ÉPIDÉMIOLOGIE :
L'accident vasculaire cérébral (AVC) demeure un drame individuel
aux répercussions majeures dans les pays industrialisés.
Il représente en effet la troisième cause de mortalité (après le
cancer et les cardiopathies ischémiques) et la première cause de
handicap acquis.
Envisager l'épidémiologie des AVC, c'est nécessairement
considérer à la fois globalement les répercussions majeures des
maladies neuro-vasculaires et les spécificités de chaque type
d'AVC (80 % d'accidents ischémiques, 20 % d'accidents
hémorragiques).
C'est surtout déterminer des facteurs de risque afin de poser
les jalons d'une prévention primaire et secondaire efficace.
Épidémiologie descriptive :
- La mortalité atteint approximativement 150 pour 100 000
habitants en France, tous âges confondus, et représente après 65
ans environ 12 % de la mortalité.
- L'incidence dépasse 150 pour 100 000 habitants en
France, mais est en diminution depuis les dernières décennies.
Cela est attribué à un meilleur contrôle des facteurs de risque,
notamment dans les pays industrialisés. Cependant, cette
diminution recouvre de grandes disparités géographiques et est
contrebalancée par le vieillissement de la population.
- La prévalence atteint 8 pour 1 000 habitants et reflète
directement le coût social très élevé de ces pathologies.
Épidémiologie analytique :
Facteurs de risque communs aux accidents vasculaires cérébraux
ischémiques et hémorragiques
Les facteurs de risque communs aux AVC ischémiques (AVCI) et
hémorragiques (AVCH) sont :
- âge : 95 % des AVC surviennent après 45 ans.
- sexe : le risque d'AVC est plus élevé chez l'homme
(risque relatif de deux à trois), mais tend à s'égaliser chez
les sujets très jeunes (moins de 30 ans) ou très âgés (plus de
85 ans).
- l'HTA est le principal facteur de risque, le plus
constant, retrouvé chez près de la moitié des patients et la
cible principale des politiques de prévention.
Facteurs de risque des accidents vasculaires cérébraux
ischémiques
La définition de facteurs de risque de l'AVCI se heurte à
l'hétérogénéité radicale que recouvre cette entité,
particulièrement au plan étiologique. Certains facteurs de
risque sont avérés, d'autres plus discutés.
- Les facteurs de risque établis sont essentiellement ceux de la
maladie athéromateuse.
- Tabac : le tabagisme actif et le tabagisme passif
apparaissent comme un facteur de risque reconnu d'accident
ischémique cérébral (AIC [risque relatif égal à 1,5]).
- Dyslipidémie : l'hypercholestérolémie est incriminée
comme facteur de risque (risque relatif égal à 1,3).
- Le diabète s'associe significativement à un risque accru d'AIC
(risque relatif égal à 2).
- L'existence d'une fibrillation auriculaire, même en l'absence
de cardiopathie sous-jacente, est un facteur de risque majeur
d'accident ischémique (risque relatif égal à 4) particulièrement
chez le sujet âgé.
- Antécédents familiaux : plusieurs études mettent en
évidence une prédisposition familiale aux AVC, mais les
modalités de la transmission génétique sont très incomplètement
connues.
- Facteurs de risque suspectés :
- le rôle de la contraception œstroprogestative, autrefois mis
en avant, est aujourd'hui controversé, compte tenu de la
généralisation des contraceptifs peu dosés en œstrogènes.
L'hormonothérapie substitutive postménopausique n'est pas un
facteur de risque d'AIC.
- migraine : de rares études épidémiologiques ont souligné
l'augmentation du risque cérébro-vasculaire chez les sujets
migraineux.
- l'alcool aurait un effet protecteur à faible dose et un effet
délétère à fortes doses.
- l'obésité est un facteur de risque souvent suspecté, mais son
caractère indépendant n'a pas été prouvé.
- apnées du sommeil : un lien statistique entre apnées du
sommeil et survenue d'un AIC a été récemment suggéré.
- facteurs de risque biologiques : ont été mis en avant le rôle
potentiel de l'hyperleucocytose, du facteur VII, de l'élévation
de marqueurs inflammatoires tels le fibrinogène, du t-PA, des
anticorps antiphospholipides et de l'hyperhomocystéinémie.
Facteurs de risque des hémorragies cérébrales
Les facteurs de risque des hémorragies cérébrales sont :
- alcool : le risque d'hémorragie cérébrale est multiplié
environ par trois en cas d'alcoolisation chronique.
- les traitements anticoagulants, essentiellement les
antivitamines K, favorisent la survenue d'hémorragies
cérébrales, surtout chez les sujets âgés et en cas d'HTA
associée.
Les progrès à venir de la connaissance épidémiologique des AVC
passeront certainement par une meilleure définition des facteurs
de risque dans chaque sous-type étiologique d'AVC et par la
découverte de marqueurs génétiques dans ces pathologies.
Les stratégies de prévention ont déjà fait leurs preuves (cas de
l'HTA), mais ne peuvent pour l'instant appréhender la globalité
des facteurs déterminants de l'AVC, qui demeure une pathologie
marquée par l'hétérogénéité.
PHYSIOPATHOLOGIE :
La chute du débit sanguin dans le territoire d'une artère
cérébrale entraîne une hypoxie tissulaire conduisant rapidement
à une nécrose cellulaire, c'est-à-dire à l'infarctus cérébral.
On peut distinguer schématiquement trois types de mécanismes
conduisant à l'interruption du DSC : un mécanisme d'occlusion
artérielle (par thrombose ou embolie), un mécanisme
hémodynamique ou, beaucoup plus rarement, une occlusion
veineuse.
Mécanismes étiopathogéniques de l'infarctus :
Processus thrombotiques
Les processus thrombotiques sont le plus souvent liés à une
plaque d'athérome au niveau de l'endartère des gros vaisseaux,
qui obstrue progressivement la lumière de l'artère et conduit à
l'ischémie.
- Ce type de lésion se situe essentiellement sur les
bifurcations artérielles ou dans les zones de turbulence :
origine des carotides internes, siphons carotidiens, origine et
terminaison des artères vertébrales, artère sous-clavière gauche
et crosse aortique.
- On peut également trouver des lésions d'athérome intracrânien,
notamment au niveau des petites artérioles pénétrantes (50-400
mm) dont l'occlusion entraîne de petits infarctus appelés
lacunes.
Processus emboliques
Les processus emboliques ont deux origines :
- un thrombus cardiaque, lié à une arythmie par fibrillation
auriculaire, à un infarctus du myocarde, à une anomalie
valvulaire (notamment les rétrécissements aortiques calcifiés
qui peuvent entraîner des embolies calcaires) ou à un anévrisme
du septum associé à un foramen ovale perméable (qui sont plus
des facteurs de risque que de véritables causes).
- un thrombus mural formé au niveau d'une plaque athéromateuse
sur les artères extra-crâniennes (notamment celles citées
ci-dessus).
La structure de la plaque (agrégats fibrino-plaquettaires ou
matériel athéromateux) et son caractère ulcéré conditionnent le
risque embolique et la localisation de la migration (selon la
taille de l'embolie) :
- les embolies plaquettaires (de petite taille et provenant
surtout de la désintégration d'une plaque d'athérome artérielle)
vont le plus souvent occlure les branches distales des artères
cérébrales.
- les emboles mixtes (comprenant de la fibrine) sont souvent
plus volumineuses et moins friables et vont obstruer des artères
de plus grand diamètre comme l'artère cérébrale moyenne.
L'origine de l'embolie détermine aussi le trajet et la
localisation de la migration. Par exemple, une embolie issue
d'une plaque ulcérée de la carotide interne va se loger
préférentiellement dans artère cérébrale moyenne ou l'une de ses
branches et, rarement, dans l'artère cérébrale antérieure.
Lipohyalinose
Enfin, la lipohyalinose, qui correspond à une surcharge de la
paroi des petites artères (moins de 200 µm) provoquée par l'
HTA, est à l'origine d'occlusion artérielle conduisant à des
lacunes.
D'autres atteintes artérielles inflammatoires (maladie de
système, artérites infectieuses ou radiques) peuvent entraîner
un rétrécissement, voire une thrombose artérielle.
Phénomènes hémodynamiques
Une réduction de la perfusion cérébrale peut être observée en
dehors même de toute artériopathie, mais seulement en raison de
modifications hémodynamiques, locales ou systémiques.
- Une hypoperfusion focale peut résulter :
- soit d'un vasospasme artériel (notamment dans le cadre d'une
hémorragie méningée où des substances vasoactives sont libérées
et créent un phénomène vasospastique).
- soit par hémodétournement sanguin en rapport avec une
malformation artério-veineuse (“ effet de vol vasculaire ”).
- une hypoperfusion globale par altération de la circulation
systémique (hypotension, insuffisance cardiaque sévère,
hyperviscosité) a des conséquences variables selon l'importance
du réseau anastomotique (qui est composé d'une part de
collatérales corticales et d'autre part du polygone de Willis),
la rapidité d'installation, l'intensité et la durée de la chute
du débit sanguin. Si la baisse du DSC est modérée, l'ischémie
cérébrale est limitée aux zones les plus vulnérables à
l'hypoperfusion, c'est-à-dire aux zones limitrophes entre les
territoires artériels, conduisant à des infarctus dits “
jonctionnels ”. Ainsi, l'autorégulation et le maintien d'une
bonne pression artérielle sont essentiels pour limiter l'étendue
de l'infarctus.
Conséquences de l'ischémie cérébrale :
L' importance et la durée de la baisse du DSC conditionnent le
sort du parenchyme cérébral.
- Si cette chute est temporaire et modérée, l'activité
synoptique est abolie, mais l'intégrité de la cellule et des
membranes est conservée. cet état correspond à la pénombre
ischémique. La notion de pénombre ischémique, observée notamment
autour de la zone infarcie, est particulièrement importante en
clinique, puisqu'elle est encore accessible à une thérapeutique.
- Une interruption sévère et prolongée du DSC entraîne une
hypoxie tissulaire conduisant à des modifications métaboliques
(glycolyse anaérobie, formation d'acide lactique), à la
libération de glutamate et à un dysfonctionnement des pompes
Na+/K+ à l'origine d'une entrée de Ca++ intracellulaire.
L'ensemble de ces perturbations entraîne une cascade
d'activations enzymatiques et l'accumulation de métabolites
acides et de radicaux libres cytotoxiques, conduisant à des
lésions cellulaires irréversibles. Les altérations membranaires
expliquent avec les troubles de la perméabilité capillaire
l'œdème cérébral observé dans la zone ischémique.
Une autre conséquence des troubles métaboliques est une
vasodilatation au niveau des branches de l'artère occluse créant
une perfusion dite “ de luxe ” dans le territoire infarci. Cette
vasodilatation peut parfois être à l'origine d'un saignement
aboutissant à un infarctus hémorragique.
Tous ces phénomènes surviennent dans les premières heures
suivant l'occlusion artérielle, ce qui explique l'extrême
nécessité d'intervenir précocement (avec les nouveaux
traitements comme la thrombolyse ou les neuroprotecteurs) afin
de limiter l'étendue de l'infarctus.
Étiologie
CAUSES DES ACCIDENTS VASCULAIRES CEREBRAUX ISCHEMIQUES :
Accidents artériels :
Les accidents artériels traduisent une occlusion artérielle
extra-cérébrale (artères cervico-encéphaliques et
intracérébrales et/ou rétiniennes).
Athérosclérose
L'athérosclérose est la cause la plus fréquente, surtout chez
les hommes après 45 ans.
- Lésions proximales :
- les plus habituelles siègent sur la terminaison de l'artère
carotide commune et le premier segment de l'artère carotide
interne.
- dans la circulation vertébro-basilaire, ce sont surtout des
lésions de l'origine ou de la terminaison des artères
vertébrales et du segment initial du tronc basilaire.
- des plaques sur la crosse aortique peuvent être aussi une
cause d'AVC.
- les embolies plaquettaires ou fibrino-plaquettaires peuvent se
détacher de ces lésions sténosantes et entraîner des occlusions
distales.
- il est plus rare que le mécanisme soit hémodynamique (sténose
hyperserrée et/ou occlusion).
- l'athérosclérose est une maladie du système artériel : il
convient donc de toujours faire un bilan plus général, notamment
au niveau des artères coronaires, des artères des membres
inférieurs, de l'aorte, voire des artères rénales.
- Les lésions distales sont moins fréquentes, plus ou moins
associées aux lésions proximales (sténose du siphon, du premier
segment de l'artère cérébrale moyenne).
Lacunes
Les lacunes (atteinte distale d'artères perforantes) sont
généralement liées au retentissement de l' hypertension par
lipohyalinose sur les artères de petit calibre et terminales de
parties profondes du cerveau ou du tronc cérébral.
Des infarctus lacunaires peuvent toutefois relever d'une origine
embolique cardiaque.
Causes plus rares : microathérome d'une artère perforante,
artérites, coagulopathies, “ cerebral autosomic dominant
arteriopathy with subcortical infarcts and leucoariose ”
(CADASIL) par artériopathie de surcharge non athéromateuse non
inflammatoire avec association d'infarctus lacunaires et d'une
leuco-encéphalopathie.
Cardiopathies emboligènes
La deuxième cause par ordre de fréquence est constituée par
l'ensemble des cardiopathies emboligènes (1986) :
- les troubles du rythme : essentiellement arythmie complète par
fibrillation auriculaire, même idiopathique, surtout si elle est
intermittente. Il peut s'agir aussi de maladie de l'oreillette,
flutter. Les troubles du rythme ventriculaire n'en sont pas
responsables.
- cardiopathie valvulaire mitrale : en particulier les
rétrécissements même en l'absence de fibrillation auriculaire
associée.
- l' infarctus du myocarde : par la formation de thrombus mural
ventriculaire gauche au contact d'un infarctus récent ou ancien,
avec hypokinésie ou akinésie ventriculaire plus ou moins
étendue, ou sur un anévrisme ventriculaire gauche (à distance de
la phase aiguë).
- les cardiomyopathies, surtout celles avec phénomène de
dilatation et hypertrophiques.
- endocardite bactérienne (avec possibilité d'anévrismes
mycotiques) et non bactérienne (cancer, lupus).
- valves prothétiques, examens de cathétérisme cardiaque,
chirurgie cardiaque, coronarographie.
- prolapsus de la valve mitrale, dont la signification
demeure controversée.
- calcifications mitrales et aortiques.
- myxome de l'oreillette gauche
- cardiopathies congénitales, y compris les embolies
paradoxales à travers un foramen ovale perméable (FOP) permanent
ou se révélant lors des épreuves de Valsalva :
- près de 30 % des sujets présenteraient une perméabilité du
septum interauriculaire permettant le passage du flux sanguin de
l'OD dans l'OG. Ce passage est susceptible de survenir surtout à
l'occasion d'une HTA pulmonaire, en particulier dans le cadre
d'une embolie pulmonaire secondaire à une migration d'une
thrombose veineuse profonde.
- Les anévrismes du septum interauriculaire (ASIA) ne sont pas
considérés comme une cause établie d'infarctus cérébral, à moins
de troubles du rythme auriculaire associés.
- l'association FOP-ASIA est sans doute un facteur de risque
plus important d'AVC, sinon une cause à part entière.
- une réduction systémique du flux sanguin lors d'un arrêt
cardiaque ou d'un choc peut diminuer le DSC global et entraîner
une ischémie en particulier dans les zones frontières
vulnérables entre les artères cérébrales principales telles que
ACM et ACP.
Causes plus rares
Les causes plus rares des accidents artériels ischémiques
concernent surtout les sujets jeunes de moins de 45 ans :
- les dissections, traumatiques ou spontanées, de l'artère
carotide interne ou de l'artère vertébrale extra-crânienne (les
segments intracrâniens sont rarement spontanés). Il existe
parfois une dysplasie fibro-musculaire associée, plus rarement
une maladie du tissu élastique.
- dysplasie artérielle fibro-musculaire (sans dissection).
mégadolicho-artères moya-moya, anévrisme.
- artérites :
- artérite infectieuse (virale : zona, varicelle, VIH, CMV).
bactérienne (tuberculose, syphilis, méningite bactérienne,
endocardite).
- ou entrant dans le cadre d'une maladie immunitaire (lupus,
syndrome de Takayasu, périartérite noueuse, maladie de Horton,
syndrome de Gougerot-Sjögren, maladie de Behçet).
- chez le sujet jeune, la maladie de Takayasu réalise des
sténoses, voire des occlusions de plusieurs troncs proximaux.
- chez le sujet âgé, la principale artérite est celle de la
maladie de Horton (artérite gigantocellulaire), survenant le
plus souvent dans un contexte d'altération de l'état général
caractéristique, avec céphalées.
- artérites par abus de drogues (sous-estimées [cocaïne,
héroïne, crack]) post-radiques.
- artérite isolée.
- la migraine est une cause rare d'infarctus, en ayant écarté
toute autre cause. Signalons le contexte particulier de
l'hémiplégie migraineuse familiale à caractère génétique.
- d'autres causes rares d'accident vasculaire concernent les
altérations du contenu sanguin : leucémie, polyglobulie,
drépanocytose, thrombocyténie essentielle, dysglobulinémie,
hémoconcentration, altération de la viscosité sanguine dans le
cadre d'une maladie inflammatoire ou par syndrome hématologique
du stress, coagulation intravasculaire disséminée, coagulopathie
rare avec déficit des facteurs antithrombine III, protéine C et
sa réactivité ou protéine S, syndrome des Ac antiphospholipides
(avec principalement les Ac appelés anticoagulants circulants de
type lupique, et Ac anticardiolipine), parfois dans le cadre
d'un syndrome de Sneddon (avec livedo racemosa).
- affections génétiques rares : mitochondriopathies (MELAS)
homocystéinurie, maladie de Fabry.
Aucune cause retrouvée
Il arrive bien sûr que dans un certain nombre de cas, aucune
cause ne soit retrouvée : c'est d'autant plus fréquent que le
sujet est jeune, parfois jusqu'à une proportion de 30 %.
Il convient alors de refaire un bilan à distance, car une
maladie immunologique ou inflammatoire peut être décelée
ultérieurement.
Accidents ischémiques par occlusion veineuse :
Les accidents ischémiques par occlusion veineuse peuvent être
liés à :
- un état postopératoire.
- la prise de contraceptifs oraux, la période puerpérale chez la
femme (post-partum en particulier).
- des foyers infectieux de voisinage (ORL).
- une coagulopathie, notamment une polycythémie, CIVD, un
déficit en antithrombine III, protéine C ou S ou une
drépanocytose.
- des maladies de système, notamment celle de Behçet.
- des carences martiales, hyposidérémies.
ACCIDENTS HEMORRAGIQUES :
Hémorragies intracérébrales :
Hématomes profonds
La cause la plus fréquente d'hématomes profonds est l' HTA
chronique, en règle générale après 50 ans, en dehors de toute
malformation artérielle ou artério-veineuse, liée à la
dégénérescence des artères de petit calibre (noyaux gris
centraux, capsule interne, protubérance ou cervelet).
Hématomes lobaires
Les hématomes lobaires (superficiels, plus souvent que
profonds), peuvent être dus à :
- la rupture d'une malformation artérielle ou artério-veineuse,
en règle générale chez le sujet jeune. D'autres malformations
sont possibles tels les angiomes, les télangiectasies, les
cavernomes, voire les angiomes veineux.
- des tumeurs cérébrales, parfois révélatrices : surtout tumeurs
malignes (glioblastome, métastases).
- des traumatismes.
- une hémorragie cérébrale de causes plus rares.
- au cours d'affections hématologiques (leucémie,
thrombocytopénie).
- au cours d'un traitement anticoagulant.
- chez le sujet âgé : angiopathie amyloïde, isolée ou associée à
une maladie d'Alzheimer.
Hémorragies extra-cérébrales :
Les hémorragies extra-cérébrales peuvent être :
- les hémorragies méningées par rupture d'anévrisme artériel,
parfois favorisée par l'HTA. Certaines formes sont familiales et
d'autres sont rarement associées à une polykystose rénale, une
dysplasie fibro-musculaire, une maladie du tissu élastique.
- des hématomes extra-duraux dans un contexte traumatique avec
le plus souvent trait de fracture temporal.
- des hématomes sous-duraux parfois sans notion de traumatisme
(ou un traumatisme minime), notamment chez le sujet âgé, plus ou
moins associés à des troubles de la coagulation, un éthylisme
chronique, une déshydratation, ou sous traitement anticoagulant.
Clinique
La sémiologie des AVC est hétérogène et leur reconnaissance est
une urgence (même et peut-être surtout lorsque les symptômes
sont transitoires ou fluctuants).
ACCIDENTS VASCULAIRES CÉRÉBRAUX ISCHEMIQUES :
Définitions :
- Il s'agit de l' oblitération transitoire ou permanente des
artères cérébrales. Cette définition n'est pas transposable aux
concepts cliniques d'accident vasculaire cérébral ischémique
transitoire et d'AVCI constitué :
- un AVC est transitoire (AIT) lorsque les symptômes durent
moins de 24 heures.
- au-delà, il s'agit d'un AVCI constitué (AIC).
- ce critère de jugement est donc arbitraire : un AIT peut en
principe correspondre à une oblitération permanente d'une artère
cérébrale, à condition que les symptômes aient duré moins de 24
heures.
La clinique prouve cependant que le concept d'AIT est
opératoire. on pourrait éventuellement lui ajouter les AIC
mineurs ou rapidement régressifs.
- Par ailleurs, il est essentiel de classer les AVCI dès l'étape
clinique dans une des catégories suivantes :
- infarctus cortical : occlusion d'une artère piale
(cheminant sous la pie-mère) avec ischémie de son territoire
d'irrigation (c'est en particulier le cas des AVCI par embolie).
- infarctus “ profond ” en particulier d'une artériole
perforante se localisant avec prédilection dans les noyaux
optostriés, la capsule interne et la protubérance.
- infarctus par “ bas débit ” (baisse de la pression
de perfusion). Il affecte soit la partie distale du territoire
d'une artère cérébrale (infarctus du “ dernier pré ”), soit une
zone située entre deux artères cérébrales (infarctus de “
jonction ”).
NB : en principe, ces “ mécanismes ” sont valables pour les AIC
comme pour les AIT, au terme infarctus près.
Syndromes dépendants de l'artère carotide interne :
Syndrome de l'artère carotide interne
Le syndrome de l'artère carotide interne (ACI) comprend, outre
les syndromes des artères qui naissent d'elle, l'ischémie de
l'artère ophtalmique homolatérale (cécité monoculaire souvent
transitoire [CMT]dont la valeur est celle d'un AIT) et les
signes de lésion carotidienne directe (signe de Horner
homolatéral, très évocateur d'une dissection).
Syndrome de l'artère cérébrale antérieure
Le syndrome de l'artère cérébrale antérieure (ACA) associe :
déficit sensitivo-moteur controlatéral à prédominance crurale,
syndrome frontal, déviation de la tête et des yeux vers la
lésion, négligence si la lésion est droite (nous supposons que
le patient est droitier).
Syndrome de l'artère cérébrale moyenne
- Infarctus sylvien superficiel antérieur : déficit
sensitivo-moteur controlatéral à prédominance brachio-faciale,
aphasie de Broca si la lésion est gauche.
- Infarctus sylvien superficiel postérieur :
- hémianopsie latérale homonyme (HLH) controlatérale.
- aphasie de Wernicke, apraxie et autotopoagnosie si la lésion
est gauche.
- négligence visuelle, asomatognosie gauche, anosognosie, voire
un syndrome confusionnel si la lésion est droite.
- Infarctus sylvien profond : hémiplégie proportionnelle
avec parfois une hypoesthésie.
Lorsque ces symptômes se combinent, on parle d'infarctus sylvien
superficiel (antérieur et postérieur) et total (superficiel et
profond).
NB : les AVCI de l'hémisphère droit sont souvent de diagnostic
difficile. Etant anosognosique pendant l'épisode, le patient ne
se souvient de rien.
Syndrome de l'artère choroïdienne antérieure
Le syndrome de l'artère choroïdienne antérieure comprend :
hémiplégie proportionnelle, anesthésie ou hypoesthésie, HLH. Les
signes sont tous controlatéraux.
Syndromes dépendant du système vertébro-basilaire :
Syndrome du tronc basilaire
Le syndrome du tronc basilaire (syndrome de désafférentation
motrice) associe : tétraplégie, paralysie faciale bilatérale,
nystagmus vertical, paralysie bilatérale du VI, paralysie de la
latéralité bilatérale, myosis bilatéral et “ bobbing ” oculaire.
Syndromes de l'artère cérébrale postérieure
- Le syndrome des branches terminales (cérébrales) associe :
- troubles de la vigilance.
- syndrome confusionnel.
- hémiparésie controlatérale modérée (plus sévère si le
pédoncule est atteint).
- syndrome cérébelleux direct, controlatéral ou bilatéral (selon
le siège de la lésion par rapport à la commissure de Wernekink).
- hémisyndrome sensitif controlatéral.
- HLH controlatérale.
- hallucinations visuelles.
- agnosie visuelle, alexie et parfois une aphasie de Wernicke à
prédominance alexique si les lésions sont gauches et une
prosopagnosie lorsqu'elles sont droites.
- Les syndromes des artères thalamiques comprennent :
- hémianesthésie ou hémi-hypoesthésie à tous les modes de la
sensibilité, parfois hyperpathie.
- hémiparésie discrète.
- mouvements choréo-athétosiques avec possibilité d'une “ main
thalamique ”.
- et une hémiataxie (syndrome de Déjerine et Roussy).
- il peut y avoir des troubles de la vigilance, une aphasie
(lésion gauche), une négligence (lésion droite).
- les lésions bilatérales donnent la “ démence thalamique ” :
confusion, amnésie, confabulation, paralysie de la verticalité.
- Les syndromes des artères pédonculaires :
- Weber : hémiplégie controlatérale intéressant la face,
paralysie directe du III.
- Foville pédonculaire : hémiplégie et paralysie de la
latéralité controlatérales (le patient regarde la lésion, comme
dans les infarctus hémisphériques).
- Benedikt : paralysie directe du III. tremblement,
mouvements choréo-athétosiques controlatéraux.
- Claude : paralysie directe du III, syndrome cérébelleux
controlatéral.
- Parinaud : paralysie de la verticalité et de la
convergence (dans les cas purs).
Syndrome de l'artère de la fossette latérale du bulbe
Le syndrome de l'artère de la fossette latérale du bulbe
(Wallenberg) comprend :
- un syndrome cérébelleux.
- une hémianesthésie de la face et cornéenne.
- des troubles de la déglutition (IX, X, XI).
- un syndrome vestibulaire d'allure périphérique.
- un syndrome de Horner (du côté de la lésion).
- une hémianesthésie controlatérale dissociée de type
syringomyélique, respectant la face.
Syndromes des artères du pont
Les syndromes des artères du pont comprennent :
- Millard-Gubler : paralysie du VII directe, hémiplégie
controlatérale respectant la face.
- Foville protubérantiel : paralysie de la latéralité du
côté de la lésion (le patient regarde son hémiplégie),
hémiplégie controlatérale intéressant la face (protubérantiel
supérieur) ou respectant la face (protubérantiel inférieur).
Syndrome de l'artère cérébelleuse postéro-inférieure
Le syndrome de l'artère cérébelleuse postéro-inférieure associe
un vertige d'allure périphérique et un syndrome cérébelleux et
vestibulaire homolatéral (parfois à l'origine d'un syndrome de
Wallenberg).
Syndrome de l'artère sous-clavière voleuse
Dans le syndrome de l'artère sous-clavière voleuse
(hémodétournement consécutif à une sténose de l'artère
sous-clavière avant la naissance de la vertébrale : le sang est
dévié d'une artère vertébrale vers l'autre pour gagner l'artère
sous-clavière controlatérale au détriment du tronc basilaire).
S'y associent des signes ischémiques du territoire
vertébro-basilaire et du bras controlatéral à la sténose.
Cas particuliers :
Accidents ischémiques transitoires vertébro-basilaires
Si la sémiologie des AIT carotidiens reste accessible par la
connaissance de la sémiologie telle que nous venons de
l'exposer, celle des AIT vertébro-basilaires est plus délicate.
Vertiges, diplopie, dysarthrie et “ drop attack ” (chute en
avant sur les genoux) ne sont des AIT vertébro-basilaires qu'en
association avec un des signes suivants qui, eux, constituent un
AIT vertébro-basilaire isolément :
- paralysie ou parésie à bascule ou une tétraparésie.
- des paresthésies affectant les quatre membres de manière
variable.
- troubles de l'équilibre sans vertige.
- troubles visuels dans les champs homonymes.
NB : deux pièges à reconnaître :
- d'une part la distinction entre dysarthrie et aphasie (qui ne
correspond pas à une suspension du langage).
- d'autre part, le diagnostic d'une HLH dans les AVCI de
l'artère cérébrale postérieure souvent méconnue surtout
lorsqu'elle est précisément transitoire.
“ Petits infarctus profonds ”
Pour l'essentiel, les “ petits infarctus profonds ”
correspondent à des infarctus de moins de 15 mm par
lipohyalinose des artères perforantes consécutives à l'HTA
(c'est l'entité que l'on peut appeler stricto sensu “ lacune ”).
Plus rarement, l'infarctus “ petit et profond ” sera lié à
l'obstruction de l'ostium d'une perforante par une plaque
d'athérome ou une embolie d'origine vasculaire ou cardiaque.
Tous les auteurs s'accordent à reconnaître au moins quatre
syndromes appelés “ lacunaires ” par abus de langage (encore que
correspondant à une vérité clinique dans la majorité des cas) :
- hémiplégie ou hémiparésie motrice pure (pas nécessairement
proportionnelle).
- syndrome sensitif subjectif d'un hémicorps entier ou de
topographie cheïro-orale ou brachio-faciale.
- syndrome dysarthrie-main malhabile (incoordination à l'épreuve
doigt-nez).
- syndrome hémiparésie-ataxie.
Infarctus silencieux
Les infarctus silencieux sont des AVCI sans traduction clinique,
visibles à l'imagerie.
Il faut savoir que les diagnostics différentiels des AIT sont
essentiellement :
- l'hypoglycémie.
- la migraine accompagnée.
- et les crises d'épilepsie.
HÉMORRAGIE CEREBRALE :
Il s'agit d'un épanchement de sang dans le parenchyme cérébral.
On ne peut pas la différencier cliniquement d'un infarctus. Leur
classification ne relève pas de syndromes d'artères piales
particulières, car leur topographie n'est pas calquée sur les
territoires ischémiques.
Il est essentiel d'opposer l'hématome dit “ capsulo-lenticulaire
” et les hématomes corticaux.
Hématome dit “ capsulo-lenticulaire ” :
Dans l'hématome dit “ capsulo-lenticulaire ”, du fait de la
rupture des petites artères profondes lenticulo-striées,
subitement le patient ressent une céphalée violente et perd
connaissance.
A l'examen, on constate une hémiplégie flasque avec déviation
conjuguée de la tête et des yeux (le patient regarde sa lésion).
S'y associe un trouble de la vigilance, voire un coma.
Hématomes corticaux :
De ces hématomes profonds caractéristiques de l'HTA, il convient
de distinguer les hématomes corticaux (affectant le cortex).
Ils sont déterminés par leur topographie : on parle d'hématome
temporal, pariétal ou encore rolandique.
A part
Inondation ventriculaire
Parfois survient l'inondation ventriculaire. On assiste à une
rupture de l'hématome dans les ventricules ou l'hémorragie
cérébro-méningée (rupture dans l'espace sous-arachnoïdien).
Hématome cérébelleux :
Hématome cérébelleux
- Une place à part revient à l'hématome cérébelleux. Subitement
survient une céphalée avec des vertiges et des nausées.
- S'y ajoutent rapidement des signes de souffrance du tronc
cérébral et des troubles de la conscience.
Ces hématomes constituent souvent une urgence
neuro-chirurgicale.
Infarctus hémorragiques
Les infarctus hémorragiques sont de diagnostic difficile.
THROMBOPHLEBITES DES SINUS DURAUX :
Les thrombophlébites des sinus duraux sont à l'origine
d'infarctus veineux souvent hémorragiques et œdémateux.
- Les signes majeurs avant la survenue d'AVC sont :
- des céphalées croissantes (pouvant aller jusqu'au tableau
d'hypertension intracrânienne [HTIC]).
- des crises comitiales.
- et un œdème papillaire au fond des yeux.
- Si les signes cliniques peuvent être discrets au début, le
patient devient comateux à un stade plus avancé.
- Des signes focaux moteurs et sensitifs à bascule ou bilatéraux
orientent vers le sinus longitudinal supérieur.
Examens complémentaires
Examens à visée diagnostique :
Outre la biologie standard (NFS, plaquettes, TP, TCA, fibrine,
ionogramme sanguin), l'ECG et le téléthorax, les examens sont
dominés par le scanner cérébral sans injection d'iode.
- Il permet de trancher entre l'origine ischémique et
hémorragique d'un AVC :
- un AVCH donne une hyperdensité.
- pour un AVCI le scanner reste normal pendant environ 6 à 12
heures, puis apparaît une hypodensité dans le territoire de
l'artère ischémiée.
- Le scanner permet donc de vérifier le diagnostic topographique
d'un infarctus.
- Ainsi il permet de vérifier si l'AVCI correspond bien au
territoire incriminé par les examens complémentaires (par
exemple une sténose carotidienne).
Parfois une IRM standard peut préciser le siège de l'infarctus.
Elle reste un examen de seconde intention.
Examens à visée étiologique :
Une fois le diagnostic assuré, il convient de faire des examens
à visée étiologique :
Accidents vasculaires cérébraux ischémiques
Outre l'ECG et le bilan biologique (facteurs de risque), il faut
au moins un écho-Doppler cervical et une échographie cardiaque
transthoracique pour les AVCI.
Souvent il faut compléter ce bilan par l'échographie
trans-œsophagienne, le Holter ECG et l'artériographie cérébrale.
Accidents vasculaires cérébraux hémorragiques
Souvent sont discutées l'IRM et l'artériographie, notamment
lorsqu'il s'agit d'un hématome cortical, au cours d'un AVCH.
Il peut être nécessaire de les répéter à distance de l'hématome
(recherche d'une malformation).
Suspicion de thrombophlébite cérébrale
L'IRM ou l'artériographie doivent être demandées en urgence
devant une suspicion de thrombophlébite cérébrale.
Parfois, on en fait le diagnostic au scanner avec injection de
produit de contraste (qui reste l'examen de première intention)
par le signe du delta vide : le sinus dural (longitudinal
supérieur en pratique) reste “ vide ” après injection puisqu'il
y a un thrombus.
Évolution et pronostic
ACCIDENTS VASCULAIRES CÉRÉBRAUX ISCHEMIQUES :
Pronostic à court terme
- Les critères pronostiques à court terme les plus souvent
retrouvés sont :
- l'âge.
- l'étendue de l'infarctus au scanner avec œdème important.
- la présence de troubles de la vigilance.
- l'existence de lourds antécédents cardio-vasculaires.
- Le taux de mortalité est d'environ 10 % la première semaine et
de 25 % à 1 mois.
Pronostic à long terme
A plus long terme, le pronostic fonctionnel reste compromis :
- environ 60 % des patients gardent des séquelles invalidantes.
- Moins de 20 % des survivants retrouvent une activité au niveau
antérieur à l'accident.
- A 1 an, de 40 à 50 % des patients sont décédés, le plus
souvent d'un infarctus du myocarde ou d'une récidive d'AVC.
- Dans les accidents corticaux peuvent apparaître tardivement
des crises d'épilepsie.
- Les infarctus multiples peuvent aboutir à un tableau de
démence dite “ vasculaire ”.
HEMORRAGIES CEREBRALES INTRAPARENCHYMATEUSES :
Pronostic vital
Le pronostic vital dépend du siège et du volume de l'hématome et
du terrain (patients âgés, antécédents vasculaires...).
- Un tiers des patients environ décèdent au cours du premier
mois.
- L'engagement cérébral, l'extension de l'hémorragie au tronc
cérébral, l'inondation ventriculaire et l'hydrocéphalie aiguë
constituent les principales causes de mortalité immédiates ou
rapides.
- Plus tard, le décès peut être provoqué par les complications
de l'immobilisation, les infections respiratoires et/ou
urinaires, escarres, phlébites et embolies pulmonaires.
A plus long terme
La récupération est souvent meilleure que celle des AVCI, car
l'hématome repousse le parenchyme cérébral sans le détruire
totalement.
- Les récidives à court terme sont rares si la cause de
l'hémorragie est maîtrisée.
A long terme, peuvent apparaître des crises d'épilepsie.
Traitement
TRAITEMENT DES ACCIDENTS VASCULAIRES CEREBRAUX ISCHEMIQUES :
Mesures générales à la phase aiguë :
Les mesures générales à la phase aiguë associent :
- repos strict au lit pour maintenir une perfusion
cérébrale correcte.
- arrêt de l'alimentation orale en présence de troubles de
la vigilance ou de la déglutition.
- protection des voies aériennes et de la fonction
respiratoire : aspiration bronchique, supplémentation en
oxygène, guetter et traiter toute pneumopathie surtout fréquente
en présence de troubles de la déglutition.
- contrôle de la pression artérielle, car une poussée
tensionnelle pendant 2 ou 3 jours au cours d'un AVCI est souvent
réactionnelle :
- une baisse brutale et importante de la pression artérielle
réduit la perfusion au niveau de la zone de pénombre ischémique
et peut aggraver l'état clinique du patient.
- il ne faut traiter l'HTA que s'il existe une répercussion sur
d'autres organes (défaillance rénale, dissection aortique,
défaillance cardiaque...) ou si les chiffres tensionnels sont
très élevés (supérieurs à 200/120 mmHg).
- médicaments conseillés : les diurétiques, les inhibiteurs de
l'enzyme de conversion et surtout la nicardipine (Loxen*) IV.
- éviter les médicaments qui entraînent une hypotension brutale
(nifédipine...).
- équilibre hydro-électrolytique : de nombreux patients
admis en urgence sont en hypovolémie.
- la déshydratation entraîne une hypoperfusion du tissu cérébral
et augmente la viscosité sanguine.
- une hémodilution avec des cristalloïdes et une hématocrite à
33 % réduit parfaitement la viscosité sanguine et permet une
extraction maximale d'oxygène.
- équilibre glycémique : l'hyperglycémie est corrélée à
l'acidose lactique et contribue à l'aggravation et à l'extension
de l'infarctus cérébral. Un traitement par insuline peut
s'avérer nécessaire.
- infection et fièvre : l'infection augmente le nombre des
leucocytes et la viscosité sanguine, génère des radicaux libres,
augmente les facteurs de catabolisme cellulaire et étend par
conséquent le volume de la nécrose. Toute infection ou fièvre
doit être traitée énergiquement par des antibiotiques et/ou des
antipyrétiques.
Prise en charge de l'élévation de la pression intracrânienne et
de l'œdème cérébral :
L'œdème cérébral qui apparaît typiquement après 3-4 jours peut
être réduit par le maintien d'une osmolarité sanguine normale
sans excès de liquide (de 1,5 à 2 litres par 24 heures).
Il apparaît plus précocement en présence d'un infarctus massif
et chez les jeunes patients.
La prise en charge d'un œdème cérébral massif avec effet de
masse doit être rapide et énergique :
- élévation de la position de la tête à 20-30°.
- éviter des positions qui compriment les veines jugulaires.
- ne pas prescrire de médicaments qui peuvent masquer une
détérioration neurologique.
- éviter de perfuser des solutés glucosés et/ou hypotoniques.
- mannitol en bolus de 0,25 à 0,5 g/kg en IV en 20
minutes.
- maintenir une normovolémie et la perfusion discontinue de
mannitol pour avoir une osmolarité supérieure à 310-315 mOsm/kg
pendant 2 à 3 jours.
- le furosémide peut être prescrit au début à la dose de 1
mg/kg.
- le glycérol peut être une alternative au mannitol : quatre
fois 50 g par voie orale.
- intubation si nécessaire : légère hyperventilation, PC02
autour de 30 mmHg.
L' évaluation de ce traitement se fait sur la clinique et l'
imagerie (scanner et IRM).
Traitement spécifique des accidents vasculaires cérébraux
ischémiques à la phase aiguë :
Anticoagulants
Il n'y a pas encore de larges études randomisées ayant prouvé
l'efficacité des anticoagulants dans le traitement des AVCI.
- L' indication de l'héparine à dose curative dans les AVCI
aigus reste très controversée, elle varie selon les services et
les médecins. Quelques indications se dégagent actuellement :
- AVC en évolution (déficit fluctuant).
- AVC cardio-embolique.
- AIT crescendo.
- thrombose de l'artère basilaire.
- dissection artérielle, autour d'une endartériectomie
carotidienne ou d'un geste endovasculaire.
- prophylaxie des phlébites et des embolies pulmonaires.
- Les facteurs de risque qui peuvent favoriser les complications
hémorragiques sous héparine sont : l'âge avancé (plus de 70
ans), une PA élevée (plsu de 200/120 mmHg), un infarctus étendu,
l'intensité de l'anticoagulation (TCA supérieure à deux fois
celle du témoin), les bolus d'héparine et la durée du
traitement.
- Devant toute détérioration clinique avec enfoncement de
la vigilance, déviation fixée de la tête et des yeux, souffrance
du tronc cérébral, on doit arrêter l'héparine et demander un
scanner cérébral.
- Il faut évidemment respecter les contre-indications générales
des anticoagulants : troubles de la vigilance, HTA non
contrôlée, signes d'HTIC, ulcère gastrique évolutif et
thrombopénies.
- Les héparines de bas poids moléculaire ne sont actuellement
indiquées qu'en traitement prophylaxique des phlébites et des
embolies pulmonaires.
- Le relais du traitement sera pris après quelques jours par
antivitamine K ou anti-agrégants plaquettaires selon
l'étiologie.
Neuroprotecteurs
De nombreuses thérapeutiques ont été étudiées ou sont en cours
d'étude. Aucune n'a à ce jour montré la preuve de son
efficacité.
Les inhibiteurs calciques, les antiradicaux libres, les
anti-NMDA et antagonistes des récepteurs au glutamate non NMDA
et les antiglycines en sont les principaux.
Hypothermie
L'hypothermie a donné des résultats encourageants mais encore
mal établis, demandant confirmation.
Thrombolytiques
Les thrombolytiques transforment le plasminogène en plasmine qui
agit sur les caillots de fibrine qui sont lysés et se
décomposent en produit de dégradation de la fibrine.
Plusieurs fibrinolytiques (t-PA, streptokinase,
pro-urokinase...) ont été étudiés ou sont en cours d'évaluation.
La seule étude encourageante (“ NINDS rt-PA stroke study ”) a
été faite avec le t-PA 0,9 mg/kg donné dans les 3 premières
heures suivant l'apparition des premiers signes d'AVC.
Ce n'est pas encore un traitement de routine à l'heure actuelle
en Europe.
Traitement chirurgical
Le traitement chirurgical est indiqué dans des cas particuliers
:
- infarctus cérébelleux œdémateux avec hydrocéphalie aiguë
(dérivation externe ou résection).
- infarctus sylvien massif avec signes d'engagement chez un
jeune patient (hémicraniectomie de décompression).
- endartériectomie carotidienne en urgence en cas de sténose
très serrée pré-occlusive ou pseudo-occlusive.
La phase aiguë passée
Il faut prévenir les troubles du transit intestinal, instaurer
une alimentation soit par sonde gastrique, soit par voie
parentérale.
Rééducation motrice et orthophonique dès le début.
Traitement préventif des récidives :
La prévention secondaire des AVCI dépend de l'étiologie.
Accidents vasculaires cérébraux liés à l'athérosclérose
La prévention secondaire des AVC liés à l'athérosclérose repose
sur :
- le contrôle des facteurs de risque : HTA, tabac, diabète,
dyslipidémie....
- un traitement antiagrégant plaquettaire au long cours :
aspirine (300 mg/j en une prise), ticlopidine 250 mg (2 cp/j)
avec une surveillance hématologique stricte (NFS toutes les
semaines pendant 3 mois).
- endartériectomie carotidienne : indiquée dans les
sténoses serrées de taille supérieure à 70 %, uniques et
accessibles à la chirurgie qui est pratiquée à distance de l'AVC
en absence de prise de contraste du produit au scanner.
- angioplastie carotidienne, vertébrale et sous-clavières
ou des artères intracrâniennes.
Accident vasculaire cérébral par embolie d'origine cardiaque
La prévention secondaire des AVC par embolie d'origine cardiaque
repose sur :
- le traitement de la cardiopathie.
- la prescription d'AVK au long cours avec surveillance du TP et
de l'INR.
- la prescription d'anti-arythmiques si nécessaire.
Accident vasculaire cérébral après dissection carotidienne ou
vertébrale
La prévention secondaire d'un AVC après dissection carotidienne
ou vertébrale repose sur le traitement par AVK en relais de
l'héparine pendant 3 à 6 mois puis vérification de l'état
artériel par angiographie ou angio-IRM.
S'il y a reperméabilisation ou occlusion définitive, on
interrompt le traitement. Sinon, reconsidérer le problème.
Lacunes
Prévention secondaire des lacunes :
- éviter l'hypotension.
- aspirine ou ticlopidine.
- éliminer une cause cardiaque ou un athérome extra-crânien
proximal.
TRAITEMENT DES HEMORRAGIES CEREBRALES INTRAPARENCHYMATEUSES :
Traitement médical :
Le traitement médical nécessite :
- de maintenir une bonne fonction cardiaque et respiratoire.
- la pression artérielle reste souvent élevée ou labile pendant
1 à 2 semaines. Cette élévation peut être une réponse à l'HTIC
pour maintenir une pression de perfusion correcte. La pression
artérielle doit être baissée progressivement jusqu'à des valeurs
autour de 160/100 mmHg.
- Lutte contre l'HIC par la prescription d'anti-œdémateux
(mannitol, glycérol, diurétiques), dont l'efficacité reste
discutée.
Les corticoïdes sont exceptionnellement prescrits du fait des
complications consécutives à leur utilisation.
- “ Nursing ”, équilibre hydroélectrolytique, anti-épileptiques,
mobilisation passive puis rééducation motrice et orthophonique
sont à demarrer le plus tôt possible.
Traitement chirurgical :
On distingue les hématomes lobaires, plus accessibles à la
chirurgie, des hématomes profonds difficiles à opérer.
Les hématomes de petit volume, profonds et sans incidence sur le
pronostic vital, ne relèvent pas de la chirurgie.
- L' évacuation chirurgicale est indiquée dans les hématomes
volumineux corticaux ou lobaires avec un effet de masse et un
risque d'engagement, surtout chez les jeunes patients.
L'évolution est souvent grevée de lourdes séquelles quand le
pronostic vital n'est pas mis en jeu.
- En cas de malformation vasculaire sous-jacente, le traitement
peut être chirurgical ou endo-vasculaire selon le type de la
malformation.
- Dans les hématomes du cervelet, on peut être amené à poser une
dérivation externe en cas d'hydrocéphalie ou à les évacuer par
un geste chirurgical.
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