L’artérite de Takayasu a été décrite pour la première fois en 1905 par
deux ophtalmologistes japonais Takayasu et Onishi.
Jusque dans
les années 1950, on pensait que l’artérite était limitée à la crosse
aortique et à ses branches, d’où les appellations initiales de maladie
des femmes sans pouls ou de syndrome de la crosse aortique.
Par la
suite, il a été démontré que l’aorte abdominale et ses branches étaient
souvent atteintes, et que la maladie pouvait aussi toucher les artères
pulmonaires.
Il est donc préférable de garder les termes d’artérite de Takayasu ou d’aortoartérite non spécifique qui désignent une artérite
granulomateuse à cellules géantes, dépourvue de marqueur biologique
ou histologique spécifique, touchant de façon segmentaire les grosses
artères.
Épidémiologie
:
La maladie de Takayasu est ubiquitaire mais les grands foyers sont
en Asie du Sud-Est : Japon, Inde, Corée,
Thaïlande, Indonésie, au Mexique et en Afrique.
Les cas
sont plus rares en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et
en Europe.
En France, un tiers des patients sont
métropolitains, la majorité des autres patients étant originaires du
Maghreb ou des Antilles.
Au Japon, la maladie de Takayasu
a une incidence estimée à près de 100 nouveaux cas par an et est
présente lors de 33 autopsies sur 1 000.
Aux États-Unis
l’incidence est de 2,6/million/an.
C’est une
maladie de la femme jeune : le sex-ratio femme/homme s’échelonnant
entre 2 pour l’Inde et 24 pour le Japon.
En France,
il faut tenir compte du biais apporté par la sur-représentation
masculine des immigrés, mais dans la série de la Pitié, 83%
des malades étaient de sexe féminin.
L’âge de début de la maladie
se distribue de façon sensiblement gaussienne entre 1 et 60 ans
avec un maximum lors de la troisième décennie.
Étiologie
:
On ne connaît pas la ou les causes de l’artérite de Takayasu.
A - FACTEURS GÉNÉTIQUES
:
On a décrit une vingtaine de cas familiaux de la maladie.
Il
existe une augmentation de fréquence significative du gène HLA
Bw52 au Japon et en Corée et du HLA B5 en Inde.
En revanche,
en Amérique du Nord et en France aucun groupe HLA de
classe I ou II n’est sur-représenté.
B - CAUSE INFECTIEUSE
:
Parmi les différentes étiologies infectieuses qui ont pu être
évoquées, la tuberculose a souvent été incriminée.
En fait, la
plupart des études récentes ne retrouvent pas une incidence plus
élevée de la tuberculose ou des tests tuberculiniques positifs dans
la maladie de Takayasu par rapport aux populations des pays
correspondants et ont abandonné cette hypothèse.
Pathogénie
:
Elle n’est pas bien connue mais a fait l’objet de plusieurs études au
cours de ces dernières années.
A - MÉCANISME AUTO-IMMUN
:
Nous verrons que la maladie de Takayasu peut être associée à
d’autres maladies auto-immunes.
Le nombre de CD4 a été retrouvé
élevé et les cellules infiltratives de la paroi aortique semblent être essentiellement des lymphocytes T tueurs et cytotoxiques.
Ces
cellules relâcheraient un facteur cytolytique, la perforine, à la
surface des cellules vasculaires artérielles.
Il semble exister un
antigène cible spécifique dans le tissu aortique de nature encore
inconnue.
Un taux élevé d’anticorps (Ac) anticellules endothéliales
(qui sont sans doute les Ac antiaorte des anciens auteurs) a été
retrouvé en Elisa.
Ces Ac ne sont cependant pas spécifiques
puisque rencontrés dans d’autres vascularites.
B - ANOMALIES DE L’HÉMOSTASE
:
Certains auteurs ont mis en évidence un état
d’hypercoagulabilité et une élévation du thromboxane A2.
Des
anticorps anticardiolipines sont parfois présents.
Clinique :
Classiquement,
la maladie évolue en deux phases : une première phase dite
systémique avec des signes généraux et, après un intervalle libre de
quelques années, une deuxième phase vasculaire où dominent les
manifestations ischémiques.
En France, une
phase systémique est retrouvée dans 60 % des cas.
En fait, nombre de malades associent d’emblée
des manifestations générales et ischémiques.
A - PHASE SYSTÉMIQUE
:
Le diagnostic n’est généralement pas fait à ce stade car les
symptômes sont trop vagues : fièvre, arthralgies, myalgies,
amaigrissement.
Plus évocateurs sont la survenue d’une épisclérite
ou d’un érythème noueux.
L’échodoppler et les nouvelles
techniques d’imagerie permettent d’évoquer le diagnostic plus
précocement, dès ce stade, en montrant un épaississement des
parois artérielles.
B - PHASE VASCULAIRE
:
Les sténoses progressent lentement.
La survenue de symptômes
dépend de l’importance de la circulation collatérale.
1- Manifestations vasculaires périphériques
:
Les symptômes d’appel vasculaires peuvent être la claudication
d’un membre à l’effort, plus fréquente aux membres supérieurs
qu’aux membres inférieurs, un phénomène de Raynaud.
À
l’examen, on peut constater l’abolition d’un pouls périphérique,
un souffle vasculaire, une asymétrie tensionnelle.
2-
Manifestations neurologiques :
Les symptômes
peuvent être des céphalées, des malaises, des accidents ischémiques
transitoires, un vol sous-clavier, des pertes de connaissance.
Les crises
comitiales sont rares en dehors de l’encéphalopathie hypertensive.
Les accidents
vasculaires définitifs sont très rares, même lorsque plusieurs des
axes à destinée cérébrale sont occlus.
Une carotidodynie (douleur sur le
trajet des carotides) est un symptôme évocateur rencontré à la
phase préischémique.
3- Manifestations oculaires
:
La rétinopathie ischémique, qui a fait découvrir la maladie par Takayasu, est très rare en Europe et aux États-Unis. Elle est divisée
en quatre stades : dilatation veineuse au stade 1, microanévrysmes
au stade 2, anastomoses artérioveineuses au stade 3.
Les
complications oculaires graves (stade 4) nécessitent une atteinte des
quatre axes à destinée encéphalique.
Elles touchent le segment
antérieur et postérieur de l’oeil et évoluent vers la cécité.
4- Hypertension artérielle (HTA)
:
C’est une manifestation fréquente dont l’incidence est toutefois
difficile à évaluer, car la pression artérielle est souvent sousestimée
lorsqu’il existe une atteinte des deux artères sousclavières.
En Europe ou aux États-Unis, la prévalence
de l’HTA est comprise entre 40 et 45 %.
À Singapour ou au
Mexique elle est de l’ordre de 70 %.
Dans ces régions, il n’est
pas rare que l’HTA soit révélatrice du Takayasu.
Les mécanismes de l’HTA sont multiples. L’HTA rénovasculaire
est la plus fréquente.
Dans notre expérience, elle rend compte de 70 % des HTA.
Dans certains pays, l’artérite de Takayasu est la
première cause d’HTA rénovasculaire du sujet jeune.
Sa
démonstration a des conséquences thérapeutiques majeures. Les
autres mécanismes de l’HTA ont un intérêt plus théorique que
pratique.
L’HTA est un des principaux facteurs de mauvais pronostic au
cours de l’artérite de Takayasu.
Il est possible
qu’elle favorise l’apparition d’anévrysmes.
5- Manifestations cardiaques
:
* Atteinte coronarienne
:
Elle s’observe dans 7 à 10% des cas et se traduit par un
angor chez 70 % des patients ; elle peut être inaugurale.
Le
siège des lésions est le plus souvent ostial (près de trois quarts des cas) ou
proximal.
* Atteinte
valvulaire :
L’insuffisance
aortique est la plus fréquente, sa prévalence est estimée à 10 % des
cas ; elle survient habituellement 7 à 10 ans après les premiers
symptômes, mais elle peut être inaugurale ; elle est essentiellement
due à une dilatation de l’anneau ou de l’aorte ascendante ; elle
nécessite parfois un remplacement valvulaire.
L’insuffisance
mitrale est beaucoup plus rare et les lésions organiques de la
grande ou de la petite valve sont exceptionnelles.
* Atteinte
myocardique :
On a rapporté
quelques cas de myocardites à cellules géantes avec expression
clinique.
En fait, une étude systématique par biopsie endomyocardique
semble montrer que les lésions myocardiques sont sous-estimées.
* Insuffisance
cardiaque :
Elle est
observée, en France, dans un tiers des cas parmi un collectif de 75
patients.
Les trois causes principales de l’insuffisance
cardiaque de cette série étaient les lésions coronaires, l’HTA
systémique, et les valvulopathies aortiques ou mitrales.
6-
Manifestations artérielles pulmonaires :
Si on se limite
aux malades symptomatiques, la prévalence dans notre expérience est
de 7 %.
La pratique
systématique d’une angiographie pulmonaire permet cependant de
trouver une fréquence de 14 % en Inde à 50 % au Mexique, voire 70 %
au Japon.
Ces
manifestations peuvent être révélatrices de la maladie et, dans ce
cas, le diagnostic est souvent initialement erroné.
L’imagerie par
résonance magnétique (IRM) et le scanner spiralé sont, ici, des
acquisitions importantes.
Trois types de lésions peuvent être individualisés :
– les plus caractéristiques sont les sténoses proximales.
Elles se
traduisent par une dyspnée majorée par l’effort, des
hémoptysies, des syncopes en rapport avec l’hypertension
artérielle pulmonaire (HTAP) ;
– les sténoses peuvent être plus distales, soit associées à des
sténoses proximales, soit isolées et, dans ce cas, elles ressemblent
aux sténoses pulmonaires congénitales.
Ces lésions entraînent des
tableaux d’HTAP ;
– des artériolites pulmonaires ont été décrites.
Là encore le
tableau est celui d’une HTAP avec un risque important de mort
subite.
Une conséquence de la sténose progressive des gros troncs artériels
pulmonaires est le développement de shunt gauche-droit
essentiellement à partir des artères bronchiques.
On peut même
observer des anastomoses coronaro-broncho-pulmonaires très
évocatrices du Takayasu.
Ces anastomoses exposent à des
hémoptysies massives.
7- Manifestations digestives
:
Bien que les vaisseaux coeliaques et mésentériques soient souvent
atteints, des manifestations gastro-intestinales, comme des nausées,
de la diarrhée et des douleurs abdominales sont rares.
8- Manifestations rénales
:
En principe l’artérite de Takayasu ne s’accompagne pas de
manifestations rénales, même en présence de lésions sténosantes
artérielles rénales et/ou d’une HTA.
Cependant, une protéinurie
ou même un syndrome néphrotique, éventuellement associés à une
hématurie et une insuffisance rénale sont possibles.
Une revue
de la littérature est faite par Cavatorta et al.
On a décrit
plusieurs cas d’amylose rénale et des glomérulonéphrites :
soit simples proliférations mésangiales, soit glomérulonéphrite
membranoproliférative, soit néphropathie à immunoglobulines (Ig)
A, soit même glomérulonéphrite nécrosante avec croissants.
9- Manifestations cutanées
:
Leur fréquence est estimée entre 3 et 28 %.
À la phase
systémique, on observe fréquemment un érythème noueux.
À la
phase vasculaire, les lésions les plus caractéristiques sont des
nodules sous-cutanés des jambes, plus ou moins nécrotiques,
souvent ulcérés, dont l’examen histologique montre soit un aspect
de panniculite septale non spécifique, soit une vascularite
granulomateuse avec cellules géantes.
Les aspects de pyoderma
gangrenosum décrits essentiellement au Japon, et les érythèmes
indurés de Bazin, décrits dans les pays où la tuberculose est
fréquente, sont peu ou pas observés en Europe.
Biologie
:
Il n’y a aucun test diagnostique spécifique de la maladie de Takayasu.
Classiquement, le syndrome inflammatoire est quasi constant lors
de la phase systémique, puis sa fréquence diminue lors de la
phase vasculaire et au fur et à mesure que l’on s’éloigne du début
apparent de la maladie.
L’élévation de la vitesse de
sédimentation (VS) est souvent utilisée comme marqueur d’activité
de la maladie de Takayasu.
En fait, il
apparaît que jusqu’à un tiers des malades avec une maladie active
peuvent avoir une VS normale, nous y reviendrons. Nous avons vu le manque de spécificité des Ac antiaorte
et anticellules endothéliales.
Des facteurs antinucléaires sont parfois retrouvés.
Le Water-
Rose-latex est positif dans environ 5 % des cas.
La recherche
d’antineutrophylic cytoplasmic antibody (ANCA) est habituellement
négative.
Imagerie
:
A - ANGIOGRAPHIE
:
1- Angiographie conventionnelle
:
Elle a longtemps été la seule imagerie disponible dans la maladie
de Takayasu, et elle reste l’examen de référence.
Elle permet de
visualiser au mieux, l’extension et le type d’atteinte vasculaire.
Elle permet
aussi la mesure de la pression artérielle sanglante. Une
aortographie complète est recommandée lors de l’évaluation initiale
de la maladie en raison de la fréquence des lésions multiples et du
caractère asymptomatique de certaines d’entre elles.
Les lésions sont
segmentaires. Le plus souvent, il s’agit de longues sténoses en «
queue de rat » ou d’occlusions de l’aorte et des gros vaisseaux près
de leur origine.
Des lésions anévrysmales
sont décrites dans 11 à 27 % des cas, sacciformes ou fusiformes
touchant plus souvent l’aorte que ses branches.
Les anévrysmes disséquants sont rares.
Les artères le plus souvent atteintes en
dehors de l’aorte sont les sous-clavières postvertébrales, les
carotides primitives et les artères rénales. Au fil du temps,
plusieurs classifications des lésions ont été proposées.
La
plus simple reste celle de Lupi qui distingue : un type I pour
une atteinte isolée de la crosse aortique et de ses branches, un
type II pour des lésions de l’aorte abdominale et de ses branches,
un type III regroupant des lésions de type I et II, un type IV pour
les lésions des artères pulmonaires. Le type III est le plus fréquent
dans presque toutes les séries, y compris en France.
Le type I
est plus fréquent au Japon (30 à 65 % des cas).
Le type II est
rare en dehors de l’Inde et de la Corée où il représente 23 à 32 %
des cas.
2-
Angiographie numérisée par voie artérielle :
Elle fournit une qualité d’image comparable à celle de
l’artériographie conventionnelle au prix d’une toxicité moindre
(réduction de 50 % de la dose de produit de contraste et de 70 %
du temps d’examen).
Elle tend de plus en plus à supplanter
l’angiographie conventionnelle.
Quelle que soit la méthode utilisée, l’angiographie a l’inconvénient
de ne donner des renseignements que sur la lumière vasculaire et
de ne pas donner de bonnes informations sur l’activité de la
maladie : elle peut méconnaître un épaississement inflammatoire
de la paroi vasculaire au début de la maladie, ou inversement
montrer des lésions sténotiques correspondant à une phase de
fibrose non active.
B - ÉCHOGRAPHIE DOPPLER (MODE B)
:
Elle a une sensibilité équivalente, voire supérieure, à l’angiographie
et proche des constatations autopsiques pour le diagnostic des
lésions carotidiennes.
Elle peut aussi être utilisée pour
les sous-clavières et l’aorte abdominale.
L’aspect est de plus
spécifique, montrant un épaississement homogène et
circonférentiel de la paroi vasculaire sur un long segment (signe
du « macaroni »).
C’est une technique non invasive, utile pour le
suivi évolutif des patients et au stade initial de la maladie.
Cependant cette technique ne peut pas être utilisée pour l’étude de
l’aorte thoracique ou des artères pulmonaires et souvent pour les
artères digestives.
Elle est de plus, bien sûr, opérateur-dépendante.
C - SCANNER ET ANGIOSCANNER
:
Le scanner et
surtout l’utilisation plus récente du scanner spiralé, avec injection de produit de contraste en bolus dans une
veine périphérique, permettent de visualiser à la fois la lumière vasculaire comme sur une angiographie conventionnelle par
reconstruction et d’apprécier sur les coupes transversales
l’épaisseur de la paroi artérielle, permettant ainsi de détecter des
anomalies plus précocement que l’angiographie.
L’aspect typique
de l’aorte ou des artères pulmonaires est un épaississement circonférenciel de la paroi.
Un rehaussement circonférenciel
précoce ou retardé ainsi qu’un anneau intimal de faible atténuation
seraient pour certains un signe d’activité.
Des calcifications
pariétales sont fréquentes. Par ailleurs, les thrombi intravasculaires
sont mieux vus en angioscanner que sur les angiographies
conventionnelles.
D - IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE (IRM)
:
Elle n’a pas fait l’objet de beaucoup d’études dans la maladie de Takayasu.
Comme le scanner spiralé, c’est un équipement
onéreux et peu adapté à certaines régions du monde où la maladie
est fréquente.
De plus, cet examen est comparable à l’angiographie
pour le diagnostic de sténoses ou de dilatation de l’aorte, mais
s’avère insuffisant pour le diagnostic des lésions des troncs supra-aortiques.
L’épaississement de la paroi aortique est rarement
constaté et l’IRM paraît moins sensible à ce titre que
l’échodoppler.
Anatomopathologie
:
Il s’agit d’une panartérite segmentaire à prédominance médioadventitielle.
À la phase active de la maladie, un infiltrat
inflammatoire granulomateux à cellules géantes puis
lymphoplasmocytaire envahit l’adventice, les vasa vasorum et la
média ; on peut voir des images d’élastophagie.
L’inflammation
s’étend rarement jusqu’à l’intima qui est le siège d’un
épaississement fibrooedémateux réactionnel rétrécissant la lumière
artérielle.
La destruction rapide des éléments musculoélastiques
peut entraîner la constitution d’ectasies artérielles mais, le plus
souvent, l’évolution se fait sur le mode sténosant : le processus
inflammatoire s’efface et l’adventice et la média sont remplacées
par un tissu scléreux avec possibilité de lésions athéromateuses
secondaires.
En fait, très souvent des lésions histologiques actives sont
observées au voisinage de lésions cicatricielles fibrotiques.
Maladies associées
:
L’association avec la maladie de Crohn n’est pas fortuite.
La prévalence du Crohn au cours de la maladie de Takayasu est
évaluée entre 1,5 et 3 % des cas, soit 100 fois plus que dans la
population générale.
Dans les deux pathologies, on retrouve une sur-représentation du groupe HLA B5 ou BW52, et une
prédominance pour la femme jeune.
Plusieurs observations d’association avec des spondylarthropathies
ont été signalées.
En revanche, l’association lupus érythémateux disséminé et
maladie de Takayasu est moins certaine, qu’il y ait ou non des antiphospholipides.
Quelques observations d’association avec la sarcoïdose, ou la
maladie de Wegener ont été décrites.
CRITÈRES DIAGNOSTIQUES
:
Il n’y a aucun marqueur spécifique de l’artérite de Takayasu.
Lorsqu’on n’a pas pu mettre en évidence une artérite granulomateuse
de l’aorte, ou de ses branches, le diagnostic ne peut reposer que
sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques, et d’imagerie.
Au moins quatre
types de critères diagnostiques ont été proposés depuis 15 ans par
des équipes françaises, japonaises ou américaines.
Ces
critères sont parfois discutables, en particulier dans le choix des
groupes contrôles.
Nous avons comparé 56 maladies de Takayasu
confirmées histologiquement avec 41 athéromes aortiques et 11
dysplasies artérielles congénitales.
En exigeant trois de ces critères, la sensibilité est de 92 %
et la spécificité de 100 % en présence d’une lésion macroscopique
de l’aorte ou d’une de ses branches pour distinguer l’artérite de Takayasu des dysplasies congénitales et de l’athérome.
Les
artérites radiques peuvent également ressembler sur une imagerie
artérielle à l’artérite de Takayasu, mais l’antécédent de
radiothérapie est généralement évident à l’interrogatoire.
La
maladie de Horton avec localisations extracarotidiennes peut également être un
diagnostic difficile.
Le critère
distinctif essentiel est l’âge de début ; certaines équipes ont
soutenu que l’aspect histologique était différent mais, en fait, si
les lésions sont anciennes, la distinction est difficile sinon
impossible.
Critères d’activité :
Des
constatations opératoires ont montré que ni le
syndrome inflammatoire biologique, ni l’association de critères
cliniques et biologiques ne paraissent suffisants pour prédire
l’activité de la maladie.
La série prospective du National institute
of Health (NIH) de 1994 portant sur 60 patients a donc introduit
l’angiographie séquentielle dans les critères d’activité de la maladie.
L’intérêt de l’analyse fine des lésions vasculaires au
scanner spiralé comme marqueur d’activité reste à évaluer.
Histoire naturelle et pronostic
:
L’évolution est difficile à schématiser car la maladie de Takayasu
reste une maladie rare, touchant des vaisseaux mal accessibles aux
biopsies.
De ce fait, les
études sont souvent rétrospectives, sans critères diagnostiques ni
paramètres d’activité uniformes, sans uniformité non plus dans les
thérapeutiques dont certaines sont difficilement accessibles dans
les pays les plus touchés.
La mortalité à 5
ans varie ainsi selon les séries récentes entre 2 % et 35 %.
Au Japon, dans
une étude prospective portant sur 120 patients, le pourcentage de
survie globale 15 ans après le diagnostic est de 82,9 %.
En Inde il est
de 80,3 % à 10 ans.
L’insuffisance cardiaque, avec ou sans infarctus du myocarde, et
les accidents vasculaires cérébraux sont les principales causes de
mortalité.
Ishikawa a établi, par analyse multivariée de sa cohorte de 120
patients, trois facteurs de mauvais pronostic indépendants lors du
diagnostic qui sont :
– l’existence d’une complication majeure (rétinopathie,
hypertension sévère, insuffisance aortique sévère, anévrysme de
diamètre deux fois supérieur à la normale) ;
– des signes d’activité clinique sévères (entraînant un handicap
pour un travail assis sur l’échelle de qualité de vie) ;
– une VS supérieure à 20 mm.
Selon la répartition de ces facteurs, il classe les patients en trois
stades de gravité avec un taux de survie à 15 ans corrélé.
Même si les résultats en termes de survie sont plutôt bons, il n’en
est pas de même en qualité de vie.
En effet, dans l’étude de Kerr,
seuls 25 % des patients ont une vie peu modifiée, respectivement
26 % et 47 % sont partiellement ou sévèrement handicapés.
Cas particuliers
:
A - FEMME ENCEINTE
:
Cette situation est fréquente, puisque la maladie touche
préférentiellement les femmes en période d’activité génitale.
Il ne
semble pas y avoir d’effet néfaste de la maladie de Takayasu sur la
fertilité et sur le risque de pertes foetales.
En revanche, l’effet de la
grossesse sur l’évolution de la maladie est moins clair : le plus
souvent neutre ou favorable, tantôt défavorable surtout en
cas d’HTA ou d’insuffisance cardiaque.
B - ENFANT
:
Sur ce terrain, les signes systémiques sont plus fréquents ; l’aorte
et les artères rénales sont les localisation préférentielles, si bien que
l’HTA, les pseudocoarctations et l’insuffisance cardiaque sont
fréquemment rencontrées.
Tout cela concourt à une mortalité plus
élevée.
Traitement
:
A - TRAITEMENT MÉDICAL
:
Les corticoïdes (CS) sont utilisés en première intention dans les
formes actives de la maladie.
L’hétérogénéité des patients des
différentes séries de la littérature quant à leur activité explique que
la posologie, la fréquence et la durée d’utilisation des CS soient
très variables d’une étude à l’autre.
Dans la seule étude prospective
sur le sujet de Kerr, portant sur 60 patients suivis sur une
médiane de 5,3 ans, 12 patients n’ont pas les critères d’activité du NIH et ne sont pas traités, ils ne font pas de complications ; 48
patients ont des signes d’activité et sont traités par de la
prednisone à la dose de 1 mg/kg pendant 1 à 3 mois, la posologie
est ensuite progressivement diminuée sur 1 an.
Vingt-neuf (60 %)
sont mis au moins une fois en rémission avec ce seul traitement.
On peut voir réapparaître un pouls ou une perméabilité artérielle
chez les patients traités par CS.
Lorsque les CS sont inefficaces ou qu’il existe une
corticodépendance, certains immunosuppresseurs ont fait la
preuve de leur efficacité : l’azathioprine, le cyclophosphamide qui présente cependant des inconvénients à
long terme avec des risques de cystite, de néoplasies et d’infertilité
chez ces jeunes femmes.
Le méthotrexate a été utilisé dans une
étude ouverte sur 18 patients à la dose moyenne de
17,1 mg/semaine, avec un recul moyen de 2,8 ans.
Une rémission
a été obtenue chez 81 % des patients, mais la moitié rechutent à
l’arrêt des traitements.
Au total, dans la série de Kerr, parmi les patients suivis 5 ans
ou plus, 55 % rechutent au moins une fois.
Si la rechute n’a pas eu
lieu dans les 5 premières années, elle devient plus rare par la suite,
et 23 % des patients ne seront jamais mis en rémission.
Dans des formes graves pédiatriques avec HTA sévère et
insuffisance cardiaque, l’irradiation lymphoïde totale semble
améliorer les performances de l’autotransplantation.
B - RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE
:
L’angioplastie percutanée (APC) a surtout été utilisée sur les
artères rénales comme traitement de l’hypertension
rénovasculaire.
Dans toutes les séries les résultats
immédiats sont très bons (plus de 83 % de succès), tant
cliniquement que radiologiquement, avec très peu d’incidents.
À
distance, les résultats diffèrent un peu selon les auteurs : médiocres
pour certains, très bons dans deux grandes séries portant sur 54
et 32 patients.
L’APC a aussi été utilisée pour dilater des artères de calibre
identique comme l’artère mésentérique, le tronc coeliaque et les
artères sous-clavières avec de très bons résultats, mais
uniquement sur des sténoses courtes : de moins de 3 cm.
Plusieurs cas d’angioplastie coronaire efficaces ont été rapportés.
Enfin, cette technique a été appliquée sur des sténoses de l’aorte
thoracique descendante, ou abdominale, responsables d’HTA ou
de claudication des membres inférieurs.
Les meilleurs
résultats, souvent retardés, concernent les sténoses concentriques
de moins de 4 cm.
Quelques rares observations de pose efficace de stent aortique,
coeliaque ou mésentérique ont été rapportées.
C - TRAITEMENT CHIRURGICAL
:
Les indications doivent être mûrement réfléchies, car les sténoses
artérielles serrées ou même les occlusions peuvent être peu
symptomatiques, en raison de leur constitution très lentement
progressive et du développement d’une circulation collatérale
efficace.
De plus, la mortalité périopératoire est une cause non
négligeable de la mortalité dans la maladie de Takayasu.
Certaines indications de revascularisation sont peu discutables.
Dans ces indications, la place de la chirurgie dépend de
l’impossibilité technique de faire une angioplastie : HTA
rénovasculaire par sténose unilatérale d’une artère rénale, sténose serrée et symptomatique d’une artère pulmonaire, angor
instable par sténose coronarienne tronculaire : plus d’une
soixantaine d’interventions pour lésions coronariennes sont
rapportées dans la littérature, isolées ou associées à un
remplacement valvulaire aortique.
D’autres indications sont plus discutables : revascularisation des
troncs supra-aortiques (car les accidents vasculaires cérébraux sont
rares), revascularisation d’un membre supérieur pour claudication
à l’effort, revascularisation des troncs digestifs ou même
remplacement de l’aorte descendante par une aorte ventrale, avec
réimplantations multiples.
Lorsqu’un geste chirurgical est
nécessaire, il doit être habituellement suivi d’une corticothérapie
pour éviter les occlusions des anastomoses ou des pontages.