Ontogenèse de la sécrétion des hormones stéroïdes pendant la vie foetale et néonatale Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
Les gonades, mâle et femelle, et le cortex surrénalien ont la même
capacité potentielle de stéroïdogenèse, mais chaque glande reste
normalement spécialisée dans la formation d’un groupe de stéroïdes
particuliers à sa fonction.
Cette parenté dans la possibilité de
biosynthèse peut être expliquée par l’origine embryonnaire
commune de ces trois glandes endocrines, suggérée par des études
histologiques.
Cette hypothèse a été confirmée récemment par deux
données.
La première est la mise en évidence de cellules immunoréactives au steroidogenic factor 1 (SF-1) localisées entre
l’aorte dorsale primitive et l’épithélium coelomique, près de la crête génitale primitive, dont dérivent à la fois le cortex surrénal et les
gonades.
La deuxième est l’observation d’une agénésie
embryonnaire des deux tissus chez des souris dont le gène codant
pour SF-1 a été invalidé.
D’autres tissus comme le placenta, le
système nerveux central, les adipocytes.... sont capables de réaliser
une ou plusieurs étapes de la stéroïdogenèse, mais sont incapables
de transformer le cholestérol en stéroïdes actifs, car ils n’expriment
pas tous les gènes codant pour les enzymes de la stéroïdogenèse.
Dans cet article, nous analysons l’ontogenèse de la fonction
stéroïdienne des surrénales et des gonades, après avoir présenté les
voies de biosynthèse des hormones stéroïdes.
Biosynthèse des stéroïdes hormonaux :
Les enzymes impliquées dans les différentes étapes communes aux
trois glandes sont les mêmes, bien que la régulation de l’expression
de chacune d’elles diffère d’un tissu à l’autre.
Le cholestérol est le précurseur de toutes les hormones stéroïdes.
Tous les tissus stéroïdogènes possèdent l’équipement enzymatique
nécessaire pour synthétiser le cholestérol à partir de l’acétate.
L’étape
limitante dans cette voie est celle qui est contrôlée par le 3b-hydroxy-
3-méthylglutamyl coenzyme A (HMG co-A) réductase.
Cependant,
dans la plupart des espèces, en particulier chez l’homme, la source
principale du cholestérol utilisée pour la stéroïdogenèse est la
lipoprotéine plasmatique de faible densité (low density lipoprotein
[LDL]).
La LDL liée à son récepteur est internalisée et dégradée,
libérant à l’intérieur de la cellule les esters de cholestérol qui sont
stockés dans les gouttelettes lipidiques ou hydrolysés en cholestérol
libre.
Dans toutes les cellules, les deux voies, la biosynthèse du
cholestérol et l’internalisation de la LDL, sont régulées en fonction
du contenu en cholestérol de la cellule.
La diminution du contenu
en cholestérol entraîne une augmentation de l’activité de la HMG
co-A réductase, du nombre de récepteurs à la LDL et une diminution
de l’activité de l’acyl co-A (cholestérol acyltransférase [ACAT]),
enzyme qui transforme le cholestérol en ester de cholestérol.
Au
contraire, lorsque le contenu cellulaire en cholestérol augmente,
l’activité de la HMG co-A réductase et le nombre de récepteurs à la
LDL diminuent et l’activité de l’ACAT augmente.
Les mécanismes
moléculaires par lesquels le cholestérol régule au niveau transcriptionnel l’expression des gènes codant pour ces protéines ont
été élucidés.
Cependant, des données cliniques et expérimentales
suggèrent que le cholestérol des high density lipoproteins (HDL)
pourrait aussi être utilisé pour la stéroïdogenèse car, dans
l’abêtalipoprotéinémie associée à une absence de LDL et dans
l’hypercholestérolémie familiale due à des mutations du récepteur
de LDL, la production basale de stéroïdes surrénaliens semble être
normale, bien que la capacité de réponse à l’adrenocorticotrophic
hormone (ACTH) soit réduite.
La conversion du cholestérol en hormones stéroïdes nécessite le
transport du cholestérol du cytosol à la membrane interne de la
mitochondrie et l’intervention de plusieurs enzymes, dont six
appartiennent à la famille du cytochrome P450 oxydase, appelé ainsi
pour ses propriétés physicochimiques (cyto pour cellule, chrome pour
couleur, P pour pigment, 450 : pic d’absorption à 450 nm après
réduction avec le monoxyde de carbone).
Selon les
recommandations de la Nomenclature internationale, on utilise le
terme CYP pour les gènes et P450 pour les produits. Dans le tissu
stéroïdogène, les cytochromes P450 sont localisés dans la membrane
interne des mitochondries (P450scc [side-chain cleavage], P45011B1,
P45011B2) ou dans les microsomes (P450c17, P450c21, P450aro).
Dans tous les cas, le donneur d’électrons est le nicotinamideadénine-
dinucléotide-phosphate (NADPH), mais les P450
mitochondriaux nécessitent deux transporteurs d’électrons,
l’adrénodoxine réductase et l’adrénodoxine, alors que les P450
microsomiaux nécessitent uniquement l’adrénodoxine réductase.
A - CONVERSION DU CHOLESTÉROL EN PRÉGNÉNOLONE :
Cette première conversion est l’étape limitante de la biosynthèse de
toutes les hormones stéroïdes.
Elle comporte trois réactions
chimiques distinctes, double hydroxylation en C20 et C22 et coupure
de la chaîne latérale du cholestérol entre C20 et C22. Une seule
enzyme, codée par le gène CYP11A1, le cytochrome P450scc, aussi
appelée desmolase 20-22, réalise les trois réactions enzymatiques.
Chez l’homme, il y a un seul gène pour le P450scc et l’adrénodoxine
réductase, un gène et deux pseudogènes pour l’adrénodoxine.
L’effet majeur de toutes les hormones capables de stimuler de façon
aiguë la production de stéroïdes dans les surrénales et les gonades
est d’augmenter la conversion de cholestérol en prégnénolone.
Cette
stimulation n’est pas due à une augmentation de l’activité
enzymatique du complexe P450scc, mais à un transport accru du
cholestérol de la membrane externe à la membrane interne de la
mitochondrie.
Ce transfert est bloqué très rapidement par des
inhibiteurs de la synthèse protéique, ce qui a fait postuler que les
hormones agiraient en stimulant la synthèse d’une ou plusieurs
protéines à demi-vie très courte, chargées du transfert du cholestérol
depuis le cytosol jusqu’à la membrane mitochondriale interne.
Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses protéines candidates
ont été proposées, mais très peu ont résisté à une étude
expérimentale rigoureuse.
Actuellement, deux types de facteurs
pourraient être responsables de ce transfert accru de cholestérol
entre la membrane externe et la membrane interne de la
mitochondrie : le récepteur périphérique des benzodiazépines et son
ligand endogène endozépine, et une protéine appelée StAR
(steroidogenic acute regulatory protein).
Cette dernière protéine
remplit plusieurs conditions qui font d’elle un bon candidat comme
transporteur du cholestérol : elle est synthétisée très rapidement
après stimulation hormonale et transloquée à la mitochondrie ; sa
synthèse est bloquée par le cycloheximide et elle est capable
d’activer la première étape de la stéroïdogenèse dans des systèmes
hétérologues.
Le rôle crucial de cette protéine a été confirmé
récemment, en montrant que l’hyperplasie congénitale lipoïde des
surrénales, pour laquelle des travaux précédents n’avaient pas pu
montrer d’anomalies génétiques du complexe P450scc, est due à
des mutations du gène codant pour StAR.
Ce gène est localisé
dans le chromosome 8 et contient huit exons et sept introns.
Cependant, cette protéine n’est pas exprimée dans d’autres tissus stéroïdogéniques comme le placenta et le système nerveux
central, suggérant que d’autres mécanismes sont impliqués dans
le transport du cholestérol vers la mitochondrie dans ces tissus.
La
confirmation de cette hypothèse est donnée par le fait que la stéroïdogenèse placentaire chez des foetus avec hyperplasie lipoïde
de la surrénale semble être normale.
B - CONVERSION DES STÉROÏDES 3B-HYDROXY-5-ÈNE
EN STÉROÏDES 3-CÉTO-4-ÈNE
:
Cette conversion est catalysée par la 3b-hydroxystéroïde
déshydrogénase (3b-HSD) isomérase qui a une double activité,
déshydrogénation du radical hydroxyle en position 3b et
isomérisation de la double liaison en C5.
Des études récentes ont
montré que, chez les mammifères, plusieurs gènes codent pour cette
enzyme.
Dans l’espèce humaine, deux gènes, appelés types I et II, et
trois pseudogènes ont été clonés.
Les deux gènes type I et II
contiennent quatre exons et trois introns d’une longueur totale de
7,8 kb et localisés dans le chromosome 1p11-p13.
Le type II
s’exprime presque exclusivement dans la surrénale, l’ovaire et le
testicule, alors que le type I s’exprime dans le placenta, la peau, le
foie et la glande mammaire.
Les deux enzymes possèdent l’activité
3b-HSD et D5-D4-isomérase, mais l’affinité (Km) de l’enzyme de type
I est supérieure à celle du type II pour tous les substrats.
Ainsi, l’activité enzymatique relative (Vmax/km) du type I est 5,9, 4,5 et
2,8 fois plus élevée que celle du type II lorsqu’on utilise
respectivement comme substrat la prégnénolone, le
déhydroépiandrostérone (DHEA) et la dihydrotestostérone (DHT).
La faible affinité de l’enzyme de type II, exprimée principalement
dans les tissus stéroïdogènes (surrénale et gonades), pourrait être en
relation avec la concentration élevée de tous les substrats endogènes
dans ces tissus.
L’expression tissu-spécifique de type II a été
confirmée par des études récentes montrant que l’hyperplasie
congénitale avec déficit en 3b-HSD est due exclusivement à des
anomalies du gène de type II.
Au contraire, la forte affinité de
l’enzyme de type I devrait faciliter la formation de stéroïdes
D4-3 céto dans les tissus périphériques, malgré la concentration
faible en substrats.
Chez les rongeurs, rat et souris, quatre acides désoxyribonucléiques
complémentaires (ADNc) codant pour la 3b-HSD ont été clonés.
Chez la souris, le type I s’exprime dans la surrénale, l’ovaire et le
testicule, alors que les types II et III s’expriment dans le foie et le
rein.
Chez le rat, les types I et II s’expriment préférentiellement
dans le tissu stéroïdogène, le type III dans le foie et le type IV dans
le placenta et la peau.
C - CONVERSION DES STÉROÏDES C21 EN STÉROÏDES C19
:
Le cytochrome P450 17alpha-hydroxylase (P450c17) catalyse
l’hydroxylation en C17 de la prégnénolone et de la progestérone
(activité 17alpha-hydroxylase) et la coupure de la chaîne latérale C17-
C20 (activité 17,20-lyase).
Chez tous les mammifères étudiés, un
seul gène (CYP17) code pour le P450c17.
Chez l’homme, le gène
contient huit exons et sept introns et est localisé dans le chromosome
10q24.3. Le fait que le cytochrome P450c17 ait les deux activités,
17alpha-hydroxylase et C17-20-lyase, implique que l’enzyme joue un rôle
clé dans l’orientation de la stéroïdogenèse vers la biosynthèse des
glucocorticoïdes (activité 17alpha-hydroxylase sans activité lyase) ou des
stéroïdes sexuels (présence des deux activités).
Ces différences
d’activité de la même enzyme semblent être dues au
microenvironnement dans les microsomes, car les enzymes purifiées
à partir de la surrénale et du testicule ont la même activité, tandis
que l’activité lyase des microsomes surrénaliens est faible par
rapport à celle des microsomes testiculaires.
Deux facteurs
peuvent expliquer ces différences, la flavoprotéine P450-réductase
microsomiale (qui est différente du P450-adrénodoxine réductase
mitochondrial) et le cytochrome b5.
In vitro, ces deux protéines
augmentent l’activité lyase et leur taux dans les microsomes
testiculaires est supérieur à celui des microsomes surrénaliens.
De plus, il a été montré que la phosphorylation du P450c17 par la
protéine kinase dépendante de l’adénosine monophosphorique
cyclique (AMPc)-dépendante, augmente son activité lyase.
Il faut
signaler que le P450c17 ne s’exprime pas dans le placenta, ce qui
explique que ce tissu soit capable de transformer le cholestérol en
progestérone, mais pas en androgènes ou oestrogènes.
Les bases moléculaires du déficit en P450c17 ont été analysées.
La plupart des malades étudiés avaient un déficit complet combiné
en 17alpha-hydroxylase et 17,20-lyase, un faible nombre avaient un
déficit partiel des deux activités et un seul avait cliniquement un
déficit isolé en 17,20-lyase ; dans ce cas, une simple mutation, Phe417
–> Cys417, produisait une enzyme dont l’activité 17alpha-hydroxylase
était normale mais qui n’avait pas d’activité lyase.
D - HYDROXYLATION DES STÉROÏDES EN C21
:
La conversion de la 17alpha-hydroxyprogestérone en 11-déoxycortisol et
de la progestérone en 11-déoxycorticostérone (DOC) est catalysée
par la même enzyme, le cytochrome P45021 qui est codé par le gène
CYP21 et qui s’exprime uniquement dans les surrénales.
Cette
enzyme utilise comme transporteur d’électrons la même flavoprotéine P450-réductase que le P450c17.
Des études immunohistochimiques ont montré que l’enzyme est présente dans
les trois zones du cortex surrénalien, avec une intensité plus
marquée dans les zones glomérulée et réticulée.
Chez l’homme, deux
gènes ont été identifiés : le CYP21B qui code pour le cytochrome
P450c21 et le CYP21A ou CYP21P qui est un pseudogène inactif par
délétion de huit paires de bases dans le troisième exon, insertion
d’une base T dans le septième exon et la transition C à T dans le
huitième exon (CAG devient le codon stop TAG).
Les deux CYP21
sont en tandem avec les gènes C4A et C4B qui codent le quatrième
composant du complément.
Ils sont localisés dans le bras court du
chromosome 6 entre les gènes human leucocyte antigen (HLA)-B et
HLA-DR.
La même organisation du gène existe chez la souris, mais,
dans cette espèce, le gène actif est le A.
Une activité 21-hydroxylase
a été trouvée dans plusieurs tissus humains adultes et foetaux (rein,
parois vasculaires) mais il est probable que cette activité est due à
d’autres enzymes ayant une activité 21-hydroxylase, car l’acide
ribonucléique messager (ARNm) de P450c21 n’est pas exprimé dans
ces tissus.
L’hyperplasie surrénale congénitale par déficit en 21-hydroxylase est
toujours due à des anomalies du gène CYP21B. Les études de ces
dernières années ont montré que ces altérations sont multiples :
délétions, conversions géniques et mutations ponctuelles.
E - HYDROXYLATION DES STÉROÏDES EN C11B ET C18
:
Dans le cortex surrénalien humain, la dernière étape de la
biosynthèse d’aldostérone dans la zone glomérulée et du cortisol
dans la zone fasciculée est catalysée par deux enzymes codées par
des gènes différents (CYP11B1 et CYP11B2), tous deux localisés dans
le chromosome 8q22.
Chacun contient neuf exons et code pour
deux protéines matures de 479 résidus avec 93 % d’homologie.
Dans la zone glomérulée, une seule enzyme, le cytochrome P45011B2
(aussi appelé P450aldo, P450CMO, P450C18 ou P450 aldostérone
synthase), possède les trois activités requises pour transformer la
11-DOC en corticostérone (11b-hydroxylase) puis en 18-hydroxycorticostérone (18-hydroxylase ou corticostérone méthyloxydase
I ou CMO-I) et finalement en aldostérone (18-oxydase ou
corticostérone méthyl oxydase II ou CMO-II).
Les mutations du gène
codant pour le P45011B2 entraînent un déficit en aldostérone
décrit initialement sous le nom de déficit en CMO-II.
Les études de transfection ont montré que l’enzyme mutée avait une activité 11bhydroxylase
normale, une activité 18-hydroxylase diminuée et pas
d’activité 18-oxydase.
Ceci explique que le rapport 18- hydroxycorticostérone/aldostérone soit très élevé chez des malades
ayant ce déficit enzymatique.
Dans la zone fasciculée, une autre enzyme, le cytochrome P45011B1,
catalyse de façon très active la transformation du 11-déoxycortisol
en cortisol.
L’activité 18-hydroxylase de cette enzyme est 10 fois plus
faible que celle du P45011B2 et elle n’a pas d’activité 18-oxydase.
L’hyperplasie surrénale congénitale par déficit en 11b-hydroxylase
est due à des mutations du P45011B1 et se traduit par une
augmentation des niveaux plasmatiques du précurseur du cortisol
(11-déoxycortisol) et de la corticostérone (11-DOC).
Comme ce
dernier stéroïde a une activité minéralocorticoïde, les malades
présentent dans la plupart des cas une hypertension, une
hypokaliémie et un hypoaldostéronisme secondaire à la suppression
du système rénine-angiotensine.
Une anomalie génétique responsable de l’hyperaldostéronisme
sensible aux glucocorticoïdes a permis de préciser le rôle du
promoteur dans la régulation de l’expression de chacun de ces gènes
et de la partie codante du gène dans l’activité enzymatique.
L’anomalie dans cette maladie autosomique dominante est due à
une recombinaison génétique par crossing-over entre les gènes codant
pour le P45011B1 et le P45011B2.
Ce gène hybride contient le
promoteur et les trois premiers exons du P45011B1 et les six derniers
exons du P45011B2.
Ceci fait que l’expression de ce gène hybride,
dans la zone fasciculée, est régulée par l’ACTH, comme le gène
normal P45011B1, mais a une activité similaire à celle du P45011B2,
avec une production accrue d’aldostérone mais aussi des dérivés 18-
hydroxylés du cortisol.
La suppression de la sécrétion d’ACTH par
les glucocorticoïdes exogènes entraîne une diminution de
l’expression du gène hybride et la normalisation de la sécrétion
d’aldostérone et de 18-hydroxycortisol.
Les effets des glucocorticoïdes dans les tissus-cibles sont régulés par
les enzymes 11b-HSD qui catalysent l’interconversion entre cortisol
et cortisone.
Deux types ont été clonés : le type 1 (11b-HSD1), en
présence de NAPDH, transforme la cortisone en cortisol ; le type II
(11b-HSD2), en présence de nicotinamide adénine dinucléotide
(NAD), transforme le cortisol en cortisone.
Le type 1 s’exprime dans
de nombreux tissus, en particulier dans le foie, mais très peu dans
le rein.
Son rôle principal est de transformer le glucocorticoïde
inactif, la cortisone, en cortisol.
Au contraire, le type 2, qui s’exprime
principalement dans le rein et dans le placenta, oxyde le cortisol
pour donner la cortisone.
Le rôle principal est d’inactiver le cortisol
au niveau du rein et ainsi d’empêcher la liaison et l’activation du
récepteur de minéralocorticoïdes par le cortisol.
Des mutations de
ce gène provoquent le syndrome d’excès apparent de minéralocorticoïdes
avec hypertension, hypoaldostéronisme, hyporéninémie
et hypokaliémie.
D’un point de vue conceptuel, il est intéressant
de souligner ici que la 11b-HSD2 illustre la richesse des mécanismes
régulateurs en endocrinologie.
En effet, dans ce système, la
régulation d’une fonction (contrôle de l’équilibre hydrominéral) par
un messager spécialisé (aldostérone) résulte de l’expression par le tissu-cible non seulement d’un récepteur du messager, mais aussi
d’une enzyme qui inactive les messagers non spécialisés dans la
régulation de la fonction (cortisol) qui croiseraient avec le récepteur.
F - HYDROXYLATION DES STÉROÏDES EN C17B
:
Les enzymes de cette famille sont responsables de l’interconversion
androstènedione/testostérone, DHEA/5-androstène-3b,17b-diol et
oestrone/oestradiol.
La famille est formée d’au moins huit gènes.
La 17b-HSD de type 1 a été purifiée à partir du cytosol du placenta
humain, l’ADNc cloné et la structure du gène déterminée. Le gène
est localisé dans le chromosome 17 et est formé de six exons et cinq
introns.
L’enzyme recombinante catalyse l’interconversion oestrone
et oestradiol et, à un moindre degré, celle de DHEA et
androstènediol.
Le gène codant pour la 17b-HSD de type 2 est
localisé dans le chromosome16q24.
Cet ADNc code pour une
protéine partiellement associée au réticulum endoplasmique car elle
contient une séquence hydrophobe dans sa partie carboxyterminale.
Cette enzyme catalyse l’interconversion androstènedione/
testostérone, oestrone/oestradiol et DHT/androstanedione.
De plus,
l’enzyme a une activité 20alpha-HSD catalysant la conversion de la 20ahydroxyprogestérone
en progestérone.
L’ARNm codant pour cette
enzyme s’exprime en quantités importantes dans le placenta humain
mais pas dans la prostate.
Plus récemment, l’ADNc et le gène codant
pour le type 3 de la 17b-HSD ont été identifiés.
Le gène est localisé
dans le chromosome 9q22 et contient 11 exons.
La comparaison avec
les deux autres types de la 17b-HSD a montré une similarité faible,
de l’ordre de 23 %.
L’enzyme catalyse la conversion
d’androstènedione en testostérone et, avec une plus faible affinité, la
DHEA en androstènediol et l’oestrone en oestradiol.
Elle s’exprime
presque exclusivement dans le testicule.
Les pseudohermaphrodismes
par déficit en 17b-HSD résultent toujours de
mutations du gène de la 17b-HSD de type 3.
La 17b-HSD de type
4 catalyse l’oxydation du 17b-oestradiol, alors que la 17b-HSD de
type 5 catalyse la réaction de réduction. Ces deux dernières enzymes
s’expriment dans la plupart des tissus.
G - RÉDUCTION DES STÉROÏDES EN C5A
:
La conversion des stéroïdes 4-ène-3-céto en 5alpha-dihydro-3-céto est
catalysée par la 5alpha-réductase, une enzyme microsomiale NADPHdépendante.
Le rôle le mieux connu de cette enzyme est la
transformation de la testostérone en DHT, androgène responsable
de la différenciation des organes génitaux masculins et de la
prostate.
Deux types de 5alpha-réductase ont été isolés à partir d’une
banque d’ADNc humain de prostate humaine.
Les deux gènes
contiennent cinq exons et quatre introns, mais sont localisés dans
des chromosomes différents : le type 1 dans le chromosome 5p15 et
le type 2 dans le chromosome 2p23.
En plus de certaines propriétés
enzymatiques différentes, en particulier le pH optimal, acide pour le
type 2 et neutre pour le type 1, chaque enzyme s’exprime de façon tissu-spécifique et même dans des cellules différentes à l’intérieur
d’un tissu.
Chez l’homme, le type 2 s’exprime dans la prostate,
l’épididyme et la peau génitale, alors que le type 1 s’exprime dans
le foie et la peau non génitale.
Par ailleurs, les déficits en 5aréductase
sont dus exclusivement à des anomalies du gène de
type 2.
H - AROMATISATION :
L’étape finale de la biosynthèse des oestrogènes est la conversion
des stéroïdes C19 (androstènedione, testostérone, 16-
hydroxyandrostènedione) en stéroïdes C18 correspondants (oestrone,
oestradiol et oestriol).
Cette conversion est catalysée par le complexe
enzymatique impliquant une flavoprotéine P450-réductase et le
P450aro codé par le gène CYP19.
L’aromatisation utilise trois
molécules d’oxygène et trois électrons et implique trois
hydroxylations successives au niveau du groupement méthyl en
C19.
La dernière hydroxylation entraîne la perte de ce méthyl sous
forme d’acide formique.
En même temps s’effectue l’aromatisation
du noyau A.
La structure du gène humain codant pour le P450aro a
été déterminée.
Il est localisé dans le chromosome 15 et comporte
neuf exons qui codent pour une protéine de 419 acides aminés.
La
particularité de ce gène est qu’il utilise différents promoteurs selon
le tissu.
Récemment, plusieurs mutations du CYP19 ont été
décrites.
Chez les filles, ces mutations donnent un
pseudohermaphrodisme féminin à la naissance, absence de puberté
et des ovaires polykystiques, alors que, chez les garçons, les
symptômes les plus marquants sont la grande taille, le retard de
l’âge osseux et les taux élevés de luteinizing hormone (LH), de follicle
stimulating hormone (FSH) et de testostérone.
I - STÉROÏDES SULFOTRANSFÉRASE ET SULFATASE :
Les sulfates des stéroïdes peuvent être synthétisés directement à
partir du sulfate de cholestérol ou par sulfatation de stéroïdes libres.
Cette dernière réaction est catalysée par les sulfotransférases, dont
les principales sont l’oestrogène sulfotransférase (EST), spécifique
des oestrogènes et impliqué surtout dans leur métabolisme, et
l’hydroxystéroïde sulfotransférase (HST) qui sulfate les groupes
hydroxylés en position 3a, 3b et 17b des androgènes.
Cette
enzyme est importante dans la surrénale pour la synthèse de sulfate
de DHEA à partir de la DHEA.
L’hydrolyse des sulfates des
stéroïdes est catalysée par une sulfatase spécifique, dont le gène est
localisé dans le chromosome Xp22.
Les délétions ou les mutations
de ce gène donnent l’ichthyose liée à X.
Ontogenèse du cortex surrénal :
Chez les mammifères, le cortex surrénalien dérive des cellules de
l’épithélium coelomique.
Des études récentes chez la souris ont
montré l’existence des cellules primordiales « adrénogénitales » à
partir desquelles se forment le cortex surrénalien et les gonades.
Ces cellules sont localisées initialement entre la partie frontolatérale
de l’aorte dorsale et la partie dorsale de l’épithélium coelomique.
Ces cellules sont immunoréactives pour SF-1.
Entre 11,5 et 12,5 jours postconception (jpc), ces cellules se multiplient activement et
finissent pour se séparer en deux groupes : l’un, du côté de l’aorte
dorsale, va donner le cortex surrénalien primordial ; l’autre, du côté
de la cavité coelomique, va être envahi par les cellules germinales
pour donner la gonade primordiale, pas encore différenciée.
La
surrénale primordiale sera envahie beaucoup plus tard par les
cellules chromaffines provenant de la crête neurale, pour donner la
médullosurrénale.
Du point de vue morphologique et fonctionnel, le développement
du cortex surrénal foetal est très différent entre les primates et les
autres mammifères.
Nous limitons notre analyse aux primates.
Chez
ces derniers, homme compris, la caractéristique morphologique
majeure du cortex surrénalien foetal est l’existence de deux zones
distinctes : l’externe, zone définitive, aussi appelée néocortex ou zone permanente, formée seulement par quelques couches de
cellules, et l’interne, zone foetale qui représente 80 à 90 % de la
glande.
Des études morphologiques approfondies ont permis de
préciser plusieurs étapes importantes dans le développement du
cortex surrénalien humain :
– prolifération et migration des cellules dérivées de l’épithélium
coelomique ou du primordium adrénogénital (4 à 6 semaines) ;
– différenciation morphologique du cortex en deux zones (8 à
10 semaines) ;
– croissance très rapide due presque exclusivement à l’élargissement
de la zone foetale (15 semaines-naissance) ;
– apparition d’une zone de transition entre la zone définitive et la
zone foetale (20 semaines-naissance) ;
– régression et disparition de la zone foetale (6 premiers mois de la
vie) ;
– structuration du cortex en trois zones typiques de l’adulte : glomérulée, fasciculée et réticulée (2-15 ans).
A - RÉGULATION DE LA CROISSANCE DE LA SURRÉNALE
FOETALE :
Chez tous les primates étudiés (homme, rhésus et babouin), la
croissance de la surrénale foetale est rapide et très importante. Dans
l’espèce humaine, son poids double entre 20 et 30 semaines et à
nouveau entre 30 et 40 semaines ; à la naissance, son poids de 3-4 g
est similaire à celui d’une surrénale adulte, alors que son poids
relatif, surrénale/poids corporel, est 15 à 20 fois supérieur.
Bien que l’ACTH soit synthétisée dans l’hypophyse foetale à partir
de la sixième semaine et que les taux plasmatiques d’ACTH soient
élevés à partir de la 12e semaine, la croissance de la surrénale
foetale pendant le premier tiers de la vie foetale semble être
indépendante de l’ACTH, car chez les foetus anencéphaliques la
surrénale se développe normalement jusqu’à la 15e semaine.
En
revanche, dans des conditions pathologiques, lorsqu’il y a une
sécrétion accrue compensatrice d’ACTH par l’hypophyse foetale
(c’est le cas dans certaines formes d’hyperplasie surrénale dues à
des anomalies génétiques des enzymes de la stéroïdogenèse),
l’hormone stimule la croissance.
Au-delà de cette date, l’ACTH est
indispensable au développement morphologique et fonctionnel de
la surrénale foetale.
Ainsi, dans l’espèce humaine et chez les singes,
l’anencéphalie spontanée ou expérimentale, ainsi que le blocage de
sécrétion de l’ACTH par l’hypophyse foetale par administration de
glucocorticoïdes, produisent une atrophie de la zone foetale et un
effondrement des oestrogènes plasmatiques maternels.
Au
contraire, l’administration d’ACTH restaure la taille des surrénales
de foetus anencéphaliques et l’augmentation de la sécrétion d’ACTH
endogène par l’administration de métyrapone, un inhibiteur de la
synthèse de cortisol, induit, chez le foetus rhésus, une augmentation
du poids des surrénales et une accélération de leur maturation
fonctionnelle.
Des études récentes ont précisé la contribution relative de chaque
zone dans la croissance de la glande et les facteurs régulateurs
impliqués.
Dans la surrénale foetale humaine, l’indice
mitotique des zones définitive et foetale est similaire avant la
14e semaine mais, après cette date, celui de la zone définitive est
deux fois supérieur.
En revanche, dans les surrénales provenant de
foetus traités in utero avec des glucocorticoïdes, l’indice mitotique
des deux zones est similaire et très diminué.
Chez le foetus
rhésus, l’augmentation de la sécrétion d’ACTH endogène induite
par l’administration de métyrapone pendant 3 jours en milieu de
gestation augmente d’environ quatre fois l’épaisseur de la
corticosurrénale probablement par prolifération de la zone de
transition, et dix fois le nombre de cellules qui expriment la 3b-HSD
à l’intérieur de cette zone.
De même, l’administration d’ACTH à
des foetus de babouin au milieu de la gestation pendant 4 jours
augmente d’environ dix fois l’épaisseur de la zone de transition,
mais a très peu d’effets sur la zone définitive, alors que
l’administration de glucocorticoïdes à la fin de la gestation pendant
4 jours fait disparaître la zone de transition, sans modifier la zone
définitive.
Dans des conditions physiologiques, le nombre de
cellules apoptotiques dans la surrénale foetale est très faible et
celles-ci sont exclusivement localisées dans la partie profonde de la
zone foetale, mais le blocage de la sécrétion endogène d’ACTH
par les glucocorticoïdes entraîne une augmentation de cellules
apoptotiques dans la zone foetale.
La régression de la zone
foetale pendant le premier mois de la vie postnatale est associée à
une augmentation du nombre de cellules apoptotiques et c’est
probablement la cause de la régression.
Bien que l’ACTH soit le
régulateur principal du développement du cortex surrénalien foetal,
des observations multiples suggèrent que d’autres facteurs, en
particulier plusieurs facteurs de croissance (insulin-like growth factor
[IGF]-II, fibroblast growth factor [FGF] basique, epidermal growth factor
[EGF], transforming growth factor [TGF] b, activine/inhibine),
agissant de façon indépendante ou conjointement avec l’ACTH,
peuvent également réguler le développement de la surrénale foetale.
L’ensemble des résultats montre que, chez les primates, le
développement du cortex surrénalien implique un remodelage
continu dû à des processus d’hyperplasie, d’hypertrophie, de
migration et d’apoptose. Deux modèles ont été proposés pour
expliquer la cytogenèse des zones du cortex surrénalien : le
modèle zonal et le modèle de migration cellulaire.
Dans le premier,
la prolifération a lieu à l’intérieur de chaque zone, laquelle croît et
fonctionne indépendamment des autres.
Dans le modèle de
migration, chaque zone dérive d’un groupe commun de cellules
précurseurs localisées à la périphérie du cortex, lesquelles migrent
de façon centripète.
Ce modèle implique que toutes les cellules du
cortex aient une origine commune et que leur phénotype change en
fonction de leur localisation dans le cortex.
En faveur de ce dernier
modèle sont d’une part l’analyse ultrastucturale des surrénales
foetales humaines et, d’autre part, le fait que la largeur de la zone
définitive et de transition augmente très peu par rapport à la zone
foetale, bien que la multiplication cellulaire ait lieu principalement
dans la zone définitive.
B - RÉGULATION DE LA STÉROÏDOGENÈSE
DE LA SURRÉNALE FOETALE :
Des études in vivo et in vitro ont montré que la surrénale est capable
de synthétiser des stéroïdes très précocement, avant la 10e semaine.
Le taux plasmatique des oestrogènes, et en particulier celui de
l’oestriol, est un bon indice de l’activité stéroïdogène des surrénales
foetales.
Une augmentation des oestrogènes plasmatiques est
détectable dès la huitième semaine et, à la 12e semaine, le taux est
augmenté de plus de 100 fois.
Au contraire, les taux sont effondrés,
voire indétectables, chez des femmes porteuses d’un foetus anencéphalique ou si le foetus est mort ou dans les rares cas de
déficit génétique en sulfatase, qui empêche la formation de DHEA à
partir du sulfate de DHEA (SDHEA).
Tous ces résultats
indiquent que la surrénale foetale sécrète du SDHEA très
précocement.
Cette conclusion a été confirmée par des études in
vitro montrant une sécrétion de SDHEA par le tissu de surrénale
foetale qui est stimulable par l’ACTH.
La sécrétion de SDHEA
augmente de façon progressive et importante au cours des deuxième
et troisième trimestres pour atteindre des valeurs très élevées,
environ 200 mg/j, à la fin de la gestation.
La source principale,
sinon exclusive, de la sécrétion de DHEA et de son sulfate est la
zone foetale, car elle exprime toutes les enzymes de la stéroïdogenèse
sauf la 3b-HSD.
Au contraire, la zone définitive exprime la
3b-HSD et les enzymes catalysant la synthèse d’aldostérone.
Mais
elle n’exprime pas le P450c17 et ne synthétise donc pas de cortisol.
Enfin, la zone de transition qui, chez les primates, se développe
pendant la deuxième moitié de la vie foetale, plus particulièrement
au cours du troisième trimestre, exprime toutes les enzymes de la stéroïdogenèse et est donc capable de synthétiser du cortisol mais
pas d’aldostérone car elle n’exprime pas le cytochrome P45011B2.
Ces données suggèrent que la sécrétion de cortisol par la
surrénale foetale de primates est un événement relativement tardif.
Cependant, une sécrétion très précoce de cortisol est suggérée par l’observation de la masculinisation des organes génitaux externes
des filles avec une hyperplasie congénitale des surrénales par déficit
en P450c21.
Chez ces malades, l’absence de cortisol entraîne, par
perte du mécanisme de rétrocontrôle, une sécrétion accrue d’ACTH
par l’hypophyse foetale, qui provoque une hypersécrétion des
androgènes surrénaliens responsables de la masculinisation des
organes génitaux externes.
Étant donné que dans l’espèce humaine
la différenciation des organes génitaux externes commence à la
huitième semaine de gestation et est complète à la 12-14e semaine,
la masculinisation induite par l’excès d’androgènes, en particulier la
fusion labioscrotale, a lieu obligatoirement avant la 12e semaine.
Ces données indiquent clairement que, dans des conditions
physiologiques, la surrénale foetale sécrète très précocement du
cortisol, entre les 8e et 12e semaines, lequel exerce un rétrocontrôle
négatif sur la sécrétion d’ACTH par l’hypophyse foetale.
Toutefois,
le type de cellule du cortex surrénal foetal capable de synthétiser du
cortisol pendant cette période n’a pas été identifié.
L’ensemble des données morphologiques et fonctionnelles indique
que, chez les primates, le cortex surrénalien est formé de trois zones
distinctes :
– la zone définitive, la plus externe, formée d’une bande étroite de
petites cellules (10-20 µm) de type basophile ; ces cellules expriment
toutes les enzymes de la stéroïdogenèse, sauf le P450c17, et sont
donc capables de synthétiser l’aldostérone, en particulier à la fin de
la gestation ; cette zone est équivalente de la zone glomérulée de la
surrénale adulte ;
– la zone de transition identifiable morphologiquement dans la
deuxième moitié de la gestation, ou avant lorsqu’il y a un excès
d’ACTH ; les cellules de cette zone expriment toutes les enzymes de
la stéroïdogenèse et sont donc capables de synthétiser du cortisol ;
cette zone est équivalente de la zone fasciculée de la surrénale
adulte ;
– la zone foetale, la plus importante, est formée de cellules de type
éosinophile volumineuses (20-50 µm) qui présentent les
caractéristiques des cellules sécrétrices de stéroïdes ; ces cellules
expriment toutes les enzymes de la stéroïdogenèse, sauf la 3b-HSD,
et sécrètent des stéroïdes D5 ; cette zone est l’équivalente de la zone
réticulée qui se développe au moment de l’adrénarche.
Les facteurs impliqués dans la régulation du développement et de
la fonction du cortex surrénalien foetal des primates décrits avant
1997 ont été analysés en détail.
Ces données peuvent être
résumées ainsi.
– L’ACTH est le facteur essentiel dans ces régulations.
L’absence
d’ACTH, l’anencéphalie spontanée ou expérimentale entraînent
l’atrophie et l’hypofonction de la zone foetale.
Au contraire, l’excès
d’ACTH, endogène ou exogène, induit une hyperplasie et une
augmentation de la sécrétion des stéroïdes D5.
De même, le
développement et la fonction de la zone de transition est ACTHdépendante.
En revanche, le développement, mais pas la fonction,
de la zone définitive semble être en partie ACTH-indépendant.
– Des facteurs de croissance (FGF basique, EGF/TGFa et IGF I/IGF
II) stimulent la multiplication des cellules de surrénale foetale, plus
particulièrement celle de la zone définitive. En outre, ces facteurs
sont sécrétés localement et leur sécrétion est stimulée par l’ACTH,
suggérant qu’ils peuvent agir comme facteurs autocrines.
De plus, IGF I/IGF II, en plus de leur action mitogène, potentialisent l’action
de l’ACTH sur la production de stéroïdes et sur l’expression de
plusieurs enzymes de la stéroïdogenèse (P450scc, P450c17 et 3b-
HSD).
Au contraire, le TGFb inhibe la prolifération et la fonction
des cellules de la zone définitive et de la zone foetale.
Un autre facteur qui joue probablement un rôle régulateur important
sur la surrénale foetale des primates au cours de la deuxième moitié
de la gestation, est le corticotropin-releasing hormone (CRH).
Ce
peptide est synthétisé et sécrété par le placenta et sa sécrétion
augmente de façon importante à la fin de la gestation.
Chez
l’homme et chez le rhésus, la taille relative de la zone foetale
suit le profil de sécrétion du CRH placentaire.
De même, l’involution
postnatale de la surrénale est associée à un effondrement du taux
plasmatique de CRH sans modifications significatives des taux
d’ACTH.
Le CRH peut exercer ses effets sur la surrénale foetale
par deux voies : indirectement en stimulant la sécrétion d’ACTH par
l’hypophyse foetale ; directement, car la surrénale foetale exprime des
récepteurs au CRH de type I ; le peptide stimule la sécrétion de
stéroïdes, et en particulier du SDHEA, par les cellules de surrénale
foetale humaine en culture, ainsi que l’expression des cytochromes
P450scc et P450c17 par ces mêmes cellules.
Il est intéressant de
noter deux particularités du système CRH foetoplacentaire.
La
première concerne la régulation positive de sa sécrétion par les
glucocorticoïdes, alors qu’au niveau hypothalamique ces stéroïdes
exercent des effets opposés.
La deuxième concerne le système de
couplage des récepteurs aux effecteurs.
Alors que, dans les cellules corticotropes, les récepteurs CRH de type I sont couplés
positivement à l’adénylate cyclase, dans la surrénale foetale ils sont
couplés à la phospholipase C et au métabolisme des
phospho-inositides.
Les oestrogènes sont le deuxième groupe de facteurs qui jouent,
directement et indirectement, un rôle important dans le
développement de l’axe hypophysosurrénalien foetal chez les
primates.
Le placenta exprime le cytochrome P450scc et la 3b- HSD, mais pas le cytochrome P450c17.
Par conséquent, il est capable
de transformer le cholestérol en prégnénolone et progestérone, mais pas en androgènes.
En revanche, il exprime en quantité importante
le cytochrome P450aro, ce qui lui permet de transformer les
androgènes provenant de la surrénale foetale en oestrogènes.
À
leur tour, les oestrogènes régulent l’activité de l’unité foetoplacentaire
à plusieurs niveaux :
– ils augmentent le nombre de récepteurs de la LDL et l’expression
du P450scc, et ainsi la capacité à produire de la progestérone ;
– ils inhibent la stéroïdogenèse de la surrénale foetale, bien que les
mécanismes impliqués dans ces effets ne soient pas encore bien
élucidés ;
– ils stimulent la formation des jonctions lacunaires (gap junctions)
et l’expression de récepteurs à l’ocytocine dans le myomètre, ainsi
que la production de prostaglandines par l’amnios et les cellules
déciduales, processus qui favorisent la contraction utérine et la
parturition ; cependant, le rôle des oestrogènes dans le
déclenchement de la parturition chez les primates reste controversé ;
– ils stimulent l’expression de la 11b-HSD de type II, sans modifier
l’expression du type I, ce qui a comme conséquence une diminution
du cortisol plasmatique foetal et une augmentation de la sécrétion
d’ACTH par l’hypophyse foetale ; ceci explique que chez le babouin,
au milieu de la gestation, une partie importante du cortisol
plasmatique foetal provienne du passage transplacentaire du cortisol
maternel, alors qu’à la fin de la gestation, et du fait de l’activité
accrue de la 11b-HSD de type II, la quasi-totalité du cortisol maternel
qui arrive dans le placenta soit transformée en cortisone.
Malgré tous ces effets des oestrogènes, chez l’homme, les mutations inactivatrices du P450aro ne semblent pas être associées à des
anomalies de la fonction des surrénales foetales, ni à une
prolongation de la gestation.
Les seules anomalies constatées sont
une masculinisation des organes génitaux externes des filles et une
virilisation de la mère à la fin de la grossesse.
De même, les
mutations inactivatrices du récepteur à des oestrogènes dans l’espèce
humaine n’entraînent pas d’altérations de la fonction surrénalienne
et de la durée de la gestation.