L’atteinte d’une partie ou de l’ensemble du bulbe rachidien est tantôt
isolée, tantôt intégrée dans un tableau neurologique plus complexe
dans lequel la participation bulbaire tient une place particulière.
Cette extension s’explique par la constitution même du bulbe
(medulla oblogata ou moelle allongée), qui est donc une
modification de la partie supérieure de la moelle épinière liée à trois
facteurs : l’entrecroisement des voies motrices et sensitives,
l’apparition du IVe ventricule, la présence d’éléments nouveaux non
présents dans la moelle.
À ce bouleversement de la moelle, en partie lié à l’éversement
embryologique des parois latérales du tube neural, s’ajoute
l’originalité de la vascularisation répartie en trois secteurs :
– paramédian : venue à la fois des artères vertébrales et de la spinale
antérieure ;
– latéral : artères circonférentielles courtes, artère de la fossette
latérale bulbaire, venues du tronc vertébrobasilaire, artère
cérébelleuse postéro-inférieure ;
– postérieur : artère cérébelleuse inférieure.
Sémiologie bulbaire
:
Cette organisation imprime à la sémiologie bulbaire une expression
particulière, liée à la proximité de plusieurs groupes de formation :
– les noyaux des nerfs crâniens et les formations propres ;
– les noyaux végétatifs ;
– les faisceaux de passage.
Il est rare que les lésions soit globales.
De même, l’origine aiguë
vasculaire ou une atteinte progressive et chronique dégénérative ne
portent pas sur les mêmes éléments anatomiques.
A - ATTEINTE DES NOYAUX DES NERFS CRÂNIENS
ET DES FORMATIONS PROPRES :
Les nerfs crâniens bulbaires sont la racine descendante du V, le IX,
le X, le XI et le XII.
Les noyaux somatosensibles et sensoriels sont essentiellement : le
noyau gélatineux (racine descendante du V, parfois à l’origine de
douleurs, parfois d’atteinte du V masticateur, et surtout d’une
hypoesthésie faciale unilatérale), les noyaux acoustiques à la face
externe des pédoncules cérébelleux qui ne font qu’effleurer
l’extrémité supérieure du bulbe.
Le noyau du IX est à l’origine de troubles de la déglutition, surtout
si les lésions sont bilatérales.
L’atteinte porte surtout sur le deuxième
temps de la déglutition, avec impossibilité de progression du bol
alimentaire dans le pharynx et signe du rideau de Vernet.
Il est rare
que la sensibilité gustative soit abolie dans le tiers postérieur de la
muqueuse linguale.
Le noyau vagospinal (noyau dorsal du X et XI interne) est à l’origine
d’une paralysie homolatérale du voile du palais et du larynx.
Le noyau du XI externe innerve le sterno-cléido-mastoïdien et le
trapèze.
Le noyau du XII, s’étendant sur toute la hauteur du bulbe, est à
l’origine de fasciculations et d’atrophie linguale.
En cas d’atteinte
unilatérale, la pointe de la langue est déviée du côté paralysé, par
action du muscle génioglosse sain.
L’atteinte du système sympathique est à l’origine d’un syndrome de
Claude Bernard-Horner.
Les noyaux de la substance réticulée bulbaire, l’olive bulbaire, ont
de riches connexions et participent à de nombreux syndromes.
Parmi eux, la dégénérescence pseudohypertrophique de l’olive
bulbaire est à l’origine d’une entité particulière : les myoclonies du
voile du palais.
Bilatérales, mais parfois unilatérales, elles sont
permanentes, persistant pendant le sommeil, et rapides (120 à
140/min).
Elles sont perçues comme une sensation de claquement si
elles s’étendent à l’origine tubaire.
Parfois, elles s’étendent au larynx
et même à la face ou au diaphragme.
Elles apparaissent souvent
quelques semaines après un accident vasculaire.
Elles sont parfois
secondaires à un traumatisme ou à une tumeur cérébrale.
Des myoclonies du voile transitoires sont décrites au cours de la sclérose
en plaques.
Les lésions se situent à l’intérieur d’un triangle limité par le noyau dentelé d’un côté, le noyau rouge et l’olive bulbaire de
l’autre.
La dégénérescence pseudohypertrophique de l’olive bulbaire
est l’élément constant.
B - ATTEINTE DES CENTRES VÉGÉTATIFS :
Elle est surtout à l’origine de troubles viscéraux.
Les troubles respiratoires sont marqués par une dyspnée continue
ou paroxystique, une respiration stertoreuse, parfois un rythme de Cheyne-Stokes.
L’évolution se fait parfois vers une cyanose et une
asphyxie.
Les troubles circulatoires sont faits d’instabilité du rythme
cardiaque : bradycardie, tachycardie, arythmies diverses, tachycardie
paroxystique ou pouls lent permanent avec syncopes.
Ces troubles
sont au maximum dans les paralysies ascendantes, en particulier du
syndrome de Landry.
Les troubles digestifs sont faits de nausées et surtout de
vomissements.
Parfois, ceux-ci surviennent brusquement, le matin
au lever ou à l’occasion des changements brusques de position de la
tête.
Plus rarement, une régurgitation est liée à une dysphagie pharyngo-oesophagienne spasmodique. Un hoquet apparaît parfois
précocement.
La participation des centres vasomoteurs s’exprime par une
sialorrhée, des sudations profuses ou une thermo-vaso-asymétrie
avec sensation de froid et abaissement de la température locale d’un
côté du corps, ou encore par une asphyxie locale des extrémités.
Des accès d’anxiété paroxystique, surtout nocturnes, s’accompagnent
de tremblements, de sueurs froides, de pâleur livide.
C - ATTEINTE DES FAISCEAUX DE PASSAGE :
La voie motrice pyramidale décusse partiellement à l’étage inférieur
du bulbe, donnant un faisceau croisé et un faisceau direct.
L’hémiplégie bulbaire est de ce fait croisée, respectant la face.
Dans
de rares cas, étiquetés syndromes de la décussation pyramidale,
l’hémiplégie peut être dissociée, avec atteinte du membre supérieur
d’un côté et du membre inférieur de l’autre.
Ceci s’expliquerait par
le fait que les fibres décussent à divers niveaux.
Les voies sensitives comportent les faisceaux de Goll et Burdach qui,
faisant relais dans les noyaux homonymes, envoient leurs fibres au
ruban de Reil médian après la décussation piniforme, et les faisceaux
spinothalamiques, en particulier le faisceau spinothalamique
postérieur, qui occupe la partie interne du faisceau latéral à côté du
faisceau rubrospinal, ce qui explique le type syringomyélique croisé
de la dissociation sensitive dans les syndromes latérobulbaires.
Plus
rarement, l’anesthésie est globale, ou prédomine sur la sensibilité
profonde, ou se transforme en hyperesthésie.
Les troubles sensitifs
subjectifs localisés à la face (du côté de la lésion comme indiqué
précédemment), s’associent alors à une hémialgie des membres et
du tronc du côté opposé.
Les voies cérébelleuses comportent le faisceau de Flechsig qui reste
postérolatéral et traverse le pédoncule cérébelleux inférieur, le
faisceau de Gowers qui monte dans le faisceau latéral du bulbe et
gagne le cervelet par un trajet récurrent en contournant le pédoncule
cérébelleux supérieur, les fibres arciformes qui empruntent le
pédoncule cérébelleux inférieur.
Les troubles cérébelleux, homolatéraux, sont surtout des troubles de la statique, survenant
après une lésion importante du pédoncule cérébelleux inférieur.
Il
s’agit d’hémiasynergie, de latéropulsion du côté de la lésion,
d’hypotonie, de passivité, d’abolition des réflexes de posture.
En
revanche, les troubles de la coordination sont absents.
Il n’y a pas
de dysmétrie ni d’adiadococinésie.
D - SYNDROME BULBAIRE ET SYNDROME
PSEUDOBULBAIRE :
Bien que la séparation clinique soit parfois difficile avec un
syndrome pseudobulbaire traditionnel.
Au cours du syndrome pseudobulbaire,
les troubles de l’élocution sont marqués par une palilalie plutôt que
par une voix nasonnée, les troubles de la déglutition sont tardifs, le
rire et le pleurer spasmodiques sont au premier plan.
Il n’y a pas
d’excès de salivation, pas de fasciculations ni d’atrophie de la
langue.
L’immobilité de la face est importante, la motilité
automatique est conservée.
Il est des cas, par exemple au cours de la
sclérose latérale amyotrophique, où les éléments d’un syndrome
bulbaire s’associent à ceux d’un syndrome pseudobulbaire.
La sémiologie bulbaire est donc riche et complexe.
La combinaison
des symptômes est éminemment variable selon la cause.
Les
atteintes d’origine vasculaire ischémique sont surtout focales et
répondent à une systématisation.
Les atteintes métaboliques ou
immunologiques sont plus diffuses.
Les atteintes neurodégénératives
portent plutôt sur les noyaux. La séparation des syndromes
bulbaires se fait en trois groupes : aigus, progressifs et chroniques.
Syndromes bulbaires aigus
:
Les causes les plus fréquentes sont d’origine vasculaire.
Une origine
toxi-infectieuse ou immunologique s’observe dans d’autres cas.
Les syndromes vasculaires sont surtout liés à une ischémie artérielle
du territoire postérieur entraînant un ramollissement localisé.
Après
un début aigu, les lésions sont secondairement systématisées à tel
ou tel territoire. Les hémorragies sont exceptionnelles et rapidement
mortelles.
L’hématobulbie est rare et provoquerait une atteinte du X
et du XI externe.
A - SYNDROMES BULBAIRES VASCULAIRES
TOPOGRAPHIQUES :
Les syndromes bulbaires topographiques ont longtemps représenté
un chapitre traditionnel de la neurologie, imposant en particulier
aux étudiants un effort de mémoire sans grand fondement.
La
plupart de ces syndromes ont été insuffisamment décrits, reposant
sur un cas, sans contrôle anatomique, certains même en relation avec
une atteinte extracrânienne des troncs nerveux.
Étaient ainsi classés :
– le syndrome antérieur : syndrome interolivaire de Dejerine ou
syndrome paramédian de Foix ;
– les syndromes postérieurs ou nucléaires : syndromes d’Avellis, de
Schmidt, de Jackson, syndrome déitérospinal ;
– les syndromes latéraux : syndrome de Wallenberg, syndrome de Babinski-Nageotte, syndrome de Cestan et Chenais.
En fait, seuls restent valides le syndrome de Wallenberg et le
syndrome de Dejerine.
Auparavant, il est nécessaire d’expliquer pourquoi la plupart des
autres syndromes classiques sont à rejeter.
1- Procès des syndromes bulbaires traditionnels :
* Syndrome d’Avellis :
Georges Avellis avait isolé, en 1891, parmi 150 cas de paralysie
laryngée unilatérale, une forme plus complexe associant une raucité
de la voix, un hoquet, une hémiparésie gauche.
L’examen montrait
une paralysie de l’hémivoile et de la corde vocale gauche.
Bien qu’il
n’y ait pas eu de contrôle anatomique, on admit ultérieurement que
le syndrome d’Avellis était lié à une atteinte du noyau vagospinal,
avec paralysie du XI externe.
La sémiologie comportait des troubles
de la déglutition et de la phonation.
Les éléments définissant le
syndrome étaient une paralysie homolatérale de l’hémivoile et de la
corde vocale inférieure.
On peut rapprocher de ce cadre des cas dans
lesquels l’imagerie par résonance magnétique (IRM) montre des
lésions bulbaires focales, ainsi qu’un cas particulier de
syndrome de Wegener se présentant avec une paralysie bulbaire et
une compression bilatérale des veines jugulaires.
* Syndrome de Schmidt
:
Dans un ouvrage de 1897, Morris Schmidt fait allusion à un patient
avec une paralysie de l’hémivoile, d’une hémicorde vocale mais
aussi du trapèze et du sterno-cléido-mastoïdien.
Quelques pages
plus loin, il l’attribue à une atteinte bulbaire, sans en apporter de
preuve.
Il pourrait s’agir d’une paralysie d’origine inflammatoire et
rien n’autorise à maintenir ni à attribuer le nom de Schmidt à un
syndrome bulbaire.
* Syndrome de Jackson
:
Bien que traditionnellement admis, il est malaisé de retrouver, dans
quelques cas signalés par Jackson, les éléments autonomisant le
syndrome, qui paraît plutôt en définitive de topographie radiculaire
plutôt que nucléaire.
La sémiologie associe une paralysie unilatérale
de la langue, du voile du palais, de la corde vocale et aussi une
participation des membres avec, dans un cas, une atrophie des
muscles de l’épaule.
L’autopsie d’un cas avait montré des lésions
diffuses de ramollissement n’autorisant pas l’autonomisation d’un
syndrome.
* Syndrome de Tapia :
Antonio Tapia décrit, en 1906, le cas d’un matador dont la nuque fut
traversée 9 ans auparavant par la corne d’un taureau.
Une aphonie
immédiate suivie de coma avec hémiplégie gauche s’était constituée.
Par la suite persistait une paralysie unilatérale de la corde vocale et
de la langue, ainsi que du sterno-cléido-mastoïdien et du trapèze.
Tout laisse penser que la sémiologie se rattache à une atteinte
périphérique des nerfs crâniens et non pas à une lésion bulbaire.
* Syndrome de Cestan et Chenais :
Cestan et Chenais, en 1903, dans un article sur le myosis d’origine
bulbaire, décrivirent un cas d’hémiparésie et d’hémianesthésie
gauches avec troubles de la déglutition, syndrome de Claude
Bernard-Horner à droite, paralysie de la corde vocale droite,
hypoesthésie faciale droite.
Il ne paraît pas justifié d’attribuer
quelque autonomie à ce syndrome qui est très proche des cas
rapportés par Avellis et par Babinski et Nageotte.
* Syndrome déitérospinal :
Isolé par Barré (1925), il est attribué à une atteinte du noyau
vestibulaire de Deiters et caractérisé par la survenue de vertiges, de
déséquilibre avec latéropulsion, de chutes brutales et de marche à
petits pas.
Bien qu’il n’y ait pas de contrôle anatomique, il fut
attribué à une atteinte des voies vestibulaires.
En fait, aucun élément
ne permet d’affirmer son autonomie.
* Syndrome de Babinski-Nageotte :
Babinski et Nageotte ont décrit, en 1902, les cas de trois patients
dont un fut autopsié.
L’autonomie du syndrome repose sur ce cas
étiqueté syndrome de l’hémibulbe.
La lésion était un infarctus
latéral.
La sémiologie associait, après la survenue de céphalées, un
syndrome cérébelleux, des troubles de la déglutition, un syndrome
de Claude Bernard-Horner homolatéraux, et du côté opposé, une
hémihypoesthésie et une hémiparésie avec signe de Babinski.
Cependant, la coexistence de lésions pontiques rend discutable le
terme de syndrome de l’hémibulbe.
2- Syndromes de Wallenberg et de Dejerine :
Seuls doivent être considérés comme autonomes et reposant sur des
bases anatomiques le fréquent syndrome de Wallenberg et le
syndrome de Dejerine, beaucoup plus rare.
* Syndrome de Wallenberg
:
Adolf Wallenberg, dans une série d’articles publiés depuis 1895,
individualise le syndrome latéral du bulbe en prévoyant la
localisation exacte des lésions chez un patient, et secondairement,
en 1922, en apportant la preuve anatomique irréfutable.
La lésion, le plus souvent vasculaire et ischémique, se situe dans la
partie latérale du bulbe.
Triangulaire, elle siège entre l’olive et le
corps restiforme.
Le début brutal est marqué par de grands vertiges rotatoires avec
nausées, vomissements, nystagmus horizontorotatoire et souvent
des céphalées.
Une dysphagie et une dysphonie apparaissent.
La
sémiologie comporte, du côté de la lésion, un syndrome de Claude Bernard-Horner, un hémisyndrome cérébelleux, une paralysie de
l’hémivoile et de la corde vocale, une hypoesthésie faciale (par lésion
du noyau du V).
Du côté opposé, la lésion comporte une
hémianesthésie alternée des membres, globale ou dissociée, de type syringomyélique, parfois douloureuse, parfois précédée d’une
discrète et régressive hémiparésie.
Accessoirement, sont présents des
troubles du rythme cardiaque, un hoquet, une sialorrhée, une
parésie du nerf pathétique.
L’évolution se fait vers la régression.
Les troubles sensitifs de type thermodouloureux, avec parfois douleurs de type spinothalamique,
persistent pendant de longs mois.
Les troubles de la déglutition,
parfois sévères, nécessitent une alimentation par sonde.
Le syndrome de Wallenberg est, dans trois quarts des cas, secondaire
à une occlusion de l’artère vertébrale ou à une dissection, plus
rarement à une occlusion, d’une artère cérébelleuse postéroinférieure
(PICA).
L’origine est parfois traumatique, en particulier
après manipulation intempestive du rachis cervical.
* Syndrome de Dejerine :
En analysant en 1914 l’ensemble des syndromes connus du tronc
cérébral, Dejerine mentionne un syndrome qu’il dénomme
« bulbaire antérieur ou interolivaire (hémiplégie alterne inférieure)
».
La sémiologie comporte une paralysie directe du XII, avec
paralysie et atrophie de l’hémilangue, une hémiplégie croisée
respectant la face, associée à une hémihypoesthésie respectant la
sensibilité thermodouloureuse.
La lésion est essentiellement
médiane.
Parfois, l’atteinte est bilatérale, avec quadriplégie.
L’infarctus siège dans le territoire de l’artère spinale antérieure.
Ce
syndrome est analogue au syndrome paramédian de Foix.
B - SYNDROMES TOXI-INFECTIEUX AIGUS :
Diverses intoxications du système nerveux sont susceptibles
d’entraîner un syndrome bulbaire.
Le botulisme est marqué, 1 à 3 jours après la contamination
alimentaire par la toxine, par un syndrome bulbaire (dysarthrie, troubles de la déglutition) associé à des troubles digestifs
douloureux, des paralysies oculomotrices, une paralysie des
membres et du système autonome.
Un tableau ressemblant au
botulisme peut être provoqué par les toxines formées par les microorganismes
présents chez certains animaux marins.
Parmi les polioencéphalites, les rhombencéphalites atteignent le
tronc cérébral et le bulbe.
La sémiologie bulbaire s’intègre parmi des
paralysies des nerfs crâniens, des troubles généraux, une atteinte
méningée fébrile, des troubles de la conscience.
L’origine en est
diverse, virale (virus de l’herpès, virus d’Epstein-Barr, entérovirus,
virus de l’immunodéficience humaine [VIH]), bactérienne (listériose,
borréliose), fongique (cryptococcose), lymphomateuse, toxique
(oxyde de carbone).
Un cas d’encéphalite de Bickerstaff à localisation
bulbaire était associé à la présence d’anticorps anti-CQ1b à titre
élevé.
La poliomyélite antérieure aiguë s’accompagne, dans 5 à 35% des
cas, d’une paralysie bulbaire.
Cette poliobulbite est particulièrement
sévère en raison de la détresse respiratoire qu’elle entraîne avec
encombrement trachéobronchique, troubles du rythme respiratoire,
inefficacité de l’expectoration, troubles végétatifs, nécessitant une
assistance respiratoire.
L’endocardite maligne peut être à l’origine d’embolies dans le
territoire vertébral, entraînant un syndrome de Wallenberg.
C - MALADIES AUTO-IMMUNES :
1- Syndrome de Guillain-Barré :
Polyradiculoneuropathie inflammatoire aiguë avec démyélinisation
segmentaire multifocale d’origine auto-immune, le syndrome de
Guillain-Barré débute parfois par une atteinte bulbaire.
De même,
des formes pharyngo-cervico-brachiales ressemblent au botulisme
ou à la diphtérie.
Cette forme a comme particularité la présence, à des taux élevés,
d’anticorps anti-GM1b et GT1a de type immunoglobulines (Ig) G.
Le syndrome de Landry marque l’extension en hauteur de diverses
atteintes médullaires ou périphériques, en particulier du syndrome
de Guillain-Barré.
2- Myasthénie bulbospinale :
Maladie immunologique liée à un blocage des récepteurs de la
plaque motrice par des anticorps antirécepteurs d’acétylcholine, la
myasthénie est caractérisée par une fatigabilité intermittente
aboutissant à des accès paralytiques portant sur des territoires
musculaires variés, et en particulier sur les muscles bulbaires, ce qui
est souvent à l’origine d’erreurs de diagnostic.
L’atteinte des muscles d’innervation bulbaire retentit sur la
phonation, la mastication et la déglutition.
La voix s’éteint
progressivement, devient nasonnée puis inintelligible.
Bien que très
caractéristique, ce trouble, régressif, est parfois considéré comme
hystérique.
Les troubles de la mastication apparaissent au cours des
repas, le sujet se trouvant parfois dans l’obligation de soutenir sa
mâchoire inférieure avec sa main. Les troubles de la déglutition,
souvent modérés, donnent parfois lieu au rejet des liquides par le
nez.
Un triple sillon longitudinal de la langue est rare, mais
pathognomonique.
La dysphagie, à l’image du phénomène myasthénique, est améliorée par le froid et aggravée par la chaleur.
Une atteinte faciale, responsable d’un effacement des rides, d’une
réduction de la mimique, de difficultés à siffler ou souffler,
quelquefois d’un rire en apparence hargneux (snarl), est souvent
associée aux troubles de la musculature bulbaire.
Dans de rares cas,
la fatigabilité des muscles cervicaux est à l’origine d’une chute de la
tête en avant (dropped head).
Le diagnostic est confirmé par la
recherche clinique d’épreuves de fatigabilité, la présence de
décréments avec test au tensilon sur l’électromyogramme, le dosage
des anticorps antirécepteurs d’acétylcholine et l’épreuve
thérapeutique par anticholinestérase.
D - PORPHYRIE AIGUË :
Dans un contexte aigu de tableau pseudo-occlusif chirurgical et de
troubles psychiatriques, s’installe une polyradiculonévrite à
prédominance motrice et proximale.
Une paralysie ascendante de
type Landry est possible, mais rare.
L’atteinte des dernières paires
crâniennes est fréquente, notamment celles du Xe et du VIIe, parfois
bilatérale.
Occasionnellement, une atteinte des Ve, XIe et XIIe paires
survient.
Enfin, des causes diverses peuvent entraîner une paralysie bulbaire
brutale : un engagement amygdalien après ponction lombaire, une novocaïnisation du ganglion stellaire, un traumatisme entraînant
fracture ou luxation hautes, une poussée de sclérose en plaques.
Syndromes bulbaires rapidement
progressifs
:
Dans ce cadre entrent :
– d’une part des maladies sévères du système nerveux, parfois
classées parmi les formes chroniques mais dont la progression est
très rapide.
L’exemple en est la sclérose latérale amyotrophique et
aussi la paralysie bulbaire de Duchenne ;
– d’autre part les tumeurs bulbaires dont la diversité est manifeste
puisqu’elles sont aussi bien intégrées parmi les tumeurs du tronc
cérébral que parmi les tumeurs bulbomédullaires.
Il apparaît cependant qu’elles ont une certaine autonomie, en
particulier les dernières, qui sont souvent curables chirurgicalement.
A - SCLÉROSE LATÉRALE AMYOTROPHIQUE
:
L’atteinte bulbaire est constante au cours de la sclérose latérale
amyotrophique dont elle conditionne en grande partie le pronostic
puisqu’elle est le plus souvent à l’origine de la mort.
Cette atteinte
bulbaire est caractéristique car elle est due à une atteinte du neurone
central et du neurone périphérique réunissant les éléments du
syndrome bulbaire et pseudobulbaire.
La participation
bulbaire est fréquente au début, et la présence de fasciculations
linguales coexistant avec des tracés de dénervation dans la langue
sur l’électromyogramme affirme le diagnostic.
Parfois, le début est
marqué par un simple nasonnement, considéré comme hystérique,
ou par des troubles de la déglutition.
La progression des troubles
bulbaires est rapide.
La voix nasonnée devient mal articulée et
bientôt incompréhensible.
Le trouble phonatoire est majoré par les
difficultés expiratoires.
La langue est ravinée et animée de
nombreuses fasciculations.
Sa protraction est impossible.
Le voile
du palais est flasque malgré la persistance du réflexe du voile et du
réflexe nauséeux.
La mastication est longtemps conservée, mais la
salivation est importante et des flux de salive s’écoulent par les
lèvres insuffisamment fermées.
Les masséters sont atrophiés et le
faciès est émacié.
Seuls les muscles oculomoteurs conservent leur
force.
La déglutition est d’abord lente et pénible. Les liquides
refluent par le nez.
Les fausses routes sont importantes.
La
composante pseudobulbaire est marquée par une tendance au
pleurer spasmodique, une exagération du réflexe massétérin.
Un
début bulbaire de la maladie est estimé à 30 % des cas.
L’exploration bulbaire instrumentale a été largement étudiée au
cours de la sclérose latérale amyotrophique afin de suivre l’évolution
de la maladie.
Divers scores cliniques ont été proposés (Norris, Bayler, Munsat, test de Charing-Cross), mais leur application est
souvent longue en pratique.
L’électromyographie laryngée a pour
intérêt de séparer paralysie bulbaire et paralysie pseudobulbaire.
L’IRM de la cavité buccale permettrait également de montrer
l’atteinte des noyaux bulbaires (atrophie rectangulaire de la langue
avec anomalies internes du signal) et du faisceau pyramidal (langue
en position antérieure).
L’échographie montrerait une augmentation
d’épaisseur du génioglosse au cours de la sclérose latérale
amyotrophique.
La dysarthrie et la dysphonie peuvent être
explorées par des méthodes quantifiées par des analyses acoustiques ou nasofibroscopiques.
La dysphonie s’étudie par analyse
acoustique ou nasofibroscopie.
La déglutition s’étudie également par nasofibroscopie, par vidéoradioscopie.
L’évaluation vocale assistée,
la vidéofluoroscopie sont complétées par des épreuves fonctionnelles
respiratoires.
B - PARALYSIE BULBAIRE DE DUCHENNE :
Une forme bulbaire pure de la sclérose latérale amyotrophique,
d’authenticité discutée, réalise une forme haute, dite paralysie
bulbaire de Duchenne.
Cette paralysie, facio-linguo-pharyngo-laryngo-masticatrice, est
marquée au début par des troubles articulaires précoces portant sur
les linguales (z, n, l), les labiales (b, m, p, b), les dentales (d, t), les
palatales (k, g).
Peu à peu, la voix devient inintelligible, en relation
avec une dysarthrie mixte.
Les troubles de la déglutition comportent
en particulier un reflux des liquides par le nez, des fausses routes
trachéales.
Une hypersalivation est habituelle.
La paralysie est mixte.
D’une part, la paralysie bulbaire proprement
dite comporte amyotrophie et déficit avec troubles de la mastication,
faiblesse des muscles de la face, amyotrophie et fasciculations
linguales et mentonnières.
L’électromyogramme montre des signes
de dénervation de la langue.
D’autre part, une composante
spastique, pseudobulbaire, est parfois prédominante, avec
quelquefois rire et pleurer spasmodiques, palilalie, réflexe massétérin clonique, rarement réflexe de bulldog à l’ouverture de la
bouche.
La mort survient en 2 à 3 ans par troubles respiratoires, avec ou
sans sclérose latérale amyotrophique.
Les lésions dégénératives
portent sur les noyaux bulbaires, le faisceau pyramidal, et
éventuellement la corne antérieure de la moelle. Les lésions
purement limitées aux noyaux bulbaires semblent exceptionnelles.
C -
SCLÉROSE LATÉRALE PRIMAIRE
:
Cette forme, dont l’authenticité est parfois mise en cause, comporte
uniquement des lésions des faisceaux pyramidaux.
La sémiologie
dépend donc de l’atteinte du neurone central et compte un
syndrome pseudobulbaire d’évolution lente ainsi que la sclérose
latérale beaucoup plus amyotrophique.
D - TUMEURS BULBAIRES :
Intégrées dans les tumeurs du tronc cérébral, caractérisées par leur
hétérogénéité, elles sont également bulbomédullaires.
Plus
fréquentes chez l’enfant, elles sont surtout neuroépithéliales,
principalement astrocytomes.
Leur point de départ est souvent
protubérantiel. Les hémangioblastomes sont rares et siègent dans la
partie inférieure du bulbe sur le plancher du IVe ventricule.
La
sémiologie des tumeurs bulbaires comporte des troubles de la
marche dus à un syndrome pyramidal et à un syndrome cérébelleux.
Les troubles sensitifs sont rares, parfois existe une atteinte thermoalgique de la face.
Une paralysie du voile, du pharynx, de la
langue, est évocatrice.
Les fonctions végétatives bulbaires sont
parfois à l’origine de troubles dysautonomiques peropératoires
sévères. Les gliomes diffus du tronc cérébral sont de mauvais
pronostic.
En revanche, les tumeurs bulbomédullaires de bas grade
sont opérables et de bon pronostic.
Un cas particulier de lésion
histiocytaire isolée du tronc cérébral simulant une tumeur du tronc
cérébral chez un enfant de 10 ans a été amélioré par la
corticothérapie, ce qui montre la nécessité de biopsier la tumeur
quand elle est accessible.
Syndromes bulbaires chroniques
:
A - SYRINGOBULBIE :
La syringomyélie est parfois isolée mais souvent associée à une
cavité intramédullaire (syringomyélobulbie).
L’atteinte vestibulaire
est la plus importante avec des vertiges et des malaises.
L’examen
montre un nystagmus spontané rotatoire, une latéropulsion dans la
manoeuvre de Romberg.
Une névralgie faciale portant sur les trois
branches du nerf est habituelle, avec une hypoesthésie globale à tous
les modes.
Il existe une hémiatrophie linguale avec langue déviée
du côté atteint lors de la protrusion.
Une atteinte des nerfs mixtes
est assez fréquente : paralysie d’une corde vocale avec dysphonie,
atteinte de l’hémivoile avec nasonnement, paralysie pharyngée avec
troubles de la déglutition.
Un syndrome de Claude Bernard-Horner
est fréquent.
Rarement, une paralysie bilatérale des dilatateurs de la
glotte entraîne une asphyxie.
B - ATTEINTES BULBAIRES DES AMYOTROPHIES
SPINALES PROGRESSIVES :
Elles sont souvent au second plan chez l’adulte, parfois plus
marquées chez l’enfant.
Dans les formes liées au chromosome 5, une atrophie, des
fasciculations linguales et des troubles de la déglutition sont
habituels dans la maladie de Werdnig-Hoffmann. Une atrophie
linguale est présente dans le type II et dans le syndrome de
Kugelberg-Welander.
Chez l’adulte, une atrophie linguale est
présente dans les rares formes dominantes.
Elle s’observe parfois
dans le syndrome de Stark-Kaeser. L’association d’amyotrophie
spinale de l’adulte et de paralysie des cordes vocales caractérise le
syndrome de Young et Harper.
Une paralysie bulbaire peut
également survenir au cours de diverses maladies dégénératives, en
association avec une atrophie optique, une dystrophie cornéenne, la
maladie de Strümpell-Lorrain, le syndrome de Shy et Drager, la
paralysie supranucléaire progressive, une atteinte cérébelleuse,
thalamique, ou un syndrome démentiel.
On sépare les paralysies
bulbaires progressives d’une atteinte exogène, au cours d’un
syndrome paranéoplasique, ou au cours d’une intoxication par le
mercure.
Une atteinte symptomatique d’origine vasculaire tumorale
est toujours possible.
La forme la plus caractéristique d’atteinte bulbaire au cours des
amyotrophies spinales chroniques est représentée par l’amyotrophie bulbospinale liée à l’X ou syndrome de Kennedy.
La neuronopathie bulbospinale progressive liée à l’X ou syndrome
de Kennedy comporte une sémiologie originale de syndrome
neuroendocrinien.
Le début se fait le plus souvent entre 30 et 50 ans, à un âge
cependant variable à l’intérieur d’une même famille.
Des crampes
musculaires précèdent souvent l’installation de l’amyotrophie et
constituent, dans environ 50 % des cas, le premier symptôme,
précédant parfois de 10 à 20 ans la faiblesse musculaire.
Elles
prédominent sur les membres inférieurs mais s’étendent dans
certains cas au larynx, à la langue, et même aux masséters,
témoignant de la précocité de l’atteinte bulbaire.
Elles sont souvent
exagérées par le froid ou par l’effort.
La faiblesse et l’atrophie musculaires sont diffuses, à prédominance
proximale, et elles sont souvent modérées.
La marche se fait en hyperlordose et reste possible même après 10 ou 30 ans d’évolution,
sauf dans de rares cas.
Le déficit proximal est présent aux deux
ceintures.
Il rend difficile la montée d’un escalier.
Une atteinte distale
est plus rare et plus tardive.
L’amyotrophie est bulbospinale.
La langue est ravinée ou fissurée.
La voix est souvent nasonnée, ce symptôme est important pour le
diagnostic.
La dysphagie est toujours modérée, bien que quelques
cas de pneumopathie de déglutition soient décrits.
Enfin, une
participation faciale est fréquente, limitée souvent à une simple
inexpressivité ou à une diminution de la force d’occlusion des
paupières.
Les fasciculations sont un élément important du diagnostic.
Elles
sont précoces et souvent permanentes, persistant même pendant le
sommeil.
Elles affectent deux territoires d’élection : la face et la
langue.
À la face, elles prédominent à la partie inférieure, autour de
la bouche et sur le menton.
Elles sont exagérées par l’acte de siffler
ou de gonfler les joues et sont parfois à l’origine d’une sorte de
tremblement du menton.
Les fasciculations de la langue, associées à
l’amyotrophie, sont constantes.
Les autres éléments du syndrome sont une gynécomastie, des
troubles génitaux, souvent un diabète sucré.
Le gène du syndrome de Kennedy est localisé sur le bras long du
chromosome X (Xq12), dans une région contenant le gène du
récepteur aux androgènes.
Le syndrome de Kennedy dépend d’une
amplification de séquences répétitives.
Il est lié à une amplification
anormale d’une répétition d’un trinucléotide, le triplet cytosineadénine-
guanine (CAG) portant sur une partie codante du gène du
récepteur aux androgènes.
C - PARALYSIES BULBAIRES PROGRESSIVES DE L’ENFANT :
Les paralysies bulbaires progressives sont l’expression d’une atteinte
dégénérative localisée aux noyaux moteurs du bulbe rachidien.
Le
terme, imprécis, de « progressives » ou « chroniques » est pris dans
le sens attribué aux amyotrophies spinales « progressives » qui
exclut traditionnellement des formes d’évolution aiguë comme la
sclérose latérale amyotrophique, mais regroupe des formes
d’évolution tout aussi aiguës comme la maladie de Werdnig-Hoffmann.
Les éléments de séparation tiennent, dans la dernière
éventualité, à la présence d’un facteur génétique et au respect du
faisceau pyramidal.
Cette comparaison s’applique parfaitement aux
paralysies bulbaires progressives, dont l’appellation volontairement
imprécise est préférable à celle de chroniques qui concerne surtout
les formes de l’adulte, alors que chez l’enfant et en particulier chez
le nourrisson, l’évolution est le plus souvent aiguë.
D’autre part, un
facteur génétique est théoriquement présent, et surtout, le faisceau
pyramidal est respecté, ce qui sépare ces formes de la forme bulbaire
de la sclérose latérale amyotrophique.
Malgré ces caractères relativement stricts, le cadre des paralysies
bulbaires progressives est hétérogène, en raison en particulier de la
survenue de formes sémiologiquement identiques à des âges
différents, de la gravité très variable selon les cas, et surtout de la
coexistence dans la même famille de cas adultes et infantiles.
Il est
néanmoins traditionnel de séparer plusieurs formes principales : la
maladie de Fazio-Londe, forme précoce, les formes juvéniles
type Markand et Daly, le syndrome de Van Laere et les formes
de l’adulte proprement dites.
1- Maladie de Fazio-Londe :
La maladie de Fazio-Londe, ou paralysie bulbaire progressive de la
première enfance, est souvent considérée comme une forme haute
de la maladie de Werdnig-Hoffmann.
En fait, l’assimilation ne peut
être totale, en raison surtout de l’âge de début qui est respectivement
de 4 ans et de 6 ans dans les cas de Fazio-Londe et se situe
entre 2 et 12 ans dans les cas publiés sous cet éponyme.
De même, si
l’évolution se fait inexorablement vers la mort, les délais sont très
variables, allant de 9 mois à plus de 8 ans.
En fait, l’autonomie du
syndrome de Fazio-Londe, dont les caractères sont assez
hétérogènes, repose sur sa description clinique et sur de rares cas
autopsiés.
Le début se fait le plus souvent dans l’enfance et répond à une
transmission autosomique récessive.
Il est marqué par une paralysie
faciale souvent unilatérale, suivie de dysarthrie ou de dysphagie,
parfois par un ptosis.
Des troubles de la salivation, un stridor, une
infection respiratoire sont alors possibles.
En quelques mois ou
quelques années se constituent des atteintes des autres nerfs
crâniens, constamment les noyaux du facial et du grand hypoglosse,
fréquemment ceux du pneumogastrique, du spinal, du trijumeau
moteur, du moteur oculaire externe, entraînant des paralysies
oculaires souvent asymétriques.
Les signes pyramidaux sont en
général absents, et s’ils sont présents, devraient faire exclure de tels
cas, encore que dans certains cas cliniques non publiés
comportant une atteinte faciale prédominante, des réflexes normaux
ou vifs et une évolution rapidement fatale, on estime que ces formes
sont plus proches de la sclérose latérale amyotrophique que des
amyotrophies spinales.
Parfois apparaît un déficit généralisé avec
hypotonie, amyotrophie et diminution des réflexes.
La mort se
produit dans environ la moitié des cas en raison de troubles
respiratoires.
Les constatations anatomiques (dégénérescence des
noyaux des nerfs crâniens et parfois de la corne antérieure de la
moelle) sont à peu près identiques dans des cas qui comportent
en plus une diminution des cellules de Purkinje et une atteinte
importante des noyaux du moteur oculaire externe.
Si ces lésions sont assez superposables à celles de la maladie de Werdnig-Hoffmann, elles se rapprochent de celles des formes
juvéniles, d’autant qu’un certain nombre de cas débutent à 12 ans et
que les cas princeps sont celui d’un enfant de 4 ans et de sa mère
âgée de 22 ans.
On peut d’ailleurs remarquer à ce propos la
transmission autosomique dominante ou maternelle de ce cas, alors
que six autres cas répondent à une hérédité autosomique récessive,
en particulier les deux cas évoluant précocement vers la mort, les
autres étant sporadiques.
En définitive, le critère le plus certain est
la gravité de l’évolution chez un nourrisson ou un enfant jeune, se
terminant en quelques années vers la mort, ce qui n’est pas le cas au
cours des rares formes juvéniles, lentement progressives.
2- Maladie de Markand-Daly, forme juvénile
:
Cette dernière correspond à une forme bulbaire de syndrome de Kugelberg-Welander.
Le cas princeps est celui d’une femme dont
les troubles ont débuté à l’âge de 10 ans par une paralysie faciale,
suivie 3 ans après par des troubles de la déglutition, puis de la
phonation, puis par des troubles oculomoteurs avec atrophie
linguale.
L’évolution très lentement progressive s’était faite vers une
extension aux muscles de la nuque et du membre supérieur.
3- Maladie de Van Laere :
Quant aux cas de paralysie bulbaire avec surdité, ils
correspondent plutôt aux formes juvéniles.
Le cas princeps est celui
d’un garçon atteint de surdité à l’âge de 13 ans, puis de paralysie
bulbaire à l’âge de 20 ans et dont le père et une grand-tante
paternelle sont également atteints de surdité.
Quelques cas similaires
sont connus.
Le sexe est plus souvent féminin (80 %
des cas).
Le début se fait dans l’adolescence ou chez l’adulte jeune
par une surdité de perception suivie par l’installation très
progressive d’une paralysie bulbopontine atteignant
particulièrement les noyaux des VIIe, IXe, Xe, XIe et XIIe nerfs
crâniens.
Parfois un ptosis a précédé la surdité.
On peut ainsi
résumer les éléments sémiologiques principaux du syndrome de Vialetto-Van Laere de la façon suivante : atteinte des six derniers
nerfs crâniens d’hérédité autosomique récessive ; survenue plus
fréquente dans le sexe féminin ; dysphagie, dysarthrie, atteinte
faciale précédées de plusieurs années par une surdité bilatérale
aiguë ou chronique, de type neurosensoriel, avec inexcitabilité
vestibulaire ; extension secondaire du déficit possible aux membres ;
parfois, évolution grave en raison de troubles respiratoires par
atteinte diaphragmatique ou intercostale mais survie possible dans
la quatrième décennie.
Certains considèrent le syndrome comme une entité et retiennent
une triade caractéristique : surdité bilatérale précoce ; bulbopontine
prédominant sur les muscles de la phonation et sur les muscles
faciaux supérieurs ; évolution inhabituellement longue malgré la
précocité de l’atteinte bulbaire.
Pour ces auteurs, les lésions du patient autopsié à l’âge de 27 ans
prédominent sur la corne antérieure de la moelle, les noyaux
moteurs du tronc cérébral et les noyaux du VIII, avec cependant
une atteinte discrète des cordons de Goll, des faisceaux pyramidaux
et spinocérébelleux.
Des lésions étendues aux noyaux moteur et
sensitif du V, aux noyaux du VI et du X sont également signalées.
L’évolution est cependant irrégulière et variable, sans doute plus
sévère chez les garçons.
Ainsi, dans trois cas familiaux, le début se
fait dans la seconde décennie chez deux soeurs, alors que le frère est
décédé de troubles respiratoires à l’âge de 20 mois, la nécropsie
mettant en évidence une dégénérescence des noyaux des six derniers
nerfs crâniens.
Cette différence serait en faveur d’une expression
plus sévère dans le sexe masculin.
Des signes associés sont parfois
signalés : épilepsie, troubles mentaux, atrophie optique, syndrome
cérébelleux.
L’hérédité serait de type autosomique récessif.
Un taux
élevé d’anticorps anti-GM1 est signalé.
Un cas anatomoclinique complexe, rendant hypothétique tout essai
de classification des formes bulbaires de l’enfant, a été publié sous
le titre de « maladie de Fazio-Londe avec surdité ».
Il concerne
une fille de 10 ans dont la mort se produit 13 mois après le début
des troubles et dont la nécropsie montre des lésions des cornes
antérieures de la moelle cervicodorsale et des noyaux moteurs du
tronc cérébral.
Cette forme est donc une transition entre la maladie
de Fazio-Londe et le syndrome de Van Laere.
Elle est également une
transition avec les amyotrophies spinales de type Werdnig-Hoffmann et Kugelberg-Welander.
D - PARALYSIE BULBAIRE DE L’ADULTE :
Les formes isolées et pures de paralysies bulbaires de l’adulte sont
rares.
Elles se séparent en principe formellement de la forme
bulbaire de la sclérose latérale amyotrophique ou paralysie bulbaire
de Duchenne, en raison de leur longue évolution, d’un facteur
familial, conditions théoriquement nécessaires à leur diagnostic, de
l’absence de lésion pyramidale anatomique.
Bien que leur évolution
tardive soit analogue à celle de la sclérose latérale amyotrophique,
elles doivent également être séparées des formes familiales de la
maladie de Charcot.
Un cas d’hypotension intracrânienne se
manifestant par une paralysie bulbaire, une ataxie et un syndrome
parkinsonien est signalé.
Quelques observations anciennes de
paralysies bulbaires pures, de transmission autosomique dominante,
sont connues chez l’adulte.
Elles sont sans doute à rapprocher
de certains cas adultes du syndrome de Fazio-Londe.
D’ailleurs,
dans le cas princeps, la mère était porteuse d’une paralysie
bulbaire chronique.