être considéré comme incomplet et non
interprétable.
C - LIMITES DES MESURES DE LA PRESSION ARTÉRIELLE
:
Une cause d’erreur peut être liée à la technique de mesure.
La
largeur du manchon de contrepression doit être adaptée au
diamètre du membre.
Un travail a comparé les valeurs de pressions
distales obtenues en modifiant la position du manchon sur une
jambe atteinte d’ulcères ; les valeurs obtenues ne sont pas
différentes.
Les limites peuvent être liées à la résistance des tissus à la contrepression.
Le cas le plus préoccupant est représenté par la
rigidité des parois artérielles à la jambe chez le diabétique ; la contrepression externe n’arrive pas à écraser les artères et conduit
à lire des valeurs d’IPS supérieures à 1,3.
Lorsque le contexte laisse
supposer un tel piège, il convient d’avoir recours à la mesure de la
pression au premier orteil.
Nous avons effectué un travail
prospectif explorant une population diabétique tout-venant. Un IPS égal à 1,3 est noté dans 20 % des cas.
Lorsque l’étude est
focalisée aux diabétiques présentant une artériopathie des
membres inférieurs (AMI) symptomatique, un IPS égal à 1,3 est
noté dans 33 % des cas.
Le groupe des diabétiques « tout-venant »
dont l’IPS est égal à 1,3 est représenté par près de 50 % de
diabétiques présentant une AMI symptomatique ou
asymptomatique (confirmée par la vélocimétrie doppler) ; cette
même population qui présente un IPS égal à 1,3 a un débit pulsatile
de jambe diminué de façon pathologique dans 66 % des cas.
Donc,
cette valeur d’IPS égale à 1,3, en fait ininterprétable, masque une
population présentant une artériopathie dans au moins 50 % des
cas.
La population globale des diabétiques étudiés dont l’IPS est
normal, compris entre 0,9 et 1,3, présente une valeur abaissée de
l’indice de pression au premier orteil dans plus de 50 % des cas.
La
mesure de la pression de cheville chez le diabétique présente donc
une limite qui oblige à envisager d’autres explorations : soit la
mesure de pression artérielle au premier orteil, soit la mesure de la
pression artérielle hydrostatique au pied, soit la mesure de la
vélocité artérielle tibiale postérieure, soit la mesure d’un débit
artériel.
La technique de mesure hydrostatique de la pression
artérielle distale a été proposée.
Le capteur doppler est maintenu
en regard d’une artère distale.
Le patient étant allongé, le membre
inférieur est élevé ; c’est la hauteur à laquelle le bruit artériel
disparaît qui représente la pression hydrostatique du pied.
Par
rapport au niveau du coeur, une hauteur de 13 cm correspond à
une pression hydrostatique de 10 mmHg.
La sensibilité de la
mesure est améliorée si l’on considère plutôt la pression
hydrostatique du premier orteil. Une étude a concerné la conduite
à tenir en présence d’insuffisance rénale chronique et donc de la
possibilité de calcifications artérielles de la média.
La pression de cheville et la pression du premier orteil sont mesurées avec la pléthysmographie ; les valeurs pathologiques sont P
cheville inférieure à 0,90 ou P orteil en dessous de 0,60 ; l’existence
de calcifications artérielles est confirmée si IPS cheville est égal
à 1,30 ou artères incompressibles ; ces calcifications sont retrouvées
chez 23,7 % des artériopathes en prédialyse, 41,7 % chez des
artériopathes dialysés, 23,1 % chez les artériopathes transplantés et
3,4 % chez les artériopathes du groupe contrôle ; il est fortement
recommandé de mesurer à la fois la P cheville et la P orteil chez les
insuffisants rénaux chroniques dans le cadre du bilan d’une
artériopathie.
Les limites peuvent dépendre de l’objectif des mesures. Selon la
prévalence de l’artériopathie dans une population donnée, la
sensibilité de la mesure varie.
La sensibilité est aussi fonction de la
sévérité clinique de l’artériopathie.
Dans les cas où la sensibilité de
la PAD n’est pas satisfaisante (population à prévalence faible
d’artériopathie, avec peu de symptomatologie), il est souhaitable
d’associer une autre mesure : vélocité tibiale postérieure.
Tests d’effort
:
A - TEST DE MARCHE SUR TAPIS ROULANT
:
C’est le test le plus habituel.
La pression artérielle de cheville est
mesurée aussitôt après l’arrêt du test d’effort, dès la première
minute. Si la pression de cheville diminue de plus de 20 % par
rapport à la pression de repos, avec un temps de récupération
supérieur à 3 minutes, le test est considéré comme pathologique.
Dans les cas les plus sévères, la pression de cheville est à 0 durant
plusieurs minutes après l’effort.
Il est en général admis que la
distance de claudication notée pendant les conditions de vie
habituelle du patient est trois fois supérieure à la distance de
claudication notée pendant le test standard du tapis roulant.
Afin
de permettre à certains patients de pouvoir réaliser le test d’effort
alors qu’ils possèdent un handicap physique, un protocole de test
de marche sur tapis roulant à effort progressif a été décrit.
Alors
que la vitesse est maintenue constante à 3,2 km/h, la pente est
initialement à 0 % puis cette pente est augmentée de 3,5 % toutes
les 3 minutes.
Ceci est poursuivi jusqu’à ce qu’apparaisse la
claudication artérielle. Une étude a testé la reproductibilité de
tous les résultats des tests d’effort quelle que soit la
méthodologie. Afin que cette reproductibilité soit satisfaisante, il
convient d’utiliser une charge la plus élevée possible et de retenir
comme objectif la distance de marche maximale.
La comparaison
des résultats des différents tests d’effort est possible en utilisant
une normalisation des résultats grâce à l’équivalence métabolique.
Les limites du test d’effort peuvent être l’existence d’une
insuffisance coronarienne, d’une hypertension artérielle mal
contrôlée, d’un handicap rhumatologique.
B - ALTERNATIVES AU TEST DE MARCHE
SUR TAPIS ROULANT
:
Cycloergométrie, marche tout au long d’un couloir, épreuve du
PADHOC, marche du malade avec un podomètre, marche sur
place dans le cabinet de consultation.
Pléthysmographies
:
La pléthysmographie consiste à détecter et à enregistrer toute
variation de volume d’un segment de membre. Un capteur de
variation de volume entoure le membre.
Il peut s’agir de jauge de
contrainte au mercure, de capteur de mesure d’impédance ou de photopléthysmographie ; il peut aussi s’agir d’un manchon gonflé
d’air. Par le biais de la mise en place d’un manchon d’occlusion
artérielle, une épreuve d’hyperhémie réactionnelle peut être
effectuée afin d’évaluer les capacités de cette hyperhémie.
Les tests
de pléthysmographie digitale (doigts ou orteils) peuvent présenter
un intérêt dans le cadre d’une exploration distale de l’artériopathie,
ou de l’exploration d’un acrosyndrome vasculaire.
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