Conséquences vasculaires des traitements cardiologiques Cours de Angéiologie
Introduction
:
De nombreux mécanismes peuvent jouer un rôle dans l’effet des
traitements cardiaques sur la circulation et les vaisseaux.
Parmi ces mécanismes vasculaires on peut signaler des effets
structurels et fonctionnels (sur la paroi vasculaire et l’endothélium) ou
purement hémodynamiques. Citons-en quelques-uns :
– changements passifs des diamètres par modification du débit
cardiaque et de la pression artérielle (par exemple : décompensation
cardiaque, hypotension) ;
– influence des systèmes (contre) régulateurs, des hormones (système
nerveux sympathique, rénine-angiotensine-aldostérone...) qui ont par
elles-mêmes aussi un effet puissant sur la paroi vasculaire ;
– tonus myogène et vasodilatation qui dépend du niveau du débit
sanguin.
Par exemple dans la circulation du bras chez l’homme une
vasodilatation provoque aussi la production des substances vasoactives
comme l’EDRF (endothelium derived relaxation factor) et
l’endothéline ;
– certaines molécules peuvent avoir un effet direct relaxant sur les
cellules musculaires lisses ;
– changements des caractéristiques viscoélastiques de la paroi
vasculaire, d’une manière indépendante de la pression artérielle ou des
diamètres.
Les classes pharmacologiques que nous allons discuter en
détail dans les paragraphes suivants sont : les
diurétiques, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine
(IEC-I), les antagonistes calciques, les dérivés nitrés, les bêtabloquants
non sélectifs, les â1-sélectifs, avec vasodilatation.
Conséquences vasculaires
de la réduction du sel
et des traitements diurétiques :
On accepte généralement le fait que l’administration de sel augmente
la pression artérielle, à la phase aiguë par augmentation du débit
sanguin et, à la phase chronique, par adaptation du tonus
artériolaire, donc vasoconstriction.
De plus, il a été démontré que le
sel peut réduire l’élasticité de la paroi artérielle, indépendamment
de la pression artérielle par plusieurs mécanismes, influence directe
de l’élasticité par le tonus vasomoteur, Na+-K+ pompes défectives
sur les membranes, échange de Ca++ sur le plan cellulaire, influence
du système nerveux sympathique, action des substances
natriurétiques.
– Les essais diététiques avec restriction de sel ont donné des
résultats contradictoires : augmentation du diamètre de l’artère
brachiale, mais diamètre non modifié des artères carotidiennes.
– L’effet des diurétiques sur les caractères physiques des artères
paraît être assez limité.
Ajusté pour la pression artérielle, il n’y a pas d’effet significatif sur la compliance.
Le diamètre de l’artère brachiale
et la vélocité des ondes (PWV : pulse wave velocity) ne changent pas
ou très peu sous traitement.
Peut-être ce phénomène est-il dû à une contre-régulation aux changements du volume, par le système
rénine-angiotensine-aldostérone ou par le système nerveux
sympathique.
Les effets des diurétiques sur les reflets des ondes dans les artères
n’ont pas été étudiés suffisamment pour pouvoir aboutir à des
conclusions claires.
L’effet des diurétiques se situe surtout sur le plan
d’une réduction du volume plasmatique et extracellulaire et du débit
cardiaque dans les premières semaines suivie d’une réduction des
résistances périphériques.
Certains diurétiques comme la spironolactone paraissent entraîner une vasodilatation importante ;
cela paraît être le cas, mais dans une moindre mesure, pour
l’indopamide. Pour les autres diurétiques, la possibilité est loin d’être
évidente.
Il n’y a pas d’effets indésirables sur le plan vasculaire des
diurétiques, abstraction faite d’un effet diabétogène (plus ou moins
réversible) et d’une élévation de la cholestérolémie et de la triglycéridémie à long terme.
Conséquences vasculaires
des inhibiteurs de l’enzyme
de conversion de l’angiotensine I :
A - EFFETS GÉNÉRAUX ET MODES D’ACTION
:
Les IEC-I ont comme effets une réduction de la postcharge, une
réduction des résistances périphériques (vasodilatation) sans effets
significatifs sur la fréquence cardiaque ou le volume circulant
(resetting des barorécepteurs).
La vasodilatation est aussi bien
artérielle que veineuse, associée parfois à une augmentation limitée
du débit cardiaque.
Les modes d’action comprennent une réduction de l’angiotensine II
endogène vasoconstrictive, stimulante de l’aldostérone, l’inhibition
de la dégradation de la bradykinine et une stimulation des
prostaglandines vasodilatatrices.
B - EFFETS DES IEC-I SUR LA FONCTION ET LA
STRUCTURE DES GROSSES ARTÈRES :
Chez l’homme, l’élasticité de l’artère brachiale s’améliore sous IEC-I.
Le diamètre augmente d’une manière indépendante de la pression
artérielle.
Cet effet favorable est peut-être dû à une réduction de
l’hypertrophie des cellules vasculaires lisses de la paroi vasculaire.
Ainsi y a-t-il amélioration de la fonction endothéliale.
Ces résultats
se retrouvent aussi au niveau des artères carotidiennes.
Un autre
aspect important induit par les IEC est la diminution du
« média/lumen ratio » des artères de résistance.
Les IEC-I semblent réduire, dans des modèles animaux, la formation
des athéromes dans les grosses artères (par exemple, l’aorte
thoracique).
Cette protection est dépendante de la fonction
endothéliale.
La compliance des artères carotidiennes est améliorée sous
l’influence des IEC.
Les IEC-I réduisent la portion systolique tardive de l’onde artérielle
dans les artères carotidiennes, plus que dans les artères du bras
(brachiale, radiale), ce qui suggère que l’effet sur la circulation
centrale et le ventricule gauche est plus important que sur les artères
périphériques.
Il paraît évident que ces effets vasculaires positifs vont de pair et
amplifient l’effet positif des inhibiteurs de l’enzyme sur
l’hypertrophie cardiaque.
Conséquences vasculaires
des antagonistes calciques :
A - EFFETS GÉNÉRAUX ET MODES D’ACTION
:
L’action des antagonistes calciques se situe aussi bien au niveau du
tissu cardiaque que vasculaire.
Rappelons très brièvement que le site
d’action majeur des antagonistes calciques se localise sur les canaux
lents (L-channels).
Les trois types d’antagonistes calciques (1,4- dihydropyridines, phényléthylamines, benzothiazépines) sont fixés
par la á1-subunité du L-canal. Il faut se rappeler que d’autres
récepteurs (á-adrénergiques) sont également sensibles aux
antagonistes calciques.
Dans les territoires vasculaires musculaires,
les antagonistes calciques provoquent une forte vasodilatation,
nettement plus importante sur le système artériel que sur le système
veineux.
Une veinoconstriction réflexe est parfois observée. La
baisse des résistances périphériques entraîne une augmentation
réflexe de la fréquence cardiaque.
Certains effets vasculaires ou
cardiovasculaires indésirables ont été rapportés : vertiges, flushs
cutanés, céphalées, hypotension posturale mais surtout oedèmes
périphériques.
B - EFFETS SPÉCIFIQUES DES ANTAGONISTES CALCIQUES
SUR LA CIRCULATION PÉRIPHÉRIQUE
:
Le diamètre artériel et la compliance ont été fréquemment mesurés
après l’administration d’antagonistes calciques.
Dépendant de la
dose administrée, le diamètre de l’artère brachiale se trouvait élargi.
Pour l’artère carotidienne des données contradictoires ont été
décrites.
L’action était indépendante de l’action purement mécanique
induite par le changement de la pression artérielle.
On a démontré,
pour différents dérivés dihydropyridines, une nette augmentation du
débit sanguin dans les membres et les artères carotidiennes.
L’action
des antagonistes calciques sur l’endothélium est plutôt neutre.
La compliance artérielle se trouve favorablement influencée par les
antagonistes calciques.
L’administration aussi bien aiguë que
chronique augmente la compliance systémique et brachiale
(distensibilité et compliance).
Sans doute, la réduction de la pression
et l’élargissement des diamètres vasculaires jouent un rôle ; peutêtre
la relaxation des cellules vasculaires lisses, indépendante de la
pression, contribue-t-elle à l’évolution favorable de la compliance ?
Ces données ont été confirmées pour différents types d’antagonistes
(dihydropyridine et autres).
Enfin, les contours de l’onde artérielle
sont influencés favorablement par les antagonistes calciques. Pour la nifédipine et l’isradipine, on a démontré que la partie systolique
tardive de l’onde de pression est influencée de façon plus
significative dans les artères centrales que dans les artères
périphériques.
Conséquences vasculaires des dérivés
nitrés :
A - EFFETS GÉNÉRAUX ET MODE D’ACTION
:
L’action des dérivés nitrés (la nitroglycérine, l’isosorbide dinitrate...)
sur les vaisseaux périphériques s’effectue directement sur les fibres
musculaires lisses, par vasodilatation non spécifique. Néanmoins, par
un mécanisme réflexe (stimulation sympathique), on observe une
vasoconstriction dans certains vaisseaux (surtout circulation
splanchnique).
La dilatation se situe par préférence au niveau
veineux, réduisant ainsi la précharge cardiaque.
Concernant la
dilatation artérielle, elle est plus faible et se voit principalement au
niveau des grosses artères et dépend des doses utilisées.
La réduction
de la résistance périphérique est donc faible et compensée par
augmentation du débit cardiaque ou, en moindre mesure, par
vasoconstriction artérielle.
B - EFFETS SPÉCIFIQUES DES DÉRIVÉS NITRÉS SUR LA
CIRCULATION PÉRIPHÉRIQUE :
Chez l’homme, l’administration des dérivés nitrés influence
significativement la compliance artérielle et la morphologie de l’onde
artérielle, ce qui se reflète par une réduction parfois importante de la
pression artérielle systolique.
Des études non invasives par échodoppler ont démontré dans l’aorte, l’artère brachiale et les
artères carotidiennes, une dilatation accompagnant une réduction de
la pression, ce qui suggère un mécanisme qui implique directement
la paroi vasculaire.
Dans les grosses artères, un mécanisme de
dilatation de haut flux ne se déclare pas, parce que la résistance régionale et la vélocité cross-sectionnelle ne changent pas sous
traitement nitré mais la réduction de la pression systolique ne
s’explique pas seulement par un changement de diamètre.
En effet,
le traitement par dérivés nitrés a comme conséquences un
changement d’élasticité des grosses artères et une augmentation de
la compliance, exprimée par une plus forte pente de la relation
pression-volume.
La compliance systémique et celle de l’avant-bras
sont augmentées après dérivés nitrés.
Pour les vélocités des ondes,
on a décrit des valeurs constantes ou diminuées après dérivés nitrés.
La morphologie de l’onde artérielle change aussi sous l’influence des
dérivés nitrés.
L’observation la plus claire est que la
nitroglycérine diminue l’amplitude de l’onde reflétée dans la
périphérie ; la deuxième partie de l’onde artérielle peut même
disparaître. À des doses thérapeutiques, on observe une réduction
de l’onde reflétée sans dilatation artériolaire importante.
Parce que
l’onde artérielle a une autre morphologie au niveau de l’aorte (l’onde
reflétée est plus centrale), la réduction de la pression artérielle
systolique sous dérivés nitrés est plus exprimée dans l’aorte et le
ventricule gauche que dans les artères périphériques (où on mesure
par routine la pression artérielle).
Ainsi, l’onde artérielle carotidienne
sous-estime la réduction de la pression systolique provoquée par la
nitroglycérine.
Le nitroprussiate a les mêmes effets que la
nitroglycérine avec, en plus, une dilatation artériolaire et une
réduction de la résistance périphérique.
Conséquences vasculaires
des bêtabloquants :
A - EFFETS GÉNÉRAUX ET MODE D’ACTION
:
L’action des bêtabloquants sur l’hémodynamique et les vaisseaux est
très complexe et dépend des circulations locales et du type de
bêtabloquant (non sélectif, sélectif, avec capacité vasodilatatrice ou
non).
Le débit cardiaque, un peu abaissé par les bêtabloquants
(moins par ceux qui possèdent une activité sympathomimétique
intrinsèque [ASI]), et le ralentissement de la fréquence cardiaque sont
compensés par une élévation plus au moins équivalente des
résistances périphériques.
La nature de cette élévation est
« réflectoire », et est observée chez tous les bêtabloquants classiques.
À long terme, la résistance tend à diminuer mais reste plus élevée au
niveau des membres surtout pour les bêtabloquants sans ASI et non
sélectifs.
Ce sont surtout les bêtabloquants non sélectifs qui ont une
action vasoconstrictive, du fait de leurs récepteurs vasculaires de
type â2 ; les bêtabloquants avec ASI ont une faible vasodilatation.
L’action vasculaire est en partie aussi indirecte, pour les
bêtabloquants lipophiles, qui pénètrent le système nerveux central et
diminuent le tonus sympathique vasomoteur d’origine centrale, ce
qui entraîne une diminution de la résistance vasculaire périphérique,
réduisant la vasoconstriction directe.
B - EFFETS SPÉCIFIQUES DES BÊTABLOQUANTS SUR LA
CIRCULATION PÉRIPHÉRIQUE
:
L’action des bêtabloquants sur la compliance des grosses artères chez
l’homme dépend du type de bêtabloquant : ceux non sélectifs n’ont
d’effet ni sur la distensibilité ni sur la compliance ; les sélectifs, en
général, ont un effet plus prononcé sur la compliance et la
distensibilité.
À long terme, les bêtabloquants avec ASI et
caractéristiques vasodilatatrices augmentent aussi la distensibilité et
la compliance.
Les bêtabloquants sans action vasodilatatrice ne
causent pas seulement une plus haute résistance périphérique mais
aussi des ondes « réflectées » plus augmentées. Les ondes de pression
carotidiennes sont caractérisées par une augmentation de l’onde de
pression systolique tardive.
Tout à l’inverse, les bêtabloquants avec
action vasodilatatrice diminuent l’onde de pression systolique
tardive dans les artères carotidiennes.
En conséquence, les
bêtabloquants avec action vasodilatatrice semblent présenter une
capacité plus prononcée que d’autres pour diminuer la pression
systolique centrale (l’aorte et le ventricule gauche).
C - EFFETS INDÉSIRABLES VASCULAIRES
DES BÊTABLOQUANTS :
– Dans la littérature des années 1960, une série d’effets indésirables
des bêtabloquants (surtout pour les non sélectifs), sur le plan
vasculaire, ont été décrits.
Tout d’abord, des extrémités froides avec
diminution des pulsations ont été fréquemment signalées allant
jusqu’à causer un phénomène de Raynaud et même des gangrènes.
Une vasoconstriction á-adrénergique, liée au blocage de la
vasodilatation médiée par les récepteurs â et une réduction du débit
cardiaque contribuent largement aux phénomènes observés.
– Il a été décrit que des patients souffrant d’une maladie artérielle
périphérique (claudication intermittente ou ischémie distale)
verraient une aggravation de leur maladie sous bêtabloquants.
Heureusement, des études bien organisées ont démontré que
l’administration des bêtabloquants en chronique ne provoque pas ou
très peu d’effets négatifs à ce niveau.
– Enfin, faut-il rappeler qu’à long terme, l’hypertriglycéridémie, la
diminution de l’high density lipoprotein (HDL)-cholestérol, et les
troubles du métabolisme glucidique étant athérogènes, peuvent
entraîner des complications vasculaires précoces ?