Principales urgences abdominales : quelles investigations ?
Cours de médecine interne
Les urgences abdominales sont dominées par la douleur.
Seulement un malade sur cinq souffrant d’une
douleur abdominale aiguë a une pathologie nécessitant une intervention chirurgicale en urgence.
Il faut donc
éliminer une pathologie médicale par un interrogatoire minutieux et un examen clinique rigoureux, aidés d’examens
complémentaires au moindre doute afin de diminuer le nombre de laparotomies inutiles.
Douleur abdominale aiguë
:
Le problème principal est celui de la douleur
abdominale isolée ou prédominante.
Il s’agit d’un
symptôme qui ne doit être ni négligé, ni traité à
l’aveugle dans le but de soulager un malade qui est
souvent très demandeur.
La décision de suivre le
patient sous simple traitement médical associé à une
surveillance ambulatoire, ou de l’adresser en milieu
hospitalier, dépend de l’expérience du médecin
praticien.
Cependant, une douleur abdominale
aiguë révélant une lésion organique dans 20%des
cas, le moindre doute impose un avis chirurgical,
aidé, éventuellement, de quelques examens
complémentaires.
A - Examen clinique du malade vu en
urgence pour douleur abdominale aiguë
:
1- Interrogatoire :
Il est fondamental.
Il s’attache à préciser les
antécédents médicochirurgicaux, une notion de
prise médicamenteuse (corticoïdes, antiinflammatoires
non stéroïdiens, anticoagulants), ou
de traumatisme abdominal, même éloigné.
Il
détermine les caractéristiques de la douleur
abdominale, la date de son apparition, son siège
initial, ses irradiations, son caractère évolutif, son
intensité, les facteurs déclenchants ou de
soulagement, et l’existence d’épisodes douloureux
identiques, mais moins intenses, dans les semaines
ou les mois précédents.
Enfin, il recherche des signes
d’accompagnement : fièvre, frissons, sensation de
malaise, nausées, vomissements, diarrhée ou
constipation récentes, hémorragie digestive, troubles
mictionnels.
2- Mesures :
Température rectale, pouls radial et pression
artérielle sont mesurés.
3- Inspection du patient :
Elle précise son état général, l’aspect de ses
conjonctives (pâleur, subictère), et de sa langue, son
état de conscience, et recherche un faciès altéré, ou
des sueurs.
L’inspection de l’abdomen recherche une
cicatrice abdominale, un météorisme sous la forme
d’une distension globale ou localisée de l’abdomen,
des mouvements péristaltiques (ondulations) sous la
peau chez les sujets maigres, et apprécie la mobilité
de la paroi abdominale lors des mouvements
respiratoires.
4- Palpation :
Elle doit être douce et débute à l’endroit le moins
douloureux, après s’être réchauffé éventuellement
les mains.
Elle recherche une masse abdominale,
une douleur provoquée, que l’on peut parfois
déclencher par la décompression brutale de
l’abdomen à distance, une défense sous la forme
d’une réaction pariétale douloureuse à la palpation
douce de l’abdomen qui reste dépressible, ou une
contracture, contraction douloureuse, permanente et
invincible des muscles de la paroi abdominale
antérieure.
La présence d’un ou de plusieurs de ces
signes est en faveur d’une pathologie organique,
surtout s’il y a une correspondance avec la douleur
spontanée.
On doit en préciser la localisation exacte,
et, lorsque les signes sont diffus, le siège où ils sont
maximaux.
La palpation est complétée par l’examen
des orifices herniaires.
5- Percussion :
Elle recherche deux signes : la disparition de la
matité préhépatique (pneumopéritoine), qui se
recherche en position demi-assise, et la matité des
flancs (épanchement liquidien intrapéritonéal
abondant), chez un malade en décubitus dorsal.
L’absence de ces deux signes ne permet pas
d’éliminer le diagnostic d’épanchement intrapéritonéal (aérique ou liquidien).
6- Auscultation
:
Elle recherche un souffle vasculaire et des bruits hydroaériques.
En cas d’obstruction intestinale,
ceux-ci sont augmentés, et s’il existe un iléus
paralytique, ils sont diminués ou inexistants.
7- Toucher rectal :
Il apprécie la consistance, la sensibilité et le
volume de la prostate chez l’homme, la présence de
selles dans l’ampoule rectale, recherche une tumeur anorectale ou une hémorragie digestive basse, et
permet la palpation du cul-de-sac de Douglas, qui est
perçu à bout de doigt, à la face antérieure du rectum,
en faisant pousser le malade.
C’est le seul élément
de l’examen clinique qui donne un accès direct au
péritoine (par l’intermédiaire de la paroi rectale).
Il
doit rechercher une douleur, une sensation de
tension (bombement du cul-de-sac), ou des nodules,
témoignant d’une carcinose péritonéale.
8- Toucher vaginal :
Il est systématique devant tout syndrome
douloureux abdominopelvien chez la femme.
Il
recherche une douleur à la mobilisation utérine, une
hémorragie utérine, des leucorrhées, et il apprécie la
taille de l’utérus et l’état des annexes.
9- Bandelette urinaire :
Elle est systématique (leucocyturie, hématurie,
nitrites, glycosurie, cétonurie).
Au terme de cet examen clinique, la décision
d’adresser ou non, en urgence, le malade en milieu hospitalier, doit
être prise.
Dans un certain nombre de cas, l’impression
clinique est suffisante pour prendre cette décision.
Ailleurs, des examens complémentaires peuvent
aider au diagnostic.
Leur prescription doit être guidée par les
conclusions de l’examen clinique.
B - Examens complémentaires
:
1- Bilan biologique :
Il comprend :
– habituellement : une numération globulaire
avec formule sanguine, un ionogramme sanguin
avec urée sanguine et créatininémie, une calcémie,
une glycémie, une hémostase ;
– éventuellement : un bilan hépatique, une amylasémie avec amylasurie, un dosage des
lacticodéshydrogénases (LDH) et des créatinephosphokinases
(CPK) (avec CPK-MB), et un groupe
sanguin ABO et Rhésus, avec recherche
d’agglutinines irrégulières.
2- Électrocardiogramme :
Un électrocardiogramme (ECG), systématique,
devant toute douleur abdominale inexpliquée,
permet d’éliminer certains diagnostics non
chirurgicaux, et fait partie du bilan préopératoire.
3- Explorations morphologiques :
Elles sont le plus souvent limitées, en urgence,
aux radiographies du thorax et de l’abdomen sans
préparation (ASP) (après s’être assuré de l’absence de grossesse débutante), et à une échographie
abdominale. Les radiographies de l’abdomen sans
préparation comprennent des clichés de face
debout et de face couché, et un cliché centré sur les
coupoles diaphragmatiques, de face debout ou
assis.
D’autres radiographies, avec ou sans produit
de contraste, sont parfois nécessaires.
Elles ne sont
demandées qu’en fonction du diagnostic évoqué
cliniquement.
L’échographie abdominale est très
utile en urgence, mais ne peut faire cependant, à
elle seule, tous les diagnostics.
Il faut donc la
prescrire avec modération, et surtout orienter le
radiologue en fonction de l’impression clinique.
Ses
limites, en urgence, sont liées à l’existence d’un
iléus réflexe, très fréquent, qui gêne la visualisation
des organes intra- ou rétropéritonéaux, par la
présence de nombreux gaz dans le tube digestif.
Le
scanner abdominopelvien, avec et sans injection
de produit de contraste, peut être le seul examen
contributif dans l’établissement de certains
diagnostics, mais il nécessite le transfert du patient
jusqu’au lieu de l’examen, ce qui n’est pas toujours
réalisable.
Les autres explorations morphologiques
(urographie intraveineuse [UIV], artériographie,
imagerie par résonance magnétique), sont
prescrites en fonction de l’impression clinique et du
résultat des autres examens complémentaires.
Si, dans la majorité des cas, une étiologie est
retrouvée, chez 30%des malades, ces douleurs vont
s’amender spontanément ou après un traitement
antalgique mineur, sans que l’on puisse en préciser
l’origine.
Chez 20% des malades, l’origine de la
douleur nécessite une intervention chirurgicale en
urgence, et chez50%des malades, elle est de cause
médicale.
Il est donc impératif de reconnaître ces
affections médicales à expression abdominale pseudochirurgicale, afin d’éviter une laparotomie
inutile.
Douleurs abdominales diffuses :
A - Pathologies médicales :
De nombreuses affections médicales
peuvent avoir une expression abdominale, exclusive
ou prédominante.
Leur caractéristique commune est
un examen physique de l’abdomen normal, dans
tous les cas.
Nous ne développerons que les
étiologies les plus trompeuses.
1- Porphyrie aiguë intermittente :
Elle survient le plus souvent chez une femme
jeune, en période prémenstruelle, et débute par des
douleurs abdominales diffuses et violentes,
associées à des vomissements et à une constipation.
Il existe des signes neuropsychiques, souvent
mineurs (insomnie persistante), mais parfois plus
sévères (dépression, confusion, hallucinations
visuelles), une tachycardie, une sudation abondante,
et parfois une discrète fébricule.
Il faut rechercher des
urines rouges « porto », après avoir éliminé une
hématurie.
2- Pseudoporphyries toxiques
:
Leur tableau est identique à celui de la porphyrie
aiguë intermittente.
Elles sont liées à une intoxication
chronique par le sédormid, l’allysopropylacétamide,
la griséofulvine, ou la chloroquine, ou à une
intoxication accidentelle aiguë par l’hexachlorobenzène
(fongicide), ou certains hydrocarbures
chlorés.
3- Péritonites primitives :
Il s’agit des péritonites primitives à bacille de Koch, Mycobacterium avium intracellulaire, pneumocoque,
streptocoque, ou entérocoque. Les signes sont
aspécifiques, avec de vagues douleurs abdominales,
une légère défense, et une fébricule.
Le traitement
est médical, basé sur une antibiothérapie en
urgence, par voie intraveineuse.
On en rapproche
l’ascite infectée du cirrhotique, qui, lorsque l’infection
est primitive, impose un traitement médical en
extrême urgence, après avoir éliminé une cause
chirurgicale.
4- Occlusions fonctionnelles :
Ce sont des occlusions du grêle, d’installation
progressive, avec des douleurs abdominales
modérées, un météorisme diffus et des bruits hydroaériques peu fréquents à l’auscultation. La
distension intestinale est essentiellement gazeuse,
sur les clichés de l’ASP.
Elles surviennent dans un
contexte particulier, au cours d’affections
neurologiques (sclérose en plaques, syndromes
radiculaires), ou psychiatriques (névroses, psychoses,
neuroleptiques), dans le cadre d’affections rétropéritonéales (colique néphrétique, hématome
rétropéritonéal secondaire à un traumatisme lombaire, une fracture du bassin, un
tassement vertébral, ou au surdosage d’un traitement anticoagulant),
ou en postopératoire (en particulier après une laparotomie ou un
geste neurochirurgical).
B - Pathologies chirurgicales :
1- Occlusions aiguës organiques :
On distingue les occlusions par strangulation et
les occlusions par obstruction.
* Occlusions aiguës par strangulation : elles
sont caractérisées par un début brutal, une douleur
intense, spasmodique au début, un choc précoce, un
météorisme asymétrique, silencieux et immobile.
C’est une urgence absolue, car il existe un risque de
nécrose intestinale.
* Occlusions aiguës par obstruction : elles ont
un début plus progressif.
La douleur est modérée, les
vomissements tardifs, le météorisme diffus, avec
présence de bruits de lutte, et le choc est très rare.
Dans les occlusions hautes (grêle), les
vomissements sont précoces, et l’arrêt du transit
tardif.
En revanche, dans les occlusions basses
(côlon), les vomissements sont tardifs, et l’arrêt du
transit précoce.
Devant ce tableau clinique, il faut
adresser le patient, le plus rapidement possible, en
milieu hospitalier, dans le but d’effectuer des ASP qui
confirmeront le diagnostic, et d’intervenir
chirurgicalement en urgence, afin d’éviter une
nécrose ou une perforation intestinales.
1- Principales étiologies des occlusions du grêle
:
* Occlusion du grêle par strangulation :
- Volvulus sur bride intrapéritonéale : il est
postopératoire dans l’immense majorité des cas.
- Hernies étranglée, inguinale ou crurale : elle
se présente sous la forme d’une tuméfaction de
l’aine douloureuse, irréductible, et non impulsive à la
toux.
Chez les personnes âgées, la douleur est
souvent absente, et l’interrogatoire manque parfois
de précision.
Il faut donc considérer que toute
tuméfaction inguinale, associée à une occlusion
aiguë du grêle, est une hernie étranglée, jusqu’à
preuve du contraire, et doit conduire à une
intervention chirurgicale en urgence.
- Éventration étranglée : la tuméfaction
douloureuse et irréductible est située au niveau
d’une cicatrice de laparotomie.
- Hernie interne : située dans une fossette paraduodénale, le trou obturateur ou une fossette
rétrocaecale, elle est de diagnostic le plus souvent
opératoire.
* Occlusion du grêle par obstruction
:
- Iléus biliaire : son tableau associe une
occlusion du grêle évoluant par paroxysmes
contemporains, des épisodes de blocage du calcul, à
des signes de cholécystite (douleur de l’hypocondre
droit, fièvre), qui ont souvent régressé après la
migration du calcul.
L’ASP montre typiquement trois
signes : des niveaux hydroaériques sur le grêle, une
aérobilie, et une calcification arrondie dans la fosse
iliaque droite.
- Tumeurs du grêle : elles sont rares (3% des
tumeurs digestives).
Il s’agit habituellement d’un
adénocarcinome, plus rarement d’un sarcome, d’un
lymphome malin non hodgkinien (actuellement
souvent dans le cadre d’un sida), d’un carcinoïde, ou
d’une métastase (d’un cancer du sein, par exemple).
Elles sont responsables d’un syndrome de Koenig,
avec douleur localisée, survenant par crises,
augmentant rapidement d’intensité, et disparaissant
avec des bruits hydroaériques, répétée et de
fréquence croissante.
2- Principales étiologies des occlusions du côlon
:
* Occlusion du côlon par strangulation :
- Volvulus du sigmoïde : (80% des volvulus du
côlon).
Il survient chez un malade âgé, se plaignant
d’une constipation chronique, avec la notion
d’épisodes de douleurs abdominales résolutives.
Un
tableau d’occlusion basse s’installe rapidement, avec
arrêt du transit, et douleurs abdominales modérées.
Il existe un volumineux météorisme abdominal
asymétrique, de la fosse iliaque gauche à
l’hypocondre droit.
L’ASP montre une distension
sigmoïdienne majeure, sous la forme d’une énorme
bulle oblique, de la fosse iliaque gauche à
l’hypocondre droit (de face couché), et d’une
volumineuse clarté gazeuse en « U » renversé, avec
deux niveaux hydroaériques au pied des deux
jambages, décalés l’un par rapport à l’autre (de face
debout).
Un lavement aux hydrosolubles, effectué en
cas de doute diagnostique, montre une image
typique d’arrêt effilé, en « bec d’oiseau », au niveau
de la charnière rectosigmoïdienne.
Il faut, en
urgence, tenter de monter une sonde rectale (tube
de Faucher), et en cas d’échec ou de complication
(nécrose ou perforation), intervenir chirurgicalement.
- Volvulus du caecum : il est rare.
Au tableau
typique d’occlusion basse, d’installation rapide, vont
souvent s’associer des signes d’occlusion du grêle (lorsque la valvule de Bauhin est incontinente), avec
un météorisme épigastrique et une sensation de
« vide » dans la fosse iliaque droite.
L’ASP de face
couché montre une volumineuse bulle centrale, ou
dans l’hypocondre gauche, et, de face debout, une
disparition du granité caecal dans la fosse iliaque
droite, avec une volumineuse image hydroaérique
centrale barrant l’abdomen.
Le lavement aux
hydrosolubles, en cas de doute diagnostique,
confirme le volvulus.
* Occlusion du côlon par obstruction
:
- Cancer colique en occlusion : il est fréquent.
Une occlusion basse s’installe progressivement, chez
un malade signalant depuis quelque temps des
troubles du transit inhabituels, à type d’alternance
d’épisodes de diarrhée et de constipation, des rectorragies ou un melaena, et une altération de
l’état général.
L’examen clinique met en évidence un
volumineux météorisme en cadre.
L’ASP montre des
niveaux hydroaériques de type colique, avec
distension colique parfois majeure, sa limite
inférieure localisant l’obstacle dont le siège et la
nature sont précisés par un lavement aux
hydrosolubles, en urgence, avec une image
constante sur tous les clichés, sous la forme d’une
sténose irrégulière, serrée, excentrée, où la
muqueuse a disparu.
L’indication opératoire en
urgence est formelle, surtout si le caecum est
distendu sur l’ASP, avec un diamètre supérieur ou
égal à 12 cm, et s’il existe des signes de souffrance
caecale, avec douleur et défense de la fosse iliaque
droite (risque de perforation diastatique du caecum).
- Occlusion sur sigmoïdite diverticulaire : elle
est rare.
Il s’agit d’une occlusion colique gauche, plus
ou moins fébrile, avec empâtement douloureux de
la fosse iliaque gauche.
L’ASP montre des niveaux
hydroaériques de type colique, et le lavement aux
hydrosolubles un rétrécissement du sigmoïde
étendu (5-10 cm), centré, sans altération de la
muqueuse, se raccordant progressivement avec le
côlon sain.
La coloscopie, effectuée après avoir
éliminé une perforation, confirme l’absence de
lésion muqueuse, mais ne peut pas toujours franchir
la sténose.
Le traitement est médical (rééquilibration hydroélectrolytique, antibiotiques, antispasmodiques),
ou chirurgical, en cas d’échec du traitement
médical.
*
Péritonites aiguës généralisées :
L’examen clinique, dans cette forme typique,
montre une disparition de la respiration abdominale,
et, à la palpation, une contracture abdominale
généralisée, signe pathognomonique (ventre de
bois), avec une douleur au cul-de-sac de Douglas.
Les
signes de choc et de déshydratation sont
inconstants.
La température est variable,
habituellement élevée, mais peut être normale dans
les péritonites chimiques à leur début.
Les examens biologiques confirment l’infection
(hyperleucocytose), et évaluent la déshydratation
(ionogramme sanguin).
Les examens radiologiques vont surtout
s’attacher à rechercher un pneumopéritoine, qui
traduit la perforation d’un organe creux, et qui
impose un traitement chirurgical en urgence, sans
autres explorations morphologiques.
Les autres
examens radiologiques (échographie, scanner,
opacifications digestives avec un produit radio-opaque hydrosoluble), ne sont pratiqués qu’en
cas de doute diagnostique, lorsque manque, par
exemple, la contracture ou la douleur au cul-de-sac
de Douglas.
Ces péritonites asthéniques sont
rencontrées chez les malades âgés, chez les
malades sous corticothérapie au long cours, chez
les immunodéprimés (sida), et chez les
paraplégiques.
On distingue les péritonites par perforation, des
péritonites par diffusion septique.
* Syndromes abdominaux avec état de choc
et examen clinique pauvre
:
Après avoir éliminé les causes médicales et les
péritonites asthéniques, cinq étiologies peuvent être
responsables d’un syndrome douloureux
abdominal, avec état de choc hémodynamique.
2- Infarctus mésentérique :
C’est une douleur abdominale, généralisée,
intense, avec état de choc, chez un malade
athéromateux ou souffrant d’une arythmie
cardiaque par fibrillation auriculaire. Parfois, dans les
jours qui ont précédé, une diarrhée a été signalée.
En
l’examinant, on est d’emblée frappé par la
discordance entre l’intensité de la douleur spontanée
et du choc, et la pauvreté de l’examen clinique, qui
ne retrouve qu’une légère défense généralisée, sans
fièvre.
Une hémorragie digestive est le plus souvent
retrouvée au toucher rectal, et les bruits hydroaériques sont absents à l’auscultation
abdominale (« silence sépulcral »).
Si l’état du malade
le permet, un échodoppler, un angioscanner, ou une
artériographie des artères digestives, confirment le
diagnostic, en montrant un obstacle complet à
l’origine de l’artère mésentérique supérieure.
L’intervention chirurgicale doit être pratiquée en
extrême urgence.
3- Pancréatite aiguë :
Le tableau clinique est dominé par des douleurs
épigastriques, à irradiations postérieures, d’intensité
rapidement croissante, jusqu’à devenir intolérables,
avec recherche d’une position antalgique en antéflexion. Nausées et vomissements l’accompagnent,
avec un état de choc (parfois absent en début
d’évolution).
L’examen clinique est également
discordant avec l’intensité des signes fonctionnels,
en ne retrouvant qu’une discrète défense
abdominale, prédominant dans l’épigastre.
L’élévation importante de l’amylasémie et de
l’amylasurie est un élément important du diagnostic.
Les ASP peuvent montrer une anse jéjunale
distendue (« anse sentinelle »), ou une aérocolie
transverse. Échographie, et surtout angioscanner
pancréatiques, confirment le diagnostic.
Une
hospitalisation en milieu chirurgical s’impose, pour
surveillance et réanimation intensive.
La chirurgie
n’est indiquée qu’en cas de complications de la
nécrose, en particulier sa surinfection.
4- Rupture rétropéritonéale d’un anévrisme de
l’aorte abdominale
:
La douleur est abdominale et dorsolombaire,
brutale, avec un état de choc hémodynamique, chez
un malade âgé et athéromateux.
Il faut rechercher
une masse abdominale battante et soufflante,
prendre les pouls fémoraux et, sur les ASP, mettre en
évidence des calcifications vasculaires dessinant
l’anévrisme, sous forme de deux arcs à concavité
interne, en avant du rachis lombaire.
Le diagnostic
est confirmé par l’échographie et le scanner.
L’intervention chirurgicale, en extrême urgence, est
impérative pour stopper l’hémorragie.
5- Grossesse extra-utérine rompue
:
Le diagnostic est évoqué chez une femme jeune
signalant un retard de règles avec douleur, ayant
débuté dans le pelvis, puis ayant rapidement diffusé
à tout l’abdomen, associée à un état de choc
hémorragique.
Le toucher vaginal met en évidence
une masse latéro-utérine sensible.
Le dosage des bêta-hCG plasmatiques confirme la grossesse, et
l’échographie pelvienne montre un utérus vide, et
souvent une masse latéro-utérine.
Une intervention
en urgence permet un contrôle de l’hémostase.
6- Forme suraiguë toxique de l’appendicite :
Les signes généraux dominent le tableau clinique,
avec un état de choc septique sévère.
Sa rareté et la
pauvreté des signes abdominaux ne doivent pas
faire retarder l’intervention, qui est impérative, en
extrême urgence.
2- Causes diverses
:
1- Hématome de la paroi abdominale sous
anticoagulants
Il apparaît le plus souvent au niveau des muscles
grands droits de l’abdomen.
2- Ischémie mésentérique chronique
Véritable « claudication intermittente » de
l’abdomen avec douleurs intenses survenant après
les repas, diarrhée et amaigrissement, elle doit
constituer un signe d’alarme et imposer des
explorations vasculaires à la recherche d’une
sténose de l’artère mésentérique supérieure : échodoppler, et surtout artériographie des artères
digestives (valeur des clichés de profil de
l’aortographie).
3- Douleurs abdominales au cours du sida
Elles sont fréquentes (40-90 %), liées à une
infection (à germes opportunistes), ou, plus
rarement, à une prolifération tumorale maligne
(sarcome de Kaposi, lymphome malin non
hodgkinien), ou encore à une pancréatite
médicamenteuse.
Les douleurs abdominales sont
accompagnées d’une diarrhée et d’un amaigrissement.
Les complications chirurgicales sont rares.
Il
s’agit essentiellement de perforations du grêle ou du
côlon d’origine infectieuse (Cytomégalovirus) ou
tumorale (lymphome), et de cholécystites aiguës alithiasiques.
Le diagnostic de complication
chirurgicale est difficile à établir, car les signes
cliniques sont aspécifiques.
Il est souvent évoqué sur
une modification de la symptomatologie
abdominale, ou l’absence d’efficacité d’un traitement
médical bien conduit, plus rarement sur la
découverte d’un pneumopéritoine.
C - Douleurs de l’hypocondre droit :
1-
Pathologies médicales
:
* Colique hépatique :
Elle est liée à une lithiase vésiculaire, avec douleur
de l’hypocondre droit, à début nocturne, à irradiation
scapulaire, inhibant l’inspiration profonde, associée à
des troubles dyspeptiques, sans signes infectieux.
La
manoeuvre de Murphy, par palpation douce de
l’abdomen sous le rebord costal droit, reproduit la
douleur spontanée inhibant l’inspiration profonde.
Une échographie hépatobiliaire confirme le plus
souvent une lithiase vésiculaire non compliquée.
* Autres étiologies
:
Elles sont constituées par les pneumopathies, les
hépatomégalies, les syndromes de Budd-Chiari
aigus, les hépatites aiguës, les ulcères duodénaux ou
gastriques hyperalgiques, et les gastrites ou les
duodénites aiguës.
2- Pathologies chirurgicales :
* Cholécystite aiguë lithiasique :
Le diagnostic est évoqué cliniquement devant
une douleur de l’hypocondre droit avec nausées,
vomissements et fièvre à 38-38,5 °C.
Il est confirmé
par une échographie hépatobiliaire, montrant une
vésicule augmentée de volume (supérieure à 10 cm),
avec une paroi épaissie (supérieure à 4 mm), sensible
au passage de la sonde, contenant des calculs
(hyperéchogènes, avec cônes d’ombre postérieurs)
et du sludge.
La biologie hépatique est souvent
normale. Une hospitalisation en urgence s’impose
pour prélèvements bactériologiques (hémocultures),
antibiothérapie et cholécystectomie.
* Angiocholite par lithiase de la voie biliaire
principale :
Le tableau clinique associe des douleurs de
l’hypocondre droit, puis un syndrome septique
sévère, avec fièvre élevée à 39-40 °C, frissons, état
de choc, et, enfin, un ictère cutanéomuqueux,
souvent variable.
L’hospitalisation en urgence est
également impérative, pour antibiothérapie et levée
de l’obstacle biliaire (sphinctérotomie endoscopique
ou chirurgie).
* Cholécystite aiguë alithiasique :
Elle est rare, en dehors des malades hospitalisés
en réanimation.
Elle peut se rencontrer chez les
malades diabétiques, vasculaires ou souffrant d’un
sida.
Une cholécystectomie en urgence, sous
couverture antibiotique, est impérative.
* Appendicite aiguë sous-hépatique :
Elle simule une cholécystite aiguë, avec douleur
fébrile de l’hypocondre droit.
L’échographie
abdominale élimine le diagnostic de cholécystite, et
une laparotomie, en urgence, permet d’effectuer
l’appendicectomie.
D - Douleurs de l’hypocondre gauche :
Il faut tout d’abord éliminer une pneumopathie de
la base pulmonaire gauche.
Les lésions intra-abdominales pouvant être
responsables d’une douleur à ce niveau sont représentées par les
pathologies spléniques (splénomégalie, infarctus, kyste solitaire,
kyste hydatique, volvulus), pancréatiques (cancer de la queue,
pancréatite aiguë ou chronique), et coliques (cancer de l’angle
gauche).
L’examen clinique, aidé des explorations
morphologiques, en particulier échographie et scanner, fait le
diagnostic et conduit l’attitude thérapeutique.
E - Douleurs épigastriques :
1-
Pathologies médicales
:
* Insuffisance surrénalienne aiguë
:
Elle est accompagnée d’une douleur épigastrique
en barre, d’un collapsus cardiovasculaire, de troubles
de la conscience, d’hyperthermie, de myalgies
intenses, de nausées, de vomissements et de
diarrhées parfois sanglantes.
Le diagnostic est
biologique, avec hyponatrémie, hyperkaliémie et,
surtout, baisse du cortisol plasmatique.
* Ulcère duodénal ou gastrique hyperalgique :
Il est responsable d’une douleur épigastrique
brutale et très intense, avec défense.
L’interrogatoire
peut retrouver la notion d’un ulcère connu, ou de
douleurs épigastriques rythmées par les repas,
évoluant de façon épisodique depuis plusieurs mois.
Il faut préciser les caractéristiques de la douleur qui
est postprandiale tardive, à type de crampes,
atténuée par l’alimentation, et il faut rechercher la
notion de prise médicamenteuse (aspirine,
anti-inflammatoires non stéroïdiens, corticoïdes).
Après s’être assuré de l’absence de perforation (il
n’existe pas de pneumopéritoine), le diagnostic est
confirmé par la fibroscopie digestive haute.
* Gastrite et duodénite aiguës
:
Les douleurs sont d’apparition brutale et
précèdent habituellement une hémorragie digestive.
Les causes en sont le stress, l’alcool, l’hypertension
portale et les médicaments, en premier lieu les
anti-inflammatoires non stéroïdiens et l’aspirine.
Le
diagnostic est également endoscopique.
2- Pathologies chirurgicales :
* Perforation d’un ulcère gastrique ou duodénal
(ou plus rarement d’un cancer gastrique) :
Elle débute avec douleur épigastrique, de
survenue brutale, en « coup de poignard »,
accompagnée de nausées, de vomissements, sans
fièvre ni choc.
La contracture abdominale est à
maximum épigastrique, et le cul-de-sac de Douglas
est douloureux au toucher rectal.
Les ASP montrent l’existence d’un
pneumopéritoine, souvent minime, et une intervention chirurgicale
est pratiquée, sans délai ni examens supplémentaires, à l’exception
du bilan préopératoire.
* Appendicite aiguë :
Elle débute souvent par une douleur épigastrique,
qui migre ensuite dans la fosse iliaque droite.
Les signes locaux, le syndrome infectieux et
l’absence de pneumopéritoine, doivent faire poser l’indication
opératoire.
F - Douleurs de la fosse iliaque droite :
Un tiers des malades adressés aux urgences
chirurgicales se plaignent d’une douleur de la fosse
iliaque droite.
Parmi ceux-ci, seuls deux sur trois
ont une appendicite aiguë. Afin d’éviter une
appendicectomie inutile, il faut tout d’abord éliminer
une pathologie médicale.
1- Pathologies médicales :
* Colique néphrétique :
C’est une douleur irradiant vers le testicule, sans
position antalgique possible, avec agitation, signes
urinaires fréquents (dysurie, hématurie), et présence
de cristaux et d’une hématurie dans les urines.
L’ASP
peut être évocateur, l’échographie est souvent
normale dans les premières heures, et l’UIV confirme
le diagnostic.
* Adénolymphite mésentérique
:
Elle est souvent secondaire à une infection de la
sphère ORL chez l’enfant.
Elle justifie l’examen ORL,
systématique chez tout enfant se présentant aux
urgences pour des douleurs abdominales avec
fièvre, nausées ou vomissements.
L’échographie
abdominale retrouve de nombreux ganglions
autour de la dernière anse grêle.
2-
Pathologies chirurgicales :
* Appendicite aiguë :
C’est une douleur de la fosse iliaque droite, avec
troubles digestifs à type de nausées, vomissements,
modification du transit (plus fréquemment diarrhée
que constipation), et fièvre supérieure à 38 °C.
La
palpation de l’abdomen met en évidence une
défense localisée de la fosse iliaque droite et le
toucher rectal une douleur à droite.
Le diagnostic est
établi cliniquement ; il est inutile de pratiquer des
examens complémentaires autres que ceux
nécessaires au bilan préopératoire et il faut intervenir
chirurgicalement sans attendre.
* Meckelite :
Son diagnostic est, dans la très grande majorité
des cas, opératoire, devant un tableau clinique d’appendicite aiguë.
* Torsion du testicule droit :
Elle peut simuler un tableau d’appendicite aiguë,
en particulier si elle est vue à un stade tardif.
G - Douleurs de la fosse iliaque gauche :
Les pathologies médicales sont également
représentées par la colique néphrétique, la
pyélonéphrite et la salpingite.
Le diagnostic principal est la sigmoïdite diverticulaire, associant des douleurs de la fosse
iliaque gauche à une fièvre et des troubles du transit,
avec aggravation d’une constipation ancienne ou
diarrhée inhabituelle.
L’examen met en évidence
une défense localisée avec, parfois, palpation d’une
masse dans la fosse iliaque gauche.
Le diagnostic est
confirmé par un scanner pelvien et un lavement aux
hydrosolubles, qui montre un aspect spiculé du
sigmoïde, évalue le degré de sténose, et, surtout,
cherche une fuite du produit de contraste, soit dans
un abcès périsigmoïdien, soit dans la cavité péritonéale.
En l’absence de péritonite par perforation, qui
impose une intervention chirurgicale en urgence, le traitement doit
être médical, en hospitalisation.
H - Douleurs hypogastriques :
1-
Pathologies médicales
:
* Globe vésical
:
Il peut être trompeur.
Il est responsable de
douleurs abdominales intenses, prédominant dans
l’hypogastre.
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire
(dernière miction en se méfiant des mictions par
regorgement), la palpation de l’abdomen, qui
retrouve une masse arrondie, médiane et sensible
de l’hypogastre, et la percussion de cette masse, qui
est mate.
L’ASP montre une opacité hypogastrique
régulière, refoulant l’intestin vers le haut.
Un
sondage vésical, après toucher rectal, par sonde
urétrale en l’absence de prostatite (douleur exquise à
la palpation de la prostate), ou par cathéter suspubien, confirme le diagnostic.
Un bilan
étiologique s’impose, après cet épisode de rétention
aiguë d’urine, qui est le plus souvent lié à un
adénome prostatique.
* Autres étiologies
:
Elles sont dominées par les cystites, les infections
urinaires, et les pathologies gynécologiques :
l’endométrite aiguë, la salpingite aiguë, et
l’endométriose.
2- Pathologies chirurgicales :
* Pyosalpinx :
Le diagnostic est clinique et échographique, en
retrouvant une masse latéro-utérine douloureuse,
dans un contexte infectieux.
* Grossesse extra-utérine non rompue :
Masse latéro-utérine sensible, bêta-hCG
plasmatiques élevées, vacuité utérine à
l’échographie.
* Appendicite pelvienne :
L’unilatéralité de la douleur aux touchers pelviens,
et l’absence de leucorrhées, doivent faire poser
l’indication opératoire, après une échographie
pelvienne, qui élimine une pathologie ovarienne ou
tubaire.
Dans les cas difficiles, une coelioscopie
permet d’éliminer une salpingite, et peut conduire à
une appendicectomie, lorsque le diagnostic est
rétabli.
On trouve également la torsion d’annexe, le kyste
de l’ovaire compliqué (rupture intrapéritonéale,
hémorragie intrakystique),le fibrome utérin compliqué (torsion d’un fibrome
pédiculé, nécrobiose aseptique).
I - Douleurs inguinales :
On rencontre les cas suivants :
– hernie inguinale ou crurale, compliquée ou
non ;
– torsion de testicule ;
– orchiépididymite ;
– adénopathie inguinale, le plus souvent
infectieuse ;
– thrombose de la crosse de la saphène.
J - Douleurs lombaires :
*
Appendicite rétrocaecale :
Elle est révélée par une douleur lombaire droite.
Son association avec des troubles digestifs et des
signes infectieux doit faire évoquer le diagnostic,
après avoir éliminé une pyélonéphrite par un
examen cytobactériologique des urines (ECBU), une
échographie rénale et, parfois, une UIV.
* Pyélonéphrite
:
La douleur irradie souvent vers la fosse iliaque
droite, dans un contexte fébrile, avec ECBU positif.
* Syndrome de jonction
:
Il se rencontre avec une dilatation des cavités pyélocalicielles.
K - Douleurs péri-ombilicales :
*
Appendicite mésocoeliaque :
Elle associe une occlusion aiguë du grêle, souvent
incomplète, et une fièvre.
L’intervention chirurgicale,
formelle devant ce tableau, confirme le diagnostic.
* Hernie ombilicale :
Elle est engouée ou étranglée.
* Toute pathologie intrapéritonéale chez l’enfant
:
Chez l’enfant, il est souvent très difficile de préciser
le siège exact de la douleur abdominale.
Vomissement aigu
:
Il s’agit du rejet actif, par la bouche, du contenu de
l’estomac.
Ses conséquences sont nombreuses :
– hématémèse par lacération longitudinale de la
muqueuse cardiale (syndrome de Mallory-Weiss) ;
– rupture spontanée de l’oesophage (syndrome
de Boerhaave) ;
– désordres hydroélectrolytiques, avec
déshydratation, alcalose métabolique avec
hypochlorémie.
Les causes en sont multiples :
– pathologies abdominales : essentiellement les
occlusions, les péritonites, toutes les pathologies
biliaires, et l’appendicite aiguë ;
– affections médicales : d’origine neurologique,
cardiaque ou hépatique.
Hémorragie digestive :
L’hémorragie digestive est définie par
l’extériorisation de sang par le tube digestif.
L’hématémèse est le rejet par la bouche de sang
rouge, plus ou moins foncé, au cours d’efforts de
vomissements, parfois mêlé d’aliments, non aéré, et
traduit toujours un saignement d’origine haute.
Le melaena est l’émission par l’anus de sang noir,
plus ou moins mêlé aux selles, très nauséabond
(sang digéré), et peut prendre son origine dans tout
le tube digestif.
Enfin, les rectorragies sont l’émission par l’anus de
sang rouge, plus ou moins mêlé aux selles.
Elles
peuvent également avoir leur origine dans tout le
tube digestif, le saignement étant abondant s’il est
d’origine haute.
Il faut hospitaliser le malade, en l’adressant aux
urgences, muni d’une voie d’abord périphérique,
après avoir, à son domicile, évalué l’abondance de l’hémorragie sur le retentissement clinique (pouls,
pression artérielle, pâleur, soif, marbrures, état
syncopal) et précisé le terrain.
En effet, l’hémorragie digestive peut entraîner
rapidement un retentissement circulatoire majeur,
avec risque de choc hypovolémique.
Elle peut
également récidiver, avec une abondance
imprévisible, et la tolérance à l’hypovolémie dépend
du terrain et des pathologies associées.
Le bilan diagnostique est réalisé en même temps
que l’évaluation des pertes sanguines et la
réanimation, et doit comporter, dans tous les cas,
une fibroscopie digestive haute, et, dans les
hémorragies digestives basses, un toucher rectal
avec examen de l’anus.
Les étiologies sont
nombreuses.
Douleur anale aiguë :
La survenue d’une douleur brutale au niveau de
l’anus, sans signe infectieux, doit faire évoquer en
premier lieu une thrombose hémorroïdaire, qui
peut être traitée au cabinet de consultation par une
courte incision, sans anesthésie, en regard de la
tuméfaction violacée et douloureuse, extériorisée au
niveau de l’anus, permettant l’évacuation du caillot
et un soulagement immédiat.
La fissure anale est
également responsable de douleurs anales très
vives, lors de l’émission des selles ou juste après.
Un
traitement médical à base d’antalgiques locaux et
généraux, avec des régulateurs du transit intestinal,
permet, dans la majorité des cas, de soulager le
patient sans avoir recours à la chirurgie.
Un syndrome infectieux, associé à une douleur
anale aiguë, doit faire évoquer la survenue d’un
abcès de la marge anale, urgence chirurgicale
absolue, afin d’éviter l’évolution vers la cellulite
périnéale, de pronostic redoutable.
Il existe une
tuméfaction douloureuse de la marge anale,
associée à une fièvre.
Le drainage chirurgical, sous
couverture antibiotique, permet de drainer l’abcès et,
le plus souvent, de traiter la fistule anale qui est à
l’origine de l’abcès.
Lésions caustiques de l'oesophage :
L’ingestion d’un produit toxique est fréquente :
15 000 cas sont à déplorer, chaque année, en France.
Chez l’adulte, elles sont neuf fois sur dix
secondaires à une tentative d’autolyse.
Chez l’enfant, elles sont d’origine accidentelle
et surviennent surtout entre 1 et 3 ans.
Il est fondamental de se rappeler qu’il n’existe
pas de parallélisme entre l’intensité des lésions buccales et celles
de l’estomac ou de l’oesophage.
A - Conduite à tenir en urgence
:
* Identifier le produit en cause.
* Éviter le décubitus.
* Ne pas faire de lavage gastrique.
*
Nettoyer la bouche avec des compresses
sèches.
* Mettre en place une voie veineuse
périphérique ou une voie veineuse centrale, en
évitant le cathétérisme de la veine jugulaire interne
gauche.
* Corriger l’hypovolémie.
* Effectuer systématiquement une fibroscopie
oesogastroduodénale, dès l’arrivée du malade.
Elle
montre les lésions muqueuses et a une valeur
diagnostique et pronostique.
Ces lésions sont
classées en différents stades : le stade 1 avec
muqueuse hyperhémiée, parfois pétéchiale, le
stade 2 où il existe des ulcérations superficielles
disséminées, et le stade 3 avec nécrose.
* Une fibroscopie trachéobronchique doit
immédiatement lui succéder.
*
Hospitaliser tous les patients en milieu
chirurgical, sauf les stades 1 qui, chez l’adulte, seront le
plus souvent hospitalisés en psychiatrie, qui ne
nécessitent pas de surveillance digestive particulière, et
qui permettent la poursuite de l’alimentation orale.
B - Traitement
:
1- Traitement médical
:
* Mise au repos du tube digestif.
* Pas de sonde gastrique, car elle entraîne un
risque d’aggravation des lésions oesophagiennes,
par reflux le long de la sonde.
* Pas d’antidote par voie digestive.
*
Alimentation parentérale totale.
* Corticoïdes par voie intraveineuse en cas
d’oedème laryngé important, celui-ci pouvant
indiquer une ventilation assistée sur sonde trachéale.
* Antibiothérapie à base de pénicilline G, à la
phase aiguë.
2- Traitement chirurgical en urgence :
Il associe le plus souvent une oesophagectomie
totale à une gastrectomie totale, sans anastomose,
parfois élargies.
Il faut opérer en urgence les
malades chez qui s’associent :
– une ingestion massive (au moins un verre, soit
plus de 150 mL) d’acide fort ou de base forte ;
– des troubles psychiques, avec agitation,
confusion ;
– des troubles de l’hémostase, à type de
coagulation intravasculaire disséminée ou de
fibrinolyse ;
– une dyspnée avec hypoxie ;
– une acidose métabolique ;
– un stade 3 oesogastrique, ou gastrique diffus.
Traumatismes de l'abdomen
:
Le problème majeur, devant un patient victime
d’une contusion ou d’une plaie de l’abdomen, est
d’établir le diagnostic de lésion intra- ou rétropéritonéale, car, si le pronostic vital est dominé,
en urgence, par une hémorragie au niveau d’un
organe plein, il peut être également en jeu à distance
du traumatisme, soit par rupture secondaire d’un
hématome sous-capsulaire du foie ou de la rate, soit
par la survenue d’une péritonite par plaie intestinale
passée inaperçue, ou par nécrose puis perforation
d’un segment digestif dévascularisé.
Chez tout blessé victime d’une plaie ou d’une
contusion de l’abdomen, il faut immédiatement
apprécier l’état hémodynamique en mesurant la
pression artérielle et la fréquence cardiaque et en
recherchant sueurs, pâleur et marbrures des
extrémités.
Un examen clinique complet est conduit
de façon simultanée, en s’attachant tout
particulièrement à rechercher un hémopéritoine :
douleur abdominale à irradiations scapulaires,
hoquet, défense, iléus réflexe, augmentation du
volume de l’abdomen, matité des flancs, douleur du
cul-de-sac de Douglas au toucher rectal.
A - Plaies de l’abdomen :
Une plaie pénétrante de l’abdomen doit conduire,
dans tous les cas, à une laparotomie en urgence.
Les
plaies par arme à feu ne posent pas de problème
décisionnel, car la laparotomie s’impose de façon
systématique.
Les plaies par arme blanche, en
dehors des cas évidents avec éviscération d’organes intrapéritonéaux par la plaie, sont moins
fréquemment pénétrantes.
Dans le cas de plaie par
arme blanche, le diagnostic de pénétration ne peut
être établi formellement que grâce à une exploration
de la plaie sous anesthésie locale. Si elle ne concerne
pas le péritoine pariétal, le patient peut être renvoyé
à son domicile, après parage de la plaie, et
prévention du tétanos.
En revanche, si le péritoine
pariétal est ouvert, une exploration chirurgicale par
laparotomie ou laparoscopie s’impose.
B - Contusions de l’abdomen :
Les contusions de l’abdomen peuvent survenir de
façon isolée ou, de façon plus fréquente, dans le
cadre d’un polytraumatisme.
Les polytraumatisés
posent des problèmes diagnostiques, et une prise en
charge tout à fait spécifique.
Les traumatismes isolés
sont le plus souvent secondaires à des accidents
domestiques (chute de sa hauteur), à des agressions,
ou plus rarement à un accident de la voie publique.
Le problème essentiel est le risque de rupture d’un
organe plein, rate ou foie, car le pronostic est
directement lié à la rapidité de la décision opératoire.
Les signes généraux témoignant d’une hémorragie
interne et les signes d’hémopéritoine peuvent être
absents au début.
Il faut donc adresser, en milieu
hospitalier, tous les patients victimes d’un choc basithoracique ou des hypocondres, même peu
intense, et de façon plus générale, toutes les
victimes d’un traumatisme thoracoabdominal
violent, quel que soit le siège du point d’impact.
L’examen clinique est alors complété par un bilan
biologique à la recherche d’une anémie, une
radiographie thoracique et, surtout, une échographie
abdominale.
Celle-ci permet d’établir le diagnostic
d’hémopéritoine, même minime, et de lésion
parenchymateuse des organes pleins intra- ou
rétropéritonéaux.
Devant des signes d’hémorragie
active, une laparotomie doit être immédiatement
réalisée.
Les lésions intrapéritonéales peuvent être à
l’origine de complications secondaires qui justifient
l’hospitalisation, pour bilan et surveillance, même en
cas de doute, de tout blessé victime d’une contusion
thoracoabdominale.
Certaines de ces complications
peuvent survenir au cours des jours ou des
premières semaines suivant le traumatisme : rupture
d’un hématome sous-capsulaire de la rate ou du
foie, nécrose d’un segment de grêle en regard d’une
désinsertion mésentérique, péritonite par plaie de la
paroi du côlon ou du grêle.
D’autres peuvent se
révéler plus à distance, parfois des années après,
comme, par exemple, la rupture d’une coupole
diaphragmatique.