Recommandations ANAES et références
Cours de médecine interne
Ces recommandations concernent le « Suivi du patient diabétique de type 2, à l’exclusion du suivi des
complications ».
Introduction
:
Sont exclus du cadre de ces recommandations :
– le dépistage du diabète ;
– les modalités thérapeutiques du diabète et des
facteurs de risque vasculaire qui lui sont souvent
associés ;
– le suivi et le traitement des différentes
complications ;
– la grossesse chez la diabétique et les mesures
particulières à proposer chez la femme diabétique
souhaitant un enfant ;
– le diabète gestationnel ;
– la contraception ou le traitement hormonal
substitutif de la ménopause chez la femme
diabétique ;
– l’intolérance au glucose.
Diagnostic :
Le diabète sucré est défini par une glycémie à jeun
(au moins 8 heures de jeûne) supérieure ou égale à
1,26 g/L (7 mmol/L) vérifiée à deux reprises (grade B).
Ce critère de diagnostic n’est pas un seuil
d’intervention pharmacologique.
Il n’est pas recommandé de doser l’hémoglobine glyquée (HbA1c) ni de réaliser une hyperglycémie par
voie orale pour poser le diagnostic de diabète sucré
(accord professionnel).
Les arguments en faveur du diabète de type 2 sont
des arguments cliniques de probabilité : âge supérieur
à 40 ans, index de masse corporelle supérieur à
27 kg/m2, absence de cétonurie (ou faible),
antécédents familiaux de diabète de type 2 (accord
professionnel).
La découverte d’une complication, en dehors de sa
prise en charge spécifique, ne modifie pas les règles de
suivi vis-à-vis du dépistage et de la prévention des
autres complications.
Elle les renforce (accord
professionnel) dans la mesure où la présence d’une
complication majore le risque de survenue des autres
complications de la maladie.
Éducation du patient :
L’éducation occupe une place importante dans la
prise en charge et le suivi du diabétique de type 2
(grade B).
Les consultations initiales doivent comporter un
contenu d’éducation : donner des informations sur ce
qu’est le diabète, ses complications et son traitement ;
assurer une formation à l’autogestion de la maladie et
du traitement, en particulier dans les domaines de la
diététique et de l’activité physique, de manière que le
patient puisse acquérir une réelle autonomie (accord
professionnel).
Lors des consultations de suivi, il convient d’évaluer
les acquis du patient en matière d’éducation, de
comportement, d’observance du traitement hygiénodiététique (régime alimentaire, exercice
physique, arrêt du tabac) (accord professionnel).
Suivi glycémique :
Un bon contrôle glycémique du diabète de type 2
est recommandé pour retarder, voire prévenir, la
survenue et/ou ralentir la progression des
complications dites microvasculaires (recommandation
de grade A).
Un bon contrôle glycémique du diabète de type 2
est recommandé pour prévenir la survenue des
complications cardiovasculaires (recommandation de
grade B).
Le suivi du contrôle glycémique du diabète de type
2 doit reposer sur le dosage de l’HbAlc effectué tous les
3 à 4 mois.
Pour un patient donné, le dosage de l’HbAlc doit
être pratiqué dans le même laboratoire, pour
permettre de comparer les résultats successifs.
Le compte rendu du laboratoire doit spécifier la technique
utilisée, si cette technique a été certifiée par les sociétés
internationales de standardisation, l’intervalle des
valeurs normales et les coefficients de variation intraet
interlaboratoire.
La technique utilisée doit de
préférence doser la seule HbAlc (valeur normale 4-6 %)
et les coefficients de variation doivent être inférieurs à
5%.
Les objectifs glycémiques se traduisent en objectifs
d’HbAlc.
Ils doivent être individualisés en fonction de
l’âge du patient, des comorbidités et du contexte
psychosocial.
Les critères suivants doivent être pris
comme référence :
– l’objectif optimal à atteindre est une valeur
d’HbAlc inférieure ou égale à 6,5%;
– lorsque l’HbAlc est inférieure ou égale 6,5 %, il
n’y a pas lieu de modifier le traitement (sauf effets
secondaires, par exemple un risque d’accident
hypoglycémique sous sulfamides ou insulinothérapie) ;
– lorsque l’HbAlc se situe entre 6,6 et 8% sur deux
contrôles successifs, une modification du traitement
peut être envisagée, en fonction de l’appréciation par
le clinicien du rapport avantages/inconvénients du
changement de traitement envisagé ;
– lorsque la valeur de l’HbAlc est supérieure à 8%
sur deux contrôles successifs, une modification du
traitement est recommandée (accord professionnel).
L’autosurveillance glycémique ne doit pas être
recommandée de principe pour le suivi du diabète de
type 2 traité par le régime et/ou les hypoglycémiants
oraux, car son intérêt dans cette indication n’est pas
actuellement démontré (grade B).
L’autosurveillance glycémique est cependant utile,
a priori à titre temporaire, pour les trois indications
suivantes (accord professionnel) :
– sensibiliser le patient à l’intérêt de la diététique et
d’un exercice physique régulier.
Elle constitue souvent
un outil précieux d’éducation ;
– déterminer la posologie d’un sulfamide en début
ou lors d’un changement de traitement oral
(notamment pour prévenir les hypoglycémies
asymptomatiques) ;
– en cas de maladie intercurrente ou de
prescription d’une médication diabétogène.
Une autosurveillance glycémique régulière est
nécessaire chez le diabétique de type 2 traité par
l’insuline (grade B).
La mesure de la glycémie au laboratoire n’est pas
indispensable pour le suivi du diabète de type 2.
La mesure de la glycémie au laboratoire garde un
intérêt dans les cas particuliers suivants (accord
professionnel) :
– pour contrôler la précision des mesures de
glycémie capillaire chez un patient qui pratique
l’autosurveillance glycémique ;
– en cas de changement de traitement, en
particulier prescription de sulfamides, ou encore
affection intercurrente ou prescription d’une
médication diabétogène, chez un patient qui ne
pratique pas l’autosurveillance glycémique.
Il est alors
utile d’avoir des résultats glycémiques sans attendre 3
mois la valeur de l’HbAlc ;
– lorsque les techniques disponibles du dosage de
l’hémoglobine glyquée ne répondent pas aux
exigences de qualité définies plus haut.
Il est sans
doute alors préférable de disposer d’une mesure fiable
de la glycémie.
Les mesures de la glycosurie et de la fructosamine
ne sont pas recommandées pour le suivi du diabétique
de type 2 (accord professionnel).
Suivi des facteurs de
risque vasculaire :
Le suivi du diabète de type 2 comporte le suivi et la
prise en charge des facteurs classiques de risque
vasculaire souvent associés au diabète sucré (grade A).
Un risque cardiovasculaire global, calculé à partir
des équations de Framingharn et/ou Laurier, égal ou
supérieur à 2 % par an, justifie une intervention
thérapeutique (accord professionnel).
Un chiffre
inférieur n’exclut pas de traiter les facteurs de risque
qui dépassent les seuils définis dans ces
recommandations.
Toutes les mesures visant à aider l’arrêt d’un
tabagisme doivent impérativement être mises en
oeuvre.
La pression artérielle doit être mesurée à chaque
consultation.
La définition de l’hypertension artérielle est la
même que chez le non-diabétique : pression artérielle
systolique (PAS) habituellement supérieure ou égale à
140mmHg et/ou pression artérielle diastolique (PAD)
habituellement supérieure ou égale à 90 mmHg
(accord professionnel).
Un bilan lipidique à jeun doit être effectué une fois
par an chez le diabétique de type 2.
Il comporte la
mesure du cholestérol total, du HDL (high density
lipoprotein)-cholestérol et des triglycérides, la mesure
ou le calcul (si triglycérides < 4,5 g/L) du LDL (low
density lipoprotein)-cholestérol.
Au terme de 6 mois d’une diététique appropriée et
après obtention du meilleur contrôle glycémique
possible, la valeur du LDL-cholestérol sert de référence
pour instaurer un traitement médicamenteux
hypolipidémiant.
Dépistage des complications
oculaires :
Un bilan ophtalmologique, effectué par un
ophtalmologiste, doit être pratiqué dès le diagnostic,
puis une fois par an chez le diabétique de type 2 non
compliqué.
Le bilan ophtalmologique annuel comprend la
mesure de l’acuité visuelle après correction optique, la
mesure de la pression intraoculaire, l’examen du
cristallin et un examen du fond d’oeil après dilatation
pupillaire réalisé au biomicroscope.
L’angiographie en fluorescence n’est pas un
examen de dépistage et n’a pas d’indication dans le
suivi du diabète de type 2 tant que l’examen biomicroscopique du fond d’oeil ne montre pas de
complications.
Dépistage des complications
rénales :
L’insuffisance rénale est une complication grave du
diabète de type 2.
Il s’agit le plus souvent d’une
néphropathie diabétique (atteinte glomérulaire), mais il
peut aussi s’agir d’une néphropathie d’un autre type
ou d’une pathologie rénovasculaire.
Le suivi du
diabétique de type 2 aura donc comme objectif le
dépistage et la prévention d’une atteinte rénale chez le
diabétique.
Un bon contrôle glycémique et tensionnel prévient
le risque de survenue d’une néphropathie diabétique
(grade B).
Il convient de mesurer une fois par an la créatininémie à jeun.
Il est recommandé de calculer à
partir de la créatinine la clairance de la créatinine par la
formule de Cockcroft :
C (mL/min) = 140
- âge (années) ´ poids (kg) ´ K
où K = 1,25 pour l’homme et 1 pour la femme.
Si la créatinine est exprimée en mg/L, il faut en
multiplier le chiffre par 8,8 pour l’obtenir en ímol/L.
Des explorations complémentaires, à commencer
par la mesure de la clairance de la créatinine
endogène, doivent être envisagées impérativement
dans les cas suivants (accord professionnel) : présence
d’une albuminurie, d’une hématurie ou d’une infection
urinaire ; créatininémie supérieure à 105 ímol/L
(11,8 mg/L) chez la femme et supérieure à 135 ímo/L
(15,2 mg/L) chez l’homme ; clairance calculée
(Cockcroft) inférieure ou égale à 60 mL/min.
La présence d’une microalbuminurie chez un
diabétique de type 2 est un marqueur de gravité
générale (notamment vis-à-vis du risque cardiovasculaire)
de la maladie, plus qu’un marqueur
spécifiquement néphrologique. Elle incitera à renforcer
la prise en charge dans tous les domaines.
La présence
d’une microalbuminurie est aussi un facteur prédictif
du risque de développer une protéinurie mais n’est pas
un facteur prédictif direct validé du risque de
développer une insuffisance rénale chronique chez le
diabétique de type 2.
Il convient de pratiquer une fois par an, chez le
diabétique de type 2, la recherche d’une protéinurie
par la bandelette urinaire standard.
Ce test a aussi pour
but de rechercher une hématurie et/ou une infection
urinaire qui demandent des explorations spécifiques et
qui peuvent fausser l’interprétation de l’albuminurie.
Il convient de mesurer une fois par an la microalbuminurie, si le test par la bandelette urinaire
standard est négatif.
Cette mesure de la microalburninurie
peut se faire sur un échantillon urinaire au
hasard (exprimée en rapport de concentration
albumine/créatinine) ou sur les urines de la nuit et/ou
des 24 heures.
Le résultat sera considéré comme
pathologique s’il est confirmé à deux reprises (un
dépistage, deux confirmations).
Une microalbuminurie et/ou une protéinurie
confirmées devront être quantifiées sur les urines des
24 heures.
Un examen cytobactériologique des urines
systématique annuel n’est pas recommandé.
Dépistage des complications
neurologiques et prévention
de la plaie du pied :
Il convient de procéder une fois par an à un
examen neurologique à la recherche de signes de
neuropathie périphérique symptomatique.
Recherche
par l’interrogatoire de paresthésies et/ou de douleurs.
Les explorations neurophysiologiques ne sont pas
recommandées dans le cadre du suivi du diabète de
type 2 non compliqué.
Il convient de procéder une fois par an à un
examen clinique méthodique du pied pour dépister les
sujets à risque de développer une lésion :
– recherche d’une neuropathie sensitive par
l’évaluation de la sensibilité tactile de la plante et du
dos du pied, si possible en utilisant la méthode
standardisée du monofilament Nylon ;
– recherche d’une artériopathie par la palpation
des pouls périphériques ;
– recherche de déformations du pied et/ou de cals.
Il convient, à chaque consultation, chez les patients à
risque, d’enlever chaussures et chaussettes pour inspecter le pied et rechercher petite lésion, troubles
trophiques, fissure, érythème, mycose...
Il convient, au minimum une fois par an, de
rappeler les règles d’éducation du patient à risque
concernant l’hygiène du pied : choix de chaussures
adaptées, inspection et lavage réguliers du pied,
signaler aussitôt toute lésion suspecte, éviter les
traumatismes...
Il convient, une fois par an, de rechercher par
l’interrogatoire les principaux symptômes évocateurs
d’une éventuelle neuropathie autonome à expression
clinique : hypotension artérielle orthostatique, troubles
digestifs, anomalies de la vidange vésicale,
impuissance...(accord professionnel).
La recherche d’une neuropathie autonome par des
examens complémentaires n’est pas recommandée
en l’absence de signes cliniques d’appel (accord
professionnel).
Dépistage des complications
cardiovasculaires
:
Il convient une fois par an de procéder à l’examen
clinique suivant dans le domaine cardiovasculaire :
– interrogatoire à la recherche de signes typiques
ou atypiques évocateurs d’angor et/ou de claudication
intermittente et/ou d’accident vasculaire cérébral
ischémique transitoire ;
– palpation des pouls pédieux et tibial postérieur ;
– auscultation à la recherche de souffles
carotidiens, fémoraux ou abdominaux.
Il convient une fois par an de pratiquer un
électrocardiogramme (ECG) de repos.
Des explorations complémentaires (ECG d’effort
et/ou scintigraphie myocardique) seront proposées en
cas de signes cliniques typiques ou atypiques d’angor
ou en cas d’anomalies sur l’ECG de repos.
Ces
explorations ne sont pas recommandées, sauf cas
particulier, chez le patient asymptomatique dont l’ECG
de repos est normal (accord professionnel).
Des explorations complémentaires des gros
vaisseaux, à commencer par l’exploration échodoppler, ne sont pas recommandées à titre
systématique, mais seront proposées en cas
d’anomalies à l’examen clinique.
Divers :
L’examen annuel du diabétique de type 2 doit
comporter la recherche clinique d’une éventuelle
infection cutanée ou génito-urinaire, de même qu’un
examen de la bouche et des dents (accord
professionnel).
Il convient, chez le sujet âgé (en moyenne âge
supérieur à 70 ans, définition à moduler par les comorbidités), d’être vigilant vis-à-vis du risque
d’hypoglycémie liée au traitement et vis-à-vis du risque
d’insuffisance rénale.
Les polymédications doivent être
réduites au mieux (accord professionnel).
Si le diabète du sujet âgé est connu et bien équilibré
depuis plusieurs années, il n’y a pas lieu de modifier les
objectifs ni le traitement.
Si le diabète est diagnostiqué
chez un patient âgé, un objectif de HbAlc comprise entre 6,5 et 8,5% peut servir
de référence, mais il est essentiel d’individualiser cet objectif en
fonction du contexte médical et social (accord professionnel).
Chez le diabétique âgé, la survenue d’une
somnolence, d’une déshydratation, d’une altération de l’état général
doit faire aussitôt mesurer la glycémie (accord professionnel).