Purpura rhumatoïde de l’enfant et de l’adulte
Cours de pédiatrie
Le purpura rhumatoïde, ou maladie de Henoch-Schönlein,
associe des signes cutanés, articulaires, et digestifs et peut
évoluer par poussées.
C’est la plus commune des vascularites
de l’enfant (15 à 20 cas pour 100 000 enfants de moins
de 15 ans) et il n’affecte que rarement l’adulte.
La maladie survient essentiellement entre 5 et 15 ans (en
moyenne à 6-8 ans).
Elle est exceptionnelle avant l’âge de
2 ans et à l’âge adulte.
Il existe une discrète prédominance
masculine.
Dans un quart des cas, on retrouve un facteur
déclenchant (prise médicamenteuse, infection bactérienne
ou virale, allergie, vaccination, piqûre d’insecte), mais
aucune relation de cause à effet ne peut être établie.
Un terrain
particulier est parfois en cause : liaison à certains antigènes
d’histocompatibilité, anomalie du complément.
Aucun test biologique n’est spécifique et le diagnostic est
avant tout clinique.
La concentration sérique des IgA est
inconstamment élevée.
Purpura rhumatoïde de l’enfant
:
A - Présentation habituelle
:
Les symptômes du purpura rhumatoïde s’installent en
quelques heures ou quelques jours.
La durée de la maladie
est variable : dans un tiers des cas, elle ne comporte qu’une
poussée évoluant sur 2 à 3 semaines et, dans deux tiers des
cas, plusieurs poussés se succèdent pendant 2 à 3 mois ou
plus.
1- Signes généraux
:
Une fièvre, généralement modérée, peut être présente au
début et lors des poussées.
Les marqueurs biologiques de
l’inflammation ne sont que discrètement modifiés.
2- Atteinte cutanée
:
Il s’agit d’un purpura vasculaire.
C’est le seul signe
constant, mais il n’est révélateur que dans deux-tiers des
cas.
Il est symétrique et prédomine aux zones déclives :
membres inférieurs pour la station debout, fesses
et coudes pour la position couchée.
Il existe parfois des
localisations atypiques : scrotum, verge, pavillon des
oreilles.
En revanche, il épargne toujours la face et il n’y a
jamais d’hématomes ni d’hémorragies muqueuses.
Le purpura a un aspect pétéchial et infiltré, fait de papules
légèrement saillantes, perceptibles au toucher, comportant
souvent en leur centre une zone plus sombre.
Il est volontiers
précédé et accompagné d’éléments urticariens et d’oedèmes
éventuellement ecchymotiques au niveau des extrémités
(dos des mains et des pieds), des lombes, du front ou
du cuir chevelu.
Le syndrome cutané se constitue en 3 ou 4 jours et il existe
des éléments d’âge différent.
Il régresse en 1 à 3 semaines, mais peut évoluer par poussées plus ou moins nombreuses
et durables.
3- Atteinte articulaire
:
Il s’agit de polyarthralgies peu exubérantes, transitoires et
migratrices, touchant surtout les grosses articulations
(genoux, chevilles).
Elles durent moins que le purpura luimême
(3 à 5 jours) et disparaissent sans laisser de séquelles.
4- Manifestations digestives
:
Les manifestations digestives sont relativement fréquentes,
volontiers limitées à des douleurs abdominales modérées,
qui traduisent l’équivalent muqueux du purpura. Ces douleurs
précèdent le purpura dans 10 à 15 % des cas, posant
le problème d’un abdomen « chirurgical ».
Il s’agit de douleurs
intermittentes, qui procèdent souvent par coliques
paroxystiques évoquant l’invagination intestinale.
Des vomissements et une diarrhée peuvent accompagner
les douleurs.
5- Manifestations rénales
:
L’atteinte glomérulaire s’exprime habituellement durant
les premières semaines de la maladie, mais parfois plus tardivement,
au cours ou au décours d’une nouvelle poussée.
Il n’y a pas de corrélation entre la sévérité des signes extrarénaux
et celle de la néphropathie.
L’hématurie isolée
–
macroscopique ou microscopique
– est le signe le plus fréquent et peut s’accompagner d’une protéinurie modérée
(< 1 g/24 h).
Une insuffisance rénale transitoire est possible.
L’hypertension artérielle est rare mais peut être notée
même en présence de signes urinaires minimes.
B - Complications :
Plusieurs complications sont possibles mais rares et le pronostic
global est bon dans la grande majorité des cas.
1- Complications digestives :
Elles surviennent dans 10 à 15 % des cas.
Les lésions siègent
surtout sur la partie proximale de l’intestin grêle (duodénum,
jéjunum) mais peuvent être disséminées de l’estomac
au rectum.
Les complications chirurgicales sont en rapport avec la
sévérité de l’atteinte muqueuse : hémorragies et hématomes
(mélænas ou rectorragies dans 10 à 15 % des cas), oedèmes,
malabsorption (entéropathie exsudative), ulcérations,
nécrose et perforations.
Ces lésions sont souvent accompagnées
d’une adénolymphite.
L’échographie abdominale
est essentielle et doit être répétée chez les malades non opérés
dont la symptomatologie persiste.
Elle objective l’épaississement
pariétal, les hématomes, les épanchements, les
signes d’invagination, etc.
Une endoscopie est parfois justifiée.
Les indications chirurgicales sont souvent délicates,
d’autant qu’une corticothérapie a été entreprise dans la plupart
des cas.
Certaines formes graves associent intolérance digestive,
pertes protéiques et hypercatabolisme, nécessitant une
assistance nutritionnelle (entérale voire parentérale) généralement
associée à la corticothérapie.
2- Complications rénales
:
La néphropathie est la principale cause de morbidité du
purpura rhumatoïde.
Dans 80 % des cas, elle survient dans
le mois qui suit le début clinique, exceptionnellement audelà
du troisième mois, éventuellement au décours d’une
autre poussée de la maladie ; seuls 2 à 5 % des enfants ont
une néphropathie tardive, avec un recul pouvant aller jusqu’à
2 ans.
Il convient de surveiller la protéinurie (bandelette réactive) et la pression artérielle une fois par semaine
pendant 1 mois, puis une fois par mois pendant 3 mois,
puis une fois par mois durant l’année suivant la poussée ;
en cas d’anomalie, la créatininémie doit être contrôlée.
La néphropathie complique moins de 5 % des purpuras rhumatoïdes
et représente 15 % de l’ensemble des glomérulopathies
de l’enfant.
Il s’agit
d’une atteinte mésangiale avec dépôts prédominants d’IgA
dans tous les glomérules avec un degré variable
d’hypercellularité.
Il existe une bonne corrélation anatomoclinique
: plus le pourcentage de glomérules présentant
une prolifération cellulaire
– mésangiale mais surtout extracapillaire
(croissants)
– est élevé, plus la présentation clinique
et le pronostic sont sévères.
La néphropathie du purpura rhumatoïde guérit généralement
en moins de 2 ans, mais peut évoluer dans 5 à 10 %
des cas vers l’insuffisance rénale terminale.
3- Autres complications :
Les lésions de vascularite peuvent concerner de nombreux
organes : uretères (urétérite sténosante), testicules (orchite),
pancréas (pancréatite), atteinte cardiaque (myocardite, péricardite),
atteinte neurologique (par vascularite, par hypertension
artérielle ou par hyponatrémie d’origine digestive),
atteinte pleuropulmonaire.
Ces localisations sont rares et
leur pronostic est généralement bon.
On rencontre parfois des formes systémiques sévères, sans
atteinte viscérale prédominante, mais avec une altération
profonde de l’état général (amaigrissement, asthénie, anorexie),
un syndrome inflammatoire majeur, une fonte
musculaire, des algies diffuses.
Le pronostic est généralement
aussi bon que dans les formes « classiques » mais la
convalescence est prolongée et la corticothérapie est souvent
utile, associée à une nutrition entérale.
Les difficultés sont souvent d’ordre diagnostique,
car une autre maladie systémique peut être évoquée.
Purpura rhumatoïde de l’adulte
:
Le purpura rhumatoïde peut survenir à tout âge, avec les
mêmes facteurs favorisants, mais il est beaucoup plus rare
chez l’adulte que chez l’enfant.
La présentation clinique est sensiblement différente : fièvre
souvent absente mais syndrome inflammatoire volontiers
plus net, douleurs abdominales plus rares, manifestations
articulaires plus exubérantes, évolution plus prolongée.
La
néphropathie est plus fréquente, à l’origine d’une insuffisance
rénale dans 10 à 15 % des cas.
De ce fait, les thérapeutiques
proposées sont souvent relativement plus lourdes
qu’en pédiatrie : corticothérapie, agents cytotoxiques.
Le
pronostic est bon dans 85-90 % des cas.
Frontières du p urpura rhumatoïde
:
A - Purpura rhumatoïde
et maladie de Berger
:
Bien que leurs manifestations cliniques soient différentes,
purpura rhumatoïde et maladie de Berger ont en commun
l’existence de dépôts d’IgA dans le mésangium et parfois
au niveau des parois des capillaires glomérulaires et du
derme.
Sur le plan clinique, les manifestations extrarénales
définissent le purpura rhumatoïde alors que seul le rein est
atteint dans la maladie de Berger.
Cependant, dans certains
cas de maladie de Berger, des douleurs abdominales ou des
arthralgies sont notées.
De la même manière, certains purpuras
rhumatoïdes évoluent sur le mode d’épisodes d’hématurie
macroscopique indépendants de toute poussée purpurique.
Biologiquement, on peut retrouver dans les deux
affections des complexes immuns à IgA, une augmentation
de la concentration sérique des IgA, des anomalies
fonctionnelles de lymphocytes T.
Par ailleurs, on peut rencontrer
dans une même famille des patients atteints de l’une
ou l’autre maladie, avec d’ailleurs une fréquence accrue
des antigènes HLA B35 et DR4.
Finalement, après transplantation rénale, les dépôts d’IgA
sur le greffon récidivent souvent (généralement sans altération
fonctionnelle) en l’absence de signes extrarénaux,
tant dans le purpura rhumatoïde que dans la maladie de
Berger.
Pour toutes ces raisons, certains auteurs font de ces
deux affections deux formes cliniques d’une même entité.
B - Purpura rhumatoïde
et oedème aigu hémorragique du nourrisson
:
Le purpura rhumatoïde est rarissime avant l’âge de 2 ans.
Sa parenté avec l’oedème aigu hémorragique de la peau du
nourrisson est discutée sans être admise.
Diagnostic différentiel
:
Il s’agit du diagnostic d’un purpura vasculaire, dont il existe
trois types :
– les purpuras avec anomalies immunologiques, dont le
purpura rhumatoïde fait partie (cryoglobulinémie, hyperimmunoglobulinémie,
affections auto-immunes);
– les purpuras déclenchés par certains médicaments, certaines
infections ou certaines pathologies malignes ;
– les vascularites intriquées.
Les difficultés du diagnostic différentiel concernent essentiellement
l’adulte car, du fait de sa fréquence et de sa
sémiologie, le purpura rhumatoïde est de diagnostic assez
facile chez l’enfant.