Tomodensitométrie du thorax
(Suite)
Cours de pneumologie
Tomodensitométrie et infections
pulmonaires
:
L’imagerie des pneumopathies infectieuses se réduit généralement
à la radiographie du thorax.
L’examen tomodensitométrique n’est
réalisé que lors d’indications sélectionnées, telles que les complications des pneumopathies infectieuses, lors du bilan à
distance d’épisodes infectieux à répétition pour rechercher
notamment une dilatation des bronches et dans certains cadres
pathologiques particuliers, tels que les infections tuberculeuses ou
les infections survenant chez l’immunodéprimé.
A - PNEUMOPATHIES BACTÉRIENNES :
1- Pneumonie franche lobaire aiguë
:
L’examen tomodensitométrique n’est pas indiqué en cas de
pneumonie franche lobaire aiguë.
S’il est réalisé, on observe
typiquement un syndrome de comblement alvéolaire localisé,
généralement systématisé à un lobe. Les limites de la condensation
alvéolaire sont floues en dehors d’une limite scissurale nette, un
bronchogramme aérique est généralement visualisé.
En cas
d’évolution favorable, l’examen tomodensitométrique reste
beaucoup plus longtemps anormal que la radiographie du thorax,
avec persistance pendant plusieurs semaines de comblement de
lobules pulmonaires secondaires ou d’aspect en verre dépoli.
2- Bronchopneumonie
:
En cas d’atteinte bactérienne s’effectuant sur le mode d’une
bronchopneumonie, l’examen tomodensitométrique montre des
syndromes de comblement alvéolaire dans une répartition plurifocale.
En fonction de l’évolution de la maladie, le tableau peut
aboutir à quelque chose d’assez proche de ce qui est observé en cas
de pneumonie franche lobaire aiguë ou au contraire se traduire par
plusieurs foyers de comblement alvéolaire.
3- Complications des pneumopathies bactériennes
:
Les pneumopathies bactériennes peuvent principalement se
compliquer d’une atteinte pleurale ou d’une abcédation.
Il est très habituel, en cas de pneumonie franche lobaire aiguë ou en
cas de bronchopneumonie d’origine bactérienne, d’observer en
tomodensitométrie une petite lame d’épanchement pleural libre
dans la grande cavité pleurale.
Cet épanchement d’origine
inflammatoire ne constitue pas une complication de la
pneumopathie bactérienne.
La constatation d’un épanchement
pleural abondant doit faire évoquer une surinfection pleurale.
En
cas de surinfection pleurale, l’évolution va rapidement se faire vers
l’enkystement de la collection et la formation d’un empyème.
L’examen tomodensitométrique peut être effectué quand le
diagnostic hésite entre abcès pulmonaire et empyème ou pour
guider le drainage d’un empyème.
Les arguments
tomodensitométriques en faveur du diagnostic d’empyème sont :
– le refoulement et l’étirement des bronches et des vaisseaux au
contact de la collection pleurale ;
– le caractère régulier des limites interne et externe de l’empyème
qui prennent le contraste de façon homogène.
L’examen tomodensitométrique permet de plus de guider le
drainage de l’empyème, notamment lorsque se sont constituées
plusieurs cavités.
L’abcédation est la conséquence de la nécrose du processus
infectieux.
L’examen tomodensitométrique permet de reconnaître
précocement l’apparition d’une nécrose : au sein de la zone
nécrotique, on ne visualise plus le bronchogramme aérique et les
vaisseaux artériopulmonaires lors de l’injection de produit de
contraste.
Cette architecture pulmonaire est remplacée par
une zone de densité basse non rehaussée par l’injection de produit
de contraste.
L’examen tomodensitométrique peut être utilisé pour
faire la différence entre un abcès pulmonaire et un empyème.
Les
arguments en faveur de l’abcès sont :
– une interruption brutale des vaisseaux et des bronches en regard
de l’abcès ;
– l’aspect irrégulier des parois de l’abcès pulmonaire.
B - PNEUMOPATHIES VIRALES :
Les pneumopathies virales ou les pneumopathies à germe apparenté
peuvent se présenter en tomodensitométrie sous la forme d’un
syndrome interstitiel non systématisé ou sous la forme d’un
syndrome de comblement alvéolaire non systématisé.
Lorsque la
pneumopathie virale se traduit par un syndrome interstitiel, on peut
observer un épaississement du tissu interstitiel péribronchovasculaire, sous-pleural, interlobulaire, un aspect en
verre dépoli ou un aspect micronodulaire.
L’atteinte est
généralement multifocale et mal limitée.
Lorsque la pneumopathie
virale se traduit par un syndrome de comblement alvéolaire, il est
généralement moins bien systématisé qu’en cas d’atteinte
bactérienne.
C - TUBERCULOSE ET INFECTIONS À MYCOBACTÉRIES
ATYPIQUES :
1- Tuberculose
:
La primo-infection tuberculeuse passe fréquemment inaperçue et il
est rare qu’un examen tomodensitométrique soit réalisé lors de
l’épisode de primo-infection.
La primo-infection peut se traduire par
un syndrome de comblement alvéolaire, des adénopathies, un
épanchement pleural ou une miliaire le plus souvent hématogène.
L’examen tomodensitométrique peut montrer des adénopathies
généralement unilatérales, hilaires ou latérotrachéales dont le centre
est parfois très hypodense.
À distance, les adénopathies
peuvent être calcifiées.
L’examen tomodensitométrique peut
également montrer des cicatrices parenchymateuses qui peuvent
également être calcifiées.
La tuberculose postprimaire peut se manifester par une atteinte
parenchymateuse sous la forme d’un syndrome de comblement
alvéolaire localisé mal limité ou de lésions plus nodulaires.
L’excavation des lésions est fréquente et évocatrice, notamment
lorsque les lésions siègent dans les lobes supérieurs ou dans le
segment apical des lobes inférieurs.
La dissémination endobronchique se traduit classiquement par de petites opacités
centrolobulaires mal limitées, associées à des opacités linéaires
responsables de l’aspect classique de « l’arbre en bourgeons »
(miliaire bronchogène).
La tuberculose postprimaire peut également se manifester par une
atteinte parenchymateuse sous la forme d’une miliaire hématogène.
Il s’agit dans ce cas de micronodules à bords nets disséminés dans
les deux champs pulmonaires.
La tuberculose postprimaire peut également se traduire par la
formation d’un tuberculome qui réalise un nodule arrondi,
généralement bien limité qui peut être calcifié.
2- Infection à mycobactéries atypiques :
L’examen tomodensitométrique peut être utile en cas d’infection à
mycobactéries non tuberculeuses car on sait que l’isolement d’une mycobactérie non tuberculeuse n’est pas suffisant pour effectuer le
diagnostic d’infection maladie.
L’existence d’anomalies
radiologiques, qui peuvent être plus faciles à déceler en
tomodensitométrie, peut constituer un argument incitant à mettre
en route un traitement.
Les infections à mycobactéries atypiques associent généralement
trois groupes de signes :
– un infiltrat souvent localisé aux apex pulmonaires.
Cet infiltrat
peut, comme en cas de tuberculose, s’excaver ;
– des nodules ou des micronodules ;
– des bronchectasies évolutives.
3- Aspergillose :
L’aspergillose est la plus fréquente des mycoses pulmonaires
observées en France.
Dans sa forme invasive, il s’agit d’une infection
redoutable chez les immunodéprimés, notamment en milieu
hématologique.
L’aspergillose pulmonaire a une présentation polyvalente.
L’aspergillome pulmonaire correspond aux dépôts d’amas mycéliens
au sein d’une cavité préexistante qui peut être une cavité
tuberculeuse, une volumineuse dilatation des bronches ou une bulle
d’emphysème.
L’examen tomodensitométrique montre une masse
arrondie, plus ou moins régulière au sein d’une cavité aérique.
En
fonction de la taille de l’aspergillome, il peut réaliser un aspect en
grelot en cas d’aspergillome de petite taille ou un aspect en
ménisque lorsque l’aspergillome remplit quasi complètement la
cavité et n’est plus que partiellement entouré par un croissant
gazeux à sa partie supérieure.
La mobilité de l’aspergillome
peut être confirmée en comparant des clichés faits en décubitus et
des clichés faits en procubitus.
À ces images assez caractéristiques s’associe généralement un
épaississement pleural de voisinage.
Chez l’immunodéprimé, notamment chez le sujet aplasique,
l’aspergillus se comporte comme un germe opportuniste, on parle
alors d’aspergillose pulmonaire invasive.
L’aspect
tomodensitométrique est généralement celui de comblements
alvéolaires multiples qui peuvent prendre une forme nodulaire.
Un
aspect très évocateur est réalisé par la présence d’un halo en verre
dépoli qui entoure le syndrome de comblement alvéolaire et qui
traduit une hémorragie périlésionnelle.
L’excavation des lésions est
fréquemment observée mais elle ne peut survenir tant que le malade
reste en aplasie.
Tomodensitométrie et bronchopathies
chroniques
:
A - BRONCHITE CHRONIQUE :
L’examen tomodensitométrique est rarement réalisé en cas de
bronchite chronique dont le diagnostic repose sur des signes
cliniques.
L’examen tomodensitométrique, quand il est réalisé, peut
montrer un syndrome bronchique avec épaississement de la paroi
des bronches, une distension thoracique avec notamment un aspect
en « lame de sabre » de la trachée et un piégeage expiratoire qui
donne, sur les coupes réalisées en expiration, un aspect en mosaïque
du parenchyme pulmonaire.
L’examen tomodensitométrique peut montrer également une
augmentation du calibre des artères pulmonaires proximales qui
traduit l’existence d’une hypertension artérielle pulmonaire.
B - EMPHYSÈME :
En cas d’emphysème, l’examen tomodensitométrique est notamment
pratiqué lors du bilan préopératoire de volumineuses bulles
d’emphysème.
L’examen tomodensitométrique permet la visualisation directe des
zones d’emphysème d’une façon beaucoup plus précise que ne le
permet la radiographie thoracique.
Les zones d’emphysème se
traduisent par des zones d’atténuation diminuée du parenchyme
pulmonaire qui n’ont pas de paroi propre, ce qui permet de les
différencier des kystes pulmonaires.
En cas d’emphysème centrolobulaire, la destruction du parenchyme
pulmonaire est hétérogène et coexistent des lobules pulmonaires
secondaires normaux partiellement détruits et complètement
détruits.
Dans ce type d’emphysème, on visualise l’artère centrolobulaire au centre de la zone emphysémateuse alors que dans
les lésions kystiques, l’artère borde les anomalies kystiques.
En cas d’emphysème panlobulaire, la destruction pulmonaire est au
contraire uniforme ce qui peut être plus difficile à repérer.
En cas de volumineuse bulle d’emphysème, il est important de
mesurer ses dimensions maximales et de les rapporter à celles du
champ pulmonaire homolatéral et surtout d’estimer la qualité du
parenchyme pulmonaire adjacent.
On peut attendre de
meilleurs résultats en cas de chirurgie de réduction des bulles
d’emphysème lorsque le parenchyme pulmonaire de voisinage
paraît comprimé.
Au contraire, les résultats peuvent être plus
aléatoires quand le parenchyme de voisinage est lui-même très
emphysémateux.
C - BRONCHECTASIES :
L’examen tomodensitométrique a remplacé l’examen
bronchographique pour le diagnostic et le bilan des bronchectasies.
Le diagnostic de bronchectasie est réalisé en comparant le petit
diamètre de la bronche au petit diamètre de l’artère adjacente.
L’aspect de la dilatation des bronches varie en fonction du type de
bronchectasies : bronchectasies cylindriques, variqueuses ou
sacciformes.
Des impactions mucoïdes sont fréquemment
visualisées au sein des bronches dilatées. Elles peuvent réaliser un
niveau hydrique au sein des bronches dilatées.
Lorsque la
bronche est entièrement occupée par des impactions mucoïdes, le
diagnostic peut être plus difficile à faire.
On s’aidera de la non-visualisation de la bronche au voisinage de l’artère, de la
bifurcation de type bronchique sur l’ensemble des coupes
successives.
Des troubles de ventilation sont fréquemment associés
aux dilatations des bronches, qu’il s’agisse de collapsus aéré ou non
aéré.
D - BRONCHIOLITES :
En tomodensitométrie, l’aspect des bronchiolites associe des signes
qui sont en rapport avec l’atteinte directe des petites bronchioles et
des signes indirects qui traduisent l’obstruction de ces bronchioles.
L’obstruction des bronchioles peut se traduire par un nodule centrolobulaire.
Les limites de ce nodule centrolobulaire sont
généralement floues, ce qui traduit l’inflammation péribronchiolaire
du parenchyme de voisinage.
Les conséquences de l’obstruction bronchiolaire se traduisent par deux types de signes :
– une hétérogénéité de l’atténuation du parenchyme pulmonaire,
d’un lobule pulmonaire secondaire à l’autre, réalisant un aspect en
mosaïque ;
– un piégeage expiratoire bien vu sur les coupes
tomodensitométriques réalisées en expiration.
Sur ces coupes,
l’aspect en mosaïque est encore exagéré. Il ne peut parfois être
visible que sur les coupes expiratoires.
Tomodensitométrie et pneumoconiose :
A - SILICOSE :
La silicose est secondaire à l’inhalation de poussières contenant de
la silice.
Les professions exposées sont bien sûr les professions au
contact de la poussière de charbon mais aussi d’autres professions
et par exemple dans l’industrie automobile, les travailleurs réalisant
le polissage au jet de sable.
1- Sémiologie
:
L’examen radiologique est important dans la silicose puisque les
caractéristiques radiologiques observées chez un sujet exposé suffisent généralement à faire le diagnostic.
Les anomalies sont
dominées par la présence de nodules qui peuvent être associés à des
lésions d’emphysème, à des adénopathies et à des lésions de fibrose
pulmonaire.
Les nodules constituent la lésion principale observée en cas de
silicose, il peut s’agir de micronodules, de nodules ou de nodules
confluents qui peuvent réaliser des masses de fibrose.
En cas d’atteinte débutante, on observe principalement des
micronodules qui sont fréquemment distribués de façon élective
dans les lobes supérieurs des poumons.
En cas d’atteinte plus
avancée, on peut observer des micronodules répartis dans
l’ensemble des champs pulmonaires ou des nodules qui peuvent être
calcifiés.
Les masses de fibrose sont assez caractéristiques des lésions qu’on
observe dans la silicose, il peut s’agir de la confluence de plusieurs macronodules ou de véritables masses de fibrose.
Les masses de
fibrose sont fréquemment bilatérales.
Elles peuvent être très
étendues.
En cas de volumineuse masse de fibrose, le contenu est
souvent nécrotique avec une densité très basse.
Ces masses
nécrosées peuvent même s’excaver.
À l’inverse, les masses de fibrose
peuvent se calcifier.
Des adénopathies sont fréquemment observées
en cas de silicose.
L’ensemble des sites ganglionnaires du médiastin
peut être atteint.
Ces adénopathies peuvent se calcifier de façon
diffuse ou en réalisant l’aspect classique en « coquille d’oeuf »
(calcification ganglionnaire périphérique).
Des lésions
d’emphysème sont fréquemment visualisées en cas de silicose.
Il
peut s’agir d’un emphysème paracicatriciel au contact d’une masse
de fibrose.
On peut également observer des lésions d’emphysème centrolobulaire, panlobulaire ou paraseptal.
Enfin, outre les masses de fibrose sus-décrites, on peut, en cas de
silicose, observer des lésions de fibrose pulmonaire qui se traduisent
par le classique aspect en « rayon de miel ».
2- Surveillance :
La surveillance radiologique d’une silicose connue repose
principalement sur le cliché radiographique du thorax.
L’examen
tomodensitométrique sera principalement utilisé en cas de
complications des lésions de silicose pulmonaire, telles que
l’excavation des masses de fibrose, la possible surinfection d’une
masse de fibrose excavée par un processus tuberculeux ou par la
colonisation par un aspergillome.
L’examen tomodensitométrique
peut être également utilisé en cas d’association à une lésion d’un
autre type telle qu’une lésion cancéreuse.
B - ASBESTOSE :
L’asbestose est la pneumoconiose secondaire à l’inhalation de
poussières contenant de l’amiante.
L’examen tomodensitométrique met en évidence des anomalies
pleurales qui ne font pas partie stricto sensu de l’asbestose mais qui
traduisent l’exposition à l’amiante.
La mise en évidence de ces
anomalies pleurales est importante puisqu’elle constitue un
argument en faveur du diagnostic d’asbestose en présence
d’anomalies pulmonaires et parce que, quand elles sont isolées, elles
doivent faire rechercher une exposition à l’amiante.
Ces plaques
pleurales constituent des épaississements adossés à la plèvre qui
présentent une densité tissulaire différente de la densité de la
graisse.
On cherchera notamment à caractériser des plaques
pleurales à la face interne des côtes, notamment dans les régions
postérieures là où les plaques pleurales ne peuvent pas être
confondues avec des muscles intercostaux.
Ces plaques pleurales
sont fréquemment calcifiées, qu’il s’agisse de calcifications linéaires
ou d’une imprégnation calcique totale de la plaque pleurale.
Il existe fréquemment, au contact des plaques pleurales, des
réactions du parenchyme pulmonaire à type d’atélectasies en bande
ou d’atélectasies par enroulement.
Une des lésions les plus caractéristiques de la fibrose pulmonaire
qu’on observe dans l’asbestose est l’opacité linéaire parallèle à la
paroi latérale de l’hémithorax qu’on observe à la partie moyenne et
inférieure des lobes inférieurs.
Ces lésions de fibrose débutante
devront être distinguées des opacités basales périphériques qu’on
observe chez les patients réalisant des inspirations peu profondes.
En cas de doute persistant, on peut réaliser des coupes en décubitus
ventral.
En décubitus ventral, les lésions de fibrose asbestosique
persistent alors que les opacités en rapport avec une ventilation
insuffisante des alvéoles disparaissent.
En cas d’asbestose évoluée,
les lésions de fibrose sont plus marquées, avec des images classiques
en « rayon de miel », une distorsion de l’architecture bronchovasculaire et des bronchectasies par traction.
C - AUTRES PNEUMOCONIOSES :
Dans le cadre des pneumoconioses, l’examen tomodensitométrique
est généralement plus performant que la radiographie thoracique
qu’il s’agisse de préciser le type du syndrome interstitiel et sa
distribution, de rechercher des anomalies associées ou des
complications.
Pneumopathies de cause inconnue :
A - SARCOÏDOSE :
En cas de sarcoïdose, l’examen tomodensitométrique est important
puisque les manifestations radiologiques peuvent être isolées sans signe clinique.
L’examen tomodensitométrique est beaucoup plus
précis que le cliché standard.
Il permet en général d’orienter
largement le diagnostic vers celui de sarcoïdose.
Enfin, l’examen
tomodensitométrique est très important pour rechercher l’évolution
de la sarcoïdose vers la fibrose et éventuellement pour diriger les
biopsies transbronchiques ou pulmonaires.
1- Sémiologie
:
En cas de sarcoïdose, l’examen tomodensitométrique met
principalement en évidence des adénopathies, des micronodules et
des nodules, un épaississement de l’interstitium
péribronchovasculaire, sous-pleural et/ou interlobulaire et
éventuellement des lésions de fibrose pulmonaire.
Les adénopathies observées en cas de sarcoïdose sont généralement
assez caractéristiques puisque le siège préférentiel est le territoire interbronchique et latérotrachéal.
Les adénopathies sont
généralement bilatérales et symétriques.
Les adénopathies
sont parfois très volumineuses mais non compressives.
Elles peuvent
être observées dans d’autres sites ganglionnaires.
On peut même en
observer en situation sous-diaphragmatique, coeliaque et
mésentérique supérieure.
L’atteinte parenchymateuse de la sarcoïdose se fait principalement
sous la forme de micronodules ou de nodules.
Ces nodules peuvent
parfois confluer et réaliser un syndrome pseudoalvéolaire.
L’épaississement de l’interstitium péribronchovasculaire est un signe
très spécifique de sarcoïdose pulmonaire.
Il se traduit par un
épaississement irrégulier des parois bronchiques et des contours
vasculaires.
On peut également observer une atteinte de
l’interstitium interlobulaire et sous-pleural qui peut réaliser un
épaississement parfois nodulaire des septums interlobulaires.
En cas de lésions de fibrose pulmonaire, on observe une distorsion
de l’architecture bronchovasculaire et de l’architecture septale ainsi
que des bronchectasies par traction.
La localisation de la fibrose
pulmonaire observée au cours de la sarcoïdose est assez
caractéristique puisqu’il s’agit d’une localisation typiquement péribronchovasculaire qui prédomine aux sommets.
Classification des lésions gangliopulmonaires
de la sarcoïdose
L’examen tomodensitométrique permet de classer la sarcoïdose : le
stade 0 correspondant à une absence de lésion pulmonaire
radiologiquement décelée, le stade 1 à une atteinte ganglionnaire
isolée sans signe d’atteinte parenchymateuse, le stade
2 correspondant à l’association d’adénopathies à des lésions
parenchymateuses pulmonaires, le stade 3 à des lésions
parenchymateuses pulmonaires sans adénopathies et le stade 4 à une
sarcoïdose au stade de fibrose pulmonaire.
2- Surveillance
:
La surveillance de la sarcoïdose thoracique est généralement assurée
par la réalisation d’un cliché radiographique simple.
L’examen
tomodensitométrique peut être réalisé notamment lorsqu’il existe un
doute sur une évolution fibrosante de la maladie.
B - FIBROSE INTERSTITIELLE IDIOPATHIQUE :
La forme initiale de fibrose interstitielle idiopathique passe
généralement inaperçue.
Lorsqu’elle peut être observée à un stade
précoce, la fibrose interstitielle idiopathique se traduit
principalement par des hyperdensités en verre dépoli qui
correspondent à un épaississement des parois alvéolaires et à une
alvéolite macrophagique.
L’examen tomodensitométrique est
généralement réalisé au stade de fibrose interstitielle idiopathique
évoluée.
Les anomalies les plus fréquentes sont les images en « rayons de
miel » qui présentent une répartition assez caractéristique,
périphérique et basale.
Ces lésions sont généralement
associées à des hyperdensités en verre dépoli, des bronchectasies
par traction et une distorsion de l’architecture bronchovasculaire et
de l’architecture septale.
Il est très fréquent d’observer des
adénopathies médiastinales dans l’ensemble des sites du médiastin.
Ces adénopathies peuvent être volumineuses.
C - COLLAGÉNOSES :
1- Lupus érythémateux disséminé :
En cas de lupus érythémateux disséminé, l’atteinte la plus fréquente
est une atteinte des séreuses avec un épanchement pleural généralement bilatéral, parfois associé à un épanchement
péricardique.
La pneumopathie lupique aiguë est rare.
Elle se traduit
généralement par des syndromes de comblement alvéolaire diffus,
généralement associés à des images en verre dépoli multifocales.
Le lupus érythémateux disséminé peut également se compliquer
d’une fibrose pulmonaire qui se traduit par un aspect en « rayon de
miel » avec bronchectasie et distorsion de l’architecture bronchovasculaire.
Cette fibrose lupique peut être difficile à
différencier de la fibrose interstitielle idiopathique.
2- Polyarthrite rhumatoïde
:
Les manifestations les plus fréquentes qu’on observe en cas de
polyarthrite rhumatoïde sont un épanchement pleural et des nodules
pulmonaires généralement multiples et fréquemment excavés.
On peut également observer des lésions de fibrose assez
comparables à celles que l’on observe en cas de fibrose interstitielle
idiopathique.
3- Sclérodermie :
Les lésions pulmonaires les plus habituellement observées en cas de
sclérodermie sont des lésions de fibrose pulmonaire avec aspect en
« rayon de miel », bronchectasie par traction et distorsion de
l’architecture bronchovasculaire.
Une dilatation oesophagienne
associée constitue un bon argument pour le diagnostic.
4- Maladie de Wegener :
En cas de maladie de Wegener, les localisations pulmonaires les plus
fréquemment observées sont des macronodules, généralement
multiples et fréquemment excavés.
Ces nodules peuvent être
associés à un syndrome de comblement alvéolaire diffus.
Un
épaississement de la paroi trachéobronchique est également
fréquent.
D - BRONCHIOLITE OBLITÉRANTE AVEC PNEUMOPATHIE
ORGANISÉE OU COP (« CRYPTOGENIC ORGANIZING
PNEUMONIA »)
:
Renommée récemment cryptogenic organizing pneumonia (COP), la
bronchiolite oblitérante avec pneumopathie organisée est définie par
une prolifération tissulaire bronchiolaire associée à une
inflammation alvéolaire.
La bronchiolite oblitérante avec
pneumopathie organisée peut être primitive ou observée dans
différentes affections.
Les lésions les plus fréquemment observées
en tomodensitométrie sont des plages de comblement alvéolaire
diffus, des opacités en verre dépoli et des micronodules.
E - HISTIOCYTOSE X
:
L’aspect tomodensitométrique observé en cas d’histiocytose X est
généralement assez caractéristique quand s’associent des lésions
nodulaires, des nodules excavés et des lésions kystiques.
Les micronodules ou les macronodules prédominent généralement
dans les lobes supérieurs.
L’excavation de ces nodules, qui va évoluer vers la formation de
kystes à paroi propre mais fine, est assez caractéristique.
L’association des trois types de lésions est assez caractéristique de
l’histiocytose X.
Le diagnostic peut être plus difficile lorsqu’il ne
persiste plus que des kystes, voire quand ces kystes sont largement
confluents et réalisent des plages de destruction pulmonaire
étendues.
F - LYMPHANGIOMYOMATOSE :
L’aspect tomodensitométrique de la lymphangiomyomatose,
maladie exclusivement observée chez la femme, est caractérisé par
la présence de kystes pulmonaires à paroi propre et fine.
Les kystes
sont généralement de petite taille, mais ils peuvent confluer et
réaliser des plages de destruction pulmonaire.
La lymphangiomyomatose est différenciée de l’histiocytose X par
l’absence d’image nodulaire.
Tomodensitométrie et embolie
pulmonaire :
A - TECHNIQUE :
C’est l’apparition de la technique d’acquisition spiralée ou
hélicoïdale qui, permettant l’acquisition d’un volume entier pendant
une seule apnée, a permis d’envisager une analyse précise des vaisseaux artériels pulmonaires.
Effectivement, l’acquisition de
l’ensemble du volume thoracique en quelques secondes permet
d’optimiser l’injection du produit de contraste afin que l’ensemble
des coupes soit réalisé pendant que le produit de contraste circule
au sein des artères pulmonaires.
Depuis les premières applications
de l’angioscanographie spiralée ou hélicoïdale des artères
pulmonaires, appliquée au diagnostic de l’embolie pulmonaire, la
technologie a encore nettement évolué et les images acquises sur les
appareils de dernière génération sont beaucoup plus précises.
Il est
maintenant possible d’explorer la totalité du thorax en coupes de
1 mm ou moins et en moins de 10 secondes avec 16 détecteurs.
L’exploration en coupes de 1 mm permet une analyse des artères sous-segmentaires jusqu’au 6e ordre.
Dans ces conditions,
l’angioscanographie spiralée vient concurrencer l’angiographie
pulmonaire pour devenir la modalité de référence du diagnostic
d’embolie pulmonaire.
Une précision diagnostique de qualité pour le diagnostic d’embolie
pulmonaire n’est possible qu’à condition d’observer une technique
extrêmement rigoureuse.
L’acquisition doit être réalisée pendant que le produit de contraste
est concentré dans les artères pulmonaires.
Cela implique d’injecter
une quantité relativement importante de produit de contraste à un
débit de 3 à 5 ml s–1 et de choisir de façon rigoureuse le délai entre
le début de l’injection et l’acquisition des images.
Il existe
actuellement des techniques semi-automatiques de déclenchement
de l’acquisition.
Elles consistent à placer une région d’intérêt sur
l’oreillette droite ou le tronc de l’artère pulmonaire au sein de
laquelle la densité est mesurée en continu après injection du bolus
de produit de contraste et de déterminer un seuil au-delà duquel
l’acquisition est déclenchée.
Ces techniques portent le nom de « care bolus » ou « bolus tracking ».
Enfin, il faut optimiser les techniques de reconstruction et
notamment choisir de reconstruire des coupes chevauchées afin
d’optimiser les conditions du diagnostic.
De plus, l’interprétation
peut s’aider de reconstructions dans d’autres plans que le plan
d’acquisition ou de reconstructions plus complexes permettant
d’obtenir des images anatomiquement proches de celles de
l’angiographie conventionnelle.
B - INTERPRÉTATION
:
L’interprétation des examens d’angioscanographie spiralée pour le
diagnostic d’embolie pulmonaire repose sur les mêmes critères que
ceux que l’on connaît en angiographie conventionnelle.
Comme en
angiographie conventionnelle, on ne retient comme signe de
certitude que des signes directs.
En cas d’embolie
pulmonaire récente, les signes directs peuvent être de plusieurs
types :
– un déficit partiel d’opacification d’un vaisseau entouré par une
prise de contraste normale.
Ce signe correspond au classique « filling
defect » de l’angiographie pulmonaire ;
– une absence complète d’opacification d’un vaisseau avec une
interruption brutale de l’opacification de ce vaisseau ;
– une opacification limitée aux parois de l’artère pulmonaire dont
le centre est occupé par un thrombus ;
– un défect mural qui correspond à un thrombus marginé avec
passage du produit de contraste dans une artère pulmonaire dont le
calibre paraît diminué.
C’est ce dernier signe qui est le plus difficile
à affirmer car il peut être difficile à distinguer d’une petite
adénopathie latéroartérielle.
En cas de thromboembolie chronique, comme en angiographie
pulmonaire, l’angioscanographie spiralée peut montrer des
thrombus parfois calcifiés et des aspects de sténoses, d’amputation.
On s’aide de l’évaluation des fenêtres parenchymateuses qui montre
généralement un aspect en mosaïque avec des différences
d’atténuation d’un lobule pulmonaire secondaire à l’autre du fait de
l’alternance de zones oligo- et normoperfusées.
On peut
également observer une réduction du calibre des artères centrolobulaires au sein des lobules de faible atténuation.
C - RÉSULTATS :
La plupart des études actuelles démontre la bonne performance du
scanner pour le diagnostic d’embolie pulmonaire de petite taille.
Il est difficile de trouver un examen de référence (gold standard)
pour comparer aux performances du scanner spiralé multicoupes, la
reproductibilité interobservateur devenant plus faible pour des
embolies de petite taille.
Le meilleur paramètre pour évaluer
l’efficacité du scanner multicoupes spiralé pour le diagnostic
d’embolie pulmonaire est le devenir des patients.
Plusieurs études
rétrospectives ont déjà montré la grande valeur prédictive négative
du scanner spiralé multicoupes pour cette indication.
Tomodensitométrie et exploration
cardiovasculaire :
A - TECHNIQUE :
Avec l’apparition des scanners spiralés multicoupes de dernière
génération et à condition d’avoir un système d’enregistrement de
l’électrocardiogramme (« gating » cardiaque) le scanner devient un
outil d’exploration de la pathologie cardiaque.
Les logiciels de reconstruction permettent également une analyse de
l’aorte et de ses branches avec des images proches de celles obtenues
en angiographie conventionnelle.
L’examen est au mieux réalisé
avec déclenchement automatique de l’acquisition au temps artériel
de l’injection.
B - RÉSULTATS :
Il est en compétition pour la plupart des indications, avec l’IRM qui
semble néanmoins plus prometteuse dans ce domaine car son
contraste spontané est supérieur et parce qu’elle est non irradiante.
Cependant, la tomodensitométrie semble montrer une supériorité
par rapport à l’IRM pour la visualisation directe des artères
coronaires.
Elle représente actuellement la méthode de référence non
invasive de l’étude des artères coronaires.
L’exploration de l’aorte et de ses branches est également possible
avec des examens de bonne qualité.
Ici encore, l’IRM est sûrement
la méthode de choix. Néanmoins, dans l’urgence, chez un malade
instable ou en cas de contre-indication à l’IRM, la tomodensitométrie
est indiquée.