Physiologie de la muqueuse respiratoire nasale et troubles fonctionnels
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Physiologie nasale
:
A - INTRODUCTION :
La physiologie des fosses nasales recouvre un ensemble de
phénomènes complexes dont les mécanismes ne sont pas encore
totalement connus.
Les principales fonctions sont la ventilation, la
défense des voies aériennes supérieures et l’olfaction.
Nous abordons les principales fonctions de la
muqueuse nasosinusienne, en intégrant les données les plus récentes
sur la ventilation nasale, le rôle de la muqueuse nasale et sinusienne
dans la réponse inflammatoire à des agressions spécifiques (allergie,
infection) ou non (pollution) et le système immunitaire attaché à la
muqueuse nasosinusienne (NALT) qui est également un sujet de
recherche pour des thérapeutiques futures (vaccination) et pour la
compréhension de la physiopathologie d’affections courantes telles
les rhinosinusites allergiques ou la polypose.
La physiologie nasosinusienne est complexe et son étude, en constant progrès, fait
l’objet de nouvelles découvertes dont les applications cliniques sont
nombreuses en pratique quotidienne : antihistaminique, corticoïdes,
antileucotriènes, etc.
B - RAPPEL ANATOMIQUE ET HISTOLOGIQUE :
1- Anatomie macroscopique :
Les cavités nasales sont limitées en bas par les processus palatins
des maxillaires, en haut et en avant par les cartilages alaires,
triangulaires, puis les os du nez.
En arrière, l’os ethmoïdal forme la
voûte nasale.
L’orifice antérieur ou vestibule est un canal, avec un
revêtement cutané en avant et muqueux en arrière.
Les valves nasale
et septoturbinale font partie du vestibule.
L’orifice postérieur ou
choane comprend une partie supérieure, l’arcade choanale, et une inférieure, le seuil choanal.
Le récessus ethmoïdosphénoïdal
surplombe l’orifice choanal.
Le plancher des cavités nasales, en forme
de gouttière, est limité médialement par le septum et latéralement par
la paroi latérale ; celle-ci, ou paroi turbinale, comprend le cornet
inférieur, les cornets ethmoïdaux avec leurs méats respectifs : c’est la
paroi de communication avec les cavités sinusiennes.
La voûte nasale comprend essentiellement la fente olfactive.
2- Histologie :
La muqueuse nasale comprend une muqueuse respiratoire et une
muqueuse olfactive. Seule la muqueuse respiratoire est envisagée
dans cet article.
La muqueuse respiratoire comprend un épithélium de surface
composé d’une assise unistratifiée de cellules prismatiques ciliées
de type respiratoire qui possèdent environ 200 cils de 5 à 10 µm de
long.
En plus de ces cellules, on observe des cellules caliciformes mucipares, des cellules de remplacement, profondes, donnant un
aspect pluristratifié.
Entre les cellules épithéliales émerge par endroit l’ostium des
glandes tubuloacineuses qui se trouvent dans le chorion.
On y
trouve également des cellules mélaniques, des cellules du système
endocrinien diffus, des lymphocytes.
Le chorion est classiquement décrit avec trois réseaux :
– le réseau superficiel comprend du fibrocollagène lâche, renfermant
un riche réseau vasculaire capillaire et nerveux ;
– le réseau moyen est surtout marqué au niveau du cornet inférieur ;
il comprend des artérioles perpendiculaires au plan muqueux qui
anastomosent les réseaux profonds et superficiels capillaires ;
– le réseau fibrocollagénique profond, dense, adhérant au périoste,
comprend un réseau artérioveineux anastomosé en nappe.
C - VENTILATION NASALE :
Le passage de l’air inspiré et expiré dans les cavités nasales a été
décrit avec précision par les travaux de Swift et Proctor à partir
de pièces anatomiques.
L’essentiel du passage de l’air inspiré se fait
entre le cornet inférieur et le cornet moyen.
Le plancher nasal et le
toit sont les régions les moins ventilées.
Il est classique de signaler
que la taille et la direction des orifices narinaires peuvent influencer
la direction et la vitesse du flux aérien, mais ce paramètre n’a pas
été à ce jour étudié scientifiquement.
À l’expiration, la répartition
est plus dispersée, en particulier avec une bonne distribution vers
les régions olfactives.
Ces résultats ne tiennent toutefois pas compte
des modifications induites par les modifications des cartilages et des
muscles de la cavité nasale, dont le rôle in vivo demeure méconnu.
On prête à Kayser, dès 1895, la première description scientifique des
modifications alternatives de la perméabilité nasale dénommée
« cycle nasal ».
Depuis cette première description, de nombreux
travaux ont été réalisés pour comprendre ce phénomène et ses
mécanismes.
L’analyse de ces différents travaux permet de constater
que seuls 70 à 80 % de la population adulte présentent ces
modifications cycliques.
Le cycle nasal est caractérisé par une
alternance de vasoconstriction et de vasodilatation qui touche tout
le tissu vasculaire, dont les principales localisations sont le cornet
inférieur et le septum nasal.
Sa périodicité peut varier de 1 à
5 heures, mais on peut également observer des modifications
vasculaires asymétriques et non rythmiques.
Le cycle nasal touche
également la muqueuse des cavités sinusiennes maxillaires et
ethmoïdales.
Le cycle nasal se modifie avec l’âge, une étude sur
361 patients, considérés comme indemnes de pathologies rhinosinusiennes, suggère que des modifications du cycle nasal
peuvent survenir jusqu’à l’âge de 16 ans en raison des modifications
anatomiques et qu’ensuite une certaine stabilité est observée.
Le
mécanisme régissant ces modifications vasomotrices a été
récemment rappelé par Lung.
Le réseau vasculaire de la
muqueuse nasale comprend des vaisseaux de résistance (artères et
artérioles) et des vaisseaux de capacitance (plexus caverneux et
veines).
Il est classique de décrire, au niveau du cornet inférieur,
trois circuits vasculaires superposés :
– le plus profond correspond au système résistif formé par des
anastomoses artérioveineuses siégeant dans le chorion ; un sphincter
musculaire lisse permet de réguler les passages directs entre
systèmes artériel et veineux ;
– le circuit intermédiaire est formé par des plexus caverneux,
éléments capacitaires du système ; ces structures avalvulaires
résident dans le chorion moyen ; leur volume serait sous la
dépendance des anastomoses artérioveineuses en amont et de
sphincters veineux en aval ;
– le plus superficiel comprend les terminaisons des rameaux
ascendants issus du réseau artériel sous-périosté et/ou souspérichondral
; ces artérioles donnent naissance à un réseau capillaire
de type fenêtré qui se distribue sous la membrane basale aux
structures épithéliales et glandulaires ; cette structure est un lieu
d’échange, essentiel pour la défense et l’information de l’organisme.
Au total, on constate que chaque système peut être régulé
indépendamment, mais également interagir sur les autres systèmes
vasculaires, créant les conditions d’une indépendance au sein d’un
système d’interdépendance.
La régulation de cette circulation est
également complexe.
Les vaisseaux de la muqueuse nasale reçoivent
des stimulations constantes par le système sympathique, alors que
le système parasympathique aurait une activité plus irrégulière.
Les
fibres sympathiques préganglionnaires proviennent des neurones
situés dans les cornes antérieures de la moelle thoracique, entre C6
et D2.
Certaines se terminent dans les ganglions cervicaux inférieur
et moyen, mais la plupart atteignent le ganglion cervical, pour faire
synapse.
Les fibres postsynaptiques se dirigent, au travers du nerf
grand pétreux, vers le ganglion sphénopalatin.
Quelques fibres
accompagnent la carotide interne puis la vascularisation à destinée
nasale.
Les fibres sympathiques contiennent soit de la
noradrénaline (NAR), soit de la noradrénaline et du neuropeptide Y
(NPY) qui sont tous deux des médiateurs vasoconstricteurs.
Des
récepteurs alpha1- ou alpha2-adrénergiques sont présents sur la muqueuse nasosinusienne.
Les fibres nerveuses sympathiques stimulent, par la
libération de noradrénaline, les récepteurs alpha1 et alpha2 dont la
distribution est mixte pour les vaisseaux de capacitance et presque
exclusive (alpha2) pour les vaisseaux de résistance.
La stimulation sympathique est à l’origine d’une vasoconstriction
du système résistif par un mécanisme alpha-adrénergique et d’une
vasoconstriction des vaisseaux de capacitance par le même
mécanisme, mais également par une stimulation non adrénergique
et non cholinergique.
Une étude récente in vitro sur la muqueuse
du cornet moyen a permis de confirmer que la somatostatine et le
neuropeptide Y provoquent une vasoconstriction selon un
mécanisme non adrénergique-dépendant, peut-être par stimulation
de récepteurs spécifiques.
Cette étude in vitro suggère également un
rôle modulateur de ces médiateurs sur l’action vasoconstrictrice de
la noradrénaline.
D’autre part, des récepteurs à l’histamine ont
été récemment identifiés dans l’endothélium des vaisseaux du cornet
inférieur. Enfin, l’étude sur l’animal a montré que la régulation
de la libération de NAR et NPY serait sous la dépendance d’un
récepteur adrénergique alpha-préjonctionnel.
Toutes ces données
confirment la complexité des mécanismes régulant la vasomotricité
nasale.
À l’état pathologique, de nombreux autres médiateurs
viennent troubler cette délicate homéostasie (histamine, leucotriènes,
etc).
Les fibres parasympathiques proviennent du noyau salivaire
supérieur (muco-lacrymo-nasal) puis se dirigent vers le ganglion
géniculé et se rendent, par le nerf grand pétreux, vers le ganglion
ptérygopalatin où elles font relais pour donner des fibres à destinées
nasale et lacrymale ; des fibres postganglionnaires innervent
également des glandes et quelques vaisseaux.
La stimulation des
fibres parasympathiques libère de l’acétylcholine, du vaso intestinal
peptide (VIP) et peut-être d’autres neuropeptides.
Cinq types de
récepteurs muscariniques (m1 à m5) ont été décrits dans des études
in vitro ou in vivo.
In vivo, le rôle respectif de chacun demeure
encore l’objet de controverses.
La stimulation du système
parasympathique entraîne surtout une augmentation de la sécrétion
de mucus.
La présence de VIP est signalée dans les polypes et le
cornet inférieur dans l’épithélium et les glandes sous-muqueuses.
Plusieurs facteurs peuvent modifier le rythme et l’amplitude du
cycle nasal.
Récemment, Ishii a étudié les modifications du cycle
nasal lors d’atteintes spécifiques du système nerveux autonome.
Ainsi, chez les patients atteints d’une paralysie faciale où des
anomalies du système parasympathique sont signalées, peu
d’anomalies du cycle nasal sont observées.
Lors d’atteintes du
système sympathique (syndrome de Horner), aucune perturbation
du cycle nasal n’est observée.
Ces deux constatations confirment la
probable régulation centrale des modifications vasculaires cycliques
de la muqueuse nasale et sinusienne.
Le centre régulant ce rythme
nasal est peut-être localisé dans le noyau suprachiasmatique de
l’hypothalamus.
Les résistances nasales varient également selon la position de la tête
ou du sujet (assis, décubitus, etc).
Des pressions, appliquées sur
certaines zones du corps, peuvent modifier les résistances nasales.
Ainsi, lors du décubitus latéral, des modifications sont observées
alternativement en fonction des pressions appliquées sur la surface
cutanée.
La consommation importante de tabac augmente les
résistances nasales mesurées par rhinomanométrie antérieure.
La sensation de confort nasal demeure une donnée subjective dont
la mesure n’est pas évaluable actuellement, même avec la rhinomanométrie.
Cette sensation est d’ailleurs très subjective
puisqu’elle peut être corrélée à des paramètres culturels.
La
sensation la plus importante du passage de l’air est obtenue dans la
partie antérieure de la cavité nasale.
Les mesures de résistance de
l’air dans la filière nasale à l’aide d’un pléthysmographe chez
45 sujets normaux adultes confirment que la zone de résistance se
situe dans les 4 premiers centimètres pour une fosse nasale non
décongestionnée.
Cette région se réduit aux 2 premiers centimètres
dans une fosse nasale décongestionnée.
Ces résultats expliquent
l’absence actuelle de consensus sur la localisation exacte de la région
dite de « la valve nasale ».
Les études concernant les mécanismes
régissant cette sensation de confort nasal amènent à des conclusions
contradictoires.
Ainsi, Eccles a montré que l’inhalation de menthol
améliore la sensation de confort nasal sans aucune modification des
résistances nasales.
Le L-menthol modifierait directement le
transport calcique dans les fibres nerveuses.
Naito rapporte
également un phénomène similaire après stimulation par le menthol
du nerf grand palatin.
Une stimulation des récepteurs au froid
présents dans la muqueuse nasale serait à l’origine de ce
phénomène.
De ce fait, il semble plus intéressant de mesurer le
coefficient d’accélération de l’air inspiré pour obtenir une meilleure
corrélation avec la sensation subjective de confort nasal.
L’analyse de la sensation du passage de l’air a également été étudiée
après la pulvérisation de xylocaïne ou de sérum dans les cavités
nasales chez 50 patients.
Cette étude, faite en double aveugle avec
une analyse par rhinomanométrie et échelle visuelle analogique, ne
met pas en évidence de différence entre les deux groupes.
Cette
constatation minimiserait le rôle des récepteurs sensitifs dans la
perception du flux aérien.
De même, Aldren a montré que
l’application par crème d’un anesthésique chez 25 sujets modifie le
confort nasal sans aucune modification objective des résistances
nasales.
D’autre part, Cauna, pour expliquer la sensation de confort
nasal, ne trouvait, par une étude histologique, qu’un seul type de
récepteur correspondant à la terminaison de fibres amyélinisées
cholinergiques auxquelles il attribuait un rôle prépondérant pour
expliquer cette sensation.
Néanmoins, d’autres récepteurs ont
vraisemblablement un rôle dans cette perception de confort nasal
puisque, jusqu’à présent, aucune publication n’a relaté la survenue
d’une sensation d’obstruction nasale après la destruction chimique
ou chirurgicale de la branche maxillaire du nerf trijumeau.
D’autres
auteurs ont d’ailleurs mis en évidence des récepteurs thermiques au
chaud et au froid dans le vestibule nasal antérieur (cutané) et
postérieur (muqueuse).
La prépondérance de la respiration par
voie nasale est encore mal connue et fait l’objet de débats
contradictoires.
Pour Kluemper, par exemple, l’obstruction nasale
chez l’enfant peut être à l’origine de dysfonction buccolinguale, alors
que pour d’autres aucune corrélation spécifique entre un type de
malocclusion et une déformation faciale n’est confirmée
scientifiquement.
Récemment, Laine-Alava et al ont montré, avec
une étude sur 361 sujets, que l’équilibre entre respiration buccale et
nasale se modifiait jusqu’à l’âge de 16 ans et que les résistances
nasales étaient plus importantes pendant l’inspiration, peut-être en
raison de l’activité des muscles de la région des alaires.
Une autre
étude récente a montré qu’une obstruction nasale bilatérale
provoquée lors du sommeil avait pour conséquence une diminution
de la saturation en oxygène du sang périphérique, suggérant un rôle
prépondérant de la ventilation nasale pendant le sommeil.
Finalement, l’analyse de ces différents travaux confirme que les
mécanismes neurophysiologiques soutenant la transformation du
stimulus ventilatoire en une sensation de confort demeurent
spéculatifs et inconnus.
D - HUMIDIFICATION ET RÉCHAUFFEMENT
DES CAVITÉS NASALES :
La notion de confort nasal est également liée à la sensation
d’humidification des cavités nasales.
Elle résulte du contact et des
échanges entre l’air inspiré et le mucus. Le réseau vasculaire sousépithélial
fenêtré jouerait un rôle essentiel dans cet équilibre, ainsi
que les glandes séreuses.
Cette humidification est essentielle à la
protection de la muqueuse en maintenant les caractéristiques
rhéologiques du mucus formé à 95 % d’eau.
Les mécanismes la
régulant restent mal connus, car difficiles à étudier.
Le rôle de la ventilation nasale dans le réchauffement de l’air inspiré
est important ; ce système peut fonctionner et s’adapter à des
conditions extrêmes (de - 10° à + 40° ; haute altitude, effort extrême) ;
sa régulation et son mécanisme sont encore mal connus ; la richesse artérioveineuse joue vraisemblablement un rôle majeur dans cette
adaptation, la surface de la muqueuse des cornets est d’ailleurs
très importante chez les animaux vivant dans des conditions
climatiques extrêmes.
Il n’y a pas néanmoins d’étude chez l’homme
qui confirme des modifications objectives de la vascularisation turbinale en cas de modifications rapides des conditions
atmosphériques (température, humidité).
E - SÉCRÉTIONS NASALES :
Les sécrétions nasales sont formées essentiellement par les glandes
nasales (glycoprotéines du mucus), l’exsudation plasmatique, les
larmes et les phénomènes de condensation de vapeur d’eau.
Les
principales glandes nasales sont les glandes à cellules caliciformes
et les glandes séreuses.
La cytologie des sécrétions nasales a été
surtout étudiée lors de pathologies inflammatoires comme la rhinite
à éosinophiles ou lors d’infections.
L’analyse électrophorétique des
sécrétions nasales, en particulier des protéines chez l’adulte, révèle
qu’il n’y a pas de différence selon le sexe ou l’âge du patient et que
la répartition se fait selon un gradient de poids moléculaire allant
de 14 à 70 kDa.
Des
immunoglobulines sont également présentes (IgA, IgM, IgG, IgE)
ainsi que de nombreuses enzymes (endopeptidases,
antileucoprotéases, aminopeptidases) et peptides (substance P,
CGRP [calcitonin gene related peptide]).
Les fonctions de ces sécrétions
sont multiples : antioxydante, humidification, adhésion et
élimination de micro-organismes ou de particules, etc.
La régulation du volume et de la rhéologie des sécrétions nasales
est complexe et encore incomplètement connue.
L’activité sécrétoire de la muqueuse nasale est également sous contrôle du système
neurovégétatif.
La stimulation des fibres parasympathiques
augmente les secrétions nasales, en particulier par une action directe
sur les glandes séreuses.
De nombreux peptides (substance P, VIP
[vaso intestinal peptide], CGRP, GRP [gastrine releasing peptide]) sont
capables in vitro de stimuler directement les sécrétions
glandulaires.
Le GRP, par exemple, est signalé dans les nerfs se
distribuant aux glandes sous-muqueuses qui possèdent des
récepteurs spécifiques pour ce médiateur.
Il stimulerait ainsi la
sécrétion de mucoglycoprotéines.
Le système veineux
participerait également, par l’exsudat plasmatique qu’il produit
pendant les modifications cycliques de vasodilatation et
vasoconstriction, aux modifications sécrétoires observées lors
d’infection.
Ces veines ayant un endothélium fenêtré,
l’augmentation de la fréquence du cycle s’accompagnerait d’une
augmentation parallèle du volume des sécrétions et, ainsi,
participerait également de façon indirecte au système de défense.
La stimulation unilatérale par un air sec déclenche une rhinorrhée
bilatérale chez la plupart des sujets.
Cette stimulation est peut-être médiée par les terminaisons sensitives, puisque l’application d’un
anesthésique local du côté de la stimulation inhibe la sécrétion des
deux côtés, alors qu’elle ne modifie pas la stimulation par la
métacholine.
Les composants anatomiques et les voies associatives
de l’arc réflexe à l’origine de cette sécrétion induite par des
modifications des propriétés physiques de l’air restent à définir.
La localisation et le rôle des récepteurs bêta-adrénergiques restent
encore à évaluer.
D’après Woodhead, le plus grand nombre est de
type bêta-2 et se localise dans les canaux glandulaires, suggérant un
rôle potentiel dans la composition électrolytique des secrétions
nasales.
F - INNERVATION NASOSINUSIENNE :
1- Généralités :
Les nerfs sensitifs sont des nerfs issus du trijumeau qui se
distribuent par les nerfs ethmoïdaux et nasaux postérieurs qui
innervent les vaisseaux, les glandes et l’épithélium.
Les nerfs nociceptifs sont des nerfs non myélinisés de type C qui ne
possèdent pas d’organes terminaux spécialisés comme ceux présents
dans le tissu cutané.
Néanmoins, des formations plexiformes ont été
décrites aux extrémités de fibres non myélinisées sensitives dans la
lamina propria et entre les cellules épithéliales.
Deux types de
fibres conduisent l’influx nociceptif : les fibres A-ä conduisent la
douleur aiguë.
Les fibres C seraient plutôt impliquées dans la
réponse à une stimulation plus complexe et dans les douleurs
chroniques.
Ces neurones chimiosensibles et mécanothermiques
peuvent être stimulés par des médiateurs inflammatoires :
histamine, bradykinine, sérotonine, mais également par des
modifications ioniques ; ion K+, ion H+.
La stimulation des nerfs
sensitifs est à l’origine de mécanismes réflexes se traduisant par une
toux, des éternuements et une hypersécrétion.
Les prostaglandines et les leucotriènes modifient le niveau de
dépolarisation de ces neurones en favorisant leur stimulation.
D’autres substances peuvent stimuler ces nerfs : cigarette, capsaïcine,
SO2 (dioxyde de soufre).
Après stimulation des fibres de type C, on
peut observer un réflexe parasympathique d’origine centrale se
traduisant par une vasodilatation.
Il existe également une
dépolarisation de proche en proche rétrograde, à l’origine d’une
libération de neuromédiateurs (réflexe d’axone), amplifiant la
vasodilatation et la perméabilité vasculaire localement.
Lors de la
dépolarisation du nerf, une combinaison variable en nature et en
dose des neuropeptides est délivrée au contact des glandes et des
vaisseaux.
2- Différents neuropeptides :
Les tachykinines sont des peptides dont font partie la substance P
(SP), les neurokinines A (NKA) et B (NKB).
Trois types de récepteurs
sont individualisés, respectivement NK1 pour SP, NK2 pour NKA et
NK3 pour NKB.
* Substance P :
La substance P induit une vasodilatation, une sécrétion de mucus et
une exsudation plasmatique ; elle a été essentiellement signalée
autour des artères, mais également un peu à proximité du système
veineux, les cellules glandulaires et épithéliales nasales.
Récemment, l’identification des gènes codant pour les récepteurs
NK1, NK2, NK3 a permis à Shirasaki de localiser spécifiquement
sur le cornet inférieur les récepteurs NK1, principalement dans
l’épithélium et les glandes sous-muqueuses, avec une moindre
répartition vers les vaisseaux.
In vitro, la substance P déclenche une
sécrétion de lactoferrine (glande séreuse) et de glycoprotéine
(glandes muqueuses).
In vivo, en revanche, la stimulation par la substance P ne modifie pas les secrétions nasales, peut-être en
raison d’une destruction rapide in situ par les endopeptidases
(NEP).
D’autre part, la substance P peut augmenter l’expression
de cytokines tel IL1 (interleukine 1) et IL6 chez le sujet non
allergique ou tel IL1, IL2, IL3, IL4, IL5, IL6, TNFalpha (tumour necrosis
factor) chez le sujet allergique, confirmant la plus grande réactivité
des sujets allergiques à la substance P.
Le rôle physiologique de la substance P reste néanmoins encore à
préciser.
Baraniuk, par exemple, fait remarquer que si, après
stimulation antigénique, son dosage est élevé dans les sécrétions et
s’associe à une augmentation des éosinophiles dans la muqueuse,
son élévation dans la bronchite chronique ne s’accompagne
d’aucune éosinophilie tissulaire.
Bascom, étudiant des sujets
présentant une réaction de congestion nasale au contact de la fumée
de tabac, a trouvé que ses patients avaient une réactivité à la
substance P supérieure à celle d’un groupe-témoin.
* CGRP :
Le CGRP est surtout localisé dans les parois vasculaires des petites
artères musculaires et, en moindre quantité, dans la lame basale et
entre les cellules épithéliales.
Son action principale est vasomotrice,
avec une action vasodilatatrice de longue durée et un rôle facilitant
le remplissage des lacs veineux turbinaux.
Il n’a pas, a priori,
d’action sur les secrétions glandulaires.
* Neuropeptide Y :
Libéré par les fibres sympathiques, il a une action vasoconstrictrice
mais semble également capable de modifier le volume sécrétoire.
Son application locale chez des sujets sains et allergiques suggère
que l’exsudation protéique qui en résulte est due à une modification
de la perméabilité vasculaire.
En revanche, il n’a pas d’action sur la
sécrétion des glandes sous-muqueuses.
* NEP :
C’est une enzyme régulant l’activité des neuropeptides libérés dans
la muqueuse respiratoire.
Son étude, à partir de biopsies de cornet
inférieur et de secrétions nasales, montre qu’elle est surtout présente
dans les glandes sous-muqueuses, les cellules épithéliales et les
cellules myoépithéliales des petits vaisseaux.
Sa présence dans les
secrétions nasales est, en revanche, beaucoup plus faible.
D’autres substances semblent capables de stimulation sur les
terminaisons nerveuses.
Récemment chez le cochon d’Inde, Sekizawa a obtenu, mais dans
des conditions non physiologiques, des réponses sur les
terminaisons sensitives du nerf ethmoïdal après stimulation
histaminique.
Il en conclut que certaines fibres sensitives seraient
stimulables par l’histamine.
L’augmentation de la sensibilité des fibres sensitives à des éléments
extérieurs tel que le dioxyde, l’hyperventilation ou l’inhalation d’air
froid se traduit par une libération de cytokines (IL1, IL6, IL8, IL11 et
TGFalpha) qui entraîne une hyperalgie.
G - APPAREIL MUCOCILIAIRE :
L’épithélium respiratoire est un épithélium pseudostratifié qui
comprend des cellules ciliées, des cellules muqueuses et des cellules
basales.
Elles reposent sur un tissu de soutien, constituant la lame
basale.
La cohésion de l’épithélium est assurée par plusieurs
systèmes jonctionnels :
– les jonctions serrées (« zonula occludens ») au niveau apical des
cellules ;
– les jonctions intermédiaires (« zonula adherens ») sous les
jonctions serrées, assurent la communication entre les cellules
adjacentes ;
– les desmosomes (« macula adherens ») reliés entre eux par des
filaments de cytokératine, assurent le maintien de la morphologie
cellulaire ;
– les jonctions communicantes mettent en communication (2 nm)
directe le cytoplasme des cellules adjacentes ; elles participent au
transfert de messagers secondaires : calcium, inositol triphosphate ;
– les hémidesmosomes favorisent l’ancrage des cellules à la lame
basale ; la lame basale soutient l’épithélium : elle est formée par un
réseau complexe de protéines (laminine, protéoglycanes, collagène
IV...) ; deux zones sont définies lors de son examen en
microscopie électronique : une zone claire, lamina lucida et une zone
dense, lamina densa.
Longtemps considérée comme inerte, cette structure a de
nombreuses propriétés biologiques.
Elle entretient, par le système
des intégrines, d’étroites interactions avec les cellules épithéliales,
en particulier dans leur migration, leur prolifération et leur
différenciation.
Les cellules de l’épithélium de surface sont
ancrées sur la lame basale.
L’ancrage à la lame se fait au moyen de
récepteurs membranaires : les intégrines.
Ce sont des récepteurs
membranaires aux protéines de la lame basale.
Elles interviennent
dans la migration des cellules inflammatoires et facilitent, in vitro,
l’adhésion des cellules aux protéines de la matrice extracellulaire.
Elles fonctionnent comme des molécules capables de détecter
l’attachement ou le détachement des cellules sur la matrice
extracellulaire.
La laminine joue un rôle dans la prolifération
cellulaire.
Des glandes s’invaginant à partir de l’épithélium dans la sousmuqueuse
sont formées par des cellules séreuses et muqueuses.
Les
cellules muqueuses sont caractérisées par la présence de granules
sécrétoires clairs aux électrons, renfermant des mucines et des
protéines antibactériennes (IgA).
Les cellules séreuses contiennent
des granulations intracytoplasmiques denses aux électrons.
Elles
synthétisent des glycoprotéines, des protéines à propriété
antibactérienne (lactoferrine, lysozyme) et antioxydante
(transferrine, antileucoprotéase).
Elles libèrent également des IgA
synthétisées par les plasmocytes.
Des cellules myoépithéliales sont
également identifiées autour des acini glandulaires.
Elles possèdent
les caractéristiques des cellules épithéliales et des cellules
musculaires.
Sous la lame basale, dans l’environnement des glandes
de la sous-muqueuse, siège la matrice extracellulaire.
Elle est
composée de molécules de collagène, d’élastine et de protéoglycanes
synthétisées principalement par les fibroblastes.
De nombreux
facteurs de croissance sont également présents dans ce réseau de
macromolécules, ainsi que quelques cellules inflammatoires et des
vaisseaux.
Tout ce réseau cellulaire communique à la fois avec
l’environnement extérieur, mais également avec l’ensemble de
l’organisme.
Le rôle protecteur de l’épithélium respiratoire est assuré
par l’appareil mucociliaire et par les éléments de la sous-muqueuse.
Mucus : première barrière de défense
Le mucus est la première barrière de défense.
Les composants du
mucus assurent le piégeage des particules inhalées et leur
inactivation par différents mécanismes : antibactériens, antiprotéasique et antioxydant.
Le mucus est composé
principalement d’eau (95 %) et d’un réseau macromoléculaire de
mucines (4 %).
Deux phases sont décrites.
La première, superficielle,
dite « gel », a une viscosité et une élasticité élevées.
La couche
profonde, aqueuse, périciliaire, est dite « sol ».
Le mucus est en
constant mouvement en raison de l’activité ciliaire des cellules
épithéliales, il assure le maintien de l’hydratation de l’épithélium.
Son pH varie de 6,5 à 7,8.
La régulation hydrique est contrôlée par
l’absorption d’ions sodium et la sécrétion d’ions chlore.
La sécrétion transépithéliale d’ions et d’eau est régulée par des systèmes actif et
passif.
Les principaux systèmes connus sont le cotransporteur
Na/K/2CL, l’échangeur Na/K et différents canaux chlorures
potassique et sodique.
Les canaux « chlore », situés au pôle apical
des cellules respiratoires, ont été particulièrement étudiés en raison
de leur rôle dans la mucoviscidose.
Parmi eux, le canal CFTR régulé
par la voie de l’AMPc (acide adénosine-monophosphorique
cyclique).
La protéine CFTR, codée par le gène situé sur le
chromosome 7, constitue elle-même un canal chlore de faible
conductance.
Les mucines sont des glycoprotéines de masse moléculaire élevée (1 000 kDA) qui forment un réseau
macromoléculaire assurant le piégeage des molécules dont le
diamètre est supérieur à 2 mm.
Elles assurent également la
neutralisation des micro-organismes par leurs chaînes carbohydrates.
D’autres éléments sont présents dans le mucus.
Le
lysozyme, sécrété par les cellules séreuses, possède une activité
bactériolytique (Gram+) et stimule l’activité phagocytaire des
leucocytes et des macrophages.
Les IgA, synthétisées par les
plasmocytes de la sous-muqueuse, sont internalisées dans les
glandes séreuses et muqueuses, pour être libérées dans la lumière
respiratoire.
Elles inhibent l’adhérence des bactéries, neutralisent les
virus dans les cellules et favorisent l’activité phagocytaire des
cellules inflammatoires.
Les phospholipides contrôlent la rhéologie
du mucus.
La transferrine, glycoprotéine sécrétée par les glandes
séreuses, fixe le fer nécessaire à la croissance des bactéries, ce qui
assure une protection antibactérienne.
Des inhibiteurs de protéases
sont également présents dans le mucus.
Ils préviennent les
dommages cellulaires déclenchés lors de pathologies inflammatoires.
Les antioxydants luttent contre les effets des radicaux libres et des
molécules oxydantes produits par des agents chimiques, des
substances toxiques ou des cellules inflammatoires.
Toutes ces molécules prennent part au maintien de l’homéostasie du
mucus dont le transport est assuré par les battements ciliaires des
cellules épithéliales à une vitesse de 10 à 15 mm/min.
La fréquence
des battements est d’environ 10 à 15 Hz.
Chaque cellule ciliée
possède environ 200 cils.
Les cils sont animés de battements
périodiques dont les caractéristiques ont été analysées par de
nombreux travaux.
Le battement ciliaire est coordonné : tous les cils
battent dans la même direction avec la même fréquence de façon
synchrone (rythme métachronal).
Chaque cycle de battement
comprend deux phases :
– la phase active, deux fois plus brève que la phase de retour,
permet au cil de se déployer et d’atteindre sa longueur maximale ;
le cil « accroche » le mucus et le propulse ;
– la seconde phase, dite phase de repos, d’environ 10 ms, permet au
cil de revenir dans sa position initiale avant la prochaine phase
active ; l’énergie nécessaire à ce mouvement est fournie par
l’hydrolyse de l’ATP (adénosine triphosphate).
L’analyse ultrastructurale des cils montre que le mouvement
ciliaire est la résultante d’un glissement entre les microtubules qui
arment le cil : neuf paires périphériques, une paire centrale.
Ce
glissement est possible par les modifications des zones d’attache des
bras de dynéine sur ces microtubules.
La liaison entre les bras de dynéine et les microtubules est ATP-dépendante.
En présence d’ATP,
la liaison est rompue et rétablie en absence d’ATP.
La régulation et
la coordination de ces interactions demeurent inconnues.
Les
cultures cellulaires épithéliales in vitro ont confirmé que les
battements ciliaires persistent plusieurs heures si le milieu nutritif
est suffisant.
De nombreux facteurs influencent le transport mucociliaire : température, hygrométrie, tabac, etc.
Une étude avec
185 patients pathologiques et 16 patients témoins suggère une
asymétrie dans le transport mucociliaire, mais l’étude n’a pas évalué
si cette asymétrie se modifiait avec le temps et en particulier s’il y
avait une corrélation dynamique avec l’état de congestion de la
muqueuse.
Le monoxyde d’azote (NO) chez l’animal augmente
la fréquence du battement ciliaire in vitro.
Chez l’humain
volontaire sain, le NO modifie la microcirculation nasale et
augmente également l’activité mucociliaire.
Son rôle a été
récemment évoqué en pathologie puisque Lundberg a trouvé, chez
trois enfants porteurs d’anomalies ciliaires (syndrome de
Kartagener), de faibles concentrations de NO dans l’air expiré, ce
qui tendrait à confirmer une relation entre la concentration de NO
et l’activité cilaire.
La composition cellulaire du mucus est aussi
variable ; ainsi, au contact de l’allergène, une augmentation des
éosinophiles est signalée.
L’absence de ventilation nasale ne modifie pas le transport mucociliaire.
En revanche, le nombre de cellules glandulaires
diminue avec le temps, mais de manière modeste.
Si la substance P augmente le transport mucociliaire chez l’animal,
chez l’homme ce phénomène n’est pas trouvé lors d’étude in
vitro.
Ces résultats contradictoires, comparés aux études chez
l’animal et chez l’humain in vitro, s’expliquent probablement en
raison des NEP qui dégradent les NP comme la substance P ;
d’ailleurs, une diminution de leur activité semble être à l’origine
d’une réponse inflammatoire plus intense et d’une
hyperréactivité.
H - SYSTÈME DE DÉFENSE NASOSINUSIEN :
Il est classique de décrire trois systèmes de défense :
– le premier correspond à la barrière épithéliale et au système mucociliaire déjà décrits, associés à la flore commensale
des cavités nasales ;
– le second comprend le système immunitaire annexé aux
muqueuses respiratoires : l’IgA et le NALT ;
– le troisième correspond aux mécanismes d’inflammation non
spécifiques mis en route en cas de rupture des équilibres
physiologiques.
1- Système mucociliaire et flore commensale
:
L’appareil mucociliaire participe à la défense de
l’organisme en éliminant les particules et les micro-organismes
captés par le mucus, mais également en participant à la réponse
immunitaire par l’intermédiaire des lymphocytes siégeant dans
l’épithélium et peut-être par les cellules épithéliales elles-mêmes.
La flore commensale joue également un rôle important dans cette
défense.
Elle est variable selon la localisation dans la cavité nasale et
varie probablement avec l’âge.
On trouve essentiellement Staphylococcus epidermidis, des corynébactéries, le Staphylococcus
aureus est fréquemment signalé. Des anaérobies sont aussi
présentes dans le méat moyen.
Ces germes jouent probablement
un rôle dans l’équilibre écologique de la cavité nasale et évitent
probablement la greffe de micro-organismes plus agressifs
(Haemophilus, pneumocoque) qui peuvent toutefois être portés par
3 à 5 % de la population sans pathologie associée.
2- Système immunitaire :
La muqueuse nasosinusienne fait partie de l’ensemble des
muqueuses respiratoires. Elle contient des cellules immunitaires
appartenant au mucosa-associated lymphoid tissue (MALT) ou tissu
lymphoïde associé aux muqueuses.
Ce système est constitué de tissu
lymphoïde diffus étroitement lié à l’épithélium et à la sousmuqueuse.
On y trouve tous les éléments cellulaires : cellules
présentatrices d’antigènes, lymphocytes T et B, plasmocytes... et des Ig.
* IgA sécrétoire
:
L’Ig principale du système est l’IgA dont on évalue la synthèse à
4 g/j dans l’organisme.
La dimérisation de l’IgA est assurée par un peptide synthétisé par les plasmocytes (pièce J).
Le dimère est
ensuite capté par la pièce sécrétoire élaborée par les cellules
épithéliales.
Par un mécanisme particulier de fusion des membranes,
une molécule complexe est formée comprenant deux IgA, une pièce
J et une pièce sécrétoire : l’IgA sécrétoire.
L’IgA sécrétoire est
produite localement par des cellules immunocompétentes
disséminées dans la muqueuse.
Sa production est facilitée par des
lymphocytes T.
Chez la souris, la production d’anticorps IgA
spécifiques par les cellules immunocompétentes dans le NALT joue
un rôle important dans la réponse à l’infection.
Son rôle
spécifique est de former de volumineux complexes immuns avec
des antigènes spécifiques qui sont ensuite transportés par le mucus
vers le tube digestif.
*
NALT :
Récemment, le NALT, ou tissu lymphoïde appendu à la muqueuse
nasosinusienne, a été individualisé et fait l’objet de nombreux
travaux chez l’animal et chez l’homme.
Sa composition et sa
localisation sont encore l’objet de controverses.
Avant d’envisager sa
description et son fonctionnement, un bref rappel sur les lignées
lymphocytaires est proposé.
Les lymphocytes sont différenciés
à partir des antigènes de différenciation (cluster of differenciation : CD), des récepteurs reconnaissant l’antigène et des
molécules d’adhésion présents sur la membrane.
Les lymphocytes T-helper (CD4+) sont eux-mêmes répartis en deux sous-populations
selon leur profil sécrétoire.
Les T-helper 1 synthétisent surtout l’INFç
et l’IL2 et réduisent la synthèse d’IgE par les cellules B. Les T-helper
2 synthétisent principalement l’IL4, l’IL5 et l’IL10.
L’IL4 augmente
la synthèse d’IgE par les cellules B et l’IL5 amplifie la réaction
inflammatoire (éosinophile).
Le rapport CD4+/suppresseur (CD8+)
est un élément important dans la réponse muqueuse à
l’inflammation.
Sa valeur est différente selon les pathologies
envisagées, mais les résultats actuellement publiés sont parfois
contradictoires.
Néanmoins, il semble acquis que le nombre de CD4+
est plus important chez le sujet normal.
Une étude récente chez
l’animal amène à supposer que le NALT serait constitué, dans la
muqueuse nasale, de lymphocytes de phénotype T-helper 0 qui, selon
les conditions d’environnement, seraient capables d’acquérir un
phénotype de type T-helper 1 et/ou T-helper 2.
Dans la lumière
nasale, le phénotype T-helper 2 serait prédominant, favorisant ainsi
la production IgA locale.
En cas d’infection, une augmentation
des lymphocytes T-helper 1 serait communément admise.
Dans la polypose, une majorité de lymphocytes T avec un grand nombre de
CD4+ est identifiée, mais dans une proportion identique à celle du
sujet témoin.
Plus récemment, Kamil a étudié la population
cellulaire immunocompétente chez le sujet allergique, dans
différentes cavités nasosinusiennes.
La densité en éosinophiles était
plus importante dans l’ethmoïde par rapport au sinus maxillaire luimême,
plus riche que le cornet inférieur.
La valeur du rapport
CD4+/CD8+ était également plus importante dans l’ethmoïde que
dans le sinus maxillaire et dans le cornet inférieur.
Pour les
cytokines, l’IL4 était plus fréquente dans le cornet inférieur où
siègent en majorité des mastocytes.
À l’inverse, l’IL5 a été trouvée
en grande quantité dans l’ethmoïde et le sinus maxillaire,
probablement sécrétée par les CD4+.
L’auteur souligne d’ailleurs le
rôle prépondérant du rapport CD4+/CD8+ pour expliquer la
répartition hétérogène des éosinophiles.
Il s’interroge également sur
le risque qu’entraînerait chez l’allergique certaines techniques
chirurgicales visant à élargir la communication du sinus maxillaire
avec les cavités nasales, en augmentant l’exposition de la muqueuse
maxillaire à l’environnement et donc à une hyperstimulation
antigénique.
Dans l’allergie nasale, le système immunitaire nasal
semble jouer un rôle de plus en plus prépondérant.
L’allergène,
le plus souvent un pneumallergène, est capté par le mucus et
franchit la muqueuse.
Il est pris en charge par les macrophages et
les cellules accessoires qui présentent sur leur surface des molécules
de classe II du système majeur d’histocompatibilité (HLA-DR+).
D’autres cellules présentent ce marqueur : cellules épithéliales,
lymphocytes B et T, fibroblastes, mais leur rôle est encore méconnu.
Une fois traité par les cellules présentatrices, l’antigène est présenté
aux lymphocytes ; un complexe se forme avec les lymphocytes T à
l’aide des molécules d’adhésion qui stabilisent la liaison CD3-
récepteur T-molécule HLA.
Le complexe CD3-récepteur T (ou T-cell receptor [TCR]) est composé de deux chaînes : soit alpha-bêta
(90 %), soit gamma-delta (10 %).
Une fois l’allergène fixé sur le
récepteur lymphocytaire T, une activité enzymatique est déclenchée
aboutissant à la mobilisation du calcium intracellulaire et à une
activation de gènes qui permettront une différenciation fonctionnelle
du lymphocyte activé.
Par ailleurs, on observe une augmentation
du nombre de T-helper 2 qui vont libérer l’IL4, facteur de
croissance pour les lymphocytes et induire la transformation des
T-helper 0 en T-helper 2.
D’autres cellules, comme les basophiles et
les mastocytes, produisent également de l’IL4.
Les T-helper 2
favoriseraient la synthèse d’IgE par l’intermédiaire d’un contact
direct entre les lymphocytes B et T.
Les lymphocytes B peuvent, en
outre, être stimulés directement par leurs immunoglobulines de
surface par l’antigène sous sa forme native.
Une fois activée, la
formation des lymphocytes B spécifiques d’un antigène se ferait
dans le ganglion et peut-être directement dans la muqueuse
nasale.
Outre ses actions spécifiques précédemment décrites, les cellules du NALT semblent jouer un rôle dans la régulation du système IgA.
Une meilleure connaissance de ce système laisse également entrevoir
des possibilités de vaccination par stimulation intranasale, déjà à
l’étude, en particulier chez l’animal, avec des résultats
encourageants.
* Réaction inflammatoire non spécifique :
Elle est déclenchée par la rupture des équilibres physiologiques.
Elle
peut être de mécanisme immun ou non.
Plusieurs systèmes de
défense peuvent être mis en jeu isolément ou en même temps.
À la suite d’une lésion tissulaire, quelle qu’en soit la nature, la première
étape de l’inflammation est l’activation du facteur XII par la voie
classique et du complément par la voie classique ou alterne.
Lors
d’une blessure endothéliale, les plaquettes sont activées et
provoquent le relargage des facteurs de la coagulation et de
l’inflammation.
Enfin, un nombre important de stimuli, spécifiques
ou non, activent le mastocyte, véritable cellule sentinelle.
La
libération histaminique qui en résulte est à l’origine d’une cascade
de réactions qui vont amplifier la réaction inflammatoire par son
action directe sur les vaisseaux et sur les fibres nerveuses.
Lors des
réactions immunes, le fragment C1q (par la voie active) reconnaît le
fragment Fc de l’anticorps (IgM, IgG1, IgG2, IgG3), entraînant une
cascade de réactions pour aboutir à une action cytotoxique.
Toutes ces réactions ont un objectif : combattre l’agression quelle
qu’elle soit.
Les modifications de la microcirculation ont un rôle
fondamental, en favorisant l’arrivée des cellules inflammatoires sur
le site qui vont infiltrer le tissu interstitiel.
La nature et le nombre de
ces cellules varient selon l’état immun du patient et le type
d’agression. Les médiateurs libérés sont également, en quantité et
en nature, sous la dépendance des mêmes paramètres.
Les facteurs
régulant la venue de ces cellules et leur profil sécrétoire restent
hypothétiques.
Toutefois, récemment, des travaux ont permis de
proposer un mécanisme à l’origine de la migration des cellules
éosinophiles dans la muqueuse nasale lors de stimulation
antigénique.
Denburg a largement contribué à promouvoir cette
hypothèse.
Il a montré, d’abord chez l’animal, qu’après une
stimulation antigénique, une augmentation des cellules progénitrices
des éosinophiles survenait dans la circulation sanguine.
Une seconde
expérience lui a permis de confirmer ce résultat, mais également
d’obtenir une augmentation de ces cellules directement dans la
moelle osseuse.
À partir de ces travaux préliminaires, il a obtenu
des résultats similaires pour des sujets asthmatiques après
stimulation antigénique.
Ces travaux encore en cours suggèrent une
interaction importante entre la muqueuse nasale et la moelle osseuse
par l’intermédiaire de médiateurs encore non précisément étudiés.
Les résultats de ces études expliqueraient également, en partie, la
venue massive des cellules inflammatoires lors d’une aggression
muqueuse.
En revanche, les signaux responsables de la
domiciliation nasale de ces cellules restent totalement inconnus.
+ Phase de restauration
:
Une fois tous les acteurs en place, un mécanisme de régulation et
d’inactivation va permettre le nettoyage et la restauration des tissus
lésés.
Ces mécanismes sont complexes et encore peu étudiés, on y
trouve de nombreuses actions enzymatiques (antileucoprotéases,
kininases, endopeptidases, etc) et cellulaires (fibroblastes,
macrophages, lymphocytes, etc).
Symptomatologie fonctionnelle nasale :
Si les fonctions nasales peuvent être maintenues ou restaurées, dans
des conditions extrêmes parfois, soit transitoirement, soit
définitivement apparaissent des dysfonctions nasales.
L’obstruction
nasale, les troubles de l’odorat, la rhinorrhée, les éternuements, les
algies faciales sont les principaux symptômes fonctionnels signalés
par les patients consultant pour un problème nasal.
A - OBSTRUCTION NASALE :
Elle correspond à une sensation subjective de gêne à l’écoulement
de l’air dans les cavités nasales.
Aucun examen objectif ne permet
de quantifier cette gêne nasale.
Le clinicien est obligé de se contenter
des résultats de l’interrogatoire pour évaluer la sensation nasale.
Toutefois, deux examens peuvent l’aider à quantifier le débit de l’air
qui traverse la cavité nasale (rhinomanométrie) et les zones de
rétrécissement que rencontre l’air lors de son passage dans la cavité
nasale (rhinométrie acoustique).
1- Rhinomanométrie :
Elle permet la mesure simultanée du débit et des variations de
pression du courant aérien traversant les cavités nasales.
Les règles
de sa pratique sont proposées par le comité international de
standardisation de la rhinomanométrie.
La rhinomanométrie
antérieure active est l’examen le plus accessible au consultant.
La
mesure de la résistance nasale correspond au rapport de la différence
de pression entre l’entrée et la sortie de la cavité nasale sur le débit
en cas de flux laminaire (soit inférieur ou égal à 150 mL/s).
Elle
s’exprime en Pa/mL/s, soit 0,30 Pa/mL/s.
L’examen est réalisé chez
le sujet au repos sans préparation, avec vasoconstriction, en
respiration calme.
De nombreuses autres manoeuvres peuvent être
effectuées (effort, décubitus, etc) ; le résultat est habituellement représenté
sous la forme d’un graphique.
Cette mesure de la résistance nasale a un intérêt diagnostique
(allergie professionnelle), mais surtout comparatif chez un même
patient pour vérifier l’efficacité d’une thérapeutique médicale ou
chirurgicale.
2- Rhinométrie acoustique
:
Elle étudie la réflexion d’une impulsion acoustique à l’intérieur des
cavités nasales.
Le son recueilli est traité informatiquement pour
obtenir le calibre de la cavité nasale sur toute la propagation de
l’onde sonore.
La pratique de cet examen se heurte à sa sensibilité et
au manque de standardisation de cette technique.
La courbe obtenue
après plusieurs stimulations sonores reproduit les obstacles
rencontrés par le son.
Son emploi reste limité, en France, à
quelques équipes, probablement en raison du coût de l’appareil et
des trop nombreuses discordances signalées dans la littérature.
Ainsi, l’interrogatoire et l’examen endonasal, couplés à ces examens,
peuvent guider le clinicien dans la recherche de l’obstacle à la ventilation nasale qui peut être morphologique (déviation septale),
fonctionnel (inflammation) ou mixte.
B - RHINORRHÉE :
Si la production de mucus en condition normale ne se traduit par
aucun symptôme ni nécessité d’un mouchage, une production
excessive et/ou un trouble de son transport ou de sa réabsorption
se traduisent par une rhinorrhée.
Les modifications du mucus
peuvent toucher son volume, sa viscosité, son contenu cellulaire.
L’analyse des rhinorrhées souffre d’une absence de consensus dans
son mode de recueil et son analyse.
Seuls peut-être la présence d’une
éosinophilie est signalée par la plupart des auteurs comme un
élément diagnostique dans la recherche d’une rhinite inflammatoire
allergique ou non.
La normalité du transport mucociliaire peut
néanmoins être appréciée en pratique par des tests simples, soit à
l’aide de colorant ou de saccharine.
Ces tests ne permettent
toutefois pas d’identifier la cause de l’anomalie mucocilaire.
C - ÉTERNUEMENTS :
Les terminaisons nerveuses du nerf trijumeau sont les récepteurs de
l’arc réflexe dont le mécanisme n’est pas totalement connu.
La zone
de déclenchement semble siéger dans la région des méats moyen et
supérieur.
L’effet protecteur des antihistaminiques suggère le rôle
important de l’histamine dans cette réaction, toutefois bien d’autres
stimulations peuvent intervenir : physique, chimique, etc.
D - DOULEURS FACIALES :
Comme l’obstruction nasale, elles demeurent un symptôme où la
subjectivité est importante.
Si la douleur de la sinusite est
unanimement acceptée, les douleurs d’origine nasale restent un sujet
de polémique tant dans leur existence que dans leur
physiopathologie.
Les travaux, peu nombreux d’ailleurs sur ce sujet,
restent contradictoires et les résultats de traitements proposés peu
convaincants.
Il convient dans tous les cas de rester très prudent
dans la démarche diagnostique et de s’assurer d’un suivi assez long
pour confirmer un résultat immédiat, souvent encourageant mais
peu stable avec le temps.
Conclusion
:
L’organe nasal est un organe encore mystérieux, bien qu’à la portée des
cliniciens et des chercheurs.
Ses diverses fonctions, régulées par des
mécanismes précis et fiables, sont conservées ou rétablies dans des
conditions parfois extrêmes.
L’augmentation sensible des troubles rhinosinusiens justifie que le clinicien s’intéresse de plus en plus à la
physiologie nasale pour en connaître les possibles dérèglements et y
apporter une thérapeutique précise et adaptée.