Morphologie et morphométrie du poumon humain
(Suite)
Cours de pneumologie
Morphométrie du poumon
:
A - BUT DE L’ANALYSE QUANTITATIVE DU POUMON
:
S’il s’agit d’établir une relation solide entre la structure et la fonction
d’un poumon, il est évident qu’une simple analyse de sa
morphologie, même ultrastructurale, ne peut suffire :
des données
quantitatives sont indispensables.
En effet, si l’on s’imagine qu’une
molécule d’oxygène doit passer de l’alvéole pulmonaire dans le
sang, elle doit franchir une série d’obstacles, de barrières, qui offrent
à son passage des résistances d’autant plus grandes que les distances
à franchir sont longues.
D’autre part, plus la superficie de la barrière
est grande, plus nombreuses sont les molécules à pouvoir franchir
la barrière simultanément.
Cette réflexion montre qu’il est possible
d’évaluer les capacités fonctionnelles d’un poumon sur les bases
morphologiques quantitatives, telles que par exemple les épaisseurs
des barrières respectives et la surface totale interne d’échanges
gazeux.
C’est sur la base de telles considérations que Weibel publia en 1970-
1971 son modèle de capacité de diffusion pulmonaire
morphométrique.
Le modèle s’appuie sur le principe de Fick, qui
définit la résistance R d’un conducteur par ses dimensions, c’est-àdire
sa section S et sa longueur (ou épaisseur) t selon la formule 1 :
R = K . t/S
La constante K correspond au coefficient de perméation qui dépend
des caractéristiques du matériel du conducteur d’une part et du gaz
en question d’autre part.
À part les coefficients physiques, tous les paramètres requis
(surfaces, volume et épaisseurs) sont mesurables par des procédés morphométriques basés sur la stéréologie.
Grâce à ce modèle, il a été possible de tester des hypothèses diverses
concernant les effets de modifications fonctionnelles sur la structure
vice-versa (hypoxie, hyperoxie, entraînement physique, résection
pulmonaire).
B - MORPHOMÉTRIE ET STÉRÉOLOGIE : DÉFINITIONS
Dans le contexte d’analyses quantitatives en histologie, deux termes
sont très souvent employés comme synonymes : la morphométrie et
la stéréologie.
La morphométrie, dans son sens le plus large,
comprend toutes les formes de mesures servant à établir les
dimensions des structures.
Donc, mesurer le volume d’un organe, la
longueur d’un être humain ou employer des méthodes stéréologiques sur des coupes histologiques sont tous des procédés
morphométriques.
Le terme de stéréologie est d’une signification
plus restreinte.
La stéréologie se préoccupe d’analyser et d’établir
les lois géométricostatistiques permettant d’obtenir des informations
sur les dimensions et la forme des corps dans l’espace à partir de
mesures faites sur des plans bidimensionnels.
En clair, l’histologiste
ou le microscopiste tente de parvenir, par l’emploi de méthodes stéréologiques, à des connaissances quantitatives spatiales des corps
qu’il examine en coupe.
Pour parvenir à l’analyse fonctionnelle du poumon décrite dans la
section précédente, l’analyse stéréologique peut se limiter, à trois types de paramètres, soit à l’étude des volumes, des
surfaces et des épaisseurs.
Il est clair que dans un contexte différent
d’autres paramètres peuvent prévaloir.
C - MÉTHODES STÉRÉOLOGIQUES :
Dans le présent bref aperçu méthodologique, nous nous limitons à
une courte introduction des principes de base et à la présentation
des trois types de paramètres nécessaires à l’évaluation de la
fonction pulmonaire.
1- Principes de base :
Les deux paramètres de base caractérisant une structure sont le
volume et la surface. Les deux peuvent aisément être mesurés sur
des coupes.
2- Estimation de la densité de volume :
C’est en 1847 déjà, que le géologue français Delesse démontra
que la fraction de volume (= densité de volume, VVi) d’une
composante i dans un volume déterminé s’obtient directement à
partir de la densité de surface AAi qui, elle, correspond à la fraction
de la surface totale occupée par la composante i sur la coupe
(formule 2).
VVi = Ai/AT =A Ai
Cette fraction de surface peut être obtenue par un comptage de
points, une méthode proposée en 1933 par Glagolev.
Ce dernier a
démontré qu’il était possible de mesurer la fraction de surface AAi :
en superposant sur une coupe un ensemble de points PT et en
établissant le quotient entre le nombre de points Pi tombant sur la
structure et PT selon la formule 3 :
VVi = i = Pi/PT
Cette méthode, si primitive qu’elle puisse paraître, s’est révélée
extrêmement efficace, c’est-à-dire rapide et précise dans une
comparaison directe de différentes méthodes permettant d’estimer
AA.
3- Estimation de la densité de surface :
L’approche permettant de mesurer la surface d’une structure
contenue dans un volume de référence (densité de surface), est un
peu plus complexe que pour le paramètre précédent.
Le principe en
a été découvert et indépendamment redécouvert plus de dix fois en
géologie et en histologie.
La surface d’un corps spatial apparaît
sur une coupe comme un tracé qui est d’autant plus long que la
surface est grande.
Cette relation directe peut être mise à profit.
Il
s’avère que la densité de surface SVi d’un corps est proportionnelle
à la longueur des contours du corps sur la coupe (Bi), divisée par
l’aire de référence mesurée (A), selon la formule 4 :
SVi = 4 . Bi/∏ . A
Pour obtenir SVi, il suffit donc de mesurer la longueur du tracé Bi
dans l’aire de référence A, ce qui est possible par des méthodes
différentes allant du simple curvimètre à la tablette à digitaliser.
Les méthodes manuelles couramment employées dans les analyses
quantitatives ultrastructurales du poumon mettent à profit le principe de Buffon.
Il est possible de mesurer la longueur d’un
tracé (Bi) dans une aire donnée (A) en superposant un système de
lignes de longueur déterminée L, et en comptant le nombre
d’intersections I des lignes avec le tracé selon la relation (formule
5) :
Bi/A = BAi = ∏/2. I/LT
Si l’on substitue B/A dans la formule 4, l’on obtient (formule 6) :
I/LT
ce qui signifie que la densité de surface SVi, est égale à deux fois le
nombre d’intersections I entre le système de lignes et les contours
des éléments à mesurer, divisé par la longueur totale LT des lignes
du réseau stéréologique superposé.
4- Estimation de l’épaisseur d’une barrière :
Il est évident alors, que les parties minces de la
barrière jouent pour la diffusion un rôle plus important que les
parties épaisses.
Dans le modèle de Weibel, cela est pris en
considération par l’emploi de la moyenne harmonique de l’épaisseur
de la barrière sh, et non de la moyenne arithmétique qui, elle, reflète
davantage la masse de tissu nécessaire à maintenir l’intégrité de
l’appareil d’échanges gazeux.
D - PROBLÈMES MÉTHODOLOGIQUES :
Alors que les principes fondamentaux de la stéréologie sont simples,
l’application pratique des méthodes stéréologiques au poumon peut
présenter des difficultés ou des pièges qu’il faut connaître.
1- Espace de référence
:
Mis à part les paramètres absolus mesurés directement sur la
préparation, tels que, par exemple, les épaisseurs des barrières, les
méthodes stéréologiques produisent des résultats relatifs, ce qui
signifie qu’ils sont exprimés par rapport à un volume unitaire.
Le
volume dans lequel on mesure est appelé volume ou espace de
référence.
En général, ce dernier ne correspond pas au volume total
de l’organe qui est composé de compartiments divers.
Comme
seules les dimensions absolues des structures permettent d’évaluer
les capacités fonctionnelles d’un organe, il est indispensable de
déterminer à chaque fois le volume exact qu’occupe l’espace de
référence dans l’organe en question.
Si nous voulons connaître, par
exemple, le volume total des capillaires d’un poumon, il faut, pour
avoir la résolution nécessaire, mesurer l’espace capillaire sur des
micrographies électroniques.
Les blocs utilisés pour cet examen sont
prélevés dans le parenchyme pulmonaire, compartiment dont sont
exclues les structures qui ne contribuent pas à l’échange gazeux,
telles que vaisseaux pulmonaires, voies respiratoires et éléments du
tissu conjonctif.
Suivant la grosseur du poumon, il faut donc
déterminer la fraction volumétrique du parenchyme dans le poumon
en deux temps : par morphométrie au niveau macroscopique et en
microscopie optique.
Dans l’exemple ci-dessus, le volume capillaire total du poumon (VC)
de l’appareil d’échanges gazeux s’obtient finalement par la
multiplication successive du volume pulmonaire total (VL) par la
fraction de volume du parenchyme pulmonaire (VVp) et par la
fraction de volume des capillaires dans le parenchyme (VVc)
(formule 7) :
VC = VL . VVp . VVc
L’analyse morphométrique du poumon requiert donc la création
d’une hiérarchie d’espaces de référence, définis successivement à des
grossissements croissants afin de permettre la quantification des
différents paramètres avec une résolution optimale.
Évidemment, ce
procédé est étroitement lié au problème de l’échantillonnage.
2- Échantillonnage :
Les nécessités techniques d’une analyse morphométrique détaillée
au niveau ultrastructural réclament un échantillonnage en cascade
permettant d’établir les fractions volumétriques respectives des
différents espaces de référence.
Un système hiérarchique
d’échantillonnage adapté au poumon sera décrit en détail dans la
section sur l’application pratique de la morphométrie au poumon.
Rappelons ici cependant, le principe fondamental à observer dans
chaque échantillonnage : à tous les niveaux, la sélection des
échantillons doit se faire selon les lois du hasard.
Si ce principe n’est
pas respecté, les résultats obtenus seront faussés ou biased.
La
construction d’un schéma correct d’échantillonnage peut représenter
l’un des problèmes les plus complexes à résoudre dans un travail morphométrique.
3- Fixation
:
L’analyse quantitative impose que les structures à mesurer soient
convenablement préservées par le fixateur.
Dans la plupart des cas,
l’on aura le choix entre deux méthodes de fixation : la perfusion par
le système vasculaire, ou tout simplement la fixation par immersion.
Pour le poumon, une troisième possibilité s’impose, la fixation par
voie intratrachéale, qui permet, après création d’un pneumothorax,
une fixation rapide de tout l’organe à une pression déterminée et
contrôlée.
Ce mode de fixation préserve très bien les structures
tissulaires et capillaires, mais il détruit l’interface naturel existant
entre l’air et le sang : il lave donc la paroi alvéolaire de sa couverture
de surfactant.
Ce dernier peut être préservé in situ par perfusion
vasculaire du fixateur, qui détruit toutefois le contenu vasculaire.
L’information structurale que l’on veut obtenir de l’organe
détermine le choix du mode de fixation.
La présentation claire et
détaillée de la méthodologie complète dans tout travail morphométrique permet une évaluation des conditions de fixation
et des possibles erreurs qui y sont liées.
La connaissance des pH et
des osmolarités des fixateurs des médias de rinçage et autres, est
importante et permet une éventuelle reproduction ou une discussion
des résultats par d’autres investigateurs.
E - MORPHOMÉTRIE DU PARENCHYME PULMONAIRE :
1- Approche pratique
:
* Estimation du volume pulmonaire total
:
Toute analyse stéréologique complète de la capacité d’échanges
gazeux du poumon requiert des connaissances exactes du volume
pulmonaire et de ses compartiments respectifs.
Dans les travaux morphométriques récents, la fixation intratrachéale du poumon
humain a été exécutée in situ à une pression constante de 25 cm
H2O.
Une fois le poumon isolé, la meilleure méthode pour en
obtenir le volume est la méthode d’immersion basée sur le principe
d’Archimède et proposée par Scherle.
* Analyse morphométrique des compartiments pulmonaires
:
S’il est généralement admis que le parenchyme pulmonaire des
petites espèces animales est plus ou moins homogène, il n’en va pas
de même pour le poumon en entier ou pour les poumons de plus
grandes dimensions.
En effet, le poumon présente une structure
inhomogène si nous considérons qu’environ 15 à 20 % de son
volume total est occupé par des structures relativement larges, telles
que les vaisseaux sanguins et l’arbre bronchique qui présentent tous
deux une hiérarchie marquée du hile à la périphérie.
De plus, dans les poumons volumineux, une inhomogénéité du
parenchyme serait due aux forces de gravité, provoquant un
gradient dans les dimensions des alvéoles et des capillaires.
Il
s’agit donc d’adapter les espaces de référence, et la procédure d’échantillonnage à cette situation, ce qui implique souvent
plusieurs niveaux d’échantillonnage.
Grâce à cette stratégie et à
l’homogénéité des spécimens au dernier niveau d’échantillonnage,
il suffit d’examiner un nombre très limité de blocs au microscope
électronique, ce qui confère à ce procédé une grande efficience.
Pour
l’analyse morphométrique ultrastructurale proprement dite, on
obtient de chaque bloc une coupe ultrafine techniquement parfaite
pour en tirer au hasard entre 8 et 16 micrographies électroniques.
Les images sont projetées sur un écran contenant une grille-test stéréologique servant au comptage des points et des intersections
décrit dans la section précédente.
Dimensions du poumon humain :
Les analyses morphométriques de poumons d’enfants et d’adultes
exécutées selon les méthodes décrites plus haut ont permis
d’obtenir des notions plus détaillées sur les dimensions et
particulièrement aussi sur la croissance de l’appareil d’échanges
gazeux.
La présentation des résultats se limitera ici aux paramètres
importants pour la fonction d’échanges gazeux. Pour de plus amples
détails, l’on se référera aux publications originales.
A - VOLUME PULMONAIRE :
Le volume pulmonaire adulte moyen après fixation par voie intratrachéale à une pression de 25 cm H2O est de 4341 mL (SE 285).
Évalué sur toute la période de croissance jusqu’à l’âge adulte, il
augmente en moyenne à la puissance 1,05 du poids du corps
, valeur qui n’est pas significativement différente de 1.
La
part qu’occupe le parenchyme pulmonaire est relativement
constante et peut être estimée en moyenne à 85 % du volume
pulmonaire total.
Le parenchyme de son côté contient 87 %
d’espaces aériens et seulement 13 % de tissu chez l’homme adulte.
Le poumon du nouveau-né en revanche est moins « aéré », il
contient près de 28 % de tissu.
Ceci signifie qu’après la naissance
(surtout pendant les 6 premiers mois), le volume pulmonaire
augmente plus par dilatation que par croissance effective de la
masse tissulaire.
Ce processus nécessite un réarrangement du tissu
qui se présente sous la forme d’une restructuration des septa du
parenchyme (affinement des septa, maturation du système capillaire).
B - CAPILLAIRES PULMONAIRES :
Les capillaires pulmonaires forment un système dense de mailles
sur toute la surface interne de l’appareil d’échanges gazeux.
Schématiquement, le système est formé de mailles hexagonales, ce
qui signifie qu’en général trois segments capillaires sont
interconnectés à un point de jonction.
Le nombre de segments
capillaires a été estimé par Weibel (1963) à environ 300 X 109.
Chez
l’adulte, le volume capillaire varie entre 125 et 387 mL (moyenne
213 cm3, SE 31) et la surface capillaire de 74 à 189 m2 (moyenne
126 m2, SE 12).
Si l’on met en relation ces quantités, on réalise
qu’environ 2 décilitres de sang sont distribués sur une surface de
près de 130 m2, ce qui permet de former une couche de sang
théorique de 1,6 µm d’épaisseur.
Pendant la croissance pulmonaire,
le volume capillaire augmente à la puissance 1,2 du poids des
individus, c’est-à-dire significativement plus rapidement
que le volume pulmonaire qui augmente en proportion directe au
poids du corps.
C - SURFACE ALVÉOLAIRE ET BARRIÈRE AIR-SANG :
La surface alvéolaire du poumon humain varie entre 87 et 184 m2, la
moyenne étant de 143 m2.
Dans la
plupart des espèces animales examinées jusqu’à présent, la surface
capillaire totale ne diffère en général pas plus de 10 à 12 % de la
surface alvéolaire.
Alors que chez le rat, le quotient surface capillaire
par surface alvéolaire dépasse 1 et varie entre 1,05 et 1,1, il est
d’environ 0,88 chez l’homme adulte.
Les micrographies électroniques montrent que l’épaisseur
de la barrière air-sang varie très largement d’un endroit à l’autre.
Aux endroits les plus minces, elle mesure à peine 0,3 µm, alors
qu’aux endroits les plus épais, elle s’étend sur plusieurs
micromètres.
Si la moyenne arithmétique (s) de l’épaisseur de la
barrière reflète la masse de tissu contenue dans les septa
interalvéolaires, et peut donc être mise en relation avec la fonction
mécanique du tissu, la moyenne harmonique (sh) représente, comme
nous l’avons vu plus haut, le paramètre adéquat pour l’analyse
fonctionnelle de la capacité de diffusion.
Il est intéressant de
constater que, pendant le développement pulmonaire postnatal, sh
reste pratiquement constant (0,6 µm) jusqu’à l’âge adulte, alors que
s est tout d’abord élevé à la naissance (5,6 µm chez un enfant de 1
mois) pour ensuite décroître rapidement et atteindre des valeurs
adultes (moyenne de 8 poumons : 2,2 µm) aux environs de 18 mois.
Cette diminution reflète les transformations profondes de la
structure du poumon postnatal (alvéolisation et surtout maturation
des septa interalvéolaires).
Ces transformations n’influent cependant
que peu sur la capacité de diffusion de l’organe, puisque d’une part
sh reste constant et que d’autre part, les surfaces d’échanges gazeux
croissent en proportion directe au poids du corps.
D - DONNÉES CELLULAIRES :
Des données intéressantes ont été obtenues concernant la
composition cellulaire du parenchyme pulmonaire.
Si l’on compare les surfaces
couvertes respectivement par les cellules épithéliales et
endothéliales, l’on s’aperçoit que ces dernières sont beaucoup plus
nombreuses mais moins étendues que les pneumocytes I et
présentent donc une surface de moindre complexité que la
couverture alvéolaire.
D’autre part, les cellules de type I couvrent
92,5 % (SE 0,6 %) de la surface alvéolaire et les pneumocytes II le
reste.
Les cellules interstitielles quant à elles sont de loin les plus
nombreuses.
E - CAPACITÉ DE DIFFUSION PULMONAIRE MORPHOMÉTRIQUE :
La valeur moyenne de huit poumons humains s’élève à
2,5 mLO2s-1hPa-1 (2,5 mLO2s-1 mbar-1) (SE 0,27).
Les analyses morphométriques complètes décrites plus haut ont le
grand désavantage de détruire l’intégrité du poumon.
Il s’impose
de compléter ces études stéréologiques par des techniques de
mesures non destructives.
Longtemps, nous nous sommes heurtés
aux limites des possibilités techniques.
En attendant, différents
modèles basés sur une approche mathématique de la structure du
poumon ont permis d’étudier cette différence.
Les modélisations
tridimensionnelles purement mathématiques des unités
fonctionnelles bronchiques ont été réalisées sur une base fractale
pour servir de fondement à une modélisation physiologique
pulmonaire.
Cependant, les résultats n’ont pas été totalement
convaincants.
Autres techniques de visualisation
et de mesures :
Ces dernières années ont vu le développement de techniques de
visualisation numérisées.
Ces techniques sont utilisées dans le but
d’examiner, de comprendre et de mesurer les détails de
l’arrangement de l’organe sans destruction de son arrangement
original.
La microscopie confocale permet une visualisation de certains détails
tridimensionnels des alvéoles, mais la profondeur focale et les
déformations géométriques liées aux indices de réfraction en regard
de la taille des acini et de la dimension des poumons réduisent
l’intérêt de la méthode.
A - IMAGERIE ACOUSTIQUE :
En plaçant des capteurs sonores en divers points de la cage
thoracique, il est possible de réaliser ce qu’il est convenu d’appeler
une image acoustique.
Cette technique met en évidence de subtiles
modifications régionales des bruits respiratoires ainsi qu’un délai
sonore entre les diverses régions pulmonaires.
Elle suggère une
modulation locale de la ventilation en fonction de la configuration
spatiale du volume et du temps inspiratoire.
Bien que les relations
entre les bruits respiratoires et l’anatomie bronchique semblent
expliquées, les raisons exactes des différences observées entre
diverses parties pulmonaires ne sont pas encore suffisamment
comprises.
B - IMAGERIE PAR RAYONS X
:
Les techniques utilisant les procédés radiologiques classiques se
heurtent aux faibles différences de contraste des structures
pulmonaires et de l’air et manquent encore de résolution.
Elles ne
permettent que la modélisation des bronches principales jusqu’à la
7e génération au plus.
Seule la microtomographie informatisée permet d’envisager une
visualisation tridimensionnelle jusqu’aux extrémités ultimes de la
structure pulmonaire et une comparaison directe avec certaines
techniques de microscopie.
En permettant une visualisation
non seulement du système aérien mais aussi du système vasculaire,
la microtomographie semble être en mesure d’apporter des éléments
de réponse aux questions en suspens.
La résolution actuelle
d’environ 3 µm3 permet une reconstruction fine, mais n’est pas
encore suffisante pour autoriser la modélisation du système
capillaire.
Des rayons X issus d’un synchrotron devraient sous peu
offrir la résolution suffisante.
Il est encore trop tôt pour déterminer
si ces nouvelles méthodes auront un impact sur la compréhension
de la physiologie pulmonaire mais d’ores et déjà, une visualisation
et une mesure tridimensionnelle précise des structures pulmonaires
microscopiques permettent de caractériser de façon fine les
pathologies observées au niveau alvéolaire.
Les techniques numériques tridimensionnelles permettent bientôt
d’aborder des sujets jusqu’alors impénétrables comme l’organisation
de l’arborescence, ses conséquences sur l’aérolique fine des voies
respiratoires, et la comparaison des différences structurales entre les
espèces.
Organisation et arborescence :
La disposition des embranchements et leur apparente régularité
évoquent une structure fractale (Weibel,1977) ; l’arborescence du
poumon prend son origine dans une régulation de certains gènes
actifs : epithelial growth factor, activines et follistatines,
laminine pendant la période embryonnaire.
Ce sont ces mêmes
gènes qui sont actifs lors de la croissance et de l’arborescence d’un
ensemble d’organes glandulaires, glandes salivaires et pancréatiques
en particulier, mais aussi au niveau des reins.
Il semblerait cependant que ce soit la rencontre de deux zones de
croissance, une zone bronchique centrale et une zone périphérique acinoalvéolaire qui crée la structure finale.
Le modèle fractal pur,
qui prévaut pour la modélisation physiologique de la ventilation ne
pourrait ainsi plus être conservé.
Mécanique ventilatoire
et aérolique fine
:
D’autres observations viennent compléter notre compréhension des
phénomènes ventilatoires et éloigner les théories classiques
concernant la dispersion homogène des aérosols qui ont prévalu
jusqu’à maintenant.
Il apparaît clairement que l’aérolique des
alvéoles est sensiblement plus complexe qu’un simple flux et reflux.
Une partie importante de la masse d’air inspirée séjourne pendant
plusieurs cycles ventilatoires dans les acini.
L’étude de cette
cinétique ventilatoire va permettre de mieux comprendre les limites
des modèles actuels utilisés en physiologie et d’apporter une
compréhension plus fine des régulations des échanges gazeux et
sanguins que les modèles de morphométrie classique et de
stéréologie ne font que deviner.