Introduction
:
L’intubation trachéale se définit comme le cathétérisme de la trachée,
à travers la glotte à l’aide d’un tube qui reste accessible au niveau
de la bouche ou des narines selon la voie d’introduction choisie.
C’est un geste courant, en règle facile et rapide, souvent
indispensable en anesthésie et réanimation d’urgence, qui permet
de maintenir la liberté et l’étanchéité des voies aériennes supérieures
et de contrôler la ventilation et l’hématose.
L’intubation peut être rendue difficile dans certaines circonstances
pathologiques congénitales ou acquises qu’il convient de dépister
au préalable pour adapter le matériel et choisir au mieux le
protocole.
De nouvelles techniques pour l’intubation difficile sont décrites et
semblent prometteuses au vu des premières études publiées.
Historique :
Les expériences d’intubation chez l’animal sont anciennes : dès 1542,
la technique était décrite par Brassalva et Vesale chez le mouton.
Les premières intubations trachéales chez l’homme ont été réalisées
dès le XVIIIe siècle, à l’aide de tubes métalliques décrits dans le traité
de Mushin ; les intubations étaient la levée d’obstacles laryngés et la
ventilation.
Cette technique fut rapidement délaissée après la publication d’un
pneumothorax suffocant gravissime par Leroy en 1827. Remise à
l’honneur par Bichat puis Mac Ewen en 1880 et O’Dwyer en 1887,
l’intubation est alors réalisée avec succès pour le traitement des
obstructions laryngées au cours des diphtéries.
Jusqu’alors, l’intubation trachéale était réalisée à l’aveugle.
La mise
au point de la laryngoscopie directe par Kirstein en 1896, puis
Jackson en 1911 permet l’intubation nasale sous contrôle direct, et Magill et Rowbotham préconisent l’intubation pour administrer une
anesthésie.
La technique se développe durant la Première Guerre mondiale dans
le domaine de la traumatologie faciale avec l’utilisation de sondes
en gomme.
Depuis les années 1950, l’American society for testing materials
définit les caractéristiques des tubes et du ballonnet.
Compte tenu de l’amélioration technique : visualisation directe à
l’aide de laryngoscopes de plus en plus performants, matériaux de
sonde mieux adaptés et bien tolérés, utilisation de divers masques
laryngés, l’intubation dispose de nouveaux outils prometteurs.
Indications :
Les indications sont :
– la protection des voies aériennes inférieures et du parenchyme
pulmonaire contre le risque d’inhalation ;
– le traitement de l’obstruction des voies aériennes supérieures ;
– les aspirations trachéobronchiques chez des patients ne pouvant
pas assurer le drainage correct de leur arbre trachéobronchique
(sécrétions abondantes, toux inefficace) avec risque d’atellectasie ;
– la ventilation mécanique chez le patient en insuffisance
respiratoire aiguë, ou en situation de détresse vitale.
L’intubation est indiquée dans toute situation responsable d’un
syndrome asphyxique ou d’un encombrement bronchopulmonaire
majeur.
L’examen clinique doit rechercher un tirage, une cyanose,
un battement des ailes du nez, une pâleur, des sueurs, tous signes
témoignant d’une insuffisance respiratoire aiguë.
Ainsi une PaO2
inférieure à 45 mmHg (6 kPa) sous atmosphère enrichie en O2
(60 %), une PaCO2 supérieure à 65 mmHg (8 kPa) sont des
indications habituelles relevant de l’anesthésie-réanimation.
L’intubation est toujours un geste médical à haut risque.
Son
caractère habituellement urgent vient encore compliquer une
situation clinique dominée par la présence d’une détresse
respiratoire, d’une hémodynamique instable et d’un estomac plein.
Tout geste technique incorrect peut se solder par une complication
majeure.
Seul l’état de mort apparente autorise une intubation sans
préparation.
Dans les autres cas, cette préparation facilite le geste
technique et diminue la fréquence des complications.
Lorsqu’une intubation à long terme est prévue, une trachéotomie
peut être envisagée pour éviter les complications liées à la présence de la sonde dans les fosses nasales, cavités buccales, conduit pharyngolaryngé.
Des études contradictoires ont été publiées pour
déterminer le moment le plus adéquat pour trachéotomiser un
patient lors d’une intubation longue prévue.
Pour la majorité des
équipes, la trachéotomie est réalisée préférentiellement avant, ou
sinon après, les 2e et 3 semaines d’intubation.
Un geste pendant cette
période critique peut être responsable de perturbations
inflammatoires dont la pathogénie reste mal connue.
Intubation trachéale simple :
L’intubation trachéale permet de cathétériser la trachée, à travers la
glotte à l’aide d’un tube qui reste accessible au niveau de la bouche
ou des narines selon la voie d’introduction choisie.
C’est un geste courant, en règle facile et rapide, souvent
indispensable en anesthésie et réanimation d’urgence, qui permet :
– d’assurer la liberté des voies aériennes supérieures ;
– de protéger les voies aériennes de l’inhalation des sécrétions
digestives ;
– de permettre une ventilation contrôlée sur une trachée étanche ;
– de faciliter l’aspiration des sécrétions trachéobronchiques.
A - MATÉRIEL :
1- Lames de laryngoscope
:
Le laryngoscope standard rigide comporte une lame détachable et
un manche qui contient la source lumineuse.
Les lames standard
possèdent un rebord pour refouler la langue sur le côté et un côté
ouvert pour visualiser le larynx.
La lame peut être jetable ou non.
Elle existe en différentes tailles numérotées par ordre croissant.
La
taille 3 est la plus souvent utilisée chez l’adulte, les lames 4 sont
réservées pour les cas difficiles ou inhabituels (obèse, mâchoire et
cou long).
Le système d’éclairage peut être une ampoule vissée ou
un faisceau de fibres optiques qui transmet la lumière à partir d’une
source contenue dans le manche.
Le contact est plus fiable, le
nettoyage plus facile, l’intensité lumineuse supérieure.
De nouvelles
lames permettent de dissocier le faisceau de fibres optiques de la
partie métallique pour faciliter l’entretien.
Plusieurs types de lames existent.
La lame courbe introduite par
Macintosh est la plus utilisée.
Elle a une courbe uniforme avec une
ailette sur la gauche.
Il existe une version pour gaucher symétrique
de la normale.
La lame de Miller est la lame droite la plus
répandue.
L’extrémité est effilée et relevée vers le haut. L’ampoule
peut être dans la spatule ou au niveau de rebord.
La lame peut être
à droite ou à gauche.
La lame droite est particulièrement utile lorsque l’ouverture de
bouche est limitée (incisives saillantes), lorsque le larynx est
antérieur ou lorsque la distance thyromentonnière est courte.
La
lame courbe peut être en revanche intéressante lorsque l’on nécessite
une place plus importante pour se servir de certains instruments
(pince de Magill, changement de sonde endotrachéale, etc.).
Enfin,
après une première tentative à lame courbe, la lame droite est
indiquée pour la seconde laryngoscopie quand l’épiglotte est longue
et flottante à direction postérieure cachant la vue du larynx.
2- Sondes d’intubation
:
Les sondes d’intubation les plus communément utilisées en pratique
sont en polychlorure de vinyle (PVC) avec un ballonnet basse
pression, grand volume.
La souplesse du PVC est adaptée à
l’intubation trachéale.
D’autres propriétés sont intéressantes : légère
augmentation de souplesse entre 20 et 40 °C, imperméabilité aux gaz
anesthésiques, surfaces très lisses.
Le seul inconvénient est une rigidification de la sonde lors d’une exposition prolongée aux
sécrétions ou à la lidocaïne.
Le silicone est un polymère synthétique. Ses avantages sont une très
grande thermostabilité, une combustion difficile et une très bonne
biocompatibilité.
Le silicone est utilisé dans la composition de
certaines sondes (en particulier celles dites « armées »).
Ce matériau
est plus cher que le PVC.
Le matériau de la sonde doit être
dépourvu de propriétés toxiques ou irritantes, dans la limite des
tests.
Une ligne faite d’un matériau radio-opaque est incluse dans la
paroi de la sonde pour aider à sa mise en place.
L’utilisation clinique de la sonde est habituellement guidée par le
diamètre interne qui est le facteur limitant le flux aérien.
Le diamètre
extérieur de la sonde dépend de son diamètre interne et de
l’épaisseur de la paroi, qui varie selon les fabricants.
Le diamètre
externe est limité par le degré d’ouverture de la glotte et de l’anneau cricoïdien. Les sondes ont un rayon de courbure compris entre 12 et
16 cm.
L’extrémité distale de la sonde a la forme d’un biseau à
ouverture vers la gauche.
Il existe, sur certaines sondes, un orifice
latéral appelé oeillet de Murphy conçu pour permettre aux gaz de
passer si la lumière se trouve obstruée au niveau du biseau.
Les
sondes en PVC sont à usage unique et livrées après stérilisation.
Le choix de la taille d’une sonde d’intubation prend en compte
plusieurs facteurs : traumatisme en cas de sonde trop grosse, fuite et
augmentation des résistances pour une sonde trop petite.
Par
ailleurs, l’insertion d’une sonde de petit diamètre est plus aisée.
En
fait, il n’existe pas de système satisfaisant régissant le choix de
sonde : taille idéale proposée de 7,5 mm chez la femme et de 8,5 mm
chez l’homme.
Néanmoins, afin de limiter le risque de complications postextubation, il est habituel d’utiliser 7-7,5 mm chez la femme, et
7,5-8 mm chez l’homme pour l’intubation orale, 6,5-7 mm chez la
femme, et 7-7,5 mm chez l’homme pour l’intubation nasale.
Autres types de sondes d’intubations endotrachéales :
– les sondes préformées : elles existent en deux versions orale ou
nasale, dont le rayon de courbe est opposé.
Leur but est d’éloigner
la sonde et le raccord annelé du champ opératoire.
Il existe une
marque rectangulaire qui doit être placée au niveau des arcades
dentaires (ou de l’orifice narinaire) signant la bonne position, en
sachant que cela a été prévu pour une population moyenne.
Elles
sont plus faciles à fixer mais ont des résistances plus élevées à taille
égale par rapport à une sonde standard ;
– les sondes armées ou renforcées : la sonde est renforcée par une
spirale métallique pour réduire le risque d’écrasement ou de coudure.
Elles peuvent être utilisées pour des interventions portant
sur la tête, le cou ou en neurochirurgie.
Elles sont très utiles dans le
cas où le tube peut être plicaturé ou comprimé et permettant
d’éloigner le circuit ventilatoire du champ opératoire ;
– les sondes endobronchiques à double lumière : constituées de
deux tubes juxtaposés, l’un appelé tube trachéal se terminant au
niveau de la trachée au-dessus de la carène, l’autre appelé tube
bronchique se terminant dans la bronche souche appropriée.
Elles
sont en PVC, à usage unique, commercialisées avec mandrin et
raccords.
Elles permettent d’assurer une ventilation séparée des
deux poumons ou une ventilation d’un seul poumon. Il existe des
sondes gauches et droites.
La différence est l’angle existant entre la
portion distale du tube et la partie trachéale.
Afin d’éviter le
déplacement secondaire, certaines sont munies d’un ergot, mais elles
sont plus difficiles à mettre en place.
Les tailles vont de 35 à 41 F (habituellement 41 F chez l’homme, 39 F chez la femme).
La
profondeur d’insertion moyenne est de 29 cm pour un patient de
170 cm, homme ou femme.
Cette profondeur varie de 1 cm pour
toute variation de 10 cm de taille.
L’utilisation d’un bloqueur
bronchique permet d’isoler un lobe ou un poumon entier, le poumon
controlatéral et le reste du parenchyme homolatéral non isolés sont
ventilés au moyen d’une sonde endotrachéale traditionnelle.
Le seul
bloqueur bronchique commercialisé est le tube Univentt en PVC.
Il
existe jusqu’à la taille 6. son diamètre externe est plus grand, à taille
égale, que celui des sondes traditionnelles.
3-
Matériel complémentaire :
Il est constitué :
– d’un ouvre-bouche, un cale-bouche, une canule de Guedel ou
Mayo ;
– de matériel de ventilation manuelle avec raccords adaptés et une
source d’oxygène ;
– d’une aspiration buccopharyngée et des sondes d’aspirations
trachéales stériles de différents calibres ;
– d’une pince de Magill adaptée à l’âge du sujet pour faciliter
l’introduction de la sonde d’intubation ;
– de lubrifiants pour la sonde (gel anesthésique ou de silicone) ;
– du matériel pour fixer la sonde (sparadrap, cordons, etc.) ;
– d’un stéthoscope pour contrôler l’auscultation dans les deux
champs pulmonaires ;
– d’un mandrin semi-rigide qui peut être utilisé pour l’introduction
de la sonde ;
– d’un bronchoscope rigide qui doit être à proximité,
immédiatement utilisable pour reventiler le patient et rétablir une
hématose correcte, évitant ainsi la trachéomie qui doit néanmoins
être toujours préparée.
B - PRÉPARATION DU PATIENT :
Le but de cette préparation est d’anticiper le moindre problème pour
éviter d’avoir à le résoudre dans la panique :
– effectuer une consultation d’anesthésie avec vérification de
l’absence de critères d’intubation difficile ;
– vérifier la dentition du patient (prothèse à enlever, dents sur
pivots, dents instables) ;
– parler au patient en expliquant au besoin certains gestes qui sont
réalisés autour de lui avant l’induction ;
– préoxygéner le patient au moins 3 minutes en oxygène pur ;
– vérifier la possibilité de ventiler le patient au masque.
C - MONITORAGE DE BASE :
Le monitorage de base est :
– clinique ;
– cardiaque avec un oscilloscope ;
– de la pression artérielle ;
– de la saturation : oxymétrie pulsatile ;
– de la capnographie ;
– des gaz (O2, NO2, agents halogénés) ;
– de la température surtout chez les enfants.
D - TECHNIQUE :
Intubation orotrachéale sous laryngoscopie directe
:
La position de la tête du patient en hyperextension, initialement
décrite par Jackson, doit favoriser l’exploration laryngoscopique.
* Technique chez l’adulte :
Le manche du laryngoscope est tenu par la main gauche (pour un
droitier), la droite écarte les lèvres et un protège-dents est vivement
recommandé.
La lame courbe (moins traumatisante et moins
réflexogène) est introduite par la droite, refoulant la langue à
gauche.
Elle progresse dans un plan médian en gardant la luette
comme repère.
L’épiglotte est repérée, l’extrémité de la lame se glisse dans le repli glossoépiglottique, le laryngoscope est alors soulevé, sans faire levier
(ce qui ferait prendre appui sur les incisives supérieures, ouvrant le
triangle glottique).
La sonde d’intubation est alors introduite par la commissure labiale
droite à l’inspiration, si besoin à l’aide d’un mandrin qui est retiré
dès franchissement du plan glottique.
Le tube est positionné pour que son extrémité distale soit à midistance
des cordes vocales et de la carène. Puis le ballonnet est
gonflé à une pression juste suffisante pour assurer l’étanchéité.
La
sonde est alors fixée et protégée des morsures par une canule de Guedel.
Il faut alors contrôler immédiatement :
– le murmure vésiculaire qui doit être symétrique pour éliminer une
intubation sélective ;
– les signes de cyanose, sueurs, oxygénation périphérique, et paraclinique : volume courant à la spirométrie, saturation à
l’oxymètre, capnographie.
* Technique chez le jeune enfant
:
Les modifications anatomiques du larynx, plus antérieur, plus haut,
plus flaccide, nécessitent l’utilisation d’une lame droite pour charger
l’épiglotte.
La tête doit être en légère hyperextension (sniffing
position), chez le nouveau-né un aide maintient la tête.
Le calibre de
la sonde dépend du poids et de la taille de l’enfant.
Les sondes à
ballonnet sont à proscrire chez le tout-petit en raison de la fragilité
des parois trachéales, elles ne sont justifiées que dans les indications
de réanimation ou de circuit fermé en anesthésie.
E - INTUBATION NASOTRACHÉALE :
Utilisée en chirurgie oto-rhino-laryngologique (ORL) ou
stomatologique, ou lors d’une intubation prolongée ou difficile, sa
fixation narinaire est aisée.
Il faut utiliser un tube lubrifié, glissé par
la fosse nasale la plus perméable, le biseau orienté vers la cloison.
Le cathétérisme de la glotte se fait sous vision directe à l’aide d’une
pince de Magill.
Elle doit toujours se faire en douceur.
Surveillance
:
L’intubation oro- ou nasotrachéale modifie la physiologie
ventilatoire.
Un patient intubé nécessite une surveillance constante
qui le fait confier aux réanimateurs, dans un secteur de soins
intensifs.
La mise en place d’une sonde d’intubation induit un
dessèchement du mucus et une rétention des sécrétions bronchiques
par manque d’humidification, de réchauffement et arrêt de l’activité
ciliaire.
La résistance du tissu à l’infection est modifiée ; à cela s’ajoute
l’existence d’un matériel étranger, augmentant encore le risque
infectieux.
La mécanique respiratoire est elle-même perturbée : l’abolition du
réflexe de toux augmente la stase des sécrétions bronchiques ; la
perte de la pression positive expiratoire physiologique qui évite le
collapsus alvéolaire aggrave une hypoxémie préexistante.
Une surveillance constante est indispensable chez un patient, elle
associe :
– kinésithérapie (posture, clapping, aspirations) ;
– aspirations stériles, brèves et atraumatiques ;
– humidification et réchauffement des gaz ou air respirés ;
– contrôle de la bonne position de la sonde qui doit être fixée ;
– désinfection des cavités orales et nasales ;
– position de léger proclive pour diminuer le risque de reflux gastro-oesophagien.
Intubation difficile :
L’intubation orotrachéale constitue un geste courant pour
l’anesthésiste-réanimateur.
Elle s’effectue le plus souvent facilement,
grâce à un matériel simple et dans une position standardisée.
L’éventualité d’une intubation difficile (ID), quoique rare, doit être
recherchée par un examen préanesthésique systématiquement
orienté sur sa détection.
L’enseignement pour les médecins en cours
de spécialisation et la forrnation continue doivent donner une large
place à l’intubation trachéale.
Enfin, si tout anesthésiste ne peut
maîtriser l’ensemble des techniques décrites en cas d’ID, il doit
toujours être capable d’assurer une oxygénation efficace.
A - DÉTECTION DE L’INTUBATION DIFFICILE
:
On considère qu’une intubation est difficile pour un anesthésiste
expérimenté, lorsqu’elle nécessite plus de 10 minutes et/ou plus de
deux laryngoscopies, dans la position modifiée de Jackson,
avec ou sans compression laryngée (manoeuvre de Sellick).
Une laryngoscopie difficile se définit par l’absence de vision de la
fente glottique (stade III et IV de Cormack et Lehane.
Cette détection, par l’interrogatoire et l’examen clinique, doit être
systématique lors de toute consultation préanesthésique, même si
une anesthésie locorégionale est programmée.
Les résultats,
précisant les tests utilisés, doivent être colligés par écrit.
L’interrogatoire précise les conditions de déroulement des
anesthésies antérieures, recherche la notion de lésions dentaires
et/ou gingivales.
Sont aussi recherchés les antécédents et les signes
d’obésité morbide, d’affection rhumatismale, de diabète, de dyspnée,
de troubles du sommeil, d’intubation prolongée et de trachéotomie,
de traumatismes maxillofaciaux.
L’examen s’effectue en quatre temps, de face et de profil, bouche
fermée puis ouverte :
– temps 1, de face, bouche fermée, pour rechercher une asymétrie
mandibulaire, des cicatrices faciales et/ou cervicales, un goitre ou
un cou court ;
– temps 2, de face, bouche ouverte, pour préciser l’inclinaison des
incisives supérieures, des dents manquantes ou fragilisées et la
possibilité de subluxation antéropostérieure de la mandibule.
La
bouche est ensuite ouverte au maximum, pour évaluer la distance interdentaire et les classes de Mallampati.
Ces mesures sont
effectuées chez le patient assis, regard à l’horizontale, sans
phonation ;
– temps 3, de profil, regard à l’horizontale, pour rechercher une rétrognathie et mesurer la distance menton-os hyoïde ;
– temps 4, de profil, avec la tête en extension maximale, pour
mesurer la distance menton-cartilage thyroïde.
Les trois éléments suivants doivent être recherchés
systématiquement : la mesure de l’ouverture de bouche, l’évaluation
de la classe de Mallampati, la mesure de la distance thyromentonnière.
Il y a lieu d’envisager une ID chez l’adulte si l’un des
critères suivants est retrouvé : ouverture de bouche inférieure à
35 mm, classe de Mallampati supérieure à 2, distance
thyromentonnière inférieure à 65 mm.
Les données suivantes doivent être considérées comme des causes
d’intubation impossible par voie orotrachéale : l’ouverture de
bouche inférieure à 20 mm, le rachis bloqué en flexion, une
dysmorphie faciale sévère de l’enfant ou bien des antécédents
d’échec d’intubation par voie orotrachéale.
B - PLACE DE L’IMAGERIE DANS LE DIAGNOSTIC
DE L’INTUBATION DIFFICILE
:
Les examens d’imagerie ne sont pas nécessaires au diagnostic
systématique de l’ID.
Ils peuvent être nécessaires, en fonction du
contexte clinique, pour préciser les anomalies anatomiques.
Ils
peuvent conduire à modifier la conduite de l’anesthésie. Deux
clichés radiologiques sont à effectuer : l’un bouche fermée, regard à
l’horizontale et l’autre bouche ouverte en position d’intubation.
Lorsque ces investigations ont été effectuées dans un but
autre que la détection de l’ID, l’anesthésiste doit en prendre
connaissance.
C - TECHNIQUES POUR INTUBATION DIFFICILE
À L’AVEUGLE :
1- Intubation sur guide long et souple :
Dans les cas où la glotte ne peut pas être exposée, il est souvent
possible d’introduire un long guide souple (ou bougie ou jet stylet)
sous l’épiglotte puis dans la trachée et qui servira de tuteur à la
sonde d’intubation.
Cette technique, à utiliser d’emblée lorsque
l’exposition de la glotte est insuffisante, doit être maîtrisée par tout
anesthésiste.
La présence de ce matériel dans tous les sites
d’anesthésie est indispensable.
Les guides souples sont préférables aux guides rigides malléables,
potentiellement traumatisants.
Les guides creux sont recommandés
car ils permettent l’oxygénation et l’on peut contrôler leur position,
en cas de maintien de la ventilation spontanée, en les raccordant à
un capnographe.
2- Intubation nasale :
Cette technique, qui ne nécessite pas de matériel supplémentaire,
est simple en théorie.
Le repérage du larynx peut se faire au son ou
à l’aide d’un capnographe.
Cette technique a des inconvénients
(50 % de succès et risques de traumatismes), qui ne permettent pas
de la recommander.
Le pourcentage de succès augmente avec
l’expérience et le gonflage du ballonnet de la sonde une fois qu’elle
a été introduite dans l’hypopharynx.
3- Intubation rétrograde
:
L’intubation rétrograde est une technique invasive qui permet une
intubation par voie orale ou nasale, sans mobilisation du rachis
cervical.
Bien qu’elle puisse être réalisée avec du matériel présent
dans le bloc opératoire (cathéters veineux ou péridural), l’utilisation
d’un kit spécial est préférable.
Ses indications sont limitées par la
disponibilité des autres techniques, moins invasives.
Néanmoins,
elle garde une place essentielle, en raison de sa rapidité et de son
faible taux d’échec après apprentissage.
D - TECHNIQUES POUR INTUBATION DIFFICILE
AVEC VISION GLOTTIQUE
:
1- Fibroscopie bronchique
:
La fibroscopie bronchique est actuellement la technique de référence
pour l’ID prévue.
Elle doit être utilisée en première intention en cas
d’intubation jugée impossible.
La voie nasale est techniquement plus
facile mais plus traumatisante.
Les techniques d’anesthésie vigile
facilitent son utilisation ; elles sont rarement réalisables chez l’enfant.
Toutefois, cette technique connaît des limites en raison de
l’obscurcissement de l’objectif (sécrétion, sang), de la modification
du tonus de l’oropharynx (anesthésie, curarisation) ou des repères
anatomiques (oedème, traumatisme), ou de l’obstruction des voies
aériennes.
Cette technique n’est donc pas la meilleure dans les
situations d’urgence ou après de multiples tentatives d’intubation
chez un patient anesthésié.
De plus, elle nécessite un apprentissage
et une pratique régulière.
En revanche, le fibroscope bronchique
permet l’administration d’oxygène par le canal opérateur, la
vérification de la position de la sonde, le diagnostic et l’appréciation
de la sévérité d’une inhalation bronchique, l’aspiration sous contrôle
de la vue.
2-
Masque laryngé :
Le masque laryngé (ML) est facile et rapide à mettre en place, sans
laryngoscopie.
C’est une alternative à la sonde endotrachéale ou au
masque facial, qui autorise le recours à la ventilation mécanique ou
le maintien d’une ventilation spontanée.
Chaque médecin
anesthésiste doit savoir mettre en place un ML chez l’adulte et chez
l’enfant.
Une bonne expérience est recommandée avant son
utilisation dans des cas difficiles.
Le ML occupe actuellement une
place de choix après l’échec de l’intubation en chirurgie réglée. Une
anesthésie profonde facilite sa mise en place.
Le ML ne doit
cependant pas être utilisé en première intention si l’intubation est
jugée impossible.
Les anomalies du larynx et de l’hypopharynx sont
des causes d’échec de sa mise en place.
Les contre-indications du
ML sont l’estomac plein et les lésions obstructives des voies
aériennes supérieures.
Sa principale limite concerne les patients dont
la compliance thoracopulmonaire est basse ou les résistances
bronchiques élevées, nécessitant des pressions d’insufflation supérieures à 20 cmH2O.
Toutefois, entre un risque immédiat
d’hypoxie devant une ID survenue en urgence et un risque éventuel
d’inhalation bronchique, le ML peut être utilisé en l’absence d’autre
solution thérapeutique.
3- Abord trachéal de sauvetage :
Le geste essentiel, devant l’impossibilité d’assurer une ventilation
efficace, consiste à assurer une oxygénation à l’aide d’un cathéter transtrachéal.
Un abord trachéal chirurgical s’impose en cas d’échec
de cette technique.
La trachéotomie est difficile à réaliser rapidement dans les situations
d’urgence et est, de ce fait, déconseillée, tout du moins en première
intention et en l’absence de chirurgien spécialisé.
En revanche, il
existe plusieurs dispositifs de coniotomie (ou cricothyroïdotomie)
prêts à l’emploi, dont la mise en place est rapide mais comporte un
risque élevé de lésions iatrogènes.
Seuls les dispositifs utilisant la
technique de Seldinger sont recommandés.
Cependant, ils
nécessitent un apprentissage.
Ces dispositifs doivent être utilisés
avec prudence, lorsque les rapports anatomiques du cou sont
modifiés (oedème, tumeur, hématome), ainsi que chez le nouveau-né
et le nourrisson.
E - TECHNIQUES RÉCENTES POUR L’INTUBATION
DIFFICILE
:
1- Laryngoscope de Mac Coyt :
C’est une technique qui permet l’intubation avec
vision glottique.
La lame est une lame de Macintosh modifiée.
L’extrémité distale est articulée et peut être relevée au moyen d’un
levier solidaire de la lame.
Le manche est celui d’un laryngoscope classique.
Il est muni d’une charnière dans laquelle la lame
s’accroche par une connexion à type de crochets.
L’intérêt est de réaliser une intubation chez
certains patients dont l’exposition glottique est difficile, sans
exercer une traction importante sur le manche du laryngoscope et en
diminuant le risque de traumatisme dentaire.
La performance de la technique est améliorée en
l’associant à une pression sur le cartilage thyroïde et à l’emploi
de la bougie.
2- Trachlightt :
L’intubation à l’aveugle par transillumination a été décrite pour la
première fois en 1959.
Le guide lumineux peut être un appoint
important en cas d’échec de l’intubation, notamment en situation
d’urgence.
Le Trachlightt diffère des anciens modèles en plusieurs
points : l’éclairage est intense, ce qui permet une transillumination
efficace, même à la lumière ambiante, un stylet rétractile à l’intérieur
du mandrin rend le dispositif plus flexible, ce qui facilite l’intubation
orale, voire nasale (mais nécessite un apprentissage).
Le mandrin
flexible permet de visualiser, par transillumination, l’extrémité de la
sonde d’intubation dans la trachée.
Il manque encore des travaux
pour déterminer la place du Trachlightt, d’autant plus que cette
technique à l’aveugle ne permet ni la ventilation ni l’oxygénation.
3- Masque laryngé-Fastracht :
Les algorithmes de prise en charge proposés par différentes sociétés
savantes donnent une place importante au ML.
Il est recommandé
pour assurer l’oxygénation et la ventilation ou pour réaliser
l’intubation.
Le taux de succès de l’intubation à l’aveugle varie d’une
étude à l’autre et semble opérateur-dépendant.
L’emploi du
fibroscope augmente le taux de succès qui est proche de 100 %.
Cependant, le diamètre de la sonde admise dans le ML est limité à
6 mm pour le ML taille 4 et 7 mm pour le ML taille 5.
De plus, une
sonde 6 chez l’adulte peut être trop courte, le ballonnet se trouvant
soit au niveau des cordes vocales, soit en région sous-glottique.
Le
ML Fastracht (MLF) a été conçu spécifiquement pour l’intubation, son masque est
semblable à celui du ML standard.
Les languettes de protection ont été remplacées
par une seule languette, plus large, médiane, rigide et fixée à une
extrémité, la sonde d’intubation sortant du tube la soulève.
La languette, en se soulevant, passe l’épiglotte
et la relève, libérant le passage vers le larynx.
La rampe de sortie est en V pour centrer la sonde
dans le masque.
Des études comparatives avec le fibroscope sont
nécessaires avant de recommander l’emploi en première intention du
MLF chez les patients ayant des antécédents connus d’intubation
difficile et de modifier si nécessaire les recommandations du groupe
d’experts.
4- Combitubet :
Le Combitubet est un tube à double lumière permettant la
ventilation tout en protégeant les voies aériennes supérieures du
risque d’inhalation du contenu gastrique régurgité.
Il a été conçu
par Frass et Frenzer à la fin des années 1980 à partir du concept de
l’obturateur oesophagien.
Le Combitubet se compose dans la partie
proximale de deux tubes distincts accolés et séparés par une paroi
dans la moitié distale.
Le premier tube, dit oesophagien ou pharyngé,
est fermé à son extrémité distale.
Huit perforations ovales, situées
sur les parois antérieures et postérieures, sont réparties sur la partie
terminale du tube situé entre les deux ballonnets.
Ces perforations permettent la ventilation si le positionnement est oesophagien.
Le
second tube est dit trachéal.
Il est ouvert à sa partie distale, et est
muni d’un ballonnet gonflable, à basse pression.
Le Combitubet est utilisé en urgence préhospitalière et en soins
intensifs pour certaines équipes, il est inclus dans les
recommandations de l’American Heart Association pour la prise en
charge de l’arrêt cardiaque.
Son emploi est encore peu répandu en
France.
5- Masque laryngé Prosealt :
Ce masque laryngé a été conçu pour augmenter l’étanchéité autour
du larynx et protéger contre les risques d’inhalation de liquide
gastrique.
Il existe un double conduit, l’un semi-rigide pour les voies
aériennes semblable à un masque laryngé standard, l’autre souple
pour les voies digestives de diamètre 10 mm au travers duquel une
sonde gastrique 14 F peut être introduite par la voie digestive.
6- Jet ventilation à haute fréquence
:
Ce système est utilisé dans la microchirurgie laryngée, trachéale et
la chirurgie laryngée par laser.
La jet ventilation à haute fréquence
est une technique de ventilation qui consiste à injecter dans la
trachée un jet de gaz avec une pression élevée, à travers un fin
cathéter, à une très grande vitesse, et avec une fréquence variant de
60 à 300/min.
Les complications propres à cette technique sont
l’emphysème sous-cutané et l’oedème laryngé.
7- En pratique
:
Lorsque la technique permettant de résoudre la difficulté n’est pas
maîtrisée par l’anesthésiste, le transfert du patient ou l’appel d’une
équipe spécialisée est indispensable, en dehors des conditions
d’urgence.
Il est le plus souvent inutile de recommencer deux fois la
même technique quand le premier essai a échoué. De plus, au-delà
de trois essais, le risque de ne plus pouvoir ventiler au masque le
patient devient important.
Il faut toujours privilégier les techniques
les moins iatrogènes.
Comme la priorité est à l’oxygénation, la
méthode choisie suppose que celle-ci pourra être maintenue pendant
toutes les manoeuvres d’intubation.
L’éventualité de réveiller le
patient doit être envisagée à chaque étape.
Intubation d’urgence non programmée
:
Indiquée en cas de coma, détresse cardio-respiratoire, fracas de la
face, respiration paradoxale, transport de malades risquant de
décompenser, l’intubation en urgence nécessite une approche
différente selon l’existence ou non d’une dyspnée d’origine laryngée.
A - INTUBATION SANS OBSTACLE LARYNGÉ :
Dans ce cas, les techniques d’intubation classique doivent être
efficaces et suffisantes.
Après avoir expliqué au malade conscient les
différentes étapes et après l’avoir prévenu de la perte provisoire de
la parole, il faut l’oxygéner au masque ou par sonde nasale, si
possible sous contrôle d’un oxymètre digital.
Le malade est perfusé,
en décubitus dorsal, tête en hyperextension sur un plan surélevé
par rapport à celui des épaules.
Une sédation est indispensable chez
le sujet conscient, soit par diazépam (Valiumt), soit par midazolam
(Hypnovelt).
Se plaçant à la tête du malade, l’opérateur vérifie la liberté des voies
aériennes supérieures, l’étanchéité et la perméabilité du ballonnet
de la sonde trachéale.
L’extrémité distale de la sonde est enduite
d’un gel lubrifiant et anesthésique.
Puis il réalise une intubation par
voie orotrachéale ou nasotrachéale, voie préférée chez les malades
agités car la contention de la sonde est meilleure.
B - INTUBATION DANS LE CADRE D’UNE DYSPNÉE
LARYNGÉE :
L’existence d’un obstacle sur les voies aériennes supérieures rend
compte d’une présentation clinique d’emblée évocatrice : dyspnée
constante classiquement à prédominance inspiratoire en cas
d’obstruction laryngée ou existant aux deux temps respiratoires dans
les atteintes trachéales.
La respiration est bruyante, s’accompagnant
volontiers d’un stridor, ainsi que des signes d’une détresse
respiratoire aiguë : cyanose et tirage par mise en jeu des muscles
respiratoires accessoires.
La mesure des gaz du sang artériel précise
le degré d’hypoxémie, d’hypercapnie et d’acidose respiratoire.
La trachéotomie doit toujours être prévue pour permettre une
ventilation malgré un obstacle laryngé.
Chez l’adulte, les étiologies des dyspnées laryngées peuvent être
tumorales bénignes (papillomatose, chondrome cricoïdien,
laryngocèle, tumeur d’Abrikossof), ou malignes (carcinome
épidermoïde laryngé), neurologiques ou fonctionnelles (syndromes
de Rigel, de Gerhardt, spasme laryngé, accidents vasculaires
cérébraux, maladie de Parkinson, etc.), infectieuses ou
inflammatoires (épiglottite, laryngites), traumatiques (externe ou
interne).
Chez le nouveau-né, on peut trouver à l’origine d’un dyspnée
laryngée, en salle d’accouchement une malformation congénitale
(sténose laryngée, diastème, kyste ou lymphangiome) et, dans les
premiers jours, paralysies laryngées uni- ou bilatérales, laryngite ou
une laryngomalacie.
Jusqu’à 6 mois, l’hémangiome sous-glottique
(qui régresse spontanément à 1 an), a-delà de 6 mois, les étiologies
infectieuses, traumatiques et tumorales peuvent nécessiter une
intubation pour dyspnée laryngée.
En pratique, bien que les examens radiologiques puissent être
contributifs en montrant une compression ou une sténose trachéale,
une atélectasie ou un emphysème sous-jacent à un corps étranger
parfois radio-opaque, ils sont généralement insuffisants.
L’examen
de référence est la fibroscopie qui doit être effectuée en priorité.
Elle
confirme le diagnostic d’obstruction des voies aériennes, permet de
préciser l’obstacle (localisation, étendue, nature) qu’elle peut parfois
traiter (corps étranger accessible).
L’oxygénation peut être assurée
pendant la fibroscopie par insufflation d’oxygène dans le canal
opérateur du fibroscope ou à l’aide d’un masque facial spécialement
conçu à cet effet.
La surveillance de la saturation en oxygène de
l’hémoglobine par un oxymètre de pouls est bien sûr à
recommander.
Dans le cas particulier d’une épiglottite, l’intubation sur une
épiglotte très volumineuse risque d’entraîner un arrêt cardiorespiratoire
d’origine vagale.
Il est donc souhaitable d’effectuer
l’intubation au bloc opératoire, en présence d’un chirurgien prêt à
pratiquer une trachéotomie.
Algorithmes décisionnels :
La société française d’anesthésie et de réanimation a publié, après
expertise collective, trois algorithmes décisionnels visant à guider
l’opérateur lors d’une intubation.
Complications
:
L’intubation peut parfois être iatrogène, les risques de complication
doivent être limités par une technicité parfaite, un opérateur
compétent, et un matériel adapté.
L’absence d’études prospectives,
randomisées, multicentriques consacrées aux lésions postintubations
ne permettent pas de préciser la prévalence, les facteurs de risque,
et les diverses attitudes préventives à recommander pour réduire
l’incidence de ces lésions.
A - COMPLICATIONS GÉNÉRALES :
Liées à l’anoxie, aux réflexes vagaux, au spasme laryngé, ou à
l’inhalation de liquide gastrique, ces complications sont prises en
charge par le médecin anesthésiste-réanimateur.
B - COMPLICATIONS LOCORÉGIONALES IMMÉDIATES :
L’épistaxis, lors d’une intubation nasotrachéale, par traumatisme du
cornet inférieur, peut être évitée à l’aide d’une sonde de calibre
adapté et bien lubrifiée, d’autant que le patient est hypertendu, ou
avec des troubles de la coagulation.
L’hématome du plancher buccal est exceptionnellement rapporté, il
faut le surveiller.
Les traumatismes alvéolodentaires supérieurs sont fréquents.
Une
protection efficace peut être réalisée par l’utilisation d’une gouttière
malléable.
Des fausses routes pharyngées, rhino- ou hypopharyngées, lors
d’une intubation à l’aveugle peuvent être responsables de
complications infectieuses ou cicatricielles sténosantes.
Le risque de traumatisme laryngé existe (6 % selon McCulloch), il
peut entraîner plaies, hématomes des cordes vocales, dénudations
cartilagineuses, granulomes, voire subluxation aryténoïdienne, dont
il faut surveiller l’évolution.
L’intubation en urgence, les difficultés
d’exposition, le recours à des sondes de calibre élevé, l’utilisation de
mandrins, la mise en hyperextension du cou, les lésions muqueuses
préexistantes, la surinfection, et les facteurs diminuant la perfusion
sous-muqueuse sont classiquement reconnus comme susceptibles de
favoriser la survenue de ces lésions.
Les plaies trachéobronchiques sont rares (0,5 à 1,9 %), elles sont
favorisées par l’utilisation de sondes pour intubation sélective en
chirurgie pulmonaire.
La plaie trachéale se manifeste par un
emphysème sous-cutané extensif et parfois un pneumomédiastin.
Le
traitement de référence reste la réparation chirurgicale immédiate.
Les lésions ischémiques, secondaires à un déséquilibre entre la
pression de perfusion de la muqueuse et la pression exercée par le
ballonnet, surviennent en règle générale pour des intubations de
plusieurs heures.
Les perforations de la bouche oesophagienne ou du sinus piriforme
par fausse route de la sonde sont rares, elles doivent être dépistées
précocement sur l’apparition d’un emphysème cervical sous-cutané
rapidement extensif.
Âge avancé, intubation nasotrachéale, urgence,
utilisation de mandrins, malposition de la tête et pression sur le
cricoïde augmentent classiquement le risque de survenue d’une
plaie pharyngée.
Des cas de nécrose de la luette, d’abcès latéro- et
rétropharyngés et de spondylodiscite ont été décrits. Le risque vital
tient surtout au risque médiastinal.
Les signes à type de douleur
spontanée cervicale latéralisée, de douleur thoracique à irradiation
postérieure, de dysphagie douloureuse, de douleur à la palpation,
de crépitation cervicale, doivent faire évoquer une perforation et
imposent la mise en route d’un traitement.
L’alimentation orale doit
être interrompue.
Une antibiothérapie et l’indication chirurgicale
doivent être discutées.
C - COMPLICATIONS LOCORÉGIONALES SECONDAIRES :
L’épanchement intrasinusien, lié à l’obstruction nasale, existe chez
un tiers des patients intubés par voie nasale au-delà de 3 jours.
Les nécroses septale, vélaire, ou columellaire sont rares, elles sont
directement liées à la compression locale.
Ce même mécanisme peut
être responsable d’ischémie de la membrane trachéale.
L’oedème glottique, plus fréquent chez l’enfant, peut se révéler par
un stridor, une voix rauque, une toux aboyante, un tirage.
Le
traitement est médical, il associe corticothérapie par aérosols et par
voie générale.
Les granulomes siègent de préférence sur la glotte cartilagineuse ou
l’apophyse vocale de l’aryténoïde ou encerclent le tube en avant.
Leur fréquence est variable, non liée à la durée de l’intubation.
Ils
régressent en règle, mais peuvent persister sous forme d’un nodule
fibreux ou évoluer vers une synéchie. Une surveillance fibroscopique
s’impose, elle guide la rééducation orthophonique, voire une
microchirurgie laryngée pouvant être aidée par l’utilisation du laser.
La paralysie récurrentielle transitoire uni- ou bilatérale est rare et
serait liée à un étirement ou à une compression.
Plus graves sont les sténoses glotto-sous-glottiques, ou trachéales,
parfois associées, où la destruction muqueuse et cartilagineuse est
remplacée par du tissu cicatriciel fibreux.
La dyspnée inspiratoire
aux deux temps selon le siège de la sténose est le signe principal,
associé à un tirage avec bruit respiratoire permanent.
Le dysfonctionnement laryngé avec risque de fausse route et
d’inhalation bronchique ne doit pas être méconnu.
Certains auteurs
recommandent de ce fait d’attendre 24 heures pour débuter la
réalimentation.
Conclusion
:
L’intubation trachéale est la méthode de choix pour l’isolement et la
protection des voies aériennes supérieures, ainsi que pour la ventilation.
C’est un acte courant banal pour les équipes anesthésiques entraînées.
La laryngoscopie est la technique de base de l’intubation trachéale.
De
nouveaux dispositifs permettant la ventilation et/ou l’intubation ont été
présentés.
Les résultats préliminaires sont intéressants, très
prometteurs pour certains, et pourraient amener à modifier les
recommandations de la conférence d’experts en les introduisant dans les
algorithmes de prise en charge.
Le patient qui a été difficile à intuber
doit en être informé. Il serait souhaitable que lui soit remis un
document précisant la cause de l’intubation difficile et les moyens
utilisés pour y faire face.
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