Symptomatologie et sémiologie des maladies respiratoires
(Suite)
Cours de pneumologie
Sémiologie
:
L’examen physique complet demande au praticien de mettre en
éveil tous ses sens.
En effet, seul le sens du goût n’a pratiquement
aucun rôle ; tout au plus la mère d’un enfant atteint de
mucoviscidose signale-t-elle occasionnellement que sa peau (sa
sueur) est salée !
A -
ODORAT
:
Sentir l’odeur de tabac de l’haleine et des vêtements d’un fumeur
permet un diagnostic aisé de tabagisme actif (ou parfois passif), alors
que parfois le malade est sensé avoir mis fin à sa tabacomanie, voire
même l’affirme.
Il en va de même pour une haleine avinée et pour
les diverses causes d’halitose.
L’odeur putride qui peut se
dégager d’un abcès à germes anaérobies permet de même un
diagnostic étiologique sans approcher le malade et sans examen
complémentaire !
B - VUE. INSPECTION :
L’inspection constitue une étape majeure du diagnostic
pneumologique, envisageant successivement l’aspect général du
malade, la tête, le cou, le thorax, l’abdomen, les extrémités, sans
oublier la peau et les muqueuses.
1- Aspect général
:
Le premier coup d’oeil permet de reconnaître le sexe, le morphotype,
l’âge probable, la race, la stature (obèse ou maigre), voire le type
d’occupation (« col bleu » ou « col blanc »), toutes situations
augmentant ou réduisant la probabilité a priori d’un certain nombre
de maladies.
Il en est de même pour le comportement (sujet agressif,
sujet coopératif) et pour le niveau de conscience et de
compréhension, dont dépendront la collaboration et le degré
d’adhésion aux recommandations.
Quelques exemples permettent
d’illustrer l’importance à accorder à ce « coup d’oeil » rapide :
– la lymphangioléiomyomatose n’existe que chez la femme en
période de vie génitale active ;
– c’est chez les grands minces que se voient le pneumothorax
spontané idiopathique, le syndrome de Marfan ;
– le fumeur invétéré apparaît comme plus vieux que son âge réel ;
– la tuberculose est actuellement plus fréquente chez l’Africain noir
que chez l’Européen de l’ouest ;
– un obèse a davantage de risques d’être ronfleur et de développer
un SAOS ;
– les pneumoconioses n’existent pas chez les « cols blancs ».
2- Position :
– L’orthopnée : elle provoque la position assise d’un malade (souvent
jambes pendantes hors du lit) qui ne supporte pas le décubitus
dorsal, soit suite à une décompensation cardiaque gauche, soit au
cours d’exacerbations d’asthme ou de BPCO.
Les malades
présentant une BPCO peuvent même préférer être penchés vers
l’avant, coudes appuyés sur les genoux (ce qui provoque l’apparition
de cal sur les coudes).
– La platypnée : à l’inverse, la position en décubitus est alors plus
confortable que la position assise ; elle s’accompagne souvent
d’orthodéoxie, soit une chute de l’oxygénation artérielle en position
assise.
Le status postpneumectomie, avec réouverture du trou de
Botal, est une des causes fréquentes de ce syndrome.
– La trépopnée : la position préférentielle est le décubitus latéral, le
plus souvent avec le poumon sain en position déclive, observée lors
de pathologie unilatérale majeure.
3- Type de respiration :
La respiration est caractérisée par sa fréquence, son amplitude et sa
régularité.
Le rythme normal varie entre dix et 20 cycles par minute
(moyenne : 15).
– La bradypnée est un rythme ralenti, suggestif d’une dépression
nerveuse centrale ou d’une alcalose métabolique marquée ;
occasionnellement, elle peut s’observer en cas de sténose marquée
des voies respiratoires extrathoraciques ou après prise de sédatifs.
– La tachypnée est un rythme respiratoire accéléré ; c’est un signe
très sensible, mais non spécifique, témoin d’altérations mécaniques,
métaboliques (fièvre, acidose), d’anémie, voire présent en l’absence
d’anomalie organique comme dans le syndrome d’hyperventilation.
– L’hyperventilation centrale est une élévation au-delà de la normale
de la ventilation (tenant compte de l’intensité de l’effet fourni) ; le
terme hyperpnée est parfois préféré si la résultante est une pression
alvéolaire en gaz carbonique normale.
– La respiration de Cheyne-Stokes est une respiration
« régulièrement irrégulière » caractérisée par une augmentation
progressive de la profondeur et parfois de la fréquence respiratoire,
suivie sur un mode crescendo-decrescendo de sa décroissance, avec
parfois une période d’apnée.
Elle indique soit une lésion organique
centrale, soit une lésion fonctionnelle ; au cours du sommeil, elle est
notamment observée dans l’insuffisance cardiaque.
– La respiration de Kussmaul est une hyperventilation plus profonde
et plus lente que l’hyperventilation centrale, en réponse à une
acidose métabolique, telle que l’acidocétose diabétique.
– La respiration apneustique est un type particulier de respiration
profonde suivie d’une période d’apnée et d’une expiration rapide,
généralement secondaire à une lésion pontine.
– La respiration de Biot est une succession irrégulière d’épisodes
d’hyperventilation et d’hypoventilation, se rencontrant dans
certaines méningites et compressions médullaires.
– La respiration ataxique est une respiration complètement
anarchique parfois qualifiée de flutter du centre respiratoire,
indicatrice d’un décès proche.
4- Aspect des expectorations
:
Lorsqu’une expectoration est présente, elle mérite notre attention.
– L’expectoration purulente, jaunâtre ou verdâtre, traduit la
présence d’un nombre accru de leucocytes, neutrophiles ou
éosinophiles et ne peut donc jamais être prise comme la preuve d’un
processus infectieux bactérien.
– L’expectoration mucopurulente est un mélange de mucus et de
pus.
– L’expectoration contenant du sang peut prendre plusieurs aspects.
Celui-ci peut être sous la forme de filets striant le mucus, ou le sang
peut être mélangé pour donner un teint rouillé ou rouge brun, ou
encore être quasi pur (hémoptysie vraie par opposition au crachat hémoptoïque).
– L’expectoration peut être brunâtre chez les fumeurs invétérés, et
même noirâtre chez les mineurs de charbon ; l’émission d’une
expectoration noirâtre abondante est appelée mélanoptysie (en cas
de nécrose d’une masse pseudotumorale).
– Une expectoration muqueuse et fluide abondante (jusqu’à 1 L/j)
est appelée bronchorrhée ; elle suggère la possibilité d’un carcinome bronchioloalvéolaire (mais n’est présente que dans environ 5 % des
cas).
– L’expectoration émise au cours des bronchiectasies diffuses
(situation actuellement rare) peut se répartir en trois couches dans
le crachoir : une couche supérieure mousseuse, une couche
intermédiaire muqueuse et une couche inférieure épaisse et
purulente.
– En cas de bronchite plastique et d’aspergillose bronchopulmonaire
allergique, peuvent être émis des moules fibrineux ou des bouchons
brunâtres, véritables images en négatif de l’arbre bronchique.
– Le crachat muqueux de l’asthmatique peut contenir des petites
perles (crachat perlé décrit par Laennec) ou des structures en forme
de ver.
– L’expectoration peut contenir de petits cailloux ou du gravier en
cas de broncholithiase.
– Les crachats induits par aérosol sont d’un intérêt certain lorsqu’il
n’y a pas d’expectoration spontanée.
5- Tête
:
* Faciès :
– Faciès du fumeur : le fumeur peut avoir l’air plus âgé que son âge
réel, avec une peau grisâtre, ridée, des traits grossiers.
– Faciès cushingoïde : faciès lunaire, arrondi, un peu huileux, avec
parfois de l’acné, de l’alopécie, de l’hirsutisme (associé à une bosse
de bison, une obésité centrale et des vergetures) ; il témoigne d’une
imprégnation corticoïde.
– Faciès sclérodermique : nez d’aspect tranchant et brillant, peau très
tendue avec même disparition des rides ; hyperpigmentation ou
parfois vitiligo ; quelques télangiectasies ; fente buccale étroite.
– Faciès lupique : rougeur malaire en « ailes de papillon »
entreprenant également l’arête du nez.
– Faciès hippocratique : expression tendue d’un sujet attendant une
mort imminente, avec les yeux enfoncés, les joues et les tempes
creuses, des lèvres sèches et fissurées, un teint de plomb.
– Aspect du nez en « selle » dans la polychondrite atrophiante.
* Yeux :
– Signe de Bernard-Horner : pupille en myosis avec ptôse
ipsilatérale de la paupière supérieure et éventuellement anhydrose
faciale homolatérale, traduisant une lésion du nerf
orthosympathique.
– Anémie et ictère se diagnostiquent respectivement par la pâleur
des conjonctives et la couleur jaunâtre des sclérotiques.
– Les glandes lacrymales peuvent être élargies dans la sarcoïdose.
– Lors d’augmentation de la pression veineuse centrale, une certaine
exophtalmie donne un aspect fixe au regard.
* Nez :
– Le battement des ailes du nez traduit une détresse respiratoire,
comme dans les pneumonies sévères (en particulier chez l’enfant).
– Un simple spéculum permet d’observer la muqueuse nasale et de
détecter la cause d’une obstruction d’une narine, comme une polypose.
– En cas d’épistaxis récidivant, la mise en évidence de
télangiectasies multiples doit évoquer une maladie de Rendu-Osler-Weber.
– Des sécrétions nasales muqueuses jaunâtres n’orientent pas le
diagnostic différentiel, mais des sécrétions franchement verdâtres
doivent faire évoquer une sinusite purulente.
– Des sécrétions noir foncé (rare) se rencontrent dans la mucormycose.
* Oreilles
:
Le conduit auditif externe ne nécessite qu’un simple spéculum pour
être observé ; une myringite bulleuse peut orienter un diagnostic
étiologique d’infection respiratoire vers un Mycoplasma pneumoniae ;
toutefois cet aspect n’est pas spécifique.
* Bouche et pharynx :
– La candidose buccale est faite de papules ou plaques blanchâtres,
entourées d’un bord érythémateux, qui, lorsqu’elles sont détachées,
laissent une muqueuse très enflammée, voire saignotante (c’est la
complication la plus fréquente des traitements corticoïdes par
aérosols).
– Chez le fumeur invétéré peut s’observer une augmentation de la
pigmentation au niveau des mandibules antérieures et des gencives.
– Une hypertrophie de la langue (macroglossie), de la luette, des
amygdales, contribue à un rétrécissement du défilé oropharyngé et
favorise un SAOS.
– La maladie de Behçet donne des aphtes ulcérés buccaux et
génitaux, associés avec une uvéite, une arthrite, des lésions
neurologiques.
– Le syndrome de Gougerot-Sjögren est une kératoconjonctivite
sèche caractérisée par de la xérophtalmie et une bouche sèche
(xérostomie), associée à diverses modifications auto-immunes,
notamment articulaires et pulmonaires.
– La présence de sécrétions adhérant au palais postérieur soutient
un diagnostic d’écoulement nasal postérieur.
– L’expiration lèvres pincées témoigne d’un trouble ventilatoire
obstructif sévère, avec collapsus expiratoire des voies aériennes
centrales, habituellement secondaire à un emphysème marqué.
*
Cyanose des muqueuses :
La cyanose centrale, ou aspect bleuté des muqueuses (et de la peau)
apparaît lorsque la quantité de désoxyhémoglobine capillaire atteint
5 g/100 mL, ce qui (lorsque le taux d’hémoglobine est normal)
correspond à un taux artériel de désoxyhémoglobine supérieur à
1,2 mL, soit encore une pression alvéolaire en oxygène inférieure à
60 mmHg.
La cyanose n’est donc jamais un signe clinique précoce
d’insuffisance respiratoire (définie comme un défaut d’oxygénation
artérielle) et a contrario doit toujours être prise au sérieux lorsqu’elle
est présente.
La cyanose apparaît plus aisément lorsqu’il existe une
polyglobulie et est pratiquement impossible en cas d’anémie.
La
cyanose est mal détectable à la lumière artificielle.
La cyanose
centrale se corrige en cas de respiration d’air enrichi en oxygène, ce
qui n’est pas le cas de la cyanose périphérique (cutanée), due à un
ralentissement circulatoire avec préservation du taux
d’oxyhémoglobine artériel.
La cyanose est difficile à détecter chez
les individus de couleur.
6- Cou :
– Les muscles accessoires : alors que le scalène est un muscle
primaire de l’inspiration (même si cela n’est pas décelable par
l’observation), le sterno-cléido-mastoïdien n’est mis en jeu qu’en cas
d’augmentation importante du travail ventilatoire, comme dans
l’asthme aigu ou les exacerbations de BPCO, beaucoup plus
rarement au cours des BPCO sévères ; le volume de ce muscle n’est
d’ailleurs pas augmenté chez ces malades.
– La rétraction inspiratoire des creux sus-claviculaire et sus-sternal
est un témoin d’une dépression inspiratoire intrathoracique
marquée.
– La turgescence des veines jugulaires internes est le mieux
appréciable en position semi-assise ; permanente, elle témoigne
d’une augmentation de pression dans la veine cave supérieure, soit
suite à la compression ou à l’obstruction intrinsèque de celle-ci
(syndrome cave supérieur), soit suite à une augmentation de la
pression auriculaire, signe de défaillance cardiaque droite ou
globale.
En cas de trouble ventilatoire obstructif majeur avec
hyperinflation, la fin de l’expiration peut devenir active avec une
pression positive intrathoracique gênant le retour veineux jugulaire
en expiration.
Le signe de Pemberton correspond à un syndrome
cave supérieur réversible, induit par la levée des bras au-dessus de
la tête et produit par un goitre rétrosternal.
– En cas de syndrome cave supérieur d’installation rapide, l’obstacle
au retour jugulaire est responsable d’un oedème en capeline,
pouvant éventuellement gagner la face.
Lorsque cette obstruction
est plus ancienne, une circulation collatérale s’installe, bien visible
sur la paroi thoracique, et l’oedème régresse.
– Le premier signe d’un pneumomédiastin est l’apparition d’un
emphysème sous-cutané à la fourchette sternale qui, lorsqu’il est
sévère, transforme le malade en « bonhomme Michelin ».
7- Thorax
:
* Déformations thoraciques :
– Un thorax est dit déformé en tonneau lorsque son diamètre
antéropostérieur devient au moins égal à son diamètre latérolatéral ;
il s’accompagne d’une horizontalisation des côtes.
Chez le sujet jeune, il témoigne d’une distension pulmonaire chronique, mais il
perd ce caractère de spécificité chez le sujet âgé.
– Le thorax en carène est dû à une projection en avant du sternum,
la cage thoracique prenant la forme d’une quille de bateau.
– Le thorax en entonnoir est caractérisé par un creux induit par le
déplacement vers l’arrière du cartilage xiphoïde.
– Une cyphoscoliose sévère (angle de Cobb supérieur à 100°) peut
retentir sur la mécanique ventilatoire au point d’aboutir à un coeur
pulmonaire chronique.
Thorax en carène et en entonnoir n’ont pas d’incidence significative
sur la mécanique ventilatoire, mais plutôt des conséquences
psychologiques liées à un préjudice esthétique.
Un thorax en
entonnoir marqué peut cependant comprimer le coeur et limiter son
adaptation au cours de l’exercice.
* Mouvements thoraciques
:
– Un asynchronisme et une asymétrie d’expansion entre les deux hémithorax ne sont détectables visuellement qu’en présence d’une
pathologie sous-jacente sévère, telle qu’une atélectasie complète, un
épanchement pleural massif, un pneumothorax étendu…
Une telle
asymétrie peut être limitée à une partie d’un hémithorax.
– La rétraction inspiratoire des espaces intercostaux, visible chez les
sujets maigres, a la même signification que celle des creux sus-claviculaires.
– Le signe de Hoover s’observe chez des malades avec distension
marquée, abaissement et horizontalisation des diaphragmes, de sorte
que leur contraction entraîne un mouvement inspiratoire vers
l’intérieur des côtes, plutôt que leur mouvement normal vers
l’extérieur, avec un mouvement en « anse de seau ».
En positions assise et couchée, c’est surtout le mouvement
inspiratoire de la cage thoracique basse qui est marqué, tandis qu’en
position debout la contribution de la cage thoracique haute devient
appréciable, de même que chez les malades au thorax distendu.
* Mouvements du coeur :
Chez le sujet normal, seuls les battements de la pointe du coeur
peuvent être observés, produits par la contraction de la paroi du
ventricule gauche et du septum (ils sont observés dans le cinquième
espace intercostal sur la ligne médioclaviculaire), tandis que la
contraction du coeur droit n’est pas visible.
8- Abdomen :
– Les mouvements respiratoires de l’abdomen sont normalement
synchrones avec ceux du thorax inférieur, l’abaissement inspiratoire
du diaphragme poussant vers l’avant la paroi antérieure de
l’abdomen ; ce déplacement est plus important en décubitus dorsal
qu’en position assise ou debout.
– En cas de paralysie diaphragmatique bilatérale, les diaphragmes
et le contenu de l’abdomen sont « sucés » à l’intérieur du thorax
pendant l’inspiration, créant un mouvement abdominal paradoxal.
Un tel mouvement paradoxal se produit également au cours du
sommeil, ainsi qu’au cours des détresses respiratoires aiguës (parfois
avant que l’hypercapnie ne s’installe).
– La ceinture abdominale, mais surtout le muscle grand droit, se
contractent activement au cours de la toux, ainsi que chez certains
malades avec trouble ventilatoire obstructif et pression positive
téléexpiratoire intrinsèque ; cette contraction est cependant difficile
à détecter cliniquement.
9- Extrémités :
– L’hippocratisme digital est une déformation indolore des
extrémités des doigts et des orteils, par accumulation de tissu mou à
la base de l’ongle avec perte de l’angle de Lovibond et augmentation
de la distance phalangéale distale, qui devient supérieure à la
distance interphalangéale.
Lorsque cette accumulation de tissu mou
prend tout le doigt, celui-ci est dit en « baguette de tambour ».
Lorsque la partie dorsale des ongles de deux doigts équivalents est
apposée, il persiste normalement une lumière qui disparaît en cas
d’hippocratisme : c’est le signe de Shamroth.
L’hippocratisme peut être associé à l’ostéoarthropathie
hypertrophiante pneumique de Marie-Bamberger, une périostose des
os longs qui, elle, est douloureuse.
Il existe une forme congénitale et
héréditaire d’hippocratisme appelée pachydermopériostose.
L’hippocratisme digital se rencontre au cours de nombreuses
affections respiratoires et non respiratoires.
– Le phénomène de Raynaud, qui se rencontre notamment au cours
des connectivites, est une sensibilité exacerbée au froid des
extrémités qui, plongées dans l’eau glacée, passent successivement
par les couleurs blanche (pâleur), bleue (cyanose) et rouge (c’est la
réponse triple).
– La sclérodactylie, un épaississement et un resserrement de la peau
sur les doigts, avec des bouts de doigts cicatriciels et d’aspect effilé,
caractérise la slérodermie.
– Le syndrome des ongles jaunes, dû à des anomalies lymphatiques,
se caractérise par une couleur jaune de l’assiette de l’ongle et peut
s’accompagner d’épanchement pleural liquidien.
– Les extrémités des doigts du fumeur qui tiennent habituellement
la cigarette prennent une coloration jaune-brun ; c’est, avec
l’odeur de tabac, un moyen simple de poser un diagnostic de
tabagisme.
– Le flapping tremor, ou astérixis, est fait de mouvements saccadés
involontaires des mains sur les poignets, les extensions succédant
aux flexions, favorisés par une dorsiflexion du poignet, doigts
écartés.
Il se rencontre notamment au cours des hypercapnies aiguës.
10- Membres inférieurs :
– Un oedème des deux membres inférieurs n’est pas spécifique de
la décompensation cardiaque, à laquelle il doit cependant toujours
faire penser ; chez les BPCO, il peut être le signe d’une hypoxémie
chronique.
Il est fréquemment attribuable à des troubles de la
circulation veineuse ou lymphatique.
– Un oedème unilatéral doit faire penser à une thrombose veineuse
profonde, mais la clinique de cette dernière est extrêmement piégeante, de sorte qu’il est préférable de recourir à une
échographie-doppler pour affirmer le diagnostic (un dosage des
D-dimères normal a une bonne valeur prédictive négative chez le
patient ambulant).
11- Peau :
Les manifestations de maladie systémique avec composante
respiratoire et les complications respiratoires des maladies cutanées
sont extrêmement nombreuses. Sont notamment intéressantes les
lésions suivantes :
– l’herpes simplex, fait de vésicules ombiliquées sur base
érythémateuse, touche surtout les lèvres (et les parties génitales) ; il
accompagne fréquemment les infections respiratoires aiguës, dont
les pneumonies ;
– la varicelle, lorsqu’elle survient chez l’adulte, peut se compliquer
de pneumonie généralisée qui, guérie, laisse comme séquelles des microcalcifications diffuses ;
– le zona est surtout fréquent après 50 ans ; il peut être précédé de
douleurs pariétales dans le dermatome malade et suivi de douleurs
postherpétiques dans environ 15 % des cas ;
– la consommation des stéroïdes peut induire une acné touchant
surtout le tronc, les épaules et le dessus des bras (qui peut s’installer
dès 2 semaines après une corticothérapie orale) ;
– certains médicaments, certains agents infectieux dont Mycoplasma
pneumoniae, donnent un syndrome de Stevens-Johnson, fait de
vésicules et de bulles cutanées et muqueuses diffuses ;
– la dermatite atopique chez l’adulte se concentre aux zones de
flexion (plis du coude et des genoux) ;
– le syndrome de Kaposi, surtout fréquent chez les sidéens, donne
des plaques cutanées violacées ;
– le lupus érythémateux touche surtout les sujets jeunes (25 à
45 ans), plus la femme que l’homme (deux cas pour un) ; des lésions
cutanées sont présentes dans 85 % des cas (faciès lupique) ;
– les causes de purpura sont nombreuses ; lorsqu’il est palpable, il
signe une vasculite touchant les petits vaisseaux ;
– la sarcoïdose donne le plus fréquemment de petites papules
groupées touchant la face et le cou, ne s’écaillant pas ; elles sont
aisées à biopsier ;
– l’érythème noueux est caractérisé par des lésions rouges, larges et
douloureuses sur les zones prétibiales ; il peut se voir notamment
dans la primo-infection tuberculeuse, dans la sarcoïdose (syndrome
de Löfgren) ;
– la dermatomyosite se caractérise par un oedème violacé des
paupières supérieures, avec rougeur et oedème de la face, ainsi que
par des plaques rouge violacé touchant les coudes, les genoux, la
face dorsale des phalanges… ;
– le mélanome malin peut se compliquer de métastases pulmonaires
et bronchiques, tandis que le cancer pulmonaire est générateur de
métastases cutanées.
C - TOUCHER. PALPATION :
1- Cou :
* Ganglions
:
Les adénopathies inflammatoires sont augmentées de volume et
sensibles, parfois fluctuantes, tandis que les ganglions cancéreux
sont indolores et durs comme la pierre ; le ganglion rétroclaviculaire
gauche métastatique est appelé ganglion de Troisier.
Les ganglions
sont plus aisément palpés de l’arrière, au cours d’une manoeuvre de
Valsalva ou d’un effort de toux.
Les ganglions tuberculeux, rares actuellement, se présentaient
comme un abcès non sensible du triangle postérieur, avec sinus de
drainage.
Lorsqu’ils étaient multiples, ils donnaient l’aspect d’un cou
de porcelet.
* Trachée :
– La position de la trachée est appréciée en prenant comme points
de repère les bords internes des sterno-cléido-mastoïdiens.
Lorsque
la trachée est déviée, c’est soit qu’elle est attirée par une atélectasie
pulmonaire du côté de la déviation, soit qu’elle est refoulée par un
épanchement massif controlatéral.
– Le signe de Campbell est le déplacement inspiratoire vers le bas
du cartilage cricoïde ; il témoigne d’une distension pulmonaire avec
dépression intramédiastinale.
– L’emphysème sous-cutané donne à la palpation une crépitation
neigeuse.
– Le creux sus-sternal peut être comblé, lorsque la trachée est
refoulée vers l’avant, par exemple par un goitre rétrotrachéal.
– La contraction inspiratoire du scalène n’est pas palpable chez le
sujet normal ; elle le devient lorsque le travail ventilatoire est
augmenté : c’est le pouls respiratoire.
Les muscles du cou ne sont
cependant pas hypertrophiés chez les BPCO.
2- Cage thoracique :
– La palpation appuyée du squelette thoracique éveille une douleur
élective en cas de lésion costale. Les douleurs thoraciques
s’aggravant à la palpation ont une origine pariétale plutôt que
viscérale.
– Les mouvements des hémithorax sont le mieux perçus en
saisissant les deux bases à pleine main, la palpation complétant ainsi
l’inspection.
– La mécanique thoracoabdominale est également précisée en
déposant la paume de la main sur la partie basse du sternum, sujet
étendu en décubitus dorsal.
– La présence de cicatrices doit être notée attentivement ; elle
témoigne d’antécédents pouvant être significatifs dans l’histoire
actuelle de la maladie.
– La palpation des seins ne doit pas être oubliée chez la femme, en
particulier si un cancer secondaire (à un cancer du sein par exemple)
est suspecté ; la gynécomastie chez l’homme peut être douloureuse
à la palpation.
– Les creux sus-claviculaires peuvent être asymétriques, lorsqu’une
tumeur d’un sommet (syndrome de Pancoast) fait saillie hors du
thorax ou lorsqu’une pachypleurite d’un sommet est au contraire
responsable d’une rétraction.
– Une dilatation marquée de l’artère pulmonaire peut entraîner un
choc palpable en latérosternal gauche (deuxième ou troisième espace
intercostal), tandis qu’un coeur droit hypertrophié peut être palpé
en épigastrique (signe de Harzer) ; une hypertrophie ventriculaire
gauche est de même perceptible.
– Le frémitus vocal résulte de la transmission à la paroi de la voix
du patient, l’énergie fournie étant standardisée en demandant au
patient de prononcer le nombre 33.
Les vibrations induites de la
paroi sont palpées par le bord cubital de la main déposé
horizontalement, séquentiellement sur diverses zones de la paroi
thoracique.
Le son émis par le larynx doit donc transiter au travers
du poumon.
La transmission est augmentée en cas d’augmentation
de la densité du parenchyme par condensation, y compris par une
atélectasie sans obstacle sur une grosse bronche.
La transmission est
réduite par une atélectasie due à un obstacle sur une grosse bronche,
par une distension du parenchyme pulmonaire (emphysème) et par
toute interposition de liquide (pleurésie) ou d’air (pneumothorax)
entre le poumon et la paroi.
La modification du frémitus est mieux
appréciée en comparant des zones similaires des deux hémithorax.
3- Abdomen
:
Un reflux hépatojugulaire, ou mieux abdominojugulaire, induit par
une pression maintenue pendant 15 à 30 secondes sur l’épigastre
(plutôt que sur le foie lui-même), témoigne d’une insuffisance
cardiaque droite ou d’une insuffisance tricuspidienne.
4- Pouls
:
Le pouls paradoxal correspond à une exagération de la
diminution inspiratoire normale de la tension artérielle systolique ;
il est palpable lorsque cette chute atteint 20 mmHg.
Initialement
décrit dans la tamponnade péricardique, il se rencontre également
dans la crise d’asthme ou les exacerbations sévères de BPCO.
Sa
présence témoigne toujours d’un trouble ventilatoire obstructif
sévère avec VEMS inférieur à 1 L.
D - TOUCHER ET OUÏE. PERCUSSION :
Lorsqu’une quantité fixée d’énergie est appliquée sur la paroi
thoracique (par exemple par la percussion), celle-ci la réfléchit sous
forme d’une onde sonore, dont les caractéristiques (amplitude,
fréquence) sont en relation inverse, leur produit étant constant.
Ces
caractéristiques dépendent à leur tour de celles des tissus percutés.
La percussion d’un poumon normal donne une note résonante, de
haute amplitude et de basse fréquence, relativement sonore.
Lorsque
la quantité d’air est augmentée (emphysème, pneumothorax), la note
est hyperrésonante ou tympanique (de plus grande amplitude et de
plus basse fréquence).
Lorsque la quantité de tissu ou de liquide est
augmentée (épanchement liquidien, condensation du tissu
pulmonaire), la fréquence de résonance augmente et l’amplitude
diminue, le son produit devenant sourd et mat.
Tympanisme, matité
ou son normal caractérisent donc la percussion.
La méthode actuellement utilisée est la méthode indirecte digitodigitale.
L’extrémité d’un index est déposée à plat sur la paroi thoracique, suivant un espace intercostal, tandis que le bout de
l’autre index est utilisé pour percuter avec un angle d’environ 90°,
le poignet étant utilisé comme un « pivot ».
La percussion complète utilement l’auscultation lorsque celle-ci a
mis en évidence une diminution du murmure vésiculaire,
permettant par exemple de distinguer entre un épanchement pleural
liquidien ou aérique.
E - OUÏE. AUSCULTATION :
L’oreille normale peut percevoir des sons de fréquence comprise
entre 16 et 16 000 Hz.
Un son peut être caractérisé par son intensité
et par son timbre ou sa qualité.
L’intensité perçue dépend de
l’amplitude des vibrations, de la distance que le son doit parcourir
et de la nature du milieu traversé ; au cours de son transit, il perd
de l’énergie, de sorte que le son perçu est modifié par rapport au
son original.
Certains sons peuvent aisément être perçus, tels que la
toux ou les ronflements, même par un non-expert.
Ils peuvent être
enregistrés et analysés, mais aucune méthode n’est actuellement
entrée en routine clinique.
La respiration du sujet normal n’est pas audible à distance, mais
chez un sujet atteint de BPCO un bruit respiratoire est perceptible, à
différencier de certains sifflements également perceptibles à
distance ; ce bruit augmente avec le débit, notamment au cours du
simple déshabillage.
Des modifications de la voix sont également perceptibles, telles que
la rhinolalie (voix nasillarde) en cas de trouble de la perméabilité
nasale ou la voix bitonale en cas de paralysie d’une corde vocale.
C’est l’auscultation indirecte via le stéthoscope biauriculaire qui
reste une composante essentielle de l’examen thoracique.
Les sons
respiratoires proviennent des vibrations des tissus et de l’air
produites pendant les mouvements respiratoires, transmises à la
paroi.
Il n’est dès lors pas étonnant que leurs caractéristiques
dépendent de la phase et de la profondeur respiratoire, du débit
aérien, de leur lieu d’origine, de la colonne d’air présente dans les
voies aériennes, ainsi que des tissus pulmonaires et thoraciques
conduisant le son original à la surface de la paroi thoracique.
En
outre, le stéthoscope est lui-même un instrument imparfait et le
système auditif de l’examinateur peut être altéré.
L’auscultation est
dès lors un exercice difficile, dont la reproductibilité inter- et intrasujets est médiocre en moyenne ; toutefois, pour les signes
habituels, elle fournit des informations intéressantes.
L’absence de
standardisation des sons perçus rend de plus la communication
entre observateurs difficile.
Si les avancées technologiques ont
permis une analyse plus approfondie des sons respiratoires,
l’auscultation traditionnelle en a très peu bénéficié.
1- Sons respiratoires normaux :
Ce sont les sons entendus sur la paroi thoracique chez le sujet
normal, dus aux mouvements de l’air le long de l’arbre respiratoire,
qui peuvent être classés en deux catégories : le murmure vésiculaire
et le son trachéal.
* Murmure vésiculaire :
Les sons produits dans les voies aériennes centrales sont filtrés par
les alvéoles lors de leur transmission vers la paroi thoracique, où ils
perdent leurs composantes haute fréquence (plus de 600 Hz), de
sorte qu’ils sont perçus comme doux et assourdis.
Le son expiratoire
suit immédiatement le son inspiratoire, et apparaît comme plus
court que celui-ci (alors que le temps expiratoire est plus long que
l’inspiratoire).
La respiration normale est plus bruyante chez l’enfant
que chez l’adulte : c’est la respiration puérile.
En présence d’une paroi normale et d’un espace pleural libre, une
réduction de l’intensité du murmure vésiculaire indique une
réduction du débit aérien et est un excellent indicateur de BPCO
(par contraste, le son à la bouche est augmenté dans les BPCO).
Cette réduction, reproduite au cours de manoeuvres inspiratoires
rapides et profondes, permet de calculer un index d’intensité qui,
diminué, est en bonne corrélation avec le trouble ventilatoire
obstructif.
De fait, c’est l’effet filtre exagéré des poumons
distendus plus que la réduction des débits qui semble expliquer ce
caractère diminué du murmure vésiculaire.
Le murmure vésiculaire
est également réduit lors de décollement du poumon de la paroi par
un épanchement pleural aérique ou liquidien ; une diminution du
rapport air/tissu pulmonaire (condensation, atélectasie) accroît au
contraire la transmission.
Au cours des troubles ventilatoires obstructifs (asthme, BPCO),
l’expiration devient mieux perceptible. L’expiration est dite
prolongée lorsque l’expiration auscultée devient au moins aussi
longue que l’inspiration.
Le terme « expiration prolongée » n’a
aucun rapport direct avec la durée réelle de l’expiration.
Pour
certains auteurs, l’expiration prolongée est le signe clinique le plus
fidèle pour détecter un trouble ventilatoire obstructif.
* Son trachéal
:
Le son trachéal est produit par les mouvements turbulents de l’air
dans les VAS ; il ressemble au bruit produit en soufflant de l’air dans
un tuyau creux.
Il s’entend particulièrement bien au niveau du cou
et de la fourchette sternale.
Le son expiratoire est séparé du son
inspiratoire par une courte pause et a une durée équivalente.
Lorsque le poumon est condensé ou collabé, les bronches étant
libres, on perçoit à la périphérie un son ressemblant au son trachéal :
c’est le souffle tubaire.
Un souffle amphorique est un souffle tubaire
très sonore et de tonalité élevée, généré lors du passage d’air au
travers de cavités aériques.
Le son bronchovésiculaire est
intermédiaire entre le murmure vésiculaire et le son trachéal, audible
dans les régions parasternales moyennes et en arrière le long de la
colonne dorsale.
* Temps d’expiration forcée (TEF) :
Il peut être mesuré en appliquant le pavillon du stéthoscope sur la
fourchette sternale et en chronométrant (à la demi-seconde près) le
temps d’une expiration forcée complète.
Un TEF supérieur à
6 secondes correspond à un trouble ventilatoire obstructif significatif,
tandis que, pour un TEF inférieur à 5 secondes, le trouble
ventilatoire obstructif est absent ou peu important.
C’est un test
simple et validé, qui mériterait mieux que le dédain qui lui est
habituellement réservé.
* Sons adventices
:
Ce sont des sons absents d’un cycle respiratoire normal, qui
viennent se superposer au son sous-jacent chez le malade.
Depuis
Laennec, la terminologie a beaucoup évolué sans qu’un large
consensus n’ait été atteint.
La tendance actuelle est de séparer les
sons adventices selon leur durée et selon leur tonalité en quatre
catégories.
+ Sons discontinus, de durée inférieure à 250 ms :
Ils sont généralement appelés crackles par les auteurs anglo-saxons,
et classés en coarse et en fine ; la traduction française en est
crépitations grossières et fines.
Les coarse crackles sont des sons
discontinus, de caractère explosif, sonores et de tonalité basse ; les
fine crackles sont moins sonores, de tonalité plus élevée et de plus
courte durée.
Les fine crackles correspondent aux crépitations (ou
râles humides) décrites par Laennec, les coarse crackles aux râles
muqueux (ou gargouillements).
Laennec avait comparé les premiers
au bruit que fait le sel jeté dans une poêle chauffée et les seconds au
bruit que fait l’eau qui s’échappe d’une bouteille orientée goulot vers
le bas.
Williams devait comparer les premiers au bruit du
froissement des cheveux entre le pouce et l’index près de l’oreille.
Une comparaison plus récente est celle du bruit fait par deux
feuillets de Velcrot qui se détachent.
Nous proposons d’appeler râles
crépitants les râles fins, brefs, de tonalité élevée, et râles souscrépitants
les râles plus grossiers et de tonalité basse.
+ Sons continus, de durée supérieure à 250 ms
:
Les sons de tonalité élevée à caractère sifflant sont appelés wheezes
par les Anglo-Saxons, ce qui peut être traduit par sibilances (râle sibilant sec de Laennec ressemblant au pépiement des oiseaux) ; les
sons de tonalité basse rappelant un ronflement sont appelés
rhonchus, ce qui se traduit par ronchi (râle sec sonore pour Laennec,
ressemblant à la note émise par une basse ou au roucoulement d’une
tourterelle).
Cependant, des sons adventices à caractère musical
peuvent ne durer qu’environ 100 ms.
Il y a trois mécanismes principaux à la base de la production de ces
sons adventices :
– rupture de films ou de bulles liquidiens suite au passage d’un
débit aérien rapide au travers de sécrétions tapissant les grosses
voies aériennes ; par exemple, dans les bronchites aiguës et
chroniques ;
– égalisation soudaine des pressions entre petites voies aériennes
voisines, lorsque celles-ci se rouvrent en inspiration, par exemple
dans les pneumonies, les oedèmes et hémorragies pulmonaires, les
fibroses pulmonaires ;
– flutter des parois bronchiques lors du passage d’air au travers de
lumières bronchiques rétrécies (principe de Bernouilli), la tonalité
du son dépendant des qualités élastiques et de la masse des parois
bronchiques en vibration, et non de la localisation de l’obstruction.
À ces quatre catégories de sons, il faut ajouter les frottements
pleuraux, générés lorsque les deux feuillets pleuraux enflammés
sont couverts de fibrine et rendus rugueux ; lorsqu’ils glissent l’un
contre l’autre, il se produit un craquement ressemblant à celui du
cuir neuf, à la fois en inspiration et en expiration ; ils ne sont
toutefois parfois audibles qu’en inspiration.
Le moment de survenue des râles crépitants et sous-crépitants au
cours du cycle respiratoire est important à noter, de même que leur
éventuelle transmission à la bouche, et leur variation en fonction de
la gravité.
Les râles entendus au cours des bronchites et des bronchiectasies
sont des râles sous-crépitants, peu abondants, proto- et mésoinspiratoires,
audibles à la bouche mais ne variant pas avec la
position du corps, pouvant disparaître après un effort de toux.
Les râles crépitants téléinspiratoires se rencontrent dans les
pneumonies (à la phase initiale avant que la condensation ne soit
complète), les fibroses pulmonaires, l’oedème et les hémorragies
pulmonaires. Ils ne sont pas transmis à la bouche, ni modifiés par la
toux.
Ils surviennent préférentiellement aux bases pulmonaires
postérieures, notamment en position couchée ou en décubitus
latéral.
Ils s’estompent en position assise penché vers l’avant (ils
deviennent alors mieux audibles aux bases antérieures).
Les râles
crépitants sont exceptionnels au cours des granulomatoses
pulmonaires comme la sarcoïdose, mais sont en revanche fréquents
dans l’asbestose, dont ils peuvent être la première manifestation.
Ils
peuvent être accompagnés de très courts sifflements inspiratoires,
notamment au cours des alvéolites allergiques extrinsèques.
Des râles discontinus peuvent être perçus en expiration, gardant le
même caractère qu’en inspiration.
Il peut arriver chez des sujets
normaux, après un décubitus prolongé, que soient audibles des râles
crépitants (suite à une atélectasie déclive), mais ils vont disparaître
après quelques inspirations profondes.
Dans la décompensation cardiaque gauche, les râles crépitants
peuvent être induits par un décubitus dorsal avec surélévation des
jambes ; ce test est important, car après infarctus le taux de survie
est moindre lorsqu’il est positif.
Les sons continus sont à prédominance expiratoire, à l’exception du
stridor induit par une sténose des voies aériennes extrathoraciques,
qui est un son discordant de tonalité élevée, mieux perçu au niveau
de la trachée qu’à la périphérie.
Ils sont dits monophoniques
lorsqu’ils sont faits d’une seule note ou polyphoniques lorsque
plusieurs notes se superposent comme un accord.
Une tumeur obstruant quasi complètement une grosse bronche
donne naissance à un ronchus monophonique localisé près du site
de production, qui peut varier avec la position (suite à une variation
du calibre bronchique).
De courtes sibilances téléinspiratoires,
ressemblant à un grincement, peuvent suivre des râles crépitants,
notamment dans les alvéolites allergiques extrinsèques et certaines
fibroses (Laennec les avait comparées au cri d’un petit oiseau).
Des sibilances polyphoniques expiratoires sont entendues dans la
crise d’asthme, mais aussi chez le sujet normal à la fin d’une
expiration forcée.
Dans les crises d’asthme plus sévères, les sibilances peuvent être entendues aux deux temps respiratoires ; en
fait, c’est la proportion du cycle occupée par des sibilances qui est
en relation avec l’intensité du trouble obstructif, plutôt que leur
intensité ou leur tonalité.
Lorsqu’au cours d’une crise les sibilances
disparaissent, c’est que généralement l’obstruction bronchique se
lève, mais il peut arriver au contraire qu’elle soit aggravée au point
où le débit est si faible qu’il n’est plus capable de faire vibrer les
parois (il faut se méfier des asthmatiques qui cessent de siffler mais
deviennent cyanosés).
Présence de sibilances n’est en aucun cas synonyme d’asthme,
comme le rappellent les études épidémiologiques montrant une
prévalence de sifflements dans 25 % de la population, alors que la
prévalence de l’asthme était de 7 %.
Parmi les causes fréquentes de sibilances, il faut retenir les infections respiratoires aiguës et
également les BPCO. Sibilance ne doit pas non plus être confondue
avec bronchospasme, levable par l’administration de
bronchodilatateurs.
Des sibilances perçues en expiration forcée ne
signifient pas non plus asthme, puisqu’elles sont même audibles
chez des sujets normaux.
Des sibilances naissant au niveau des
grosses voies aériennes peuvent être mieux transmises à la trachée
où elles sont aisément auscultables, notamment en position couchée,
qu’à la périphérie, où elles sont parfois à peine audibles.
Le signe de Hamman est un son synchrone de la systole audible,
surtout en décubitus latéral gauche, chez les malades porteurs d’un
pneumomédiastin ou d’un pneumothorax gauche partiel.
2- Transmission de la voix
:
Le son de la voix est transmis vers la poitrine et filtré par le poumon
qui élimine les hautes fréquences des voyelles (formants) de sorte
que les mots deviennent inintelligibles, la voix devenant un doux
marmonnement.
La transmission est accentuée lorsque la voix se transmet au travers
de tissu pulmonaire solidifié, les bronches étant perméables :
– en cas de bronchophonie, la voix devient sonore et claire, mais les
mots restent inintelligibles ;
– en cas de pectoriloquie, les mots deviennent intelligibles, même
lorsque la voix est murmurée (pectoriloquie aphone) ;
– l’égophonie est un son tremblotant et saccadé comme le bêlement
d’une chèvre ; c’est le son qui peut être entendu à la limite
supérieure d’un épanchement pleural accompagnant une
consolidation pulmonaire.