Polyarthrite rhumatoïde
Cours de l'appareil locomoteur
Étiologie
:
Elle est inconnue.
On évoque, selon l’hypothèse le plus
communément admise, le rôle d’antigènes extérieurs sur
un terrain génétique particulier, la maladie résultant
d’une réponse immunologique exagérée vis-à-vis de
cet antigène (agent infectieux), auto-entretenue par un
terrain génétique particulier.
L’un et l’autre des termes de cette hypothèse restent à
définir.
Parmi les agents infectieux, ont été incriminés, tour à
tour les mycoplasmes et les mycobactéries puis parmi
les virus les parvovirus, le virus d’Epstein-Barr et celui
de la rubéole.
Ces travaux se basent sur des traces sérologiques,
la présence de fragments d’acides nucléiques
ou encore des homologies de séquences entre telle structure
infectieuse et telle protéine humaine.
Le rôle des facteurs génétiques repose sur l’étude de
populations de jumeaux réalisée dans la population
caucasoïde, montrant une concordance de 15 à 30 %.
La prédisposition semble liée à une séquence d’acides aminés (nos 67 à 74 ou « épitope partagé ») de la troisième
région hyper variable de la chaine DR b1, commune à
plusieurs molécules DR4 et DR1 très fortement associées
à la polyarthrite rhumatoïde.
Diagnostic :
A - Forme de description : forme subaiguë
débutante de la femme d’âge moyen
1- Examen clinique :
Le tableau clinique montre une atteinte douloureuse
articulaire inflammatoire, de début insidieux.
• À l’interrogatoire, la douleur est typiquement inflammatoire,
nocturne, s’exacerbant en seconde partie de
nuit, réveillant le patient à une ou plusieurs reprises.
Elle
s’accompagne d’une raideur matinale et d’une phase de
dérouillage dont la durée est en corrélation avec l’activité
de l’affection.
Typiquement, la douleur inflammatoire
s’améliore avec l’activité physique et réapparaît avec le
repos.
La plainte est polyarticulaire
(> 4 articulations), bilatérale et symétrique, en général
dès le début.
On peut noter une altération de l’état général
(asthénie, anorexie, myalgies, perte de poids…).
• L’examen clinique, souvent pauvre à ce stade,
recherche des synovites (gonflements articulaires
élastiques, fermes, sensibles à la pression).
Les petites
articulations des poignets et des mains, métacarpophalangiennes
(MCP) et interphalangiennes (IPP) sont
souvent déjà touchées.
D’autres localisations peuvent
survenir ensuite.
Dans 50 % des cas, les grosses articulations
(coudes, genoux…) sont atteintes dès le début.
La
polyarthrite rhumatoïde épargne les sacro-iliaques, le
rachis dorso-lombaire et la paroi thoracique.
En règle, à
ce stade, les nodules rhumatoïdes sont absents.
Des
signes extra-articulaires (ténosynovite, syndrome sec)
peuvent déjà exister.
• Le diagnostic est difficile, certains éléments l’oriente
tels les antécédents personnels ou familiaux.
La présence
d’une polyarthrite rhumatoïde dans la famille n’est pas
rare, la prévalence est 3 fois plus élevée chez les parents
des malades que des sujets « sains ».
La recherche d’antécédent
articulaire de l’enfance oriente vers le réveil à
l’âge adulte d’une polyarthrite infantile.
La présence de
signes extra-articulaires est appréciable.
À l’inverse, la
constatation de lésions cutanées (psoriasis, vespertilio,
acné, érythème noueux, kératodermie…), de signes digestif
ou génital, de lésions oculaires, d’un souffle cardiaque
sont autant d’éléments a priori contre ce diagnostic.
2- Examens biologiques :
Un syndrome inflammatoire biologique isolé, d’intensité
variable domine le tableau à ce stade.
La vitesse de
sédimentation est en général au-delà de 20 mm, les
protéines de la phase aiguë de l’inflammation sont
augmentées. Il peut exister une anémie secondaire, une
élévation des plaquettes, une hypoalbuminémie.
S’il existe un épanchement articulaire, son analyse est
impérative (numération, formule, recherche de cristaux
et examen bactériologique), le dosage des fractions du
complément, des protéines et des facteurs rhumatoïdes
n’a aucun intérêt.
Le liquide est inflammatoire (> 1 500 éléments/mm3),
sans cristal, ni bactérie ni sang ; on peut y voir des ragocytes
(polynucléaires avec inclusions cytoplasmiques).
Une formule « panachée » à dominance lymphocytaire
peut se rencontrer.
3- Histologie :
Contrairement à une idée répandue, la biopsie synoviale
a peu d’intérêt.
La présence de nodules rhumatoïdes intrasynoviaux est exceptionnelle.
L’aspect histologique aspécificique ne distingue pas la polyarthrite rhumatoïde
des autres rhumatismes inflammatoires.
On réserve la
biopsie aux mono-arthrites.
On demandera toujours un
examen histologique lors d’intervention pour un canal
carpien atypique et bilatéral.
Ce peut être le début d’une
polyarthrite rhumatoïde.
4- Radiographies :
À ce stade précoce, les clichés des articulations malades
sont souvent normaux, les lésions osseuses ne sont
visibles qu’après un ou deux ans d’évolution.
On peut noter un épaississement des parties molles périarticulaires, une image dite de déminéralisation
épiphysaire en bande (petites articulations des mains
et des pieds).
Plus évocatrices, mais plus tardives, sont les érosions
des joues des 4e et 5e métatarsiens, de la styloïde cubitale
et du scaphoïde carpien.
L’examen par imagerie par résonance magnétique
(IRM) des articulations objective la synovite (hyposignal
T1, hypersignal T2) mais n’est pas spécifique.
Il peut montrer des lésions ostéo-articulaires précoces
(< 3 mois) : leur fréquence, l’intérêt de leur dépistage
et l’adaptation thérapeutique qui en découle sont les
questions dont la réponse modifiera, demain, la prise en
charge de la polyarthrite rhumatoïde.
5- Marqueurs immunologiques :
• Les facteurs rhumatoïdes agglutinants sont des
immunoglobulines M (IgM, parfois A ou G) réagissant
contre des IgG.
Le test au latex (positivité > 1 pour 80)
utilise des particules de polystyrène couvertes d’IgG
humaines.
La réaction de Waaler-Rose utilise des
globules rouges humains sensibilisés par des IgG de
lapin anti-globules rouges humains.
Les tests ELISA,
spécifiques d’un isotype d’Ig, sont plus sensibles que
les réactions classiques.
Dans la polyarthrite rhumatoïde de l’adulte, des facteurs
rhumatoïdes agglutinants sont présents chez 50 % des
patients après 6 mois d’évolution et 80 % après 2 ans.
À ce terme, une polyarthrite rhumatoïde séronégative
le reste en général.
Les facteurs rhumatoïdes sont peu sensibles et peu spécifiques
(28 % et 85 %), présents dans nombre de maladies
rhumatologiques (lupus, syndrome de Sjögren…),
infectieuses ou parasitaires.
Chez les sujets sains, il
existe des facteurs rhumatoïdes dans 1 % (Waaler-Rose)
à 15 % des cas (latex), cela augmente avec l’âge.
D’autres anomalies immunologiques existent.
Elles ont
un intérêt diagnostique par rapport aux spondylarthropathies
ou elles sont absentes.
• Des facteurs antinucléaires (FAN) sont détectés dans
10 à 40 % des polyarthrites rhumatoïdes (taux faible),
plus souvent dans les polyarthrites rhumatoïdes avec
atteinte extra-articulaire.
Les anti-DNA (acide désoxyribonucléique)
sont exceptionnels, leur présence fait
évoquer un lupus.
• Autres facteurs rhumatoïdes : il existe des facteurs
rhumatoïdes de type IgG, A, non détectés en routine.
Leur fréquence varie de 60 à 70 % dans les polyarthrites
rhumatoïdes séropositives, et 10 à 30 % dans les polyarthrites
rhumatoïdes séronégatives.
Leur manque de spécificité
les rend peu utiles en pratique.
• Les anticorps anti-périnucléaires sont des marqueurs
sensibles (50 à 90 % des cas) et assez spécifiques de la
polyarthrite rhumatoïde (70 à 90 %), ils se détectent par
immunofluorescence indirecte (IFI) sur frottis de cellules
de muqueuse buccale humaine.
La cible antigénique
est la profilaggrine. Leur incidence est supérieure
à celle des facteurs rhumatoïdes, ils sont souvent présents
précocement dans la polyarthrite rhumatoïde, et
rarement au cours d’autres affections auto-immunes.
• Les anticorps anti-kératine sont recherchés par
immunofluorescence indirecte sur coupe d’oesophage de
rat.
Si la sensibilité est faible (30 à 50 %), leur spécificité
est forte (95 à 99 % selon les séries).
Ils apparaissent
précocement et sont souvent présents dans les formes
sévères associées avec HLA (human leukocyte antigen)
DR4.
C’est le marqueur le plus spécifique de la polyarthrite
rhumatoïde.
• D’autres marqueurs semblent avoir une valeur intéressante
[diagnostique et (ou) pronostique] citons les
anti-RA33 présents dans 25 à 35 % des polyarthrites
rhumatoïdes de moins d’un an d’évolution et l’anticorps
anti-Sa qui apparaît tôt, dont la sensibilité est de 45 % et
la spécificité de 95 %.
Il semble prédictif des formes
destructrices.
6- Typage HLA :
L’étude des antigènes HLA de classe II montre une
prédisposition génétique à la maladie : HLA DR4
(population caucasienne) est présent chez 60 % des
patients atteints de polyarthrite rhumatoïde contre 30 %
des témoins.
La présence d’HLA DR4 est associée à un
risque relatif de 6 à 12 pour la polyarthrite rhumatoïde.
La prédisposition semble liée à une séquence d’acides aminés (nos 67 à 74 ou « épitope partagé ») de la troisième
région hypervariable de la chaîne DR b1, commune à
plusieurs molécules DR4 et DR1 très fortement associées
à la polyarthrite rhumatoïde.
Le typage HLA de classe II est coûteux et n’a aucun
intérêt en pratique clinique.
7- Critères diagnostiques et pronostiques :
Le collège américain de rhumatologie a proposé des critères
de classification et non de diagnostic, qui ne sont
pas accompagnés de critères d’exclusion et sont issus de
cohortes de patients atteints de polyarthrite rhumatoïde
évoluant depuis 7 ans.
Il n’existe pas de critères diagnostiques
validés pour les polyarthrites rhumatoïdes
débutantes.
Il manque des critères simples permettant d’affirmer le
caractère agressif d’une polyarthrite rhumatoïde.
On
peut considérer de mauvais pronostic les éléments
suivants : séropositivité, syndrome inflammatoire
persistant, nodules rhumatoïdes, présence d’acroparesthésies
nocturnes, nombre d’articulations malades,
valeur des indices de qualité de vie (HAQ) et de Ritchie,
présence d’un allèle DR b1*0401 et (ou) 0404, lésion
radiologique.
Des index composites ont été testés sur
des populations suivies de nombreuses années, la précision
du classement en fin d’étude varie de 75 à 85 %.
Il faut garder à l’esprit que la polyarthrite rhumatoïde est
une maladie hétérogène et que nombre de patients
échappent à ce genre de classification.
B - Phase d’état :
Le diagnostic des formes précoces permet de voir qu’environ
15 à 20 % des polyarthrites rhumatoïdes s’éteignent
dans les 2 à 3 ans qui suivent, ce sont les formes
en rémission complète.
Les autres vont évoluer vers des
formes modérées pour une minorité d’entre elles (30 %)
ou vers des formes agressives, progressant d’un seul
tenant ou par poussées inflammatoires successives.
Avec le temps, de plus en plus d’articulations sont touchées.
Le tableau se complète. À la phase d’état, les
arthrites sont évidentes, les signes cliniques objectifs
francs, les lésions radiologiques marquées.
1- Atteinte des mains et des poignets :
L’atteinte est en règle bilatérale et symétrique.
La main,
atteinte de façon spécifique, reste la « carte de visite » de
la polyarthrite rhumatoïde. On constate une tuméfaction
des articulations douloureuses, avec un handicap fonctionnel
sévère et une réduction de la force de
préhension.
Les interphalangiennes distales sont classiquement
épargnées.
L’atteinte des poignets provoque un gonflement dorsal
le plus souvent perceptible sur la styloïde cubitale.
L’atteinte de la radiocubitale inférieure gêne la pronosupination.
La tête cubitale se luxe (saillie réductible en
touche de piano).
La synovite cubitale et le creusement
de la face dorsale du carpe réalisent la déformation en
« dos de chameau ».
À un stade tardif, les os du carpe sont détruits et fusionnés.
L’inclinaison radiale du bloc radiocarpien conditionne la déviation cubitale (coup de
vent) des doigts.
À la face palmaire, on note une synovite
des fléchisseurs (pouvant créer un syndrome canalaire
médian ou cubital) et une tuméfaction du canal carpien.
Les atteintes articulaires et tendineuses des doigts présentent
des aspects classiques : boutonnière (flexion de l’interphalangienne proximale, hyperextension de l’interphalangienne
distale), maillet (flexion de l’interphalangienne
distale, extension de l’interphalangienne proximale),
col de cygne (flexion de l’interphalangienne
distale et hyperextension de l’interphalangienne proximale).
Au pouce, la lésion la plus fréquente est un pouce
en « Z » (hyperextension de la métacarpophalangienne
et flexion de l’interphalangienne).
Les synovites exposent
à la rupture des tendons extenseurs : impossibilité
d’extension active touchant surtout les 3e, 4e et 5e
rayons.
Le long extenseur du I peut aussi se rompre, plus
rarement les fléchisseurs du II et du III.
2- Atteinte du rachis cervical :
L’atteinte du rachis cervical, paucisymptomatique, se
recherche sur les clichés de profil en flexion par la
mesure de la distance entre l’atlas et l’odontoïde
(normale < 4 mm).
Des complications neurologiques
peuvent se voir en cas de luxation importante.
L’imagerie par résonance magnétique et l’étude des
potentiels évoqués somesthésiques sont les meilleurs
moyens de faire un bilan lésionnel et de poser l’indication
chirurgicale devant un déficit focal, un syndrome
pyramidal, une paresthésie majorée par les mouvements
de la tête…
Cette atteinte doit être recherchée avant
toute anesthésie générale.
Il existe des atteintes disco-vertébrales érosives (C2 à C6) sans ostéophytose (synovite des uncus), responsables
de douleurs occipito-temporales ou rétro-orbitaires.
3- Autres atteinte :
L’atteinte des épaules provoque une gêne importante
avec limitation des mouvements. Une rupture secondaire
de la coiffe peut s’observer.
Aux coudes, une limitation
fonctionnelle précoce avec une synovite externe peut se
voir, de même des atteintes compressives du cubital.
L’atteinte de la hanche est tardive chez l’adulte contrairement
à l’enfant. Au genou, la gêne fonctionnelle est
précoce (perte de l’extension).
L’épanchement articulaire
peut s’associer à un kyste de Baker au creux poplité,
souvent compressif, qui gêne l’extension de jambe, sa
rupture provoque un syndrome de « pseudo-phlébite ».
À la cheville, on peut noter une synovite antéro-latérale,
une synovite des tendons tibial postérieur et péronier.
L’atteinte sous-astragalienne est fréquente.
L’atteinte
des avant-pieds (bilatérale et symétrique) est douloureuse
et symptomatique, elle caractérise la polyarthrite rhumatoïde.
Tardivement, apparaissent des déformations :
avant pied rond, durillons plantaires, orteil en marteau…
C - Manifestations extra-articulaires :
La polyarthrite rhumatoïde peut se compliquer d’atteintes
extra-articulaires parfois révélatrices, certaines
fréquentes et bénignes, d’autres rares et sévères.
1- Nodules sous-cutanés
:
Manifestations fréquentes, ils sont présents chez 20 %
des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde hospitalisés.
L’origine est discutée (traumatisme ou vascularite
localisée), parfois le rôle du méthotrexate est incontestable.
Ils peuvent apparaître d’emblée ou après plusieurs
années d’évolution.
Ils n’ont pas tendance à la régression
spontanée, c’est l’ablation chirurgicale qui les fait
disparaître.
La localisation principale est sous-cutanée (coudes, doigts, genoux), la taille variable (quelques mm à cm).
Des
nodules viscéraux sont décrits (plèvre, poumon, foie…).
Histologiquement, il existe une zone centrale de nécrose fibrinoïde bordée d’une structure palissadique histiocytaire
et d’une couronne fibro-lymphoplasmocytaire.
2- Atteinte hématologique et réticulo-endothéliale :
L’anémie est fréquente, modérée et inflammatoire, elle
s’aggrave lors des poussées et se corrige en cas de
rémission.
D’autres formes d’anémie se voient, conséquence
du traitement : pathologie ulcéreuse et anémie
macrocytaire du méthotrexate.
L’atteinte des autres lignées est rare. Une éosinophilie
discrète peut se voir.
Une hyperleucocytose se voit
dans les polyarthrites rhumatoïdes avec vascularite.
Les plaquettes sont en général élevées, contemporaines
du syndrome inflammatoire.
La leucopénie caractérise le syndrome de Felty (polyarthrite
rhumatoïde, splénomégalie et leucopénie), complication
rare et sévère des polyarthrites rhumatoïdes
anciennes, séropositives, souvent nodulaires, avec
présence des facteurs anti-nucléaires, hypocomplémentémie
et antigène HLA DR4.
Sa physiopathogénie est
inconnue, sa gravité tient à la survenue possible
d’épisodes infectieux récidivants.
Le traitement en est
difficile (méthotrexate) ; en cas d’inefficacité, on a
recours au GCSF (granulocyte colony stimulating factor).
Le syndrome doit être différencié de la leucémie à larges
lymphocytes granuleux (hyperlymphocytose T chronique).
Des adénopathies sont fréquentes et banales (30 à 50 %
des polyarthrites rhumatoïdes), satellites des arthrites en
poussées.
Elles s’amendent avec amélioration de l’atteinte
articulaire, leur persistance doit fait évoquer
d’autres diagnostics et rechercher un lymphome.
Une
splénomégalie existe dans 2 à 3 % des cas en dehors
d’un Felty.
3- Syndrome de Raynaud
:
Le syndrome de Raynaud touche 3 à 7 % des cas de
polyarthrite rhumatoïde, et ne s’accompagne pas d’anomalie capillaroscopique particulière.
4- Vascularites systémiques
:
Il apparaît parfois chez des patients atteints de polyarthrites
rhumatoïdes anciennes (souvent de sexe
masculin), sévères, séropositives et nodulaires, un
tableau de vascularite systémique à complexe immun
mimant en tout point, à l’exception de l’atteinte rénale,
la périartérite noueuse.
La présentation clinique,
variable, associe plusieurs facteurs.
• L’atteinte cutanée se caractérise par de fréquents micro-infarctus juxta-unguéaux (sans valeur pronostique
péjorative).
Les ulcérations cutanées, ulcères
variqueux, purpuras vasculaires, gangrènes des doigts et
livedo réticulaire sont plus graves.
• L’atteinte neurologique se traduit par une multinévrite sensitivo-motrice, brutale, asymétrique et sévère.
Une forme sensitive pure est de meilleur pronostic.
• L’atteinte rénale est rare. Des atteintes musculaires peuvent se voir (amyotrophie, myalgies).
• Les signes digestifs sont semblables en tout point à
ceux de la périartérite noueuse (PAN).
• Les signes généraux associent fièvre, amaigrissement…
• Le diagnostic repose sur la biopsie neuromusculaire
en zone malade, qui confirme la vascularite nécrosante.
• Le traitement, difficile, associe corticoïdes à forte
dose et immunosuppresseurs en cas d’atteintes musculaires
et neurologiques périphériques sensitivo-motrices.
Les formes bénignes (polynévrite sensitive, infarctus
unguéaux…) ne relèvent que de la simple
corticothérapie.
5- Péricardite :
Une péricardite clinique est rare (< 5 %), la péricardite
échographique est fréquente (40 %), elle est sensible à la
corticothérapie.
La tamponnade est rare, une ponction
ou une infiltration de corticoïdes peuvent être nécessaires.
6- Atteinte oculaire :
La sclérite, complication oculaire grave mais rare,
aggrave les polyarthrites rhumatoïdes sévères nodulaires
séropositives anciennes.
Le tableau est celui d’un
oeil rouge larmoyant, avec une zone inflammatoire
cornéenne pouvant évoluer vers la perforation.
Le risque
oculaire est important, la corticothérapie à forte dose
impérative.
La cicatrisation laisse persister une séquelle
violacée (diagnostic rétrospectif).
L’épisclérite est
fréquente et bénigne.
La cataracte complique la corticothérapie
au long cours.
7- Syndrome de Sjögren :
Une atteinte sécrétoire salivaire et lacrymale est fréquente
(jusqu’à deux tiers des malades), elle est souvent
asymptomatique et découverte sur des examens systématiques
(test de Schirmer, épreuve au rose Bengale…).
On parle de syndrome de Sjögren secondaire.
8- Atteinte pleuro-pulmonaire :
• La pleurésie rhumatoïde, en règle d’abondance
modérée, est parfois bilatérale.
La ponction ramène un
liquide opalescent, exsudatif à dominance lymphocytaire
et hypoglycorachique, contenant du facteur rhumatoïde
et un taux bas de complément.
Elle est utile pour éliminer
les diagnostics différentiels (tuberculose, tumeur…).
La biopsie pleurale montre une inflammation non spécifique,
rarement des nodules rhumatoïdes.
La pleurésie
est sensible aux corticoïdes.
• La pneumopathie interstitielle diffuse est souvent
asymptomatique et découverte sur un scanner en coupe
fine (recherche d’atteinte pulmonaire avant prescription
de méthotrexate) avec un aspect en « verre dépoli ».
Le cliché de thorax peut être normal ou de type micronodulaire.
Le lavage broncho-alvéolaire montre un
liquide hypercellulaire à prédominance lymphocytaire
initiale avec élévation du rapport CD4/CD8.
L’évolution
est hautement variable.
• La fibrose interstitielle pulmonaire avec syndrome restrictif est exceptionnelle, limitée aux formes sévères
anciennes.
• La bronchiolite oblitérante est rare mais grave,
parfois spontanée, souvent déclenchée par des médicaments
(D-pénicillamine…).
L’évolution est péjorative
malgré l’arrêt du médicament.
La bronchiolite oblitérante
avec pneumonie organisée (BOOP) répond bien
à la corticothérapie.
• L’association d’une polyarthrite rhumatoïde et
d’une dilatation des bronches est connue depuis longtemps.
La dilatation des bronches semble plus fréquente
au cours des polyarthrites rhumatoïdes sévères
anciennes ; les surinfections de la dilatation sont
capables de réveiller la maladie articulaire.
• Il faut aussi citer les localisations pulmonaires de
nodules rhumatoïdes et la forme des mineurs atteints
de polyarthrite rhumatoïde et de silicose pulmonaire
réalisant le classique syndrome de Caplan-Colinet.
9- Autres manifestations :
• L’amylose secondaire n’est pas rare sur les séries autopsiques (15 %), son estimation réelle est délicate.
L’atteinte principale est rénale (protéinurie, syndrome néphrotique, insuffisance rénale progressive…).
Le diagnostic
est histologique, le traitement fait appel aux
immunosuppresseurs (chloraminophène).
• L’ostéoporose (non ménopausique) est d’origine
complexe : liée incontestablement à la maladie elle-même,
elle est liée également aux médicaments (corticothérapie).
Diagnostic différentiel :
A - Selon le mode évolutif :
Affirmer cliniquement qu’il s’agit d’une polyarthrite
rhumatoïde est possible dans bon nombre de cas, dès les
premières semaines ou mois.
C’est la forme typique
prise pour description.
C’est beaucoup plus difficile dès
qu’on sort du schéma classique.
• Début torpide sur plusieurs mois : les signes cliniques
restent modestes (arthralgie sans synovite vraie).
On discute l’ensemble des « états polyalgiques chroniques
».
La présence d’une asthénie, d’un syndrome
inflammatoire biologique et d’une anémie discrète est
importante.
• Début brutal, rapide, parfois aigu : l’inflammation
articulaire gagne rapidement, la gêne fonctionnelle est
sévère. Cela représente 5 à 10 % des polyarthrites
rhumatoïdes.
• Début aigu fébrile postinfectieux : il manque le critère
de durée, le diagnostic est rendu difficile par la discussion
des causes de polyarthrite aiguë.
• Le mode de début respecte les mains et les poignets,
pour toucher d’autres articulations telles que les genoux,
les chevilles, les épaules.
Se pose alors (sujet âgé), la
discussion entre une polyarthrite rhumatoïde à début
proximal et une pseudo-polyarthrite rhizomélique (PPR).
• Formes à début mono-articulaire (genou) : trompeuses, elles réalisent une mono-arthrite chronique.
Le
liquide articulaire inflammatoire élimine une atteinte
mécanique, la biopsie synoviale prend ici toute sa place.
• Formes à début extra-articulaire : elles sont trompeuses
et rares.
• Formes électives proximales : elles font discuter chez
le sujet âgé, toutes les causes des « rhumatismes » des
ceintures.
• Formes palindromiques : atteintes aiguës brèves
intermittentes mono- ou polyarticulaires pouvant durer
des années avant d’évoluer vers une vraie polyarthrite
rhumatoïde.
Il faut rechercher des facteurs rhumatoïdes
sériques.
B - Présentation clinique aiguë :
1- Polyarthrite aiguë infectieuse :
• Les arthrites à pyogènes sont rarement polyarticulaires,
elles touchent souvent les grosses articulations.
En leur faveur sont la fièvre élevée, l’existence d’un
foyer infectieux concomitant, un liquide articulaire
trouble hypercellulaire septique.
Une polyarthrite
rhumatoïde peut se compliquer d’infection articulaire
par voie hématogène justifiant la culture systématique
des liquides articulaires.
• La polyarthrite aiguë gonococcique est fréquente
chez les sujets jeunes.
L’urétrite est absente dans 10 à
30 % des cas.
C’est une oligo-arthrite asymétrique avec
dans 30 % des cas des ténosynovites et des lésions
cutanées septiques (macules, pustules).
Le germe n’est
pas toujours isolé du liquide articulaire, le traitement
antibiotique est constamment efficace.
• Les causes plus rares de polyarthrites septiques sont :
le méningocoque, l’endocardite d’Osler, la syphilis
secondaire, la brucellose (fièvre sudoro-algique), la
maladie de Whipple.
La maladie de Lyme est rarement
une cause de polyarthrite.
2- Polyarthrites aiguës virales
:
De nombreuses infections virales exposent à une polyarthrite
aiguë souvent d’intensité et de durée modérée.
Citons les virus hépatotropes A et B, les virus de la
rubéole, de la rougeole, des oreillons (et de son vaccin),
le parvovirus B 19, le virus de l’immunodéficience
humaine (VIH), les arboviroses et le vaccin rougeoleoreillons-
rubéole (ROR).
L’interrogatoire recherche un facteur favorisant :
voyage à l’étranger, vaccination, transfusion, profession
médicale et paramédicale, toxicomanie, contact avec
des enfants symptomatiques, pratique sexuelle à
risque…
3- Syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter :
C’est une oligo-arthrite aiguë, asymétrique, de l’homme
jeune, touchant avec prédilection les membres
inférieurs, parfois accompagnée de lombo-fessalgies.
Le tableau est précédé d’un épisode diarrhéique (Salmonella, Shigella, Campylobacter, Yersinia) ou
d’une urétrite (Chlamydia).
L’examen cherche une
conjonctivite, une balanite érosive et une kératodermie.
L’antigène HLA B27 est présent dans 75 % des cas.
Des
formes incomplètes peuvent avoir une présentation
purement articulaire (arthrites réactionnelles).
Leur diagnostic
est facilité par l’existence de « critères diagnostiques
», validés sur une large population.
Forme atténuée du rhumatisme articulaire aigu (RAA),
il est beaucoup trop souvent évoqué.
En fait, il semble
des plus rare, et certains doutent même de son existence.
5- Maladie lupique
:
Un lupus doit être envisagé devant toute polyarthrite
aiguë, soit dans la forme typique de la femme jeune
(parfois favorisée par la pilule), soit dans la forme induite
par les médicaments chez le sujet âgé (b-bloquants…).
L’association d’une altération de l’état général, d’une
polyarthrite non destructrice, de signes cutanés et de
manifestations viscérales est très évocatrice.
La présence
de facteurs anti-nucléaires à taux élevés et d’anti-ADN
ou anti-Sm est un élément important du diagnostic.
6- Arthrites microcristallines :
• Le diagnostic de goutte est en général facile.
Dans 10
à 15 % des cas, une polyarthrite aiguë peut inaugurer la
maladie.
L’atteinte des pieds est évocatrice.
• La chondrocalcinose articulaire peut réaliser un
tableau polyarticulaire aigu (surtout chez le sujet âgé).
On en cherche les causes (goutte, hyperparathyroïdie,
hémochromatose, hypothyroïdie, ochronose, maladie de
Wilson…).
Dans les deux cas, la ponction est impérative
à la recherche des cristaux.
7- Autres polyarthrites aiguës :
On peut citer la périartérite noueuse et la maladie de
Wegener, la sarcoïdose, la maladie périodique, la maladie
de Behçet, les entérocolopathies, la maladie de Still de
l’adulte.
C - Présentation clinique chronique
:
Quatre affections sont à éliminer avant de parler de
polyarthrite rhumatoïde.
1- Polyarthrite microcristalline
:
La goutte commence le plus souvent aux membres inférieurs,
mais l’extension progressive aux mains, aux
genoux, aux coudes, avec déformation et tuméfaction,
peut orienter vers le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde.
Le diagnostic est rétabli par l’examen soigneux des
tuméfactions, le caractère réversible initial des arthrites,
l’aspect très inflammatoire local, le dosage de l’uricémie,
la présence de cristaux dans le liquide articulaire.
2- Rhumatisme psoriasique :
La présentation du rhumatisme psoriasique est variable :
polyarthrite mutilante sévère (5 %), polyarthrite asymétrique
avec ou sans signe axial (65 %), acropolyarthrite
(15 %), polyarthrite symétrique (15 %).
C’est la dernière
forme qui peut poser problème.
Le diagnostic est facilité si la lésion cutanée est présente
avant la polyarthrite (70 % des cas), parfois à chercher
avec soin : sillon interfessier, cuir chevelu, ongles,
ombilic…
Dans 10 % des cas, le psoriasis est contemporain
de l’arthrite ; dans 20 % des cas, il apparaît après
l’arthrite.
La notion de psoriasis familial est capitale.
Si le psoriasis est absent, le diagnostic de polyarthrite
séronégative doit être conservé jusqu’à l’apparition de la
lésion cutanée qui signe l’affection.
Certains éléments orientent : atteinte des interphalangiennes
distales, caractère relativement asymétrique
(par exemple : un poignet d’un côté, une interphalangienne
proximale et une métacarpophalangienne de
l’autre côté), présence d’une atteinte axiale clinique
(sacro-iliite, enthésopathie, orteil en saucisse) ou radiologique,
séronégativité.
3- Arthrites de la spondylarthrite ankylosante :
La forme périphérique de la spondylarthrite ankylosante
réalise un tableau asymétrique, additif, révélateur de la
maladie dans 20 % des cas.
Les éléments d’orientation
(en dehors de l’atteinte axiale) sont : l’atteinte des
membres inférieurs (talon), le terrain (homme jeune), la
présence de l’antigène HLA B27, ce dernier peut être
détecté dans des cas de polyarthrite rhumatoïde avec la
même fréquence (7 %) que chez les témoins.
4- Autres polyarthrites chroniques
:
On peut citer :
• les polyarthrites lupiques (à forme chronique) à évoquer
de principe ;
• les connectivites : syndrome de Sharp, de Sjögren,
sclérodermie systémique, polymyosite, périartérite
noueuse et maladie de Wegener ;
• les entérocolopathies de la maladie de Whipple, de
Behçet, du rhumatisme de l’acné et du syndrome SAPHO
(synovite, acné, pustulose, hyperostose, ostéite) ;
• les polyarthrites paranéoplasiques et l’ostéo-arthropathie
hypertrophiante de Pierre-Marie ;
• les formes « rares » : sarcoïdose, maladie de Horton, polychondrite atrophiante, maladie périodique, amylose
généralisée.
Traitement
:
Le traitement doit être théoriquement entrepris le plus
tôt possible afin de prévenir les déformations, préserver
la fonction articulaire, et conserver aux patients un rôle
social et professionnel.
La prise en charge est multidisciplinaire (kinésithérapeute,
ergothérapeute, psychothérapeute, podologue,
orthopédiste, association de malades…) et nécessite la
coopération active d’un patient parfaitement informé.
A - Traitement symptomatique :
1- Antalgiques simples :
De nombreuses molécules des niveaux I et II de l’OMS
(Organisation mondiale de la santé) sont disponibles.
Le niveau III est rarement utilisé dans la polyarthrite
rhumatoïde.
2- Anti-inflammatoires non stéroïdiens
:
Leur efficacité est similaire à celle des antalgiques
simples.
Ils sont gastrotoxiques et mettent en jeu les
fonctions rénales, hématologiques et hépatiques des
patients.
Citons le diclofénac, l’indométacine, le kétoprofène…
3- Corticothérapie
:
Le produit de base est la prednisone (Cortancyl).
Son
emploi ne fait pas l’unanimité, elle est intéressante dans
les formes répondant mal aux antalgiques et aux antiinflammatoires
non stéroïdiens, s’accompagnant d’un
syndrome inflammatoire important ou d’un syndrome
général.
Il est impératif d’en respecter les contre-indications
et de conserver une dose minimale efficace située
schématiquement à 0,1 mg/kg/j.
Il peut être intéressant
de la donner en une ou deux prises par jour voire même
en une prise vespérale tardive afin de soulager la gêne
matinale.
La forme injectable (méthylprednisolone)
s’utilise dans les formes très inflammatoires ou avec
atteinte viscérale grave.
B - Traitement de fond
:
Ces molécules sont censées modifier le cours évolutif de
la polyarthrite rhumatoïde sans pour autant lutter directement
contre le processus inflammatoire.
En règle
générale, leur délai d’action est retardé (2 à 6 mois), leur
intérêt est de permettre de réduire les traitements symptomatiques.
Une surveillance clinico-biologique rigoureuse
s’impose en raison d’effets secondaires nombreux
possibles.
1- Méthotrexate :
Proposée depuis plus de 10 ans, la molécule a l’autorisation
de mise sur le marché (AMM) dans la polyarthrite
rhumatoïde (voie orale) à la posologie de 7,5 à 15 mg
par semaine. Le délai d’action est d’environ 3 semaines.
Le mode d’action de la molécule est inconnu ; elle est
bien supportée chez la plupart des patients.
Elle est totalement
contre-indiquée en cas de maladie infectieuse,
d’hépatopathie chronique, de grossesse possible ou en
cours.
Il faut adapter la posologie à la fonction rénale.
Une surveillance régulière de l’albuminémie et de la créatininémie est nécessaire afin d’éviter les surdosages.
Une contraception efficace est impérative.
Le méthotrexate
est hépatotoxique et responsable d’une hépatite
cytolytique.
Une surveillance régulière des transaminases
est imposée.
En raison de possibilités d’accidents
respiratoires immuno-allergiques, il est conseillé de
faire des épreuves fonctionnelles respiratoires et une radiographie de poumons avant le traitement (référence).
Le méthotrexate s’accompagne souvent de manifestations
d’intolérance digestive qui régressent avec la
prise d’acide folique (pris dose pour dose le lendemain
du méthotrexate).
Il est totalement contre-indiqué de
l’associer aux autres antifoliques (Bactrim…).
Le méthotrexate n’est pas responsable des complications
infectieuses notamment au cours de la chirurgie et ne
doit donc pas être arrêté à cette occasion.
Il n’augmente
pas l’incidence du nombre de cancers.
Des travaux montrent qu’il est le plus grand progrès
dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde depuis
40 ans (augmentation de la durée de vie des patients,
réduction des destructions radiologiques).
2- Sulfasalazine (Salazopyrine)
:
Ce traitement des entérocolopathies s’est avéré efficace
dans la polyarthrite rhumatoïde.
La posologie habituelle
est de 2 à 3 g/j.
Il est contre-indiqué en cas de déficit en
glucose 6 phosphate déhydrogénase (G6PD).
Une surveillance
régulière de la numération du bilan hépatique
et de la numération des plaquettes est nécessaire.
3- Sels d’or : aurothiopropanolsulfonate
de sodium (Allochrysine)
Après une dose test (50 mg, voie intramusculaire), on
utilise une posologie de 100 mg par semaine jusqu’à une
dose cumulée de 1,5 g.
On espace alors des injections à
100 mg par mois. Le contrôle régulier de la protéinurie
avant chaque injection et de la numération des plaquettes
est impératif.
Les formes orales sont inefficaces.
4- Antimalariques de synthèse
(hydroxychloroquine ou Plaquenil)
:
À la posologie de 2 comprimés par jour, ils sont bien
tolérés mais peu efficaces.
5- Dérivés thiolés (D-pénicillamine, Trolovol
et thiopronine, Acadione)
:
Ces molécules sont douées d’une efficacité modeste et
engendrent de nombreux effets secondaires autoimmuns.
Leur surveillance se fait sur la protéinurie, la
numération des plaquettes, l’apparition d’auto-anticorps.
Ils sont réservés à des indications exceptionnelles.
La
ciclosporine est réservée aux formes échappant au méthotrexate.
7- Anticytokines :
Ces molécules visent à inhiber l’activité biologique de
certaines cytokines pro-inflammatoires.
Citons les anticorps
anti-TNFa (tumour necrosis factor a), les récepteurs
solubles du TNFa, les inhibiteurs de l’interleukine
1 (IL1).
Ces molécules semblent douées d’une activité clinico-biologique intéressante mais ne sont pas pour
l’instant disponibles en France.
C - Traitement non médicamenteux :
1- Injections intra-articulaires :
La ponction articulaire permet l’évacuation de gros
épanchements de manière simple et rapide.
Elle est
toujours à compléter par l’analyse du liquide articulaire
et souvent par une infiltration de corticoïdes. Les plus
utilisés sont le cortivazol (Altim) et l’hexacétonide de
triamcinolone (Hexatrione).
Il n’est pas judicieux de
renouveler trop souvent ces infiltrations sur une même
articulation (maximum 3 par an).
À ce stade, il faut alors
prévoir une synoviorthèse chimique ou isotopique qui
vise à détruire la synovite ; on utilise l’acide osmique ou
des isotopes (rhénium, yttrium ou erbium, selon le type
d’articulation à traiter).
Ces injections sont classiquement
contre-indiquées chez l’enfant et la femme en âge
de procréer.
2- Traitement chirurgical :
Le traitement chirurgical précoce (libération d’un syndrome
tronculaire, synovectomie…) permet de réduire
le processus destructeur lié au pannus.
Lorsqu’il s’agit
d’une grosse articulation, la synovectomie peut être arthroscopique.
La chirurgie tardive permet de réaliser
un geste prothétique des articulations détruites (hanche,
genou, épaule, coude).
Un geste sur l’avant-pied
(résection des têtes des métatarsiens) permet une reprise
indolente d’une marche normale.
La synovectomie avec
stabilisation et « réaxation » du poignet permet une
récupération fonctionnelle.
Au rachis cervical, la chirurgie
met à l’abri de complication neurologique.
De multiples
gestes chirurgicaux permettent de récupérer (en partie)
la fonction des doigts.
3- Rééducation :
Le principe de la rééducation consiste à éviter l’enraidissement
articulaire par une éducation gestuelle et une
mobilisation quotidienne des articulations touchées.
Parmi les moyens complémentaires, citons les orthèses
de repos, les cannes avec appui antébrachial, les
semelles orthopédiques…
D - Indications :
Le principe du traitement consiste à intervenir rapidement
pour freiner l’évolution de la maladie, empêcher
les lésions osseuses et le handicap fonctionnel par le
biais d’un traitement général.
Cependant, des traitements
locaux (infiltrations, rééducation…) sont souvent
indispensables de même que l’utilisation d’antalgiques
par voie générale.
Si le diagnostic a un degré suffisant de certitude, il ne
faut pas hésiter à traiter énergiquement par les thérapeutiques
de fond actives tel le méthotrexate.
On peut
rester classique, et administrer des sels d’or, ou des thiolés.
Si le diagnostic est hésitant, la Salazopyrine ou le
Plaquenil peuvent être utilisés mais leur efficacité sur la
prévention des lésions osseuses n’est pas démontrée.
Dans la forme installée (typique sur le plan clinique ou réunissant certains critères de mauvais pronostic), il est
légitime de débuter d’emblée un traitement actif tel le
méthotrexate.
Celui-ci supplante maintenant l’ensemble
des traitements en raison de sa bonne efficacité, sa tolérance
et sa capacité à freiner les lésions destructrices.
En cas d’inefficacité, on utilise des sels d’or ou la ciclosporine
ou encore des combinaisons thérapeutiques (ciclosporine
+ méthotrexate ou méthotrexate + Salazopyrine
+ Plaquenil).
Les inhibiteurs de cytokines seraient une
indication intéressante dans ces formes rebelles.
Un traitement général aussi efficace soit-il peut laisser
persister des atteintes focales.
Il est nécessaire de se centrer
sur celles-ci par la réalisation de gestes locaux (infiltrations,
synoviorthèses, synovectomies chirurgicales…).
Dans les formes très évolutives et agressives, la corticothérapie
semble intéressante en association avec le méthotrexate.
Parfois, la posologie du méthotrexate doit
être augmentée jusqu’à 15 mg voire 20 mg/semaine.
Dans les formes évoluées anciennes, on voit souvent se
calmer la plus grande partie des manifestations inflammatoires
et il faut faire face aux lésions séquellaires.
Le problème est celui de la correction chirurgicale de la
lésion, le programme orthopédique devient capital. Mais,
les traitements de fond peuvent rarement être interrompus.
Chez le sujet âgé, on évite les anti-inflammatoires non
stéroïdiens : on donne la préférence à la corticothérapie
à faible dose.
En cas d’échec, on essaye les sels d’or ou
le méthotrexate en faisant attention à la possibilité d’une
insuffisance rénale.
Les formes compliquées d’une vascularite nécrosante
justifient une corticothérapie par voie générale associée
à un immunosuppresseur.
Dans les formes compliquées
d’amylose, on utilise le chloraminophène.