La maladie de Takayasu est une aortoartérite non spécifique entraînant une sténose progressive des artères de
grand et moyen calibres (aorte et ses branches principales, artère pulmonaire).
Épidémiologie
:
Initialement décrite au Japon, la maladie de Takayasu est ubiquitaire mais s’observe avec une
plus grande fréquence en Asie, en Amérique du Sud
et dans les pays du pourtour méditerranéen.
Elle est
loin d’être exceptionnelle en France.
Certains
antigènes d’histocompatibilité seraient associés à un
risque plus élevé de la maladie, l’antigène HLA
DR4/DQW3 par exemple paraît associé aux formes
plus sévères, tandis que d’autres seraient plutôt
protecteurs.
Les prédispositions génétiques et les
origines ethniques conditionnent la symptomatologie
: l’atteinte rétinienne, fréquente au Japon, est
exceptionnelle en France, les formes ectasiantes sont
plus rares chez nous.
La maladie de Takayasu est
une maladie de la femme jeune huit fois sur dix ;
elle débute souvent avant 20 ans.
Présentation clinique :
La maladie évolue classiquement en deux
phases : la phase préocclusive, puis la phase
occlusive.
1- Phase préocclusive :
Elle est peu bruyante, passe volontiers inaperçue,
peut donner un tableau pseudo-grippal et
rassembler des signes divers tels que :
– asthénie, fièvre, amaigrissement, sueurs
nocturnes ;
– arthralgies, myalgies, voire polyarthrite ;
– épanchement pleural ou péricardique ;
– érythème noueux, hypodermite nodulaire,
ulcérations cutanées, rash ;
– épisclérite, uvéite ;
– insuffisance cardiaque.
Cette phase préocclusive peut durer plusieurs
mois, les signes disparaissant ensuite.
2- Phase occlusive
:
La phase occlusive (ou vasculaire) survient en
moyenne 6 à 7 ans plus tard, mais elle évolue
parfois d’un seul tenant.
Selon la topographie de l’atteinte artérielle, il est
habituel de distinguer quatre types différents de
maladie de Takayasu :
– type I : atteinte limitée à la crosse de l’aorte ;
– type II : atteinte de l’aorte descendante et
portion thoracique et abdominale ;
– type III : type I + type II ;
– type IV : atteinte des artères pulmonaires,
quelle que soit l’atteinte de la grande circulation.
Diagnostic :
La présentation clinique est évocatrice du
diagnostic de Takayasu lorsqu’il s’agit d’une femme
jeune avec asymétrie tensionnelle, souffle
sous-clavier, diminution, voire disparition du pouls
radial (maladie des femmes sans pouls).
En phase préocclusive, le diagnostic est difficile, les signes
vasculaires sont encore absents ou infracliniques.
Il
peut s’agir d’un syndrome inflammatoire isolé.
Le
diagnostic peut être évoqué fortuitement devant la
découverte d’épaississement des parois vasculaires
de l’aorte ou de ses branches sur une échographie
ou un scanner réalisé à titre systématique.
A - Examen biologique :
On observe un syndrome inflammatoire avec
augmentation de la vitesse de sédimentation (VS) et
de la protéine C réactive dans seulement un cas sur
deux, surtout en phase préocclusive.
Lorsque le
syndrome inflammatoire est patent, il permet
d’adapter et de guider le traitement.
B - Échodoppler artériel
:
Sa place est déterminante pour le diagnostic et le
suivi de la maladie.
Il permet d’évoquer le
diagnostic d’artérite inflammatoire lorsque existe
un épaississement hypoéchogène de la paroi vasculaire, en l’absence d’athérome.
Cet
épaississement va permettre de suivre l’évolution
sous traitement.
Les artères à explorer de manière
systématique sont les carotides primitives et leur
bifurcation, les artères sous-clavières et vertébrales,
l’aorte thoracique ascendante, qui peut être
examinée par échographie transthoracique ou
transoesophagienne, l’aorte abdominale et ses
branches, rénale, digestive et iliofémorale.
On y
recherche des aspects sténosants, plus rarement
ectasiants.
C - Scintigraphie pulmonaire :
Souvent asymptomatique, la découverte
d’anomalies de perfusion pulmonaire par scintigraphie
constitue un examen non invasif d’une
grande rentabilité diagnostique dans ce contexte
artériel inflammatoire.
D - Explorations vasculaires radiologiques :
L’artériographie guidée par les signes d’appel
cliniques permet une bonne évaluation du réseau artériel, montrant
les sténoses, souvent effilées et régulières, évocatrices d’artérite
inflammatoire.
Le scanner spiralé et l’angio-IRM (imagerie par
résonance magnétique) permettent aujourd’hui une
bonne évaluation des segments vasculaires atteints
dépistés par échographie, sans effraction vasculaire.
L’avenir est à ces nouvelles techniques qui
relégueront l’artériographie aux seuls gestes endovasculaires.
E -
Examen histologique :
Si l’on réalise la biopsie d’une artère sous-clavière
axillaire atteinte, on trouve, à l’examen histologique,
une panartérite prédominant dans l’adventice et la
média.
La vascularite est segmentaire et souvent
multifocale.
À l’ouverture du vaisseau, l’intima est
épaissie, boursouflée.
La panartérite prédomine
dans la média et dans l’adventice qui est le siège
d’un infiltrat inflammatoire constitué de cellules
mononucléées, parfois de cellules géantes avec des
images d’élastophagie, et s’accompagne d’une
fibrose mutilante qui prédomine dans la partie
externe de la média et de l’adventice.
L’intima est
épaissie, sans infiltrat inflammatoire, la limitante
élastique interne est respectée contrairement à la
maladie de Horton.
La limitante élastique externe est
en revanche souvent fragmentée.
Il n’y a pas de
nécrose fibrinoïde et habituellement pas de
thrombose luminale.
Le diagnostic de maladie de Takayasu peut être
guidé par les critères de classification proposés par
l’American College of Rheumatology.
Étiologie
:
Si la tuberculose ou les antécédents de
tuberculose sont retrouvés dans près de 50% des
patients ayant une maladie de Takayasu en Orient
ou au Moyen-Orient, cette association est beaucoup
plus rare en France.
L’hypothèse auto-immune sur terrain génétique
prédisposant est l’hypothèse retenue actuellement
par la plupart des auteurs, ce que suggère également
l’association possible à d’autres maladies
auto-immunes comme le lupus érythémateux
systémique, la sclérodermie, la sarcoïdose, la
maladie de Crohn ou encore la spondylarthrite
ankylosante.
La découverte d’anticorps anticellules
endothéliales chez certains malades alimente cette
hypothèse auto-immune, sans pouvoir pour l’instant
confirmer leur caractère pathogène.
Diagnostic différentiel
en pratique clinique :
Discuter le diagnostic sous-entend de revoir les
aortites et les sténoses sous-clavières d’autre origine.
Évolution et pronostic
:
La survie moyenne est globalement bonne (90%
de survie à 5 ans).
Les éléments de mauvais pronostic sont la rétinopathie ischémique qui est rare
en France, l’insuffisance aortique, les anévrismes
artériels et l’hypertension artérielle.
La grossesse n’est pas un facteur aggravant mais
peut décompenser une atteinte cardiaque liée à la
maladie.
Traitement :
Il n’y a pas, à ce jour, de consensus thérapeutique de
la maladie de Takayasu.
S’il existe une tuberculose
évolutive, elle doit être traitée, s’il existe des antécédents
tuberculeux, une prophylaxie par isoniazide est
nécessaire si une corticothérapie est instituée.
Les corticoïdes peuvent être prescrits à la dose
initiale de 0,5 à 1 mg/kg, à posologie dégressive, pour
une durée totale de 12 à 18 mois.
Cette prescription
n’est pas systématique.
La corticothérapie est d’autant
plus utile et efficace que le diagnostic de la maladie est
porté tôt, en phase préocclusive ou occlusive, au stade
d’épaississement des parois vasculaires.
Si la VS est
élevée initialement, elle sert de guide pour la
thérapeutique.
Lorsqu’il existe un épaississement
pariétal échographique, il constitue un excellent
élément de surveillance et de pronostic.
Nous avons
pu observer à plusieurs reprises les parois vasculaires
qui reprenaient une épaisseur normale après quelques
semaines ou quelques mois de traitement corticoïde.
Les immunosuppresseurs (cyclophosphamide : 1
à 2 mg/kg/j) sont recommandés dans les formes
corticorésistantes de la maladie.
Des gestes de revascularisation sont possibles en
cas d’ischémie sévère (sténose axillaire, coronaire ou
rénale), soit par angioplastie, soit par revascularisation
chirurgicale.
Les anévrismes vasculaires
doivent être opérés ou embolisés à cause du risque
de rupture.
L’insuffisance aortique sévère est une
indication chirurgicale incontestable.
Conclusion :
La maladie de Takayasu est une maladie rare
qu’il faut évoquer chez un homme ou une femme
jeune chez qui l’on découvre une sténose axillaire.
L’échodoppler artériel est d’un intérêt diagnostique
majeur, montrant l’épaississement hypoéchogène
des parois vasculaires.
Les corticoïdes sont proposés
surtout en phase préocclusive ou à la période initiale
de la phase occlusive.
En l’absence de réponse
thérapeutique, une sténose résiduelle symptomatique
peut bénéficier d’une angioplastie. Le pronostic
de la maladie reste bon, avec une survie supérieure
à 90%à 5 ans.
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