La radiothérapie a un rôle essentiel dans la prise en charge des
pathologies néoplasiques, que ce soit de façon isolée ou en
association avec la chimiothérapie et la chirurgie.
Cependant, les
radiations ionisantes peuvent induire dans certains cas une nécrose
du tissu osseux ou ostéoradionécrose (ORN).
Les manifestations
cliniques varient selon sa localisation.
L’ORN concerne, par ordre
de fréquence, la mandibule après irradiation des cancers
otorhinolaryngologiques (ORL), la hanche et le bassin après
irradiation des cancers pelviens et les côtes après irradiation
pariétale du cancer du sein.
Dans les régions diaphysaires, l’ORN
peut se compliquer de fracture spontanée.
L’importance des lésions
osseuses radio-induites dépend du patient (âge, comorbidité) et de
paramètres techniques (dose, volume irradié, du fractionnement des
séances).
Caractéristiques communes
des ostéoradionécroses :
A -
PRÉVALENCE
:
L’ORN constitue une complication peu fréquente et de plus en plus
rare de la radiothérapie.
Son incidence est variable selon les
localisations.
À titre d’exemple, les études antérieures à 1960
rapportaient 15 à 45 % d’ORN de la mandibule après irradiation
ORL contre moins de 15 % dans les études postérieures à 1980.
L’incidence des ORN de la hanche ou du bassin est estimée comme
faisant suite à 1 à 4% des irradiations du bassin.
L’ORN constitue une complication tardive de la radiothérapie.
Elle
survient à plus ou moins long terme après l’irradiation, à partir de
6 mois après la radiothérapie.
La radiothérapie peut se compliquer
de façon aiguë de douleurs d’allure inflammatoire qui cèdent
rapidement sous antalgiques et/ou anti-inflammatoires non
stéroïdiens.
C’est le cas des douleurs trochantériennes qui peuvent
survenir au décours immédiat d’une radiothérapie externe d’un
cancer prostatique.
On peut en rapprocher l’ostéochondrite qui peut
survenir à la suite de l’irradiation de la cage thoracique.
Cette ostéochondrite se manifeste par des douleurs et un gonflement des
cartilages costaux.
Devant ces manifestations pouvant évoquer un
syndrome de Tietze, l’existence d’un érythème local et la
connaissance du volume irradié orientent le diagnostic de pathologie
radio-induite.
B - PARAMÈTRES TECHNIQUES :
Les lésions osseuses radio-induites peuvent apparaître au décours
d’une irradiation de plus de 30 Gy et avec une incidence plus élevée
pour une irradiation de 50 Gy.
Les lésions osseuses survenant
après une irradiation de moins de 30 Gy évoluent vers une
réparation progressive et sont donc quasiment toujours
asymptomatiques.
Les lésions osseuses étendues, constituées après
une irradiation supérieure à 50 Gy, sont le plus souvent définitives
et peuvent entraîner des lésions fracturaires à la suite de contraintes
mécaniques.
Des irradiations entre 30 et 50 Gy peuvent
entraîner des lésions osseuses plus ou moins importantes.
Les méthodes modernes d’imagerie (scintigraphie, scanner, imagerie
par résonance magnétique [IRM], tomographie par émission de
positons (TEP)-scan) permettent une évaluation optimale de
l’extension tumorale.
L’utilisation récente de l’irradiation à haute
énergie, accélérateur linéaire, dosimétrie individuelle et conformationnelle et des techniques de centrage (simulateurscanner)
ont permis de diriger directement le maximum de
rayonnement sur la zone à traiter.
Ainsi, le volume d’irradiation
étant réduit, les lésions radio-induites des tissus sains traversés ont
pu être diminuées.
C - FACTEURS FAVORISANTS :
L’incidence de l’ORN augmente avec l’âge des patients et en cas de
comorbidité associée.
Une ostéoporose préexistante augmente le
risque de survenue de fractures secondaires à la radionécrose.
Le
diabète et l’hypertension artérielle augmentent le risque de
radionécrose par perturbation de la microcirculation artérielle.
La
sclérodermie augmente également ce risque par le même
mécanisme.
Les tissus de certains patients sont particulièrement
sensibles aux rayonnements ionisants.
C’est le cas de certaines
maladies congénitales caractérisées par un déficit des mécanismes
de la réparation de l’acide désoxyribonucléique (ADN) comme le xeroderma pigmentosum, le syndrome de Cockayne ou l’ataxietélangiectasie.
Les gènes impliqués dans ces maladies sont présents
à l’état hétérozygote dans jusqu’à 5 à 10% de la population.
Les
complications de la radiothérapie semblent plus fréquentes et plus
graves chez les hétérozygotes pour ces maladies que dans la
population générale.
La chirurgie associée à la radiothérapie
majore le risque de fibrose, surtout en cas de complications
postopératoires telles qu’un hématome ou une infection
chronique.
L’effet d’une chimiothérapie associée à la
radiothérapie reste insuffisamment évalué, en raison notamment de
la multiplicité des médicaments utilisables et de leurs modalités
d’administration.
D - DIAGNOSTIC RADIOLOGIQUE
:
L’os irradié se manifeste radiologiquement par une ostéopénie
survenant plus particulièrement 1 an après l’irradiation.
L’aspect
des lésions osseuses radio-induites est hétérogène avec à la fois des
zones radiotransparentes et des zones de condensation.
Le
diagnostic différentiel avec une infection, une récidive néoplasique
ou un sarcome radio-induit est facilité par l’utilisation des nouveaux
moyens d’imagerie (scanner, IRM, TEP-scan).
La limitation des
lésions au champ d’irradiation et l’absence d’envahissement des
parties molles constituent des arguments en faveur de l’ORN.
Descriptions des principales
localisations de l’ostéoradionécrose :
Les principales localisations d’ORN sont le maxillaire inférieur, les
hanches, le bassin et la ceinture scapulaire.
A - HANCHES ET BASSIN
:
Le champ d’irradiation de plusieurs types de cancers inclut le bassin
osseux et les hanches.
Il s’agit des cancers gynécologiques, de la
prostate, de la vessie, du rectum et des sarcomes des parties molles.
1- Hanches :
La hanche constitue la principale localisation de l’ORN.
Les lésions
d’ORN de la hanche surviennent essentiellement après irradiation
des néoplasies pelviennes, en particulier utérines et prostatiques.
Le délai d’apparition des lésions est de 1 à 5 ans après la
radiothérapie.
L’irradiation de la hanche peut entraîner
différentes complications : nécrose de la tête fémorale, fracture transcervicale, fracture du cotyle, séquestration du toit du cotyle.
Ces affections peuvent être à l’origine de coxopathies.
Le délai moyen d’apparition des nécroses de la tête fémorale est de
18 mois après la radiothérapie.
La quasi-totalité de la tête
fémorale est en général touchée.
L’ORN de la hanche complique 0,3
à 4 %, en moyenne 2 %, des irradiations pelviennes.
Les fractures du col fémoral surviennent chez environ 2 % des
patients ayant eu une irradiation pelvienne.
Elles sont le plus
souvent sous-capitales et surviennent en moyenne 16 mois après
l’irradiation.
Les lésions cotyloïdiennes surviennent en moyenne 28 mois après
l’irradiation.
Les lésions osseuses postradiques de la hanche
évoluent en général lentement et se manifestent dans un premier
temps par des douleurs mécaniques et une impotence fonctionnelle
modérée.
L’aggravation brutale signe l’évolution de la lésion fracturaire.
La séquestration nécrotique du toit du cotyle a un aspect proche de
l’ostéochondrite disséquante.
Elle se manifeste par une zone de
condensation osseuse qui peut s’enfoncer progressivement.
Elle est
souvent associée à une nécrose de la tête fémorale.
Chez l’enfant, des lésions épiphysaires postradiques peuvent
entraîner une épiphysiolyse.
2- Bassin
:
Deux zones sont particulièrement sensibles à l’irradiation.
Il s’agit
d’une part du pubis et des branches ilio- et ischiopubiennes et
d’autre part de la partie interne de l’aile iliaque et l’articulation
sacro-iliaque.
L’irradiation du bassin est un facteur favorisant les
fractures sacrées.
L’ORN du bassin peut être associée à celle de la hanche.
L’aspect
radiologique est celui d’une ostéocondensation hétérogène avec
désorganisation des travées osseuses et densification de la
corticale.
Les lésions osseuses radio-induites sont, par définition,
localisées à la zone irradiée.
La symphyse pubienne et les sacro-iliaques peuvent prendre l’aspect
d’ostéite pubienne et de sacro-iliite.
Ces articulations peuvent en
effet être le siège d’un élargissement des interlignes, de flou des
berges et d’une condensation périphérique progressive.
L’atteinte des sacro-iliaques prédomine à la berge iliaque.
Elle est en
général bilatérale.
B - CEINTURE SCAPULAIRE ET CÔTES
:
Les ostéonécroses de la ceinture scapulaire et des côtes compliquent
surtout l’irradiation du cancer du sein.
La nécrose de la tête
humérale est beaucoup plus rare que la nécrose de la tête fémorale du fait de l’utilisation systématique actuelle de dispositifs de
protection des épaules lors de l’irradiation des seins.
Elles ont été rapportées à la suite de 0,3 à 1 % des carcinomes
mammaires irradiés.
Les lésions osseuses sont en général
associées à des lésions de radiodermite et/ou d’atteinte du plexus
brachial qui témoignent de l’intensité de l’irradiation.
L’ostéonécrose de la tête humérale survient 3 à 4 ans après
l’irradiation.
Elle se manifeste par des douleurs mécaniques puis
progressivement par un enraidissement de l’épaule.
L’irradiation des épaules se manifeste le plus souvent
radiologiquement par une ostéopénie avec parfois une
désorganisation de la trame osseuse d’allure pseudopagétoïde.
Les fractures de la clavicule surviennent dans 1 à 6% des cas.
Elles
sont souvent associées à des fractures de côtes et sont en général
peu symptomatiques.
Les fractures de côtes sont également le plus souvent indolores,
multiples, et sur les cinq premières côtes.
C - MAXILLAIRE INFÉRIEUR :
Les ORN mandibulaires surviennent après irradiation des cancers
de l’oropharynx, environ 1 an après l’irradiation.
La radiosensibilité
de la branche horizontale de la mandibule est due à sa localisation
superficielle, à la faible vascularisation de cette zone en dehors de
l’artère alvéolaire inférieure.
L’ORN du maxillaire inférieur est surtout grave parce qu’elle est
septique dans 95 % des cas, à partir d’une extraction dentaire,
souvent favorisée par une mauvaise hygiène buccodentaire.
D - RACHIS :
Le rachis est souvent irradié, en particulier pour des localisations
néoplasiques secondaires et dans le cadre du myélome.
L’aspect
radiologique standard est le plus souvent sans particularité.
L’irridiation du rachis peut également entraîner un tassement
vertébral avec dans certains cas la présence d’un vide
intrasomatique au sein du tassement.
Cet aspect est attribué à
une fracture sous-chondrale secondaire à la nécrose osseuse.
Le
scanner et surtout l’IRM mettent très nettement en évidence les
limites de la zone irradiée.
L’irradiation se manifeste par une
diminution du nombre de cellules hématopoïétiques et leur
remplacement par de la graisse.
Ceci est mis en évidence par un hypersignal en T1 et un signal d’intensité intermédiaire en T2 limité
à la zone irradiée.
Ces modifications apparaissent précocement après
l’irradiation (2 mois) et peuvent être définitives.
E - AUTRES LOCALISATIONS :
Tous les os peuvent être atteints en fonction de la zone irradiée.
L’ORN du sternum a été rapportée dans les suites de l’irradiation
d’une maladie de Hodgkin ou d’un cancer du sein.
Elle a également
été décrite au crâne et aux phalanges.
Description histologique
:
Les lésions osseuses secondaires à la radiothérapie ont été décrites
pour la première fois par Ewing en 1926.
Les études anatomiques
des remaniements osseux postradiques manquent de spécificité, et
sont d’interprétation difficile dans un groupe de patients
cliniquement hétérogène.
L’irradiation du tissu osseux entraîne un
appauvrissement progressif des cellules osseuses avec des lésions
cellulaires prédominant sur les ostéocytes et les ostéoblastes.
Cette
raréfaction cellulaire est à l’origine d’une diminution de la
production de la matrice osseuse et est associée à un remplacement
cellulaire incomplet.
En phase de constitution lésionnelle, l’os irradié
présente le plus fréquemment des signes d’ostéoporose caractérisés
par l’amincissement de travées osseuses.
Cette atrophie osseuse est
associée, voire compensée, par un tissu conjonctif fibreux composé
d’hyperprolifération fibroblastique et un dépôt excessif de matrice
collagénique.
En phase de lésion constituée, l’os radique a une
structure trabéculaire désorganisée de type pagétoïde, qui combine
simultanément des foyers d’ostéogenèse au sein de plages étendues
d’ostéolyse, néovascularisation et fibrose médullaire.
En phase évoluée d’ostéonécrose proprement dite, c’est-à-dire avec
dévitalisation des travées osseuses par destruction des ostéocytes et
perte d’ostéoblastes, peuvent s’associer fracture spontanée et foyer
infectieux.
Les poussées successives d’ostéogenèse et d’ostéolyse
rendent l’os peu solide.
Les fractures siègent, soit dans la zone
d’ostéopénie, soit le plus souvent à la jonction de l’ostéopénie et de
l’os sain.
Physiopathologie :
La physiopathologie des lésions osseuses radio-induites s’oriente
vers deux hypothèses pathogéniques complémentaires.
L’hypothèse
vasculaire attribue les lésions osseuses radio-induites à l’ischémie et
l’hypoxie.
L’hypothèse osseuse fibroatrophique met en avant
l’association de l’effet direct de l’irradiation sur les cellules osseuses
et d’un processus de réparation aboutissant à un tissu cicatriciel de
fibrose radio-induite.
A - HYPOTHÈSE VASCULAIRE :
Le rôle d’un phénomène ischémique a été rapporté par plusieurs
auteurs.
L’analyse histopathologique de zones d’ORN
mandibulaire met en évidence une nécrose de la corticale osseuse,
caractérisée par une perte d’ostéocytes et de larges zones de
résorption dépourvues de stroma.
En bordure, l’os vivant est
remodelé avec une réaction périostée et des cellules inflammatoires.
La moelle adjacente est remplacée par une fibrose peu vasculaire.
Les branches de l’artère alvéolaire inférieure présentent des images
de thrombose vasculaire associée à une fibrose intimale.
L’hypothèse vasculaire a également été étayée par des études
mesurant la pression partielle en oxygène.
Une décroissance rapide
de la PO2 au niveau de la moelle osseuse d’os long après irradiation
a été observée.
L’ischémie rend ainsi l’os plus fragile, mais le cal
osseux postfracturaire peut se réaliser en anaérobie.
En revanche,
l’os irradié résiste moins bien aux infections, qui elles-mêmes
peuvent faire baisser la PO2 locale.
B - HYPOTHÈSE FIBROATROPHIQUE
:
L’existence de lésions disséminées à l’ensemble du champ
d’irradiation et non pas systématisées comme après les lésions
nécrotiques d’origine vasculaire pure constitue un argument contre
un mécanisme exclusivement vasculaire.
L’hypothèse fibroatrophique osseuse radio-induite apporte un éclairage différent
et complémentaire au phénomène d’ORN : le « defect » du tissu
osseux est au coeur de l’analyse explicative par dégradation
excessive et/ou défaut de synthèse.
Il a été décrit plusieurs types de résorption (defect tissulaire) à partir
de l’analyse histologique de patients opérés pour complications
osseuses postradiques : la résorption ostéoclastique, ostéoporose
progressive suivie de néo-ostéogenèse tardive tentant de compenser
l’os détruit, la lyse périostéocytaire pouvant être considérée comme
pathognomonique de l’ORN, la résorption chimique par dissolution
simple et plus marginalement, le vieillissement osseux.
Ce « defect »
osseux radio-induit est une véritable atrophie tissulaire, par
destruction osseuse majeure, mais également par l’absence de
renouvellement cellulaire lié à la mort des ostéocytes et ostéoblastes.
Parallèlement à cette destruction, un comblement tissulaire de
fibrose se produit.
En fait, l’interaction des radiations ionisantes avec
les tissus vivants génère directement, et de façon fugace, des
radicaux oxygénés à l’origine du foyer inflammatoire initial.
Lors de
l’exsudation sérique secondaire, polynucléaires et macrophages sont
stimulés par contact avec les produits de dégradation du collagène,
libérant ainsi d’autres vagues de radicaux libres.
Le processus peut
être alors autoentretenu dans un foyer inflammatoire chronique où
l’équilibre homéostasique est rompu.
Tout stress oxydatif ultérieur
surajouté peut accentuer la production de radicaux libres,
contribuant à l’extension et la densification d’une fibrose proprement
dite, élément commun à tout type de tissu irradié.
En résumé, le tissu osseux irradié répare le plus souvent les
dommages radio-induits avec une ostéoporose tardive par
destruction de quelques ostéocytes, pouvant s’apparenter à un
vieillissement prématuré.
À l’inverse, l’ORN est l’aboutissement de
processus pathologiques progressifs de destruction cellulaire et
matricielle osseuse mal compensée par une ostéogenèse
défectueuse, au profit d’un tissu cicatriciel de fibrose radioinduite
composée comme habituellement de fibroblastes et de
matrice extracellulaire collagénique.
De plus, dans le processus fibrotique, le transforming growth factor (TGF) b est actuellement
considéré comme le responsable principal de l’initiation, du
développement et de l’entretien des processus fibrotiques tels que la
fibrose radio-induite.
Traitement :
A - TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE
:
En l’absence de lésions fracturaires du col du fémur et dans le cas
des fractures ilio- et ischiopubiennes du bassin, le traitement
symptomatique repose sur le repos relatif et les antalgiques.
Même
si la qualité de l’os est altérée, la réparation des lésions osseuses
peut être obtenue dans la plupart des cas.
B - TRAITEMENT CHIRURGICAL :
La prise en charge thérapeutique des lésions osseuses radio-induites
doit prendre en compte que l’os irradié est de mauvaise qualité.
Le
traitement chirurgical est en général plus difficile et ses résultats
moins bons.
En cas de fracture du col fémoral, une ostéosynthèse
est possible.
Pour les fractures diaphysaires des os longs, il est
proposé une ostéosynthèse par clou verrouillé avec greffe osseuse.
Cependant, le risque de 50 % de pseudarthose demeure avec en
moyenne 2,5 interventions par patient.
Les risques de complication
sont réduits avec l’utilisation d’autogreffe microvascularisée, mais
ce geste lourd ne peut être proposé qu’à un sujet jeune à pronostic
conservé.
Le traitement chirurgical des fractures du col fémoral est rendu
difficile par l’altération de la vascularisation secondaire à
l’irradiation.
Les fractures du col non déplacées (grade 1) peuvent
consolider après ostéosynthèse si la vitalité de la tête fémorale est
certaine.
Cependant, les risques de nécrose secondaire font préférer
une exérèse large de tout le tissu irradié nécrotique suivie d’une
reconstruction par prothèse totale de hanche avec ancrages
dépassant les zones osseuses dévascularisées.
Le traitement chirurgical de l’ORN de la tête fémorale
symptomatique en dehors de lésion fracturaire repose sur la mise
en place d’une prothèse totale de hanche.
En effet, la mauvaise
qualité de l’os cotyloïdien impose le remplacement à la fois de la
tête fémorale et du cotyle. L’utilisation d’un anneau cotyloïdien de
renfort avec mise en place de vis fixée en os sain permet de réduire
le taux de descellement qui avoisinait antérieurement 50 %.
Enfin,
la protection de la couverture cutanée est importante, liée au risque
infectieux de 15 % sans ces précautions.
La couverture du lit
opératoire par des muscles irradiés scléreux et dévascularisés limite
l’accessibilité des antibiotiques au site opératoire et expose ce dernier
à une absence de cicatrisation.
C - TRAITEMENTS À VISÉE ÉTIOLOGIQUE
:
1- Oxygénothérapie hyperbare (OHB)
:
L’OHB a été proposée en réponse à l’hypothèse vasculaire pour
diminuer l’hypoxie tissulaire.
Elle est proposée dans les formes les
plus sévères. L’OHB a été introduite dans le traitement des séquelles
de la radiothérapie pour la première fois par Mainous en 1973.
L’oxygénothérapie hyperbare peut être également proposée comme
traitement adjuvant des lésions osseuses radio-induites de la hanche
et du bassin.
Cependant, si le tissu sous-cutané est sensible à
une réoxygénation exogène, la moelle osseuse, véritable éponge
vasculaire plus radiosensible que les tissus mous, répond lentement
et de façon marginale à l’OHB.
Dans l’ORN de moyenne gravité, l’OHB peut permettre une
stabilisation ou une amélioration des symptômes.
Cependant, l’OHB
ne peut en aucun cas revitaliser un tissu totalement nécrosé qui doit
être éliminé chirurgicalement.
Les résultats de l’OHB sont en cours
d’évaluation.
2- Traitements antioxydants
:
Les traitements antioxydants ont été proposés récemment dans la
prise en charge thérapeutique de l’ORN en réponse à l’hypothèse
fibroatrophique.
Dans la fibrose développée après radiothérapie,
deux types de traitement ont ainsi été utilisés, démontrant leur
intérêt en expérimentation animale comme dans des essais
thérapeutiques cliniques : la superoxyde dismutase (SOD) et
l’association pentoxifylline-tocophérol.
Des études in vitro, après
modulation par de la SOD en culture, ont permis de mettre en
évidence une réversion du phénotype des fibroblastes issus de
fibrose.
La SOD n’est actuellement pas disponible.
L’association
concomitante de pentoxifylline-tocophérol (vitamine E) est, en
revanche, disponible et prometteuse.
En effet, dans une étude pilote,
la pentoxifylline seule a permis de réduire des douleurs associées à
des séquelles ORL de la radiothérapie.
Dans une étude de phase II, nous avons administré 800 mg/j de pentoxifylline associés à
1 000 mg/j de tocophérol chez des patientes antérieurement irradiées
pour cancer et présentant 50 fibroses superficielles mesurables.
Une régression clinique significative des lésions était en moyenne
de 53 % en surface à 6 mois et de 66 % à 12 mois.
Des arguments
expérimentaux chez le porc ont confirmé l’intérêt thérapeutique de
cette association.
De plus, cette association pentoxifyllinetocophérol
(vitamine E) a permis d’obtenir des réponses complètes
ou quasiment complètes en moins de 3 mois chez des patients
souffrant d’ORN mandibulaire réfractaire extériorisée et des formes
sévères d’ORN aseptique du sternum et des os longs en échec du
traitement médical symptomatique.
D - PARTICULARITÉS DE L’OSTÉORADIONÉCROSE
MANDIBULAIRE
:
La prise en charge thérapeutique de l’ORN mandibulaire est due à
son caractère septique.
Son traitement repose en première intention
sur les soins locaux (bains de bouche associant bicarbonates,
antiseptique et antifongique) et d’éventuels débridements locaux
itératifs.
Une antibiothérapie à spectre buccal (amoxicilline-acide
clavulanique, tétracyclines…), un antifongique systémique, et une
corticothérapie doivent être poursuivis pendant au minimum 1
mois.
Le traitement chirurgical est proposé aux échecs du traitement
médical et de l’HBO, c’est-à-dire aux ORN symptomatiques et
d’aggravation progressive.
Le principe chirurgical est une
élimination de l’os nécrosé parallèlement à une amélioration de la
vascularisation des tissus irradiés restant en place.
Le meilleur
traitement de l’ORN mandibulaire reste sa prévention en insistant
sur l’importance d’une bonne hygiène buccodentaire.
Un
assainissement buccodentaire doit donc être réalisé avant le début
de l’irradiation avec soin de caries, détartrage, et confection de
gouttières fluorées.