Sclérose latérale amyotrophique : Aspects cliniques
Cours de Neurologie
Introduction
:
L’histoire de la SLA nous renvoie bien entendu aux descriptions de Charcot
publiées entre 1865 et 1874.
Le nom de Charcot restera à tout jamais
attaché à cette maladie qui porte son nom dans la plupart des pays, notamment
de langue française ; tandis qu’aux États-unis, elle porte parfois le nom de
maladie de Lou Gehrig, célèbre joueur de base-ball décédé de la maladie.
En 1874, Charcot décrivit complètement cette maladie nouvelle, description
basée sur une vingtaine de cas cliniques et cinq autopsies recueillis à l’hôpital
de la Salpêtrière.
Cette affection porte désormais le nom de sclérose latérale
amyotrophique.
Classifications et définitions
:
Il était d’usage de différencier la SLAproprement dite, ou maladie de Charcot,
des autres affections dégénératives intéressant le motoneurone.
La tendance
actuelle, défendue par les auteurs anglo-saxons, est de considérer que toutes
ces affections « dégénératives » du motoneurone ou encore du système
moteur font momentanément partie d’une même entité.
On parle donc de
maladies du motoneurone ou motor neuron diseases (au pluriel) lorsqu’il
s’agit d’affections qui intéressent d’une façon ou d’une autre le motoneurone.
On parle de maladie du motoneurone ou motor neuron
disease (au singulier) lorsqu’il s’agit du groupe de maladies gravitant autour
de la SLA.
Ce groupe comprend la SLA, forme sporadique et familiale, la
paralysie bulbaire progressive (PBP), l’atrophie musculaire progressive
(AMP), la sclérose latérale primitive (SLP) auxquelles Rowland ajoute la
forme juvénile de SLA et l’amyotrophie monomélique.
Pour beaucoup, les
termes de SLA et de maladie du motoneurone recouvrent la même maladie.
Cependant, même si l’on admet cette classification, il faut garder à l’esprit
que ces différentes formes, peut-être parties de la même maladie, ont des
pronostics fort différents, facteur d’erreurs dans l’analyse des études
épidémiologiques.
D’autre part, de nombreux essais thérapeutiques sont
désormais entrepris et il a paru nécessaire d’utiliser des critères rigoureux
pour le diagnostic de la SLA.
C’est en 1990, en Espagne, à El Escorial, que
s’est tenue la réunion de la Fédération mondiale de neurologie pour mettre au
point ces critères.
Épidémiologie
:
A - Incidence
:
L’incidence est le nombre de nouveaux cas survenant chaque année pour
100 000 habitants.
Pour la SLA, elle varie de 0,96 à 2,25. La
moyenne se situerait autour de 1,5.
Néanmoins, des valeurs inférieures à 0,6
et supérieures à 2,3 ont été observées.
Les chiffres les plus bas ont été
observés dans la population mexicaine de la ville de Mexico.
Les chiffres
les plus élevés, à l’exception des régions à haute incidence du Pacifique Ouest,
ont été notés dans le centre de la Finlande, ou en Écosse.
Parallèlement
à l’augmentation du taux de mortalité dans certains pays, on observe
également une augmentation de l’incidence de la maladie : dans la région de
Padoue en Italie, l’incidence passe de 0,66 en 1980-1982 à 1,34 en 1989-
1991.
Toujours en Italie, l’augmentation du taux d’incidence se fait en
particulier chez les sujets âgés et chez les femmes.
En Israël, l’incidence a
augmenté de 41 %entre 1959 et 1974 ; cette augmentation semble être due à
un taux plus élevé chez les personnes de plus de 60 ans et chez les femmes,
cependant que l’incidence reste assez basse : 0,66 pour 100 000 habitants.
Généralement, le taux d’incidence augmente dans tous les pays avec l’âge
jusqu’à un pic situé entre 60 et 75 ans, suivi d’un bref déclin après.
L’incidence paraît identique dans les populations noires et blanches.
B - Répartition selon le sexe et prévalence
:
Le rapport hommes/femmes (H/F) varie selon les pays et les publications
.
Il est en moyenne de 1,5/1. Cette prépondérance masculine
pourrait résulter d’un facteur hormonal ou de l’effet cumulatif d’autres
facteurs tels les traumatismes, l’activité physique ou des facteurs dus à
l’exposition professionnelle.
La prévalence est définie comme le nombre de cas de la maladie observés à
un moment donné, habituellement pour 100 000 habitants.
La moyenne de la
prévalence de la SLA pour les pays occidentaux se situerait autour de 4 à 6
pour 100 000 habitants.
C - Mortalité :
Les taux de mortalité pour la SLA, ou maladie du motoneurone, sont obtenus
par examen des causes de décès publiées dans la plupart des pays.
Le taux de
mortalité varie de 0,5 à 1,1 pour 100 000 habitants, centré autour de 0,8 avec
une homogénéité remarquable dans tous les pays.
Il semble, à la lecture des
plus récentes publications, qu’il existe une augmentation du taux de mortalité
pour la SLAdans certains pays, notamment la France, l’Angleterre, le pays
de Galles et la république d’Irlande, l’Espagne, la Suède, l’Italie,
la Norvège, le Japon et les États-Unis.
Cette augmentation a pu être
expliquée par différents facteurs : une meilleure connaissance de la maladie
de la part des médecins, une augmentation du nombre de neurologues, l’effet Gompertzien de compétition intermaladies et une survie prolongée due aux
meilleurs traitements des affections comme les accidents vasculaires ou
cardiaques, permettant l’expression de la maladie SLA chez les patients âgés
survivants.
Aspects cliniques
:
A - Âge de début :
L’âge moyen de début se situe autour de 60 ans, avec des variations mineures
dans les différentes séries.
L’âge de début diffère sensiblement selon le type de la maladie.
Il est
sensiblement plus élevé dans les formes à début bulbaire et chez les femmes,
et plus bas dans les formes à type d’atrophie musculaire progressive.
Les
formes à début précoce ne sont pas rares, elles sont néanmoins rencontrées
plus volontiers dans les formes familiales.
B - Durée d’évolution, pronostic et facteurs prédictifs
de l’évolution :
La durée moyenne d’évolution de la SLA varie entre 2 et 3 ans.
La durée
d’évolution semble liée à la forme clinique de la maladie du motoneurone,
aux signes initiaux, à l’âge de début des troubles, au délai séparant le début
des troubles et le diagnostic.
Dans les études récentes, l’effet de l’âge de
début montre une nette différence : pour un début situé entre 25 et 44 ans, la
survie médiane est de 71,5 mois, alors que pour un début entre 45 et 54 ans, il
est de 35 mois et enfin entre 55 et 74 ans, il est de 32,5 mois.
Cette
différence de durée de survie en fonction de l’âge de début n’a pas été
confirmée par toutes les études.
Dans l’étude de Norris et al, la survie
dépasse 100 mois dans 40 % des formes à début aux membres supérieurs,
50,1 % pour les formes à début aux membres inférieurs et seulement 6,2 %
pour les formes à début bulbaire.
La survie à 5 ans se situe entre 10 et 30 %
des cas.
Elle est très nettement plus basse dans les formes à début bulbaire
(aucun cas dans la série de Chancellor et al) ou dans les formes spinales
avec atteinte bulbaire développée au cours de l’évolution (11 % des cas, pour une valeur de 28 % pour la totalité de la population étudiée).
D’autres séries
n’ont pas confirmé la relation entre durée d’évolution et forme à début
bulbaire ou spinal.
Le délai entre le début apparent des troubles et le
diagnostic apparaît aussi comme un facteur pronostique majeur dans la série
de Lee et al.
Finalement, en comparaison avec les études plus anciennes,
la durée de survie de la SLA ne s’est pas sensiblement modifiée : Mulder et
Howard reportaient une survie à 3 ans dans 50 %des cas, à 5 ans dans 20 %
des cas et à 10 ans dans 10 % des cas.
D’autres facteurs prédictifs ont été analysés, se basant sur des systèmes de
scores utilisant différentes variables comme l’âge de début, l’âge au
diagnostic, la forme de début, le score clinique utilisé, les fonctions
pulmonaires et d’autres variables biologiques ou électrophysiologiques.
Ainsi, le degré de détérioration clinique et pulmonaire serait un test fiable
pour prédire la durée de survie.
Le degré de perte motoneuronale a
été montré comme linéaire et symétrique au cours de l’évolution de la SLA,
non influencé par l’âge de début ou le site de début.
Ce qui permit à Jablecki et al de prédire la durée de survie approximative pour un individu
donné selon l’âge de début, la durée d’évolution du déficit moteur et
l’estimation de son état clinique mesuré par un système de score approprié.
C - Facteurs de risque
:
Le facteur racial est diversement apprécié.
Dans les études faites aux États-Unis, la résistance de la population noire a été remarquée.
Quant aux régions
à haute incidence de SLA dans le Pacifique Ouest, le facteur racial ne semble
pas être déterminant.
D’autres facteurs de risque ont été rapportés avec une fréquence variable.
Dans les antécédents des patients atteints de SLA, la fréquence de
traumatismes répétés a été soulignée par de nombreux auteurs. Mais
dans l’étude de Chancellor et al, les traumatismes non accompagnés de
fracture ne seraient pas associés à une plus grande fréquence de SLA.
En
revanche, Gresham et al, dans une étude cas-contrôles, n’ont pas observé
d’association entre fractures et incidence de la SLA.
Parmi les autres facteurs,
il faut citer les activités physiques intensives, la vie en communauté rurale.
Ces deux dernières études ont aussi montré l’association significative
entre l’exposition au plomb et le développement de la SLA.
Dans une étude
rétrospective portant sur 560 cas de maladies du motoneurone, Li et al
n’ont trouvé aucune association significative entre divers paramètres,
notamment traumatismes, fractures, expositions variées et maladie du
motoneurone, à l’exception d’une tendance à une moindre fréquence pour les
patients ne consommant pas d’alcool.
Enfin, il faut signaler la possible
association entre SLA et antécédents de chocs électriques.
Des facteurs environnementaux inconnus sont peut-être à l’origine des cas
conjugaux observés et des observations de survenue quasi simultanée de SLA
chez des sujets sans liens familiaux, et cela dans un même lieu géographique,
ont été rapportées.
Enfin, il faut signaler les récentes études sur la plus
grande fréquence de la SLA chez les sujets en contact avec des animaux
domestiques, en particulier les chiens.
D - Étude clinique :
1- Forme commune
:
Le début brachial est le plus fréquent.
2- Forme à début brachial :
* Déficit musculaire
:
Les signes et symptômes initiaux de la maladie sont localisés aux membres
supérieurs dans 30 à 40 %des cas.
Le déficit musculaire débute à l’extrémité
distale d’un membre dans la plupart des cas.
Le début proximal est plus rare
(environ 10 % des cas).
Les troubles progressent ensuite et suivent une
évolution ascendante.
Les mouvements volontaires des doigts et notamment
du pouce sont les premiers touchés.
Avant que ne se développe l’atrophie
musculaire, le patient se plaint fréquemment d’une maladresse dans les gestes
les plus courants ; parfois, c’est une raideur de la main ou encore des
phénomènes crampiformes, volontiers déclenchés par le froid.
L’atrophie des
muscles intrinsèques de la main est donc très souvent le premier signe à
apparaître.
L’amyotrophie siège préférentiellement au court abducteur du
pouce et aux interosseux.
Les espaces métacarpiens se creusent,
particulièrement le premier espace.
Progressivement, l’atrophie gagne tous
les muscles de la main, le pouce se met sur le même plan que les autres doigts,
réalisant la « main de singe ».
La main peut parfois se déformer en griffe avec
extension de la première phalange et flexion des autres.
L’atrophie gagne ensuite les muscles de l’avant-bras, touchant d’abord les
fléchisseurs des doigts puis les extenseurs.Au bras, le biceps est atteint avant
le triceps.
Enfin, elle atteint les muscles de la ceinture scapulaire.
La marche
de la maladie n’est pas toujours régulièrement ascendante et les déficits
amyotrophiques peuvent sauter, par exemple, de la main à l’épaule.
L’atrophie atteint également les muscles du tronc et de la nuque.
Dans la
majorité des cas, l’atteinte est franchement asymétrique au début et peut en
imposer pour une pathologie nerveuse locale (paralysie cubitale ou médiane).
Le début par une atteinte pseudoradiale est beaucoup plus rare mais souvent
trompeur.
L’atrophie gagne le membre supérieur opposé tandis que progresse
l’atteinte du membre initialement atteint.
Assez rapidement, les deux
membres supérieurs sont paralysés et dans certains cas, aucun mouvement des
membres supérieurs n’est possible.
Les membres sont décharnés, l’aspect du
malade est impressionnant, d’autant qu’il s’associe fréquemment un
amaigrissement marqué pas toujours expliqué par la fonte musculaire ou les troubles de déglutition.
Cette perte du tissu graisseux avait été notée comme
caractéristique de l’affection par les anciens auteurs.
* Crampes :
Elles précèdent souvent le déficit ou l’atrophie musculaire ; elles sont
diversement appréciées selon les auteurs.
Fréquentes dans la plupart des
séries, jusqu’à 72 % des cas, elles sont rares dans d’autres.
Elles
peuvent précéder l’apparition de l’amyotrophie de plusieurs mois, puis
tendent à disparaître lorsque progresse l’amyotrophie.
* Fasciculations :
Elles sont un des signes précoces et caractéristiques de la maladie.
Les
premiers auteurs les avaient déjà notées et les nommaient fibrillations.
Ces
soubresauts musculaires correspondent à des décharges asynchrones et le plus
souvent arythmiques des fibres nerveuses motrices.
Leur origine n’est pas
totalement élucidée.
Elles proviendraient d’une hyperactivité motoneuronale
siégeant dans le corps cellulaire ou plus probablement au niveau axonal.
Elles
constituent donc un signe précoce de la maladie et peuvent inaugurer celle-ci
dans certains cas : 3,5 % des cas pour Gubbay et al.
Leur présence au
niveau de muscles encore sains et surtout dans des territoires éloignés ou
inhabituels, tels le thorax ou la langue, est très évocatrice de la maladie.
Les
fasciculations sont généralement limitées à une fibre musculaire ou plus
souvent à un groupe de fibres appartenant à la même unité motrice.
Le
soubresaut musculaire est ainsi assez limité et discret, moins grossier que dans
les myokymies.
Elles peuvent cependant être plus larges, confluer et entraîner
ainsi des mouvements ondulatoires musculaires très nettement visibles.
À
l’extrême, elles sont généralisées et peuvent en imposer pour une chorée
fibrillaire de Morvan.
Le plus souvent, au début, elles sont limitées à certains
muscles tel le premier interosseux dorsal.
Elles sont indolores et pas toujours
perçues par le patient.
Parfois, leur abondance et leur intensité entraînent des
mouvements des segments de membre.
Elles persistent pendant le sommeil.
L’exposition au froid ou la percussion directe du muscle sont des méthodes
classiques pour les rechercher.
Elles sont présentes à un moment ou un autre
de la maladie dans près de 90 % des cas.
Elles ont tendance à diminuer puis
disparaître lorsque progresse l’amyotrophie.
* Existence d’un syndrome pyramidal :
Il vient ajouter un élément très particulier à cette amyotrophie progressive.
Il
lui confère sa singularité clinique et sa présence confirme, s’il en était besoin,
le diagnostic de SLA.
En effet, il est surprenant de constater, au niveau des
territoires amyotrophiés (évoquant une atteinte du système nerveux
périphérique), une hyperréflectivité tendineuse ou même la simple
conservation de réflexes qui devraient être normalement abolis.
Dans la forme
commune de la maladie, le syndrome pyramidal est peu prononcé au début.
On note cependant l’existence de réflexes vifs, polycinétiques et diffusés, le
plus souvent seulement aux membres inférieurs alors qu’ils sont simplement
conservés aux membres supérieurs.
Dans certains cas, ils sont diminués ou
même abolis.
L’hypertonie pyramidale est rarement marquée aux membres
supérieurs, elle est le plus souvent masquée par l’amyotrophie.
Elle peut être
plus nette aux membres inférieurs et entraîner une démarche spastique.
Le
clonus de la rotule et la trépidation épileptoïde du pied peuvent alors être
notés.
Mais le signe de Babinski est inconstant, son absence en présence d’un
syndrome pyramidal patent serait un élément diagnostique important.
La
progression de l’atrophie musculaire aux membres inférieurs et sa localisation
aux muscles distaux des jambes tend à faire disparaître le signe de Babinski,
dans 17 % des cas dans l’étude de Meininger et al.
En effet, le caractère
progressif de cette affection entraîne une extension de l’atrophie musculaire
qui gagne ainsi les membres inférieurs et surtout les muscles d’innervation
bulbaire.
* Atteinte bulbaire :
Elle est effectivement pratiquement constante au cours de la SLA.
Elle en
commande le pronostic.
C’est en effet le plus souvent des conséquences de
l’atteinte bulbaire que meurent les malades.
En fait, il s’agit d’une atteinte
bulbaire directe due à la dégénérescence des noyaux bulbaires et d’une
paralysie pseudobulbaire due au syndrome pyramidal.
C’est le mélange de
ces deux syndromes qui confère à l’affection ses caractères propres.
L’atteinte
bulbaire est parfois présente dès le début des troubles atrophiques des
membres supérieurs et l’examen de la langue doit être systématiquement
pratiqué afin de découvrir les fasciculations linguales qui apportent alors la
quasi-certitude du diagnostic.
Le patient peut ne présenter au début qu’une gêne de la parole ou de discrets
troubles de la déglutition.
Mais les troubles bulbaires progressent rapidement.
La voix devient mal articulée, nasonnée et finalement incompréhensible,
réduite à quelques sons.
Ce trouble de la parole est dû à la fois à des
phénomènes dysarthriques et à des troubles dysphoniques.
En effet, non
seulement le trouble phonatoire est dû à l’atteinte de la langue, du voile du
palais et des muscles péribuccaux, mais aussi à un trouble phonatoire résultant
d’une faiblesse expiratoire.
La langue s’atrophie, d’abord latéralement puis
en masse.
Elle est parcourue d’incessantes fasciculations et sa mobilité
devient nulle.
Le voile du palais est flasque ou peu mobile, mais le réflexe du
voile ainsi que le réflexe nauséeux persistent longtemps.
Les muscles de la
face sont également touchés : orbiculaires des lèvres et houppe du menton.
Les masséters sont atteints et s’atrophient, mais la mastication est longtemps
conservée.
Cette localisation des troubles donne au patient un aspect très
particulier : visage émacié, quasi cadavérique, où seuls les muscles
oculomoteurs fonctionnent.
Les troubles de la déglutition ajoutent à ce
tableau dramatique d’un patient aphémique les risques de fausses routes et de
dénutrition.
Au début, la déglutition est lente et pénible, le malade s’engoue,
les liquides refluent par le nez, les fausses routes deviennent plus fréquentes
rendant l’alimentation longue et pénible, contribuant ainsi à la cachexie si
souvent rencontrée dans cette affection.
La gêne respiratoire est plus souvent discrète mais peut être au premier plan
dans certains cas.
L’atteinte périphérique bulbaire pure est donc caractérisée par l’atrophie
musculaire linguale et les fasciculations et le syndrome pseudobulbaire par la
vivacité du réflexe nasopalpébral et surtout du réflexe massétérin.
Le rire et pleurer spasmodique typique des syndromes pseudobulbaires est
parfois présent.
Il est enfin possible que le syndrome pseudobulbaire inaugure
l’atteinte bulbaire par des troubles phonatoires et de déglutition sans que
l’examen puisse découvrir de fasciculations ou d’atrophie musculaire.
* Évolution
:
L’évolution de cette forme à début brachial ne dépasse guère 2 ou 3 ans, bien
qu’existent des cas à évolution prolongée.
Le tableau typique de la SLA dans sa forme commune comprend ainsi une
tétrade caractéristique : atrophie musculaire progressive, syndrome
pyramidal, fasciculations et, à un moindre degré, crampes.
Cette tétrade que
l’on pourrait appeler positive est complétée par une tétrade négative : absence
de troubles sensitifs, de troubles oculomoteurs, de troubles sphinctériens et
d’escarres.
Ces signes négatifs sont d’une grande importance pour le
diagnostic, mais ils peuvent manquer, nous le verrons aussi plus loin.
3- Modalités de début :
Si le début brachial est le plus fréquent, d’autres modalités de début sont
possibles : l’atrophie peut débuter aux membres inférieurs.
L’atteinte est
également asymétrique, siégeant soit à la racine, soit à l’extrémité, pouvant
réaliser dans ces cas de véritables formes pseudopolynévritiques.
Dans
certains cas, l’atteinte initiale se situe au niveau du tronc et du cou.
Ailleurs,
l’atteinte est qualifiée de diffuse d’emblée. L’atteinte bulbaire initiale est
fréquente. Elle pose au début des problèmes diagnostiques avec d’autres
affections telle la myasthénie.
Mais rapidement, le tableau s’enrichit
suffisamment pour rendre ce diagnostic aisé.
Le début bulbaire est retrouvé
dans près de 30 % des cas.
Ces modalités de début, la présence ou l’absence d’un des signes essentiels
de la maladie font autant de formes cliniques dont la diversité ne doit pas nous
faire oublier que le tableau clinique de maladie du motoneurone est
suffisamment caractéristique pour ne pas laisser place au doute.
E - Formes cliniques
:
1- Sclérose latérale amyotrophique à forme pseudopolynévritique
:
Le début s’annonce par des phénomènes subjectifs à type d’engourdissements
et de fourmillements de l’extrémité distale d’un membre inférieur, puis
apparaît un déficit des releveurs du pied et des orteils qui va entraîner
rapidement un steppage à la marche.
Ce début est habituellement unilatéral,
intéresse la loge antéroexterne de la jambe puis secondairement la loge
postérieure, ce qui entraîne une diminution puis une abolition du réflexe
achilléen.
L’atrophie musculaire et les fasciculations ne tardent pas à
apparaître au niveau des muscles atteints.
Dans un délai variable, semaines
ou mois, le membre controlatéral est atteint de la même manière, tandis que
progresse l’amyotrophie sur le membre primitivement touché, gagnant le
quadriceps.
Dans cette forme, le syndrome pyramidal est absent, seule une
exagération des réflexes rotuliens pourrait dans certains cas déceler l’atteinte pyramidale, mais il existe des cas où ces réflexes sont faibles.
Devant un tel
tableau, on conçoit très bien que le diagnostic de polynévrite soit posé.
La
constatation de fasciculations est alors un appoint considérable pour le
diagnostic.
L’évolution de cette forme est lente.
Ce n’est généralement qu’au
bout de plusieurs mois que l’amyotrophie gagne les membres supérieurs,
tandis que le syndrome pyramidal devient plus franc.
Ces formes n’ont pas
reçu de la part des auteurs récents l’attention qu’elles méritaient.
Elle demeure
même étrangement absente de la plupart des traités anglo-saxons.
Dans les
études épidémiologiques, elle est généralement confondue avec le groupe des
atrophies musculaires progressives ou les formes cliniques de SLA dont le
début se situe aux membres inférieurs.
2- Atrophie musculaire progressive :
Elle est définie par l’atteinte progressive du neurone moteur inférieur sans
altération clinique du neurone moteur supérieur.
Son existence
est de plus en plus discutée en raison de nombreux cas d’atrophie musculaire
progressive pour lesquels la vérification anatomique a pu montrer la présence
d’une atteinte des voies corticospinales.
Le début est insidieux, l’atrophie
musculaire débute le plus souvent par les membres supérieurs, de façon
habituellement asymétrique (amyotrophie d’Aran-Duchenne).
Puis
l’amyotrophie gagne les muscles du cou et les membres inférieurs.
Il n’y a
pas de signe d’atteinte du système pyramidal et les réflexes tendineux sont
précocement abolis.
Il peut exister au début des signes sensitifs.
Les formes à
type d’atrophie musculaire progressive sont ainsi étudiées en commun avec
les autres formes de maladie du motoneurone dans les études
épidémiologiques récentes.
3- Forme bulbaire
:
Il semble que, plus encore que pour l’atrophie musculaire progressive, les
observations de lésions pures et isolées des noyaux bulbaires soient
exceptionnelles.
De toute façon, l’évolution plus rapide de cette forme
masque dans la plupart des cas les autres signes cliniques qui auraient pu
éventuellement apparaître.
Les auteurs anglo-saxons, en accord avec la
plupart des auteurs, l’intègrent dans le cadre des maladies du motoneurone, si
ce n’est de la SLA.
Finalement, doit-on considérer que l’atrophie musculaire progressive et la
paralysie bulbaire progressive sont des formes « extrêmes » et limitées d’une
seule entité dont la SLA serait la forme la plus complète, la plus démonstrative
et la plus fréquente ?
Cette opinion est partagée par la majorité des auteurs, en
particulier anglo-saxons.
L’ignorance dans laquelle nous nous trouvons actuellement quant à
l’étiologie, voire au mécanisme de ce type d’affection, doit nous rendre
prudent dans l’établissement de classifications basées uniquement sur des
critères cliniques.
4- Sclérose latérale primitive (ou forme pyramidale pure)
:
C’est une entité très discutée.
Elle a été initialement décrite par Charcot.
L’atteinte serait limitée aux faisceaux pyramidaux et aux motoneurones
corticaux, principalement les cellules de Betz.
Certaines formes de maladies
du neurone moteur à début pyramidal vont évoluer vers une SLA typique.
En
revanche, dans des séries importantes, cette forme n’apparaît pas.
Des études
récentes font état de lésions purement corticospinales sur la foi d’études
cliniques et électromyographiques et anatomiques.
Dans les séries
anatomiques, les cas ayant présenté une forme purement pyramidale
avaient des lésions des motoneurones à la vérification anatomique.
Les
critères de diagnostic ont été récemment proposés par Pringle et al.
Le
début se fait à l’âge adulte, il est lentement progressif, sans à-coup, de façon
symétrique, aux membres inférieurs ou dans la sphère bulbaire, caractérisé
par une spasticité isolée, sans histoire familiale et sur une durée supérieure à
3 ans.
5- Formes monoméliques ou sclérose latérale amyotrophique bénigne ?
On connaît des formes de SLA dont l’évolution est très lente, 25 ans pour un
malade de Charcot.
En dehors de ces aspects assez particuliers par la longueur
de l’évolution, il existe des formes presque exclusivement amyotrophiantes,
localisées à un segment de membre, encore appelées formes monoméliques
par Rowland.
Elles sont caractérisées par une évolution lente ou encore
par une stabilisation du processus, généralement limité à un membre
supérieur.
Le début se fait habituellement dans l’enfance ou l’adolescence, la
prédominance masculine est très nette (sans caractère familial).
La main et
l’avant-bras sont touchés préférentiellement.
L’atrophie musculaire se
développe progressivement sur 2 à 3 ans en l’absence de tout trouble sensitif.
Puis la maladie semble s’arrêter d’évoluer ou l’évolution devient très lente.
L’aggravation des troubles moteurs par l’exposition au froid a été signalée.
Dans certaines observations, un épisode fébrile précède le début des troubles
et un tremblement accompagne l’atrophie.
Dans d’autres cas, plus rares, les
membres inférieurs sont touchés et des douleurs et fasciculations ont été
notées.
Les examens électriques dans tous ces cas confirmaient l’atteinte
purement motoneuronale.
Aucun de ces cas n’a évolué vers un tableau de SLA, ce qui peut faire douter d’une quelconque relation entre les deux
affections.
Il est cependant fort probable qu’il s’agisse d’un syndrome dont
les étiologies sont diverses.
Certains cas sont familiaux, dont un qui relève
d’une mutation de la SOD-1.
D’autres, sporadiques, pourraient être dus à
une neuropathie motrice par bloc de conduction ou encore favorisés par
une malformation du rachis cervical et des racines.
6- Autres modalités de présentation
:
Les formes à début respiratoire méritent d’être individualisées.
L’atteinte des
muscles respiratoires est classique et habituelle dans les stades ultimes de la
maladie.
Elle réalise une hypoventilation alvéolaire.
Celle-ci est fréquemment
décelable au moment du diagnostic, même dans les formes communes de SLA.
Dans la plupart des cas, une assistance respiratoire est souhaitable.
Elle
entraîne rapidement une amélioration de la défaillance respiratoire.
Elle
permet parfois une respiration indépendante au bout de plusieurs mois avec
des épisodes de supports ventilatoires intermittents.
Dans certains cas, la
détresse respiratoire est au premier plan ou isolée.
Le tableau est donc celui
d’une insuffisance respiratoire aiguë souvent précédée de dyspnée et
d’hypersomnie, le diagnostic de SLA étant alors le plus souvent méconnu.
Dans les cas où une vérification anatomique a été possible, on a constaté une
atteinte des noyaux du nerf phrénique ou du noyau dorsal du vague à
côté des lésions habituelles des cellules motrices de la corne antérieure.
Le
déficit alvéolaire serait principalement dû à une faiblesse des muscles
inspiratoires.
Parmi les autres types de présentation de la maladie, certains aspects
apoplectiques ont été rapportés : début apparemment extrêmement brutal, en
particulier bulbaire, faisant évoquer un accident ischémique.
La précession des signes habituels de la maladie par un amaigrissement a déjà
été rapportée : Norris et al avaient en effet observé une perte de poids de
plus de 50 % dans 5 % des cas de SLA et, chez deux patients, une perte de
plus de 30 % était le symptôme initial de la maladie.
7- Aux limites des formes cliniques de la maladie :
La présence des signes classiquement absents peut orienter le diagnostic vers
d’autres affections.
Dans les atteintes du tronc cérébral, on a vu la
prédominance ou l’exclusivité des lésions dans la région bulbaire, mais
d’autres structures peuvent être exceptionnellement touchées.
* Troubles oculomoteurs
:
Les noyaux oculomoteurs sont indemnes dans la presque totalité des cas.
Les
vérifications anatomiques de telles observations sont exceptionnelles. Lawyer
et Netsky rapportèrent des lésions des noyaux oculomoteurs dans quatre
de leurs 53 cas de SLA (sans anomalies oculomotrices cliniques).
C’est
Harvey et al, qui, dans un cas de SLA ayant présenté des troubles
oculomoteurs précoces dans l’évolution de la maladie, montrèrent l’existence
de lésions dans les noyaux des IIIe, IVe et VIe nerfs crâniens.
Des études récentes ont montré dans des cas de SLA un trouble des
mouvements oculaires sous forme d’un déficit des mouvements oculaires de
poursuite étudiés par électro-oculographie.
Dans 11 des 18 cas étudiés par
Jacobs et al existait un tel trouble ; il existait en plus chez trois d’entre eux
une perturbation des saccades.
Dans un de ces cas avec trouble de poursuite,
l’autopsie révéla l’existence de lésions de la substantia nigra et de la capsule
interne.
Leveille et al trouvèrent également des troubles des saccades ou
de poursuite dans quatre cas sur dix.
Ces auteurs suggèrent que ces troubles
sont d’origine supranucléaire et que le système oculomoteur est plus souvent
atteint dans la SLA que précédemment reconnu.
Dans 15 cas sur 24 patients atteints de SLA, Esteban et al trouvèrent une
altération du phénomène de Bell.
Trois cas avaient en plus une altération de la
motilité conjuguée oculaire vers le haut, l’ensemble de ces troubles évoquant
des lésions corticonucléaires.
Kondo et Hemmi notent la présence de
troubles des mouvements oculaires, sans autres précisions, dans 3,6 % des
cas.
L’existence d’un nystagmus n’a, en revanche, été rapportée
qu’exceptionnellement (2,6 %des cas pour Kondo et Hemmi). Kushner et al en rapportent deux cas avec vérifications anatomiques. Dans l’un de ces
cas, une parésie du regard était également présente.
Dans des cas de manifestation complète de la maladie, des troubles
oculomoteurs surviennent, ils sont dans ces conditions dus à des lésions supranucléaires.
* Troubles sphinctériens :
Ils sont très rares, même aux stades ultimes de la maladie.
Tsubaki les note
dans 1 % des cas, de même que Jokelainen.
Gubbay et al et Kondo et
Hemmi les notent respectivement dans 4 et 5 % des cas.
L’absence ou la
discrétion des troubles sphinctériens dans la SLA serait due à l’intégrité des
noyaux sacrés d’Onuf.
* Troubles sensitifs
:
Dans la SLA, ils ne sont pas exceptionnels.
Charcot avait déjà souligné leur
présence, tout du moins aux stades initiaux de la maladie, sous forme
d’engourdissements ou de fourmillements.
L’existence d’une
démyélinisation des cordons postérieurs a été abondamment rapportée dans
des observations authentiques de SLA en l’absence de tout signe sensitif
objectif ou subjectif.
De même, des altérations des fibres sensitives ont été
observées à l’occasion de biopsies nerveuses.
Dans les grandes séries de SLA rapportées, les troubles sensitifs ont été observés avec une fréquence
variable : 2,8 % pour Gubbay et al ; 4 % pour Tsubaki ; 7,4 % pour
Kondo et Hemmi.
Des études utilisant des seuils thermiques par
microprocesseurs automatisés ont montré l’existence d’anomalies des
sensibilités thermiques dans 80 %des cas, indiquant ainsi une atteinte des
fibres sensitives de petit calibre.
Les fibres de plus gros calibre sont également
touchées, comme le montrent la présence de démyélinisation dans les cordons
postérieurs et l’existence d’altérations de la conduction lors de l’étude des
potentiels évoqués somesthésiques.
Des douleurs sont parfois rencontrées,
essentiellement lors de la phase terminale de la maladie, où, selon Newrick et
Langton-Hewer, 40 % des patients atteints de SLA se plaindraient
d’hyperesthésie, de névralgie, de douleur articulaire, de crampes et de
pseudopolyarthrite de l’épaule.
* Troubles vasomoteurs :
Ils sont assez fréquents.
Ils siègent aux extrémités des membres supérieurs et
inférieurs.
Celles-ci sont froides, cyanosées, parfois oedématiées.
Une atteinte
objective du système nerveux autonome est rarement observée, peut-être par
manque d’études systématiques.
En effet, des études récentes ont montré des
altérations de certaines fonctions du système nerveux autonome.
Ces
anomalies ont été retrouvées dans 12 % des cas par Tsubaki.
Faut-il
rattacher l’absence d’escarres, même aux stades ultimes de la maladie, à la
discrétion ou à l’absence de troubles sensitifs et végétatifs ?
Toujours est-il
que cette constatation est habituelle et reconnue par de nombreux auteurs.
Sur 36 patients atteints de SLA, hospitalisés et confinés au lit, aucun ne
développa d’escarres.
Furukawa et Toyokura suggèrent, après étude
pléthysmographique des doigts, qu’il existe une constriction artériolaire chez
les patients atteints de SLA, ce qui serait peu propice au développement
d’escarres.
* Troubles psychiques
:
Rencontrés dans la SLA, ils sont actuellement reconnus comme fréquents et
de plus en plus étudiés.
Si l’on exclut les cas de démence qui seront étudiés
plus loin, les troubles psychiques sont relativement peu marqués.
Gubbay et
al notaient chez six patients une labilité émotionnelle, tandis que 20
patients de la même série (sur 318) avaient des troubles d’allure démentielle.
Jokelainen, sur 39 patients (15 % des cas de sa série) présentant des
altérations psychiques, observait : une labilité émotionnelle dans 36 % des
cas, un syndrome dépressif dans 26 %, un comportement euphorique dans
15 %, un état confusionnel dans 8 %, un état paranoïaque dans 3 %et un état
véritablement démentiel dans 13 % des cas.
Des manifestations d’allure
frontale ont été récemment mises en évidence par des tests psychométriques
seuls, soit associés à des études par imagerie : résonance magnétique
(IRM) et positon emission tomography (PET) scanner.
F - Scléroses latérales amyotrophiques familiales
:
La fréquence des formes familiales varie selon les séries ; elle représenterait
environ 5 à 10 % des cas de SLA.
Hudson étudia les cas
rapportés de 1955 à 1980 : 61 familles représentant 270 cas, parmi lesquelles
trois familles étaient à début juvénile et dix comportaient une démence et/ou
un syndrome parkinsonien.
Si l’on examine les caractères épidémiologiques
des 210 cas restants (48 familles), on observe que le rapport H/F est de 1,3/1,
l’âge moyen de début de 47,3 ans et la durée moyenne d’évolution de 4,1
années.
Horton et al, après analyse de 14 familles venant de leur propre
recrutement, distinguèrent au moins trois types différents : le premier
correspond aux formes classiques de SLA à évolution rapide ; le deuxième
type comprend des patients dont l’évolution est également courte mais qui
présentent en plus une atteinte des cordons postérieurs, voire
spinocérébelleux avec parfois des inclusions hyalines, le troisième type est
représenté par une évolution beaucoup plus lente mais avec également une
atteinte des cordons postérieurs.
Dans une étude portant sur 103 patients avec SLA familiale observés à la
Mayo Clinic, les auteurs notaient qu’il n’existait pas de différence
significative entre les formes sporadiques et familiales quant à l’évolution
clinique et qu’il n’y avait que des différences mineures quant à l’âge de début,
le rapport H/F, la durée de survie et l’atteinte initiale aux membres
inférieurs.
En reprenant les cas familiaux publiés dans la littérature, soit
206 familles représentant près de 1 000 sujets atteints, Moulard et al ont
tracé les caractères cliniques évolutifs principaux de la forme familiale de
SLA comparée à la forme sporadique.
Dans la plupart des familles, la transmission apparaît comme autosomique
dominante.
Dans de grandes familles de SLA, une liaison sur le chromosome 21 (q21.1-
q22.3) a été mise en évidence.
Rosen et al ont identifié les mutations
du gène responsable.
Il s’agit du gène SOD-1 codant pour l’enzyme SOD.
La fonction de la SOD est de convertir les anions radicaux libres superoxydes
en hydrogène peroxyde.
La forme de SOD impliquée dans les formes
familiales de SLA est l’enzyme cuivre/zinc contenue dans les cytosomes.
Il
existe plus de 40 mutations du gène SOD-1 aujourd’hui rapportées. Une
mutation du gène SOD-1 est présente dans 15 à 20 %des formes familiales de SLA.
Il semble exister quelques variations phénotypiques en rapport avec
certaines mutations ; notamment dans les familles japonaises avec la mutation
His46Arg donnant lieu à des formes de survie prolongée ou encore la
mutation Gly93Ser donnant des symptômes sensitifs et végétatifs
prédominants.
Il semble exister une grande hétérogénéité phénotypique dans les formes
familiales de SLAavec mutations du gène SOD-1.
G - Sclérose latérale amyotrophique et démence
:
La fréquence de cette association est de l’ordre de 5 % ou moins.
Elle est de
4 % pour Tsubaki et de 6,2 % pour Gubbay et al.
Dans la revue de cas
antérieurement publiés, Hudson a relevé cette association au cours de SLA
sporadiques dans 42 cas se répartissant ainsi : 26 cas avec démence et SLA,
huit avec syndrome parkinsonien et SLA, huit avec démence, syndrome
parkinsonien et SLA.
Dans la majorité des cas, le tableau démentiel est celui
d’une démence présénile de type frontal, plus rarement de type Alzheimer ou Pick.
Le rapport H/F est de 2,2/1 ; l’âge moyen de début de la SLA est de
53,3 ans ; l’âge moyen de début de la démence est de 52,1 ; la durée moyenne
d’évolution de la maladie est de 2,1 années.
Le tableau clinique de la SLA
n’offre rien de particulier et est superposable à celui de la forme commune.
Brion et al, à propos d’un cas personnel, ont repris tous les cas
antérieurement publiés de maladie de Pick (12 cas) associés à une SLA.
Ils
proposent trois mécanismes : une simple coïncidence des deux processus,
l’extension du processus atrophique de la maladie de Pick à la frontale
ascendante ou encore un début atypique hors de la frontale ascendante d’un
processus de SLA.
Dans les cas observés au Japon et rapportés par Mitsuyama, la démence ne
présentait aucun caractère spécifique, ni clinique, ni anatomique et l’aspect
anatomopathologique de la SLAn’offrait aucune différence significative avec
les aspects habituellement observés dans les formes sporadiques communes
de SLA.
Les tests pyschométriques ont montré que les troubles de la mémoire
relevaient plutôt de difficultés d’attention, sans doute de type frontal.
Afin de résoudre le problème d’une éventuelle association entre SLA et
maladie de Creutzfeldt-Jakob, Salazar et al ont revu plus de 2 000 cas de
cette maladie et des troubles associés rapportés dans la littérature et 231 cas
de démence associés à une atteinte motoneuronale précoce provenant de leur
recrutement personnel.
Dans la plupart des cas, la démence associée est le plus
souvent liée à la forme classique de SLA et aucun ne semblait pouvoir correspondre à la maladie de Creutzfeldt-Jakob transmissible.
Lorsqu’une
atteinte motoneuronale apparaît dans l’évolution d’une maladie de
Creutzfeldt-Jakob, elle est souvent tardive et accompagnée de signes
d’atteintes cérébrale et cérébelleuse fulminantes.
H - Formes rencontrées dans le Pacifique Ouest :
La SLA a une incidence et un taux de mortalité d’approximativement 1 pour
100 000 habitants.
Cette incidence, à l’exception de quelques rares régions,
est à peu près uniformément retrouvée dans tous les pays.
Les exceptions sont
situées dans des îles du Pacifique Ouest : l’île de Guam, la péninsule Kii au
Japon et les régions ouest de la Nouvelle-Guinée où l’incidence est quelque
100 fois celle de la forme sporadique.
L’île de Guam est la plus grande des
îles de l’archipel des Mariannes, qui, avec entre autres les îles Carolines, font
partie de la Micronésie.
Les natifs de l’île de Guam appartiennent au groupe
linguistique Chamorro et descendent probablement de peuplades aborigènes
d’origine malaisienne ou indonésienne.
Les Chamorros connaissaient la SLA
qu’ils appelaient « lytico », elle-même connue dès le début du XIXe siècle.
L’existence d’une paralysie héréditaire dans l’île de Guam fut rapportée pour
la première fois en 1900. Dès 1931, cette affection était appelée SLA sur les
certificats de décès. Les études modernes datent de 1945.
En 1956, un centre
permanent de recherche était établi dans l’île.
L’association maladie de Parkinson-démence, nommée bodig, a été pour la première fois observée en
1954 et reconnue comme une nouvelle maladie en 1959.
De nombreuses
revues ont par la suite été publiées, tant sur les aspects cliniques
qu’épidémiologiques et tant pour la SLAque pour le syndrome de Parkinsondémence
.
En dehors de l’île de Guam, deux autres foyers à haute incidence
de SLA et de Parkinson-démence ont été découverts : l’un au Japon, dans les
villages Hobara et Kozagawa de la péninsule Kii de l’île de Honshu ;
l’autre dans les plaines côtières du sud de la région ouest de la Nouvelle-Guinée dans les groupes culturels et linguistiques auyu et jakai.
Trois
autres foyers à haute incidence de maladies neurologiques dégénératives
souvent illustrées par une amyotrophie ont été récemment découverts :
chez les aborigènes d’Australie à Groote Eylandt et la côte adjacente de la
terre d’Arnehm dans le golfe de Carpentaria ; dans la population iakoute de la
vallée de la rivière Viliui en Iakoutie (URSS) et chez les Philippins en
provenance des provinces Iliocos et immigrant à Hawaï.
Les aspects cliniques
et évolutifs de SLA survenant dans l’île de Guam, au Japon dans la péninsule
Kii et en Nouvelle-Guinée diffèrent peu de la forme classique sporadique.
Dans quelques cas (cinq sur 104), la SLA s’enrichit en cours d’évolution de
signes extrapyramidaux et démentiels.
À l’inverse, sur 72 cas de syndrome Parkinson-démence, 27 se sont enrichis en cours d’évolution (en moyenne
1,7 an après le début) de signes de SLA.
Dans l’étude comparative réalisée
par Hirano et al entre les cas de l’île de Guam et les SLA sporadiques
observées à New York, l’aspect clinique de la maladie était sensiblement
identique, mais la durée d’évolution était différente chez les Chamorros : une
durée d’évolution de plus de 5 ans était retrouvée dans plus d’un tiers des cas.
L’existence de tels foyers a suscité de nombreuses recherches afin de
découvrir l’éventuel dénominateur commun à ces maladies et la cause de la SLA.
En effet, l’existence de ces isolats géographiques à très haute incidence
laisse supposer qu’un facteur local environnemental (toxique, viral,
nutritionnel) est à l’origine de cette affection.
L’hypothèse génétique a été soulevée à cause de l’agrégation familiale.
Mais
aucun argument décisif n’a jusqu’à présent été apporté, si bien que les
recherches se sont orientées vers la mise en évidence d’un facteur
environnemental.
La recherche d’un agent viral a pourtant toujours été
négative.
Toutes les tentatives faites pour isoler un virus ou pour transmettre
la maladie à l’animal ont échoué.
Il en est de même de la recherche d’un
déficit immunologique, quoique, si l’immunité cellulaire s’est avérée être
normale, il a été trouvé des anomalies de l’immunité humorale, en
l’occurrence une augmentation sérique des immunoglobulines (Ig) A et IgG
sans rapport avec une réponse spécifique antivirale ou auto-immune mais
plutôt en rapport avec des infections répétées et une immunodéficience, chez
les patients atteints de SLA.
Une origine toxique, en particulier due à
l’ingestion de cycade dont certains composants (méthylazoxyméthanol)
seraient toxiques pour le système nerveux, a été retenue par certains, mais
aucune relation entre SLA et cycade n’a été sérieusement démontrée.
Parallèlement à ces recherches, les mouvements migratoires vers et en
provenance de l’île de Guam ont été particulièrement étudiés.
Garruto et al
observèrent un tableau de SLA chez 28 Chamorros migrants dont 24 ont vu
leur maladie débuter aux États-Unis, au Japon, en Allemagne et en Corée
après des périodes d’absence de 1 à 34 ans de l’île de Guam.
La période de
latence de la maladie, si celle-ci est due à des facteurs environnementaux dans
l’île de Guam, serait d’une trentaine d’années.
Quatre autres patients ont
développé la maladie dans les 1 à 14 ans suivant leur retour à Guam, après un
long séjour aux États-Unis.
Le temps d’exposition minimal aux facteurs
environnementaux dans l’île de Guam serait de 18 ans.
Cette incidence parmi
les populations migrantes de Chamorros a également été reconnue par
Eldridge et al ; pour ces auteurs, ces constatations seraient compatibles
avec l’hypothèse d’une origine génétique ou d’une exposition précoce à des
toxiques environnementaux dans l’île de Guam ou encore les deux à la fois.
Garruto et al notèrent ainsi une augmentation du nombre de cas de SLA
chez les Philippins ayant émigré à Guam depuis de longues années.
Mais près
de la moitié de ces immigrants venaient de la province Iliocos dont on sait
que de nombreux Philippins qui en sont issus, migrant à Hawaï, ont développé
cette affection, ce qui laisserait supposer une prédisposition génétique des
populations « Iliocos » ; mais comme la prévalence de la SLA dans ces
régions est inconnue, l’hypothèse d’un facteur environnemental à Guam
demeure toujours prédominante.
Dans l’île de Guam, l’incidence de la SLA et du syndrome Parkinsondémence
a décliné ces trois dernières décennies.
Reed et Brody
remarquèrent déjà que l’incidence diminuait de près de 50 % depuis 1965
pour les deux sexes et pour tous les âges.
Garruto et al confirmèrent ce
déclin et estiment qu’actuellement l’incidence de la SLA est à peine
supérieure à celle observée aux États-Unis d’Amérique.
Ce déclin, d’après
eux, a surtout porté sur les hommes nés après 1920 vivant dans les régions où
le taux de calcium et de magnésium est très bas dans le sol et l’eau.
Le rapport
H/F atteint maintenant 1/1, contrairement aux taux antérieurs qui étaient de
2/1 pour la SLA et 3/1 pour le syndrome Parkinson-démence.
Un tel déclin
est également observé dans la péninsule Kii au Japon, bien que l’incidence
reste élevée et l’âge de début plus tardif.
L’explication de ce phénomène
est proposée par Garruto et al : il serait dû aux nouvelles habitudes de vie
et alimentaires de ces populations en raison de l’occidentalisation accélérée
de leur mode de vie.
Des articles plus récents font cependant état de résultats moins catégoriques.
Les deux syndromes, lytico et bodig, demeurent prévalents dans l’île de
Guam.
Les âges de début et de décès sont plus tardifs, sinon les autres
caractéristiques de la maladie n’ont pas changé.
Dans un précédent article, Yanagihara et al avaient déjà soulevé l’hypothèse que la faible teneur en
calcium et en magnésium de l’eau et du sol rencontrée dans ces régions (mais
aussi dans la péninsule de Kii et en Nouvelle-Guinée), entraînait un
hyperparathyroïdisme secondaire et un déficit minéral dû au déficit
nutritionnel chronique en calcium et magnésium.
Cela conduirait à une
absorption intestinale accrue de calcium et d’autres métaux et entraînerait
ainsi une déposition de calcium et d’aluminium dans le tissu nerveux. Perl et al ont montré une accumulation intraneuronale d’aluminium dans la SLA
et le syndrome Parkinson-démence des Chamorros.
Actuellement, les recherches sont particulièrement focalisées sur les cas
existant en Nouvelle-Guinée où l’incidence demeure très élevée, dix fois celle
de Kii et de Guam, et sur les cas découverts dans d’autres foyers à haute
incidence de SLA ou de maladies voisines.
C’est le cas chez les aborigènes
d’Australie de Groote Eylandt où coexistent deux affections distinctes mais
peut-être liées : l’une se présente par un grand syndrome cérébelleux, un
syndrome pyramidal et parfois une paralysie oculaire supranucléaire et une
démence ; l’autre débute dans l’enfance, elle est caractérisée par une laxité
ligamentaire marquée et une atteinte pyramidale et des motoneurones.
La
survenue de ces deux affections dans la même famille les fait rapprocher du
même syndrome observé à Guam.
En Iakoutie, bien que les informations
soient rares, il ressort que la maladie est connue depuis une centaine d’années
et affecte 1 % de la population des villages touchés.
Le début est aigu,
fébrile avec léthargie.
C’est un tableau d’encéphalite avec ophtalmoplégie,
syndrome extrapyramidal, ataxie et troubles psychiques.
Le liquide
céphalorachidien (LCR) montre une hypercytose faite de lymphocytes (1 à
50).
Cette phase dure de quelques jours à quelques mois.
Elle est suivie, après
une période de récupération totale ou partielle de plusieurs semaines ou mois,
par un syndrome fatal en 2 à 5 ans, marqué par une démence, une spasticité,
une rigidité extrapyramidale et des signes d’atteinte des nerfs crâniens.
Des
signes cérébelleux et surtout une amyotrophie sont rencontrés dans les formes chroniques.
À l’autopsie, il existe une hydrocéphalie et une atrophie corticale,
une gliose diffuse, des signes inflammatoires, des plaques amyloïdes et des
aspects de dégénérescence neurofibrillaires.
Tous ces éléments cliniques et
anatomiques militent en faveur d’une étiologie infectieuse (virale ?) ; mais la
preuve n’en a pas été apportée à ce jour.
Ainsi, les études faites sur ces isolats à haute incidence laissent espérer pour
l’avenir un éclaircissement des possibles facteurs environnementaux et
génétiques responsables de ces différents syndromes dont il n’est cependant
pas certain qu’ils puissent être de même nature que la SLA sporadique
rencontrée dans les autres régions.
I - Formes juvéniles de sclérose latérale amyotrophique
:
La plupart des formes juvéniles rapportées sont familiales.
Les formes
sporadiques diffèrent peu de la forme classique de l’adulte.
Dans une revue
de cinq cas rapportés dans la littérature, Nelson et Prensky ne notèrent pas
de différences cliniques significatives ; la présence d’inclusions neuronales
contenant de l’acide ribonucléique (ARN) laissait supposer à ces auteurs qu’il
s’agissait peut-être d’une forme nosologiquement distincte de la forme de
l’adulte.
Dans les formes familiales recensées par Emery et Holloway, le mode de
transmission était autosomique récessif dans cinq familles et dominant dans
le reste (cinq familles).
La durée d’évolution semble être beaucoup plus
longue que dans la forme adulte.
Le début des troubles se fait dans l’enfance
ou l’adolescence. Les formes récessives ont un début plus précoce (3,3 ±
2 ans) que les formes dominantes (11,5 ± 8,4 ans).
L’atteinte bulbaire est
présente dans 80 % des cas récessifs et très rare dans les cas dominants.
Dans les formes tunisiennes, la transmission apparaît comme autosomique
récessive avec une moyenne d’âge de début de 12 ans, et au moins trois
formes de présentation ont été décrites : une avec amyotrophie des membres
supérieurs et atteinte pyramidale et bulbaire, une autre avec seulement
l’atteinte bulbaire et enfin une troisième avec atrophie péronière et spasticité
des membres inférieurs.
Une liaison génétique au chromosome 2q33-q35 a
été trouvée dans certaines de ces formes récessives tunisiennes.
Dans une
forme autosomique dominante, une liaison au chromosome 9q34 a été
observée.
Dans le sud de l’Inde, une forme juvénile sporadique particulière a aussi été
décrite.
Elle associe une atteinte de type périphérique et bulbaire à une
surdité.
L’évolution est lentement progressive et relativement bénigne.
J - Amyotrophies postpoliomyélite :
Certains patients atteints de poliomyélite semblent être deux fois
« maudits » ; non seulement ils souffrent d’une amyotrophie due à la maladie
virale initiale, mais encore d’une atrophie musculaire progressive insidieuse
qui peut se développer plusieurs années plus tard.
Campbell et al
rapportent cinq cas de dégénérescence motoneuronale faisant suite à une
ancienne poliomyélite.
À cette occasion, ils font une revue de 83 cas
antérieurement publiés dans la littérature.
La maladie présente une évolution
relativement bénigne, tous les patients étant vivants au moment des
publications, avec un recul moyen de 4,6 années.
Hayward et Seaton ont
étudié 24 volontaires ayant présenté une poliomyélite jusqu’à 51 ans
auparavant.
L’étude électrophysiologique quantitative a montré des
anomalies de dénervation chronique dans des muscles apparemment sains.
Il
est suggéré qu’il existe dans ces cas une accélération de la déperdition
neuronale avec l’âge.
Wiechers et Hubbell ont étudié en fibre unique dix
patients ayant présenté une poliomyélite auparavant mais ne souffrant
d’aucune faiblesse nouvelle.
Les anomalies découvertes pourraient témoigner
d’une désintégration avec l’âge des unités motrices réinnervées.
Enfin, dans
un cas de SLA survenue 32 ans après une attaque de poliomyélite, Roos et
al ont trouvé à l’autopsie des lésions typiques de SLA sans inclusion ni
signe inflammatoire.
Il pourrait ainsi exister un syndrome postpoliomyélitique, rare, dont
l’étiologie est inconnue, mais qui, pour certains serait dû à une défaillance
des capacités de réinnervation.
Les essais entrepris pour isoler ou
transmettre le virus ont été négatifs.
Finalement, le rôle du virus de la
poliomyélite dans l’étiologie des atrophies musculaires progressives postpoliomyélitiques et dans la SLA demeure entièrement hypothétique.
Des
études récentes n’ont en effet pas confirmé la plus grande fréquence de SLA
chez des patients préalablement atteints de poliomyélite.
D’autre part, la
poliomyélite pourrait avoir au contraire un rôle protecteur contre le
développement d’une SLA.
Il ne semble pas, en outre, y avoir de
progression significative du déficit neurologique chez les survivants
d’anciennes paralysies poliomyélitiques.
K - Sclérose latérale amyotrophique post-traumatique
:
Le rôle des traumatismes a déjà été envisagé comme facteur de risque dans le
chapitre Épidémiologie.
Quant à la réalité de SLA post-traumatiques, la
prudence est de mise et aucune preuve n’a à ce jour pu être apportée de cette
association.
L - Sclérose latérale amyotrophique et néoplasmes
(SLA paranéoplasiques ?)
:
Norris et Engel en 1965, dans une étude sur 130 cas de SLA, trouvèrent
13 fois un néoplasme associé, soit dix fois plus que dans une série comparable
de patients atteints de maladies vasculaires cérébrales.
Dans trois cas, il
s’agissait de cancers du poumon, dans deux de cancer du côlon et un cas de
séminome, thymome, lymphosarcome, astrocytome, adénocarcinome de la
prostate, leucémie, carcinome basocellulaire et adénocarcinome du sein.
Il y
avait 11 hommes pour deux femmes. Huit d’entre eux furent autopsiés et dans
aucun cas un envahissement direct par le processus néoplasique ne pouvait
rendre compte du tableau de SLA.
Brain et al, la même année, rapportaient
11 cas de SLA associée à un néoplasme dont cinq cancers du poumon et trois
du sein.
Deux cas ont été autopsiés et les résultats différaient des formes
typiques de SLA ; les lésions dégénératives étaient moins marquées et il
existait des modifications notables des cordons postérieurs.
Buchanan et
Malamud ont rapporté, en 1973, l’observation d’un jeune homme de 36
ans qui a présenté, 2 ans et demi avant la découverte et l’ablation d’un cancer
du rein, un déficit et une atrophie du membre inférieur droit qui rapidement se
sont étendus, avec des fasciculations diffuses.
Le tableau neurologique s’est
aggravé après l’intervention puis est demeuré stable jusqu’au décès du patient
dû à des métastases, plusieurs années plus tard.
À l’autopsie, il existait des
modifications dégénératives chroniques des motoneurones sans réaction
inflammatoire.
Mitchell et Olczak rapportaient également, en 1979,
l’observation d’un homme de 54 ans qui présentait une amyotrophie
progressive des membres inférieurs depuis 6 mois avant la découverte d’un
cancer du poumon.
À l’examen, il existait des fasciculations, une atrophie
musculaire étendue et des réflexes très vifs. Le LCR était normal et l’examen
électromyographique était en faveur d’une affection du motoneurone.
Après
l’intervention chirurgicale, les fasciculations disparurent et 6 mois plus tard,
le tableau clinique s’était nettement amélioré. L’examen électrique pratiqué
alors pouvait être considéré comme normal.
Dans l’étude rétrospective de la littérature faite par Barron et Rodichok,
l’incidence de l’association SLA-cancer varie grandement selon les séries.
Dans la série personnelle de ces auteurs, sur 64 patients atteints de SLA, avec
un âge moyen de 57 ans, comprenant 37 hommes et 27 femmes, une néoplasie
ne fut trouvée que dans cinq cas, soit 7,8 % des cas.
Les symptômes initiaux
étaient bulbaires dans 30 % des cas, aux bras dans 35 % et aux jambes dans
35 %. Le néoplasme était contemporain dans deux cas et précédait la SLA
dans trois cas.
Dans une étude ultérieure portant sur un plus grand nombre de
cas, Norris retrouvait une incidence de 6 % de cancer pour 300 patients
avec SLA.
Finalement, à la lecture de ces résultats et à partir d’études plus
récentes, il apparaît que l’incidence du cancer chez les patients atteints de SLA n’est pas plus grande que ce que l’on attend chez des témoins du même
âge.
Quelques cas particuliers sont cependant troublants d’association cancer-maladie du motoneurone, d’autres sontmêmeconvaincants dans
la mesure où l’atteinte motoneuronale disparaît après traitement du
néoplasme.
Finalement, Forsyth et al concluent que si l’association cancer-maladie du
motoneurone est dans la majorité des cas fortuite, des cas particuliers
d’association, notamment s’il existe des anticorps anti-Hu, sont possibles.
Dans les lymphomes, Walton et al avaient déjà rapporté l’observation
d’une affection en tout point semblable à une atrophie musculaire progressive
subaiguë associée à une maladie de Hodgkin.
L’autopsie révélait l’existence de lésions évocatrices d’une affection virale et des particules virus-like furent
identifiées dans les cornes antérieures de la moelle.
Par la suite, Schold et
al publièrent les observations de dix cas assez semblables mais qui
différaient cependant par une évolution relativement bénigne et l’atteinte
motoneuronale subaiguë semblait être indépendante de l’affection
hématologique.
L’hypothèse virale était retenue pour la plupart des cas.
Des publications plus récentes font état d’association entre SLAet lymphome,
le plus souvent associés à une paraprotéinémie.
Dans tous les cas existait
une élévation de la protéinorachie.
À ce jour, plus d’une cinquantaine de cas
de lymphomes ou de syndromes lymphoprolifératifs ont été rapportés.
Dans la majorité des cas, le traitement du lymphome n’a pas entraîné
d’amélioration de l’état neurologique.
Pour les gammapathies monoclonales bénignes ou malignes, le tableau
clinique est plus proche de la SLA classique. Bauer et al rapportent le cas
d’une SLA au cours d’une maladie de Waldenström avec, à l’autopsie, des
lésions dégénératives typiques telles qu’on les rencontre dans les SLA
sporadiques.
Le cas de Rowland et al est assez semblable avec des lésions
anatomiques de la corne antérieure typiques de SLA.
Dans le cas de Krieger
et Melmed, il s’agissait d’une gammapathie monoclonale à IgG, les lésions
anatomiques étaient identiques aux cas précédents.
Patten rapporte trois
cas de SLA associées à une gammapathie à IgG : dans deux d’entre eux, le
syndrome clinique de SLA a régressé sensiblement après traitement de la
gammapathie, entraînant une réduction du taux de la gammaglobuline
sérique.
Cependant, les associations SLA et gammapathie monoclonale IgG
semblent n’être qu’une coïncidence.
Une élévation des anticorps polyclonaux IgM antigangliosides a été, a
plusieurs reprises, mise en évidence chez des patients avec SLA.
Les amyotrophies postradiothérapie, dont certains cas ont pu être attribués à
une atteinte du motoneurone dans la moelle, semblent en fait être dues à des
lésions des racines nerveuses motrices.