Vertige : physiopathologie
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Le vertige est un symptôme
subjectif qui se définit comme la sensation erronée de
déplacement du sujet ou de son environnement : - parfois net,
grand vertige rotatoire . - parfois fruste, il se traduit alors
par une sensation d'ébriété, de flottement ou d'instabilité à la
marche, ou encore par l'impression d'oscillations de
l'environnement lors des mouvements (oscillopsie).
* L'interrogatoire du sujet est très important, en particulier
pour éliminer les faux vertiges :
- ainsi défini, le vertige traduit un trouble du système de
l'équilibre.
* L'équilibre dépend des systèmes :
- visuel .
- proprioceptif .
- vestibulaire.
Les progrès récents en neurophysiologie vestibulaire permettent
une investigation approfondie et une meilleure connaissance de
la pathologie vertigineuse.
Rappels anatomiques et physiologiques
ANATOMIE DE L'APPAREIL VESTIBULAIRE :
Récepteurs vestibulaires :
* L'oreille interne contient à la fois les structures
neurosensorielles, auditives et vestibulaires.
- Ces éléments sensoriels appartiennent au labyrinthe
membraneux, ensemble de cavités à paroi conjonctivo-épithéliale
qui communiquent entre elles, formant un système clos rempli de
liquide : l'endolymphe.
- Le labyrinthe membraneux est lui-même suspendu dans une coque
d'os compact appelée labyrinthe osseux ou capsule otique, située
profondément dans le rocher.
- Le labyrinthe membraneux, n'occupant qu'une partie du
labyrinthe osseux, baigne dans un liquide : la périlymphe.
* Le labyrinthe membraneux peut être subdivisé en deux parties :
- le labyrinthe antérieur : organe de l'audition représenté par
le canal cochléaire .
- le labyrinthe postérieur, organe de l'équilibre, comprenant
les canaux semi-circulaires d'une part, l'utricule et le saccule
constituant le vestibule membraneux d'autre part.
Les canaux semi-circulaires, au nombre de trois, sont situés
dans des plans orthogonaux entre eux couvrant les trois plans de
l'espace : canal supérieur ou antérieur, canal externe ou
horizontal, canal postérieur.
- Ils ont une forme de boucle incomplète dont les deux
extrémités s'ouvrent dans l'utricule.
- L'une des deux extrémités est renflée : c'est l'extrémité
ampullaire.
* L'utricule et le saccule sont encore appelés organes
otolithiques.
* Le liquide endolymphatique emplit les cavités du labyrinthe
membraneux qui se prolonge par le long canal endolymphatique
jusqu'au sac endolymphatique situé à la face postéro-supérieure
du rocher, au contact des méninges.
Les zones sensorielles sont les éléments importants de la paroi
du labyrinthe membraneux.
* Pour les canaux semi-circulaires, il s'agit des crêtes
ampullaires. Située dans l'ampoule de chacun des canaux, la
crête ampullaire est constituée :
- d'un épithélium fait de cellules ciliées et de cellules de
soutien. Il existe deux types de cellules ciliées : les cellules
en forme de bouteille (les plus nombreuses) et les cellules
cylindriques. Leur structure est identique. Leur pôle apical est
garni d'un kinocil périphérique, vrai cil en rapport avec un
corpuscule basal, et d'une touffe de stéréocils plus petits, de
taille inégale, rangés par ordre décroissant à partir du
kinocil. Le pôle basal des cellules ciliées constitue une zone
de jonction neurosensorielle .
- d'une matrice gélatineuse anhiste, la cupule, dans laquelle
est inclus l'ensemble des kinocils et qui obture la lumière de
l'ampoule du canal.
* Pour le vestibule, les zones sensorielles sont les macules
utriculaire et sacculaire. La macule est composée :
- d'un épithélium cilié identique à celui des crêtes ampullaires
.
- surmonté d'une membrane extra-cellulaire appelée membrane
otoconiale ou membrane statoconiale. Elle contient des petits
cristaux de carbonate de calcium, les otoconies ou otolithes,
soumis avant tout aux lois de la pesanteur et à toutes
accélérations linéaires.
Nerf et noyaux vestibulaires :
* Le pôle basal des cellules sensorielles est connecté :
- avec les dendrites des protoneurones vestibulaires (neurones
de premier ordre) dont le corps cellulaire est situé dans le
ganglion de Scarpa. Le neuromédiateur synaptique serait la
glutamine .
- le pôle basal des cellules sensorielles est également en
relation avec des terminaisons de fibres efférentes. Le
neuromédiateur semble être l'acétylcholine.
* Les axones des neurones de premier ordre forment le nerf
vestibulaire, élément du paquet acoustico-facial, qui emprunte
le conduit auditif interne, traverse la citerne
ponto-cérébelleuse et pénètre dans le tronc cérébral à la
jonction bulbo-protubérantielle, ou se trouvent les noyaux
vestibulaires.
- Certaines fibres nerveuses se terminent dans le cervelet.
- C'est au niveau des noyaux vestibulaires que s'effectue le
relais entre les neurones de premier et de deuxième ordre.
Connexions des noyaux vestibulaires :
* Les connexions des noyaux vestibulaires se font avec :
- la moelle par les faisceaux vestibulo-spinaux .
- les noyaux oculomoteurs .
- le cervelet (archéocérébellum) .
- les noyaux vestibulaires controlatéraux par des relations
intercommissurales .
- la formation réticulée pontique .
- les noyaux tubéro-mamillaires (voie histaminergique) .
- le centre neurovégétatif, responsable du vomissement lors du
vertige .
- enfin, il existe des connexions centrales : les voies
thalamo-corticales.
* Les afférences vestibulaires se projettent au niveau du cortex
cérébral, dans des régions ou convergent également des
afférences proprioceptives et visuelles.
Vascularisation artérielle du labyrinthe postérieur :
La vascularisation artérielle du labyrinthe postérieur provient
du système vertébro-basilaire. L'artère cérébelleuse moyenne
(antéro-inférieure), branche du tronc basilaire, donne l'artère
auditive interne, branche terminale, qui assure seule
l'irrigation du labyrinthe membraneux.
PHYSIOLOGIE :
Physiologie de l'équilibre :
* L'équilibre est sous la dépendance de trois systèmes :
- le système vestibulaire .
- le système visuel .
- le système proprioceptif.
* Les informations provenant des différents systèmes sont
traitées au sein des noyaux vestibulaires, de l'olive inférieure
et de l'archéocervelet :
- comparaison des afférences droite-gauche dans les trois plans
de l'espace, tant pour le système vestibulaire que pour le
système proprioceptif nuqual et le système visuel en provenance
de la rétine périphérique .
- comparaison entre elles des informations apportées par les
différents systèmes . ces informations pouvant être harmonieuses
ou discordantes (mal de mer, cinétose...) .
- comparaison aux informations stockées antérieurement dans la
vie du sujet (apprentissage, habituation).
* Au terme de ce traitement de signal, et lorsque les
informations sont cohérentes, un mouvement réflexe adapté est
déclenché tant au niveau du corps qu'au niveau de l'oeil,
réalisant l'équilibration.
Physiologie de l'appareil vestibulaire :
L'appareil vestibulaire est un récepteur sensible aux mouvements
et aux positions de la tête dans l'espace :
- il transmet en permanence des informations sur la position de
la tête .
- il intervient dans le contrôle du mouvement et de la position
des yeux permettant une vision nette lors des mouvements de tête
.
- enfin, il est le point de départ de réflexes posturaux
assurant l'équilibre tant statique que dynamique du corps.
Récepteurs vestibulaires
En l'absence de stimulus dynamique, chaque cellule ciliée a une
activité spontanée de repos, entraînant la libération d'un
neuromédiateur (le glutamate) au pôle basal de la cellule,
responsable de l'activité de repos du nerf vestibulaire.
* Les canaux semi-circulaires sont sensibles aux accélérations
angulaires de la tête dans le plan du canal stimulé. Le
déplacement de la tête dans le plan des canaux entraîne, du fait
de l'inertie liquidienne, un déplacement relatif du système
cupule-endolymphe et donc des kinocils, en sens inverse de celui
de la tête.
- Cela modifie le potentiel de repos de la cellule sensorielle
et donc la fréquence des potentiels d'action du nerf
vestibulaire.
- Du fait de la configuration architecturale du bouquet
ciliaire, la cellule sensorielle est excitée par un déplacement
de l'endolymphe dans le sens du kinocil, alors qu'elle est
inhibée par le déplacement inverse.
* L'utricule et le saccule, organes otolithiques, sont sensibles
aux accélérations linéaires, en particulier la pesanteur. Ils
renseignent sur la position de la tête dans l'espace.
* Ainsi, les récepteurs vestibulaires sont des mécanorécepteurs,
transformant un phénomène mécanique en énergie bioélectrique.
Le nerf et les noyaux vestibulaires
* Le nerf vestibulaire est le siège d'une activité électrique
permanente. Cette activité de repos sera modifiée par la
stimulation des organes récepteurs.
* Les neurones de premier ordre qui forment le nerf vestibulaire
font relais dans les noyaux vestibulaires d'ou partent en
particulier :
- les faisceaux vestibulo-spinaux : arc réflexe vestibulo-spinal
.
- et les faisceaux vestibulo-oculaires : arc réflexe
vestibulo-oculaire.
Vestibule et équilibration du corps
Arc réflexe vestibulo-spinal :
* le vestibule n'est qu'un des éléments qui contrôlent le tonus
postural et les mouvements corporels. Toutes les réactions à
point de départ vestibulaire auront pour conséquence une
modification du tonus de la musculature striée .
* ainsi, l'appareil vestibulaire participe à chaque instant aux
réactions d'adaptation statique et cinétique, au sein d'un
ensemble de mécanismes extrêmement complexes. Cela explique les
déviations lors de la marche (les yeux fermés surtout) du sujet
vertigineux, ainsi que les déviations posturales constatées lors
de l'examen clinique.
Vestibule et oculomotricité
Arc réflexe vestibulo-oculaire :
* l'oeil ne peut effectuer que deux types de mouvements :
- soit une saccade, mouvement rapide discontinu. La vision est
abolie pendant sa durée .
- soit un mouvement lent, continu qui permet de garder une image
nette d'un objet mobile sur la fovea .
* la vision binoculaire nécessite la parfaite conjugaison des
mouvements des deux yeux. L'oculomotricité conjuguée provient
essentiellement des trois voies oculogyres. L'une d'elles est la
voie vestibulo-oculogyre qui est la voie des mouvements
oculaires réflexes. Elle est responsable de la phase lente du
nystagmus d'origine vestibulaire .
* ainsi, le vestibule participe de façon prépondérante au
contrôle de la coordination des mouvements des yeux par rapport
à la tête.
En clinique on ne peut étudier actuellement qu'indirectement
l'activité vestibulaire, en utilisant l'arc réflexe
vestibulo-oculaire (épreuve calorique, électronystagmographie,
vidéonystagmographie) : on stimule un ou les deux vestibules et
l'on étudie les déplacements oculaires.
Rôle du cervelet :
* Le cervelet reçoit des informations non seulement
vestibulaires (connexions vestibulo-cérébelleuses), mais
également proprioceptives et visuelles.
* Il existe aussi des connexions cérébello-vestibulaires, issues
en particulier du lobe flocculo-nodulaire.
* Les cellules de Purkinje exercent un contrôle inhibiteur sur
les neurones vestibulaires. Le médiateur chimique de ces
synapses est l'acide gamma-amino-butyrique (GABA).
* Ce contrôle permet de moduler les arcs réflexes vestibulaires
en les adaptant selon les situations :
- adaptation à la vision du sujet (port de verres correcteurs,
vision déformée en plongée sous-marine...) .
- en permettant au sujet de se soustraire à ces réflexes
vestibulaires (possibilité de regarder un point immobile alors
que tout tourne autour du sujet) .
- en permettant de diminuer les réponses vestibulaires dans des
conditions inhabituelles (personnel navigant, patineur
artistique...) .
- en permettant une adaptation rapide à la suite d'une
destruction vestibulaire (phénomène de compensation).
Rôle de la vigilance :
La formation réticulée pontique exerce également un contrôle.
Les thérapeutiques qui agissent sur la réticulée
(neuroleptiques, benzodiazépines...) ont une action
antivertigineuse. D'ou la nécessité d'un sevrage avant toute
exploration fonctionnelle vestibulaire.
Le maintien de l'équilibre, c'est-à-dire le contrôle statique et
dynamique du corps et de la vision, a normalement lieu au niveau
inconscient sous-cortical. Dans certaines circonstances
extra-physiologiques ou pathologiques, le sujet prend
conscience, souvent désagréablement (vertige) de son équilibre
précaire.
Rôle des noyaux tubéro-mamillaires :
Situés sous le thalamus, les noyaux tubéro-mamillaires exercent
une régulation histaminergique des deux ensembles nucléaires
vestibulaires.
Ce serait le mode d'action des médicaments favorisant la
compensation à base d'histamine (Serc*).
Physiopathologie :
NYSTAGMUS VESTIBULAIRE :
Il existe de nombreuses variétés de nystagmus. Le nystagmus
vestibulaire est un nystagmus en dents-de-scie.
- C'est un mouvement conjugué, involontaire et rythmé des deux
yeux, qui se compose de deux phases ou secousses nystagmiques de
vitesses inégales, l'une lente, l'autre rapide :
- seul le mouvement lent a une signification physiologique. Il
est proportionnel à l'intensité de la stimulation vestibulaire
périphérique, qu'il s'agisse d'une lésion ou d'un stimulus
physiologique (rotation, déplacement rapide) .
- la secousse rapide, a priori, correspond au retour du globe à
sa position initiale (c'est plus subtilement, jeter l'oeil là ou
on va aller) .
- l'examen du nystagmus doit être réalisé derrière des lunettes
éclairantes et grossissantes, ou par l'intermédiaire d'un masque
vidéoscopique, pour éviter la fixation oculaire qui peut générer
des mouvements parasites.
Définition clinique d'un nystagmus
Le nystagmus se définit cliniquement :
* par sa direction : horizontale, verticale, rotatoire ou
horizontale rotatoire .
* par son sens : droit, gauche, vers le haut ou le bas, horaire
ou antihoraire. Par définition le sens du nystagmus est celui de
la phase rapide, la seule bien vue cliniquement .
* par son intensité qui peut être appréciée par le nombre de
secousses nystagmiques en 30 secondes, ou par le degré (pour un
nystagmus horizontal ou horizontal rotatoire) :
- degré I : le nystagmus est visible uniquement quand le regard
est dirigé dans le sens de la secousse rapide .
- degré II : le nystagmus est également vu dans le regard de
face .
- degré III : le nystagmus est visible quand le regard est
dirigé dans le sens de la secousse lente (cela formant la loi
d'Alexander).
Par opposition aux nystagmus neurologiques et ophtalmologiques,
le nystagmus vestibulaire périphérique est fortement diminué ou
aboli par la vision. Il est donc nécessaire de le regarder sous
lunettes grossissantes (ou en vidéonystagmoscopie) supprimant la
fixation et permettant une meilleure observation par le
praticien.
NOTION DE COMPENSATION :
* La destruction brutale d'un vestibule ou la section d'un nerf
vestibulaire provoquent dans un premier temps :
- un grand vertige .
- un nystagmus horizontal rotatoire spontané, battant dans le
sens opposé à la lésion .
- des déviations segmentaires et axiales du côté de la lésion
(déviation des index, déviation à la manoeuvre de Romberg et
lors de la marche aveugle).
* Secondairement, ces signes régressent grâce à un mécanisme de
compensation centrale :
- disparition des vertiges et des déviations posturales .
- puis disparition du nystagmus.
Classification
Du point de vue de la symptomatologie, il nous a semblé beaucoup
plus intéressant d'étudier la pathologie du système vestibulaire
en opposant les atteintes asymétriques aux atteintes
symétriques, plutôt que d'utiliser la classification habituelle
en pathologies périphérique et centrale. Deux éléments sont en
effet à prendre en considération, car ils interviennent dans le
type de symptômes décrits par le patient.
* Le mode d'installation de l'atteinte, qu'elle soit
périphérique ou centrale :
- une lésion d'installation brutale ou très rapide se
manifestera par un grand vertige accompagné de signes
neurovégétatifs .
- alors qu'une atteinte lente, progressive ne s'exprimera que
par une symptomatologie réduite, voire absente du fait de la
compensation centrale qui s'effectue au fur et à mesure.
* La symétrie ou l’asymétrie de l’atteinte :
- lorsque la lésion est unilatérale, et en général quel que soit
son siège périphérique ou central, la symptomatologie est
franche : grand vertige rotatoire souvent accompagné de signes
neurovégétatifs (sueurs, nausées, vomissements) .
- lorsque l'atteinte est symétrique, les symptômes sont beaucoup
moins francs : instabilité, sensation de déséquilibre plus ou
moins marquée...
Du point de vue étiologique, la durée et l'évolution des crises
vertigineuses, leur mode de déclenchement et les signes associés
(en particulier auditifs, neurologiques ou généraux) sont des
éléments très importants et à faire préciser.
ATTEINTES ASYMETRIQUES :
Les atteintes asymétriques provoquent un déséquilibre entre les
informations provenant de chacun des systèmes vestibulaires. Il
peut s'agir d'une hypoactivité, voire d'une aréactivité
unilatérale, ou bien d'une hyperactivité.
Atteintes vestibulaires :
Les atteintes vestibulaires ont pour siège l'organe
neurosensoriel et/ou les liquides labyrinthiques.
Troubles des liquides labyrinthiques
Les affections comportant des troubles des liquides
labyrinthiques sont responsables souvent de crises répétées de
vertige avec hypoactivité vestibulaire.
La maladie de Ménière, dans sa forme typique, associe
bourdonnements, vertige et surdité pendant la crise. Sa
physiopathologie n'est pas actuellement élucidée et fait l'objet
de nombreuses théories. Il semble certain qu'il existe, lors des
crises, une hyperpression du liquide endolymphatique qui
provoque la distension du labyrinthe membraneux (hydrops
labyrinthique). Des troubles ioniques des liquides
labyrinthiques accompagneraient ou seraient responsables de
l'hydrops. Nous citerons quelques-unes des théories proposées.
* Théories expliquant l'hydrops :
- hyperproduction d'endolymphe à partir du système de la strie
vasculaire soit par élévation de la pression hydrostatique dans
le segment artériel de la strie, soit par diminution de la
pression osmotique plasmatique. Ces théories ne tiennent pas
compte du fait que la production d'endolymphe est très
probablement un phénomène actif et non un simple ultrafiltrant .
- théories évoquant un déséquilibre osmotique entre endolymphe
et périlymphe par trouble de la pompe à chlore, par trouble de
la perméabilité de la membrane de Reissner ou par un déficit en
hyaluronidase. La hyaluronidase est une enzyme qui dépolymérise
les grosses molécules . son déficit provoquerait une
accumulation en mucopolysaccharides, très hydrophiles dans
l'endolymphe, créant un appel d'eau .
- défaut de la fonction de réabsorption du sac endolymphatique.
Cette hypothèse justifie pour certains la chirurgie du sac .
- toutes ces théories expliquent l'hydrops mais pas les crises
de vertige.
* Hypothèses proposées pour expliquer les crises :
- la rupture du labyrinthe membraneux entraînerait une
contamination potassique de la périlymphe, ce qui modifierait la
propagation nerveuse des fibres vestibulaires. La fermeture de
la brèche expliquerait la fin de la crise .
- une hyperparasympathicotonie survenant par à-coups, équivalent
pour l'oreille des rhinites vasomotrices, provoquerait les
crises .
- l'hypothèse allergique s'appuie sur le fait que l'on retrouve
des antécédents d'allergies chez un certain nombre de sujets
atteints de la maladie de Ménière .
- les théories hormonales et métaboliques sont justifiées par la
constatation de la recrudescence ou du déclenchement des crises
en périodes prémenstruelles mais aussi lors du dysfonctionnement
thyroïdien ou du diabète.
* Aucune des théories proposées n'est en mesure d'expliquer à la
fois la totalité des symptômes et la fluctuance des crises dans
la maladie de Ménière, ni l'existence de formes cliniques
dissociées : cochléaires (surdité fluctuante) ou vestibulaires
pures (vestibulopathie récurrente).
Les brèches labyrinthiques peuvent être d'origine traumatique,
ostéitique, cholestéatomateuse ou non, ou favorisées par une
malformation.
- La fuite de liquide périlymphatique est responsable de
troubles pressionnels liquidiens.
- La stimulation directe, en particulier pneumatique, peut
déclencher des phénomènes aigus (signe de la fistule).
- Enfin, la communication des espaces périlymphatiques avec
l'oreille moyenne peut aboutir à une labyrinthite infectieuse
aigu‘.
Certaines labyrinthites d'origine infectieuse peuvent être
classées dans ce chapitre car au début il existe une réaction
des liquides labyrinthiques.
Atteinte vestibulaire dans l'otospongiose : maladie héréditaire
enzymatique, l'otospongiose réalise une ostéodystrophie de la
capsule otique, responsable le plus souvent initialement d'une
ankylose stapédo-vestibulaire. Parfois l'atteinte de l'oreille
interne peut être isolée, l'origine otospongieuse étant affirmée
par la survenue secondaire d'un foyer otospongieux de la fosse
ovale. Des troubles ioniques des liquides labyrinthiques ont été
observés . ils seraient la conséquence de la libération
d'hydrolase.
Atteintes unilatérales des récepteurs neurosensoriels
Les atteintes unilatérales des récepteurs neurosensoriels sont
surtout le fait de pathologies aigu‘s, et donc responsables
d'une crise vertigineuse généralement unique de type
déficitaire.
* Les labyrinthites infectieuses sont soit suppurées,
compliquant une otite aigu‘ ou chronique, soit virales,
compliquant les oreillons surtout, mais également la rougeole ou
d'autres viroses. Il existe une destruction plus ou moins totale
des cellules sensorielles.
* Les troubles vasculaires aigus : une hémorragie ou une
ischémie labyrinthiques peuvent causer des lésions des cellules
neurosensorielles.
Vertige paroxystique positionnel bénin
Le vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB) par
cupulolithiase ou canalolithiase est fréquent. Il
s'individualise par sa symptomatologie typique. Il constitue une
hyperactivité vestibulaire brutale, unilatérale, brève,
déclenchée par les changements brusques de position.
* L'hypothèse physiopathologique qui prévaut est celle de la
libération d'otoconies venant de la macule utriculaire. Ces
otoconies se déposeraient sur la cupule du canal semi-circulaire
postérieur (pour des raisons anatomiques), provoquant, lors des
mouvements brusques de la tête, une stimulation inappropriée du
système cupule-endolymphe. C'est le concept de cupulolithiase.
* Il semble que les débris d'otoconies puissent s'accumuler dans
le canal. Leur déplacement en fonction des mouvements de la tête
entraînerait des déplacements de l'endolymphe et de la cupule.
C'est le concept de canalolithiase.
* Ces deux hypothèses ne s'excluent pas l'une, l'autre. Une
manoeuvre thérapeutique consiste à faire sortir les otoconies du
canal.
* Plusieurs hypothèses sont proposées pour expliquer la
libération des otoconies :
- la dégénérescence de l'épithélium utriculaire, ce qui
expliquerait que la fréquence du VPPB croisse avec l'âge .
- les traumatismes sont invoqués, car le VPPB est le plus
fréquent des vertiges post-traumatiques .
- enfin l'origine virale a été suspectée devant la recrudescence
saisonnière, épidémique des cas de VPPB.
* La guérison spontanée peut s'expliquer par la dispersion des
otoconies du fait de la multiplication des mouvements et par
l'habituation.
Atteintes du nerf vestibulaire :
Neurinome de l'acoustique
* Le neurinome de l'acoustique est une tumeur bénigne développée
aux dépens de la gaine de Schwann. Dans la grande majorité des
cas, le neurinome de l'acoustique est en fait un schwannome du
nerf vestibulaire :
- la tumeur na”t le plus souvent au fond du conduit auditif
interne .
- au cours de son développement elle envahit l'angle
ponto-cérébelleux, pouvant comprimer le flocculus, le tronc
cérébral et des nerfs crâniens (V, VII, VI, IX, X, XI et XII) .
- la lenteur d'évolution de ces tumeurs explique que la
symptomatologie vertigineuse soit modeste.
* Plusieurs mécanismes peuvent être évoqués dans la survenue du
déficit vestibulaire :
- le refoulement des fibres nerveuses par le neurinome (alors
que le neurofibrome de la maladie de Recklinghausen les
dissocie) .
- la compression de l'artère interne dans le conduit, parfois
brutale, expliquant les 12% de neurinomes révélés par une
surdité brusque.
Névrite vestibulaire
La névrite vestibulaire réalise une atteinte déficitaire
brutale, unilatérale, totale, mais cependant, réversible.
L'origine virale est probable, mais difficile à mettre en
évidence. Les arguments en faveur sont :
- la survenue du déficit au cours d'un syndrome grippal .
- l'isolement dans quelques cas de virus neurotropes, à partir
du LCR .
- la survenue épidémique saisonnière de névrites.
Atteintes centrales :
Des pathologies variées sont susceptibles de créer des
perturbations des voies centrales vestibulaires par des
mécanismes divers :
* compression ou envahissement tumoral .
* ischémie : le syndrome de Wallenberg est dû à un
infarcissement du territoire de l'artère de la fossette latérale
du bulbe. Il débute par un grand vertige, les signes
neurologiques associés permettant le diagnostic topographique
(bulbaire) .
* démyélinisation (sclérose en plaques) .
* ou processus dégénératif.
ATTEINTES SYMETRIQUES :
La symptomatologie vertigineuse y est beaucoup moins bruyante :
sensation de déséquilibre permanent, de tangage, de flottement.
Atteintes responsables d'une hyporéflexie vestibulaire
bilatérale :
* Dans les labyrinthites toxiques, les antibiotiques
aminoglycosidiques sont le plus souvent en cause.
- Ils sont tous, à des degrés divers, toxiques pour les cellules
ciliées qu'ils détruisent.
- La sensibilité individuelle est grande, mais se trouve accrue
en cas d'insuffisance rénale.
* Les dégénérescences spino-cérébelleuses peuvent se révéler au
début par un déficit vestibulaire bilatéral.
Hyperréflexies vestibulaires bilatérales :
Leur détermination nosologique est encore difficile à préciser.
Il semble qu'il s'agisse souvent d'une perte du rétrocontrôle
inhibiteur cérébelleux ou réticulaire.
INSUFFISANCE VERTEBRO-BASILAIRE :
La fosse postérieure et le labyrinthe membraneux sont
vascularisés par le système vertébro-basilaire.
Il est vraisemblable que toute perturbation hémodynamique de ce
système retentit sur le système vestibulaire périphérique et
central.
Ces perturbations peuvent être unilatérales ou bilatérales,
progressives ou soudaines, spontanées ou posturales.
C'est dire le polymorphisme de l'expression clinique selon les
mécanismes mis en jeu : embolie, fluctuations tensionnelles,
hémodétournement, compression mécanique...
AUTRES ORIGINES :
Enfin, les vertiges peuvent provenir des autres systèmes
extra-vestibulaires qui concourent à l'équilibre :
* vertige optocinétique, physiologique, provoquant un
déséquilibre lors de la vision d'un environnement en mouvement .
* vertige des hauteurs par perte de références visuelles
proches. La susceptibilité individuelle est extrêmement variable
selon les sujets .
- vertige physiologique, lors de l'excentration latérale
exagérée du regard, s'accompagnant d'un nystagmus .
- en pathologie, en cas de paralysie oculomotrice, un vertige
apparaît quand le patient souhaite regarder dans le champ de la
paralysie .
* vertiges d'origine proprioceptive nuquale :
- la sensibilité proprioceptive des muscles de la nuque joue un
rôle important dans les mécanismes de régulation de la posture .
- un déséquilibre peut apparaître en cas de contracture
musculaire : torticolis, traumatisme nuqual, arthrose...
MAL DES TRANSPORTS :
Le mal des transports ou cinétose n'est pas un vertige.
Il est provoqué par un déplacement passif dans un véhicule, et
plus particulièrement quand il existe une contradiction entre
les informations visuelles et vestibulaires (par exemple : lire
en voiture, être en bateau entre le roulis et le tangage).
La sensibilité interindividuelle est variable, et pour un même
individu elle varie d'un jour à l'autre en fonction de
paramètres divers (fatigue, facteurs psychologiques...).