Lichen plan et dermatoses lichénoïdes Cours de dermatologie
Données épidémiologiques
:
Le lichen plan est une pathologie ubiquitaire sans prédominance
ethnique dont la prévalence varie, selon les études, entre 0,9 et 1,2 %
de la population générale.
Il survient dans deux tiers des cas
entre 30 et 60 ans et est rare aux âges extrêmes de la vie.
Le sex
ratio est de 1 ; toutefois, certaines études trouvent une prédominance
féminine du lichen plan.
On estime que la fréquence des lichens plans familiaux varie de 1 à
10 % des cas.
La survenue de lichen plan chez des jumeaux
homozygotes suggère une prédisposition génétique de la
maladie.
Le lichen plan familial se distingue par une survenue
précoce, une évolution chronique volontiers émaillée de rechutes et
une plus grande sévérité.
Manifestations cliniques :
A - ATTEINTE CUTANÉE :
La lésion élémentaire est une papule ferme, polygonale, brillante, de
coloration rouge rosé, devenant violine à mesure que les lésions
évoluent.
Elle est parcourue en surface par des lignes blanc grisâtre
caractéristiques appelées stries de Wickham.
La taille des papules
est habituellement uniforme chez un même patient, variant de
quelques millimètres à un ou plusieurs centimètres.
Les lésions
peuvent être confluentes, réalisant parfois des placards linéaires ou
annulaires, ou dispersées, voire disséminées à l’ensemble du
tégument.
Des lésions linéaires peuvent apparaître le long de marques
de grattage ou sur des cicatrices, réalisant le phénomène de Koebner.
Le lichen plan touche toutes les parties du corps ; certaines régions
sont préférentiellement atteintes : les faces antérieures des poignets,
les lombes et les chevilles.
Les chevilles et les crêtes tibiales sont
volontiers le siège de lésions hypertrophiques.
Le prurit est quasi constant.
Son intensité est variable d’un sujet à
l’autre.
Les lésions hypertrophiques sont habituellement très
prurigineuses.
En cours d’évolution, la papule s’affaisse, puis disparaît
habituellement en quelques mois laissant place à une pigmentation
résiduelle dont la couleur varie du rose au bleu, voire au noir, et qui
peut persister des mois ou des années.
Les séquelles dyschromiques
surviennent plus volontiers sur les lésions hyperkératosiques et sont
plus sévères sur peau pigmentée.
De nouvelles papules peuvent
apparaître alors que d’autres disparaissent.
Les formes vésiculeuses ou bulleuses sont rares, de même que les
formes à dispositions linéaires ou zostériformes, qui sont l’apanage
des cas pédiatriques.
B - ATTEINTE MUQUEUSE :
On estime que 30 à 77 % des malades ayant un lichen plan cutané
ont une atteinte muqueuse associée.
Le lichen plan muqueux isolé
représente 25 % des cas de lichen plan.
Les atteintes muqueuses sont
plus rares dans la population noire.
Les femmes sont plus souvent
atteintes que les hommes.
Dans une étude portant sur 570 patients,
la proportion de femmes était de 67 %.
La muqueuse buccale est
le plus souvent touchée, mais toutes les muqueuses peuvent être
atteintes : la région génitale, l’anus, le larynx et, de façon
exceptionnelle, le conduit auditif externe, la membrane tympanique
ou l’oesophage.
1- Lichen plan buccal
:
Le lichen plan buccal regroupe les formes cliniques suivantes :
réticulée, la plus fréquente, érosive et atrophique.
* Lichen plan réticulé :
Il se traduit par un réseau blanchâtre siégeant préférentiellement sur
la face postéro-inférieure des joues, et, par ordre décroissant de
fréquence, sur les gencives, la langue, le palais, les lèvres et le
plancher buccal.
Les lésions sont typiquement asymptomatiques,
bilatérales, mais peuvent être unilatérales.
Les lésions récentes
forment des pointillés qui confluent en plaques ou en nappes au
cours de l’évolution.
Sur la langue, les lésions réalisent des plaques
fixes blanchâtres souvent légèrement déprimées entourées d’une
muqueuse saine.
Elles siègent préférentiellement sur les bords libres
et la face antérieure de la langue.
* Lichen plan érosif :
Il est douloureux et se caractérise par des zones érosives à limites
nettes recouvertes de pseudomembranes, sur un fond érythémateux
associé ou non à un réseau lichénien.
Il peut siéger n’importe où
dans la cavité buccale, mais ses localisations préférentielles sont la
face postérieure des joues, la face dorsale et les bords latéraux de la
langue, la gencive.
Ces formes sont particulièrement rebelles au
traitement.
* Formes atrophiques :
Elles s’observent plus volontiers sur la gencive, le dos de la langue
où elles s’accompagnent d’une dépapillation irréversible.
Les
patients se plaignent d’une sensibilité accrue aux aliments épicés,
d’une irritation liée au brossage des dents.
2- Lichen plan génital :
L’atteinte muqueuse génitale est beaucoup plus rare que l’atteinte
muqueuse buccale.
Elle est évaluée à 20-25 % des hommes ayant un
lichen plan cutané.
Sur les versants cutanés (grandes lèvres, prépuce), les lésions sont
similaires aux autres localisations cutanées de l’affection avec
toutefois une disposition annulaire plus fréquente.
Sur les demimuqueuses
et muqueuses (face interne des grandes lèvres, petites
lèvres, vestibule, gland), les lésions sont comparables à celles du
lichen plan buccal.
Les ulcérations sont rares.
Chez les femmes, les lésions génitales sont moins fréquentes et
quand elles sont présentes, elles sont volontiers associées à une
éruption étendue.
Elles peuvent aussi survenir isolément ou en
association avec une atteinte buccale.
Les lésions vulvaires réalisent un spectre clinique allant d’un fin
réseau papuleux à une atteinte érosive de sévérité variable.
On
distingue une forme érosive bénigne et une forme sévère réalisant le
syndrome vulvo-vaginal-gingival.
La forme bénigne se manifeste par des érosions de petite taille au
sein de lésions leucoplasiques atteignant les petites lèvres, les faces
internes des grandes lèvres sans atteinte vestibulaire, vaginale ou
gingivale, et est associée à d’autres lésions cutanéophanériennes.
Le syndrome vulvo-vaginal-gingival décrit par Hewitt et Pelisse se
caractérise par une triade associant :
– une vulvite érythroplasique desquamative associée à des érosions
superficielles en nappe sur le vestibule, et parfois un réseau
lichénien en périphérie des lésions ;
– une vaginite inflammatoire, desquamative et érosive, associée ou
non à une atteinte de l’exocol ;
– une gingivite érythémateuse érosive en nappes, associée ou non à
d’autres lésions buccales.
Les lésions occasionnent des douleurs intenses, des brûlures, des
leucorrhées hémorragiques, en particulier pendant les rapports
sexuels, une dyspareunie.
La triade survient de façon synchrone ou
différée dans le temps.
Les lésions peuvent se compliquer de
synéchies des petites lèvres, refermant ainsi l’orifice vestibulaire, de
synéchies vaginales, d’atrophie anatomique vulvaire, comparable
aux atteintes vulvaires du lichen scléreux.
Ce tableau clinique est exceptionnel chez l’homme ; seul un cas
d’atteinte génitale érosive balanopréputiale associée à une gingivite
desquamative a été rapporté dans la littérature sous le nom de
syndrome pénogingival.
Formes cliniques :
A - LICHEN PLAN HYPERTROPHIQUE :
Les lésions se développent progressivement au cours d’une poussée
subaiguë.
Les lésions siègent sur les membres inférieurs, en
particulier sur les crêtes tibiales et les chevilles.
L’apparition de
lésions hypertrophiques prolonge l’évolution de la maladie, parfois
pendant plusieurs années.
Quand les lésions disparaissent, elles
laissent place à une pigmentation cicatricielle résiduelle parfois
atrophique.
Ces formes doivent être distinguées du lichen simplex
chronique et du lichen amyloïde.
B - LICHEN PLAN FOLLICULAIRE :
Des lésions folliculaires peuvent apparaître au décours d’une
poussée typique de lichen plan, sous forme de papules acuminées spinulosiques péripilaires.
Elles coexistent avec des lésions plus
typiques mais sont parfois prédominantes.
Des lésions folliculaires isolées rendent le diagnostic plus difficile.
Les lésions folliculaires du cuir chevelu s’accompagnent de squames
et entraînent une alopécie cicatricielle.
Le cuir chevelu est rarement
atteint isolément.
L’histologie cutanée permet de le différencier de la kératose pilaire,
la maladie de Darier, une mucinose folliculaire, un lichen
scrofulosorum, un lupus érythémateux.
C - LICHEN PLAN LINÉAIRE :
Des lésions linéaires, secondaires à un phénomène de Koebner sont
fréquemment retrouvées. Des lésions isolées sur toute la longueur
d’un membre sont rares, bien que plus fréquentes chez l’enfant.
Des dispositions zostériformes sur le tronc ont été décrites.
L’histologie est typique de lichen plan et permet de le différencier
d’autres dermatoses linéaires telles qu’un lichen striatus, un
hamartome linéaire, un psoriasis linéaire.
D - LICHEN PLAN ACTINIQUE :
Les cas rapportés sont originaires du Moyen-Orient, d’Afrique de
l’est, du Maghreb ou d’Inde.
Une prédominance féminine des
lésions est notée pour certains auteurs.
Les lésions évoluent par poussées, surtout estivales, apparaissent
exclusivement sur les zones photoexposées, en particulier le visage.
Trois aspects cliniques ont été décrits : des plaques nummulaires
bien limitées avec un centre hyperpigmenté entouré en périphérie
d’une zone hypopigmentée, des nappes pigmentées évocatrices de
mélasma, et une forme dyschromique plus rare atteignant le cou et
la face dorsale des mains.
Le traitement est basé sur la photoprotection.
E -
LICHEN PLAN ANNULAIRE :
Une disposition exclusivement annulaire des lésions du lichen plan
est rare.
Les lésions annulaires résultent soit d’une confluence de
papules disposées en anneau, soit de l’évolution centrifuge d’une
grande papule avec une bordure active et un centre en voie de
guérison.
Typiquement, la bordure périphérique est fine, le centre
est déprimé et atrophique. Parfois, la bordure est large et le centre
de petite taille.
Chez l’homme, les lésions annulaires siègent préférentiellement sur
le gland ; elles peuvent être isolées, ou associées à des lésions
buccales.
Le tableau clinique peut parfois en imposer pour un
granulome annulaire.
F - LICHEN PLAN ATROPHIQUE :
Les lésions sont en général peu nombreuses.
L’atrophie peut être le
résultat de l’effacement des lésions annulaires ou de la résolution
des lésions hypertrophiques.
Les membres inférieurs sont le siège
préférentiel de ce type de lésions ; le diagnostic est posé sur
l’évolution des lésions, l’existence de lésions actives cutanées ou
muqueuses.
L’histologie est non spécifique mais permet d’éliminer
un lichen scléreux ou une morphée en goutte.
G - LICHEN PLAN AIGU :
C’est une forme peu fréquente qui se caractérise par des signes
généraux (fièvre), une éruption d’emblée diffuse, confluente et
prurigineuse.
Les lésions sont polymorphes : papules pseudovésiculeuses, placards urticariens, psoriasiformes, voire
bulles.
En quelques jours, les signes généraux s’amendent et les
papules prennent un aspect typique.
Les vésiculobulles
correspondent à l’exagération des phénomènes de vacuolisation des
cellules basales et des fentes dermoépidermiques.
On peut retrouver
ce type d’éruption dans les lichens médicamenteux.
H - LICHEN PLAN DES PAUMES ET PLANTES :
Les lésions palmoplantaires sont papuleuses ou nodulaires, fermes,
rugueuses, de couleur jaunâtre, situées préférentiellement en
périphérie des paumes ou des plantes.
Elles sont disposées en nappe
ou sous forme de kératoses ponctuées.
Le prurit peut manquer. Les
formes ulcérées sont rares, mais d’évolution chronique, volontiers
douloureuses et rebelles aux traitements.
Les ongles peuvent être
progressivement atteints, préférentiellement le gros orteil ; en cas
d’atteinte matricielle, la perte de l’ongle est définitive.
Le diagnostic est difficile en cas d’atteinte palmoplantaire isolée.
Les
diagnostics différentiels comportent la syphilis secondaire, la kératodermie palmoplantaire psoriasique, les verrues, les callosités.
I - LICHEN PLAN PIGMENTAIRE
(LICHEN PLAN PIGMENTOSA)
:
C’est un trouble pigmentaire qui survient en Inde ou au Moyen-Orient associé ou non à des papules typiques.
L’hyperpigmentation
maculeuse intéresse préférentiellement le visage, les membres
supérieurs. Les muqueuses et les extrémités palmoplantaires sont
épargnées.
J - LICHEN PLAN PEMPHIGOÏDE :
Il s’agit de l’association d’un lichen plan et d’une pemphigoïde
bulleuse.
Les bulles apparaissent sur des lésions lichéniennes mais aussi en
peau normale.
L’aspect clinique est proche de la pemphigoïde
bulleuse.
L’éruption bulleuse survient dans la majorité des cas après celle du
lichen, parfois en même temps, et la précède exceptionnellement.
Il s’agit le plus souvent de lichen plan aigu et généralisé.
Les
bulles prédominent aux extrémités et l’état général peut être
altéré.
L’aspect histologique est celui d’un lichen plan avec
décollement dermoépidermique et bulle sous-épidermique comme
dans une pemphigoïde bulleuse.
L’immunofluorescence directe met
en évidence des dépôts linéaires de C3 et/ou d’immunoglobuline G
(IgG) à la jonction dermoépidermique en peau saine et en peau
lichénienne.
Dans plus de 50 % des cas, on trouve des anticorps
circulants antimembrane basale qui se fixent sur le versant
épidermique sur peau clivée.
D’un point de vue physiopathologique, on suppose que les lésions
des cellules basales générées par l’infiltrat lichénien démasquent des
déterminants antigéniques ou créent de nouveaux antigènes,
induisant la formation d’autoanticorps et l’apparition d’une
dermatose pemphigoïde-like.
S’agit-il d’une association d’un lichen plan et d’une authentique pemphigoïde bulleuse ou d’une entité autonome ?
En immunomicroscopie électronique, les produits de la réaction
immune siègent au niveau de la lamina lucida, comme l’antigène
majeur de la pemphigoïde bulleuse.
En revanche, l’immunoblot
trouve des résultats divergents avec dans deux cas la détection de
l’antigène majeur de la pemphigoïde bulleuse (230 kDa) et,
dans deux autres cas, la détection de l’antigène mineur de la
pemphigoïde bulleuse (180 kDa) et un antigène de 200 kDa.
Deux cas de lichen plan pemphigoïde induits par la prise
d’inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine ont été
rapportés.
Le traitement repose sur la corticothérapie, comme pour la pemphigoïde bulleuse.
K - PARTICULARITÉS DU LICHEN PLAN
CHEZ L’ENFANT :
Le lichen plan de l’enfant est rare. Moins de 2 % des cas de lichen
sont diagnostiqués avant 20 ans. Le sex ratio est de 1, comme chez
l’adulte.
Les cas familiaux surviennent chez le grand enfant et
l’adolescent.
Quelques particularités sémiologiques sont à noter :
une prédominance chez les enfants à peau pigmentée, une
disposition linéaire suivant les lignes de Blaschko et des formes
vésiculobulleuses plus fréquentes, une atteinte muqueuse plus rare
estimée entre 6 et 25 % des cas contre 75 % chez l’adulte.
L’évolution
est identique à celle de l’adulte.
Des cas ont été rapportés après
vaccination contre l’hépatite B, faisant discuter le rôle de la
stimulation antigénique dans l’induction de la réaction
lymphocytaire cytotoxique.
L - LICHEN MÉDICAMENTEUX :
D’authentiques dermites de contact lichénoïdes ont aussi été
rapportées après utilisation de topiques.
Les tests épicutanés reproduisent une réaction lichénoïde ou
eczématiforme.
Le délai d’apparition de l’éruption par rapport à l’introduction du
médicament incriminé varie de 1 semaine à quelques mois, et
dépend du médicament. Pour la D-pénicillamine, le temps de
latence varie de 2 mois à 3 ans ; pour les bêtabloquants, il est de
1 an ; pour les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, il varie de 3 à
6 mois.
Une prise antérieure du médicament responsable de
l’éruption raccourcit la période de latence.
Cliniquement, l’éruption ressemble au lichen plan idiopathique.
On
peut toutefois individualiser quelques particularités propres au
lichen médicamenteux : des lésions psoriasiformes ou
eczématiformes peuvent coexister, les stries de Wickham peuvent
manquer, les lésions sont volontiers photodistribuées
symétriquement sur les avant-bras et les extrémités.
L’atteinte
muqueuse serait moins fréquente que dans le lichen plan.
Au plan
histologique, toutes les caractéristiques du lichen plan idiopathique
peuvent être retrouvées dans les lichens médicamenteux.
La régression des lésions survient dans un délai variable après l’arrêt
du médicament imputable.
Elle dépend du médicament et de
l’étendue des lésions initiales.
Pour certains bêtabloquants, les
lésions peuvent régresser en 1 mois alors que pour les sels d’or, le
délai peut être supérieur à 1 an.
Des régressions peuvent aussi
survenir en cas de poursuite du médicament responsable, ou bien évoluer par poussées intermittentes.
Enfin, un cas
d’autonomisation d’un lichen médicamenteux induit par les sels d’or
a été rapporté.
Diagnostic différentiel :
En cas de lésions typiques, le diagnostic ne se discute qu’avec les
éruptions lichénoïdes médicamenteuses.
En cas de lésions moins typiques, le lichen plan cutané peut être
confondu avec des verrues planes, une éruption eczématiforme
lichénifiée, un pityriasis rosé de Gibert, une lichénification et
d’autres dermatoses lichénoïdes telles que le lichen amyloïde
papuleux.
Les lichens plans sans prurit, en particulier avec atteinte
génitale, doivent être différenciés de la syphilis secondaire.
L’erythema dyschromicum perstans est désormais considéré comme
une variante maculeuse du lichen plan pigmentaire.
Les formes linéaires peuvent faire discuter d’autres dermatoses
linéaires comme le lichen striatus, l’hamartome épidermique
inflammatoire, le psoriasis linéaire, la porokératose de Mibelli.
Devant un lichen plan érosif génital, on peut évoquer comme autres
diagnostics, une dermatose bulleuse auto-immune (pemphigoïde
cicatricielle, pemphigus profond), un lichen scléreux, une néoplasie
intraépithéliale, une balanite ou vulvite plasmocytaire de Zoon, un
lupus érythémateux.
La biopsie cutanée et l’immunofluorescence
directe sont alors indispensables au diagnostic.
En cas d’atteinte muqueuse isolée, peuvent se discuter une
leucoplasie, une gingivite tartrique, une candidose chronique, un white sponge naevus.
Complications :
A - ALOPÉCIE :
L’alopécie est rare au cours du lichen plan.
Lorsqu’elle survient, elle
est irréversible.
Elle résulte de la destruction du follicule pileux par
l’infiltrat inflammatoire, laissant place à une alopécie cicatricielle en
petites plaques.
Les papules typiques sont rarement visibles sur le
cuir chevelu, leur présence sur la peau associée à une alopécie
cicatricielle oriente le diagnostic.
L’alopécie cicatricielle peut
continuer d’évoluer pour son propre compte après que les lésions
cutanées ont cicatrisé.
L’évolution ultime est la pseudopelade de
Brocq.
Le syndrome de Lassueur-Graham-Little associe une atteinte du cuir
chevelu, un lichen spinulosique, une chute des poils axillaires et
pubiens.
Une forme particulière de lichen plan pilaire a été récemment
individualisée chez des femmes postménauposiques d’âge moyen
70 ans : l’alopécie frontale fibrosante postménopausique.
Elle se
caractérise par une alopécie cicatricielle frontotemporale en
couronne, une hyperkératose folliculaire et un érythème
périfolliculaire à la lisière du cuir chevelu en période évolutive, une
dépilation des sourcils quasi constante, en l’absence de signe
clinique de lichen plan dans d’autres localisations.
L’aspect
histologique est celui d’un lichen plan pilaire avec évolution
cicatricielle fibrosante.
L’évolution est lente et progressive sur des
années. Cette forme clinique est rebelle aux traitements habituels.
B - ATTEINTE UNGUÉALE :
Les ongles sont touchés dans 1 à 10% des cas.
L’atteinte unguéale
survient en règle en association avec un lichen plan sévère et diffus.
Elle est rarement isolée.
Les atteintes sont habituellement mineures et comportent un
amincissement de la tablette unguéale s’étendant progressivement
avec la croissance de l’ongle, et entraînant une exagération des lignes
longitudinales et des dépressions linéaires de la tablette.
D’autres
modifications peuvent s’observer : hyperpigmentation, mélanonychie, hyperkératose sous-unguéale, onycholyse.
La
repousse peut être partielle ou absente avec formation d’un ptérygion unguis en cas d’atteinte matricielle.
Les gros orteils sont
préférentiellement touchés.
En cas de lichen plan érosif plantaire, il
existe aussi une atteinte unguéale sévère et définitive.
Le syndrome de dystrophie des 20 ongles n’est plus considéré
comme lié au lichen plan.
C - LICHEN PLAN ET CANCER :
C’est une éventualité rare.
Le risque de transformation maligne d’un
lichen plan dépend du site anatomique considéré.
En cas de lichen plan buccal, le risque est évalué entre 0,4 et 5,6 %.
Les carcinomes épidermoïdes surviennent dans 40 à 60 % des cas
sur des formes érosives d’évolution chronique et atrophiante.
Le développement d’un carcinome sur des lésions génitales
préexistantes est exceptionnel.
Les cas rapportés peuvent faire
discuter des carcinomes vulvaires survenant sur un lichen scléreux.
En effet, les signes caractéristiques de lichen scléreux
(sclérohyalinose en bande du derme superficiel) peuvent être
modifiés par l’installation secondaire du carcinome invasif et en
imposer pour un lichen plan.
Moins de 30 cas de carcinomes cutanés sur lichen plan préexistant
ont été rapportés.
Ils surviennent, dans la majorité des cas, sur des
lésions hypertrophiques et, dans une moindre proportion, sur des
lésions érosives chroniques. Dans trois cas, il s’agissait de carcinome
verruqueux.
Dans 50 % des cas, on trouve une exposition à des
facteurs carcinogènes (arsenic, radiation ionisante).
Pronostic :
Dans la plupart des cas, le début est insidieux et le malade ne vient
consulter qu’après quelques mois d’évolution.
De rares cas
guérissent en quelques semaines.
En l’absence de traitement, les
lésions régressent en 9 mois dans 50 % des cas et, dans 85 % des cas,
les lésions disparaissent en 18 mois.
L’évolution est volontiers
chronique en cas de lichen hypertrophique, de lichen annulaire, et
en cas d’atteinte muqueuse associée.
Sous traitement le prurit disparaît d’abord, puis la papule s’affaisse
et laisse place à une pigmentation résiduelle.
Les lésions
hypertrophiques ont une évolution prolongée qui peut s’étendre sur
des mois ou des années.
Les lésions muqueuses ont une évolution plus chronique que les
lésions cutanées.
Elles peuvent persister des années après que les
lésions cutanées ont disparu.
Les rémissions spontanées sont peu
fréquentes et surviennent dans 3 à 17% des cas.
Les formes
atrophiques et érosives de lichen régressent moins que les formes
réticulées.
L’évolution est émaillée de poussées, se traduisant
cliniquement par un érythème entre les mailles du réseau, et de
périodes de quiescence, où l’érythème disparaît.
Des rechutes surviennent dans 20 % des cas.
Histologie :
La papule typique de lichen plan correspond à une atteinte dermoépidermique, associant une hyperkératose orthokératosique,
une hypergranulose (correspondant cliniquement à la strie de
Wickham), une hyperacanthose, surmontant de larges papilles en
coupoles ou en dôme.
La dégénérescence vacuolaire de la couche
basale de l’épithélium, traduite par la présence de corps cytoïdes
associés à une incontinence pigmentaire, est caractéristique.
Les
corps cytoïdes ou corps hyalins de Civatte sont des inclusions
éosinophiles, composées d’agrégats de filaments de kératine,
provenant de kératinocytes apoptotiques.
Leur présence en grand
nombre ou regroupés en amas est évocatrice de lichen plan.
Un infiltrat lymphohistiocytaire en bande du derme superficiel vient
au contact de la basale qu’il pénètre par places, avec un certain degré
de spongiose.
L’infiltrat est parfois séparé de l’épiderme par une
déhiscence dermoépidermique, ébauche de bulle.
Dans les lésions en voie de guérison, l’hyperkératose persiste alors
que l’acanthose régresse laissant un épiderme horizontalisé avec des
zones d’atrophie ; l’infiltrat dermique est moins marqué.
Dans le lichen plan pilaire au stade de début, l’infiltrat engaine le
follicule pileux, le follicule est dilaté et obstrué par la kératine.
L’épithélium interfolliculaire adjacent peut être le siège d’un infiltrat
lichénoïde typique.
De même, il existe une dégénérescence des
cellules basales, des corps cytoïdes et une incontinence pigmentaire.
Dans les lésions évoluées, le follicule est détruit et remplacé par une
cicatrice fibreuse orientée verticalement, rappelant les lésions de la pseudopelade de Brocq.
Dans le lichen plan actinique, la bordure annulaire a les
caractéristiques typiques de lichen.
Au centre de la lésion,
l’épithélium est atrophique, aminci et horizontalisé, l’infiltrat
lymphohistiocytaire est présent.
Dans le lichen plan hypertrophique, l’hyperkératose et l’acanthose
sont plus marquées et peuvent réaliser un aspect d’hyperplasie
pseudoépithéliomateuse.
L’infiltrat peut partiellement épargner le
derme papillaire.
Les lésions vésiculobulleuses sont de siège sous-épidermique ; elles
sont dues à l’oedème dermique et une atteinte de la membrane
basale compliquant la dégénérescence des cellules basales.
Les atteintes orales montrent en général les mêmes caractéristiques,
avec parfois cependant un certain degré de parakératose.
Contrairement aux lésions cutanées, l’épithélium peut être aminci.
La membrane basale peut être épaissie par le dépôt d’un matériel
amorphe éosinophile riche en fibrine.
L’infiltrat contient, en plus du
contingent lymphohistiocytaire, des plasmocytes.
L’examen en immunofluorescence directe est un outil diagnostique
intéressant.
Les corps cytoïdes prennent une fluorescence non
spécifique, d’aspect globuleux, au sommet des papilles dermiques
avec des antisérums dirigés principalement contre les IgM, mais
aussi contre les IgG, IgA et le C3.
Un dépôt linéaire de fibrine à la
jonction dermoépidermique est habituel.
On a pu mettre en évidence un antigène spécifique du lichen plan
au sein des cellules du stratum granulosum et du stratum spinosum
par technique d’immunofluorescence indirecte sur le sérum de
patients en utilisant comme substrat de la peau lésée.
La
signification pathogénique de cet antigène est pour l’instant
inconnue.
La recherche d’anticorps circulants dirigés contre la membrane
basale par immunofluorescence indirecte est négative.
Physiopathologie :
Le ou les mécanismes exacts conduisant à l’apparition du lichen plan
ne sont toujours pas élucidés.
Toutefois, de nombreuses études
plaident en faveur d’un mécanisme immunologique.
A - ASSOCIATION À DES ALLÈLES HLA
:
Les nombreuses études recherchant un lien entre des allèles HLA
(human leukocyte antigen) et le lichen plan cutané et/ou muqueux
ont donné lieu à des résultats contradictoires.
Une association significative a été retrouvée avec HLA-A 3, 5, 28,
HLA-B 16, w35, 27, 51, w57, HLA-DR1, 2, 3, w9, 9, et HLA-DQw1 et
le lichen plan. Ces études ont été menées sur des populations
différentes par leur origine et les manifestations cliniques.
Aucune
de ces associations n’a été confirmée par plusieurs études. Une étude
plus récente montre une association avec DRB1*0101 chez des
patients d’origine sardenaise.
B - RÔLE DES LYMPHOCYTES T
:
Les différentes études d’immunomarquage de l’infiltrat
dermoépidermique ont montré qu’il était constitué majoritairement
de lymphocytes TCD4+ et CD8+, les lymphocytes B et les cellules
NK (natural killer) étant peu nombreux.
Le pourcentage de
lymphocytes TCD8+ est plus important dans l’épiderme et la partie
superficielle de la lamina propria.
Les marqueurs d’activations
lymphocytaires tels que HLA-DR (complexe majeur
d’histocompatibilité [CMH] classe II) sont plus fréquemment
retrouvés sur les lymphocytes adjacents aux cellules épithéliales
basales lésées.
Ces lymphocytes TCD8+ sont de phénotype
mémoire et expriment majoritairement un TCR de type ab.
Les
lymphocytes issus de l’infiltrat du lichen plan produisent des
quantités plus importantes d’interleukine 6 (IL6) et de granulocyte
macrophage colony stimulating factor (GM-CSF) comparés aux
lymphocytes périphériques.
Des défauts de prolifération et de
production de cytokines après stimulation par des mitogènes des
lymphocytes sanguins (PBL) ont été trouvés chez certains sujets
atteints de lichen plan.
L’apparition de lésions de lichen dans un modèle murin après
injection intradermique de cellules autoréactives d’une part, et la
présence de lésions lichénoïdes au cours de la réaction du greffon
contre l’hôte (GVH) chronique d’autre part, sont des arguments
supplémentaires qui plaident en faveur du rôle de cet infiltrat
lymphocytaire T dans la genèse des lésions de lichen.
L’augmentation précoce du nombre de cellules de Langerhans dans
les lésions débutantes de lichen suggère que ces cellules jouent un
rôle dans la présentation initiale du ou des antigènes cibles au
lymphocyte T.
L’expression des antigènes CMH de classe II et la molécule
d’adhésion ICAM-1 sont augmentées sur les kératinocytes.
L’expression de LFA-1, le ligand d’ICAM-1 est parallèlement
augmentée sur les lymphocytes au sein des lésions.
Ces résultats
suggèrent un rôle actif des kératinocytes.
L’augmentation
d’expression de ces molécules est probablement responsable de
l’accumulation (ICAM-1) et de l’activation (CMH classe II) des
lymphocytes T.
Un rôle de l’immunité humorale n’a jamais été clairement établi.
En
effet, aucune étude n’a pu mettre en évidence une modification
significative et reproductible du taux des sous-classes
d’immunoglobulines chez les malades atteints de lichen plan.
De
même, le site des dépôts et le type d’immunoglobuline révélés par
les immunofluorescences directes sont variables selon les études.
En conclusion, s’il est probable qu’une réaction immunitaire prenne
une part importante dans la genèse du lichen plan, la cible de cette
réaction reste à déterminer.
Lichen plan et maladies associées
:
De nombreuses associations ont été rapportées entre le lichen plan
et des maladies auto-immunes ou inflammatoires telles que la
dermatomyosite, la dermatite herpétiforme, la thyroïdite
d’Hashimoto, le syndrome de Gougerot-Sjögren, la sclérodermie en
plaques, la sclérodermie systémique, la myasthénie, le pemphigus
superficiel et profond, le thymome, le vitiligo, le lupus
érythémateux, les colites ulcérées.
Il est probable que ces
associations soient fortuites.
L’augmentation supposée de la
prévalence du diabète chez les malades atteints de lichen plan n’a
pas été confirmée.
La prévalence accrue des hépatopathies chez les malades atteints de
lichen plan est, elle aussi, sujette à controverse.
Des associations avec
la cirrhose biliaire primitive, l’hépatite chronique active, la cholangite sclérosante primitive, la maladie de Wilson,
l’hémochromatose, le déficit en á1-antitrypsine ont été rapportées.
Les formes érosives de lichen plan seraient plus fréquemment
associées aux hépatopathies.
L’association la plus pertinente est
avec l’hépatite chronique active, dont la prévalence varie de 3,1 à
11,3 %.
La frontière entre l’hépatite chronique active auto-immune
et l’hépatite active postvirale est difficile à tracer et rend
problématique l’identification de la nature des hépatopathies
associées au lichen.
La prévalence du portage chronique de l’antigène HBs chez 577
malades italiens atteints de lichen plan est deux fois supérieure à
celle des 1 008 sujets contrôles.
Une quinzaine d’observations de
lichen plan après vaccination contre le virus de l’hépatite B (VHB)
ont été rapportées.
Ces données suggèrent un lien entre VHB et
lichen sans pour autant le prouver.
Les données sont contradictoires en ce qui concerne le lien entre
virus de l’hépatite C (VHC) et lichen.
La prévalence de l’infection à VHC chez les malades atteints de lichen plan varie de 3,8 à 37 %
selon les études.
Deux études cas-témoins françaises
ne trouvent pas d’augmentation significative de la prévalence de
l’infection à VHC chez les malades atteints de lichen par rapport à
des groupes témoins de malades suivis en dermatologie (4,9 vs
4,5 % ; 3,8 vs 2,6 %).
La prévalence globale de l’infection à VHC
dans ces différents groupes est toutefois supérieure à celle de la
population générale, qui est estimée à 1 %.
L’augmentation de la
prévalence de l’infection à VHC chez les malades atteints de lichen
est observée préférentiellement dans les pays de plus forte
prévalence de l’infection à VHC, tels que les pays d’Europe du
Sud.
Certains auteurs rapportent une association significative
entre lichen plan érosif et infection à VHC, association non
confirmée par d’autres auteurs.
Il n’a pas été trouvé de corrélation
entre le génotype du VHC et l’apparition du lichen plan.
Traitement
:
Peu d’études randomisées sont disponibles concernant le traitement
du lichen, que ce soit dans la forme cutanée ou muqueuse.
L’évolution naturelle de la maladie étant marquée par des
rémissions spontanées, l’efficacité de ces différents traitements est
difficile à évaluer.
A - LICHEN MUQUEUX
:
La corticothérapie locale a été évaluée sous forme d’aérosols,
d’injection intralésionnelle ou de topiques sous occlusion.
Tous
ces traitements permettent l’obtention d’une rémission dans 50 à
70 % des cas.
Toutefois, le pourcentage de récidives est élevé à
l’arrêt du traitement.
Aucune étude n’a démontré l’efficacité de la
corticothérapie par voie générale.
Deux études comparant l’activité de l’acitrétine 0,1 % topique contre
placebo montrent une amélioration significative des lésions buccales
dans le groupe traité par rapport au groupe placebo.
L’isotrétinoïne
gel à 0,1 % s’est avéré efficace dans deux études contre placebo dans
les lésions buccales et génitales.
La PUVAthérapie endobuccale a
montré des résultats encourageants et durables dans le lichen buccal
au cours d’une étude randomisée.
Toutefois, ce traitement reste
peu disponible en France.
La ciclosporine topique est plus efficace
qu’un placebo à la dose de 1 500 mg/j en trois rinçages quotidiens.
Une autre étude randomisée a en revanche montré que ce traitement
n’était pas supérieur à la corticothérapie locale.
B - LICHEN CUTANÉ
:
L’efficacité de la corticothérapie, que ce soit sous forme locale ou
générale, n’a jamais été démontrée.
Une étude randomisée
comparant l’acitrétine (Soriatanet) à la dose de 30 mg/j à un placebo
pendant 8 semaines a montré une amélioration significative dans le
groupe traité par rapport au groupe placebo (64 vs 13 %).
Aucune
étude randomisée concernant la ciclosporine par voie générale n’est
disponible.
Toutefois, la rapidité de rémission sous ciclosporine à
des doses allant de 1 à 6mg/kg/j dans les cas rapportés chez des
malades présentant des lichens plans cutanés résistants à différentes
thérapeutiques, plaide pour une probable efficacité de ce
traitement.
Enfin, une étude contrôlée concernant la PUVAthérapie et une étude sur un grand nombre de malades
concernant la balnéoPUVAthérapie montrent une efficacité de ces
deux formes d’UVAthérapie.
Toutefois, le taux de récidives après
balnéothérapie est important.
D’autres traitements, tels que la griséofulvine, la dapsone,
l’hydroxychloroquine, le métronidazole, la phénytoïne,
l’azathioprine, le cyclophosphamide, le thalidomide,
l’enoxaparine, ont été proposés dans le cadre d’études ouvertes
ou de cas anecdotiques.
Les résultats sont trop fragmentaires pour
avoir une preuve certaine de leur efficacité.
En tenant compte des seules études contrôlées et en intégrant le
rapport bénéfice, coût-risque, Cribier et al proposent les indications
thérapeutiques suivantes.
Pour le lichen plan buccal :
– première intention : corticothérapie locale (fluocinonide ou
acétonide de fluocinolone) ;
– troisième intention : PUVAthérapie buccale (avec matériel adapté),
acitrétine, ciclosporine locale (à réserver aux cas érosifs résistants en
raison du coût élevé).
Pour le lichen plan cutané :
– première intention : PUVAthérapie ;
– deuxième intention : acitrétine (deuxième intention en raison des
contraintes d’administration).
La corticothérapie n’a pas en sa faveur d’études contrôlées
établissant l’efficacité et, par conséquent, la validité de ce choix
thérapeutique.
Dermatoses lichénoïdes :
Ces maladies, bien que partageant certains aspects cliniques et/ou
histologiques avec le lichen plan, sont des entités autonomes.
A - LICHEN NITIDUS :
Le lichen nitidus est une dermatose chronique rare décrite
initialement par Pinkus en 1907.
L’affection touche
préférentiellement les enfants et les adultes jeunes. Toutes les races
et les deux sexes peuvent être atteints.
L’éruption est constituée de
multiples micropapules couleur chair, brillantes, étendues, localisées
sur l’abdomen, les membres et la région génitale.
L’éruption est en
général asymptomatique, parfois discrètement prurigineuse.
Les
atteintes muqueuses, unguéales et palmoplantaires sont rares.
L’histologie montre un épiderme parakératosique, un amincissement
de la couche granuleuse, une atrophie épidermique, une
dégénérescence des cellules basales, un infiltrat lymphohistiocytaire
et épithélioïde localisé dans le derme papillaire, entouré
bilatéralement par des papilles allongées, un oedème dermique, une
prolifération endothéliale.
L’infiltrat épithélioïde, la parakératose et
l’aspect des papilles permettent de différencier le lichen nitidus du
lichen plan.
L’évolution est imprévisible, des rémissions spontanées sont
possibles.
L’évaluation des traitements est rendue impossible en
raison de la discrétion des symptômes, de la faible incidence de la
maladie et de son évolution imprévisible.
Divers traitements tels que
les dermocorticoïdes, la corticothérapie générale, la PUVAthérapie,
les rétinoïdes et l’astémizole, ont été essayés avec des résultats
encourageants.
B - MANIFESTATIONS CUTANÉES DE LA RÉACTION
DU GREFFON CONTRE L’HÔTE :
La GVH regroupe l’ensemble des manifestations inflammatoires
et/ou fibrosantes qui surviennent dans les suites d’une
transplantation d’un organe contenant des cellules lymphoïdes. Elle
est liée à l’activation des cellules T contenues dans le greffon contre
les antigènes majeurs ou mineurs d’histocompatibilité du receveur.
Les cibles principales sont les kératinocytes de la basale
épidermique, les cellules glandulaires de l’intestin, les cellules des
canalicules biliaires du foie.
Chez l’homme, la GVH évolue en deux phases : une phase aiguë
précoce, qui survient dans les 3 premiers mois qui suivent la greffe,
marquée essentiellement par des phénomènes cytotoxiques au
niveau des tissus cibles, et une phase chronique, qui comprend
toutes les manifestations qui surviennent après les 3 premiers mois,
où des phénomènes d’activation fibroblastique, avec apparition de
fibrose, sclérose, et des phénomènes d’auto-immunité se surajoutent
aux réactions cytotoxiques.
À la phase aiguë, les manifestations cutanées surviennent
habituellement entre le 7e et le 21e jour.
La précocité de l’atteinte
serait un signe de mauvais pronostic.
La fréquence de survenue chez
des adultes recevant une greffe de moelle osseuse génotypiquement
HLA identique est de 35 %.
Elle débute par un exanthème maculopapuleux.
La topographie initiale de l’éruption, touchant les
joues, la face latérale du cou et les extrémités palmoplantaires, a
valeur d’orientation.
L’atteinte muqueuse associée est peu spécifique
et peut correspondre à une mucite induite par la chimiothérapie.
La sévérité de l’atteinte est classée en quatre degrés de gravité
croissante allant de l’exanthème maculopapuleux localisé à la
nécrolyse épidermique toxique.
Histologiquement, il coexiste un infiltrat lymphocytaire du derme
superficiel à prédominance périvasculaire, une vacuolisation des
cellules épidermiques basales avec nécrose de certaines d’entre elles
au contact de lymphocytes infiltrant la couche basale, réalisant
l’image de satellite cell necrosis, caractéristique de la GVH.
On peut
aussi trouver un certain degré de spongiose.
Le follicule pileux est
une cible privilégiée de la GVH aiguë.
L’infiltrat lymphocytaire est
composé de lymphocytes T, soit de type CD4+ et CD8+ en nombre
égal, soit composé majoritairement d’un de ces deux sous-types.
Les
lésions histologiques sont classées en quatre grades de gravité
croissante, le grade I correspondant à une vacuolisation des cellules
basales, le grade IV à une nécrose de l’épiderme avec un clivage
complet du derme.
Le pronostic est corrélé aux critères de gravité clinique, au degré
d’atteinte de l’organe cible, et au nombre d’organes atteints. La
mortalité est de l’ordre de 20 %.
La phase chronique de la GVH débute après un délai de 4 mois en
moyenne.
Elle apparaît soit dans la continuité d’une forme aiguë
dans un tiers des cas, soit après un intervalle libre sans symptômes
chez un malade ayant eu antérieurement une GVH aiguë dans un
autre tiers des cas, et soit de novo dans un dernier tiers des cas.
L’incidence de la GVH chronique après transplantation médullaire
allogénique est de 44 %.
La peau et les muqueuses sont atteintes dans 90 à 100 % des GVH
chroniques.
Les manifestations cutanées sont de type lichéniennes
ou sclérodermiformes.
Elles peuvent débuter spontanément ou être
déclenchées par une irradiation aux rayons ultraviolets (UV), un
traumatisme physique, un zona ou une infection à Borrelia.
L’éruption de la GVH chronique dans la forme lichénienne
ressemble au lichen plan.
La région périorbitaire, les oreilles, les
paumes et les plantes sont les sites préférentiellement atteints.
L’atteinte muqueuse ne présente pas de particularité par rapport à
celle du lichen plan.
La sévérité de l’atteinte muqueuse reflète la
sévérité de l’atteinte systémique.
L’association d’un syndrome sec
de Gougerot-Sjögren oral et oculaire est constamment présente.
L’importance de l’infiltrat lymphocytaire des glandes salivaires
accessoires est aussi un indicateur de sévérité de la GVH
chronique.
Dans les formes plus tardives apparaissent des lésions sclérodermiformes, localisées ou diffuses.
De rares cas de fasciites
ont aussi été rapportés.
L’aspect histologique de la forme lichénoïde de la GVH chronique
ressemble à celui du lichen plan idiopathique.
Dans les phases
tardives sclérodermiformes, on note une atrophie épidermique, une
destruction des annexes, une horizontalisation de la membrane
basale et une fibrose collagène superficielle.
Les atteintes extracutanées comprennent des kératoconjonctivites
sèches, des atteintes hépatiques ressemblant à la cirrhose biliaire
primitive, des diarrhées avec ou sans malabsorption, des
bronchiolites oblitérantes, des polymyosites ou des neuropathies
périphériques.
Une fois les lésions de GVH chronique installées, la survie à 5 ans
varie de 20 à 70 %.
La survie actuarielle à 10 ans est de 42 %.
Le traitement préventif repose principalement sur l’association
ciclosporine A et méthotrexate.
Cette association réduit l’incidence
de la GVH aiguë de 15 à 40 %, mais ne modifie pas l’incidence de la
GVH chronique.
D’autres traitements ont été proposés tels que
l’irradiation lymphoïde totale, l’administration de bolus de
méthylprednisolone, la triple association ciclosporine A,
méthotrexate, glucocorticoïdes.
Les traitements curatifs de première ligne sont les suivants :
– en cas de GVH aiguë, corticothérapie à forte dose (1 à 3 mg/kg/j) ;
– en cas de GVH chronique, association corticoïdes (1 mg/kg/j) et
ciclosporine A.
Les traitements curatifs de deuxième ligne font appel à différents
protocoles d’associations d’immunosuppresseurs (corticoïdes,
ciclosporine A, cyclophosphamide, méthotrexate, azathioprine,
anticorps monoclonaux anti-T, anticorps antirécepteur à l’IL2, anti-
TNFá [tumour necrosis factor], ou des antagonistes au récepteur de
l’IL1).
C - KÉRATOSE LICHÉNOÏDE STRIÉE :
C’est une dermatose rare formée de papules cornées kératosiques,
non prurigineuses, à disposition linéaire, touchant principalement
les mains et les pieds.
Aux lésions lichénoïdes des membres s’associe
une dermatose faciale d’allure séborrhéique.
L’éruption peut débuter
dans l’enfance.
L’évolution est chronique, rebelle aux traitements.
Des succès thérapeutiques ont été rapportés avec la photothérapie
et les rétinoïdes.