Ontogenèse de la sécrétion des hormones stéroïdes pendant la vie foetale et néonatale
(Suite) Cours
d'endocrinologie
Ontogenèse des fonctions stéroïdogènes des gonades foetales
et néonatales
:
La fonction stéroïdogène des gonades pendant la vie foetale et
néonatale diffère profondément selon le sexe.
Alors que l’ovaire
foetal est peu, ou pas, capable de transformer le cholestérol en
hormones stéroïdes, le testicule produit de grandes quantités
d’androgènes, et principalement de testostérone.
Les cellules de Leydig responsables de la sécrétion testiculaire de
testostérone pendant la vie foetale (appelées cellules de Leydig de
type foetal) diffèrent par de nombreuses caractéristiques
morphologiques et physiologiques des cellules de Leydig de type
adulte qui n’apparaîtront qu’à la puberté.
En particulier,
contrairement aux cellules de Leydig adultes, les cellules de Leydig
foetales expriment la 5alpha-réductase et l’aromatase à des niveaux très
faibles et sont peu sujettes à la désensibilisation par les fortes doses
d’hormones gonadotropes.
Ces différences sont à mettre en relation
avec le fait que ces deux types cellulaires jouent des rôles différents
en physiologie de la reproduction.
Pendant la vie foetale, la sécrétion
de testostérone contrôle la différenciation de l’appareil génital : la
testostérone impose le maintien du canal de Wolff et sa
différenciation en épididyme, canal efférent et vésicule séminale ;
elle induit la différenciation du sinus urogénital en uretère et
prostate, ainsi que la masculinisation des organes génitaux
externes.
Pendant la puberté et la vie adulte, la production de
testostérone par les cellules de Leydig de type adulte est responsable
du développement et du maintien de la spermatogenèse, du
développement et de l’activité de l’appareil génital et de la mise en
place et du maintien des caractères sexuels secondaires.
Chez le foetus femelle, la différenciation des organes génitaux
internes et externes pendant la vie foetale résulte d’une absence de
production d’androgènes par les ovaires.
En l’absence de
testostérone ou de son action, le canal de Wolff régresse, le sinus
urogénital donne naissance à la partie inférieure du vagin et les
organes génitaux externes évoluent spontanément dans le sens
femelle.
Pendant la puberté et la vie adulte, la production
d’oestrogènes est responsable du développement de l’appareil
génital et des caractères sexuels secondaires.
Il est à noter que le devenir du canal de Müller au cours de la vie
foetale ne dépend pas de l’activité stéroïdogène des gonades.
Chez
le foetus mâle, les cellules de Sertoli produisent l’hormone
antimüllérienne (AMH), une protéine de la famille du TGFb, qui
provoque la régression du canal de Müller, alors que chez le foetus
femelle, en l’absence d’AMH, le canal de Müller se maintient et
évolue spontanément en trompe de Fallope, utérus et partie
supérieure du vagin.
Le développement de la fonction stéroïdogène des gonades pendant
la puberté a fait l’objet de nombreuses revues récentes et ne sera pas
étudié ici.
Nous focalisons notre exposé sur le
développement des cellules de Leydig foetales après l’avoir situé
dans le contexte général de formation de la gonade et avoir présenté
les caractéristiques de l’ontogenèse des fonctions stéroïdogènes de
l’ovaire foetal.
Nous nous limitons à l’étude du rat et de l’homme,
espèces pour lesquelles les données sont les plus nombreuses.
A - FORMATION DE LA GONADE
SEXUELLEMENT INDIFFÉRENCIÉE :
La gonade se développe d’abord comme une ébauche
morphologiquement identique chez les embryons XX et les
embryons XY.
C’est le stade indifférencié ou bipotentiel qui
apparaît à 10,5 jpc chez la souris, 11,5 jpc chez le rat et au cours de
la quatrième semaine de grossesse dans l’espèce humaine.
C’est un
bourrelet antéropostérieur qui fait saillie dans le coelome à la surface
du bord interne (proche du mésentère dorsal) de la partie antérieure
et moyenne du mésonéphros.
Cette morphologie explique que
l’ébauche gonadique soit également appelée la crête génitale.
Elle
est formée par une prolifération de l’épithélium coelomique associée
à une condensation du mésenchyme sous-jacent.
Ces cellules
mésenchymateuses proviendraient, en partie au moins, d’un primordium corticogénital localisé dans la partie antérieure du
mésonéphros.
En effet, dans cette région se trouve un groupe de
cellules immunoréactives pour le SF-1.
Puis les cellules
germinales primordiales dont les précurseurs sont d’origine
ectoblastique et qui proviennent de la paroi du sac vitellin, près de
la racine de la tige allantoïde, viennent coloniser le primordium
corticogénital et s’y distribuent uniformément.
Le primordium se
sépare ensuite en deux populations cellulaires distinctes : l’ébauche
surrénalienne et l’ébauche gonadique qui contient les cellules
germinales alors appelées gonocytes.
La présence des cellules
germinales n’est pas nécessaire à la différenciation des éléments
somatiques de la gonade.
Les études du développement de la gonade chez des souris
porteuses d’invalidations génétiques et du déterminisme génétique
des agénésies gonadiques chez l’homme ont permis d’identifier
plusieurs gènes indispensables pour la formation ou le maintien de
la gonade indifférenciée.
Il s’agit de SF-1, du gène
suppresseur de la tumeur de Wilms (WT-1), des gènes homéotiques
Lim1 et Lhx9 et des homologues murins de head gap empty spiracle
(Emx2) et de polycom (M33) de la drosophile.
B - DÉVELOPPEMENT DE L’OVAIRE FOETAL ET NÉONATAL
:
L’hypothèse de Witschi selon laquelle l’ovaire se développe à partir
de la région corticale de la gonade indifférenciée alors que le
testicule se développe à partir de sa région médullaire est
maintenant totalement abandonnée pour la différenciation
gonadique chez les mammifères.
En fait, chez la femelle, la gonade conserve globalement l’aspect
histologique inorganisé de la gonade indifférenciée pendant une longue période, bien que des cellules somatiques puissent apparaître
alignées, et forment ainsi ce que certains appellent de façon abusive
des « cordons ».
Les cellules germinales entrent en méiose de 16,5 à
18 jpc chez le rat et de la neuvième semaine au huitième mois de vie
foetale dans l’espèce humaine.
Chez le rat, les premiers follicules
primordiaux ne sont visibles qu’à 2 jours post-partum (jpp), les
follicules secondaires commencent à se former à 4 jpp et des
follicules à antrum avec une thèque différenciée sont présents à
7 jpp.
Dans l’espèce humaine, les premiers follicules primordiaux,
primaires, secondaires et cavitaires apparaissent respectivement à la
16e semaine, aux cinquième, sixième et septième mois.
Classiquement, la production ovarienne d’oestradiol à partir de
cholestérol ne débute qu’avec le début du développement pubertaire
(7 jpp chez la rate et stade P2, soit 10,5 ans en moyenne chez la fille).
Cependant, de nombreuses données montrent que l’ovaire n’est pas
totalement silencieux avant cette période.
D’abord, l’ovaire foetal est capable de sécréter des oestrogènes de
façon transitoire, à l’époque même où démarre la sécrétion
stéroïdienne dans le testicule.
Chez certaines espèces comme le
cobaye, le lapin, les ovins et les bovins, cette production est
quantitativement très importante ; elle s’arrête au moment où les
cellules germinales entrent en méiose et sont intégrées dans les
follicules.
Chez le rat, l’ovaire foetal est incapable de synthétiser des
oestrogènes de novo, mais il est possible d’obtenir une production
d’oestradiol par des ovaires foetaux cultivés en présence de DHEA
dès 14,5 jpc.
L’addition de dibutyryl AMPc au milieu de culture
induit la production d’oestrogènes à partir du cholestérol en
induisant l’expression du cytochrome P450scc.
La quantité de
stéroïdes produits en réponse au dibutyryl AMPc diminue
considérablement après 16,5 jpc, c’est-à-dire, ici encore, au moment
de l’entrée en méiose des cellules germinales.
Dans l’espèce
humaine, l’ovaire est capable d’aromatiser les androgènes dès la
huitième semaine de vie foetale, mais la sécrétion ovarienne
d’oestrogènes reste très faible et c’est seulement à la mi-gestation
que les taux d’oestradiol sont plus élevés dans le liquide amniotique
des foetus femelles que dans celui des foetus mâles.
En conclusion,
dans toutes ces espèces, il existe une activité stéroïdogène ovarienne
précoce avant le début de la folliculogenèse.
L’origine cellulaire de
cette production est mal établie, mais il semble que les cellules stéroïdogènes soient d’origine mésonéphritiques.
En outre, les
espèces douées d’une forte activité stéroïdogène précoce sont celles
qui, contrairement au rat et à l’homme, ont différencié précocement
des récepteurs de LH/chorionic gonadotrophin (CG), et l’on peut
penser que c’est la stimulation gonadotrope qui induit la production
de stéroïdes ovariens.
En fin de vie foetale, des follicules de De Graaf se sont différenciés
dans l’espèce humaine et l’ovaire devient capable de produire des
oestrogènes de novo, mais cette production reste très faible et les
taux circulants d’oestrogènes chez le nouveau-né sont identiques
dans les deux sexes.
Dans l’espèce humaine, quel que soit le sexe, les taux circulants de LH et FSH augmentent après la naissance pour atteindre un
maximum à 2-3 mois égal aux valeurs rencontrées chez l’adulte.
Puis
les taux circulants chutent progressivement jusqu’à 1 an et resteront
faibles pendant toute l’enfance.
La production d’oestrogènes par
l’ovaire est étroitement corrélée aux taux des gonadotrophines, avec
un maximum entre 3 et 6 mois pendant lequel le taux d’oestradiol
est égal à celui qui est observé aux stades P3-P4 de la puberté.
Puis,
pendant l’enfance, la production ovarienne d’oestrogènes est très
faible et les taux circulants ne montrent plus de différence
sexuelle.
C - DÉVELOPPEMENT DU TESTICULE FOETAL ET NÉONATAL :
1- Différenciation testiculaire initiale
:
Alors que l’organogenèse histologique de l’ovaire est tardive et lente,
celle du testicule est précoce et rapide.
Elle débute par la formation
des cordons séminifères, ébauche des tubes séminifères, qui résultent
de l’agrégation des cellules de Sertoli autour des gonocytes.
Les premiers cordons séminifères sont identifiables à 12 jpc chez la
souris, à 13,5 jpc chez le rat et à 42 jpc chez l’homme.
En suivant le
devenir in vitro de cellules préalablement marquées, il a été montré
récemment que les cellules de Sertoli provenaient de l’épithélium
coelomique.
Une fois constitués, les cordons séminifères doivent
recruter des cellules péritubulaires pour persister. Les précurseurs
de ces dernières sont d’origine mésonéphritique et sont attirés par
des substances non identifiées produites par les cellules de Sertoli.
La différenciation des cellules de Sertoli et la prolifération de leurs
précurseurs dans l’épithélium coelomique résultent de l’expression
d’un gène situé dans la partie distale du bras court du chromosome
Y, le sex determining region Y (SRY). SRY à lui seul suffit pour
imposer une différenciation complète de l’ébauche gonadique dans
le sens mâle puisque des souris XX transgéniques pour le gène SRY
différencient des testicules foetaux fonctionnels.
Bien que SRY ait été
identifié depuis plusieurs années, son mécanisme d’action est encore
très mal connu.
Il doit faire intervenir l’activation ou la répression
de gènes qui agissent en « cascade ».
Les gènes candidats sont SF-1, SRY related HMG box gene 9 (SOX9), doublesex-and mab-3-related
transcription factor (DMRT1) et dosage-sensitive sex reversal -AHC
critical region on the X, gene 1 (DAX-1).
La différenciation des cellules de Leydig foetales qui nous intéressent
ici constitue la deuxième grande étape de la différenciation
testiculaire.
2- Différenciation des cellules de Leydig foetales
chez les rongeurs
:
Les cellules de Leydig apparaissent entre les cordons
séminifères par différenciation de cellules mésenchymateuses.
Ce
sont des cellules présentant des caractéristiques ultrastructurales de
cellules stéroïdogènes (grandes mitochondries à crêtes tubulaires,
nombreuses gouttelettes lipidiques et réticulum endoplasmique lisse
bien développé) qui sont visibles à partir de 15,5 jpc chez le rat.
Les cellules de Leydig commencent à produire de la testostérone à
partir de 12,5 jpc chez la souris (résultats de l’étude Livera, Rouiller-
Fabre et Habert non publiés) et de 15 jpc chez le rat.
La mise en place de toutes les activités enzymatiques stéroïdogènes n’est pas
simultanée.
Ainsi, chez le rat, la 3b-HSD est exprimée dès 13,5 jpc,
alors que la capacité de transformer le cholestérol en prégnénolone
ne se différencie qu’à 15 jpc.
La capacité des cellules de Leydig à
lier spécifiquement la LH et à augmenter leur production de
testostérone en réponse à cette hormone s’instaure à 15 jpc, en même
temps que leur capacité à produire de la testostérone et
l’expression d’une forme tronquée du récepteur de la LH
correspondant à son domaine extracellulaire a été détectée par
polymérisation en chaîne après transcription inverse (RT-PCR) dès
14,5 jpc.
L’origine embryonnaire des précurseurs des cellules de Leydig
foetales est encore discutée.
En utilisant des cocultures d’ébauche
gonadique et de mésonéphros, et des greffes d’ébauches gonadiques,
il a été montré récemment que les cellules de Leydig proviennent
du mésonéphros.
Une autre hypothèse suggère que les cellules
de Leydig dérivent des crêtes neurales.
Cette hypothèse est fondée
sur le fait que les cellules de Leydig foetales expriment une protéine
d’adhésion intermembranaire spécifique des neurones, la neural cell
adhesion molecule (NCAM).
Le signal (ou les signaux) initiateur(s) de la différenciation des
cellules de Leydig foetales reste(nt) à établir.
Contrairement aux
cellules de Sertoli, un contrôle génétique exercé par le chromosome
Y est à exclure puisque, dans les testicules de souris chimériques
XX/XY, les cellules de Leydig proviennent indifféremment de
précurseurs XX ou XY, comme d’ailleurs les cellules péritubulaires,
alors que plus de 90 % des cellules de Sertoli sont XY.
Alors que la LH est absolument indispensable pour la différenciation
des cellules de Leydig de type adulte, plusieurs
observations suggèrent que la différenciation des cellules de Leydig
de type foetal ne dépend pas d’une stimulation gonadotrope par LH
ou par son homologue placentaire, l’hormone chorionique
gonadotrope (CG).
D’abord, des ébauches gonadiques de foetus de
rat de 12,5 jpc acquièrent spontanément la capacité de synthétiser
de la testostérone après 3 jours de culture dans un milieu
synthétique en l’absence de toute hormone ou facteurs de croissance
exogènes.
Ensuite, les premières cellules de Leydig se
différencient in vivo en l’absence d’hormone gonadotrope chez le
rat.
En effet :
– la LH maternelle ne traverse pas le placenta ;
– bien que certains travaux anciens aient décrit l’existence d’une CG
chez le rat, des travaux ultérieurs n’ont pas confirmé l’expression de
cette hormone ;
– la production testiculaire de testostérone s’instaure à 15 jpc alors
que l’expression du gène codant pour la sous-unité b de la LH n’est
détectable dans l’hypophyse qu’à 16,5 jpc par RT-PCR ; dans le
plasma, la LH devient détectable seulement à 17,5 jpc, mais sa
concentration reste très faible jusqu’à 19,5 jpc ;
– enfin, l’inactivation de la sous-unité alpha commune à LH, FSH,
thyroid stimulating hormone (TSH) et CG n’a pas d’effet sur la
masculinisation des organes génitaux internes et externes.
Chez le rat, après la différenciation des premières cellules de Leydig,
le nombre de cellules de Leydig double de 16,5 à 18,5 jpc, double
encore de 18,5 à 21,5 jpc et se maintient ou augmente très légèrement
pendant les 2 premières semaines après la naissance.
Elles se
différencient alors à partir de cellules mésenchymateuses car les
mitoses des cellules de Leydig foetales sont rares (contrairement aux
cellules de Sertoli qui ont une forte activité mitotique qui ne
disparaît qu’à 20 jpp).
On a supposé pendant longtemps que
les cellules de Leydig de type foetal disparaissaient après 2 semaines
postnatales, mais les observations récentes suggèrent qu’elles
persistent chez l’adulte ; cependant, elles ne représentent alors que
0,1 à 0,2 % de la population totale de cellules de Leydig.
Chez les
foetus de 21,5 jpc décapités in utero à 16,5 jpc (c’est-à-dire avant la
mise en route de la sécrétion de LH), les testicules contiennent le
même nombre de cellules de Leydig et ont la même capacité à
produire de la testostérone en réponse à la LH que les testicules de
foetus témoins du même âge.
Cela suggère que ni l’apparition de
nouvelles cellules de Leydig ni le maintien des fonctions
différenciées des cellules de Leydig existantes ne dépendent de la
LH pendant la fin de la vie foetale, période pendant laquelle la LH
est pourtant sécrétée.
Cependant, les testicules de foetus de 20,5 jpc
et de 21,5 jpc décapités 1, 3 ou 5 jours plus tôt contiennent beaucoup
moins de testostérone in vivo que les témoins du même âge.
Ceci suggère que l’activité in vivo des cellules de Leydig dépend de
la LH en fin de vie foetale.
Ainsi, il est important de bien distinguer
la différenciation des cellules de Leydig foetales qui ne dépend
jamais de la LH et l’activité in vivo de ces cellules qui dépend de la
LH en fin de vie foetale.
Cette dépendance vis-à-vis de la LH
apparaît entre 19,5 et 20,5 jpc puisque la production de testostérone
in vivo n’est pas altérée chez les foetus décapités de 18,5 ou
19,5 jpc.
On ne sait pas pourquoi une cellule de Leydig foetale qui
a été capable de produire de grandes quantités de testostérone en
l’absence de LH devient incapable de maintenir cette production en
l’absence de LH à un stade précis du développement.
Plusieurs arguments suggèrent que les cellules de Sertoli contrôlent
la différenciation des cellules de Leydig.
– Dans toutes les espèces étudiées, la différenciation des cellules de Leydig a lieu après celle des cellules de Sertoli.
– L’altération de la différenciation des cellules de Sertoli est corrélée
avec une diminution des capacités stéroïdogènes dans différents
modèles expérimentaux.
– Dans des cultures organotypiques de testicules foetaux explantés
à 14,5 jpc, la FSH recombinante, dont les seules cellules-cibles sont
les cellules de Sertoli, induit une augmentation de la production de
testostérone après 48 heures de culture.
Les cellules de Sertoli ne sont pas en contact avec les cellules de
Leydig ou avec leurs précurseurs.
Elles ne peuvent donc exercer leur
effet inducteur que par la sécrétion de facteurs diffusibles qui agiront
par voie paracrine.
D’autres interactions cellulaires peuvent
intervenir et, en particulier, il est possible que les cellules de Leydig
elles-mêmes sécrètent des facteurs qui contrôlent leur propre
différenciation.
La nature biochimique des facteurs intratesticulaires impliqués dans
l’induction de la différenciation des cellules de Leydig n’est pas
établie.
Cependant, certaines données suggèrent que l’IGF I puisse
agir positivement sur la différenciation des cellules de Leydig
foetales.
Chez le rat, il a été montré que ce facteur de croissance est
produit par le testicule foetal et augmente la différenciation de cellules-souches en cellules de Leydig et la capacité stéroïdogène de
chaque cellule de Leydig dans des cultures primaires de cellules testiculaires.
Ces effets sont beaucoup plus prononcés à 16,5 jpc
(phase d’accroissement du nombre de cellules de Leydig) qu’à 20,5
jpc (phase de stagnation du nombre de cellules de Leydig).
En outre,
chez des souris dont le gène de l’IGFI a été inactivé, les canaux
déférents, la prostate et les vésicules séminales sont atrophiés, ce
qui suggère que la production de testostérone pendant la vie foetale
a été réduite.
De même, chez l’homme, le déficit en growth hormone
(GH) ou en son récepteur qui provoque une diminution de la
production hépatique d’IGF I est souvent associé à une réduction de
la taille du pénis à la naissance, qui est plus importante que la
réduction générale de la croissance corporelle.
Sachant que la
production d’IGF I testiculaire ne dépend probablement pas de la
GH, ce résultat suggère que l’IGF I induisant la différenciation
leydigienne provient en fait à la fois du testicule et du plasma.
Deux gènes impliqués dans la différenciation des cellules de Leydig
ont été identifiés, SF-1 et Wnt4.
Outre son rôle dans la mise en place
de l’ébauche gonadique, SF-1, qui code pour un récepteur
nucléaire orphelin, est indispensable à la différenciation des cellules stéroïdogènes gonadiques et surrénaliennes.
SF-1 s’exprime chez
l’adulte dans tous les tissus stéroïdogènes (cortex surrénalien,
cellules de Leydig, cellules de la thèque et de la granulosa) et dans
les cellules de Sertoli.
D’autre part, les promoteurs des cytochromes
P450 codant pour les enzymes de la stéroïdogenèse contiennent une
ou plusieurs séquences de liaison de SF-1, et SF-1 régule l’expression
de ces gènes.
Enfin, l’invalidation du gène SF-1 chez la souris
entraîne une agénésie complète des surrénales et des gonades.
Les
gonades se forment au stade indifférencié, puis dégénèrent par apoptose à 12,5 jpc. Wnt4 est, au contraire, un gène répresseur de
la différenciation des cellules de Leydig.
Il s’exprime dans la
gonade indifférenciée, puis son expression s’éteint au cours de la
différenciation testiculaire alors qu’elle est maintenue dans l’ovaire
foetal.
L’inactivation de Wnt4 est sans effet sur le développement
testiculaire chez le mâle, mais provoque la masculinisation du canal
de Wolff, du sinus urogénital et des organes génitaux externes chez
la femelle.
Ces données suggèrent que, dans le testicule foetal, la
différenciation des cellules mésenchymateuses en cellules de Leydig
nécessite une extinction de Wnt-4 qui serait induite par les cellules
de Sertoli ; cette extinction ne se produirait pas dans l’ovaire foetal,
ce qui expliquerait pourquoi l’ovaire foetal ne différencie pas de
cellules stéroïdogènes à la même époque, tout du moins chez les
rongeurs et l’homme.
Il est intéressant de noter que, pendant la fin de la vie foetale, bien
que les concentrations plasmatiques de LH augmentent, la
production de testostérone par la cellule de Leydig in vivo et la
capacité stéroïdogène maximale de la cellule de Leydig in vitro
diminuent.
Les facteurs responsables de cette régression
fonctionnelle ne sont pas clairement identifiés, mais de nombreux
arguments suggèrent que le TGF-b et/ou un peptide identique ou
voisin de la gonadotrophin releasing hormone (GnRH) pourraient
intervenir.
Ainsi, il est important de distinguer la régression
fonctionnelle des cellules de Leydig foetales qui débute dès la fin de
la vie foetale et leur régression morphologique dont les données
récentes suggèrent qu’elle ne se produirait jamais.
3- Différenciation des cellules de Leydig foetales
chez l’homme
:
Chez le foetus humain, les premiers précurseurs des cellules de Leydig deviennent identifiables entre les cordons séminifères au
cours de la huitième semaine de gestation.
Cette cytodifférenciation
est marquée par un accroissement du volume cytoplasmique et
nucléaire, un fort développement du réticulum endoplasmique lisse,
un accroissement du nombre et de la taille des mitochondries et une
accumulation de gouttelettes lipidiques.
Les cristaux de Reinke ne
se forment jamais dans les cellules de Leydig foetales et sont donc
spécifiques des cellules de Leydig adultes.
La différenciation
fonctionnelle des cellules de Leydig débute en fait avant la
différenciation cytologique, puisque la testostérone est détectable
dans le testicule foetal dès 6 semaines de gestation.
Comme chez le rat, cette phase initiale du développement des
cellules de Leydig ne dépend pas de la LH.
En effet, les premières
cellules hypophysaires gonadotropes sont immunodétectables
seulement à 10 semaines de vie foetale et la LH devient détectable
dans le sang foetal à 11-12 semaines, c’est-à-dire 4-5 semaines après
le début de la production testiculaire de testostérone.
Cependant,
chez l’homme, contrairement au rat, le placenta produit une hCG.
Cette hormone a une structure très voisine de la LH et une forte
activité biologique de type LH, et elle est capable de stimuler la
production de testostérone par des cellules de Leydig foetales in
vitro.
L’hCG est produite dès l’implantation (7 jpc), c’est-à-dire
bien avant la différenciation des cellules de Leydig foetales.
Toutes
ces données ont conduit à supposer que l’hCG était indispensable à
la différenciation initiale de cellules de Leydig foetales. Cependant,
des données récentes infirment cette hypothèse.
En effet, Kremer el
al ont décrit un patient XY, ayant des testicules, des organes génitaux
externes totalement féminins et une absence totale d’utérus.
L’analyse génétique de ce patient a détecté une mutation inactivatrice du récepteur de LH/hCG, conduisant à une perte
complète de la réponse à la stimulation gonadotrope par LH ou
hCG.
Lors de l’ablation des testicules de ce patient, il a été très
intéressant de découvrir l’existence de canaux déférents et
d’épididymes rudimentaires.
Étant donné que ces dérivés wolffiens
requièrent absolument la présence de testostérone pour se maintenir
pendant le développement foetal, leur maintien chez ce patient laisse
supposer l’existence d’une production précoce d’androgènes
testiculaires, indépendante de la stimulation gonadotrope.
Ainsi, la
sécrétion initiale de testostérone semble indépendante de la
stimulation gonadotrope pendant une période limitée, chez l’homme
comme chez le rat.
Ce pourrait être simplement la différence dans la
chronologie de la différenciation sexuelle entre ces deux espèces qui
explique la différence entre le phénotype très partiellement
masculinisé du patient décrit par Kremer et al et celui totalement
masculinisé des foetus de rat mâles décapités.
En effet, la
masculinisation est plus courte chez le rat et la période pendant
laquelle la production de testostérone est indépendante de la
stimulation gonadotrope recouvre presque entièrement la période
de masculinisation des organes génitaux internes et externes chez le
rat, alors qu’elle ne recouvre que le début de la période de
masculinisation des organes génitaux internes chez l’homme.
La
masculinisation du sinus urogénital et des organes génitaux externes chez l’homme interviendrait après cette période initiale de sécrétion
de testostérone indépendante des hormones gonadotropes, pendant
une période où la stimulation par hCG est devenue indispensable à
la production de testostérone.
Il est bien connu que la concentration d’androgènes dans le testicule,
le plasma foetal et le liquide amniotique augmentent pour atteindre
un maximum à 14-15 semaines.
Cette augmentation est corrélée
avec une augmentation du nombre de cellules de Leydig qui
occupent tout l’espace interstitiel entre les cordons séminifères et
représentent plus de la moitié du volume testiculaire à
14-15 semaines.
Ce développement des cellules de Leydig est
étroitement corrélé avec une forte augmentation des taux circulants
d’hCG.
Puis, le nombre de cellules de Leydig reste constant entre
15 et 24 semaines de gestation et égal à 48 millions par testicule.
Mais, comme chez le rat, malgré l’absence de régression
morphologique, il se produit pendant cette période une régression
fonctionnelle : la concentration plasmatique en testostérone, les taux
d’ARNm de P450scc et de P450c17 diminuent.
Après 24
semaines, les cellules de Leydig régressent morphologiquement et,
à la naissance, les cellules de Leydig ne sont plus que 18 millions et
leur volume individuel a été réduit de moitié.
Cette évolution des
cellules de Leydig, avec un maximum à 14-15 semaines est
étroitement corrélée avec la concentration plasmatique d’hCG et
la capacité des cellules de Leydig à répondre à la stimulation
gonadotrope in vitro.
Ces données, ainsi que le
pseudohermaphrodisme observé chez les patients dont la réceptivité
à l’hCG est annulée mettent en évidence un rôle
régulateur crucial de l’hCG dans le contrôle de l’activité et de la
différenciation des cellules de Leydig après 10 semaines de vie
foetale.
La LH, dont les concentrations plasmatiques sont maximales à
22-24 semaines, doit également intervenir en fin de vie foetale
puisque le nombre et l’activité des cellules de Leydig sont réduits
chez les foetus anencéphales en fin de gestation et que
l’insuffisance gonadotrope est souvent associée à un micropénis à la
naissance.
Après la naissance, un second pic de testostérone se produit chez
l’homme, qui est maximal à la fin du deuxième mois et est induit
par le pic de sécrétion de LH chez le nourrisson.
Il est
associé au développement d’une deuxième vague de cellules de Leydig, morphologiquement différentes des cellules de Leydig
foetales.
Puis le nombre et l’activité de ces cellules diminuent et
le testicule de l’enfant âgé de 1 an est quasiment dépourvu de
cellules de Leydig.
Ainsi, chez l’homme, trois générations de
cellules de Leydig se succèdent (foetale, néonatale et adulte qui
apparaît à la puberté) alors que, chez le rat, les cellules foetales
persistent chez le nouveau-né et on observe seulement deux
générations (foetale et adulte).
On a également décrit trois
générations de cellules de Leydig chez les primates non humains
et chez le porc.
Conclusion et perspectives
:
Bien que le développement morphologique et fonctionnel des cellules du
cortex surrénalien et des cellules de Leydig pendant la vie foetale
commence à être bien établi, les facteurs responsables de la
différenciation initiale du précurseur commun et de sa transformation
en cellules surrénaliennes ou gonadiques n’ont pas été identifiés.
On
suppose que ces étapes initiales de différenciation sont sous le contrôle
d’un certain nombre de gènes mais ne dépendent pas des hormones
trophiques correspondantes, ACTH pour la surrénale, LH/hCG pour les
cellules de Leydig.
Ultérieurement, la différenciation et l’activité de
deux types de cellules foetales stéroïdogènes, comme celles de cellules
correspondantes chez l’adulte, ne peuvent se maintenir qu’en présence
des hormones trophiques spécifiques, mais les bases moléculaires de ces
changements restent à préciser.
D’autres questions restent sans
réponse.
Quel est le déterminisme de la régression de la zone foetale du
cortex surrénal et de l’involution morphologique et fonctionnelle des
cellules de Leydig foetales ?
Quel est le rôle, s’il existe, de la faible
production d’oestrogènes par l’ovaire foetal ?
Pour répondre à ces questions, deux approches peuvent être envisagées.
Des études in vitro permettent d’analyser les différents changements au
cours de la vie foetale au niveau cellulaire et moléculaire et les facteurs
qui sont impliqués.
Pour la surrénale, du fait de la particularité de
l’espèce humaine quant à la structure et la fonction de cette glande, seul
le modèle primates devrait être utilisé.
En revanche, pour les gonades, le
modèle de rat, malgré les différences par rapport au modèle humain,
peut apporter des réponses à certaines des questions indiquées.
La
deuxième approche se place dans une perspective de physiologie
intégrée.
Dans ce cadre, les souris ayant une invalidation pour des
gènes supposés importants dans le contrôle de différenciation des
surrénales et/ou des gonades, et en particulier les souris dont
l’invalidation est inductible pendant une période choisie du
développement foetal, devraient constituer un outil de choix.
De même,
l’analyse moléculaire des foetus ou des nouveau-nés humains ayant des
anomalies du développement des surrénales et/ou des gonades, permet
également de faire progresser les connaissances dans ce domaine.